‹ Traité pratique des maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 20 sur 33 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Unie parait assez difficile? en pathologie? de tracer la ligne de démarcation qui sépare la sensibilité intelligente constituant le sens du toucher? de la sensibilité générale répandue inégalement mais presque universellement dans toutes les parties des corps animés. Pendant Fétat physiologique? spécialement pour la main , l’intelligence du toucher donne à peu près une mesure de séparation ; mais pour toutes les parties du corps qui ne sont pas, comme la main? douées de cette intelligence? il n’y a guère de différence entre le palper et le sentir. Dans la main elle-même ? organe de sensibilité par excellence, quelle distance n’y a-t-il pas entre le toucher doux et si facilement impressionnable d’une femme du monde, et celui d’un rude et laborieux ouvrier ? Plus on cherche à se rendre compte de ces faits? plus on les compare les uns avec les autres, et plus on incline à croire que la sensibilité diffuse en tout le corps et particulièrement à la surface ? la sensibilité obtuse de tact des gens à mains calleuses, la sensibilité la plus parfaite des mains les plus délicates? ne sont que des nuances de la même faculté, de la même fonction. Les mains ont probablement un toucher plus intelligent? parce qu’elles s’appliquent mieux aux corps. Elles se placent mieux? elles sont capables d’impressions en tous leurs points ; et cette impression? reçue de beaucoup de manières à la fois , comparée dans des organes divers , les doigts ? fournit les éléments d’un bon jugement. Ces circonstances suffisent sans doute pour donner à l’appréciation? qui

doit suivre la sensation, une précision, que les autres touchers ne comportent pas. Je ne vois pas de bonne raison pour faire remonter à une origine médullaire ou cérébrale spécialement la sensibilité intelligente, toucher , plutôt que la sensibilité universelle , douleur ; pour trouver une origine anatomique locale à l'analgésie , plutôt qu’à

V anesthésie g pour distinguer la source de ces deux désordres, tandis qu’il n’y a point de dichotomie pareille de

V hyperesthésie . En tous nos membres, en toutes nos parties, la face et quelques points supérieurs du tronc exceptés, les nerfs sont fournis par la moelle épinière et parle système ganglionaire , et, quelque différence qu’il faille reconnaître entre la sensation régulière produite sur la peau par le contact des corps, entre le défaut plus ou moins complet de perception de ces contacts , entre r exagération de ces perceptions, et V abolition ou l’exagération des sensations douloureuses provoquées dans les mêmes parties, je ne comprends pas l’explication physiologique de l’une plutôt que de l’autre. Tous ces phénomènes me semblent de même source, de même nature, des degrés d’une fonction identique. Aux yeux de ma raison, et d’après les faits que je connais, rien ne les doit séparer essentiellement.

C’est cette considération qui m’a engagé à traiter ici dans un seul et même chapitre des altérations qui regardent toutes les sortes de touchers dont la périphérie humaine est susceptible, sans distinction de la sensation et des sens. Je sais bien que cette opinion n’est pas généralement admise, et, par exemple, que certains auteurs font une grande distinction entre l’anesthésie et l’analgésie, celle-ci exprimant l’insensibilité, et l’autre l’inintelligence du toucher. Mais je répète qu’après avoir sérieusement réfléchi sur cette distinction, et après avoir bien consulté et comparé les faits , je ne trouve pas entre les deux choses une différence radicale. Rien ne me

prouve que Tune ou Fautre appartienne plutôt au cerveau ou au rachis; je ne crois pas non plus qu elles dérivent plus spécialement de la nature de la maladie qui les produit. En conséquence, ce que je vais dire s’appliquera indifféremment à toutes les parties du tégument, dont la perception tactile peut être modifiée.

Sïmptômes. — La sensibilité peut être ou affaiblie , ou exaltée ou pervertie . Etudions successivement ces trois états.

La sensibilité peut être affaiblie à toutes sortes de degrés, depuis la perception ordinaire devenue seulement un peu plus obtuse, jusqu’à l’anesthésie la plus complète ; depuis certaines insensibilités relatives, jusqu’à une indifférence absolue devant les excitants les plus violents des sensations tactiles. Ici c’est un membre, une portion plus ou moins grande de l’individu qui est seulement engourdie; là, une absence complète de toute sensation , même au contact du fer tranchant, du feu, des caustiques les plus douloureux. Dans certains cas, on pourra pincer, piquer, tirer les poils sur la partie affectée, sans réveiller aucune sensation; dans d’autres, au contraire, certaines de ces sensations seront perçues et les autres n’iront pas jusqu’au sensorium. Les sujets à maladies nerveuses, les désordres nerveux offrent à chaque instant ces nuances diverses dans les anesthésies ou les analgésies. Pour avoir une idée des extrêmes , on n’a qu’à comparer les engourdissements ordinaires de la peau, dans certaines migraines, à Finsensibilité absolue des épileptiques, de quelques hystériques, des cataleptiques. Toutes les nuances intermédiaires se rencontrent, dans la variété, pour ainsi dire, infinie, des troubles nerveux.

