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DE L' ALCOOLISME

même au delà, car le médicament est ordinairement très bien supporté. Des doses beaucoup moindres suffisent lorsqu'on l'administre concurremment avec les bains et les purgatifs. Tout en reconnaissant les services très réels rendus par l'opium à haute dose, dans certains cas de manie alcoolique, je n'hésite pas à le proscrire lorsque la langue est sèche et râpeuse, lorsqu'il y a-plélhore et tendance à la congestion cérébrale, et à le conseiller plutôt comme un moyen accessoire que comme un moyen unique de traitement.

Si les accidents aigus de l'alcoolisme sont en général facilement curables, il n'en est pas de même des cas chroniques qui supposent déjà une modification plus profonde du sys- j tème nerveux, et qui, une fois développés, s'aggravent de | jour en jour par l'abus incessant et inévitable des boissons ! alcooliques, et par un penchant à s'enivrer qui, sans être de la | dipsomanie telle que nous l'avons décrite, est à la fois une passion, une habitude, un besoin physique, et le résultat d'un certain degré d'affaibhssement intellectuel. j

Sans parler ici de la séquestration qui est le seul moyen efficace, de l'hygiène, de l'alimentation, -de l'hydrothérapie et des moyens spéciaux que réclame chaque forme d'alcoolisme chronique et pour lesquels nous renvoyons à tout ce | qui a été dit à propos de la pathologie spéciale, rappelons que Magnus Huss conseille à titre de médicament héroïque, surtout contre les accidents gastriques, l'huile empyreumatique qui se trouve dans l'eau-de-vie de pommes de terre et | qu'il donne à la dose de 5 à 10 centigrammes, répétée cinq à six fois chaque jour.

M. Marcet (1), de son côté, a expérimenté sur un certain nombre de malades l'oxyde de zinc, qu'il regarde comme très efficace dans les symptômes nerveux de l'alcoohsme ! chronique. Il l'administre en poudre, à la dose de 10 centigrammes, deux fois par jour, une heure après les repas, et |

Arch. de méd., août, p. 234, et Lancei, 2 avril 1854.

il augmente généralement la dose de 10 centigrammes tous les trois jours, jusqu'à ce que le malade prenne 30 ou àO centigrammes d'oxyde en vingt-quatre heures. Sous l'influence de ce traitement, il a vu des malades recouvrer le sommeil pendant que disparaissaient le tremblement , la céphalalgie, les vertiges et les hallucinations. La guérison, dit-il, était généralement assurée au bout de six semaines.

Toutes ces médications amènentune amélioration passagère dans laquelle une bonne hygiène et l'isolement jouent peutêtre le plus grand rôle ; mais la facilité avec laquelle se produisent les rechutes, dès que les malades, sont rendus à la liberté, fait voir bien vite que c'est moins vers le traitement curatif que vers le traitement préventif, c'est-à-dire vers la destruction du vice hideux de l'ivrognerie, que doivent être dirigés tous les efforts.

C'est dans- ce but qu'a été imaginée en Suède, par Schreiter etBerzelius, la méthode qui consiste à soumettre le malade au régime exclusif des boissons et des aliments alcoolisés,, de manière à lui inspirer, pour leur odeur et leur saveur, un profond dégoût. On l'isole dans une chambre ; on lui donne à discrétion une boisson contenant deux parties d'eau et une partie d'eau-de-vie ; puis on lui présente du thé, du café, contenant également un tiers d'eau-de-vie. Tous les aliments présentent le même mélange. Le premier effet produit est une ivresse progressive qui étourdit etporte au sommeil. Au bout de cinq ou six jours le sujet repousse toute préparation et aspire à l'eau fraîche; mais il faut se garder de satisfaire ce désir et continuer jusqu'à ce que le dégoût produit soit invincible. La durée de la cure varie de quinze à vingt-huit jours (1).

A côté de cette méthode, qui a été peu expérimentée en

(1) Zeilschrifl fur Psychîalrie und psychisch. geschichlUche Medicin Damerow, l" cahier, 1848 {Ann. méd.-imjchol. , in\l\el 1850, analyse de M. Rcnaudin).

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France, et qui, tout en étant bien incertaine dans ses résultats, ne me semble pas sans danger, il faut citer les moyens de répression morale qui tendent à détourner les populations de l'ivrognerie et à leur inspirer une aversion salutaire pour les boissons alcooliques. Les sociétés de tempérance ont rendu à ce point de vue d'incontestables services.

Fondées, dès 1813, aux États-Unis, ces associations imposent à leurs membres l'engagement formel, non-seulement de s'abstenir de toute boisson enivrante, mais encore de n'en point faire le commerce, de n'en point offrir à leurs amis, de n'en point fournir à leurs serviteurs, et d'employer tous les moyens pour en faire cesser l'usage. Après s'être multipliées en Amérique, ces institulions se sont propagées en Angleterre, en Allemagne, en Suède, et, sous leur beureuse influence, la consommation des liqueurs alcooliques a diminué dans des proportions considérables; en France, malheureusement, elles existent à peine, et la nature trop obsolue des règles qu'elles imposent semble un sérieux abstacle à leur développement ; il y a cependant dans le but noble et élevé qu'elles se sont proposé un sujet bien digne de fixer l'attention des médecins et de toutes les classes de la société, et qui nécessitera tôt ou tard l'intervention du législateur.

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