CHAPITRE Y
DE L’ASTHME
Nature de la maladie. — L’asthme était regardé dans l’ancienne médecine, et reste encore aujourd’hui dans l’opinion des gens du monde comme une maladie trèscommune; dans la science des organiciens et des anatomo-pathologistes au contraire, l’existence réelle, essentielle, de cette affection est à peine admise et souvent révoquée en doute. Cette différence tient à ceci, que les médecins des âges passés s’attachaient, comme aujourd’hui les gens du monde se tiennent aux symptômes qui les ont frappés, et non pas à des lésions hors de leur portée, tandis que les médecins modernes ont trouvé des causes matérielles à tant de maladies réputées essentielles, et particulièrement à l’asthme, qu’ils en sont venus presque à douter même de la possibilité de ces êtres, dont ils ne peuvent pas conserver le squelette. 11 est certain en effet qu’une grande partie des asthmes admis par les anciens et les gensdu monde, ne sont pas autre chose que des maladies du cœur, et des gros vaisseaux, des bronches ou des poumons; M. Beau n’admet pas l’asthme sans catarrhe des bronches1. On apprécie le plus souvent ainsi chez les vivants les éléments matériels de l’asthme; on les démontre sur les cadavres; et toutes ces altérations, hypertrophie des ventricules, avec ou sans dilatation, endocardites aiguës ou chroniques, avec ou sans déformation des valvules, soit artérielles, soit veineuses, soit ventriculo-auriculaires, péricardites générales ou partielles, avec adhérence au
1 Archives de médecine, 1840, t. XIX, p. 121.
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cœur, ou avec épanchement séreux ou séro-albumineux, aortites avec ou sans concrétions calcaires, avec ou sans ulcérations, avec dilatation ou rétrécissement, affections des poumons, tubercules, catarrhes chroniques, emphysèmes, adhérence des plèvres, épanchements thoraciques généraux ou partiels, œdèmes de la glotte, des bronches ou des poumons, ont tellement diminué le nombre des asthm es, absolument sans lésion matérielle, qu’on n’en rencontre presque plus. Dans l’immense majorité des cas où les symptômes de l’asthme se montrent, le médecin qui examine bien son malade reconnaît que le mal remonte à une des altérations que je viens d’indiquer. La précision du diagnostic moderne ne laisse le plus souvent aucun doute sur l’origine véritable , ou du moins sur la coïncidence des symptômes qu’on observe, et des lésions rappelées plus haut. Plus tard, l’autopsie cadavérique vient confirmer le diagnostic qui avait été porté, ou même quelquefois vient compléter un * diagnostic organique jusque-là resté douteux. Mais, cette large part faite à l’anatomie pathologique, l’expérience clinique me semble prouver péremptoirement que certains asthmes restent encore en dehors de toutes les altérations, dont je viens de rappeler la fréquence; et l’anatomie pathologique elle-même ne se charge-t-elle pas quelquefois de faire justice des prétentions exclusives de ses adorateurs? J’en pourrais donner comme preuve le fait rapporté avec autopsie par M. Bricheteau1, et même l’autorité de M. Beau, rapportant2 qu’il connaît un médecin, affecté pendant quelques années d’un asthme qui lui venait par accès intermittents, sans que jamais il eût eu la moindre bronchite, avant ou après ces accès.
1 Archives de médecine , 1825, t. IX, p. 334.
2 Mémoire cité.
Ce sont ces cas exceptionnels qui constituent l’asthme purement nerveux.
Je dois ajouter que, dans la pratique, il me semblerait déraisonnable de ne pas tenir compte souvent de l’affection nerveuse, même là où des désordres matériels existent et ont été formellement reconnus. C’est une vérité que je crois incontestable et d’une haute importance. Elle me paraît incontestable, parce que des causes, agissant exclusivement sur le système nerveux, provoquent sous nos yeux des asthmes de cette nature, parce que les symptômes, la marche de l’accès, le développement de la maladie, m’offrent tous les caractères des affections nerveuses; parce qu’enfin je trouve, comme M. Lefèvre , que cet état matériel ne subit pas, en bien comme en mal, les changements qu’indiquerait l’asthme, s’il n’était que le produit du trouble anatomique. Elle me paraît très-importante, parce que la thérapeutique, établie sur ces données, obtient un succès que l’état matériel, envisagé et traité tout seul, ne comporterait pas.
Donc, pour résumer mon opinion, je crois rarement à l’asthme purement nerveux; mais j’y crois certainement; et je pense qu’il y a souvent avantage à le traiter quand on en soupçonne la présence, même là où existent en même temps, comme cause ou comme complications, certaines altérations matérielles bien connues.
Symptômes. — L’asthme se compose d’une série d’accès; nous avons donc à décrire un accès, un ensemble d'accès, toutes les séries d’accès solidaires qui constituent la maladie.
L’ accès d’asthme prend très-brusquement. Ployer 2
1 Lefevre, De l'asthme, recherches médicales sur la nature, les causes et le traitement de cette maladie , in-8, 1817. e Ployer, Traité de l'asthme , traduit de l’anglais. Paris, in- 12, 1783.