Les exemples ne manquent même pas dans la science des abolitions successives de tous les sens. Un fait curieux de cette sorte a été observé et rapporté par le doc-

leur Stengel1. ïl s’agit de quatre enfants d’une même famille, en qui la vue, le toucher et l’ouïe furent successivement supprimés, au milieu d’accidents bizarres de toute espèce.

Parmi les circonstances à noter, relativement à ces insensibilités , il importe beaucoup de connaître si elles sont fixes , ou mobiles et plus ou moins faciles à déplacer. Tantôt l’insensibilité locale reste toujours au même point du corps ; elle se tient invariablement dans son siège primitif. Cela prouve qu’il y a dans ce point ou dans les portions supérieures du système nerveux, quelque cause fixe du désordre de la sensibilité. Tantôt au contraire l’insensibilité se déplace, quitte le point qu’elle occupait, et se montre ailleurs, se propage ou diminue d’étendue et d’intensité; cela arrive, quand l’insensibilité dépend de quelque cause générale et mobile, qui ne produit et n’implique avec soi rien de local , rien de fixe, dans la partie du système nerveux qui a été affectée à son tour

Un autre fait encore dont il impor te de se rendre compte, c’est le choix que font en quelque sorte ces anesthésies de parties animées par les nerfs d’un trajet connu. Cette circonstance suffit souvent pour appeler d’une manière utile l’attention du médecin sur le trajet ou sur les origines de ces nerfs. Les indications thérapeutiques fournies par cette considération ont souvent amené des résultats heureux, que sans cela on n’aurait pas obtenus. N’est-ce pas là ce qui guide absolument, pour ainsi dire, dans le choix des points sur lesquels on doit faire agir les agents thérapeutiques , soit pour réveiller en un point supérieur la sensibilité de toutes les portions inférieures d’un nerf dont les fonctions sont suspendues, soit pour dégorger au point d’étranglement la

1 Archives de médecine, 1828 , t. XVII, p. 586.

partie comprimée et rendre au-dessous la vie de relation qui s’est éteinte? N’est-ce pas cette considération qui sert de guide pour l’application de l’acupuncture, du galvanisme, des courants électriques? Pour tous les moyens iatraleptiques , pour les douches? J’ai cité presque tous les remèdes heureusement invoqués dans les abolitions locales de la sensibilité.

A côté de ces considérations sur la localisation de certaines paralysies de la sensibilité, nous devons mentionner encore celles qui résultent de la manière progressive dont elles se sont développées. Les analgésies et les anesthésies, qui proviennent d’origine hystérique, ne marchent pas du tout avec la régularité pour ainsi dire méthodique de celles qui attaquent les mains, puis les avant-bras de certains ouvriers qui ont fatigué outre mesure quelques-uns de leurs organes ; de celles qui prennent de dehors en dedans et de l’extérieur à l’intérieur les gens empoisonnés par le plomb; de celles qui signalent l’apparition de la paralysie progressive. La comparaison de ce qui se passe dans ces états divers de l’abolition de la sensibilité, avec ce que chaque nouveau malade présente à notre observation, donne souvent des renseignements utiles pour le diagnostic et partant pour le pronostic et pour le traitement, soit curatif, soit palliatif, si celui-là est seul possible.

L’état dont nous venons de parler, et dans lequel la sensibilité est plus ou moins complètement abolie, est souvent voisin d’une disposition toute contraire , de l’état cV exaltation de cette propriété. Tantôt les deux conditions, opposées eu apparence, se sont remplacées sur le même sujet, et dans les mêmes parties, et tantôt elles existent en même temps dans la même personne, mais dans des parties différentes quoique voisines. Souvent, dans les cas aigus, l’anesthésie a été précédée d’une vive sensibilité dans la partie affectée; presque

toujours, aussi dans le même cas aigu, le retour à la sensibilité normale se fait prévoir , dans la partie malade, par une exaltation marquée de la sensibilité. J’ai vu des malades dont les membres , d’abord endoloris au point qu’on n’y pouvait pas toucher sans les faire vivement souffrir, étaient bientôt devenus insensibles. Puis, au bout d’un traitement plus ou moins long, le retour de la sensibilité se signalait par une exaltation de cette fonction aussi vive qu’elle l’avait été avant l’anesthésie. On ne pouvait pas frictionner, presser, pincer la peau, toucher les poils, serrer un peu le membre, sans exciter une douleur souvent assez vive pour arracher des cris, là où quelques jours auparavant toute espèce de sensibilité semblait éteinte, ou du moins engourdie et obtuse au dernier degré. J’ai rencontré d’autres malades en qui un point insensible était entouré de portions de peau excessivement impressionnable ; où certains membres présentent un de ces états, tandis que d’autres se montrent affectés d’une disposition toute contraire. Quand il s’agira du traitement , j’exposerai les résultats auxquels la comparaison de ces deux états m’a conduit ; et j’espère que les conseils que j’aurai tirés de là seront plus d’une fois aussi utiles pour les autres praticiens qu’ils l’ont été quelquefois pour mes malades et pour moi.

