RÔLE DU MÉDECIN EXPERT
Ivsic générale : son action est devenue indifférente parce qu'elle est sans but et sans mobile normal, parce que le jugement affaibli n'a pu la diriger.
En résumé, le médecin légiste aura rempli son mandat lorsque, chez un aliéné criminel, il aura démontré ou la nature pathologique des motifs d'action (c'est-à-dire que ces motifs répondent à une idée déhrante, à une impulsion irrésistible, ou k une hallucination), ou bien l'affaibbssement du jugement et de la mémoire , qui rend le dément incapable d'apprécier la valeur morale de ses actes.
Cette déUmitation de la question rend inutile toute discussion relative à la compétence des médecins dans les questions médico-légales. Il fut un temps où cette compétence fut vivement contestée (1); on répéta que tout homme avec du bon sens pouvait apprécier l'état mental d'un individu, et qu'il suffisait de le voir et de l'interroger pour se faire une opinion exacte à ce sujet. Ce que nous avons dit de la difficulté de diagnostic de certaines formes de la folie, de la lucidité apparente de quelques sujets qui dissimulent leurs •idées délirantes ou leurs hallucinations, rend indispensable l'intervention médicale, tout aussi bien que s'il fallait établir qu'un individu est atteint de fièvre typhoïde ou de pneumonie; sur ce point d'ailleurs, l'opinion universelle depuis longtemps déjà n'a plus besoin d'être éclairée.
Les principes que nous venons d'étabhr ne permettent en aucune façon d'assimiler une passion violente à un état passager de foHe, et de regarder comme irresponsable celui : qui, sous l'influence de la colère, de la haine, de la jalousie, s'est laissé aller à commettre un délit ou un crime. La loi, sans doute, a reconnu que les actes commis sous l'influence
(1) Du degré de compétence des médecins dans les questions judiciaires relatives aux aliénaiions mentales, et Des théories physiologiques sur la monomanie, Élias Rcgnaull. Paris, 1828, in-8.
"'^^ APPLICATIONS MÉDICO-LÉUALI'JS.
d'une passion violente n'ont plus le même caractère moral que ceux qui se sont produits pendant le calme de la réflexion. Elle déclare nul tout engagement dicté par la colère ou par la crainte (Gode civil, art. H09); les crimes commis sans préméditation, et dans un mouvement de colère ne sont pas punis avec la même sévérité que ceux qui ont été exécutés après mûre réilexion (Code pénal, art. 302, 30/i, 309, 310, 311); dans le cas d'adultère la loi excuse le meurtre commis par l'époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l'instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale (Code pénal, art. 32/|). Les passions violentes, qu'elles soient innées comme l'amour, la peur, la colère ; qu'elles soient acquises comme l'orgueil, l'ambition, l'envie, la cupidité, le fanatisme, obscurcissent, il est vrai, le libre discernement des actes et atténuentla responsabilité morale, mais ce serait aller trop loin que d'assimiler la passion à une folie passagère. Les passions, dit Georget, sont dans l'ordre naturel, elles ont un motif réel ; l'homme qu'elles maîtrisent au point de l'exciter au crime, sait encore qu'il va commettre une mauvaise action dont il sera responsable devant la loi : détruisez la cause de l'orage et aussitôt le calme renaît. Sontce là les caractères de l'aliénation mentale? Entre les passions et la folie nous trouvons toute la différence qui existe entre un état physiologique et un élat morbide, sans nous dissimuler cependant les nuances intermédiaires qui établissent entre ces deux états une certaine analogie.
§ s. — De la folie simulée.
Un individu se présente avec les symptômes apparents de la fohe. La foHe est-elle réelle ou simulée?
Les individus qui simulent la folie sont ou de jeunes conscrits qui ont recours à tous les moyens imaginables pour se soustraire au service militaire, ou des accusés qui, après avoir commis un acte repréhensible, espèrent en se faisant