‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 138 sur 172 · l>e IVîtat mental de»* «>piloptiqii · texte numérisé non relu

l>e IVîtat mental de»* «>piloptiqii

L'intégrité parfaite de l'intelligence et du sentiment cbez les épileptiques est un fait extrêmement rare, et c'est en vain que l'on allègue l'histoire de plusieurs grands génies, comme César, Mahomet, Pétrarque, Napoléon, qui auraient été, dit-on, épileptiques; ces exemples, quand même ils seraient authentiques, ne sauraient prévaloir contre l'observation de * chaque jour.

Sur 339 femmes épileptiques observées à Charenton, Esquirol (1) en a trouvé 12 monomaniaques : « 30 sont maniaques, parmi elles quelques-unes ont du penchant au suicide, et ont fait plusieurs tentatives pour se détruire. •^li sont furieuses, chez 3 la fureur n'éclate qu'après l'accès. 1Z|5 sont en démence; 16 sont constamment dans cet état ; les autres ne le sont qu'après l'accès; 2 ont des paroxysmes de fureur. 8 sont idiotes; l'une d'elles n'est épileptique que depuis sept à huit mois, et n'a eu que cinq accès.

» 50 sont habituellement raisonnables, mais elles ont des absences de mémoire plus ou moins fréquentes, ou bien des idées exaltées; quelques-unes ont un délire fugace; toutes ont de la tendance vers la démence.

» 60 n'ont aucune aberration de l'intelligence, mais elles sont d'une très grande susceptibilité, irascibles, entêtées, difficiles à vivre, capricieuses, bizarres; toutes ont quelques difficultés dans le caractère.

(I) Des maladies mentales, l. ^'S p. 'iS'i.

m l'état mental dhs kpileptiques. 535

» Donc -261) lie nos 339 épileptiques, c'est-à-dire les (juatre cinquièmes sont plus ou moins aliénées; un cinquième seulement conserve l'usage de la raison, et quelle raison I »

Pour plus de clarté nous étudierons en première ligne les modifications du caractère que l'on observe chez les épi]e|)tiques non aliénés.

Viendront ensuite les troubles intellectuels i)roprement dits, que l'on ne rencontre que chez les épileptiques ahénés, et qui constituent la folie épileptique. Nous les diviserons de la manière suivante :

1" Troubles intellectuels à marche aiguë, liés à l'accès convulsif lui-même et constituant une de ses compHcations, manie, mélancoHe, impulsions instinctives, hallucinations;

2° Troubles intellectuels observés dans l'intervalle des accès ;

3" Troubles intellectuels à marche chronique se développant à la longue chez les épileptiques, c'est-à-dire affaiblissement progressif de rintelligence aboutissant à la démence et même à la paralysie générale.

Modifications du caractère chez les épileptiques non aliénés.

Tous les médecins qui ont vu de près les épileptiques savent qu'à quelques exceptions près, ces malades deviennent très vite irritables, soupçonneux, querelleurs; on les entend se plaindre de tous ceux qui les entourent, critiquer d'une manière agressive ce qui se passe devant leurs yeux, et présenter une versatilité de goûts et d'humeur qui est un trait caractéristique de leur situation mentale; tantôt ils sont gais, pleins d'entrain, et offrent même un léger degré d'excitation intellectuelle qui rend leur imagination plus féconde et plus vive, tantôt au contraire, préoccupés de leur affreuse maladie, poursuivis par des idées hypochondriaques, ils se montrent tristes, moroses, déprimés, incapables d'uu travail un peu soutenu, et se laissent

J)li L'Él'ILEl'SlE.

aller à tous leurs mauvais penchants. Ces inégalités de caractère, CCS alternatives incessantes d'excitation et de dépression inlluent singulièrement sur leurs actes, et sur leurs allures : autant, dans certains moments, ils sont taquins, querelleurs, irascibles, autant, dans une période nouvelle, ils se montrent humbles, soumis, obséquieux.