V exaltation de la sensibilité est d’ailleurs, comme son abolition, susceptible de toutes sortes de degrés. Certains sujets nerveux sont, pour ainsi dire, continuellement et partout en proie à cette exaltation; mais les cas les plus ordinaires se rencontrent, pour ainsi dire, accidentellement dans les affections nerveuses graves. Alors toutes les nuances et toutes les exagérations de la sensibilité deviennent possibles et se rencontrent.

Je donne en ce moment des soins à une dame dont le système nerveux tout entier est frappé d’une de ces

exagérations de sensibilité, d’une hypéresthésie portée à l'extrême. Tous les sens ont pris ^ à la suite d’une longue névralgie, une acuité incroyable; le moindre bruit, la moindre odeur sont devenus insupportables. Le goût saisit avec excès les moindres nuances des saveurs, et les aliments mêmes les plus doux causenttous une sensation incroyable d’ardeur et de brûlure. Le toucher le plus délicat la révolte, et pour peu qu’on appuie on lui arrache des cris. Tous les actes physiologiques de l’existence de cette dame sont devenus autant de sources de douleurs.

Dans des cas voisins, il arrive aussi que la sensibilité se montre pervertie, c’est-à-dire, capable de donner aux centres nerveux des perceptions qui ne sont en rapport ni avec les faits matériels tels qu’ils se passent, ni avec les sensations régulières dont le malade jugeait sainement auparavant. Telles sont des sensations de chaud, de froid, là où rien de pareil ne devrait exister; les impressions de douleurs superficielles même aiguës, là où un toucher doux, tiède, mollet, a été seulement pratiqué; les impressions fantastiques, là où nul toucher n’a été exercé ; doubles , quand le toucher a été simple, etc., etc.

Causes et Siège. — Pour rechercher la cause et le siège de ces désordres de la sensibilité, nous n’avons rien de mieux à faire que de rappeler ce que nous avons dit sur les points possibles d’où ils partent , la peau , les nerfs , les centres . C’est ainsi que nous allons procéder, d’après l’observation.

Certains désordres de la sensibilité reconnaissent en effet pour cause une affection de la portion de la peau par laquelle le palper régulier devrait exister. Tantôt cela proviendra d’une de ces affections chroniques indéfinies en quelque sorte, qu’on est convenu d’appeler rhumatismes. On rencontrera alors des troubles très-

variés de la sensibilité. Ce sera, suivant les cas, ou line sensation habituelle et presque insurmontable de froid, ou une chaleur douloureuse , ou une sorte d’engourdissement pénible, ou une vive exaltation de la sensibilité tactile ordinaire, ou enfin une perversion de cette fonction, qui fera sentir au malade des contacts tout autres que ceux dont il devrait avoir conscience,- des touchers rudes, doux, secs, humides, chauds, froids, là où des sensations toutes différentes devraient avoir lieu. Le plus ordinairement, ces anomalies de la sensation tactile se maintiendront à poste fixe dans les parties qui en sont primitivement affectées; elles s’étendront ou se rétréciront suivant des influences extérieures; se montreront plus ou moins intenses, encore sous ces influences, mais se déplaceront peu ou du moins ne le feront qu’avec le temps et grâce à de puissantes modifications des milieux ambiants. On observera aussi quelques faits exceptionnels, au contraire, où elles se déplaceront, se modifieront, se transporteront avec une grande facilité. Dans tous les cas, elles seront soumises d’une manière frappante aux intempéries atmosphériques , aux habitations, aux climats; dans tous les cas aussi elles se feront sentir très-superficiellement; le malade aura conscience que c’est à la surface de la peau que le phénomène morbide a son siège.

Dans d’autres occasions , les modifications morbides de la sensibilité tactile seront plus profondes et plus fixes. Par exemple , quand le mal proviendra de quelque altération profonde dans le derme. C’est ce qui arrivait dans la maladie épidémique de 1 829, à laquelle on a donné le nom & acrodynie; c’est ce que présentent les pellagreux1; c’est ce qu’on observe pour la peau de

1 Roussel (Théophile), de la Pellagre, de son origine , de ses progrès , de son existence en France , de ses causes , et de son traitement cura tif et préservatif , 1845, 1 vol. in-80,.

quelqLies sujets , après qu’ils ont été affectés en ces points d’un zona qui y a laissé et une sorte d’insensibilité tactile et en même temps d’assez vives et profondes douleurs; c’est ce qu’on voit encore au début de quelques paralysies progressives, ou même dans des analgésies ou anesthésies locales qu’on pourrait croire essentielles. J’ai rencontré des malades affectés dans tous ces cas d’insensibilité de la peau sur une étendue bien déterminée. Aux bords du mal , la sensibilité est encore obtuse, puis, dans un cercle plus élargi, elle se trouve normale ou même exagérée. Cet état se soutient au même degré et au même point pendant un temps plus ou moins long, et finit ou par envahir les parties voisines, ou par disparaître progressivement, avec ou sans retours oscillatoires.

