CHAPITRE II
DES CONVULSIONS
Coup d’oeil général. — Le chapitre des convulsions devrait être un des plus longs de ceux que comporte cet ouvrage, parce que cet accident est en effet un des plus communs et des plus remarquables, parmi ceux qui menacent les sujets en proie aux maladies nerveuses. Mais je dois faire remarquer, d’abord, que les convulsions appartiennent, com me symptômes, à beaucoup des maladies dont nous avons déjà traité; en second lieu, que, dans un très-grand nombre de cas, elles sont liées à des désordres organiques, dont elles ne sont qu’une traduction symptomatique. Par conséquent, ce qui nous reste à dire sur ce sujet se réduit aux seuls cas où la convulsion proprement dite est la maladie. Il faut avouer que, même circonscrite en ces termes, la question dont nous nous occupons a encore une grande importance, et légitime complètement les détails dans lesquels nous allons entrer. Nous ne pouvons pas moins faire, quand il s’agit d’un mal si souvent sérieux, et touchant par tant de points à la pathologie générale aussi bien qu’à tout le reste de la pathologie nerveuse.
La première question, dont nous devons nous occuper en entrant dans cette matière, est celle-ci : est-il toujours possible de distinguer d’autres maladies, ayant les convulsions pour symptômes, des convulsions qui sont pour ainsi dire essentielles ? Ne prend-on pas pour des convulsions simples celles qui touchent à l’un des désordres nerveux dont nous nous sommes occupé? Ne sont-elles pas toujours le résultat d’un dérangement anatomique t. il 30
dans les centres nerveux, et par conséquent tout à fait en dehors des études spéciales que nous avons entreprises? Y a-t-il des convulsions essentielles à proprement parler?
Pour moi, je n’hésite pas à répondre affirmativement sur toutes ces questions, et, bien que des maladies trèsdiverses de causes, de signes, de symptômes, de terminaisons, aient avec celle-ci quelques points communs, je rencontre presque toujours et partout des raisons suffisantes pour établir un bon diagnostic.
Diagnostic. — • Parcourons rapidement les maladies semblables avec lesquelles on pourrait confondre les convulsions essentielles, et nous trouverons partout des motifs sérieux de les distinguer, et par conséquent une utile confirmation de notre opinion.
il y a des convulsions dans le tremblement, dans l’hystérie, l’épilepsie, la catalepsie, l’éclampsie, le tétanos, la rage, les crampes, le bégayement, le hoquet, comme nous l’avons dit; et, comme nous le dirons plus loin, dans la chorée. Il y en a dans les contractures, et enfin dans une foule de maladies du cerveau et de ses annexes immédiates. Je ne crois pas que dans tous ces cas on puisse confondre le symptôme convulsion avec les convulsions essentielles qui attirent en ce moment notre attention.
En effet, dans le tremblement , il s’agit beaucoup moins de mouvements désordonnés d’un muscle ou d’un système musculaire, que d’une contraction et d’un relâchement alternatifs, rapides, et désordonnés, de fibres entrant dans un système musculaire. 11 en résulte, non pas des mouvements violents et involontaires de la partie que ces muscles mettent en mouvement, mais une vacillation incessante et extrêmement partielle des organes affectés. Dans Y hystérie, les convulsions ont une forme à part et déterminée à l’avance;
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elles sont accompagnées , précédées, ou suivies d’accidents tout particuliers, sur lesquels il suffit de reporter un instant son attention pour ne pas tomber dans une erreur de diagnostic préjudiciable au pronostic, et plus encore à la thérapeutique. Pour Y épilepsie, l’erreur serait encore plus inexcusable; la perte absolue de connaissance et de sensibilité qui appartient toujours à cette dernière maladie, le plus souvent la forme des convulsions que nous avons décrites, permettent toujours de reconnaître le mal; les accidents concomitants, les accès en récidive, les conséquences, établissent suffisamment et au delà le moyen de reconnaître les convulsions proprement dites de celles de l’épilepsie. La convulsion éclamptique est distinguée des autres par les circonstances particulières dans lesquelles elle se développe, par sa forme épileptique, par la perte complète de connaissance et de sensibilité. La convulsion cataleptique , par la presque flexibilité des membres et par l’immobilité qu’ils prennent dans la position qu’on leur a donnée ; le tétanos , par la rigidité absolue des parties convulsées, en même temps qu’il y a conservation de l’intelligence; la rage , par sa marche, sa cause, les accidents accompagnant les convulsions; Y hydrophobie, les crampes , par la douleur vive qui accompagne le spasme local d’une portion déterminée d’un muscle. Toutes ces convulsions, en un mot, sont accompagnées de phénomènes qui les font aisément reconnaître les unes des autres, et qui ne permettent pas de les confondre avec les convulsions proprement dites. Nous ferons des remarques analogues sur les convulsions dont l’histoire nous reste à développer. Dans la chorée, les convulsions incessantes, partielles, avec conservation complète de l’intelligence et de la sensibilité, sont toujours très-différentes de celles dont nous parlons ici; puis celles-ci sont beaucoup plus étendues, beaucoup plus fixes,
beaucoup mieux coordonnées et souvent accompagnées d’un peu de trouble dans les idées ou dans les sensations. Le hoquet , le hégayement , occupent des organes qui leur donnent leur forme caractéristique, et par conséquent s’éloignent tout à fait des convulsions simples.
Quant aux affections, comme les contractures musculaires et les convulsions à peu près pareilles à celles qui nous occupent, qui dérivent d’altérations matérielles du cerveau, de la moelle ou de leurs enveloppes, elles sont presque toujours signalées par des désordres d'une autre sorte , sur lesquels nous serons forcé tout à l’heure de revenir; il suffit à présent d’établir que les lésions matérielles, qui les produisent, sont une raison suffisante pour les distinguer des convulsions simples, dans lesquelles des lésions matérielles semblables, si elles existaient, n’auraient pas pu disparaître instantanément, comme cela arrive journellement dans les convulsions nerveuses, pour faire place à la santé.
