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sième lieu , parce que le soulagement s’obtient tout aussi bien, sans porter le pinceau aussi loin, et en touchant seulement le fond et la voûte du palais ou les amygdales. De cette dernière façon , on risque moins d’irriter directement la glotte et de porter trop loin l’angoisse momentanée qui suit, en général, ces applications.
Voici comment les choses arrivent ordinairement.
La bouche ouverte, la langue abaissée,, le médecin touche, avec un pinceau de charpie trempé dans la solution ammoniacale, les parties indiquées plus haut; puis il retire son pinceau. Immédiatement, le malade, surtout s’il a inspiré pendant l’opération, est pris d’un accès de suffocation assez marquée, et, après quelques instants d’angoisse plus ou moins pénible, suivant les dispositions nerveuses du sujet, suivant l’intensité de la cautérisation, et surtout selon que le malade aura inspiré ou expiré la vapeur d’ammoniaque pendant que le pinceau était aux environs de la glotte, il tousse à plusieurs reprises, et rejette en grande abondance des mucosités buccales ; puis, à la suite, des mucosités épaisses, spumeuses, provenant des bronches. Cette expectoration continue à se faire pendant à peu près un quart d’heure, et elle se soutient et se répète encore à plusieurs reprises, même quelques heures après l’opération. Les parties touchées se montrent, quand on les examine, enflammées et couvertes d’une sorte d’escarre mince, superficielle, pultacée, d’un blanc grisâtre. Au bout de vingt-quatre heures, quand cette légère escarre sera détachée, on verra à nu, vers les points qu’elle recouvrait, des ulcérations superficielles, qui seront promptes à se revêtir de bourgeons charnus de bonne nature et à se cicatriser.
À la suite des évacuations multipliées des bronches, les malades se trouvent soulagés. C’est du moins ainsi
que j’ai vu les choses, chez les individus affectés de ca-
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tarrhe chronique, chez ceux que tourmente l’emphysème pulmonaire, et, ce qui nous intéresse le plus ici, chez de véritables asthmatiques. Les cas où j’ai obtenu le plus de soulagement ont été incontestablement ceux où la plus abondante expectoration bronchique a suivi la cautérisation. Je n’ai rien gagné par ce moyen, quand la cautérisation a provoqué seulement l’expulsion de la salive de la bouche, sans évacuation du larynx ou des bronches. C’est un résultat qui arrive assez souvent pour mériter d’être noté.
Je dois faire remarquer que l’application de ces cautérisations par l’ammoniaque est assez pénible pour que je ne la conseille que dans les cas où le médecin se sent justifié, pour ainsi dire, par la nécessité.
Cette nécessité m’est démontrée, quand les accès d’asthme se prolongent, ou se répètent de manière à compromettre la vie du malade ou à la transformer en un véritable supplice. Les cautérisations ammoniacales modérées, bornées aux amygdales et à la voûte du palais, m’ont paru alors assez souvent avantageuses pour que je ne craigne pas d’en recommander l’usage. Un accès d’asthme qui a été ainsi interrompu est ordinairement suivi de plusieurs jours sans retour d’étouffement. On s’est donné le temps de travailler efficacement à la cure de la maladie dans son ensemble. Si d’ailleurs ce moyen répugne trop au malade, ou si le médecin lui-même redoute la suffocation momentanée qui suit l’application de l’ammoniaque, soit à cause de la sensibilité qu’il connaît à son malade, soit à cause de sa faiblesse, soit parce qu’une première expérience lui a prouvé qu’il a affaire à un de ces cas exceptionnels où la cautérisation ammoniacale n’amène pas de véritable expectoration , on pourra légitimement prétendre à peu près au même soulagement, avec un peu plus de temps par des moyens plus doux , mais doués aussi
d’une certaine efficacité; tels sont la créosote, ou bien une eau complètement saturée de sel de cuisine, appliquée avec un pinceau , comme l’ammoniaque, sur la partie la plus profonde de la bouche et de la gorge. Les essais que j’ai vus de ces deux moyens m’ont paru satisfaisants, et je les conseillerais surtout pour les sujets faibles et trop irritables.