Enfin une dernière sorte de modification périphérique de la sensibilité tactile sur laquelle je veux fixer un instant l’attention du lecteur est celle qui résulte d’un trouble purement nerveux qui s’est localisé. Tels sont les cas d’hystérie dans lesquels se montrent, ou une insensibilité locale partielle bien caractérisée , ou une vive exaltation de la sensibilité, ou une perversion marquée de la sensation; dans ces cas, le désordre partiel peut être très-variable, extrême aujourd'hui , demain nul ou presque nul, semblable, ou tout autre, ou même contraire; il peut occuper la même place, ou avoir totalement abandonné son siège primitif pour se montrer ailleurs, sans qu’aucune autre cause que le trouble nerveux y puisse être invoquée.

Dans tous les cas, le désordre sera facilement attribué à la surface extérieure, et le diagnostic de la nature de la maladie originaire sera presque toujours facile à établir. Les circonstances anamnestiquesy seront d’abord d’une grande importance; puis on tiendra compte de la fixité ou de la mobilité du mal. La fixité qu’on lui

reconnaîtra conduira le plus souvent à diagnostiquer quelque altération du derme , et à baser là-dessus le pronostic et la thérapeutique. La mobilité fera penser plutôt à quelque cause rhumatismale ou nerveuse; et l’étude des circonstances extérieures, des antécédents, des phénomènes concomitants aura bientôt autorisé le médecin à adopter ou la thérapeutique du rhumatisme ou celle qu’appellent les affections essentiellement nerveuses. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet : nous n'avons ici voulu qu’aider le diagnostic.

Une autre cause du désordre de la sensibilité tactile se manifeste plus loin de l’organe chargé de recevoir immédiatement les impressions, je veux parler de certains désordres exercés sur les nerfs avant leur épanouissement. Qu’un corps étranger quelconque soit introduit au voisinage d’un nerf, qu’un gonflement extérieur à lui le comprime, qu’une tumeur le gêne dans son passage au travers des os, des ligaments, des muscles même , la sensibilité des parties recevant les dernières expansions va se trouver altérée depuis la douleur la plus vive jusqu’à l’insensibilité la plus absolue. Je n’ai pas besoin d’insister ici pour faire sentir toute l’importance qu’il y a de bien reconnaître la nature et le siège du mal; sans cela pas de bonne médecine possible; et le médecin ne sera iamais excusable s’il confond ce désordre de la sensibilité tactile avec ceux dont nous avons plus haut rappelé l’existence et les signes.

Reste enfin la source la plus féconde des maladies dont nous traitons, le désordre par les centres nerveux. Nous laisserons de côté l’histoire de tous ceux qui ne sont pas de notre sujet, les productions et les maladies organiques dans le cerveau, le cervelet ou la moelle, les compressions mécaniques par épanchements de liquides sanguin, séreux, purulent, par gonflement des membranes, des enveloppes, des os, parles inflamma-

lions de toutes ces parties. Ces altérations, mécaniques en quelque sorte, de la pulpe nerveuse, amènent à chaque instant des désordres graves de la sensibilité; mais les troubles divers qui les accompagnent , la marche régulière, fixe, de ces troubles, et les autres circonstances accessoires qui ne leur manquent jamais, ne permettent guère de les confondre avec les affections nerveuses que nous pouvons citer par opposition, et dans lesquelles des troubles presque semblables de la sensibilité tactile peuvent avoir lieu. Tels sont les cas d’état nerveux de quelque cause qu’ils proviennent, et particulièrement de ceux qui reconnaissent pour origine une chlorose portée assez loin; les insensibilités, les sensibilités exagérées ou perverties de l’hystérie, de l’épilepsie, de l’hypochondrie. La présence des affections principales que nous venons de rappeler, la marche spéciale des désordres de la sensibilité, l’absence des signes capables de dévoiler une des altérations mécaniques que nous avons indiquées, donnent presque toujours au médecin des raisons suffisantes pour asseoir solidement son diagnostic, et par conséquent pour bien régler sa conduite.

Pronostic. — • Ce que nous venons de dire sur la nature, sur la cause intime des désordres du toucher devra servir encore de base pour bien poser le pronostic. Tous ces désordres , qui seront sous la dépendance d’une cause générale, suivront les conditions de l’affection générale, à laquelle on aura dû les rapporter.

