‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 64 sur 172 · MALADIES INCIDENTES · texte numérisé non relu

MALADIES INCIDENTES

La gangrèno se développo toujours d'embléo, el dans aucun cas n'a paru consécutive à une inilauimation i)ulmonaire. Souvent son début est insidieux et l'autopsie seule révèle son existence; mais babituellementelle s'annonce par la petitesse et l'accélération du pouls, par l'altération profonde et rapide de la figure, la dyspnée, la toux, la fétidité de l'haleine et l'expectoration de crachats noirâtres, dans lesquels se retrouvent quelques stries sanguinolentes. La peau prend une teinte brune, que Guislain compare à celle de la bière; la conjonctive devient bleuâtre; en peu d'heures , les accidents acquièrent une gravité extrême, et les malades succombent dans un état de profonde adynamie, entremêlé de lipothymies et de syncopes. Quelquefois des plaques gangréneuses ou des taches de nature scorbutique se trouvent en même temps disséminées sur diverses parties du corps.

11 ne faut pas oublier que cette affection a souvent une expression symptomatique très incomplète et que les accidents généraux seuls peuvent la faire soupçonner. C'est ainsi qu'on a vu manquer la toux, l'expectoration, la douleur et môme la fétidité de l'haleine. Quant aux phénomènes stéthoscopiques, la prostration du malade est telle, que souvent il est impossible de les rechercher. Ils se bornent en général à des râles humides, à du souffle tubaire et de la bronchophonie, et offrent en outre les signes habituels du pneumothorax dans les cas où la gangrène a amené la perforation du poumon, comme Ferrus en cite un exemple (1).

Le pronostic de la gangrène pulmonaire chez les aliénés peut être regardé comme constamment mortel. Cependant Guislain a parlé de mélancoliques qui, à la suite de refus d'aliments, offraient une gangrène pulmonaire caractérisée

(1) Gazelie médicale, 1836, p. 71 ô.

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uniquement, par des crachats et la coloration particulière de la face, et guérissaient comme par enchantement dès qu'on les décidait à prendre de la nourriture. Comme M. Thore, jè suis disposé à révoquer en doute dans les cas de ce genre, l'authenticité du diagnostic.

A l'aatopsie, on a trouvé, comme pour la pneumonie, que le poumon gauche était plus souvent altéré que le droit : tous deux peuvent, d^ailleurs, être atteints simultanément. L'organe a une coloration noirâtre ; lorsqu'on l'incise, il s'en écoule une sanie verdâtre, d'une odeur insupportable; dans certains cas, au lieu d'être diffuse, la gangrène se limite en foyers plus ou moins étendus dont les parois irrégulières, tomenteuses, baignent dans un liquide vert salé et fétide, et sont entourées quelquefois d'un tissu pulmonaire hépatisé.

3° Phthisie pulmonaire . — La plupart des auteurs ont parlé de la fréquence de la phthisie pulmonaire chez les aliénés. Mead et Lorry avaient déjà insisté sur ce point. Esquirol, sur 277 décès, en a rencontré 28 causés par la phthisie pulmonaire, et il considère les lypémaniaques comme principalement exposés à cette fatale comphcatidn, puisque sur 176, il en a trouvé 62 ayant succombé aux tubercules pulmonaires ou à la pleurésie chronique. D'après M. Calmeil (1), «les deux cinquièmes des aliénés qui meurent sont phthisiques : encore négligeons-nous, dit cet auteur, les tubercules d'un volume peu considérable, et qu'on ne découvre qu'après avoir beaucoup cherché dans les poumons : sur trente cas de phthisies pulmonaires, vingt fois on découvre des tubercules ou des foyers de suppuration des deux côtés de la poitrine ; le poumon gauche est affecté seul plus souvent que le poumon droit. » J'ai constaté, comme beaucoup d'auteurs, la marche lente des tubercules pul-

(1) Calmeil, Dictionnaire do médecine, arl. AtiÉMis.

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monairesclioz les aliénés, et le peu de réaction qu'ils déterminent : la plupart d'entre eux ne se plaignent pas, n'accusent aucune duuleur, toussent à peine, et pendant fort longtemps conservent encore de rembonj)oint et de l'appétit sans que rien soit changé à leurs habitudes et à leur délire ; les maniaques continuent même à crier, à s'agiter, à déployer une grande force musculaire ; les mélancoliques roulent toujours dans le même cercle de fausses conceptions. Peu à peu cependant on les voit pâlir, maigrir, tomber dans le marasme et dans la fièvre hectique : la toux survient ainsi que la diarrhée, et alors les symptômes fournis par la percussion et l'auscultation ne laissent plus aucun doute sur l'existence de la maladie ; mais en somme, chez les aliénés . dont l'état mental est grave, les tubercules peuvent rester très longtemps méconnus, à moins que l'attention ne soit particulièrement dirigée sur ce point.

Quant à la fréquence extrême des tubercules chez les mélancoliques, j'avoue que la proportion donnée par Esquirol me semble un peu exagérée, et je n'ose regarder comme rigoureuse une statisque qui confond à la fois et les tubercules et la pleurésie chronique. .Je me rangerais plus volontiers à la pensée de M. Galmeil, qu'en prenant des aliénés phthisiques au hasard, tels qu'ils se présentent dans chaque quartier d'une maison de fous, le plus grand nombre appartient à la démence. Et en effet, en résumant quatrevingt-cinq autopsies publiées par M. Parchappe (1) d'individus atteints d'une démence plus ou moins avancée, et chez lesquels l'état maniaque ou mélancolique s'était effacé, je trouve douze décès à la suite de phthisie pulmonaire tuberculeuse, tandis que je ne rencontre qu'un seul fait de ce genre sur vingt-cinq cas de mélancolie aiguë.

(1) Traité de la folie, observations parliculières et docamenls nécroscopiques.

AiNATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA FOLIE.

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