RELATIVES A LA MONOMANIE. OUO
qu'un acte grave, un meurtre, un vol, un incendie aura été commis clans des circonstances de ce genre, outre le fait de l'ivresse qui se prouve facilement par les récits des témoins et par l'incohérence des paroles ou des actes, il faut que le médecin expert mette en relief, s'il y a lieu, l'étal mental habituel du sujet, sa nature sombre et mélancolique, ses antécédents héréditaires fâcheux, les impressions morales pénibles qu'il a pu récemment éprouver : c'est en effet dans des conditions de ce genre que les boissons alcooliques, et surtout l'eau-de-vie et l'absinthe, impriment à l'état intellectuel de l'ivresse, un cachet de gravité tout particulier, des idées sombres, avec tendance au suicide, une irritabilité extrême, des projets de vengeance, des idées de violence et de meurtre bien vile réahsées.
Telles senties circonstances que le médecin doit faire valoir pour étabhr l'absence passagère de hberté morale; mais en parcourant les faits de ce genre, épars dans les recueils, il me paraît bien difficile, au point de vue pratique, de séparer la folie transitoire, suite de l'ivresse, de l'ivresse proprement dite, et par conséquent de lui enlever complètement le caractère d'iraputabihté que la loi française et la plupart des arrêts assignent encore à l'ivresse.
§ 4. — Questions médico-légales relatives à la monomanie.
La mélancolie, telle que nous l'avons décrite, se présente avec des symptômes tellement caractérisés qu'elle ne peut guère soulever de difficultés sérieuses au point de vue médico-légal; mais il n'en est pas de même des monomanies.
Sans insister de nouveau sur les caractères spéciaux des trois variétés de monomanies que nous avons admises, monomanie intellectuelle, sensoriale et impulsive, contentonsnous de rappeler qu'il n'est aucune forme de maladie mentale qui, tant au point de vue médico-légal qu'au point de
^Û/l APPLICATIONS MÉDICO-LÉGALES
vue palliologique, ait élé appréciée d'une manière plus variable.
Et, en effet, les gens du monde, les magistrats, et même quelques médecins, voyant un individu ne déraisonner en apparence que sur une idée ou une série d'idées très limitée, ont été conduits à admettre qu'en dehors de ses fausses conceptions cet homme jouissait de sa raison, qu'il était, par conséquent, responsable de ses actes toutes les fois que ces derniers n'étaient pas en rapport direct avec les idées délirantes habituelles. Cette opinion, qui conclut à la responsabilité partielle des monomaniaques, est contraire à tout ce que l'expérience nous apprend sur la véritable nature du délire partiel. Une idée délirante, même isolée, ne tarde pas à exercer son action dominatrice sur toutes les conceptions intellectuelles; les actes, les crimes ou les délits qui, au premier abord, semblent totalement étrangers à la conception délirante prédominante, s'y rattachent constamment par une association d'idées parfois lointaine, mais toujours parfaitement logique et facile à dérouler. Un hypochondriaque, après plusieurs années de souffrances, après des démarches déraisonnables et des actes extravagants, ayant unicjuement pour but le soin de sa santé, en vient à concevoir des sentiments de haine contre son médecin, et essaye de l'assassiner parce qu'il lui a prescrit, il y a douze ans, des bains de rivière auxquels il attribue tous ses maux (1). Un autre croit avoir trouvé le mouvement perpétuel : absorbé d'abord par ses calculs et par la joie de sa découverte, il en arrive à se livrer à des actes de violence envers ceux qui l'entourent; c'est qu'il voit autour de lui des envieux qui veulent lui dérober son secret, et lui tendent des pièges et des embûches.
Ces irradiations d'une idée délirante prédominante enlè-
(1) Marc, De la folie, t. II, p. ià.