Sans conslituer un état positif d'aliénation mentale, cette mobilité de sentiments et de caractère doit être prise en sérieuse considération dans l'appréciation des actes commis par les épileptiques, et l'on comprend sans peine qu'elle ait été invoquée sinon comme motif d'excuse, du moins comme circonstance atténuante, d'autant plus que ces dispositions morales, lorsqu'elles vont en s'aggravant, conduisent très souvent les malades à l'aliénation mentale confirmée.

Folie épileptique.

1" Folie épileptique liée à l'accès convulsif. — Il est bien rare que des troubles intellectuels se développent dès les premiers accès d'épilepsie ; ce n'est guère qu'au bout d'un grand nombre d'attaques qu'on les voit faire explosion.

Dans l'immense majorité des cas, la folie épileptique est consécutive à l'accès. Le délire éclate immédiatement après la période de stupeur, c'est-à-dire tantôt un quart d'heure, tantôt plusieurs heures ou même plusieurs jours après la cessation des convulsions. Un accès isolé peut n'être suivi d'aucun désordre dans les idées, tandis que des attaques survenues coup sur coup, amènent plus facilement des troubles intellectuels. On a vu cependant des accès d'épilepsie incomplets et avortés, pour ainsi dire, s'accompagner plus volontiers de délire que d'autres accès dans lesquels les convulsions avaient épuisé toute leur violence.

Dans quelques faits exceptionnels, le délire précède l'accès convulsif, qui lui sert pour ainsi dire de crise. Les paroxysmes maniaques ont alors une durée qui varie de quel-

FOLIE ÉPILEPTIUUE. 537

ques heures à plusieurs jours. Tantôt l'accès d'épilepsie met fin brusquement au délire ; tantôt ce dernier disparaît progressivement et avec lenteur.

Enfin on a cité des cas, à la vérité assez rares, oiile délire se produisait à la fois avant et après les convulsions. M. J. Falret (1) rapporte à ce sujet une observation très curieuse qui lui a été fournie par M. Billod, et dans laquelle les accès d'épilepsie étaient précédés d'un état mélancolique et suivis d'un état maniaque.

De toutes les formes de folie épileptique, la manie est la plus fréquente, et voici quels sont ses caractères pathognomoniques :

Elle éclate brusquement, sans prodromes et atteint en peu d'instants son plus haut degré de violence, après avoir été précédée tout au plus, pendant quelques heures, de tristesse, d'irritabilité ou de quelques malaises physiques, comme la céphalalgie, les vomissements, l'éclat des yeux, l'altération delà voix ou de légers mouvements convulsifs de la face ou des membres.

L'excitation une fois développée ne se maintient jamais dans des limites modérées. Les sujets, en proie à une fureur aveugle, brisent tous les objets qui leur tombent sous la main, déchirent, mordent, vocifèrent, se frappent la tête contre les muraihes, se précipitent avec rage sur tous ceux qui les approchent; aussi sont-ils considérés, et avec juste raison, comme les plus terribles et les plus redoutables de tous les maniaques. Dominés par des idées terrifiantes, poursuivis par des hallucinations de l'ouïe et de la vue, ils voient, ils entendent autour d'eux des assassins, des hommes armés, qui se précipitent pour les massacrer ; ils aperçoivent des météores enflammés, des cercles de fer, et ces visions leur

(1) Archives générales de méd., décembre, 1860 et suiv., De Vclal mental des épilepliques.

Dj£ l'ÉPILEI'SIK.

imprinifiiil Lin senlimcint profond d'égarement ol de Irayeur. C'est alors que, poussés par une irrésistible impulsion, ils s'arment du premier objet qui se trouve sous leur main, frappent autour d'eux à coups redoublés et épuisent leur fureur sur les corps animés ou inanimés qui se trouvent sur leur passage.