Il nous paraît résulter de tout ce que nous venons de dire, que toutes ces sortes de convulsions sont accompagnées de phénomènes qui leur sont propres; l’expérience nous montre aussi tous les jours que des convulsions plus ou moins semblables existent ; que celles-ci ne sont accompagnées d’aucun des phénomènes pathognomoniques, rappelés plus haut; qu’elles se montren brusquement et disparaissent de même sans laisser de traces, qu’elles ont toute l’irrégularité, tout le caprice, si on peut ainsi parler, des affections nerveuses ; c’est de celles-là que nous avons droit de traiter.
Division. — Pour mettre de la méthode dans ce que nous en allons dire, nous les distinguerons en deux sortes, celles des enfants et celles des adultes . L’histoire des unes et des autres, que nous allons esquisser, fera comprendre aisément la raison de cette seconde distinction.
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Convulsions des enfants. — Ces convulsions sont un des dangers les plus communs et les plus graves qui menacent la petite enfance. Elles peuvent se montrer dans une foule de circonstances différentes , mais surtout lorsque le petit enfant est tourmenté par la période laborieuse, pendant laquelle poussent les vingt dents de première formation. 11 est important de tenir compte de ces circonstances, surtout comme prophylactique. C’est pour cela que nous allons les rappeler.
Causes. — De ces circonstances, les unes sont inhérentes au sujet affecté , même en faisant abstraction des cas dans lesquels des altérations matérielles de l’encéphale ou de ses enveloppes amènent le mal. En tête de celles-ci, nous devons placer une constitution trop sanguine et trop pléthorique , lorsque surtout la tête prend un développement exagéré. Baumes a insisté , avec raison, je crois, sur cette prédisposition, qui paraît plus douteuse à MM. Guersant et Blache. Les convulsions sont fort communes chez des enfants qui n’ont jamais été malades et semblent profiter à souhait d’une nourriture abondante, prise avec voracité. Les enfants, après ceux-ci, qui sont le plus sujets à cette maladie sont les enfants nerveux, soit qu’ils aient par euxmêmes cette disposition, soit qu’ils en aienthérité de leur mère ou de leur père. Baumes a cité plusieurs cas remarquables d 'hérédité. J’en ai rencontré moi-même de très-notables. On reconnaît cette complexion, chez les petits enfants, à leur sommeil agité et souvent comme suspendu par de brusques soubresauts de tous les membres , à de fréquents grincements de dents, à une grande susceptibilité pour être impressionnés par les corps étrangers avec lesquels ils sont mis en rapport, à une sorte de taciturnité, et en même temps de mobilité de caractère que leur âge ne semble pas comporter, enfin souvent à une intelligence plus précoce et plus nette que
dans les autres enfants; toutes remarques qui coïncident avec une physionomie à part, danslaquelle se retrouvent déjà la plupart des signes qui décèleront plus tard l’état nerveux.
A côté de ces enfants, nous devons citer encore ceux qui sont exessivement colores. De quelque part que ces colères leur viennent , soit qu’ils aient été trop souvent contrariés , soit qu’ils aient toujours été trop vite satisfaits, soit enfin que leurs prédispositions morales seules produisent ce résultat; certains enfants ne peuvent pas se plaindre, attendre, pleurer, sans entrer en colère jusqu’à se pâmer, comme disent les nourrices. Cette pâmoison portée un peu plus loin peut aller jusqu’aux convulsions et dans quelques cas s’en distingue avec peine.
D’une autre part, la nourriture est capable d’influer souvent et beaucoup sur la production de cette maladie. Si l’alimentation est trop abondante et trop plantureuse, elle peut d’abord favoriser la production de la pléthore sanguine, dont nous avons signalé plus haut le danger. Cela peut arriver avec le biberon mal gouverné, comme avec la nourrice , mère ou non , de l’enfant. Mais je dois noter avant tout que cela survientbeaucoup moins souvent avec le biberon, parce qu’on peut à volonté et par l’addition d’une plus ou moins grande quantité d’eau chaude et de sucre , faire varier les qualités nutritives, la température et la quantité du liquide alimentaire , toutes circonstances qui se prêtent merveilleusement aux lactations difficiles dans lesquelles la science a essentiellement besoin d’intervenir pour remédier à des dispositions natives ou récemment acquises. La chose est beaucoup plus difficile à gouverner, quand l’enfant est mis au sein pour toute nourriture, parce que la mère ou la nourrice, si elles sont bonnes, ontbien de la peine à résister aux cris de J’enfant; elles pensent qu’il de-
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mande le sein, parce qu’elles sentent souvent la nécessité de se débarrasser elles-mêmes du liquide qui surabonde et les gêne. Quand elles sont mauvaises, c’est-à-dire, négligentes ou trop peu pourvues de lait, l’inconvénient est autre, mais non moins grave ; la faim tourmente l’enfant , le rend nerveux , colère et par conséquent l’expose à plusieurs causes accidentelles de convulsions. Que sera-ce, quand la nourrice aura pris une nourriture surabondante et qui lui occasionnera des indigestions? Quand elle aura choisi des aliments excitants? abusé du café? des alcooliques? des plaisirs de toutes sortes? que sera-ce surtout quand elle se sera laissée aller à des emportements? quand elle aura brusquement subi quelque impression morale? quelque simple contrariété? quelque douleur imprévue ? même quelque joie vive? L’histoire de l’art et la pratique de tous les médecins sont pleines de faits qui confirment ce que je dis ici. Il n’y a pas une de ces conditions à laquelle je ne puisse rattacher le souvenir d’enfants auparavant bien portants, pris tout à coup de convulsions, et ultérieurement délivrés de ce mal, quand ils ont survécu , et qu’on a pu éloigner de leur bouche la cause manifeste du danger qu’ils ont couru.
