‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 82 sur 172 · ORGANISATION · texte numérisé non relu

ORGANISATION

rage, il devra se faire à l'aide de lampes isolées, et bien rarement à l'aide du gaz, qui exige une surveillance trop grande et pourrait facilement devenir le point de départ de graves accidents.

Les escaliers seront munis de rampes très hautes, ou même cette rampe sera remplacée par un mur qui supprime totalement la cage. Pour les fenêtres, on a proposé plusieurs modifications tendant à rendre les évasions ou les suicides impossibles, sans nuire à la ventilation ou à la perspective : le plus simple consiste à remplacer les châssis ordinaires de bois par des châssis de fer beaucoup plus résistants, à rendre immobiles les deux tiers supérieurs de la fenêtre, la partie inférieure étant ouverte à volonté par le malade, mais se trouvant protégée immédiatement à l'extérieur par un ornement de fer, en forme de balcon, qui s'oppose à toute tentative d'évasion ; cette disposition remplace avantageusement les barreaux, ainsi que les fenêtres placées à une grande hauteur, et qui donnent aux habitations un aspect si sombre. Les grillages légers placés au-devant des châssis peuvent être conservés dans quelques cas exceptionnels , pour éviter le bris des vitres, toujours dangereux à cause des blessures qui peuvent en résulter ; je les ai vus remplacés avec avantage, dans certains asiles de Hollande, par des plaques .de tôle découpées à jour avec beaucoup de légèreté et d'élégance et dont l'aspect est infiniment préférable.

Les portes ainsi que les fenêtres se fermeront à l'aide de serrures qui toutes seront construites sur le même modèle, de manière à pouvoir être ouvertes avec une clef uniforme; il en sera de même des bouches de chaleur et des cheminées, qui seront protégées à l'aide de grillages mobiles.

Un asile bien construit et bien organisé est sans contredit I un puissant moyen de traitement; mais il ne faut pas oublier

UARCK. — MAL. MENT. ,i =S

"^"^^ ÛES ASILES d'aliénés.

que celte question est encore dominée par tout ce qui se rattache à la personne môme du médecin : ce dernier, préparé de longue main par de fortes éludes de médecine générale qu'il a sans cesse à utiliser, doit avoir vécu au milieu des aliénés pour bien connaître leurs mœurs, leurs besoins, leurs allures; il doit avoir acquis par de longs efforts, la patience, la force d'attention, la perspicacité nécessaires pour exercer sur ses malades un ascendant moral suffisant, et pour saisir, au milieu de symptômes souvent incohérents, le point saillant qui doit sûrement conduire au diagnostic. 11 doit, dans son asile, conserver une suprématie morale incontestée qui lui permette de faire converger vers un but exclusivement médical tous les règlements, tous les détails d'organisalion, mais il faut qu'il soit dégagé de toute préoccupation administrative et financière, et laisse à d'autres les moyens matériels d'exécution. « Je veux , dit Guislain (1), que le médecin reste le représentant de l'art, qu'il conserve intactes ses allures hippocratiques. Se mêler directement des affaires du grand ménage, descendre aux dé- ' tails de l'économie domestique, c'est dépenser son temps en préoccupations futiles qui le détournent de l'objet principal de sa mission. »

Au-dessous du médecin se trouve toute une série d'employés dont l'importance est d'autant plus grande que sur eux reposent la surveillance, la bonne exécution des prescriptions médicales, la direction morale des aliénés. Les fonctions de surveillants et de domestiques dans les maisons d'aliénés exigent une réunion de quahtés morales et inlellecluelles si difficiles à rencontrer chez un même individu, que leur choix doit éveiller la constante sollicitude du médecin : que l'on relise Pinel et tout ce qu'il raconte du surveillant Pussin, de Bicêtre, qui l'aida avec tant d'intelligence à mettre à exécution sa grande réforme des aliénés, et l'on verra quels

(1) Leçons orales sur les phrénopalhies, l. III, p. 447.

DES COLONIES d'aLIÉNÉS. 227

services peut rendre un homme calme, énergique, plein de cœur, qui vit avec ses malades, leur consacre tout son temps et toute sa vie, et se fait l'interprète dévoué et intelligent de la pensée médicale.

Les servants doivent-ils être laïques oii appartenir à des corporations religieuses ? La solution de cette question dé-' pend d'une foule de circonstances accessoires et ne peut être résolue d'une manière absolue. La religion d'un pays, ses habitudes, ses croyances plus ou moins ferventes, doivent influer sur le choix à faire. Avec les corporations rehgieuses, il y a plus de moralité, plus de zèle, plus d'ordre et de dévouement, plus d'unité dans le service, mais aussi la suj bordination à l'autorité médicale est bien moindre. Dans les soins qu'elles donnent aux aliénés, les corporations religieuses font toujours la part des ordres émanés de leurs supérieurs spirituels, et trop souvent elles donnent carrière à un esprit de résistance, à des idées exclusives et peu éclairées qui paralysent tous les efforts de réforme. Aussi, lorsque Ces corporations sont admises dans des établissements, il importe de leur enlever toute fonction purement administrative, en leur laissant uniquement la direction des soins domestiques ; il importe aussi de ne s'engager avec elles qu'à l'aide d'un contrat qui précise bien nettement les limites de leurs fonctions et de leur devoir.

Dans les asiles consacrés à un seul sexe, la prudence ordonne d'éliminer d'une manière rigoureuse tous les domestiques d'un sexe différent, ou de ne les admettre que dans qlielques services généraux.

ARTICLE IL

Page 1