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raconte, surtout d’après ce qu’il en éprouvait lui-même, que l’accès d’asthme est annoncéla veille ou le jour même par des troubles divers de la digestion. Mais ces prodromes propres à l’auteur manquent le plus souvent, et sont d’ailleurs tout différents, quand ils existent, chez les différents malades. Le plus ordinairement, une personne est bien portante en apparence pendant toute ou presque toute la journée. Puis à un certain momentde lanuit, elle est prise tout à coup d’un étouffement plus ou moins violent ; si elle dort, cet étouffement la réveille au milieu d’un cauchemar; si elle veille, l’étouffement arrive après quelques moments de gêne, d’agitation, d’anxiété inexplicables; l’inspiration est excessivement pénible, beaucoup plus que l’expiration; cette dernière partie de la fonction respiratoire est lente et accompagnée d’un sifflement remarquable. L’asthmatique manque d’air; il faut, pour qu’il respire, que de l’air frais se renouvelle autour de lui, soit par les fenêtres ouvertes, soit par l’agitation qu’on donne à l’atmosphère ambiante; non-seulement il faut que ce renouvellement d’air se fasse, mais il est encore nécessaire qu’il ait lieu ostensiblement, que le malade le sente et le voie; s’il en doute, ses étouffements redoublent; pendant ce temps on entend à peine dans la poitrine le bruit vésiculaire, malgré les grandes et fréquentes inspirations que le malade exécute; la respiration pulmonaire ne se fait presque pas. L’accès est accompagné d’une toux suffocante ainsi décrite avec raison par M. Lefèvre1: « Au début des accès, elle est laryngée ou plutôt trachéale ; elle se reproduit par quinte et donne un son fêlé, chevrotant, remarquable par son opposition complète avec le timbre bronchique ou caverneux qui caractérise la toux des personnes atteintes de dilatation des bronches. Fuis
1 Op. cit. , p. 53.
après un temps plus ou moins long, pendant lequel on a pu remarquer toute l’anxiété du malade, ses efforts pour respirer, la dilatation de ses narines, la teinte cyanosée de ses traits, le brillant humide de ses yeux, son attitude de corps, de bras, de tête, les inégalités et la mollesse de son pouls, le mal va en diminuant; la respiration revient peu à peu; une sorte de crise se fait par des crachats vermicellés, par des sueurs ou par des urines; puis tout rentre peu à peu dans l’ordre, et l’accès est passé quelquefois en moins d ’une heure, en général au bout de deux, trois, cinq heures et même plus. »
Dans cette description d’un accès d’asthme, j’ai supposé le malade d’ailleurs bien portant. Ce cas n’est pas très-commun. Le plus ordinaire est que les accidents nerveux d’étouffement dont je viens de donner la description soient surajoutés à des troubles antérieurs et chroniques de la respiration, causés par une des altérations matérielles dont j’ai parlé en commençant ce chapitre. Les troubles organiques sont divers, suivant l’espèce et le siège de l’altération matérielle p réexistante. Ils ne changent pas d’ailleurs les symptôm es de l’accès d’asthme, tel que je viens de le décrire.
J’ai indiqué l’accès pendant la nuit, parce qu’il a lieu le plus souvent dans cette partie de la journée. C’est presque toujours entre sept heures du soir et quatre heures du matin, le plus souvent de dix heures à deux, qu’il se fait sentir. Les accès d’asthme à une autre heure sont une grande exception. Plusieurs auteurs et, entre autres, J. Frank, en ont observé pendant le jour. J’en ai vu aussi ; mais je dois dire que ceux dont j’ai été témoin étaient plutôt symptomatiques qu’essentiellement nerveux; du moins ils avaientlieu alors chez des personnes en qui existaient, à ma connaissance, des désordres matériels notables : l’asthme n’y était pas habituel, mais
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quelque chose de nerveux ajouté en plus aux souffrances constantes.
Dans cette description, je n’ai pas rappelé certaines douleurs excessivement vives qui accompagnent quelquefois les étouffements dans ce qu’on a nommé angine de poitrine , parce que , comme je le dis plus loin , je regarde cette dernière maladie comme une véritable névralgie, et non pas comme un asthme.
Je n’ai pas indiqué non plus certains troubles des bruits respiratoires , tels que « râles sibilants plus ou moins aigus qui se font entendre à distance , et qui imitent quelquefois le piaulement d’un oiseau ; râles vibrants, variant d’intensité sur divers points de l’arbre bronchique, » rapportés par M. Lefèvre1 dans sa description des accès; j’attribue ces symptômes, communs dans le plus grand nombre d’accès d’asthmes, à l’affection des bronches qui les accompagne si souvent, et sur lesquels M. Beau a fondé sa théorie.
Pour la même raison, je n’ai rien dit non plus de la sonorité plus grande à la percussion du thorax, que laissent percevoir, pendant et après, comme avant leurs accès, de nombreux asthmatiques affectés d’emphysème pulmonaire.
