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IDIOTIE ET CRÉTINISME

Idiotie. — Définition. — Division. — Description. — Causes. — Anaiomie pathologique. — Diagnostic. — Traitement.

Crétinisme. ■ — Définition et synonymie. — Description. — Causes. — Nature et cause prochaine du crétinisme. — Traitement.

ARTICLE I

DE l'idiotie.

§ |er Définition.

On désigne sous le nom d'idiotie l'arrêt de développement de l'intelligence lié à un vice congénital ou accidentel de l'encéphale : bien qu'il entraîne avec lui la privation du libre arbitre et l'absence de responsabilité morale, c'est, au point de vue nosologique un état bien différent de la folie.

L'idiotie a été désignée par Sagar, par Vogel, sous le nom à'amentia, àHmbecillitas ingenii; Sauvages l'appelait fatuitas; Linné, morositas ; Pb. Pinel en fit un genre de folie qu'il nommait idiotisme ou obbtération des facultés intellectuelles et affectives (1), mais il suffît de jeter un coup d'œil sur sa description pour voir que, sous le nom d'idiotisme, cet auteur confondait à la fois l'idiotie, la démence et la stupeur. Au

(1) Ph. Pinel, Trailé médico-philosophique aur l' aliénation mentale, 2® édition. Paris, 1809, p. 181.

^'^^ DE l'idiotie.

mol idiotisme qui avait déjà une signiacation grammaticale à part, Esquirol substitua celui d'idiotie, et en même temps il sépara bien nettement l'idiotie de la démence (1). « L'homme en démence, dit-il, est privé des biens dont il jouissait autrefois; c'est un riche devenu pauvre : l'idiot a toujours été dans l'infortune et dans la misère. L'état de l'homme en démence peut varier, celui de l'idiot est toujours le même. Celui-ci a beaucoup des traits de l'enfance, celui-là conserve beaucoup de la physionomie de l'homme fait. Chez l'un et l'autre les sensations sont nulles ou presque nulles, mais l'hommeen démence montre, dansson organisation et même dans son intelligence, quelque chose de sa perfection passée ; l'idiot est ce qu'il a toujours été, il' est tout ce qu'il peut être relativement à son organisation primitive. » Non-seulement Esquirol sépare l'idiotie de la démence, mais il la distingue encore de cet état aigu etpassager que nous avons décrit sous le nom de mélancolie avec stupeur. « Il est, ajoute-t-il, des individus qui paraissent privés de sensibilité et d'intelligence, qui sont sans idées, sans paroles, sans mouvement; qui restent où on les pose, qu'il faut habiller, nourrir à la cuiller. Ne sont-ce pas des idiots? Non, sans doute.... Dans tous ces cas, les facultés intellectuelles et sensitives s'exercent énergiquement, les apparences trompent, il n'y a pas d'idiotie. »

L'idiotie diffère donc radicalement de la folie : ce n'est pas une maladie, c'est une infirmité.

§ 3. — Divisions.

11 existe des nuances infinies dans les degrés de l'idiotie, depuis l'oblitération la plus complète de l'intelhgence jusqu'cà la faiblesse d'esprit désignée sous le nom d'imbécillité, jusqu'à ces déviations intellectuelles qui ne se révèlent qu'à une observation plus attentive encore, et que quelques auteurs avaient rangées parmi les monomanies instinctives.

(1) Bcs maladies menlales, t. H, p. 285.

IDIOTS GUMPLliTS. ÙSd

Esqiiirol (1), se Ibndant sur l'état de la parole, admettait dans l'idiotie et l'imbécillité cinq degrés distincts : « Dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est libre et facile; dans le second degré, la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit. Dans le premier degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des pbrases très courtes; les idiots du deuxième degré n'articulent que des monosyllabes ou quelques cris; enfin dans le troisième degré de l'idiotie, il n'y a ni parole, ni phrase, ni mots, ni monosyllabes. »

A cette division un peu complexe et fondée sur une base contestable, l'état de la parole, nous préférons, pour plus de simplicité dans la description, les trois classes admises par M. Dubois (d'Amiens) (2) : dans la première, il place ceux qui présentent le plus haut degré d'abrutissement et sont réduits à l'automatisme ; la seconde comprend les idiots qui ne possèdent que des instincts; enfin la troisième appartient à ceux qui possèdent des instincts et des déterminations raisonnées, c'est-à-dire les imbéciles.

Nous avons, en outre, à dire un mot des enfants arriérés et des intelhgences anormales qui, tout en restant en dehors de l'idiotie, s'y rattachent logiquement.

§ 3. — Description.

1° Idiots complets. ~ Au degré le plus avancé, les idiots sont des êtres inertes, sans seusibihté, sans idées morales, dépourvus même de l'instinct de la bête. Le regard est hébété et sans expression, ils n'ont ni goût ni odorat, ne savent même pas manger seuls, et il faut porter leurs aliments jusque dans la bouche et dans l'arrière-gorge pour provoquer la déglutition. D'autres mangent avec moins de diffi-

(1) Des maladies mentales, t. II, p. 3i0.

(2) iMémoires de l'Acad. royale de médecine. Paris, 1837, t. V, p. 553.

'•^'O DE l'idiotie.

ciilté, mais avalent indistinctemont tous les objets qui se trouvent à leur portée, de la Lerre, des cailloux, du linge, des matières fécales; la salive s'écoule à travers les lèvres pendantes, les évacuations sont involontaires, les mouvements incertains et sans précision; le regard est vague et ne peut être dirige. Beaucoup sont sourds, aveugles et muets; tout au plus peuvent-ils faire entendre un son rauque et inarticulé à l'aide duquel ils manifestent quelquesuns de leurs besoins. La plupart sont rachitiques, couverts de scrofules, et à côté de vices de conformation de toute nature, présentent des paralysies partielles, des mouvements convulsifs isolés, de la chorée, et fort souvent de l'épilepsie. Ces êtres dégénérés, hideux à voir, vivent d'une vie purement végétative, et leur spontanéité ne se traduit que par des manœuvres de masturbation ou quelques tics bizarres, quelques habitudes automatiques qu'ils répètent machinalement, à l'instar de la brute. Il n'est pas rare d'observer chez eux, en même temps que ces symptômes de dégradation, un arrêt de développement qui porte non-seulement sur le système nerveux central, mais encore sur toute l'organisation : la seconde dentition ne se fait pas, et ils conservent leurs dents de lait indéfiniment ; aucun signe de puberté, aucun développement de la taille , à vingt ans, ils ont l'aspect et les allures d'un enfant de quatre ans. A ce degré, l'idiotie n'est j pas compatible avec une longue existence. La plupart de ces \ malheureux succombent jeunes, et peu d'entre eux dépassent l'âge de vingt-cinq à trente ans.

2" Idiots au deuxièjne degré. — Entre les idiots d'un degré aussi avancé et les sujets atteints de simple imbécillité, il existe toutes les nuances possibles, autant sous le rapport du développement physique que du développement intellectuel : aussi observe-t-on de grandes variétés parmi les individus de la seconde catégorie. En général, ils ont à leur | disposition quelques mots, quelques monosyllabes, quelques

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