Tous ceux, au contraire, dont l’origine ne semblera pas accessible, devront laisser le médecin dans une grande réserve, jusqu’à ce que la marche de lamaladie en décide mieux la nature , ou que des phénomènes plus caractéristiques se prononcent ? ou enfin qu’on soit mieux éclairé sur le point de départ. C’est dire, en d’autres termes, que le pronostic devra rester, pour ainsi dire, t. ii. 26

aussi varié que les cas. Au point de vue général, il pourra être des plus simples, dans la plupart des anesthésies nerveuses ou rhumatismales , dans les exaltations de la sensibilité tactile qui dérivent de la même cause. Il deviendra des plus graves, quand on pourra reconnaître une paralysie progressive au début. Au point de vue de la localisation , les troubles de la périphérie seront les moins dangereux pour la vie , les moins accompagnés d’accidents divers, et par conséquent les moins assujettis aux conditions du pronostic de la maladie générale dont ils sont accompagnés; il faut dire aussi qu'ils seront souvent les plus tenaces, à cause du dérangement local dans lequel s’épanouissent les expansions nerveuses.

Ceux qui dérivent d’un désordre des nerfs tirent toute leur importance de la nature de ce désordre; ceux des centres nerveux, de la cause par laquelle ces centres sont tourmentés.

Traitement. — Le traitement doit nécessairement aussi recevoir de sérieuses modifications, suivant toutes les remarques que nous venons de faire, sur les origines du désordre de la sensibilité tactile.

Pour bien établir les indications de ce traitement, la première chose à laquelle le médecin doit appliquer son attention, c’est de déterminer la nature du mal. Cette nature, en effet, décide seule un grand nombre des questions les plus importantes du traitement. Il n'y a pas de médecin qui trouve raisonnable de gouverner de la même manière une affection rhumatismale , ou hystérique, ou hypochondriaque , ou syphilitique , ou essentiellement locale. Là se trouve tout le secret pour traiter heureusement la plus grande partie des désordres de la sensibilité tactile dont nous avons parlé.

Le choix d’un climat égal et sec, d’une habitation bien construite, bien aérée, bien exposée, la précaution

de garantir la peau de l’action immédiate de l’atmosphère, et surtout du froid humide, la provocation méthodique et plus ou moins active d’une douce diaphorèse, par des frictions, des douches chaudes, des bains de vapeur, par une boisson chaude abondante, légèrement excitante, par un exercice modéré, par des vêtements qui garantissent bien et conservent la chaleur, par l’usage intérieur de légers narcotiques, par l’usage extérieur de liniments appropriés à l’état de la peau , finiront presque toujours par triompher de cette maladie, quand elle sera de cause rhumatismale.

Les indications appropriées à la nature du mal, quand, elles pourront être bien remplies, feront justice de ces altérations de la sensibilité , quand elles dériveront de quelque production accidentelle sur le trajet des nerfs ou dans les centres nerveux. Les désordres de sensibilité ne seront plus ici qu’une considération accessoire, et l’attention du praticien ne peut pas manquer de se porter plus haut que la manifestation secondaire dont nous nous occupons. Quant à ces affections de nature purement nerveuse, il nous suffira de renvoyer à ce que nous avons dit de chacune d’elles , pour fournir les règles les plus importantes du traitement qu’on devra leur opposer. C’est là que devra se puiser l’ensemble du traitement ; les modifications partielles qu’il devra recevoir se régleront sur les autres considérations dont il nous reste à nous occuper, et qui regardent spécialement l’anesthésie.

J’insiste sur le traitement général, avec beaucoup plus de soin encore, quand le désordre périphérique de la sensibilité dépend de quelque trouble nerveux. Alors l’anesthésie ou l’hvpéresthésie n’est qu’un accessoire : le rhumatisme, la goutte, la syphilis, l’hystérie, l’hy— pochondrie, la chlorose, etc., sont le principal; la maladie générale guérissant, le désordre local aura cessé.

Je renvoie donc aux maladies générales dont j’ai déjà plusieurs fois rappelé le traitement, en ajoutant seulement que quelquefois ici des moyens locaux sont localement utiles. Des frictions narcotiques ou strychnées, des courants électriques promenés sur la peau, des fomentations émollientes, des bains, des lotions ou camphrées, ou aromatiques, des ventouses sèches, doivent être tentés. Le plus souvent ces moyens resteront sans efficacité tant que la maladie générale n’aura pas été suffisamment combattue ; mais à un certain moment du traitement, ils se montreront utiles, et comme ils ne peuvent jamais nuire, on ne risquera rien d’en commencer l’usage de bonne heure, pour ne pas manquer l’instant où ils peuvent devenir nécessaires. Je citerai à l’appui de l’opinion favorable que j’exprime sur ces agents de traitement, le fait suivant recueilli tout récemment dans mon service à Beaujon, par M. Caillault.