L’efficacité de toutes ces circonstances pour produire la maladie est beaucoup plus assurée encore, si le nourrisson est justement dans cette époque critique, où se fait la première dentition . Pendant ce temps, les enfants sont ordinairement souffreteux, malingres, nerveux par-dessus tout. Depuis le moment où les germes des dents se développent, grossissent et se font place dans les os maxillaires supérieur et inférieur, jusqu’à celui où ils percent les gencives, il semble qu’il se fasse vers la tête une sorte de fluxion sanguine plus abondante. La dentition range dans son département tous les organes céphaliques, et le cerveau est un de ceux
qui se montrent le plus dans la dépendance du travail d évolution, qui se fait alors vers les parties supérieures de l’enfant. Presque toujours, pendant cette période, les enfants sont nerveux dans toute l’étendue du mot, et pour peu qu’une autre cause accidentelle vienne s’ajouter à celle-là, les convulsions sont à craindre. C’est l’âge qui exige, sous ce rapport, la plus attentive sollicitude, d’abord pour prévenir toutes les causes générales dont nous avons parlé ci-dessus , ensuite pour prémunir l’enfant contre les convulsions, en remédiant aux maux réels dont cette fonction le tourmente. Nous reviendrons sur tout cela, en parlant plus loin du traitement.
Symptômes. — « Les convulsions des enfants sont caractérisées par les symptômes suivants : Les yeux sont réciproquement déviés ; l’un est tiraillé brusquement dans un sens, l’autre dans un autre; ou bien l’axe visuel de l’un d’eux est changé, de manière à produire en un instant quelqu'une des variétés du strabisme. Les paupières participent aux mouvements convulsifs des muscles intrinsèques de l’organe ; elles sont agitées de mouvements involontaires et rapides, partiels ou généraux, qui les changent de forme, les ouvrent ou les ferment en totalité ou en partie; tantôt elles semblent presser l’œil au fond de l’orbite, et tantôt au contraire cet organe saillant paraît vouloir sortir de sa cavité. Les muscles de la face entrent aussi en contorsion, et impriment aux différents points de cette région toutes les expressions dont leur direction et leur position les rendent capables ; ici, presque tous les muscles participent à la convulsion, ou plusieurs ensemble, ou chacun à leur tour, et donnent au visage les formes les plus bizarres ; là , le mouvement se limite obstinément dans une partie ou un des côtés de la face, et maintient plus ou moins longtemps la sorte de déformation à laquelle il préside. Les membres participent
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le plus souvent à la constriction spasmodique, et ils sont agités en totalité ou en partie d’une sorte de trismus ou régulier ou irrégulier, qu’il est impossible de confondre avec des mouvements coordonnés. Le tronc, surtout dans sa partie postérieure, se raidit et se renverse, la tête est portée en arrière, et, dans les cas heureusement les plus rares, les muscles respirateurs peuvent prendre part à ce désordre. Alors la respiration devient difficile ou même impossible; une sorte de cyanose générale a lieu, et si l’état convulsif ne cesse pas, l’enfant peut brusquement mourir par asphyxie.
Marche et terminaisons. — 11 ne faut pas croire d’ailleurs que les symptômes marchent toujours pour leur développement avec la régularité que je viens de leur prêter dans cette description. Leur évolution la plus ordinaire est bien celle que je viens d’indiquer; mais il y a une foule de variétés et pour les parties successivement envahies, et pour les parties exemptées, et pour la violence avec laquelle le mal se fait voir. Ainsi, il n’est pas rare d’observer d’abord des convulsions dans les jambes, dans les bras, dans les mains; de rencontrer des convulsions, qui se bornent presque absolument à certaines parties ainsi attaquées; quelques convulsions partielles ou générales remuent à peine les parties qu’elles tiennent; d’autres au contraire les secouent ou les maintiennent avec violence. Les unes sont passagères, fugaces, les autres persistent pendant des heures, des jours, des semaines, et même finissent quelquefois par laisser des strabismes ou des contorsions permanentes de la face, même longtemps encore après qu’elles ont disparu.
Les accès de convulsions débutent en général brusquement, se maintiennent pendant quelques heures avec des alternatives de repos ou de déplacement des mouvements convulsifs, puis cessent comme ils avaient
commencé. Ils débutent par quelques parties très-limitées, et successivement envahissent tout ce qu’ils doivent atteindre; puis à un certain moment se suspendent pour un temps plus ou moins long. Ils sont excessivement sujets à des récidives, et il est vrai de dire que ces récidives, si on n’y porte pas remède, sont souvent beaucoup plus graves que l’accès du début. Quelquefois les accès sont séparés par plusieurs jours d’intervalle, jusqu’à ce que se fasse ressentir la cause qui y a donné lieu ; plus ordinairement, ils se répètent à des intervalles beaucoup moins éloignés , surtout quand l’art n’a pas pu réagir activement contre la cause essentielle à laquelle les convulsions sont dues.
Dans les cas les plus graves , les convulsions se répètent avec intensité d’heure en heure, de quart d’heure en quart d'heure, de minute en minute; en même temps elles étendent leur empire, envahissent progressivement toutes les parties, et, si elles ne sont pas arrêtées, se terminent par une sorte de rigidité générale, suivie bientôt de mort.
Dans les cas les plus heureux , au contraire, les spasmes diminuent progressivement d étendue, de violence et de continuité; puis peu à peu ne se montrent plus qu’à de rares intervalles, et enfin disparaissent tout à fait. Alors les accès reviennent seulement après plusieurs jours , plusieurs semaines d’interruption , ou même ne se remontrent plus du tout.
Nous avons déjà indiqué deux des terminaisons possibles des convulsions chez les enfants, la guérison et la mort. La guérison est heureusement la plus ordinaire de beaucoup , surtout quand les convulsions sont purement nerveuses; la mort néanmoins est, même dans ces cas, possible, et arrive quelquefois par suite de l’asphyxie que déterminent les convulsions des muscles inspirateurs du diaphragme, des intercostaux et même
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de la glotte. Mais, entre ces deux terminaisons extrêmes, il y en a d’autres encore qu’on pourrait regarder comme intermédiaires; je veux parler des cas dans lesquels la maladie principale guérit en laissant des traces notables. Ainsi bon nombre de strabismes ne reconnaissent pas d’autre cause ; bien des tics de la face ont dû leur origine à des convulsions dans l’enfance; quelques personnes en gardent pour toute la vie des mouvements involontaires dans les muscles de certaines parties affectées de convulsions violentes pendant l’enfance. Beaucoup de bègues sont dans le même cas.
