CIRCULATION ET RESPIRATION
périence de chaque jour, mais qui ne sauraient encore être généralisés. '
Au début, quand le cas. est aigu, la plupart des aliénés offrent une certaine accélération du pouls qui ressemble à la fièvre, mais qui cède au bout de peu de jours, une fois que la maladie a subi son complet développement. Plus tard, le pouls présente des variations qui se rattachent, soit à des dispositions individuelles, soit à la forme spéciale de maladie mentale. 11 résulte des recherches de MM. Leuret etMitivié (1) que les hallucinés occupent le premier rang sous le rapport de la fréquence du pouls; après eux viennent les maniaques, les' monomaniaques, puis enfin les personnes en démence. Dans la manie, le pouls s'accélère mécaniquement sous l'influence des mouvements désordonnés du sujet, mais il se calme vite ; il est remarquable par sa variabihté et n'est nullement en rapport avec le degré de l'agitation. Chez le mélancolique, le pouls, petit, fihforme, à peine sensible, est quelquefois ralenti, mais bien plus souvent il conserve son accélération normale.
Les mouvements respiratoires, dans la manie, sont proportionnels au nombre des pulsations et ne présentent rien d'anormal; dans la mélancolie ils sont très limités et ralentis, les parois du thorax se soulèvent à peine et le murmure vésiculaire est insensible à l'auscultation : notons enfin les accès d'oppression, les étouffements, les palpitations, qui portent les malades à se découvrir, à rechercher l'air frais, et qui se rattachent non à une lésion organique, mais à une anxiété respiratoire d'origine purement nerveuse.
La calorification n'a pas été étudiée chez les aliénés avec la précision que comporterait ce genre de recherches. On sait seulement que chez les mélancohques, les extrémités sont froides et se réchauffent difficilement ; qu'il en est de même
(I) De la fréquence du pouls chez les aliénés. 1832, p. 75.
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diuz les paralytiques à la seconde cLù la troisième période; que les maniaques présentent, au contraire, la peau constamment chaude et couverte de sueur, tandis que chez les monomaniaques on rencontre toutes ces sensations anorn:îales de froid, de chaleur, de frisson qui semblent plutôt se rattacher à l'irrégularité des fonctions nerveuses qu'à des modifications réelles dans la température du corps.
La voix éclatante, criarde ou perçante au début de la manie, ne tarde pas à prendre un timbre rauciue et enroué dû à la violence et à la continuité des cris. Dans la mélancolie, surtout quand la stupeur est assez caractérisée, la voix est basse, faible et comme soufflée, les paroles sont émises avec la lenteur et l'hésitation qui président à toutes les conceptions intellectuelles.
L'examen de la parole, chez les paralytiques, a une telle importance, que nous en ferons plus loin l'objet d'une étude spéciale. Disons seulement ici que l'articulation des mots est chez eux lente, monotone, et quelle s'accompagne d'un tremblement vermiculaire des muscles de la langue ou des lèvres, ainsi que d'un embarras spécial qui peut offrir toutes les nuances depuis l'hésitation la plus légère jusqu'au bégayement le plus complet.
Le mutisme s'observe à la suite de quelques affections organiques du cerveau, comme la congestion et le ramolUssement. J'ai vu une fois dans le cours de la paralysie générale, l'embarras de la parole se transformer en une impossibilité absolue de parler : le malade encore intelligent s'exprimait par gestes, et tous ses efforts pour articuler n'aboutissaient qu'à quelques contractions spasmodiques des muscles de la face; dans ce cas, les adhérences des méninges étaient exactement limitées aux circonvolutions antérieures. Les idiots au dernier degré ne savent pas parler et ne font entendre que des cris inarticulés. Chez les mélancohques, chez les malades en stupeur, le mutisme est souvent observé ;
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il tient alors au profond affaissement du système nerveux, et est une des manifestations de cette torpeur profonde qui pèse sur toutes les fonctions de relation. On rencontre encore ce symptôme dans quelques cas de démence à forme stupide ; ces malades entendent parfaitement, ils vivent comme les autres, se tiennent convenablement, mais restent impassibles, quelles que soient les circonstances au milieu desquelles ils se trouvent, et il est impossible de leur arracher une seule parole.
Dans tous ces faits, le mutisme est involontaire et tient à l'inertie des sujets ou à la paralysie des muscles phonateurs; ' mais il est d'autres cas où le refus de parler dépend d'une détermination arrêtée et opiniâtre; quelques-uns de ces aliénés se renferment dans une immobilité complète et un silence absolu, ils ferment les yeux, s'abstiennent de gestes, et leur visage, ne trahit aucune de leurs émotions ; d'autres cherchent à se faire comprendre par signes, ont le regard intelligent et expressif, écrivent des lettres très sensées, et ont recours à la mimique la plus compliquée pour exprimer tous leurs désirs, toutes les nuances de leur pensée. Des faits de ce genre peuvent s'observer en dehors même de la fohe, mais ils présentent toujours quelque chose de suspect au point de vue de l'état mental. En recherchant un jour les antécédents héréditaires d'un aliéné auquel je donnais des soins, j'appris que son grand-père qui avait joué un rôle dans les assemblées pohtiques de notre première révolution, ayant eu plus tard des remords de quelques-unes de ses déterminations, fit vœu de ne plus parler et resta quinze ans dans un silence absolu, vivant à la campagne et ne se livrant, d'ailleurs, à aucun acte déraisonnable.
-Cesahénés, qui gardent ainsi un silence obstiné, obéissent à une idée délirante, à une hallucination, ou simplement à une fantaisie, à un caprice, à l'esprit d'opposition ; et ce qui prouve que chez eux il n'y a pas incapacité intellectuelle,
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c'est qu'au bout d'un temps plus ou moins long on les voit tout d'un coup se mettre à parler et souvent avec une lucidité qui étonne. J'ai vu un monomaniaque refusant à la fois de parler, de manger, de marcber, de s'habiller, qui, au bout de trois années d'un silence complet, se mit tout à coup à interpeller dans les meilleurs termes les personnes qui l'entouraient. Guislain raconte l'observation d'une fille qui, reçue dans l'établissement de Gand, n'avait pas dit un seul mot depuis deux ans. Un jour on lui permet de se promener en ville; elle se rend chez une personne de sa connaissance 'et dans la conversation elle s'exprime si bien que'cette personne vient le lendemain solliciter la sortie de l'aliénée, tant celle-ci avait montré de rectitude dans le jugement. Une autre malade citée par le même auteur, s'obstinait depuis plus de trois ans à ne pas parler. Par suite du refus de manger il s'était déclaré chez elle un état de marasme. La sœur qui la soignait la pria instamment de l'appeler quand elle sentirait venir les approches de la mort. Et en effet, peu de temps après, au milieu de la nuit, elle éveilla cette sœur qui couchait près d'elle, et lui dit : Venez, venez, car je vais mourir. Quelques minutes plus tard elle s'éteignit.
§ 4. — Fonctions génitales.
Les fonctions génitales sont exaltées au début de l'excitation maniaque et de la manie, mais ce symptôme est loin d'être constant, et c'est à tort que l'excitation génitale a été signalée par beaucoup d'auteurs, comme formant un des caractères spéciaux de la manie des nouvelles accouchées, comme si une affection mentale développée sympathiquement sous l'influence d'un état particulier des organes génitaux devait nécessairement emprunter dans les symptômes quelque chose des fonctions de ces organes. Mes propres observations sont tout à fait contraires à cette opi-