PAR RÉTABLISSEMENT DES FONCTIONS PHYSIOLOGIQUES
l'élat mental el de l'état physique du malade. En môme temps que les sécrétions physiologiques, jusque-là taries, reparaissent, les sentiments aflectifs se raniment; le souvenir du passé, la vue des personnes aimées amènent une émotion inaccoutumée et une détente générale du système nerveux qui permet l'effusion des larmes.
On a attribué une grande importance au point de vue des phénomènes critiques au retour àeVdmenstruation, après une longue suppression. Ce symptôme est en effet favorable et s'accompagne souvent d'une notable amélioration dans l'état intellectuel, mais le plus souvent les règles ne reviennent que lorsque la malade est déjà en voie de rétablissement, et ellesmêmes doivent être considérées comme le premier résultat du retour à la santé el non comme un phénomène critique. Il peut même arriver que la guérison soit sérieuse et durable, alors même que les règles ne sont pas revenues, leur rétablissement lié plus intimement à la nutrition se faisant quelquefois avec une très grande lenteur.
A côté do la menstruation je n'hésite pas à ranger Vécon- \emenlsa.ngmn hemorrhoïcl aire qui, chez quelques sujets, a toute la valeur d'une hémorrhagie périodique et normale. Déjà Hippocrate avait signalé toute l'importance de cette fonction chez les aliénés ('!), et la plupart des médecins, forts de leur expérience, ont maintenu cette opinion. Il y a en effet dans l'écoulement héraorrhoïdaire, une hémorrhagie à la ibis déplétive et révulsive qui agit indirectement sur la circulation cérébrale et qui explique parfaitement toute l'importance de cette fonction dans la folie et surtout dans la paralysie générale, où les mouvements congestifs vers la tête sont infiniment plus marqués. C'est un point sur lequel nous aurons à revenir à cause de ses conséquences thérapeutiques.
(1) Voy. p. 3.
CRISES DANS LA FOLIE
2* Crises par r(^vulsion ou subslilnlion.
Très souveht, avons-nous dil, les phénomènes appelés cHti'ques sôttt des dffecliohs, soit locales, soit générales, qui agissent sill- la folie pàf révulsion ou par substitution. Il suPfit do parcourir les auteurs qui traitent de là folie pour en ti'ouvei' une foule 'd'exerh}olcs.
Esquirol a noté la gUérison d'un délire maniaque intense chez une femme de soixante-quatre ans, à la suite de l'apparition d'une parotide qui se tei^mina par suppuration, et Pinel avait observé chez un jeune horiime un fait analogue.
M. Mérier (1) a vu deux cas dë manie aiguë jugés par des |)arotides et par un abcès de la fesse. • M. Barlh (de Sirëntz) ('2) rapporte un cas de mohotnanie religieuse qui, chez une femme de quarante-cinq ans, au bout de trois mois de durée, se terhiiria heureusement par la guérison, après l'apparition à la nuque d'un anthrax considérable suivi d'uTle longue suppuration.
Georgetavuunejeunefdie maniaque guérir àla^uite de l'apparition de phlyctènes gangréneuses aux jambes et aux pieds.
M. Foville rapporte le fait d'une manie, suite de couches, guérie après la formation d'un abcès du sein (3). MM. Aubanel et Ferrus orit signalé l'heureuse influence dévastes suppurations sur la marche de la fohe. On a cité quelques faits dans lesquels l'ablation d'un cancer du sein développé chez des aliénées, avait déterminé la guérison de la maladie mentale. Enfin on a raconté l'histoire d'un aliéné de quarante-sept ans, malade depuis dix ans, et offrant tous les symptômes de la paralysie générale, qui, à la suite d'une amputation de la jambe rendue nécessaire par un accident traumatique, eut une ré-
{i)Ann. méd.-psych., 18û9, p. 582-588.
(2) Bullelin Ihér apeuliq ue, aw'û 1846, elAnn. méd.-psych., t. VIII, p 118.
(3) Thèse, 1824, n° 138, p. ià.
[ti) LanceUe française, iiii2, n° Qb.