Quant aux infirmités plus grandes qui restent après des convulsions, paralysies, atrophies de certains membres, épilepsies, idioties, etc., elles résultent moins de la convulsion en elle-même que de l’altération matérielle qui a donné lieu à ce symptôme. Il ne s’agit pas alors le plus souvent d’une maladie nerveuse, mais d’une lésion matérielle de l’encéphale ou de ses dépendances par des épanchements aqueux ou sanguins, par des productions accidentelles de diverse nature.
Diagnostic différentiel. "11 importe infiniment par conséquent, à cause de ces terminaisons possibles, à cause des difficultés du pronostic, et surtout à cause de la différence des indications thérapeutiques, une fois que les symptômes généraux des convulsions de l’enfance ont été énumérés, de remonter, s’il est possible sur le vivant, à un diagnostic précis de l’espèce à laquelle le mal présent doit se rapporter. En d’autres termes, le problème posé est celui-ci : Des convulsions survenant, est-il possible de déterminer si l’on a affaire à une affection nerveuse ou à une maladie d’une espèce toute différente? Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance dont peut être, dans la pratique, la solution de cette question.
On reconnaîtra qu’on a affaire à une maladie nerveuse ,
quand les convulsions surviendront au milieu d’une santé en apparence parfaite; quand on aura sous la main une cause réelle de trouble nerveux, qui explique l’apparition de ces convulsions; quand, l’accès passé ou même pendant les intervalles de tranquillité que comportent les convulsions, l’enfant se montrera aussi gai et aussi bien portant que si rien de nouveau n’était survenu; quand , malgré ces désordres, l enfant ne paraîtra pas dépérir ; quand les brusqueries de la maladie prouveront en elle une grande affinité avec les autres affections de la même classe ; quand enfin l’étude de l’historique du fait, des antécédents, de l’hérédité, donneront un droit légitime de conclure à Y essentialité du mal en observation. Au contraire, un état maladif habituel, de la souffrance, des cris fréquemment renouvelés , l’abattement et l’expression triste de la physionomie, une intelligence extrêmement précoce, ou, au contraire, de la stupeur poussée même quelquefois jusqu’à l’idiotie, des altérations concomitantes nettement reconnues dans d’autres organes, un vice héréditaire connu, une enfance extraordinairement difficile, permettent de conjecturer qu’il y a des altérations ma térielles , corps étrangers de diverse nature, kystes , tubercules dans le cerveau ou dans les membranes qui l’enveloppent, ou bien ces parties ont été le siège d’une phlegmasie, qui y a laissé des produits solides ou liquides , capables de comprimer et de gêner le développement régulier de la masse encéphalique. Là où tous ces signes, dans un sens ou dans l’autre, seront réunis, le diagnostic ne pourra jamais guère rester douteux. Quand les caractères seront moins tranchés dans un sens ou dans l’autre, la sagacité du praticien et les lumières que le cours du temps ne manquera pas d’apporter ne tarderont pas à présenter un concours de signes suffisant pour dévoiler la nature du mal, pour établir con-
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venablement le pronostic et pour indiquer à temps une thérapeutique raisonnable.
A peine ai-je besoin de faire remarquer que les convulsions des enfants ne peuvent pas être confondues avec d’autres maladies nerveuses, dans lesquelles les convulsions se montrent aussi, avec un cortège de symptômes qui suffit pour le diagnostic; telles sont Y éclampsie, Y épilepsie, la chorée . Dans Y éclampsie et dans Y épilepsie, la brusque et complète invasion du mal, la forme des convulsions d’un côté du corps principalement, la perte complète de connaissance et de sensibilité, le coma qui suit l’accès, ne peuvent guère laisser d’hésitation. Dans la chorée, les convulsions irrégulières, désordonnées, les gesticulations ou les grimaces inexpliquées , et en même temps la conservation des facultés cérébrales, c’en est plus qu’il ne faut pour que le diagnostic ne reste pas douteux. Je ne crois pas qu’il soit possible de confondre les convulsions nerveuses avec aucune maladie autre que celles dont nous venons de rappeler et de comparer les symptômes. Si, d’ailleurs, dans un premier accès raconté par des assistants non médecins, quelques doutes restaient possibles, une récidive ne tarderait pas à fournir plus complètement des règles d’un diagnostic à l’avance prévu; et l’observation personnelle une fois éveillée ne tarderait pas à fournir de meilleures matières à jugement. Dans tous les cas de doute, et tout en faisant ses réserves pour le pronostic, le praticien devra s’attacher à pourvoir au plus pressé, d’après les règles que nous allons indiquer.
Pronostic. — • Sous le rapport du pronostic , les convulsions dans la petite enfance sont toujours une chose grave. Ajoutons néanmoins que celles dont la nature nerveuse est bien démontrée sont les moins graves de toutes. Les autres, qui dépendent ou d’une altération
matérielle incurable , ou d’une lésion par laquelle le développement normal des organes est empêché absolument, ou notablement gêné, comportent toujours un double danger. D’une part, elles menacent l’avenir d’une mort prochaine et inévitable, ou d’une infirmité déplorable ; et, d’autre part, elles laissent subsister pour le présent tout le danger inhérent à des convulsions, dont on ne peut pas diriger ou limiter le cours à volonté. Les convulsions nerveuses ne font courir que ce dernier péril. Certainement, ce danger suffit pour justifier ce que nous avons dit d’abord de grave en parlant du pronostic , surtout quand nous sommes forcé d ajouter que, des convulsions une fois apparues , on ne peut pas être sûr qu’elles ne se remontreront pas ; on est en droit de craindre, au contraire, qu’elles ne se renouvellent dans des occasions pareilles. Néanmoins, dans les convulsions nerveuses, il est bien prouvé que le plus grand nombre des enfants survit, même quand les attaques ont été plusieurs fois répétées.
