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CHAPITRE VI

DES TOUX CONVULSIVES

Définition. — Je désigne par cette expression générique différentes sortes de toux nerveuses , dont le caractère dominant est une sorte de convulsion du diaphragme, des muscles intercostaux ou de ceux de la glotte. Elles ne ressemblent pas aux efforts qui ont pour but de soulager les bronches de la présence d’un corps étranger, ou d’une sécrétion surabondante qui gênerait la respiration.

La toux catarrhale par exemple commence doucement et va progressivement en augmentant pendant la quinte jusqu’à l’exspuition finale; elle montre une sorte de régularité, et on sent qu’il y a derrière elle une matière dont on veut se débarrasser; la toux nerveuse est brusque dans son début, elle reste la même jusqu’à la fin; on entend qu’elle est sèche et sans matière ; elle ne se termine pas par une véritable expectoration, elle finit le plus souvent sans que le malade rende rien, ou tout au plus quand il y a eu expulsion de salive mousseuse et claire.

La toux nerveuse ne ressemble pas non plus à celles que produiraient les inflammations des bronches, des poumons ou des plèvres. Dans ces derniers cas, d’abord, des signes matériels faciles à connaître par l’auscultation et par la percussion du thorax, découvrent bien vite la nature du mal; puis, des douleurs locales, des chaleurs dans les parties lésées, et la marche méthodique de la maladie, révèlent nettement la véritable cause de la toux. Dans la toux nerveuse, rien de tout cela n’a lieu; les signes physiques T. II. 12

sont nuis ou à peu près; les douleurs, quand il y en a, ont toute l’apparence des douleurs nerveuses ; il n’y a ni chaleur, ni gêne persistante entre les quintes de toux dans les parties qui en paraissent le siège; enfin la marche brusque, le début aussi intense que le milieu, la fin rapide et sans matière, les inégalités relatives des accès comparés les uns aux autres, le développement sous l’influence cle quelque cause toute différente de celles des affections catarrhales ou inflammatoires connues, enfin les habitudes du sujet forment un ensemble désigné qui ne se trouve nulle part ailleurs. Même dans les cas où la toux nerveuse est accompagnée d’une phlegmorrhagie abondante, la présence de tous les signes que je viens de rappeler, la connaissance des antécédents du sujet, jointes à la forme éminemment convulsive de la toux, suffisent pour que le médecin attentif s’y reconnaisse. Il est, on le conçoit, fort important de ne pas s’y tromper, parce qu’on s’exposerait à voir durer un temps infini des toux nerveuses que quelques moyens simples bien appliqués auraient au moins abrégées ; ou à aggraver, par une méthode vicieuse de traitement, des toux catarrhales ou phlegmasiques, qu’une médecine mieux entendue aurait à coup sûr soulagées et probablement guéries.

Diagnostic. — - La pratique de la médecine fait reconnaître plusieurs manières différentes de toux nerveuses. Outre les variations individuelles ou momentanées qu’elles offrent souvent, et dans lesquelles nous pouvons facilement retrouver un des apanages ordinaires des affections névropathiques, les toux nerveuses sont distinguées en plusieurs formes assez régulières et assez bien dessinées, pour m’autoriser à les classer en plusieurs espèces. Toutes celles que j’ai observées se rapprochent plus ou moins des suivantes :

