CLASSIFICATION
parce que les organes de la pensée ont perdu leur énergie et la Ibrce nécessaire pour remplir leurs fonctions ;
5" L'irnbécillilé ou l'idiotie, dans laquelle les organes n'ont jamais été assez bien conformés pour que ceux qui en sont alleinls puissent raisonner juste.
On a objecté, et avec raison, à cette classification qu'elle ne comprenait pas les formes d'aliénation récemment découvertes, et surtout la paralysie générale ; on a dit que beaucoup de cas présentaient des formes mixtes, irréguliéres, difficiles à classer, et qui n'étaient ni de la manie ni de la lypémanie, ni de la monomanie; on a démontré enfin que l'étendue du délire était plus difficile à préciser qu'on ne l'avait cru tout d'abord, et aux mots de monomanie, de lypémanie, Ferrus le premier substitua le terme de délire partiel. Bientôt on en arriva à chercher ailleurs que dans les formes le principe de classification.
C'est ainsi que Heinroth publia un travail de classification basé sur une théorie des causes psychiques. Il admit que l'homme était susceptible d'autant de formes générales de folie qu'il y avait de facultés différentes, et il divisa lesvésanies en : lésions de l'inteUigence, où il plaça les délires partiels; lésions de la volonté, où il plaça la manie; lésions du sentiment ou des sentiments affectifs (mélancolie). Mais emprunter une classification de la folie à la psychologie est contraire aux principes de saine observation médicale, car c'est laisser de côté tout l'élément soraatique et transporter la médecine dans le domaine de la philosophie pure.
M. Morel(l), prenant pour base l'étiologie, a divisé récemment les maladies mentales en six groupes en rapport avec les relations intimes et nécessaires qui existent entre la forme de l'aliénation et la nature de sa cause. Le premier
(1) Trailé des maladies mentales, p. 258.
DE LA FOLIE. 53
groupe comprend les aliénations héréditaires ; le second, les aliénations mentales par intoxication; le troisième, les aliénations déterminées par la transformation de certaines névroses; le quatrième, les aliénations mentales idiopathiques, parmi lesquelles se trouve rangée la folie paralytique ou paralysie générale ; le cinquième groupe comprend les folies sympathiques; enfin le sixième groupe terminatif est consacré à la démence.
Cette tentative de classification est sans contredit une entreprise hardie; elle est fondée, en outre, sur ce fait incontestable que, dans beaucoup de cas, la nature de la cause imprime à. la maladie quelques modifications spéciales. Mais lorsqu'on considère attentivement les divisions que nous venons d'indiquer, on s'aperçoit bien vite qu'elles n'offrent aucune déhmitation rigoureuse, qu'elles empiètent les unes sur les autres et laissent de côté les caractères importants des maladies pour s'attacher à des faits tout à fait secondaires : sans doute, la folie hystérique et la folie épileptique empruntent quelque chose de spécial à la névrose qui les a causées, mais la forme maniaque ou mélancolique qu'elles revêtent me semble trop importante pour être placée au dernier rang. Dans la folie héréditaire, telle que M. Morel l'a décrite, je ne trouve aucun caractère spécifique; chaque jour ne voit-on pas sous l'influence de l'hérédité se développer les affections mentales de la nature la plus diverse, depuis la monomanie jusqu'à la paralysie générale ? Ainsi que l'a dit M. Parchappe ne serait-ce pas la plus grave de toutes les erreurs pathologiques que de réunir le delirium tremens, la folie paralytique, la manie, la mélancolie en une seule espèce, sous prétexte que ces affections peuvent se développer sous l'influence de la même cause, l'abus des boissons alcoohques? Enfin, en suivant le même principe de classification, dans quelle catégorie placer les maladies mentales accidentelles, dont la cause réelle est souvent insaisissable ?