Ces règles générales de pronostic une fois posées, et bien comprises, nous n’avons plus qu’à ajouter quelques remarques applicables aux cas particuliers.
Ainsi, plus les convulsions se répètent avec violence, et plus on en doit craindre l’issue immédiatement funeste; si elles sont générales et continues, il faut tâcher d’empêcher qu’elles durent, parce qu’elles menacent plutôt de mort par asphyxie. Plus elles sont partielles, plus elles résultent d’une cause extérieure à l’enfant, et plus elles laissent d’espoir qu’elles se suspendront bientôt, qu’elles se borneront aux parties qu’elles occupent, qu’elles récidiveront moins souvent et seulement dans des occasions analogues à celle qui vient d’y donner lieu. Dans les convulsions nerveuses, ondoilmoins craindre qu’elles nelaissentàleursuitedes infirmités incurables; cependant les exemples ne man-
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quent pas de malades ainsi paralysés, ou convulsés, ou tremblants, ou choréiques, dans quelques parties frappées de convulsions purement nerveuses. L’intensité et la ténacité du mal donneront seules la mesure de la gravité qu’on devra donner au pronostic. Un médecin sage aura toujours soin de s’y montrer très-réservé, même quand il se sentira parfaitement éclairé sur la nature du maL
Anatomie pathologique. * — De tout ce que j’ai dit jusqu’à présent, il est facile de conclure que je regarde l’anatomie pathologique comme parfaitement nulle, en ce qui regarde les convulsions nerveuses des petits enfants. Elle ne prend d’importance que quand les convulsions ont été symptomatiques d’une altération matérielle de l’encéphale ou de ses dépendances; c’est-àdire, quand elles sont toute autre chose qu’une maladie nerveuse.
Traitement. — Les règles les plus sages et les plus utiles à ce sujet se tirent nécessairement des remarques que nous avons faites sur les conditions dans lesquelles les convulsions se développent. C’est donc par elles que nous devons commencer.
Si la pléthore sanguine a produit le mal, c’est à combattre cette pléthore qu’il faut d’abord s’attacher. Il y a pour cela plusieurs moyens. On peut faire à l’instant une saignée générale d’une palette à peu près , et au besoin on pourrait réitérer cette évacuation sanguine, quand l’effet en a été bon et que l’indication s’en représente de nouveau. Ce moyen convient là où la pléthore est générale, le sujet très-sanguin et robuste pour son âge. Quand les conditions sont différentes, que la pléthore est presque exclusivement cérébrale, l’enfant d’une force moyenne, à tête grosse, à face colorée, à lèvres rouges, il vaut mieux que la déplétion sanguine soit locale. L’application de deux sangsues
derrière chaque oreille, au besoin la répétition de cette mesure, remplissent très-bien l’indication. 11 faut seulement, dans ce cas, prendre garde que chez certains enfants les hémorrhagies de piqûres de sangsues sont difficiles à arrêter. On prescrira toujours à l’avance les précautions convenables, pour ne pas dépasser la mesure de déplétion que l’on veut obtenir.
Dans l’un comme dans l’autre des deux cas précités , on adjoindra utilement à l’évacuation sanguine les moyens de déplétion cérébrale qu’indique la physiologie pathologique. On tiendra le petit malade à un régime sévère , c’est-à-dire, à une diète presque absolue. Je ne pense pas qu’une diète absolue leur convienne, à cause de l’activité incessante de leurs organes digestifs ; il faut, pour satisfaire à la fois aux besoins de l’âge et à ceux de la maladie, prescrire très-peu de matière alimentaire, appropriée, étendue dans une grande quantité de liquide; ainsi soit de l’eau de gomme peu sucrée, du bouillon de poulet très-étendu, du lait coupé de deux tiers ou trois quarts d’eau un peu édulcorée. On enveloppera les extrémités inférieures de cataplasmes simples , ou tout au plus très-légèrement saupoudrés de farine de moutarde; on fera prendre des lavements rendus un peu laxatifs avec du miel, de la manne, de l’huile, de la mercuriale. Puis , après l’accès, on prescrira sévèrement un régime diététique et hygiénique propre à prévenir, autant que possible, le retour de la pléthore, cause des convulsions.
Si l’on a affaire à un enfant éminemment nerveux , il faudra s’attacher de longue main à combattre cette disposition ; le meilleur moyen que j’y connaisse est l’usage des bains tièdes ou un peu frais : répétés, suivant l’état des forces et de la surexcitation nerveuse, tous les jours, tous les deux jours , ou deux fois par semaine , ils contribuent efficacement à ramener le calme dans ces jeunes
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organisations. Ces bains seront d’ailleurs au besoin, et suivant l’état du sujet, rendus relâchants par la température, par une addition de fécule, de son , d’herbes émollientes ; ou , au contraire, fortifiants, par du savon, de l’alcool, de la gélatine, ou, tout simplement, quand la chose sera possible , par une température un peu plus froide. Ce que je conseille là, comme moyen général, n’empêche pas d’ailleurs, dans le moment des convulsions, de lutter, par une petite évacuation sanguine locale , contre la pléthore locale dont le cerveau ne manque pas d’être le siège, et d’appeler au même but les divers moyens révulsifs dont nous avons parlé plus haut. 11 y faut seulement mettre beaucoup de réserve. Il en est de même pour les narcotiques , et particulièrement pour l’opium sous forme de sirop de pavot blanc, diacode, etc. A moins d’une indication bien formelle , d’agitation extrême, de souffrance, d’insomnie, il vaut mieux s’en abstenir , surtout quand le cerveau laisse craindre quelque appel congestif.
