‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 124 sur 172 · PÉRIODE MOYENNE. A · texte numérisé non relu

PÉRIODE MOYENNE. A

mence faisant chaque jour des progrès, ils deviennent malpropres, remplissent leurs poches de cailloux, d'ordures de toute sorte, qu'ils manient avec plaisir et qu'ils cherchent même à manger. La notion du temps, des lieux, de l'espace, s'efface dans leur esprit, ils reconnaissent à peine leurs plus proches parents, ils oublient qu'ils sont mariés, qu'ils ont des enfants, et ont perdu le souvenir des événements qui les touchent de plus près. Pendant les paroxysmes d'agitation maniaque, ils deviennent violents, brisent tout ce qui se présente à eux, poussent des cris et déploient une force musculaire hors de proportion avec leur état antérieur.

Au miheu de ce désordre et de cette incohérence, on voit persister des traces du déhre qui avait signalé le début de la maladie; le plus souvent ce sont des idées de richesses, de grandeur, des mots de millions, des qualifications ambitieuses qui apparaissent au milieu de leurs phrases décousues et sans suite. Parfois des idées mélancoliques ou hypochondriaques se manifestent encore au miheu de ces divagations, mais elles sont déjà moins fréquentes que dans la première période, et les idées de grandeur les remplacent insensiblement. Quelles que soient les conceptions déhrantes, elles perdent chaque jour le peu qui leur restait de vigueur, et se bornent à la répétition monotone des mêmes mots et des mêmes idées.

En même temps les troubles de la motilité se prononcent davantage. L'embarras de la parole se reconnaît dès que le malade a articulé quelques syllabes; il s'accompagne, dans quelques cas, de mâchonnement, mais plus souvent encore d'un grincement de dents qui se produit tantôt d'une manière continue, tantôt d'une manière intermittente, et dont le rhythme monotone et agaçant s'entend d'un bout d'une salle à l'autre ; ce grincement est parfois tellement intense, tellement prolongé, que les dents sont usées par le frottement jusqu'à la moitié de leur hauteur. L'affaiblissement et l'irré-

gulai'ité de la contraclilitô musculaire deviennent tels que le malade marche avec beaucoup de difficulté, tombe au moindre obstacle et devient incapable de monter un escalier ; il a beaucoup de peine à s'habiller, à porter les aliments à sa bouche, et il devient nécessaire d'exercer autour de lui une exacte surveillance. Ce n'est pas sans élonnement que dans les moments d'agitation, l'on voit ces paralytiques qui se soutenaient à peine sur leurs jambes, déployer des forces considérables, briser des obstacles solides et exiger la présence de ,1 plusieurs gardiens pour les maintenir. i

Dans quelques cas, l'affaiblissement musculaire est remplacé par la contracture d'un muscle ou d'un certain nombre de muscles, contracture souvent très prolongée et qui im-j prime à diverses parties du corps lés positions les plus pé-fl nibles : c'est ainsi que j'ai vu la tête rester pendant des mois ^ entiers fléchie sur la poitrine, ou au contraire renversée en | arrière et maintenue dans cette position par les muscles du couroides et contracturés.

Les fonctions digestives, qui dans la première période de la paralysie générale se ressenlaient de l'acuité du délire, de la violence de l'agitation, ou bien de la dépression mélancolique et du refus d'aliments, reprennent de la force et de la régularité pendant la deuxième période. Les malades I mangent malproprement, ils prennent leurs aliments ave^^ les doigts, avalent avec gloutonnerie et mâchent à peine; 1 néanmoins la nutrition se fait bien, et on les voit prendre, 1 lorsqu'ils sont calmes, un embonpoint qui coïncide d'ordi-'^ naire avec le passage à la troisième période. Tout en indiquant un certain retour de forces, celte énergie des fonctions assimilatrices prédispose à la congestion cérébrale en augmenlant la masse du sang, et devient à son tour un danger pour les malades. Aussi verrons-nous plus loin qu'il importe beaucoup de modérer la quantité de leurs aliments, et de bien se oarder de satisfaire leur insatiable voracité.

rÉRlODE TEUMINALE. A37

La paralysie toujours croissante du rectum amène un tat de constipation qui fait bientôt place à l'évacuation inolontaire des matières lecales, de même que la rétention

[i'urine que l'on observe de temps à autre est remplacée

3ar l'incontinence.

i; Période terminale.