Il me paraît très-sage et très-bon d’en tenir grand compte dans la pratique toutes les fois qu’ils se présentent; mais, quelque nombreux que soient ces faits, l’expérience m’a prouvé qu’ils ne sont pas universels. J’ai rencontré des asthmes exemptsde ces complications, je dirai même, si l’on veut, de ces causes communes.
L’accès d’étouffement que je viens de décrire n’est pas seul dans l’asthme. Il se renouvelle, tantôt, d’une façon qu’on pourrait dire tout à fait périodique, tantôt, au contraire, avec des irrégularités qui lui ôtent tout à
' Op. cit., p. 55,
fait ce caractère, malgré les intermittences reconnues par le malade. L’accès sera rappelé quelquefois par le retour des mêmes causes physiques ou morales; quelquefois sans que rien en puisse rendre compte. 11 se présente avec des caractères fonctionnels semblables, sinon tout à fait pareils; dure plus ou moins longtemps; se passe plus ou moins vite, plus ou moins brusquement, plus ou moins complètement, pour se remontrer en son temps, après un nouvel intervalle de repos.
Quelques accès ainsi répétés, quatre, quinze, vingt, trente, et même plus, constituent une attaque d’asthme. Cette attaque se présente pour certains malades dans une saison spécialement; pour certains autres, dans des saisons tout à fait différentes, sous l’influence de quelque cause morale; pour quelques-uns, à la moindre occasion qui leur trouble physiquement ou nerveusement la respiration; pour quelques autres enfin, uniquement parce que l’asthme les a déjà saisis une première fois, et les tient en crainte.
L’ensemble de ces séries d’accès forme la maladie à laquelle on doit donner le nom d 'asthme. Ordinairement elle débute par des étouffements légers et peu rapprochés ; puis les accès deviennent plus communs, plus longs, plus pénibles, et si on ne trouve moyen de les arrêter, ils finissent par constituer une infirmité habituelle excessivement fatigante, d’autant plus qu’elle prive presque absolument de sommeil. Arrivée à ce point, elle ne quitte presque plus le malade, et finit bientôt par s’accompagner de toutes sortes de désordres matériels à peu près irrémédiables. Ce sont ou certains emphysèmes, ou certaines modifications des organes circulatoires, dilatations sans hypertrophie, ramollissements du cœur ou engouement passif des bronches et du larynx, survenus à la suite de beaucoup d’accès
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d’asthme et qui n’existaient pas au commencement de la maladie.
Mais pour en arriver là, tous les malades n’ont pas suivi le même chemin. Les uns ont eu des accès d’asthme à peu près périodiques à des intervalles assez réguliers ; les autres ont éprouvé de la manière la plus irrégulière des étouffements de cette nature, toutes les fois qu’ils ont été soumis aux causes qui provoquent ordinairement l’asthme. Une émotion morale, une cause physique, comme un changement atmosphérique quelconque, ou l’influence de certains météores, la moindre viciation de l’atmosphère, auront été dans ces cas une occasion suffisante pour provoquer l’invasion de l’accès. J’ai donné des soins à une dame à qui sa veilleuse de nuit, pour peu qu’elle fumât, causait un accès d’asthme. Je connais plusieurs asthmatiques qui sont pris de leur accès quand il y a de l’orage en l’air; quand il neige ou menace de neiger; quand il fait chaud, quand le temps change brusquement; quand certaines odeurs de fleurs, de bitume, de charbon de terre, de soufre, de tabac brûlé les frappe; quand on les réveille en sursaut.
On trouve même consigné dans le Journal de médecine et de chirurgie d’Edimbourg et répété dans les Archives de médecine , \ 827, t. XIV, p. 256, un fait singulier que voici : Dans quelques parties de llndoustan, si, par une cause quelconque, quelques individus viennent à cesser de faire usage de la quantité d’opium qu’ils consomment habituellement, ils sont bientôt affectés d’une dyspnée très-grande et de tous les autres symptômes qui accompagnent les paroxysmes de l’asthme.
Les premiers malades, dont nous avons parlé, ont leur asthme, comme les goutteux réguliers leurs douleurs. Tel était à peu près l’état de Floyer, qu’il a parfaitement
décrit dans son livre, cité plus haut. Ces malades connaissent l’invasion, la menace même de leur accès; ils peuvent le prévoir et s’y attendent; ils savent d’avance à quoi s’en tenir, à part la petite augmentation de mal que chaque série d’accès comporte. D’autres, au contraire, sont dans leur maladie les jouets de mille circonstances extérieures, qui ne dépendent pas d’eux, et dont l’effet les surprend presque toujours. L’asthme des Indoux privés d’opium est une singularité qui n’a point encore été suffisamment étudiée, et qui doit ressembler beaucoup au délire des ivrognes qu’on prive de vin.
