‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 50 sur 172 · TYPE INTERMITTENT · texte numérisé non relu

TYPE INTERMITTENT

fônd Cl plus prolongé, les fondions cligeslives reprennent leur régularité et leur énergie, et le malade éprouve un vif sentiment de bien-être. Au milieu de ces heureux symptômes, il n'est pas rare d'observer encore quelques idées déraisonnables qui se dissipent à la moindre réflexion, ou bien un peu d'incertitude dans l'enchaînement des idées, incertitude qui s'explique parle sentiment de honte, de vague défiance d'eux-mêmes, que quelques convalescents offrent encore pendant les premiers jours.

En guérissant, le malade est redevenu ce qu'il était avant de tomber dans l'ahénation mentale; quelquefois même, dit M. Falret, la révolution que vient de subir le système nerveux et qui a servi de crise à des causes pathologiques plus ou moins actives au sein de l'organisation, ainsi que le besoin senti par l'ahéné d'exercer de l'empire sur lui-même déterminent d'heureux changements dans le moral etl'intelhgence, mais ces améliorations sont l'exception et non la règle. C'est beaucoup déjà que d'être après la folie ce qu'on était avant son invasion. Un grand nombre d'aliénés rétablis, conservent une exagération des signes qui témoignaient antérieurement chez eux d'une prédisposition à la fohe ; beaucoup d'autres manifestent à sa suite de nouvelles apparences qu'un médecin expérimenté ne considère jamais légèrement. Lorsqu'il a à se prononcer sur une guérison définitive, il ne voit pas sans sollicitude un aliéné rétabli rentrer dans la société avec une sensibilité, une irritabilité ou une inconstance qui n'étaient pas dans son caractère, du moins dans cette mesure. Pour peu qu'à ces phénomènes se joignent des insomnies, des céphalalgies, et quelques irrégularités de sentiment, vainement observerait-on depuis quelque temps une absence complète de délire ; la durée de la guérison est douteuse (1).

y. (1) Leçons cliniques de médecine mentale, Paris, 1854, p. 257.

CRISES DANS LA FOLIE

ARTICLE II

DES CRISES DANS LA FOLIE

Lorsqu'un accès de folie a parcouru ses périodes ei marche .verslaguérison, on a dit que cette heureuse terminaison ne s'ojDérait jamais sans l'apparition de phénomènes criiir/ues ; en un mot on a appliqué à la folie la doctrine des crises prise dans son acception la plus étendue.

Esquirol, suivant en cela la pensée d'Hippocrale et de Galien, ne regarde la guérison comme constante que lorsqu'elle a été signalée par quelque crise sensible. Si la folie; passe si souvent à l'état chronique, c'est^ dit-il, que les efforts critiques sont rarement parfaits et souvent avortés.

On sait que pour les anciens la crise est un effort salutaire de la nature qui se soulève contre la matière morbifique et cherche à l'expulser. Cette matière morbifique peut être évacuée au dehors ou bien expulsée seulement de la masse du sang et déposée en quelque point de l'économie. Les phénomènes critiques sont ceux qui résultent de ce mouvement des humeurs peccantes en voie d'élimination; le plus souvent réputés favorables, ils se produisent à certains jours appelés yo?<rs critiques.

. Il est incontestable que dans la folie certaines évacuations, certains phénomènes morbides coïncident parfois avec une amélioration très notable des symptômes ou une guérison i .qu'on est en droit de leur attribuer en tout ou en partie; mais si l'existence des phénomènes dits critiques est démontrée par l'expérience, il y a loin de ce fait d'observation à l'idée théorique telle que l'avaient énoncée les anciens. La doctrine des jours critiques a été contestée de ;>tout temps comme contraire même aux observations hippocratiques, et les symptômes critiques eux-mêmes font trèssouvent défaut, sans que la guérison venue graduellement et saiis secous^ep, soit moins complète et durable. Bien plus

