P. UU
(5) Th. Bonet, Sepulchretum, sive anatomia praclica, édit. 170U 3 vol' in-folio. '
HISTORIQUE
leur est disposé à accorder aux lésions viscérales dans la production des maladies de l'esprit. Dans la nymphomanie il recherche les altér.-ilions organitjues de l'appareil génital ; dans l'hypochondrie il constate que la rate et les viscères de la digestion sont bien souvent lésés, et, d'une manière générale, dans les observations l'ort intéressantes qu'il rapporte, ne néglige jamais de rechercher après la mort l'état des organes qu'on supposait avoir exercé une réaction sur l'appareil nerveux. Ce point de vue iecond sur lequel on n'avait pas autant insisté depuis les arabistes, forme avec les tendances anatomo-pathologiques de Th. Bonet, le trait caractéristique de ses ouvrages.
A côté de ces travaux d'ensemble, signalons enfin quelques points de détail et surtout quelques essais thérapeutiques remarquables, sinon par leur valeur, du moins par leur singularité. C'est ainsi que je trouve l'observation d'un homme qui, ayant eu déjà des accès de manie, fut traité et guéri d'un nouvel accès par la transfusion du sang (1). Vers la même époque aussi on lit des tentatives pour guérir la folie à l'aide de la trépanation. Un homme de trente ans, rapporte Rhodius, était atteint d'une mélancolie très tenace; son crâne fut ouvert par Julius Gasserius Placentinus, professeur d'anatomie et de chirurgie. Bien qu'il n'y eût aucune apparence de pus dans les membranes, le cerveau ventilé revient à la santé (*2). Rondelet [1507-1561] avait longtemps auparavant rapporté l'observation d'une femme maniaque et mélancolique à qui le crâne fut ouvert par un événement fortuit, et qui finit par guérir après l'écoulement d'une certaine quantité de sérosité (3).
(1) Act.Philosoph. Londinensis, juin 1668. Ex. Mangcli Bibliûlheca medicopraclica,\ib. XI, p. 291, vol. III.
(2) Jos. Rhodius (.le Copeiilia^uo), Observai. mcJiclnalium centuriœ très. Padoue, 1657. Ccnluria prima, observ. à'S.
(3) Guillaume Rondelet, lib. I, cap. /il.
XV% XVl', XVI i*" ET XVIIl'" SIÈCLES. 21
Au XVIII* siècle, l'histoire de la pathologie mentale entre décidément dans une voie nouvelle. La médecine, obéissant à l'impulsion donnée aux sciences par Bacon et par Descartes, abandonne la tradition et les abstractions pures pour se livrer à l'observation des phénomènes naturels; les théories humorales cèdent peu à peu la place au sohdisme, les symptômes sont analysés avec plus d'exactitude, enfin l'anatomie pathologique récemment créée, jette ses premières lumières aussi bien sur la folie que sur les autres branches des sciences médicales; d'un autre côté, les décisions des théologiens n'exercent plus aucune influence sur la classe éclairée. Sans doute on observe encore des épidémies nerveuses étranges, soit parmi les calvinistes persécutés, soit sur la tombe du diacre Paris, et des actes de répression cruelle se produisent isolément; mais les parlements, les facultés de médecine consultés dans les cas de ce genre, reconnaissent unanimement la nature maladive des symptômes observés, et pour les combattre proposent avec fermeté et conviction l'emploi exclusif de mesures purement médicales.
Vieussens [16/il-1720J , dont les remarquables travaux anatomiques sur le système nerveux semblaient indiquer un esprit aimant k s'appuyer sur des données certaines, Vieussens se borne à chercher pour l'hypochondrie, pour l'hystérie, pour la manie, pour la mélancohe, des théories conformes à ses idées de chimiatrie et d'humorisme. La manie tient à l'agitation des esprits animaux provenant d'un grand feu existant dans le sang ; le déhre mélancolique est occasionné par un sang atrabilaire dont les parties terrestres, adustes, biheuses, sulfurées, salines, changent le tempérament du cerveau, communiquent leur âcreté aux esprits et les meuvent irrégulièrement. Dans l'hypochondrie, la lymphe dégénérée par une surcharge de matière saline, acidulé, communique ausang des qualités vicieuses; ce liquide, devenu épais, serré, terreux, altéré par un limon grossier, par
■^■^ IIISTOHIQUK.
une lie impure, va formel- dans les capillaires du cerveau des espèces d'engorgements qui s'op|)osenl à la libre sécrétion el, à la circulation des esprits animaux. Au milieu de ces explications hypotliéliques qui se reproduisent à chaque instant, un seul point semble acquis à la science : c'est la localisation dans le cerveau des diverses névroses dont le siège et la nature avaient été contestés par plus d'un auteur des siècles précédents.