Quelques autres caractères permettent encore de distinguer la manie épilepliquo de la manie ordinaire : ainsi tous les accès chez le même malade présentent une ressemblance absolue, non-seulement dans leur ensemble, mais dans chacun de leurs détails. Lorsqu'on a observé avec soin les diverses phases d'un premier accès de manie épileptique, on est vraiment frappé d'élonneraent en constatant que le même malade exprime les mêmes idées, profère les mêmes paroles, se livre aux mêmes actes, éprouve en un mot les mêmes phénomènes physiques et moraux, à chacune des périodes de chaque nouvel accès (1). Il est aussi remarquable que, malgré le désordre et la violence des actes, les paroles prononcées par les maniaques épilep tiques sont en général beaucoup moins incohérentes que celles de beaucoup d'autres aliénés. Ils comprennent mieux les questions qu'on leur adresse et s'aperçoivent plus souvent de ce qui se passe autour d'eux (J. Falret).

Les accès de manie épileptique ne sont jamais de longue durée : il est rare qu'ils se prolongent au delà de quelques jours. Les malades se calment brusquement et reviennent en quelques heures, et pour ainsi dire sans transition, à leur état normal, offrant souvent par la timidité de leurs allures, leur esprit défiant et craintif, le contraste le plus frappant avec les scènes d'horrible violence qu'ils viennent de commettre. Quelques-uns présentent une courte période intermédiaire de torpeur physique et intellectuelle d'oii ils sor-

(l) J. Fnlcet , loc. cil.

FOLU-; Éi'iLEPTinur;. 539

tent comme d'un rêve, ne conservanl qu'un souvenir vague et confus des faits qui se sont passés pendant l'accès. Rien de semblable, on le sait, ne s'observe dans l'accès ordinaire (le la manie, même lorsqu'il s'est prolongé pendant plusieurs semaines, plusieurs mois. Les sujets conservent avec une fidélité extraordinaire la mémoire des faits qui se sont passés au moment même où ils étaient en proie à une vive agitation

A côté du délire général à forme maniaque, on observe quelquefois chez les épileptiques, à la suite de leurs accès, du délire mélancolique avec prédominance d'idées religieuses ou d'idées hypochondriaques, et tendance au suicide, mais ce qu'on rencontre beaucoup plus communément, c'est un état spécial que M. J. Falret a décrit sous le nom de petit malintellectuel, et qui est intermédiaire entre la lucidité d'esprit des délires partiels et le trouble complet des délires généraux : il consiste principalement dans une grande confusion des idées accompagnée d'impulsions instinctives, instantanées, d'hallucinations et d'actes violents. A peine la stupeur résultant de l'accès convulsif s'est -elle dissipée que les épileptiques atteints de ce genre de délire restent tristes et abattus, leur mémoire est affaiblie, leurs conceptions intellectuelles sont lentes et confuses. Ils sentent en eux-mêmes un anéantissement de leur volonté, une impuissance absolue pour résister aux impulsions qui les dominent et contre lesquelles ils n'ont pas le courage de lutter. En proie à une anxiété vague, à des hallucinations , à une terreur involontaire, ils quittent leur domicile et errent partout sans but et sans direction; c'est alors qu'ils se livrent au désespoir et envisagent tous ceux qui les entourent comme des ennemis acharnés à leur perle, qu'ils sentent se ranimer en eux des instincts de haine et de vengeance assoupis pendant la période de calme qui a précédé l'accès : au milieu de ces dispositions morales, entraînés par une impulsion dont plus

DE l'ÉI'JLEI'SIE.

lard ils rendent compte avec précision, ils se livrent à des actes graves, tels que le vol, l'incendie, le suicide et l'homicide, l'homicide surtout qu'ils commettent en aveugles, sur leurs proches, sur leurs amis, sur les personnes qu'ils chérissaient le plus, souvent même sur le. premier individu qui se présente à eux. Ils se jettent sur leur victime, la IVappentà coups redouhlés, et, emportés par une fureur indescriptible, abattent successivement tous ceux qu'ils rencontrent jusqu'à ce qu'ils tombent épuisés ou qu'on soit parvenu à se rendre maître d'eux par la force.