CRISES DANS LA FOLÏE

on voit chaque jour des phénomènes jadis considérés comme criliques, desparotides, des abcès, suivre leur cours sans exercer sur la marche de la malàdie mentale aucune influence favorable ou défavorable, ou n'exercer celte influence que d'une manière passagère, l'afl^ection mentale reprenant son cours habituel dès que le phénomène accessoire a dispahi; c'est ainsi que j'ai vu ith rhumatisme articulaire aigu fauT disparaître complètement pendant une quinzaine de jours un état de stupeur devenu chronique; la maladie mentale reparut à mesure que le rhumatisme approchait de la guérisoii.

Quant aux faits dans lesquels cette influence a été évidente, ils sont très réels et mériteht d'être étudiés à part. Oh peut sâiis doute leur conserver le nom de phénomènes antiques pour indiquer qu'ils ont aidé jDuissamment à la solution heureuse de la folie, mais loiri d'être considérés en vertu de théories humorales surannées, comme le résultat de l'climihatioti de la nature morbificjue, d'un mouvement salutaire de la nature, ils peuvent être l'objet d'ihterprétatidh's infiniment plus rationnelles. Et en efl"et ces phénomènes, analysés avec soin se rangent eh quatre catégbi'ies distinctès.

1" Tantôt ils consistent dans l'àmélioralion de ceftàiriëè fonctions, comme la digestion, l'assimilation, ou dans là réapparition de sécrétions physiologiques comme la sueur, la salive, les larmes, la menstruation, sécrétions cfui, supprimées pendant la itialadie, se rétabhssent par suite du retour à la santé.

2° Ou bien ce sont des inflammations locales, des abcès, des anthrax, des parotides, des pneumonies, des tubercules -pulmonaires, qui agissent en produisant une révulsion lénergique ; quelquefois même des affections générales, des fièvres intermittentes, des fièvres éruptives qui, développées pendant la durée de la folie, se mettent à sa place et agissent par une véritable substitution.

3° Enfin il s'agit parfois d'une aliénation mentale déve-

f'KISKS DANS LA FOLIE

loppce sympalhiquemeiit qui guériL lorsque la lualadio preiHiore a .hsparu. Est-il juste de dire alors que la disparition tle i alleclion primoi-diale sert de crise à la folie?

1° Crises par rétablissement des fonctions pliysiologiques.

Parmi les fails de la première catégorie il faut citer ce que Esquirol a appelé les crises par l'embonpoint ou l'amaigrissement, ou crises par le système absoi-bant. On voit des aliénés qui pendant le déclin de la maladie engraissent progressivement et guérissent lorsque l'embonpoint a atteint une certaine limite ; d'autres, au contraire, maigrissent considérablement et ne commencent à éprouver quelque amélioration dans leur état intellectuel qu'au dernier degré du marasme. Ces faits, très curieux d'ailleurs, ne sont pas autre chose que le retour des fonctions assimilatrices à leur niveau physiologique.

Il en est de même des crises par la sueur, sur lesquelles on a tant insisté. Le rétablissement de la diaphorèse est le signe précurseur du rétablissement de la santé; c'est un symptôme d'un heureux augure, mais il ne faut pas lui attribuer une importance exagérée. J'ai constaté souvent, dit Guislain, des sueurs copieuses qui se manifestaient dans le cours de la manie sans qu'il en résultât quelque soulagement pour le malade (1).

Baillou a signalé le ptyalisme comme ayant amené une crise favorable dans des cas de mélancolie et d'hypochondrie. M. Foville a vu également un accès de stupeur guérir rapidement à la suite d'un ptyahsme abondant.

Plusieurs auteurs ontdécrit les crises parles/rtrme^ comme un des modes heureux de terminaison de la folie et Esquirol en a cité quelques exemples, mais ce symptôme n'est pas autre chose que le résultat de l'amélioration simultanée de

(1) leçons sur les phrcnopalhies, f. II, ]>. 279,

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