Les deux premières distinctions nous seront utiles quand nous fonderons les indications thérapeutiques sur la recherche des causes essentielles de la maladie. Bornons-nous à constater pour le moment qu’elles impliquent seulement dans les accès ceci de remarquable, que ceux de la première espèce ont une sorte d’égalité progressive; tandis que ceux de la seconde présentent une grande irrégularité dans leur intensité et dans leur durée, à cause du rapport qui s’établit toujours alors entre les accès et l’intensité de la cause qui les a produits.
Diagnostic. — - L’asthme, comme nous le comprenons ici, doit être distingué avec soin de toutes les maladies que les modernes ont eu raison d’en distraire. Ce diagnostic est fondé, d’une part, sur tous les signes de l’asthme, et, d’une autre part, sur ceux qui appartiennent aux maladies avec lesquelles on serait exposé à le confondre.
La description que nous avons donnée ci-dessus de l’asthme dans chacun de ses accès, des accès les uns par rapport aux autres, de la maladie dans son ensemble constituent la collection des signes positifs de cette maladie; l’asthme existe quand les symptômes se présentent comme je les ai mentionnés. Mais de ce que
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tous ces symptômes se montrent ensemble, il ne faut pas conclure que le patient est affecté simplement d’un asthme nerveux; il reste à établir l’existence des caractères différentiels entre cette maladie et toutes les affections organiques dont elle emprunte quelques symptômes. Pour compléter par les signes négatifs le diagnostic, présumé d’après les signes positifs, le médecin est obligé de parcourir toute la série des caractères physiques ou physiologiques qui appartiennent aux altérations chroniques du cœur, de l’endocarde, du péricarde, des gros vaisseaux, des bronches, des poumons, des plèvres. Toutes ces maladies ont des symptômes particuliers qu’aucun médecin n’ignore par le temps de diagnostic organique qui court; par conséquent, il ne se rencontrera qu’un fort petit nombre de cas où, la lésion matérielle, cause du mal, pourrait échapper à une suffisante exploration. Ce petit nombre de cas appartiendra à des lésions si peu prononcées, que le médecin sera toujours en droit, jusqu’à nouvelle lumière, de faire abstraction de ses doutes, et d’agir comme si l’asthme lui était démontré parfaitement nerveux. Cette conduite ne compromettra jamais son malade, et lui laissera toujours la faculté d’agir autrement, si quelque signe nouveau vient à le faire changer d’opinion.
Dans les cas bien tranchés, la présence de l’asthme et l’absence de tous les signes pathognomoniques des maladies des organes que nous avons indiqués , suffiront amplement pour le diagnostic; le diagnostic entraîne les indications thérapeutiques dont le médecin doit surtout se préoccuper. Jusqu’ici la médecine est simple et nette. Mais tous les faits ne sont pas aussi faciles à éclaircir; d’autres cas se présentent, incomparablement le plus souvent, dans lesquels des altérations matérielles existant, on reconnaît néanmoins un asthme avec presque tout l’ensemble des symptômes que nous
avons indiqués. A-t-on affaire alors à un asthme nerveux?
Dans un grand nombre de ces cas, je n’hésite pas à dire oui, et voici sur quoi je me fonde.
Si l’asthme résultait tout simplement du désordre organique, il ne devrait avoir ni interruption, ni brusque exacerbation, ni modification momentanée, puisque la lésion matérielle ne présente pas de ces variétés. Que ce soit une hypertrophie du cœur, une altération des valvules, une adhérence du péricarde, un épanchement dans cette poche séreuse, un vice des vaisseaux, des bronches, des poumons, des plèvres, ou même du cerveau comme M. Joly en a vu, la lésion matérielle est constamment présente; elle peut à la longue croître ou décroître; montrer incessamment sa présence par une gêne notable de la respiration, avec quelques changements en plus ou en moins toutes les fois qu’une cause quelconque exigera plus, ou permettra moins d’activité dans la fonction respiratoire. Mais le trouble organique existera toujours avec tous ses signes, la gêne de la respiration comprise, lors même que l’étouffement asthmatique manquera. Celui-ci au contraire peut se montrer sans que rien, dans l’état matériel du sujet, y puisse donner lieu, il peut disparaître, même quand il est compliqué des conditions organiques les plus prononcées dans le sens de l’anatomie pathologique. En tous les cas, qu’une lésion matérielle existe ou non, l’étouffement asthmatique offrira tous les caractères que nous lui avons assignés plus haut; même dans les cas d'emphysème, il y aura des points variables et plus ou moins étendus des poumons où on n’entendra point de bruit vésiculaire; les causes nerveuses l’augmenteront ou même le feront naître; sa marche irrégulière sera pareille à celle de toutes les affections de son espèce; la thérapeutique aura sur lui les effets semblables à ceux
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qu'elle peut obtenir sur un asthme nerveux simple. En un mot ce sera un asthme simple, ou un asthme plus une maladie organique ; ou mieux, dans ce dernier cas, une maladie organique, plus des désordres d’asthme nerveux, auxquels une cure bien entendue pourra prétendre à donner un soulagement momentané, quoiqu’elle ne puisse souvent rien ou presque rien sur la maladie organique.