Il peut arriver que l'acte violent, une fois exécuté amène une sorte de détente et serve pour ainsi dire de crise à l'accès. Les malades, encore hébétés et stupides, ne se rappellent que confusément les faits qui se sont passés, ou même en ont perdu toute conscience, témoignant un profond élonnement au récit des actes qu'ils ont commis. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps et alors que l'inteUigence revient à un état plus normal, qu'ils recueillent peu à peu leurs souvenirs, tout en conservant dans leur esprit beaucoup de vague sur les points de détail. Interrogés sur les motifs qui ont pu les pousser à commettre tel acte grave, ils répondent invariablement qu'ils étaient poussés par quelque chose, qu'ils n'étaient plus maîtres d'eux-mêmes, et si quelques-uns sont péniblement émus, beaucoup d'autres conservent une indifférence, une impassibilité, indice d'un état mental plus gravement compromis.

En résumé, dans les impulsions liées à l'accès d'épilepsie, nous retrouvons, comme dans la manie épileptique, la brusquerie de l'invasion et de la disparition des symptômes, la violence et le caractère impulsif des actes, l'oubli partiel ou total de ce qui s'est passé pendant l'accès. Ces particularités ne doivent jamais être perdues de vue, car elles sont pathognomoniques, et ont une grande importance médico-légale.

2° Folie aiguë survenant dans C intervalle des accès d'épi-

TROUBLES INTELLECTUELS PERMANENTS. blll

lepsie. — Plusieurs auteurs ont noté chez des épileptiques des moments de délire aigu survenant en dehors de tout accès convulsif. Ce délire revêt tous les caractères que nous avons indiqués plus haut : tantôt il s'agit d'un accès de manie furieuse ; tantôt, au contraire, d'une folie transitoire signalée par des impulsions liomicides et des actes de violence inexplicables, dont les sujets ne conservent aucun souvenir. M. Delasiauve (1) a cité une observation oii la folie survenait sans être précédée de crise et souvent même à une époque très distante des premiers accès, et la science possède plusieurs exemples analogues ; bien plus, on a vu les accès convulsifs et les accès maniaques alterner entre eux d'une manière tout à fait remarquable. Quelques médecins discutent et même nient complètement les faits de cette nature. Ils objectent que, dans ces cas, l'attaque convulsive ne manque jamais, mais qu'elle reste inaperçue, soit parce qu'elle survient pendant la nuit, soit parce qu'il s'agit d'un simple vertige, tellement rapide, tellement fugitif, qu'il échappe à tout observateur non prévenu. Cette vue ingénieuse, et très probablement exacte, a été appliquée à certains faits de m.édecine légale où l'examen des caractères spéciaux du délire éveille l'idée de folie épileptique, chez des sujets qui semblaient n'avoir eu jusque-là aucune attaque d'épilepsie. Souvent, en remontant avec soin aux antécédents de ces malades, on finit par acquérir la conviction qu'ils sont sujets à des vertiges, décrits par eux avec une grande exactitude, mais qu'ils déguisent sous le nom de crises nerveuses, d'étourdissements, et dont on ne peut découvrir la vérilable nature qu'à l'aide d'un minutieux interrogatoire.

3" Troubles intellectuels permanents se développaiit à la longue chez les épileptiques. — Tous les auteurs ont signalé

M) Delnsimivp, TrmU- de répilejnie, p. 152.

•'>A*2 T)lî l/ÉPlLEPSIE.

l'influence ([m l'épilepsio, exerce à la longue sur le degré (l'énergie des laciillés intellectuelles : la mémoire s'afiaiblil, l'atlenlion perd de sa force et de sa fixité, le travail d'esprit devient plus dilïîcile et la démence va chaque jour en se caraclérisant davantage. 11 ne s'agit plus ici de perturbations passagères de l'intelligence, mais d'un état chronicpie qui persiste d'un accès k l'autre, et s'aggrave après chaque accès nouveau. Esquirol (1) et plus tard M. Calmeil (2) ont précisé d'une manière inattaquable, dans les propositions suivantes, les conditions qui, chez les épileptiques, accélèrent ou retardent les progrès de la démence.