PAR RÉVULSION OU SUBSTITUTION. Sl
mittence caractérisée par la disparition du délire ambitieux , de l'incohérence des idées et de l'embarras de la parole.
M. Thore (1) a cité deux faits de manie, l'un datant de plusieurs mois et l'aiitre de plusieurs années, qui tous deux guérirent très rapidement à la suite de l'apparition d'un érysipèle de la face.
Chiarugi a vu la variole servir de crise dans un accès de manie.
La suppression de la gale comme cause de folie et la réapparition de cette affection cutanée comme phénomène critique, sont de ces opinions médicales qu'une connaissancis plus complète des affections psoriques a réduites à leur juste valeur. On a cité cependant des affections très étendues comme l'eczéma et le prurigo, liées à un état constitutionnel, qui, développées chez des aliénés, ont contribué puissamment à la disparition des accidents nerveux, et ces faits ont été racontés par des observateurs dignes de foi.
Une bronchite fébrile intense a mis fin, dans un cas, à un violent paroxysme de manie (2). M. Thore a rapporté l'observation très curieuse d'une manie furieuse alternant avec une double pneumonie : la pneumonie apparut deux fois, et deux fois le délire cessa complètement (3), MM. Germain et Bouchet {k) citent un cas de stupeur terminé heureusement par l'apparition d'une pneumonie.
Plusieurs médecins ont noté l'influence de la phthisie pulmonaire sur la marche de lafohe : un accès de folie chez une fille de trente-cinq ans dure pendant deux années avec ,de violents paroxysmes d'agitation ; la malade devient phthi- '^sique : à mesure que l'altération organique fait des progrès, les troubles intellectuels diminuent d'intensité et abou-
(1) Annales méd.-psych., 1844,1. III, p. 3Û4 et seq.
(2) Éiiinburgh med. and surg. journal, avril 1833.
(3) Thore, loc. cit.
{!i)Ann. méd.-psycholog., t. V, p. 181.
CUISES DANS LA FOLIE
lissent il un état conipJot do raison qui persista jusqu'à la mort(l). Bouchet (de Nantes) rapporte un cas analogue et cite en même temps une observation fort curieuse où la manie et la phlliisic pulmonaire marchèrent simultanément dans la voie de l'amélioration : la manie guérit complétemen-t en même temps que les symptômes de tuberculisation diminuèrent d'intensité (2). Dans un autre fait rapporté par Richard Mead, on vit les symptômes de la maladie du poumon s'amender et disparaître à mesure que le délire et les hallucinations se manifestaient. Enfin, quelquefois il existe une sorte d'alternance entre les symptômes de la phthisie pulmonaire et le phénomène du délire (3).
Quoi qu'il en soit de ces ûiits, curieux à tous égards, le nombre considérable d'aliénés qui succombent cà la phthisie tuberculeuse sans que l'état mental ait éprouvé la moindre amélioration, prouve que celte influence révulsive doit être considérée comme exceptionnelle.
■Les maladies chroniques des voies digestives, la diarrhée, la dysenterie ont amené, dans quelques cas la disparition des troubles intellectuels, etPinel parle d'un ictère qu'il considère comme critique dans un accès de manie.
L'apparition d'un mouvement fébrile a souvent exercé une influence des plus énergiques sur l'heureuse terminaison de la folie et prouvé toute la vérité de l'axiome hippocratique : Fehris spasmos solvit. Galien cite le fait d'un accès de folie guéri à la suite d'une fièvre quarte. Esquirol rapporte plusieurs faits analogues à la suite de fièvres gastriques, bilieuses, intermittentes (Zi). D'après Guislain (ô), M. Hergl, à lUenau, a vu un ahéné réputé incurable se rétablir après quatorze années de manie, sous l'influence du retour d'une
(1) Ann. méd. légales belges, 18/i3.
(2) Annales d'hygiène, 18/iO, t. XXIII, p. 270.
(3) Pinel, Thèsv inaug . , p. 24 et suiv.
(/i) Esquirol, t. I, Terminaizons critiques de la folie, p. 337. (5J Lf-çojis sur les phrénopaihios, l. II, p. 277,