Je n’ai jamais rencontré d’inconvénient à voir et à traiter les choses de cette manière, et il m’est bien démontré que, dans la pratique, on aurait un grand tort si l’on négligeait l’asthme nerveux , lors même qu’il s’ajoute à une altération organique quelconque. Le traitement momentané de l’un ne devra certainement pas faire perdre de vue la présence de l’autre. Le pronostic en sera plus ou moins modifié; la thérapeutique occasionnelle ne devra jamais annihiler celle que le mal constant exige. Mais le malade aura du moins été soulagé d’un grand malaise; et le médecin aura obtenu l’un des résultats honorables de sa coopération, quand il n’aura pas pu prétendre au résultat final de Fart de guérir.
Causes. — - Les causes de l’asthme méritent une attention particulière, non-seulement parce qu’elles ne sont pas toujours faciles à déterminer, mais encore en raison de leur importance pour la thérapeutique. Elles sont de deux ordres : les unes résultent d’une disposition locale particulière des poumons et de leurs annexes, ou des centres circulatoires, assez facile à reconnaître grâce aux progrès de l’auscultation et de la percussion; les autres appartiennent à des affections générales d’un type particulier, et ne se décèlent qu’à l’aide d’une longue et attentive exploration, ou par une connaissance exacte et complète des antécédents du malade.
Les plus ordinaires dans les deux ordres que je viens de distinguer, sont les suivantes : sous le premier rapport, tous les désordres matériels que nous avons mentionnés en commençant ce chapitre et dont la connaissance toute moderne a failli étouffer les saines notions sur le désordre nerveux qui constitue l’asthme. Je n’ai pas besoin d’en recommencer ici l’énumération. Qu’il me suffise de dire que l’asthme est commun, toutes les fois que des dispositions nerveuses s’ajoutent à quelque vice matériel chronique des bronches, des poumons, des plèvres, du cœur ou de ses enveloppes, des gros vaisseaux ou du médiastin. L’existence d’un de ces nombreux désordres est une raison suffisante pour prévoir l’invasion de l’asthme réel, bien qu’il ne soit pas légitime de regarder comme tel, l’étouffement habituel qui résulte de toutes ces affections.
Parmi les désordres que je viens de signaler en bloc, il y en a un surtout dont la présence est une cause d’asthme si commune, que, dans beaucoup d’opinions respectables, elle se confond avec cette maladie ellemême; je veux parler du catarrhe chronique et de V emphysème pulmonaire . Quand un malade a beaucoup vécu au grand air, et qu’il y a exercé beaucoup les organes de la phonation forcée; quand un sujet délicat et mou a contracté beaucoup de rhumes, ou qu’il les a conservés pendant longtemps, que les bronches sont restées engouées, que les efforts de respiration et de toux ont duré au delà des limites ordinaires, l’emphysème pulmonaire s’est produit ; la percussion permet de reconnaître, en certaines parties des poumons ou superficielles ou profondes, une sonorité plus grande que dans l’état normal. L’auscultation, outre les râles muqueux plus ou moins abondants et ronflants dus au catarrhe, fait entendre des frottements, des craquements particuliers, vers les points où la sonorité est
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plus éclatante. A ces signes physiques, il est impossible de ne pas reconnaître l’emphysème. Le médecin sait qu’à l’ouverture du corps il trouverait les poumons volumineux, non affaissés ; que les vésicules en seraient excessivement apparentes; qu’il y aurait des lacunes assez grandes, pleines d’air qu’on pourrait faire voyager sous les plèvres en les comprimant avec le doigt. Le malade, en qui la percussion et l’auscultation révèlent ces désordres, se plaint d’un catarrhe chronique, d’un étouffement continu plus ou moins pénible, suivant les circonstances de repos, de température douce et de bien-être, ou au contraire d’activité, d’intempéries auxquelles il aura été soumis. Mais tout cela ne serait point encore l’asthme, si quelque chose de plus ne s’y ajoutait pas. Ce quelque chose de plus, c’est une disposition nerveuse qui fait qu’au milieu de toutes les conditions les meilleures , l’étouffement arrive , souvent presque à heure fixe, et sans autre raison que les révolutions de la journée et de la nuit, d’autres fois sans régularité et parce qu’une impression morale, un changement matériel quelconque auront influé sur le malade, parce que l’atmosphère aura subi quelque modification.
C’est ainsi que je comprends les causes locales de l’asthme ; les causes générales sont à peu près celles de toutes les maladies nerveuses dominant tout le système. Par exemple :
L’asthme est souvent héréditaire comme les autres affections nerveuses. Je dois faire remarquer que cette disposition maladive se retrouve dans les enfants d’autant plus que l’asthme des parents a été exempt de complications organiques. Quand l’asthme des ascendants a été accompagné de désordres matériels, on ne remarque pas que des désordres semblables sorte invariablement l’asthme des enfants. La disposition nerveuse est donc transmise plus souvent que l’autre.