Chez quelques enfants épileptiques, disent-ils, la raison ne se dévelopf)e pas, ils sont idiots; chez d'autres, elle se développe, mais elle se perd de bonne heure.

Lorsque l'épilepsie éclate après la puberté, et surtout dans l'âge consistant, la raison se perd plus lentement; — les progrès vers la démence sont en rapport avec le nombre des années depuis l'invasion de la première attaque avec la fréquence et la durée de ces attaques. — L'influence la plus puissante pour l'anéantissement de la raison se trouve dans la réunion des accès du grand mal avec les vertiges; — le grand mal seul n'épargne point l'intelligence ; les vertiges très multipliés, quoique seuls, sont aussi actifs pour la production de la démence que les vertiges et le grand mal réunis, mais un peu moins multipliés. — Lorsque l'épilepsie cesse, lorsqu'elle est suspendue pendant un temps plus ou moins long, lorsque les accès s'éloignent sans que la maladie ail cessé, alors l'intelligence se rétabUt progressivement, le caractère de ces individus s'améliore, ils sont moins irritables, plus dociles, plus sociables; mais je n'en ai vu aucun, ajoute Esquirol, qui ne conservât une susceptibiHlé physique et morale très prononcée. Comment se fait-il, â'\t>

(1) Esquirol, De l'épilepsie, 1. 1"', p. 288.

(2) Calmeil, Thèse irmugurcile. Paris, 182^4, p, 2/i.

ÉPIF-EPSIE SIMULÉE. Ô/(3

encore cet auleiir, que le verlige dont la durée est si courte, dont les convulsions sont à peine apercevables, ait une action plus funeste sur le cerveau, tue plus promptement l'intelligence, que les accès complets d'épilepsie dont les convulsions sont plus violentes et plus durables ?

L'affaiblissement intellectuel peut exister seul chez les épi- Jepliques, mais fréquemment il s'associe à la manie chronique, au délire partiel avec préoccupations religieuses et liypochondriaqiies, ou à des impulsions dangereuses qui reviennent après chaque accès ; avec le temps ces derniers symptômes s'éloignent, l'airaibhssement intellectuel fait des progrès, et, arrivés au dernier degré de la démence, ces malheureux sont réduits à une vie purement végétative, et ne sortent de leur anéantissement intellectuel que sous l'influence de nouvelles convulsions qui amènent chez eux des périodes d'agitation bruyante et incohérente. La mort ne se fait pas longtemps attendre lorsqu'ils sont arrivés à cet état, et le plus souvent c'est à une congestion cérébrale qu'ils succombent. Chez d'autres la démence se complique d'embarras de la parole, plus tard même de délire ambitieux, et l'on voit se développer tous les symptômes habituels de la paralysie générale.

§ 7. — l>ia;^nostic.

1° Èpilepsie simulée. — Quelques individus peuvent avoir intérêt à simuler l'épilepsie pour se soustraire au service militaire ou pour exciter la commisération publique et trouver un asile dans les hospices : cette simulation, pour être parfaite, exigerait non-seulement une grande force de volonté, mais encore une connaissance très complète des phénomènes de l'accès épileptique ; aussi l'on ne rencontre que fort rarement des cas où le médecin ne découvre pas à pre> raière vue la supercherie. La turgescence violacée ou noirâtre de la face bientôt remplacée par la pilleur est impos-

^''^ DE l'ÉPILEPSIE.