Première variété. — - Quelques sujets, comme ceux

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qui mont donné à observer le type de Y état nerveux > ne peuvent pas recevoir une émotion morale ou physique quelconque, sans être pris d’une toux presque convulsive. Comme il s’agit alors simplement d’une des variétés symptomatiques de cet état, et que je l’ai suffisamment indiquée quand j’en ai traité, je ne crois pas avoir besoin d’y revenir ici. Il est important, néanmoins, de faire remarquer, que, même dans les cas de cette espèce les mieux caractérisés, le médecin a besoin d’explorer les organes respiratoires avec beaucoup de soin et dans des instants très-variés. Les névropathiques ont tant d’inégalités dans leur manière de respirer qu’on serait exposé souvent à entendre en un point une expiration prolongée , ou une respiration seulement bronchique, ou même un défaut complet de respiration; si on s’en rapportait à un de ces signes perçus dans un moment donné, on risquerait un diagnostic effrayant sur quelque début de tuberculisation. Fuis, en renouvelant l’examen, on trouve que le signe formidable n’a rien de constant, qu’il varie dans le même point, qu’il ne concorde pas avec les autres données fournies soit par la percussion, soit par l’étude des fonctions. Des recherches multipliées et une observation très-variée sont donc ici plus que jamais nécessaires pour bien établir le diagnostic , et se mettre à l’abri des erreurs fâcheuses qu’une exploration trop rapide ou trop rare pourrait faire commettre.

Ces nuances, dont je viens de donner une idée, sont d’autant plus importantes à saisir, que souvent la phthisie pulmonaire tuberculeuse, au début, présente, avec la maladie qui nous occupe, certaines ressemblances qui rendent l’erreur plus excusable. Les sujets, dont la tuberculisation commence , toussent aussi pour la moindre cause ; mais il faut noter qu’ils toussent sous des impressions physiques plutôt que morales, tandis

qu’au contraire la toux de Tétât nerveux arrive surtout quand le moral est mis en jeu. Les tuberculeux, au début, s’effilent, s’amoindrissent et ressemblent un peu aux sujets nerveux par excellence, surtout quand ceux-ci sont en meme temps chlorotiques; mais ces derniers offrent des bruits de souffle vers les gros vaisseaux du cou et au cœur; ils ont des antécédents névropathiques ; ils présentent une réaction nerveuse très-vive; leurs forces ne sont pas perdues, elles se retrouvent aussitôt qu’elles sont activement sollicitées ; le sommeil leur reste en général long et complet; leurs toux n’ont rien de continu, elles sont très-inégales et capricieuses; puis, enfin, l’exploration réitérée de la poitrine démontre toute la fugacité des signes redoutables qu’une exploration insuffisante aurait pu quelquefois recueillir.

Cette toux nerveuse ne comporte ni autre pronostic, ni autre thérapeutique que ce que j’en ai mentionné en traitant de l’état nerveux.

Le premier est réglé exclusivement sur le plus ou moins d’intensité du trouble général; le traitement, à part quelques moyens calmants locaux et quelques précautions prophylactiques analogues à ce que je vais conseiller pour les autres toux nerveuses, est fondé entièrement sur les indications propres à l’état nerveux.

J’aurais fait en très-peu de mots Thistoire de cette espèce de maladie, si je n’avais pas eu à consigner ici quelques difficultés de diagnostic dont il est bon d’être averti. Je me crois obligé de prévenir que j’ai vu s’y perdre des médecins fort estimés et fort estimables.

Deuxième variété. — Une autre toux nerveuse, quia quelque analogie avec celle-ci, se montre chez quelques sujets, toutes les fois que certaines fonctions manquent, ou quand elles s’exécutent avec une activité plus grande qu’à Tordinaire. C’est ce qui arrive, par exemple, à certaines personnes, quand leurs repas tardent trop; à

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quelques autres, aussitôt qu’elles ont mangé, et surtout quand le repas a été plus copieux qu’à l’ordinaire. D’autres personnes ne peuvent pas se donner un peu plus de mouvement musculaire, subir une fatigue, marcher, veiller, s’animer, sans que la toux convulsive ne s’ensuive et ne les tourmente plus ou moins longtemps.

Les analogies entre cette toux et la précédente sont nombreuses; c’est aussi une toux sèche, nerveuse, capricieuse, sans troubles stéthoscopiques ou plessimétriques constants; mais celle-ci a quelque chose de plus fixe. Chez les mêmes personnes, elle revient régulièrement à la suite de la même fonction remplie; elle se soutient tant que dure l’acte physiologique auquel elle est annexée; elle est plus caractérisée; il semble qu’elle tienne davantage à un véritable désordre des organes dont elle dépend.