On sait que l’asthme se rencontre plus souvent dans l'âge adulte et surtout vers l’âge de retour que dans les autres moments de la vie. Cependant il ne faut pas croire qu’aucun âge en soit exempt. Je n’oserais pas soutenir que l’asthme thymique des petits enfants sur lequel M. le docteur Hérard a composé une excellente thèse, puisse être invoqué ici comme une des variétés de l’affection qui nous occupe. Je n’admets pas sans discussion toutes les assertions de Miliar1, de Cullen, de Royer-Collard et de Double sur l’asthme aigu des enfants; mais il n’est pas douteux que l’asthme se rencontre dans le jeune âge. Wichmann en a cité un exemple probant; M. Guersant en a vu plusieurs fois chez des enfants de cinq à douze ans; j’en ai observé deux chez des enfants de trois à cinq ans, un chez une jeune fille de quatorze ans, plusieurs sur des sujets de dix-huit à vingt-six ans. L’asthme n’est pas rare après trente ans ; il est assez commun dans la vieillesse.
Le sexe, d’après les observations des auteurs et les miennes ne semble pas y faire grande différence , à moins que ce ne soit vers l’âge critique où les femmes semblent prendre une fâcheuse supériorité. Dans les autres âges, l’opinion générale des auteurs incline à leur attribuer une sorte d’immunité relative. Je ne connais pas à ce sujet de lois formulées par des chiffres, et je n’en comprends même ni la possibilité, ni l’utilité.
V état nerveux , de quelque origine qu’il provienne, donne assez souvent lieu à de l’asthme véritable. Il agit ainsi ou sur des sujets affaiblis, anhémiés, chlorotiques , ou sur des femmes à l’âge critique, ou dans les cas les plus prononcés de dispositions nerveuses maladives. L'hystérie , chez des persQnnes de tout âge depuis la
1 Millar, Observations sur l'asthme et sur le croup , traduites par L. L. Sentex, in-8°, 1 808.
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puberté, et les désordres nerveux de pareille apparence dans le sexe masculin, sont assez souvent accompagnés d’asthme nerveux. 11 suffit pour produire cet état qu’une cause capable de tous les accidents hystériques ait agi sans développer son résultat ordinaire; l’asthme est alors un des succédanés de l’attaque hystérique. Le même effet a lieu quelquefois chez les hypochondriaques; on en rencontre que la crainte de l’étouffement par faute d'air fait tomber dans un accès d’asthme complet; ou bien en qui le même état se produit, parce que leur imagination est frappée de la crainte de quelques désordres, ou possibles réellement, ou purement fantastiques, des organes de la respiration, ou de ceux du centre de la circulation.
La goutte est une cause assez fréquente de l’asthme. Je ne veux pas parler de la goutte régulière, de celie qui envahit le gros orteil, puis successivement, j’allais presque dire méthodiquement, les autres articulations. Celle dont je signale ici les effets, est ou la goutte irrégulière commune chez les femmes et chez les hommes d’une constitution féminine, ou la goutte primitivement régulière, mais dénaturée avec le temps. Cette goutte fait connaître sa présence par des douleurs vagues, puis localisées, sans qu’on puisse expliquer comment; elle produit aux environs des articulations et surtout de celles des mains, des orteils et du métatarse de petites tumeurs dures, de temps en temps excessivement douloureuses, habituellement indolores, si on ne les touche pas; elle finit par déformer et par souder les petites articulations, ou du moins rend certains mouvements impossibles. Voilà pour la première sorte de goutte, celie qui se montre irrégulière dès le début et pendant tout son cours. Dans d’autres cas, l’asthme est dû à la goutte au maximum, quand elle est devenue pour ainsi dire universelle, déformant les os, les articulations, en-
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vahissant tous les organes, et capable de les altérer tous, ou d’y simuler une foule de maladies locales. Ces deux sortes d’affections goutteuses donnent lieu à un grand nombre d’asthmes. On pourrait à la vérité nommer ces asthmes goutteux et non pas nerveux $ mais comme ils ont toute la forme de ceux que nous avons décrits, qu’ils n’amènent pas plus de lésions matérielles , qu’ils en ont la marche, les symptômes, l’essence, je ne peux pas y voir autre chose qu’une affection nerveuse d’une origine spéciale, et je l’indique ici parce qu elle touche au cœur de mon sujet.
Autant en dirai-je de l’asthme produit par le rhumatisme. On comprend , sans qu’il soit nécessaire de m’étendre sur ce sujet, que je ne veux pas parler ici des étouffements occasionnés pendant les rhumatismes par les endocardites ou les péricardites ordinaires dans cette maladie. Ces étouffements tiennent à des lésions matérielles en dehors de ce travail, et par la nature du mal, et par la forme des symptômes, et par les conséquences, et parla thérapeutique. Je veux parler exclusivement des asthmes, qui, sans altération matérielle, résultent d’une affection rhumatismale chronique, envahissant tantôt un viscère, tantôt un autre, capable par conséquent de présenter, sous toutes sortes de formes, l’image d’une affection de cause générale momentanément localisée et caractérisée alors par les troubles spéciaux de la fonction dévolue à l’organe envahi.