Dans ses Aphorismes, Boerhaave [1668-17-'^8] ctson commentateur van Swieten [1700-1772] donnent de la mélancolie une bonne définition qui rappelle celle d'Arétée : Melancholia vocalur ille morbus in quo œger délirât diu et pertinaciter , eidem fere el uni cugitalioni semper affixiis. Les théories mécaniques de ces auteurs, la malignité du sang, l'atrabile, forment les points de départ d'où découle toute leur pathologie mentale; quand les parties les plus mobiles du sang se sont dissipées, il reste épais, noir,. terreux, telle est l'origine de l'atrabile et des sucs mélancoliques, qui, circulant dans tout le corps, sont la cause première delà mélancolie ; la même matière devenue immobile, plus dense et plus tenace, obstrue la rate, l'estomac, le pancréas, le mésentère, l'épiploon et cause l'hypochondrie. A côté de ces théories derrière lesquelles on retrouve à grand'peine quelques vérités physiologiques, se rencontrent cependant des traits descriptifs qui frappent vivement : telle est cette description de la stupeur mélancolique : pnlsus lentior; frigus majus; respiratio lenta; circnlatiù per sanguinea vasa bona; per lateralia minus bona ; hinc humorum secretiorum et excretoriorwn mino7\ tardior, crassior exilus ; minor consumjjtio, parcior appetitns {\). Ce passage, nous le verrons plus tard, contient en abrégé
(1) G. Van Swieten, Commcnlaria in Ilermani Boerhaave Aphorismos de cognosccndisetçurandis morbis,Lm,^ md-H27, . • , .
XV% XVI% XVII" ET XVIlf SIÈCLES. 23
toutes les modifications physiologiques que la stupeur imprime aux fonctions animales.
Boerhaave décrit la manie en traits exacts et caractéristiques, il la distingue soigneusement de la J'rénésie : si l'étude spéciale de la folie n'emprunte à ce médecin éminent qu'un petit nombre de points importants, on ne saurait passer sous silence ses travaux sur la physiologie du système nerveux , sur l'influence des centres encéphaliques comme organes de la sensibilité, de l'inteUigence et de la volonté, sur les maladies causées par l'imagination, parles affections de l'âme; là se rencontrent, en effet, des données physiologiques qui permettront désormais de se livrer avec fruit à l'analyse rigoureuse des phénomènes de la folie.
Flemyng, Schatcht, Gorter, Perry, Kloekof, Raulin, cités par M. Calmeil (1), Pomme surtout dont le travail est si connu, ne traitent pas directement des maladies mentales, mais contribuent à élucider plusieurs points de la pathologie du système nerveux en étudiant avec soin l'hystérie etl'hypochondrie : la plupart admettent dans ces deux maladies une modification anormale des centres encéphahques, et enseignent que les filaments propres aux nerfs sont tantôt dans un état de mollesse et d'atonie, tantôt, au contraire, dans un état d'érétliisme et de racornissement spasmodique. Dans le premier cas, on vantait les toniques et les fortifiants, tandis que Pomme, qui mit surtout en vogue la seconde théorie, préconisait les mucilagineux, les délayants et les bains prolongés.
Ces diverses hypothèses sur les altérations de structure du système nerveux indiquent moins de propension aux idées humorales et une tendance plus grande à l'examen des sohdes. Les immortels travaux de Morgagni [1682-1771] (2) achevèrent d'entraîner les esprits dans cette direction fé-
(1) Delà folie, Paris, iSàb, t. II, p. 207.
(2) De sedibus el causis morhorumper anatomen inducalis. Lettres 8, 45, 59.
HISTOKKJUE.
conchj : M(3rgHgMi no s'occupa que très peu de Ja folie, mais aucun (lélail d'analomic |)atliologique n'échappe à son attention : l'épaississenient de Ja membrane fibreuse qui enveloppe les bémisplières cérébraux, l'infiltration séreuse de la pie-mère, la diuiinution partielle de consistance de la substance du cerveau et du cervelet, la dégénérescence squirrheuse ou l'induration de Ja glande pinéale, le changement de couleur de la subslancc médullaire des hémisphères cérébraux, l'injection sanguine et l'état vésiculeux des plexus choroïdes, l'induration do la substance blanche du cerveau, telles sont les altérations qu'il constate sur les cadavres d'aliénés qu'il a ouverts, et bien qu'il n'ait pu saisir la connexion qui existe entre les lésions analomiques et les symptômes observés , c'est un progrés immense que de voir signaler toutes ces lésions et reconnaître leur valeur.
Sauvages [1706-1767] envisagea la folie à un point de vue tout différent : nosologiste avant tout, il décrit et divise à l'infini les diverses formes de troubles nerveux. Sa huitième classe est constituée par les vésanies ou maladies qui troublent la raison : les vésanies elles-mêmes sont divisées en quatre ordres : les hallucinations, les morosités, les déhres, les folies anomales.
Parmi les hallucinations, nous remarquons : le vertige, la berlue, la diplopie, le tintouin, l'hypochondrie, le somnambulisme.
Les morosités (désirs ou affections dépravées) sont : le pica, la boulimie, la polydipsie, l'antipathie, la nostalgie, la terreur panique, le satyriasis, la fureur utérine, le tarentisme, la rage.
Les délires comprennent les transports, la démence, la mélancolie, la manie, la démonomanie.
Les folies anomales sont l'oubli et l'insomnie.
Chacun de ces sous-genres offre à son tour des subdivisions plus ou moins nombreuses.