Il suit de là que le pronostic est modifié suivant l’importance et l’activité de l’organe qui exerce sur cette toux une action synergique, suivant la nature et l’intensité du désordre dont cet organe est le siège, suivant le trouble de la fonction qui rappelle la toux. Il se fonde, en un mot, beaucoup plus sur toutes les circonstances originaires que sur la toux, qui n’est que secondaire.

C’est encore à peu près ce que nous devons dire sur les indications thérapeutiques. Nous ne sommes plus au temps de dire avec Pomme : « La toux convulsive cédera constamment aux fomentations et à la tisane de poulet. » Le traitement dirigé contre la toux, sans tenir compte de son origine, risquerait fort de demeurer inefficace; tout au plus irait-il jusqu’à adoucir ce symptôme; mais il n’en préviendrait certainement pas le retour dans les circonstances pareilles à celles dont on n’aurait pas tenu assez de compte. Tandis que si hindi-

cation capitale est bien saisie, d’une part, on a l’avantage d’y rencontrer immédiatement les meilleurs conseils prophylactiques, et, d’autre part, on est en possession des agents thérapeutiques les plus sûrs. Ce n’est pas dire qu’il faille, même alors, négliger la thérapeutique de la toux et dédaigner les palliatifs du symptôme. 11 ne faut plus seulement que leur donner une importance secondaire , celle qu’ils ont dans la nature.

On devra donc s’enquérir avec soin des conditions pathologiques de la fonction dont la suspension ou l’exercice rappelle cette toux; et, suivant le cas, conseiller, à ce point de vue, les remèdes et le régime les plus capables de rétablir l’ordre normal. L’estomac sera rétabli dans sa fonction par le choix des aliments, par une détermination exacte de ses heures de repos et d’activité , par des médicaments capables d’en régulariser l’exercice; la chlorose sera directement combattue par les ferrugineux, etc. Puis, en même temps, on aura soin de diriger contre la toux quelques remèdes appropriés.

On prescrira des fumigations émollientes et narcotiques, quand la toux se montrera accompagnée de beaucoup d’irritation ; des boissons sulfureuses, dans le cas contraire; des narcotiques énergiques avalés et digérés avec ou sans les aliments, si la digestion stomacale est accompagnée de vives douleurs; des poudres et des eaux absorbantes, quand on saura qu’il y a trop d’acides dans l’organe gastrique, etc. Par des procédés semblables et en suivant la même méthode , on est assuré de rencontrer partout les véritables indications et d’en recueillir tous les bénéfices, pourvu que l’art soit en possession, comme dans les cas que je viens de citer, de bons remèdes pour y satisfaire.

Troisième variété. — « Une autre toux nerveuse mérite

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aussi F attention du praticien; c’est celle dont certaines personnes sont tourmentées aussitôt qu’elles éprouvent un peu d’irritation des bronches. Il y a des sujets, en effet, qui ne peuvent pas être enrhumés sans que leur toux prenne un caractère convulsif spasmodique, comparable à ce qui se passe dans la coqueluche. Tantôt la toux revêt cette forme au commencement d’un rhume; c’est ce qui arrive surtout chez les enfants ou les adultes très-jeunes; et alors elle se conserve telle, jusqu’à ce que les phénomènes de coction se montrent. Chaque accès de toux se prolonge comme ceux de la coqueluche, avec plus ou moins de sécheresse, plus ou moins de raucité dans la voix, plus ou moins d’efforts et de vomitoritions. Dans quelques cas, certains accès, certaines heures de la journée ou de la nuit, présentent ce phénomène; puis à la longue, avec ou sans le secours de l’art, le spasme de la toux tombe, et les choses rentrent dans les conditions ordinaires d’un catarrhe qui mûrit. Dans d’autres occasions, et c’est surtout chez les adultes que la chose arrive, le caractère spasmodique des quintes de toux ne se montre que vers le temps où le rhume devrait tirer à sa fin. Au lieu de mûrir, comme il arrive dans les cas les plus ordinaires, les crachats restent transparents et mousseux; ils ne sont rendus qu’après de longs efforts, une toux convulsive fatigante et des vomituritions réitérées. Les efforts de toux se répètent avec une grande fréquence, et sont provoqués par la moindre cause. Les accès se prolongent tant que la glotte éprouve ce sentiment de titillation, d’irritation, de suffocation spasmodique qui fait le principal tourment des malades. Fuis un peu de matière blanchâtre, transparente, spumeuse étant rendue, tout revient à l’ordre; l’injection des yeux et du visage disparaissent rapidement; la respiration reprend son rhythme habituel, et le malade, rentré dans le repos, goûte une tranquillité