La syphilis enfin est encore une de ces affections générales dont l’asthme peut se trouver l’expression symptomatique. Certainement, il ne faut pas confondre, avec Y asthme syphilitique , l’étouffement qui peut résulter d’exostoses ou de productions syphilitiques diverses sur les os, le périoste ou les ligaments des téguments du crâne, du cou ou du canal rachidien en rapport avec les nerfs qui servent à la respiration. Ces
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étouffements, de cause matérielle, sont constants, réguliers, etsuiventle sort de l’affection syphilitique tertiaire qui les a produits. Les asthmes syphilitiques, au contraire, ont tout l’ensemble des caractères de l’asthme nerveux, en même temps que quelques signes pathognomoniques obligent de les attribuer à l’affection syphilitique.
Tels seront le retour de l’asthme ou son alternation avec des douleurs ostéocopes, la présence de pustules, de tumeurs , d’ulcérations syphilitiques, avec la connaissance acquise qu’avant la syphilis il n’y avait pas d’apparence d’asthme, que l’hérédité peut être écartée dans la recherche des causes, que la cachexie syphilitique a précédé l’invasion de l’asthme.
L’observation des malades démontre que la syphilis occasionne d’autant plus ces asthmes qu’elle est mêlée, ou par hérédité, ou accidentellement, à un principe goutteux ou rhumatismal, c’est-à-dire, quand elle arrive à sa période dite tertiaire ou constitutionnelle chez un sujet primitivement affecté de goutte irrégulière ou de rhumatismes chroniques. C’est alors qu’elle produit les accidents les plus bizarres. L’asthme en est un.
Anatomie pathologique. — L’anatomie pathologique n’a rien fourni qui sorte des données symptomatologiques que je viens de présenter, ni de l’idée que j’ai soutenue sur la nature de la maladie.
M. Jolly a parlé d’altération de la substance nerveuse voisine de l’origine de la huitième paire; Ollivier d’Angers , d’altérations de la moelle épinière; M. Bérard a rencontré une tumeur notable dans l’un des nerfs diaphragmatiques; M. Andral1 a trouvé le médiastin antérieur occupé par une grosse masse de ganglions tuberculeux, au milieu de laquelle passaient les deux nerfs diaphragmatiques; M. Ferrus a vu une ossification
1 Andral. Cours de Pathologie interne , 2e édit. 1848; t. Il, p. 149.
assez étendue placée au centre du plexus pulmonaire et comprimant une partie des nerfs de ce plexus.
Tous ces faits et toutes ces observations sont d’un intérêt incontestable au point de vue anatomique; mais je ne peux pas nT empêcher de les considérer plutôt comme des curiosités que comme les éléments sérieux de la médecine de l’asthme. Ils n’ont ni assez de généralité, ni assez de fixité pour qu’on en fasse jamais la base d une médecine raisonnée.
Quant à ce qui regarde les fonctions des nerfs de la huitième paire sur les muscles de la respiration, les expériences de Willis, Bichat, Legallois, Dupuytren, Provençal , Dupuy, Ch. Bell, MM. Magendie et Flourens, et plus récemment celles de M. Longet, et celles que nous avons faites avec M. Bouchardat1, ont concouru à faire connaître les propriétés motrices de ces nerfs; mais tout cela n’a rien prouvé en ce qui regarde l’asthme. On a pu conclure seulement de là que les lésions de ces nerfs, naturelles ou artificielles, sont ca~ pables, dans certaines conditions, d’amener un étouffement par suspension ou gêne de l’action nerveuse sur les muscles respirateurs. Mais l’asthme est tout autre chose qu’une altération matérielle reconnaissable des nerfs de la huitième paire ou des nerfs diaphragmatiques, qu’une difficulté musculaire à respirer. Je suis plus disposé que personne à admettre que l’influence de ces nerfs est pour quelque chose dans la production de cette maladie; néanmoins je conviens que les faits d’anatomie pathologique et nos expériences ne prouvent rien, ou du moins pas grand’chose en ce qui regarde l’asthme. A plus forte raison ne donnerai-je pas plus d importance pathogénique à la grossière anatomie pathologique, dont le règne a dominé tout le commencement de notre siècle.
Bouchardat, Annuaire de Thérapeutique, 1848, page 283.
DE L’ASTHME
Pronostic. — Le pronostic de l’asthme doit nécessairement varier, suivant les causes auxquellesil est dû. Celui que complique une altération matérielle est plus grave que les autres, à cause et en raison de la nature de l’altération matérielle qui coïncide avec lui. Ceux qui dépendent de l’état nerveux, de l’hystérie, de l’hypochondrie sont les moins graves de tous, en ce sens qu’ils abrègent moins que tous les autres la durée de la vie. Ils permettent très-bien de vieillir, mais ils font souffrir beaucoup le malade et les assistants. Ceux qui sont d’origine goutteuse ou rhumatismale sont les plus inégaux pour leur marche, leur durée, leur gravité. Ceux que produit la syphilis guérissent d’autant mieux qu elle est moins compliquée des affections précitées; dans ce dernier cas, au contraire, ils sont des plus rebelles et des plus graves.