Observation. — • Adélaïde Yandel, vingt-trois ans, couturière, entrée le 31 mai 1850. Cette fille est d’une belle constitution, d’un tempérament nervoso-sanguin. Elle nous raconte qu’elle a été réglée à quatorze ans, que sa menstruation depuis lors a toujours été normale; que dans le mois de mars dernier elle eut une couche sans aucun accident, mais qu’environ un mois après, elle fut obligée de changer de profession. Quelques jours d’un travail pénible lui déterminèrent une douleur très-vive dans la colonne vertébrale, limitée à la région dorsale. L application d’un emplâtre fit, dit-elle, disparaître cette douleur, si violente qu’elle ne permettait pas le décubitus dorsal. Peu de temps après, une douleur de même nature et tout aussi vive se montra sur le sternum; puis après quelques jours de durée, elle quitta brusquement cette région pour se fixer dans les deux jambes. C’est seulement alors que cette malade

vint réclamer des soins dans le service. Cette femme examinée présentait l’état suivant : apparence de la santé, bonne coloration du visage et de la peau, chevelure et yeux noirs ; elle accuse dans les deux jambes des douleurs vives accompagnées d’une sensation passagère de brûlure et de cuisson; en outre, la partie antérieure des deux jambes est complètement analgésique; les pincements les plus énergiques et des épingles traversant le derme ne déterminent dans ces points rien autre chose qu’une légère sensation de tact.

Le sentiment de la douleur paraît être seul aboli, parce que la malade perçoit très-bien le plus léger attouchement avec les corps le moins inoffensifs, tels que la barbe d une plume, etc., etc. Si par mégarde ou par expérimentation , on s’écartait de la partie antérieure des deux jambes, on provoquait des plaintes très-énergiquement exprimées par la malade.

En cherchant s’il n’existait pas d’autres points analgésiques, cette femme nous indiqua un point de la grandeur d’une pièce de cinq francs, situé entre le scapulum gauche et la colonne vertébrale, où existe le même phénomène d’analgésie.

Sur le sommet de la tête, il existe un second point très-circonscrit, qui peut être couvert avec la pulpe du doigt, sur lequel, en pressant, on détermine, au dire de cette femme, des douleurs très-vives accompagnées de vertiges. La tête examinée soigneusement ne présente rien d’anormal. Enfin, lorsqu’on vient à presser sur toute la région cervicale en appuyant sur les apophyses épineuses , on provoque des douleurs très-intenses dans la tête, la face, le cou et la poitrine, selon qu’on presse les apophyses de la région cervicale ou de la région dorsale; au delà de la première vertèbre de cette dernière région, la pression ne détermine aucune douleur.

Cette malade, interrogée à plusieurs reprises pour savoir si jamais elle a eu des attaques de nerfs, des spasmes, des pertes de connaissance, a toujours répondu négativement. Elle est sans fièvre, elle se plaint d’insomnie causée parla douleur des jambes, et le séjour au lit détermine un peu de constipation; en outre, depuis son séjour à l’hôpital, elle a des flueurs blanches assez abondantes. Je prescrivis : bains, pilules opiacées, une portion d’aliments, injections vaginales astringentes.

Vers le 1 2 juin, l’analgésie cessabrusquement; dès lors la malade fut tout étonnée de ne plus pouvoir supporter aucune violence surlespoints autrefois insensibles. Néanmoins les douleurs n’avaient pas perdu de leur acuité, étaient vagues et lancinantes, et toujours limitées à la partie antérieure des deux jambes. Je les soumis, à l’aide de l’appareil électrique, à un courant électrique dirigé seulement de manière à exciter la sensibilité. Les douleurs avaient diminué peu à peu, lorsque tout à coup, environ une semaine après la disparition de l’analgésie, la malade fut prise d’une névralgie faciale (droite) très-intense, dont les accès étaient excessivement variables parleur apparition. Avant la guérison de cette névralgie, qui fut obtenue avec des pilules composées d’extrait de belladone et de stramonium , il fut impossible de constater les points douloureux superficiels. La malade sortit guérie le 25 juin.

Dans toutes les affections qui occupent les centres nerveux , après que vous avez recherché et appliqué toutes les indications résultant de la nature propre de la maladie, employez les agents le plus capables d’agir sur l’ensemble du système sentant. Faites prendre à votre malade des bains aussi fréquents et -aussi longs que possible; vous en réglerez la température suivant les cas , suivant la sensibilité locale, suivant les forces , suivant l’espèce d’affection à laquelle vous aurez affaire;

vous en varierez la composition depuis l’eau simple jusqu’aux substances excitantes, suivant la sensibilité de la peau. L’eau simple dans les cas les plus communs , l’eau rendue onctueuse par de la gélatine, par des plantes mucilagineuses , quand vous la voudrez plus émolliente; additionnée de quelques centaines de grammes de bicarbonate de soude ou même de soude du commerce, quand vous aurez besoin qu elle soit à la fois douce et un peu stimulante ; d’extrait de Baréges s’il y a nécessité d’une stimulation plus énergique. Quand la saison et la fortune des malades le permettront, vous les enverrez à des eaux minérales d’une vertu analogue à l’idée que vous vous faites des besoins des sujets, depuis les eaux faibles d’Allemagne, de Bourbon-b Archambault, de Néris, jusqu’à celles d’Aix en Savoie, jusqu’aux sources ferrugineuses, jusqu’aux eaux les plus actives des Pyrénées; vous aurez soin de les employer et généralement en bains, et localement en douches, en vapeurs, en affusions continues, suivant les cas.