satisfaisante, jusqu'à ce qu’une nouvelle quinte le ressaisisse.

Cette toux convulsive, en forme de coqueluche , se soutient quelquefois pendant assez longtemps, plusieurs jours, même plusieurs semaines; puis peu à peu les crachats prennent l’apparence de la coction, perdent de la saveur salée qui leur appartenait surtout au début, deviennent plus abondants et plus faciles; les quintes s’éloignent les unes des autres, et diminuent de violence jusqu’à rentrer dans les toux ordinaires d’un rhume qui fond.

Quelquefois chez les sujets éminemment nerveux, les choses ne se passent pas tout à fait de cette manière; il n’y a pas de transition entre la maladie et la santé ; la toux convulsive cède brusquement pour ne plus reparaître; l’expuition transparente, filante, spumeuse ne change pas de nature; elle se supprime comme la toux. Ces cas ne sont pas à la vérité les plus communs, mais ils ne sont pas assez rares non plus pour qu’on n’en tienne pas compte.

Les causes réelles de cette toux convulsive à forme de coqueluche ne me paraissent pas faciles à apprécier. A part la prédisposition nerveuse des sujets qui en sont affectés, tout y ressemble au début et aux causes des rhumes les plus ordinaires ; dans la marche de la maladie la seule cause qui m’ait paru saisissable, serait une irritation nouvelle des bronches dans un sujet prédisposé. Cette addition réitérée de rhume sur rhume m’a paru souvent cause de la forme spasmodique convulsive que prend quelquefois la toux des gens éminemment névropathiques.

La manière dont elle débute, dont elle marche , la durée ordinairement beaucoup moins longue qu’elle conserve, sa terminaison plus rapide et, si j’osais me servir de cette expression, moins méthodique, l’inégaliïé

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des accès, les antécédents du malade, l’absence de toute épidémie de coqueluche, la distinguent le plus souvent de cette dernière maladie, la seule avec laquelle on puisse la confondre. La forme de la toux, les accès, les signes stéthoscopiques la séparent complètement de toutes les autres affections pulmonaires, bronchiques ou pleurétiques.

Pronostic . Le pronostic n’en est pas grave, sous le rapport du danger. En général, elle se termine par la guérison. Mais sous le rapport de la souffrance, de l’incommodité présente et même quelquefois des suites possibles, il a quelque chose de plus sérieux. Les suffocations en peuvent devenir extrêmement pénibles ; les efforts des quintes congestionnent violemment la tête, provoquent des ecchymoses dans les conjonctives oculaires ; ils vont parfois jusqu’à causer l’expulsion des matières fécales, des urines ou du sperme, ou bien quelque hémorrhagie du larynx ou du pharynx. Le sommeil en est troublé de la manière la plus fâcheuse, soit parce que les quintes nécessitent un brusque réveil, soit parce qu’elles empêchent le malade de dormir, parce qu’elles le saisissent au moindre changement de position, au moindre mouvement, à la moindre impression morale ou physique et rendent ainsi extrêmement fatigantes et difficiles les fonctions les plus ordinaires de la vie. Elles recommencent par la déglutition des aliments, des boissons, de la salive et dérangent ainsi la digestion. Parmi les suites redoutables qu’il faut prévoir de ces toux convulsives à forme de coqueluche, nous devons noter surtout les hernies et la production d’un véritable emphysème pulmonaire. J’ai eu souvent sous les yeux des preuves frappantes de ce que j’avance, sur des personnes qui n’avaient jusque-là montré aucune disposition à ces maladies. Ce que j’ai vu à cet égard me semble une sérieuse raison de se hâter de gué-

rir ces toux nerveuses aussitôt qu on le peut , avant qu’elles aient amené dans les poumons, ou ailleurs, les désordres matériels dont je veux parler, et qui ne sont peut-être pas les seuls qu’on en doive craindre.

