‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 157 sur 172 · FOLLE ALCOOLIQUE AIGUË · texte numérisé non relu

FOLLE ALCOOLIQUE AIGUË

lions plus abondantes que de coutume, ils ont dépassé leur limite de saturation.

• La folie alcoolique aiguë éclate vers le déclin de l'ivresse ou pendant sa durée, quand celle-ci se prolonge et est entretenue par des excès sans cesse renouvelés. Elle se présente sous deux formes qui, tout en présentant de grandes analogies en raison de l'identité de leur point de départ, peuvent toujours être distinguées : la forme maniaque et la forme mélancolique.

A. La forme maniaque, désignée plus particulièrement sous le nom de delirium tremens, débute par de l'insomnie, de l'incohérence dans les idées, de la bizarrerie dans les allures, et une excitation qui va croissant d'heure en heure. La face est rouge, vultueuse ; les yeux sont brillants et congestionnés, le pouls est fréquent, la peau chaude et couverte de sueur, la soif vive, et au milieu du désordre général de l'innervation, les évacuations sont souvent involontaires; des illusions et des hallucinations de tous les sens viennent se joindre au déhre et lui donner un nouvel aliment : les malades croient reconnaître tous ceux qui les approchent; ils prennent une fenêtre pour une porte, une rivière pour une grande route, et trouvent une saveur alcoolique aux tisanes qui leur sont présentées; quelques-uns ont des idées obscènes et érotiques et aperçoivent autour d'eux des scènes lubriques. Mais ce qui caractérise d'une manière toute spéciale la manie alcoolique, ce sont certaines hallucinatiom de la Vue. Les malades voient courir sur leur lit, sur le plancher, sur les murs, des rats, des souris, des grenouilles, des reptiles, des oiseaux, des animaux de toute sorte qui disparaissent brusquement comme s'ils passaient à travers la muraille. Ces visions ont, en général, quelque chose de pénible, cependant elles n'offrent pas ce caractère terriliant que l'on observe dans la forme mélancolique. L'agitation dans la manie alcoolique arrive bien vite à

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son apogée. Malgré quelques instants de répit, les sujets : crient, vocifèrent, courent au hasard, et, entraînés par leurs illusions et leurs hallucinations, peuvent se jeter à l'eau, se ■ précipiter par la fenêtre et maltraiter violemment ceux qui les approchent.

A tous ces symptômes d'excitation se joignent des troubles ■ de la motililé ; la langue est tremblante et tirée convulsivement hors de la bouche, et pendant l'articulation des sons tous les muscles de l'appareil vocal présentent une ondulation fibrillairc qui rend la parole incertaine et embarrassée. Les extrémités supérieures, et surtout les doigts et; l'avant-bras, offrent le même tremblement, facile àrecon-naître lorsqu'on fait placer les bras dans la position hori-zontale.

Cet état est en général de courte durée; la privation desboissons alcooliques et quelques soins hygiéniques suffisent! au bout de deux ou trois jours pour calmer l'agitation eti ramener le sommeil. Dans les cas les plus simples, le som-meil profond et prolongé quelquefois pendant plus de trente-six heures, sert de crise à l'accès et laisse au réveil les malades calmes, mais courbaturés, avec la langue pâteuse, une^ soif vive et un souvenir très confus de ce qui vient de se^ passer. Quand l'excitation a été très vive et s'est prolongée^ pendant un temps plus long, il n'est pas rare de voirr la convalescence s'opérer avec lenteur. Pendant plusieurs? jours, et alors même que tous les autres symptômes ont dis-paru, les malades conservent dans le cours de la journée? quelques hallucinations de la vue ; la nuit, les mêmes visionss troublent leur sommeil, et ce n'est qu'à la longue qu'ilss arrivent à les apprécier à leur juste valeur.

A côté de cette forme de manie qui est bénigne et danss l'immense majorité des cas se termine parla guérison, ill en est une autre beaucoup plus grave sur laquelle a insistéé M. Delasiauve, et qui, en réalité, n'est pas autre chose qucf

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