DES NÉVROSES
verrons plus loin que les vésanies dont les accès^ de durée variable, reparaissent tous les deux jourSj tous les huit jours, tous les mois, sont une des formes les plus rebelles de la pathologie mentale.
à° Dans l'immense mdjorité des affections organiques, leé fonctions de la vie animale finissent par s'altérer, les digestions se font malj la nutrition est incomplète et les forces s'épuisenl visiblement. Les névroses , au contraire , lorsqu'elles sont passées à l'état chronique, peuvent coexister avec l'intégrité pi^esque complète des fonctions de la vie animale; les épileptiques, les hystériques peuvent dormir, digérer, jouir en un mot d'une santé physique parfaite, sans que leur vie soit menacée par le fait même de l'existence d'une affection nerveuse, et les maniaques, les monomaniaques, les mélancoliques, quand la maladie se trouve dégagée de toute complication et a traversé &a période d'acuité^ présentent exactement le même phénomène.
. 5° L'hérédité joue un grand rôle dans la production de toutes lés maladies constitutionnelles, mais dans l'étiologie des névroses son influence est tellement marquée, qu'on peut, sans hésiter, en faire un de leurs caractères spéciaux. Disons, dès à présent, que toutes les névroses, quelles qu'elles soient, s'engendrent l'une l'autre ; que l'hystérie, la chorée, l'épilepsie, la fohe, se retrouvent aux diverses générations et chez les divers membres d'une même famille, et que cette fihation réciproque démontre l'identité de leur nature.
6° Enfin, il faut assigner aux névroses, comme dernier caractère commun, un état spécial dit état nerveux (Sandras)j névropathie protéi forme (Cerise), qui leur sert pour ainsi dire de fond commun, et sur lequel viennent se greffer, comme sur un tronc vivace, les accidents les plus variables en apparence. Cet état nerveux que nous n'avons pas à décrire ici en détail est caractérisé par une grande imprcssionnabilité, par une mobihté extrême du système nerveux :
CARA.CTÈRES GÉNÉRAUX
les sujets sont faciles à égayer ou à assomhrii-, ils passent facilement d'un abattement extrême à une énergie surprenante, sont en proie à des palpitations, h des élouffements passagers, et ont des perversions ou des altérations du goût, de l'ouïe, de la vue. On les entend se plaindre incessamment de vertiges, de céphalalgie, de digestions difficiles, leur sommeil est léger ou interrompu par des rêvasseries. Les aliénés ne sont nullement exempts de cette disposition spéciale, et pour peu que les phénomènes du délire perdent un peu de leur intensité, on voit apparaître chez eux, surtout chez les monomaniaques, cet ensemble de symptômes mobiles, variables, qui autorise à les ranger dans la grande catégorie des névropathiques.
Tels sont les caractères communs que l'on peut assigner aux névroses et qui permettent de placer légitimement la folie dans le cadre des affections nerveuses.
Quant aux divisions admises dans les névroses (convulsions, paralysies, névralgies et vésanies) , elles sont fondées, et avec raison, sur la diversité des éléments fonctionnels qui se trouvent intéressés : les vésanies affectent l'intelligence ; les névralgies atteignent plus particulièrement la sensibilité, tandis qu'au contraire les paralysies musculaires, les affections convulsives, comme l'épilepsie, l'hystérie, la chorée, s'adressent principalement à la motilité. Mais, à part quelques faits exceptionnels où la maladie se présente dans un état de simplicité parfaite, il est bien rare qu'une des fonctions nerveuses soit lésée d'une manière tout à fait isolée, sans que les autres ne subissent en même temps des atteintes plus ou moins profondes. Dans l'épilepsie, les accès se compliquent bien vite de lésions intellectuelles profondes ; l'hystérie présente à la fois des convulsions, des paralysies musculaires et cutanées, et même, dans certains cas, un trouble intellectuel qui ne saurait être contesté. Enfin, j'ai prouvé
DES NÉVUOSES. • ^ >-
autre pari (1) que la chorée n'échappait pas à cette loi commune et s'accompagnait d'un trouble mental offrant des nuances infinies, depuis l'hébétude la plus légère jusqu'à l'haUucination et au déhre maniaque complet.
Ainsi dans un grand nombre de névroses caractérisées soit par de la douleur, soit par des troubles de la nîotihté, se retrouve sinon comme élément essentiel, du moins comme phénomène accessoire, une modification pathologique de l'état intellectuel. Poursuivant cette idée hors du cadre des affections nerveuses, on ne tarde pas à reconnaître que la plupart des maladies auxquelles l'homme est exposé développent chez lui des dispositions intellectuelles et affectives qui forment un contraste frappant avec l'état normal, et démontrent une fois de plus toute l'influence que le physique exerce sur le moral. Ce serait sans contredit une étude pleine d'intérêt que de rechercher les tendances morales si diverses qui surgissent chez l'homme à propos des maladies qui peuvent l'atteindre ; contentons-nous d'indiquer ce vaste sujet et de citer des exemples qui appartiennent à la pratique de chaque jour.
La chlorose, tous le savent, entraîne avec elle du dégoût, de la tristesse, de la mélancolie, de l'inaptitude au travail, de la mobilité dans les goûts et dans le caractère, parfois même des idées excentriques, des appétits bizarres qui disparaissent dès que le sang a repris sa composition normale.
Au début de la phthisie pulmonaire, il n'est pas rare de voir les sujets s'effrayer à juste titre de leur état, concevoir des pressentiments sinistres et prendre leurs dispositions en vue d'une fin prochaine ; puis, à mesure que la maladie fait des progrès, que les tubercules se ramollissent et que tout espoir s'évanouit, les dispositions morales se transforment :
(1) Del'élal mental dans la chorée, mémoire lu à l'Académie de médecine, avril 1859 {Mémoires de l'Académie de médecine, l. XXIV, j). 1 et suiv.).