Traitement . Pour guérir ces toux convulsives les indications thérapeutiques m’ont paru pareilles à celles de la coqueluche, avec cette différence que l’emploi du spécifique, la belladone, y est moins exclusif. Voici comment je me gouverne alors, et comment je conseille de les traiter.

Quand il y a manifeste production d’une irritation de la glotte et du larynx, je fais respirer des vapeurs aqueuses, chaudes, émollientes ou simples, ou même rendues un peu narcotiques par quelque addition opiacée ou beiîadonée. Je conseille le même moyen pour hâter la coction dans les rhumes qui prennent la forme de toux convulsive sans avancer; j’y ajoute l’usage fréquent de lochs blancs additionnés de cinq à quinze grammes d’eau distillée de laurier cerise. Si les matières expectorées sont rares, transparentes, spumeuses et peu abondantes, je fais prendre par cuillerées une potion de centvingt-cinq à cent cinquante grammes additionnés de vingt à quarante grammes de sirop diacode et de cinq à dix centigr. de tartre stibié. Les vomissements ou les vomituritions qui suivent l’usage de cette potion, amènent presque toujours une véritable détente, et les crachats changent en peu de temps de nature. Cette modification heureuse peut même arriver sans que l’effet émétique de la potion se soit montré le moins du monde, surtout si on recommande au malade de ne pas boire dans les intervalles.

Mais là où n’existent aucunes des indications sur lesquelles je viens de jeter un coup d’œil, ou bien aussitôt qu’elles ont été éliminées par le traitement, j’ai recours à la belladone. Je l’emploie alors de deux manières,

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àlintérieur ou par la méthode endermique. Pour l’usage intérieur , je fais faire des pilules contenant de deux à cinq centigrammes d’extrait de feuilles de belladone, et je fais prendre le soir, et même quelquefois le soir et le matin quand le cas le requiert, une de ces pilules, en même temps qu’on continue l’usage des autres moyens accessoires adoucissants. Quand la belladone ne peut pas être tolérée à doses suffisantes, j’en prescris une quantité moindre et je lui donne pour auxiliaire l’extrait de jusquiame de cinq, six, dix centigr. , ou quelques centigrammes d’extrait aqueux d’opium. Ordinairement peu de jours de cette médication suffisent pour que la toux change de caractère. Seulement il y a des malades qui supportent difficilement la belladone ainsi administrée ; elle leur sèche et leur empâte la bouche, elle leur trouble la vue et même l’intelligence, ou bien elle cause quelques coliques avec ou sans un peu de diarrhée; c’est alors que je l’administre par la méthode endermique.

Pour cela, on applique sur la peau une pièce de linge ou de drap de la grandeur qu’on veut donner à la surface dénudée, après avoir préalablement trempé ce linge dans une solution concentrée d’ammoniaque. On maintient l’ammoniaque au contact de sa peau, en appuyant légèrement sur le linge qui en est imbibé , au moyen d’une pièce de monnaie. Au bout de cinq à dix ou quinze minutes, suivant la force du liquide ammoniacal, l’épiderme est détaché; on l’enlève, on panse la petite plaie avec une pommade simple^ composée d’axonge et d’extrait de belladone mélangés, de façon qqe cinq ou dix centigrammes de l’extrait, suivant les cas, l’âge, la force,, la susceptibilité du sujet, soient employés à chaque pansement. Ces pansements sont renouvelés tous les jours ou deux fois par jour, jusqu’à ce que les effets de la belladone se fassent reconnaître.