sible à simuler ; il en est de même de l'insensibilité absolue de hi peau, des muqueuses et des nerfs spéciaux, de l'immoliilité de la pupille ; les mouvements tumultueux du cœur, le ronllemenl soporeux, l'air hébété qui suivent l'attaque, échappent à une imitation parfaite, et si quelques individus, à l'aide d'un morceau de savon introduit dans la bouche, ont rendu leur salive écumeuse, la méprise ne saurait longtemps se prolonger. D'après Marc, dans la convulsion épileptique on a beaucoup de peine à étendre le poignet et le pouce; mais, une fois étendus, ils ne se fléchissent plus : dans l'épilepsie simulée, le sujet croit devoir les fléchir de nouveau dès qu'il ne sent plus de résistance. On a remarqué en outre que ceux qui simulent l'accès d'épilepsie choisissent en général leur lieu et leur moment : en tombant ils évitent de se faire du mal et ont soin de se trouver éloignés des médecins. Une menace, un traitement un peu rigoureux, suffisent pour éloigner les accès et quelquefois même pour faire avouer la simulation.

2° Accès hystérique et accès épileptique. — L'accès d'hystérie et l'accès d'épilepsie diffèrent trop pour pouvoir être confondus.

Dans l'hystérie, la face n'est pas grimaçante et conserve, même au milieu de l'excitation de tout le système musculaire, une expression de calme et de douceur bien différente des contorsions hideuses des épileptiques. Jamais la bouche n'offre d'écume sanguinolente; au lieu d'être, au début, tétaniques avec injection violacée de la face et menace d'asphyxie, au lieu de se produire sur place, les convulsions hystériques sont tantôt cloniques, tantôt tétaniques, sans qu'on puisse leur assigner de période et d'ordre régulier. Elles s'accompagnent de mouvements de projection du bassin, de bonds tumultueux et désordonnés, qui projettent le corps à des distances considérables : ce n'est plus de l'asphyxie qu'on observe chez les malades, mais une respiration

IIYSTÉRO-ÉPILEPSIE. 5/i5

entrecoupée de sanglots, un sentiment de constriction à la gorge accompagné de borborygmes caractéristiques et de tympanite.

Enfin l'état mental qui accompagne les deux accès offre des différences non moins tranchées. L'épileplique n'a aucune conscience de ce qui se passe pendant l'accès, très souvent il n'en conserve aucun souvenir, et ignorerait qu'il a été malade s'il n'en était averti par un vague sentiment de courbature ou par les morsures et les contusions qu'il a éprouvées. Chez les hystériques, au contraire, les sens, même au milieu des convulsions, conservent quelquefois leur acuité et leur vigilance : rien de ce qui se passe autour d'elles ne leur échappe, elles rendent un compte exact des paroles souvent trop peu mesurées qui sont prononcées à leur sujet. Une fois l'accès terminé, à quelques nuances près, elles rentrent dans la plénitude de leur intelligence et n'offrent pas ces accès maniaques, ces impulsions dangereuses qui suivent fréquemment l'accès d'épilepsie.

3° Hijstéro-épilepsie. — Il faut d'ailleurs ne pas oubher que l'accès d'hystérie et l'accès d'épilepsie se comliinent souvent ensemble pour constituer ce qu'on a appelé l'hystéro-épilepsie. Cette combinaison, dit M. Briquet (1), se produit de trois manières: tantôt l'épilepsie est la maladie primitive, tantôt c'est l'hystérie, tantôt les deux maladies se sont développées simultanément. L'épilepsie succède à l'hystérie, chez des jeunes filles atteintes d'accidents hystériques graves et d'attaques de convulsions très fréquentes, à la suite desquelles il se manifeste de la céphalalgie, du coma et delà diminution dans les facultés intellectuelles. L'hystérie succède à l'épilepsie, quand à la névrose primitive viennent se surajouter des chagrins, des peines morales bientôt suivies d'oppression, de strangulation, de spasmes et d'acci-

(1) Briquet, Traité clinique de Vhystéri?, 1859, p, 400, àOi, 402.