On pourra les remplacer encore dans des occasions semblables, surtout chez les gens très-nerveux, par des inspirations de chloroforme. Quelques grammes de cette substance, enfermés dans un flacon et dont on fait inspirer par le nez la vapeur pendant quelques minutes, ont donné, sous mes yeux, un soulagement notable à des asthmatiques queje n’aurais pas osé traiter d’une manière plus active dans le moment où j’ai conseillé ce moyen.
Pour sortir des agents à inspirer, je me crois encore en droit, d’après mon expérience, de recommander habituellement un julep ordinaire additionné de quatre à huit gouttes d’ammoniaque, d’un à trois déeigrammes de carbonate d’ammoniaque, de quelques déeigrammes de foie de soufre, de cinq ou de dix centigrammes de tartre stibié; des prises de un ou de deux déeigrammes de poudre de digitale pourprée, de un ou deux milligrammes de digitaline; l’usage de deux ou trois pilules contenant chacune un décigramme d’extrait de datura stramonium ; la combinaison de l’action médicatrice du datura avec celle de la belladone , en ajoutant aux pilules indiquées ci-dessus deux ou trois centigrammes d extrait de cette dernière plante; l’emploi de 1 extrait d’aconit et de l’extrait de jusquiame, à la dose du stramonium; mais je les ai rarement trouvés efficaces; la teinture alcoolique des feuilles du lobelia infiata, selon la méthode du docteur Andrew, c’est-à-dire, à la dose de trente ou quarante gouttes toutes les vingt minutes; enfin l’emploi de quelques pipes de feuilles de stramo-
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nium fumées, comme l’a conseillé surtout M. Ferrus, au moment où l’étouffement commence. Ce moyen est utile de deux manières : d’abord et incontestablement par son action calmante sur les organes respirateurs; ensuite parce qu’il produit fort souvent une inflammation superficielle de toute la peau de la bouche, un peu analogue à celle de l’ammoniaque directement appliquée. A l’aide de tous ces moyens, invoqués suivant les indications et les antécédents, on pourra fort souvent enrayer la série d’accès d’asthme dont un malade est menacé, et le soulager notablement pour la durée de linvasion qu’il ressent; d’autant plus que l’usage de ces remèdes n’empêche pas de recourir dans chaque accès aux moyens que j’ai indiqués plus haut pour un soulagement immédiat.
Lebreton, Laennec, Marjolin, se sont bien trouvés aussi, dit-on, de l’application de deux plaques aimantées sur la poitrine. C’est un moyen de mettre en pratique le remède conseillé par Wilson. 11 y aurait peutêtre avantage , dans quelques cas , à insister sur l’électrisation, avec ou sans acupuncture. Mais tous ces moyens sont si peu sûrs dans leur action, si infidèles quand il s’agit d’affections nerveuses , quelquefois si héroïques, et, dans d’autres occasions, si contraires, que je n’ose pas les conseiller. Jusqu’à nouvelles observations, je crois plus sage d’attendre que les indications en aient été bien étudiées. J’avoue que mon expérience pratique n’est pas suffisante, en ce qui les regarde, et je ne me fie pas à ce qui en a été dit.
Mais ce n’est pas à ces seuls palliatifs que le médecin doit borner son rôle ; dans des circonstances bien déterminées il peut légitimement porter ses prétentions plus loin et aspirer à la guérison définitive.
C’est en vue de ce résultat que nous avons insisté plus haut sur certaines causes de l’asthme, et sur les af-
fections générales dont il est souvent une des expressions les plus pénibles. Jetons un coup d’œil rapide, à ce point de vue, sur la thérapeutique de la maladie dans son ensemble.