Dans certains cas, et sur des sujets trop timides, on peut appliquer, au lieu du vésicatoire à l’ammoniaque, un vésicatoire ordinaire saupoudré de camphre, dont la bonne réputation est faite, ou un vésicatoire dit anglais; et on se sert ensuite de la surface dénudée, ainsi que je viens de le dire, comme, après le vésicatoire dont j’ai parlé en premier.

Les vésicatoires à l'ammoniaque sont plus commodes, et absorbent beaucoup plus vite et mieux que les autres.

Je pense qu’il est inutile d’ailleurs de redire encore que toutes les indications générales fournies par l’étude de la personne malade, par son tempérament, sa constitution, ses conditions d’âge, de sexe, de maladie antécédente, seront scrupuleusement et avant tout étudiées et suivies. 11 n’y a pas de bonne médecine des maladies nerveuses sans cela.

Quatrième variété. — 11 me reste enfin à dire encore quelques mots d’une dernière espèce de toux nerveuse, celle à laquelle je crois qu’on doit conserver le nom d 'hystérique. Elle s’observe en effet parmi les personnes que tourmente l’hystérie, et au milieu de toutes sortes d’accidents qui se rapportent manifestement à la maladie principale. C’est une toux qui n’est pas rare; elle peut souvent embarrasser ou jeter dans une fausse voie le médecin qui ne serait pas assez sur ses gardes. La voiciltelle que je l’ai rencontrée.

Chez un sujet dont la poitrine est bonne, et remplit habituellement avec une intégrité parfaite les fonctions respiratoires, tout à coup une toux éclate, fréquente, à paroxysmes inégaux, à intervalles imprévus, ou même quelquefois presque sans intermission ; cette toux ne se termine pas par l’expulsion régulière de quelques mucosités; elle est sèche et sans but, ou bien accompagnée d’une véritable plegmorrhagie. L’auscul-

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tation fait entendre dans la poitrine , au premier cas , quelques rares bulles muqueuses ou un râle sibilant; dans le second cas, une sorte de gargouillement général très-liquide et à petites bulles; d'ailleurs point d’autres phénomènes à siège fixe du côté du poumon. D’autre part, des phénomènes hystériques abondent; tantôt ils auront précédé ou accompagneront encore la toux dont je parle ; tantôt cette toux les aura remplacés brusquement; tantôt elle cessera instantanément, aussitôt qu’ils se montreront. La toux sera survenue sous l’influence de quelque cause morale, ou bien comme expression de chlorose, ou bien précisément parce qu’on aura pris les plus grandes précautions pour se garantir contre le froid extérieur, contre les courants d’air, qu’on aura évité de sortir, de marcher, de s’exercer, qu’on se sera mis à un régime rafraîchissant et relâchant. Et puis, si on applique à cette toux les règles qui conviennent à toutes celles qui résultent des affections inflammatoires ou catarrhales des poumons ou des bronches, on observe que la toux s’exaspère au lieu de s’amoindrir; et en même temps, les accidents hystériques se développent de plus en plus. On a beau chercher dans le thorax, on n’y trouve aucune explication des symptômes de toux et d’étouffement que présentent les malades. La peau en général reste fraîche ; le pouls, à part quelques irrégularités de force et de rhythme, ne devient pas fébrile. Il conserve tous les caractères propres aux gens nerveux.

A tous ces signes, à l’étrangeté de début, d’intensité, de rémission de la toux, aux antécédents connus, aux phénomènes hystériques concomitants, au désaccord entre les conduits respiratoires et les fonctions de la circulation et de la calorification, je reconnais la toux nerveuse hystérique.

Le diagnostic me donne à la fois des renseignements

suffisants sur la cause du mal, sur le pronostic qu’il en faut déduire et sur les indications thérapeutiques qui le dominent.

La cause est celle de toute hystérie; nous n’avons rien à dire ici que ce qui regarde cette maladie en général; nous nous bornons donc à y renvoyer.