Vous continuerez ou vous seconderez l’action de ces bains et de ces eaux par des applications locales appropriées. Narcotiques, à l’opium, à la jusquiame, à la belladone, quand la sensibilité sera trop exaltée; elles seront au contraire irritantes, ammoniacées, cantharidées, quand on ne craindra pas d’enflammer localement; chargées d’extrait de noix vomique ou de strychnine , quand on voudra, sans enflammer, réveiller dans la peau la fonction nerveuse qui y manque. A l’égard même de ce dernier agent, j’ai fait une remarque que je ne crois pas inutile d’insérer ici. Après que la sensibilité a été éteinte dans une région de la peau, le retour de la fonction se manifeste souvent, comme je l’ai dit plus haut, par une sensibilité exagérée. Puis, avec un peu de temps, cette exagération tombe et les choses

rentrent dans l'ordre. J’ai trouvé qu’une pommade molle, faite avec de l’axonge, de l’huile et un cinquantième de strychnine, appliquée sur les parties , hâte et facilite le retour de la sensibilité à l’ordre régulier. Cette pommade, au lieu d’augmenter la sensibilité exagérée de retour, contribue à la calmer, sans doute parce qu’elle avance le progrès vers l’ordre. J’en fais un grand usage, toutes les fois que je ne crains pas son action vivement excitante sur les centres nerveux, et mes malades s’en trouvent souvent fort bien.

Si je suis encore plus rassuré sur l’état des centres nerveux, j’accompagne cette médication de l’administration de la strychnine à l’intérieur. J’en prescris des pilules qui contiennent chacune 2 millig. de cette substance ; on en prend d’abord une tous les jours , puis deux, puis trois, pendant que je surveille avec soin les effets qu’elles produisent. C’est une médication souvent heureuse; j’avoue néanmoins que je me garderais bien de la conseiller dans tous les cas.

Je lui préfère, dans les chloroses, le fer; dans l’hystérie , l’opium et la belladone à doses modérées; dans les irritations des centres nerveux, l’usage porté aussi loin que possible des révulsifs, vésicatoires, cautères et surtout sétons. Dans tous les cas, je ne l’emploie, comme d’ailleurs les autres moyens indiqués ci-dessus, qu’à mesure des indications, soit primitives, soit secondaires, et avec la précaution d’en surveiller attentivement les premiers effets, pour insister et augmenter s’il est possible ; pour reculera temps , si quelque danger venait à se découvrir.

Les indications locales qui regardent les nerfs sont beaucoup plus bornées, elles se réduisent presque toutes à l’application des moyens capables de détruire les altérations extérieures au système nerveux. C’est de la chirurgie ou de la pathologie générale qu’on y fait

presque toujours; la seule localisation des indications est celle de la place sur laquelle il faut agir. Je n’ai pas besoin d’en dire plus.

En ce qui regarde les troubles nerveux de la périphérie, il faut distinguer l’exaltation de la sensibilité de tous les engourdissements dont la peau est susceptible. Presque toujours l’exaltation est apaisée par des bains calmants, par des applications émollientes et narcotiques, par des onctions avec un corps gras additionné d’extraits narcotiques, ou de quelques huiles grasses et un peu aromatisées. Dans les occasions, où l’hypéresthésie est un premier degré du retour de la sensibilité auparavant anéantie, la pommade à la strychnine est encore employée avec avantage. J’ai sous les yeux, dans ce moment , une dame chez qui un engourdissement de la région du sein gauche avait, au bout de quelque temps de traitement, amené une vive excitation de la sensibilité de la peau dans toute cette région; les préparations narcotiques les plus actives et les mieux dirigées n’avaient pu lui donnera cet égard aucun soulagement; je m’avisai de lui prescrire la strychnine par la méthode iatraleptique indiquée plus haut, etje vis avec le plus grand plaisir ce moyen amener en peu de temps une notable rémission des douleurs éprouvées jusquelà sans interruption. Je constatai en même temps le retour de la sensibilité normale au lieu où l’engourdissement s’était fait sentir depuis plus de deux mois.