Les règles que nous venons de développer, en ce qui regarde la pléthore sanguine ou l’excitation nerveuse , s’appliquent complètement aux enfants à qui la colère donne des convulsions. Elles satisfont ensemble aux indications doubles que présente cet état. Mais outre ces moyens, auxquels on est forcé d’avoir immédiate- * ment recours quand les convulsions existent, il faut surtout s’attacher à ceux qui peuvent remédier moralement et physiquement à cette disposition de l'enfant. Moralement, une direction sage et bien réglée, dans laquelle il n’y aura ni rudesse ni condescendance déraisonnables, un entourage calme et froid qui ne témoigne ni trop de sympathies pour les petites colères , ni une opposition emportée contre les volontés trop fortement exprimées ; une attention incessante, mais qui ne se montre pas trop empressée. Physiquement, une sa- T. II. 31
tisfaction suffisante des besoins, une conservation méthodique de la propreté, une alimentation régulière, une application modérée de la chaleur, un exercice suivant les forces et avec les précautions nécessaires pour qu’il n’y ait pas d’accidents, de coups, de chutes. Moralement et physiquement, un témoignage incessant, calme et net de volonté, d’autorité, et de force, voilà ce qu’il y a de mieux, pour réprimer de bonne heure la disposition des petits enfants à la colère, et par conséquent pour prévenir les convulsions qui pourraient arriver par ce défaut. Les règles du traitement sont tout à fait les mêmes que celles que nous avons indiquées plus haut, en tenant compte, bien entendu, du plus ou moins de pléthore sanguine ou de l’excitation nerveuse que comporte la constitution.
Contre les convulsions qu’on peut appeler héréditaires , je ne vois pas d’autres règles à fournir que celles qui appartiennent en général à la constitution. Dans l’accès, ce sera là qu’on trouvera la mesure des moyens à employer; avant l’accès et comme prophylactique, ce sera là encore qu’il faudra puiser. 11 s’agit, en tous cas, d’approprier à l’enfant, au cas présent, les règles les plus sages de la thérapeutique et de l’hygiène. C’est à la sagacité du médecin de pourvoir à tout cela, suivant les constitutions, les temps, les lieux, la condition sociale, les occasions, etc.
Les règles de prophylactique sont plus fixes en ce qui regarde la nourriture des enfants et particulièrement la lactation. Que ce soit le lait de la mère, ou le lait d’une nourrice, on voit à chaque instant des enfants pris de convulsions, parce qu’ils tettent une femme qui s’est livrée à la colère. Je viens d’avoir sous les yeux un jeune enfant, d’ailleurs d’une très-belle santé, dont la nourrice était fort emportée. Chaque fois qu elle se laissait aller à sa colère, l’enfant était pris de convul-
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sions. Il n’en a été délivré que quand on a suivi le conseil que je donnais de changer la nourrice. J’en dirai autant des nourrices tourmentées par des affections nerveuses, hystérie, névralgie, épilepsie ; de celles qui font des excès de boissons, qui prennent des aliments ou trop épicés ou trop acides, ou en trop grande quantité, qui se livrent vivement aux plaisirs de l’amour. J’ai vu de tous ces exemples, et je dois à la vérité de dire, au point de vue qui nous occupe, que je ne connais rien de plus fâcheux qu’une nourrice entachée de l’un de ces défauts. L’allaitement artificiel, avec un biberon bien entendu, peut avoir d’autres inconvénients sous le rapport d’une bonne digestion; mais, en ce qui regarde les convulsions, il présente incontestablement moins de dangers, et me semble à ce point de vue préférable dans tous les cas où des convulsions sont à craindre. Il s’agit seulement de bien diriger et la température, et le choix, et le moment d’administration de l’aliment qui doit être donné, suivant la force, l’appétit, le développement et l’âge du sujet, afin que la sécurité contre les convulsions ne soit pas gagnée aux dépens de la bonne digestion.
Enfin, la circonstance sur laquelle nous avons insisté en dernier lieu, relativement aux convulsions des enfants, c’est la dentition . Thérapeutiquement parlant, nous devons nous contenter de faire remarquer ici que les enfants ont besoin , pendant cette période, d’un usage bien ordonné de tous les moyens propres à leur calmer le système nerveux, à prévenir la pléthore cérébrale, et enfin à combattre ces deux systèmes morbides, quand, établis, ils ont fini par produire le mauvais effet dont nous nous occupons. Au moment des convulsions, quelques applications de sangsues derrière les oreilles, l’usage intérieur de quelques décigrammes de calomel lavé, quelques révulsions par des vésicatoires sur les
extrémités inférieures, par des cataplasmes légèrement sinapisés; des bains tièdes prolongés pendant une, deux, trois heures; tels sont les moyens les plus usités et les plus sages. Quand les douleurs paraissent vives, un peu de décoction de tête de pavot, un peu de sirop d’opium, ou quelques gouttes de laudanum étendues dans plusieurs petits lavements administrés jusqu’à tendance au sommeil; abstinence de tout aliment, boisson d’eau peu sucrée à laquelle on aura ajouté quelques gouttes d’eau de fleur d’oranger , tels sont les moyens les plus simples et les meilleurs pour soulager pendant l’accès. On voit qu’ils ne diffèrent pas de ceux que nous avons indiqués en général au commencement de ce chapitre. C’est qu’en effet, au point de vue général, les enfants tourmentés par la dentition diffèrent peu de ceux que cette fonction ne rend pas malades.