Autant en ferons-nous pour le pronostic, en notant toutefois que cette toux, si elle était mal gouvernée et prise pour une sérieuse phlegmasie pulmonaire ou bronchique, pourrait acquérir une notable gravité, et conduire à une issue déplorable, c’est-à-dire, au développement le plus fâcheux des accidents hystériques.

Les indications thérapeutiques sont encore celles qui appartiennent à cette classe générale d'affections. On n’est autorisé à espérer qu’on garantira les malades du retour de ces accidents qu’en combattant avec persévérance, comme nous Lavons enseigné plus haut, la cause essentielle du trouble nerveux.

Quant aux accidents présents , ils peuvent céder, comme tous les phénomènes hystériques, aux agents dont nous avons ci-dessus conseillé Lusage; mais il en est deux sur lesquels je crois de mon devoir d’insister; je veux parler de l 'extrait de belladone et des bains . Le premier moyen employé à petites doses répétées jouit en générai alors d’une merveilleuse efficacité. Soit par la sécheresse qu’il produit sur les muqueuses, soit par son empire sur les affections nerveuses en général, et en particulier sur celles qui regardent les organes thoraciques, il calme la toux, diminue et fait disparaître, quand elle avait lieu, la sécrétion surabondante des mucosités trachéales et bronchiques, et donne aux malades une prompte tranquillité. Des doses de 1 centig. répétées, autant qu il est nécessaire, toutes les demiheures, ne tardent guère à produire ce résultat; il est rare qu’on soit obligé d’aller à la cinquième pilule. Je

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préfère d'ailleurs la forme pilulaire , à cause du goût désagréable que la belladone communiquerait aux potions, dans lesquelles on la ferait entrer.

Si labelladone n’était pas bien supportée, ou si la toux était sèche outre mesure, on se trouverait bien de la remplacer par l’opium ou lajusquiame, seules ou combinées. Une pilule de 1 0 centig. d’extrait de jusquiame, avec ou sans addition de 2 centig. d'opium muqueux, ou de 1 centig. d’extrait de belladone, répétée toutes les trois heures, ne tarderait pas à amener dans latoux et dans tous les autres phénomènes de la maladie une amélioration notable. Je n'ai jamais été obligé de prescrire par jour plus de quatre ou cinq de ces pilules, et presque toujours deux ou trois ont suffi pour soulager d'abord, et à la longue pour guérir.

Quant aux bains > ils méritent ici une mention toute spéciale. En effet, les habitudes des gens du monde, et même des médecins, répugnent à recourir à ce moyen, quand on tousse. On peut se refroidir en se mettant au bain, souffrir du froid quand on y est, et surtout quand on en sort. Et néanmoins, c’est, dans les toux hystériques, le moyen dans lequel l’expérience m’a appris à placer le plus de confiance. J’ai vu nombre de fois des toux hystériques, avec ou sans exhalation abondante, disparaître par ce moyen comme par enchantement, et des malades mises au bain avec une toux incessante et une vive suffocation hystérique, en sortir, pourainsi dire, guéries. C’est un moyen que j’ai donc soin de recommander toutes les fois qu’on se sera au préalable bien fixé sur la nature de la toux. Je suis sûr qu’alors on ne manquera pas de s'en bien trouver.

Les bains que je conseille ici seront tièdes, c’est-àdire à une température de 29 à 32 degrés centigrades, selon la saison, les habitudes et la sensibilité de la personne malade. Il sera souvent utile d'abaisser cette

température et de recommander le bain frais, c'està-dire de 24 à 28 degrés. Le bain de cette sorte calme mieux le système nerveux. C’est presque toujours à ces degrés de température qu’il en faut venir, après qu’on a, dans les premiers moments, exploré convenablement ce moyen, c’est-à-dire, après qu’on s’est, dans le premier abord, assuré de ses bons effets, qu'on a pris courage, et disposé les malades aussi à pousser la cure plus loin; quand surtout on s’est, par un examen complet du thorax, confirmé dans l’opinion qu’il n’y a aucun danger pour la poitrine.

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