MARCÉ. — MAL. MENT. ' or

•^A6 DE l'ÉPILEPSIE.

dénis convulsifs nouveaux pour les malades : ce dernier ordre de développement est moins fréquent que l'autre.

Le plus ordinairement les deux espèces d'attaques convulsives sont distinctes les unes des autres et offrent chacune leurs traits caractéristiques, il existe alors deux affections différentes qui marchent parallèlement chez le même individu; M. Beau (1) sur 32 cas d'hysléro-épilepsie, en a trouvé 20 dans lesquels les attaques restaient distinctes. Quand la combinaison de l'hystérie et de l'épilepsie est plus intime, on trouve réunis dans la même attaque les phénomènes de deux maladies qui se présentent sous la forme suivante : « attaques, tantôt soudaines, tantôt précédées de malaises, tels qu'une céphalalgie violente, de l'agitation, de l'oppression à l'épigastre, une sensation de globe montant de l'épigastre au cou ; puis survient la perte complète de connaissance avec dyspnée extrême, face H vide et tuméfiée, écume à la bouche, distorsion des yeux, respiration stertoreuse, mélange de roideurs tétaniques et de convulsions cloniques; puis à la fin coma ou sanglots et peurs, et enfin brisement des membres pendant plusieurs heures.»

La connaissance des antécédents du sujet, de sa profession, l'examen des symptômes concomitants mettront bien vite sur la voie du diagnostic de l'épilepsie alcoolique et de l'épilepsie saturnine.

L'épilepsie est-elle de nature syphihtique, voici les points indiqués par MM. Gros et Lancereaux pour servir de base au diagnostic différentiel.

Le malade, lorsqu'on l'interroge avec soin, accuse toujours des antécédents syphilitiques bien accusés, chancres, bubons indurés, accidents secondaires. Au lieu de débuter d'emblée, l'épilepsie est presque toujours précédée de malaise, de céphalée nocturne, avec ou sans exostoses, d'alo-

(1) Beau, Ârch. deméd,, 2« série, année 1838, l, XI, p. 33i.

pécie, d'ecthyma, et souvent même quelques-uns de ces symptômes spécifiques coexistent avec les convulsions épileptiformes, ce qui constitue au point de vue du diagnostic un indice précieux. Dans l'intervalle des accès les malades sont loin de jouir d'une santé parfaite, et, contrairement à ce qu'on observe dans l'épilepsie ordinaire, ils souffrent de la céphalée et de névralgies à exacerbation nocturne. L'absence de l'hérédité, le développement tardif de la maladie qui n'éclate jamais avant trente ans, enfin sa curabilité sous l'influence de la médication spécifique, sont des signes qui ne doivent laisser aucun doute dans l'esprit du médecin.

Aucun indice utile ne peut être tiré de l'examen des convulsions. Quel que soit leur point de départ, elles revêtent absolument le même aspect et prennent à la fois et la forme du grand mal et la forme vertigineuse.

S — Traitement.

Tous les moyens de traitement que nous avons étudiés à propos de la folie en général et de chacune de ses formes, sont applicables à la folie épileptique, et ce sujet ne doit pas être ici traité de nouveau; quant à l'épilepsie elle-même, un long chapitre serait insuffisant, je ne dis pas pour discuter, mais simplement pour énumérer tous les remèdes vantés contre cette maladie ; c'est dire assez qu'aucun d'eux ne jouit d'une efficacité reconnue, et que l'épilepsie par sa ténacité fait le désespoir de la thérapeutique (1).

Le premier soin du médecin en présence d'un de ces cas redoutables doit être de rechercher dans les antécédents du sujet, dans son tempérament, dans sa manière d'être, dans l'existence d'une aura, dans la cause de la maladie , quelque indication rationnelle qui puisse mettre sur la voie d'une

(1) V. Delasiauve, Trailement de l'épilepsie {Ann. méd.-psycJiolog, 1847) .

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