Traitement. — Le traitement de l’asthme doit être examiné de plusieurs manières : 1° Traitement palliatif de l’accès ; 2° Traitement d'une série d’accès ; 3° Traitement de la maladie . Nous allons l’exposer, comme nous le comprenons, à ce triple point de vue.
La première chose à faire , pour soulager un malade dans un accès d’asthme, est de lui donner la position la plus commode pour respirer, de lui élever la tête, de le soutenir sans qu’il fasse d’efforts, d’appuyer ses bras et ses coudes de manière à aider la dilatation de la poitrine, d’éloigner tout corps capable d’empêcher le renouvellement de l’air qu’il respire. En même temps on prend tous les moyens possibles pour renouveler l’air, sans exposer le malade à un froid capable de l’ enrhumer ; on ouvre les portes, les fenêtres, quand la saison le permet; on évente activement autour de lui; on rafraîchit l’atmosphère, et on l’agite.
Mais le plus souvent ces précautions sont insuffisantes; et on y ajoute tous les remèdes capables de cal-
mer le système nerveux, et ceux qui peuvent soulager les poumons, en appelant le sang dans d’autres organes.
Parmi les premiers se trouvent les potions éthérées, opiacées, belladonées. Ces dernières ont sur les autres un avantage particulier, celui de rendre la respiration un peu moins fréquente; les préparations de digitale pourprée partagent le même avantage. C’est entre ces deux derniers moyens que je partage ma préférence; j’emploie plus volontiers et plus souvent la belladone chez les gens nerveux; la digitale ou la digitaline chez les sujets où domine le système circulatoire central.
Wilson prétend avoir obtenu des succès par l’application du galvanisme dans les dyspnées compliquées d’asthme; Haller conseille la saignée de la veine jugulaire pendant l’accès; M. Castel, les pédiluves chauds et l’eau froide en boisson ; Elliotson, la lobélie ; M. Ferrus, la fumée de datura stramonium. Je n’ai pas essayé le moyen préconisé parWilson et j’ai peur qui! ne soit plutôt théorique que pratique. La saignée de la jugulaire, d’après les idées modernes, doit avoir, suivant les cas, les avantages ou les inconvénients de toutes les autres saignées. Les moyens conseillés par M. Castel rentrent dans la classe des palliatifs les plus innocents. La lobélie d’Elliotson S détrônée ailleurs, risque fort de perdre ici sa dernière réputation. La fumée de datura stramonium, dont je reparlerai plus loin, est certainement un remède utile dans l’asthme, et aucun fait ne m’a paru jusqu’à présent justifier les craintes que Ducamp a jadis éveillées sur son compte.
Le second ordre de moyens à employer immédiatement dans l’accès se compose de manuluves aussi chauds que possible et supportés pendant quelques minutes ;
1 Archives de médecine, 1833; t. II, 2e série, p. 416.
DE F ASTHME
de bains d’avant-bras de même température; de sinapismes ou de cataplasmes sinapisés sur les avant-bras, les bras , entre les épaules , rarement à l’épigastre ; d’applications ou de fomentations irritantes, au moyen d’un liniment volatif plus ou moins chargé d’ammoniaque. On peut avoir recours aux moyens préconisés par M. Castel. Dans d’autres occasions, on provoque avec avantage une autre sorte de révulsion, en appelant, non des vomissements , mais des vomituritions par quelques petites cuillerées de sirop d’ipécacuanha , et surtout par quelques gorgées d’une potion simple additionnée de 5 ou 1 0 centigr. de tartre stibié. Ces moyens, employés avec intelligence, procurent ordinairement du soulagement. Je m’y confierais certainement beaucoup plus qu’au poumon de renard rappelé par Floyer1, d’après le témoignage de Jean de Goddesden , qui appelle ce remède : medicina sublimis et experta in asthmate.
Un moyen assez étrange a été dernièrement propose et employé avec une grande faveur par le docteur Ducros, qui en faisait une panacée. Je veux parler de la cautérisation du pharynx au moyen de l’ammoniaque assez concentrée. Un pinceau, chargé de ce liquide, était porté par lui au fond de la bouche sur la paroi postérieure du pharynx. Le malade est immédiatement soulagé, disait-il, par Faction de l’ammoniaque sur les courants nerveux qui passent là. La théorie de ce moyen ne mérite pas d’être discutée: d’abord, parce que rien absolument n’en établit la valeur rationnelle ; ensuite parce que j’ai vu le soulagement arriver de même chez un de mes malades à qui un de mes élèves avait par erreur fait une application de créosote, au lieu de celle d’ammoniaque qui était prescrite; en troi-
Opere citato, p. 230.