L'émission involontaire de l'urine et des matières fécales narfjue le passage de la période moyenne à la période erminale. Les malades commencent par uriner dans leur it, puis dans leurs vêlements; un peu plus tard ils ne peu- /ent garder leurs selles pour peu qu'elles soient liquides , nais les selles solides sont retenues ; plus tard encore ils aissent aller involontairement toutes leurs excrétions, ils ont gâteux. Ces phénomènes ultimes de la paralysie générale le viennent que lentement et successivement ; on voit même es malades, après quelques évacuations involontaires, surenues dans un moment d'agitation ou d'affaissement probnd, reprendre des forces, retenir leurs excrétions et ne evenir délinitivement gâteux que plusieurs mois après. En même temps que les évacuations deviennent involonaires, l'embarras de la parole augmente à un tel point que langage des malades devient inintelligible, et qu'on n'enend plus que quelques syllabes confuses et sans signification ; ai même vu des cas où, malgré la persistance d'un certain egré d'intelligence qui se révélait par les gestes et par expression des yeux, l'articulation des mots était devenue empiétement impossible, et les malades restaient muets, algré leurs efforts énergiques pour émettre un son. La arche devient de plus en plus difficile, les sujets sont forement inclinés soit à droite, soit à gauche, selon le côté où rédominent les accidents paralytiques; bientôt ils tremblent ur leurs jambes, ne peuvent se tenir debout et sont conamnés à passer leur vie dans un lit ou dans un fauteuil.

La paralysie dont ils sont frappés ne ressemble à aucune autre : ce n'est pas uniquement l'abolition de la contractilité musculaire qui se trouve ici en jeu, puisqu'une fois assis ou couchés, ils remuent très bien les bras et les jambes, puisque dans les moments d'agitation ils retrouvent encore des forces surprenantes ; il s'y joint encore un défaut » de coordination, un manque de précision dans les mouvements qui est bien différent de l'abolition du sens musculaire, ou ataxie musculaire, mais qui seul peut expliquer l'abolition complète des facultés locomotrices. L'état des muscles et dé leur contractilité électrique mérite encore d'être mentionné à ce point de vue ; et en effet, quelle qu'ait été la durée de j la paralysie, les masses musculaires sont relativement trè^*^ peu atrophiées; elles subissent très rarement la dégénérescence graisseuse, et jusqu'au dernier moment, même chez*: les malades qui restent sur leur lit, conservent intacte leui**' contractihté électrique (1).

Les fonctions intellectuelles sont réduites à la nullité lai plus complète, les malades ne reconnaissent plus personne, . ils n'ont plus ni sentiments , ni instincts ; il faut les faire** manger comme des enfants, et veiller à tous leurs besoins : : leur agitation, lorsqu'il en existe encore, se traduit par des% cris inarticulés, persistants, qui ne semblent correspondre':" à aucune douleur, à aucun sentiment, par des mouvements^ automatiques, à l'aide desquels ils déchirent en mille pièces's leurs vêtements, leurs draps, et tous les objets qui sont àî leur portée. Seules, la nutrition et l'assimilation se fodÉI encore avec une régularité et une énergie qui étonnent, éSi l'on peut dire sans exagération que l'existence se trouve alor^ réduite à des fonctions purement végétatives. I Cette dernière période peut se prolonger pendant plusieurs > mois : des paralytiques gâteux, ahtés, et réduits au dernier'^

(1) Duclienne el Rriei re de Boismont, Ann. méd.-psychoL, 1850, p. ()03.

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