Sur Y hérédité, les âges , le sexe, je n’ai rien à conseiller de particulier; il n’y a qu’à insister sur les précautions générales, d’autant plus que la prédisposition sera plus marquée. Quand l’asthme résultera d’un état nerveux, de l’hystérie, de l’hypochondrie , le traitement le meilleur sera certainement celui qui combattra le mieux les maladies originaires. Nous avons exposé plus haut ces traitements, nous n’avons donc pas besoin d’y revenir; qu’il me suffise de renvoyer aux articles qui regardent ces maladies. Je ferai remarquer pourtant que le traitement général devra rester subordonné en quelque sorte à celui des accès d’asthme ou des séries d’accès qu’on observera. Je veux dire par là seulement que, pendant l’invasion de l’asthme, c est à la cure palliative, à la cure de soulagement qu’il faudra à peu près exclusivement s’attacher. Ces accès passés, on retournera avec avantage à la thérapeutique générale. Toutes les fois d’ailleurs que les moyens de la grande et de la petite médecine pourront être mis en pratique simultanément, il sera sage de les employer en concurrence. S’ils se ressemblent, si certains sont les mêmes, il en faut profiter et choisir ceux-là de préférence. Quand iis seront opposés, on tâchera, suivant le moment de la maladie, de faire dominer, dans le traitement, ceux qui sont plus utiles contre le mal général ou contre le symptôme; on s’arrangera surtout de manière qu’ils ne puissent jamais nuire.
Cette règle, pour le choix à faire dans les moyens thérapeutiques, est assez souvent facile à suivre dans les asthmes qui ont pour cause générale l’état nerveux, l’hystérie ou l’hypochondrie ; elle n’est pas moins im-
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périeuse, moins obligatoire dans les autres natures d’asthmes, mais elle n’y est pas toujours aussi aisée à pratiquer.
Dans Y asthme goutteux , l’accès doit souvent être traité comme dans l’asthme simple; c’est le cas le plus ordinaire. Dans d’autres occasions on a besoin de rappeler, sur un point ordinairement occupé par la goutte, le mal qui s’en est en quelque sorte déplacé. C’est le cas d’appeler à son aide, comme nous l’avons dit plus haut, les topiques irritants, mis et laissés sur le siège ordinaire du gonflement et de l’irritation goutteuse, jusqu* ce que la maladie ait repris sa marche normale, les bains locaux très-chauds, les applications chaudes , salées ou enflammantes, les emplâtres irritants, vésieants, caustiques même au besoin. La première méthode thérapeutique conviendra dans les asthmes peu intenses, dans les gouttes irrégulières très-chroniques, chez les sujets mous et nerveux; la seconde sera plus souvent nécessaire chez les sujets sanguins, dans des gouttes habituellement régulières, et surtout quand l’accès d’asthme sera d’une violence compromettante. Mais, dans tous les cas, quels que soient la goutte et l’asthme, le traitement de la goutte avant, après, et souvent même pendant l’asthme, devra toujours être fait avec beaucoup de soin et de prudence. Quand on a affaire à des sujets détériorés par de longues invasions des deux maladies compliquées, on a besoin de se gouverner avec la plus grande réserve, pour ne pas compromettre, en vue d’une guérison qui a peu de probabilité, la vie de son malade. Autant il aura^été sage, dans les premières atteintes, de combiner tous ses efforts pour triompher radicalement du mal, s’il était possible, autant il sera bon de se limiter, dans les derniers temps, au soulagement palliatif raisonnable.
Je n’ai rien d’ailleurs de nouveau à dire sur la cure
de la goutte, quand elle se combine avec l’asthme. Les conseils qui me semblent les meilleurs contre la goutte à propos de la névralgie, me paraissent aussi, à peu de chose près, les plus utiles contre la goutte, cause de l’asthme. Je ne peux que renvoyer à ce que j’exposerai alors plus en détail. Les boissons alcalines, le régime doux, Lusage tempéré de la teinture de semence de colchique d’automne en feront la base; je mettrais un peu plus de réserve dans l’administration des bains alcalins, sans les proscrire tout à fait, et j’y ajouterais l’emploi intermittent, suivant les occasions, de tous les remèdes spéciaux de l’affection asthmatique. Loin de se contredire, je suis sûr, par expérience, que ces moyens combinés produiraient un résultat aussi avantageux que possible.
