DES COLONIES D*ALIÉNÉS
Tout le système thérapeutique que nous venons d'exposer repose sur une base essentielle, l'asile clos de murs
^'^^ DES COLONIES d'aliénés.
auquel une ferme doit être annexée, disposition que l'on rencontre dans plusieurs élablissoinenls français et notamment à Clermont (Oise). Mais nous ne pouvons passer sous silence les principes opposés qui ont été émis et même expérimentés. On a dit que les aliénés devaient être traités à l'air libre et sans contrainte d'aucune sorte; on a voulu instituer pour eux non plus seulement des fermesasiles, qui, malgré de grandes apparences de liberté, astreignent les malades à un logement commun, à une règle et à une discipline uniformes, mais bien de véritables colonies d'aliénés, analogues à celle qui existe à Gheel depuis plusieurs siècles.
Gheel est un village de Belgique situé dans la Campine, au nord de la province d'Anvers. Au vif siècle, raconte la légende, un grand nombre d'aliénés y trouvèrent une guérison miraculeuse sur le tombeau d'une jeune fille chrétienne, immolée par son père pour avoir résisté à son amour criminel, et devenue sainte Dymphna. Bientôt ce lieu devint un but de pèlerinage, et les malades qui n'étaient pas guéris par l'intervention de la sainte étant déposés chez les paysans voisins, leurnombres'accrutpeuàpeu.Lorsqu'enl821 Esquirol visita Gheel avec M. Félix Voisin, il y trouva quatre cents aliénés logés chez les paysans, vivant avec eux, errant librement dans les rues et dans la campagne, sans que personne y parût prendre garde. Tout en témoignant son étonnenient à l'aspect de ce singuher établissement, Esquirol y signala de graves défauts : l'abus des chaînes de fer et des moyens de contrainte, l'insuffisance delà nourriture et du logement, l'abandon presque complet des malades entre les mains de paysans ignorants et cupides, et l'absence totale de soins médicaux (1). Depuis cette époque et après diverses vicissitudes, l'organisation de Gheel s'est améliorée : on apporte un
(1) Esquirol, Noiice sur le village de Gheel, 1838, t. H, p. 707.