Mais il y a aussi quelque chose à dire au point de vue particulier. Si l’on s’en rapportait aux discours des commères et de quelques médecins qui ne valent guère plus, il suffirait, pour obtenir une guérison immédiate, de fendre la gencive, et de donner ainsi jour à la dent qui ne peut pas sortir et cause tout le mal. Il y a dans cette prétention du vrai et du faux, qu’il est sage de juger et d’appliquer. Les enfants en qui se fait la dentition, sont jetés par cela même dans un trouble nerveux général non douteux; en outre, ils sont, par cela même aussi, sujets à une sorte de congestion sanguine vers la tête. L’incision de la gencive ne peut pas remédier à ces deux choses; voilà le faux. Mais ce qui est vrai aussi, c’est que, dans certain nombre de cas, quand les dents sortent des alvéoles, les gencives sont rouges, gonflées, douloureuses; c’est que cette douleur peut aller jusqu’à provoquer des convulsions; c’est que faire cesser cette douleur, c’est rendre à l’enfant lecalme qui lui manquait, et lui donner immédiatement le meilleur des soulage-
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ments dont il avait besoin. De là on peut tirer facilement sa règle de conduite. Si la dentition n’est pas encore avancée à ce point, votre opération n’est qu’une douleur de plus ; elle n’écartera pas les parois de l’alvéole, elle ne fera pas sortir la dent en germe ; tout au plus diminuera-t-elle un peu la douleur locale par la petite évacuation sanguine locale qu’elle déterminera. Au contraire, l’incision sera éminemment utile, quand la dent, arrivée hors de l’alvéole, poussera, pressera, déchirera par distension la gencive ; quand cette gencive, enflammée, tendue, douloureuse, ferait sans vous un obstacle trop long et trop résistant à l’issue naturelle du corps en évolution.
Ce terme excepté, les convulsions de la dentition doivent rentrer dans le droit commun, et les règles générales leur deviennent seules applicables.
Convulsions des adultes. — >Les convulsions sont beaucoup moins communes et beaucoup moins graves chez les adultes. En mettant de côté toutes celles qui dépendent de maladies spéciales, comme l’épilepsie, l’hystérie, la chorée, le tétanos, etc., on n’en trouve presque plus pour l'âge mûr, et surtout on n’en rencontre presque plus de graves. Presque toujours celles qu’on observe tiennent par quelque chose aux maladies que nous venons de rappeler en commençant, et il est peu de cas dans lesquels la distinction qu’on en fait ne laisse quelque doute. Néanmoins je crois juste et sage de reconnaître que la confusion des convulsions de toutes ces espèces, avec les convulsions simples des adultes, ne doit pas toujours se maintenir; et sous beaucoup de rapports il est souvent utile de les distinguer. Nous allons tâcher d’en donner des moyens suffisants.
Diagnostic. — Un sujet adulte est relativement dans un bon état de santé, et il se trouve tout à coup pris de véritables convulsions, de la face, du tronc, des mem-
bres ou des yeux. Ces parties sont livrées malgré la volonté, en dehors de toute participation de la conscience, à des mouvements désordonnés; ces mouvements n’ont ni les développements réguliers, ni la marche, ni la forme de tous ceux que nous avons décrits jusqu’à présent, dans les maladies convulsives dont nous avons parlé ; ils n’offrent pas non plus le désordre spécial et continu de la chorée dont nous traiterons tout à l’heure ;
ils se montrent avec une violence inégale, avec une série singulière d’exacerbations, de modifications , de complications, sans prendre les caractères spéciaux que nous venons de rappeler. Ce sont là des convulsions, même chez les adultes.
Il ne faut plus qu une chose pour qu’elles rentrent pleinement dans le cadre des maladies dont nous avons à nous occuper ici, c’est qu’elles ne résultent pas de quelque lésion matérielle connue des centres nerveux. Or, cela se reconnaît à deux sortes de caractères, les uns positifs, c’est-à-dire, tout l’ensemble des signes qui font reconnaître dans sa marche, dans ses bizarreries, dans ses manifestations, dans sa cause, une affection nerveuse; et les autres négatifs, c’est-à-dire, tenant à l’absence de tout signe pathognomonique d’une des maladies, dans lesquelles les convulsions ont une valeur diagnostique. Les premières forcent à regarder l’affection comme nerveuse toutsimplement; l’examen et la recherche négative des autres confirment dans l’opinion que les premiers avaient suggérée. Aux premiers, se rattache tout ce qui regarde la marche, la forme, les interruptions, les suspensions, les reprises désordonnées des convulsions, la conservation du moins partielle, et, quelque passagère qu’elle soit, toujours appréciable de toutes les fonctions motrices et cérébrales; aux seconds, l’élimination nette de tout signe caractéristique de lésions des centres nerveux ou de leurs enveloppes,
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l'absence de poison capable de déterminer de semblables effets.
Anatomie pathologique. • — - Avec une attention suffisante pour bien recueillir et comparer tous ces signes, il nous paraît difficile de s’y tromper pendant la vie; les indices cadavériques , quand il est malheureusement possible de les recueillir , laissent moins de lumières dans l’esprit de l’observateur. Incontestablement dans certains cas grossiers, pour ainsi dire, le doute, l’hésitation sont impossibles. Dans une méningite, dans une apoplexie séreuse, dans une cérébrite bien dessinées , les convulsions sont expliquées par le désordre organique, et le trouble nerveux a dépendu du trouble matériel. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Quand il y a eu des convulsions de forme nerveuse , et que sur le cadavre on rencontre seulement un peu d’opacité des séreuses encéphalo-spinales , un peu trop d’humidité sur ces membranes, un peu trop de liquides dans les cavités cérébro-spinales, excès de fluide céphalorachidien, un peu d’injection vasculaire rouge des vaisseaux ou de la substance grise de l’axe cérébrospinal, faut-il regarder ces désordres matériels comme la trace de la cause qui agissait pendant la vie? faut-il y voir le point de départ des symptômes? Doit-on au contraire regarder ces troubles matériels comme la conséquence naturelle obligée , comme le produit de la gêne diverse des fonctions cérébro-spinale, respiratoire , circulatoire, causée par l’état de convulsion? Les lésions sont-elles alors tout simplement le produit de la convulsion et des troubles nerveux qui en sont résultés ? C’est l’éternelle question de la poule avant l’œuf, ou de l’œuf avant la poule.