Les endolorissements de la peau par cause rhumatismale , comme on en rencontre chez les sujets qui ont bivouaqué et qui ont été exposés sans abri à toutes sortes d’intempéries, cèdent principalement à des bains partiels de vapeur , à des douches simples ou médicamenteuses, à un régime de vie tout à fait contraire aux désordres qui avaient produit le mal. C’est là surtout que se montre utile la plus méticuleuse précaution pour

garantir la peau contre le froid humide, au moyen de peaux, de fourrures, de laines, convenablement renouvelées et entretenues avec soin. On a essayé avec avantage encore, sur les parties ainsi affectées, des frictions, des bains électriques, l’application de peaux ayant des propriétés semblables. Aucun de ces moyens n’est à dédaigner; ils concourent tous à obtenir un résultat satisfaisant.

Quelquefois tous ces moyens ont été employés même avec une grande activité, et ils n’ont pas réussi. Cela arrive surtout quand le mal siège dans le derme, et au lieu de se borner à un rhumatisme superficiel constitue une de ces anesthésies indéfinissables dont j’ai parlé plus haut. C’est alors qu’on a conseillé avec avantage l’ électro-punclure dans toute la partie malade, les décharges électriques répétées sur la même région, l’usage des moxas successivement appliqués sur toute l’étendue qui ne sentait plus, des cautères profonds sur la marge du mal, des vésicatoires pansés méthodiquement avec une pommade à la strychnine, des cautérisations avec le chlorure de zinc , avec le caustique dit de Vienne, des frictions avec une pommade abondamment chargée de tartre stibié. Tous ces moyens ont compté des succès et des revers. Pour moi, je les considère tous comme bons, quand on les emploiera avec discernement, c’està-dire , quand on en calculera l’action sur le résultat qu’on veut obtenir, soit pour cautériser le derme, soit pour entretenir de larges et profondes suppurations, soit pour exciter la douleur, soit enfin pour entretenir constamment sur une partie une sorte d’éveil journalier de la sensibilité. Je dois dire néanmoins que les moyens que j’ai reconnus à cet égard les meilleurs, sont les suppurations larges et profondes aux environs du point malade et les pansements répétés chaque jour avec quelques milligrammes de strychnine. Je com-

mencerais îe traitement, si je n’avais pas de raisons contraires, par une application soutenue et réitérée de l’électricité.

C’est le cas de mettre en pratique les remarques et les conseils de M. Duchenne sur les applications de l’électricité spécialement dirigée vers la sensibilité. On évite de mouiller la peau, et on promène sur la surface qu’on veut ranimer l’un des pôles d’un appareil électrique terminé par un système métallique , plaque , cylindre, brosse ou pointe. En s’y prenant bien, on ne provoque de cette manière presque aucune contraction musculaire, et on s’adresse presque exclusivement à la sensibilité extérieure.

J’ai encore, au moment où j’écris ces lignes, dans mon service à l’hôpital Beaujon, un vieillard dont la cuisse droite avait perdu à peu près toute sensibilité dans sa moitié externe. On pouvait le toucher, le pincer, lui tirer les poils sans qu’il s’en aperçût. Il a été soumis deux fois, pendant cinq ou six minutes, à un courant électrique, au moyen d’une brosse communiquant avec un appareil électro-médical de Breton. Ces deux secousses ont suffi pour ramener la sensibilité normale dans toute cette partie. Le retour de la fonction a été signalé, après chaque séance, par une exaltation de sensibilité qui durait pendant plusieurs heures.

Si ces moyens ne suffisaient pas, j’en viendrais aux larges cautères et surtout à la strychnine, dont je monterais les doses jusqu’à production de quelques convulsions dans les membres. Ce ne serait qu’en désespoir de cause que je conseillerais des moxas et la destruction au moins partielle du derme. Je n’ai pas besoin de dire d’ailleurs que tous ces moyens seraient subordonnés au traitement général, quand il y aurait lieu.

Depuis le moment où j’avais écrit ces premières lignes, des moyens nouveaux d’agir sur la sensibilité et

surtout de la calmer ont été conseillés et mis en usage, je veux parler des applications locales cle chloroforme et des mélanges réfrigérants . Je n’ai pas besoin de dire que ces agents ne me semblent pas applicables aux cas dans lesquels la sensibilité est localement éteinte ou du moins momentanément abolie. Mais il y aurait dommage pour les malades à ne pas les appliquer sagement dans les cas contraires, c’est-à-dire, là où la sensibilité est exagérée par le fait de la maladie et surtout d’une maladie nerveuse.

En ces occasions, je me suis presque toujours applaudi d’avoir conseillé , si la maladie siégeait sur les membres ou sur le tronc, l’application du chloroforme. Indépendamment de l’action irritante locale que ce corps exerçait sur la peau, il m’a paru presque toujours qu’il engourdissait d’une façon particulière la sensibilité de la partie. Je le conseillerais donc avec confiance dans les conditions que je viens de signaler.

Quant aux mélanges réfrigérants, ils engourdissent et congèlent le point sur lequel on les applique. Leur usage doit donc se borner à des points très-limités et surtout à des cas, dans lesquels on veut obtenir une escharrification peu étendue, en même temps qu’une action sédative locale très-prononcée.

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