FONCTIONS NERVEUSES
pouvaient impunément être frappées à outrance et martyrisées de mille façons. Les progrès de la science permettent maintenant de donner une saine interprétation de tous ces symptômes, bien faits d'ailleurs pour exciter la surprise, et pour lesquels chacun cherchait à plaisir des explications surnaturelles.
Il est enfin digne d'inlérêt, selon la remarque de M. Michéa, devoir l'influence qu'exerce l'anesthésie sur la nature même des idées déhrantes. Les malades dont la sensibilité est abolie n'ayant plus avec le monde extérieur leurs relations normales, leurs conceptions déhrantes portent l'empreinte de l'imperfection de leurs sens. J'ai soigné longtemps une dame monomaniaque qui sans cesse était tourmentée par la crainte de voir adhérer à ses doigts des aiguilles, des épingles ou des corps d'un petit volume ; aussi examinaitelle ses mains à chaque instant de la journée; or, j'ai constaté à diverses reprises que la main présentait une insensibihté complète de la surface cutanée. Le père Lambert, dont parle M. Foville (1), et qui se croyait mort depuis la bataille d'Austerlitz, était complètement anesthésique. Enfin chez ces hypochondriaques qui, sans nier leur existence, affirment cependant qu'ils n'ont plus de bouche, plus de gorge, plus de jambes ; qu'ils ne peuvent ni avaler, ni marcher, j'ai souvent observé que l'anesthésie était étendue aux muqueuses, et que le contact des aliments ne devait être senti que très imparfaitement.
Nous n'avons que peu de mots à dire des perversions et de l'exaltation de la sensibilité chez les ahénés. L'étude des perversions rentre entièrement dans l'histoire des illusions etdes hallucinations ; quant àl'hyperesthésie, elle s'observe au début et dans la période aiguë de la manie, dans l'hypochondrie, dans quelques intoxications et surtout dans l'intoxica-
(1) Dicl, méd. et chirurg. pralique, article Vûuv..