L’asthme nerveux, de cause rhumatismale , sera traité pendant l’accès comme s il était simple; comme maladie, il suivra, dans l’ensemble, les indications qui concernent les affections rhumatismales chroniques. Un usage fréquent des aromatiques légers, dits sudorifiques, des bains savonneux et souvent sulfureux, des bains de vapeur généraux ou locaux , l usage, dans la saison, des eaux sulfureuses, de celles du mont Dore, de Néris ou d’Aix, en boissons, en bains, en douches; les frictions sèches ou calmantes, ou aromatiques, ou volatiles, ou camphrées, suivant les indications; les précautions les plus minutieuses contre les changements de température ; des vêtements de laine sur la peau : tels sont les moyens dont l’ensemble mérite d’être recommandé contre les affections rhumatismales, et qui, bien choisis et bien administrés, peuvent mener, même à guérison, l’asthme dont nous parlons. Je n’ai pas eu encore d’occasion de traiter un asthme de cette espèce par le sulfate de quinine à haute dose, comme pour les affections rhumatismales ordinaires. Les bons succès
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que fai obtenus par ce moyen contre des rhumatismes de toutes sortes, me donnent lieu de penser que cette médication réussirait aussi très-bien contre Y asthme nerveux rhumatismal.
Née de la syphilis, cette affection exige l’emploi le plus opiniâtre et le plus rationnel des agents thérapeutiques capables de combattre les accidents tertiaires de cette maladie. Heureusement la science moderne est, comme nous l’avons dit plus haut, riche en bons remèdes contre cette maladie. La connaissance acquise de la nature du mal, on appliquera le remède d’après les principes que nous avons développés. On y mettra à la fois encore plus de lenteur et plus d’insistance, jusqu’à ce qu’un changement notable dans les symptômes ait prouvé qu’on a réussi. L’essence syphilitique de l’asthme est une raison pour espérer qu’au bout d’un temps suffisant on obtiendra du moins une guérison relative. Provisoirement , on s’attachera d’ailleurs à modérer les symptômes. Rien n’empêche que, dans les accès, on prescrive, contre les étouffements, les remèdes ordinaires, à condition qu’on ne perdra pas de vue le mal originaire qu’il faut guérir.
Je ne peux pas conseiller avec trop d insistance, en particulier contre l’asthme nerveux d’origine syphilitique, l’usage de l’acide arsénieux. Ce médicament, pris pendant longtemps aux doses minimes qui le rendent innocent, ne peut pas manquer, dans ces cas, de produire un excellent résultat.
Le bon effet qu’on en doit attendre est surtout plus probable dans ces occasions embarrassantes où le rhumatisme, la goutte et la syphilis peuvent ensemble être mises en cause.
Si les moyens dont je viens de parler, soit pour soulager dans les accès, soit pour abréger la durée de chaque attaque d’asthme, soit enfin pour remédier à l es-
sence de 1a, maladie, n'obtenaient pas le résultat qu'on en peut légitimement attendre, il resterait encore une ressource : on pourrait conseiller au malade de changer de climat. Bree1 et Ducamp insistent avec raison sur ce moyen ultime de salut. Ils rapportent des exemples remarquables d’asthmes produits par le séjour de certains endroits, de certaines demeures, de certaines villes, et guéris par un changement de lieu. J’ai été moi-même frappé par un exemple analogue. Un asthmatique de ma connaissance étouffait incessamment à Paris : il est allé habiter la Flandre, sa patrie. Toutes les personnes qui le connaissaient ont été étonnées, au bout de trois ans, du changement qui s'était fait en lui. L’asthme avait complètement disparu , sans que le malade eût fait autre chose que de changer de place. J'avoue, néanmoins, qu’on serait trop heureux si on voyait toujours de pareilles affections si bien guérir à ce prix.
Contre les asthmes nerveux qui se montrent en même temps que des altérations organiques quelconques , je n’ai guère de conseils particuliers à donner. Là, comme pour toutes les espèces que nous venons de parcourir, il faudra s’attacher surtout à soulager dans l’accès par les moyens indiqués. Mais on ne pourra penser à la guérison définitive de l’asthme que quand on aura lieu d’espérer la guérison du vice organique dont il dérive. C’est dire que la thérapeutique sera le plus souvent palliative et rien de plus.
1 Bree , Recherches pratiques sur les désordres de la respiration distinguant les espèces d'asthme convulsif , trad. de l’anglais par le docteur Ducamp; 4819, 1 vol. in-8.
DES TOUX CONVULSIVES