Dans ce doute , inhérent au principe de toutes choses que nous ne connaissons pas, nous ne pouvons, en bonne logique, que nous attacher aux faits, et en tirer
nos inductions de la manière la plus raisonnable. Quand une maladie a existé, capable de produire des désordres nerveux graves, qu’elle a suivi son cours régulièrement connu, et qu’à la suite, les convulsions sont venues, nous nous trouvons suffisamment autorisés à regarder ce symptôme comme une conséquence du trouble matériel subi par les centres nerveux, et existant encore dans le cadavre. Quand, au contraire , les convulsions auront été primitives, qu’elles auront eu des exacerbations et des calmes bien dessinés, et sans une sorte de suite matérielle , quand elles n’auront pas été compliquées de symptômes propres à quelque maladie encéphalo-spinale ou méningée, ou à quelque empoisonnement, quand les désordres ne seront d’ailleurs que ceux que comporte une simple exagération de la fonction normale du cerceau et de ses membranes, il me paraît raisonnable de considérer le trouble matériel comme un produit du désordre fonctionnel. Je ne me reprocherais jamais , en cas pareil, d’avoir gouverné le traitement d'après cette opinion.
Quelques désordres, comme un peu plus d’abondance des fluides sécrétés en dedans ou en dehors des méninges, un peu de rougeur dans ces parties, un peu plus d’opacité, un peu de sérosité concrétée ou du moins disposée à se prendre en gelée, un peu de rougeur de la substance cérébrale superficielle ne me paraissent pas une raison pour ne pas regarder comme nerveuses les convulsions des adultes en qui ces désordres se rencontreraient , avec cette condition qu’une grosse maladie matérielle ne m’obligerait pas à me rendre compte autrement de ce qui serait arrivé.
Ces points établis, je me crois en droit d’exposer la maladie comme je la comprends.
Causes. — Parmi les causes les plus communes des convulsions chez les adultes, nous devons mentionner
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d’abord les affections morales . Pour peu qu’un sujet soit nerveux, irritable, impressionnable, il suffit qu’une cause morale se fasse brusquement sentir pour que les convulsions se montrent. Chagrin, joie, surprise bonne ou mauvaise, peur, colère, toute émotion brusque, suffit pour déterminer l’apparition du mal, dont nous nous occupons. Tout ébranlement inattendu du système nerveux peut produire les mêmes effets. C’est ainsi presque toujours que dans ces conditions les convulsions éclatent. Mais, au point de vue de l’étiologie, nous pouvons encore prendre la chose de plus loin, et examiner les causes morales non plus seulement comme causes déterminantes, ce qui leur est fort ordinaire, mais aussi comme causes prédisposantes.
Les affections morales vives et prolongées jettent peu à peu le sujet dans un état nerveux plus ou moins prononcé, et alors il suffit d’une surprise proportionnée à la prédisposition pour décider l’invasion delà maladie. L’histoire des rapports du moral et du physique de l’homme est pleine de faits et d’observations de ce genre; je n’en rapporterai pas de cas particulier; il n’est pas de médecin qui n’en connaisse, et n’en puisse citer des exemples. M’y étendre davantage, ce serait tomber dans des redites sur tout ce que nous avons exposé à propos de l’état nerveux , et de toutes les affections douloureuses ou convulsives qui y touchent, au moins par la communauté de causes.
Pour les causes physiques , ce serait encore la même chose. Là se trouvent, comme causes prédisposantes, toutes les actions matérielles qui rendent nerveux; comme causes déterminantes, toutes celles qui tourmentent le système nerveux dans un état donné. Ici des excitants extérieurs ayant agi trop longtemps; là des excitations intérieures, des corps étrangers de diverses natures introduits dans les organes nerveux au
moyen de la circulation, de véritables intoxications aiguës ou chroniques, telles sont les causes physiques des convulsions chez les adultes. De l’un ou de Fautre ordre, elles résultent toujours, comme on le voit, d’une vive émotion du système nerveux, proportionnée à la sensibilité propre du sujet, et en même temps d’une certaine prédisposition à la longue préparée pour une affection nerveuse quelconque. Les convulsions ne se décident en général que quand l’attaque du système nerveux est arrivée à briser l’équilibre possible chez le sujet.
Marche. - — - Une fois que la cause a produit son effet, les convulsions se déclarent. Elles prennent brusquement leur plus grande intensité, soit qu elles s’emparent de toute la personne, soit qu’elles se limitent à quelques membres. Tantôt elles tiennent le corps ou les membres dans une position fixe et rigide, et tantôt elles les agitent dans tous les sens avec la plus grande rapidité. Ici, elles simulent un instant le tétanos ou l’épilepsie; là, elles prennent tout à fait une forme hystérique. Tantôt, elles restent les mêmes sur le sujet pendant toute l’attaque convulsive, et tantôt elles changent plusieurs fois et de forme et de siège. L’accès dure quelquefois à peine quelques minutes ; d’autres fois, il se prolonge pendant des heures, des journées, avec des intervalles de repos et d’agitation, d’une intensité et d’une durée très-variées; puis les convulsions diminuent d’intensité, s’éloignent et finissent par disparaître , en laissant dans tout le corps un sentiment de brisement et de fatigue insolites.
Pronostic. — Cette affection n’est jamais grave. On n’en meurt pas; il faut seulement que le médecin prenne la précaution de prévenir le retour possible du même mal pour des causes analogues, et en raison des affinités qu’il peut avoir avec les autres maladies nerveuses.
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Traitement. - — Ce que nous avons dit en parlant des causes comporte en soi les principales indications thérapeutiques. 11 importe d’aller au-devant de la prédisposition, en employant tous les moyens dont nous avons donné le détail, quand nous avons parlé de l’état nerveux. Je n’ai rien à y ajouter ici.
Quant à la thérapeutique de l’accès proprement dit, elle se borne à faire agir sur le système nerveux tous les moyens calmants possibles. Etouffer la douleur, quand il y en a; engourdir la sensibilité par de trèslégers calmants, et par les moyens dits antispasmodiques; éviter tous les excitants des sens, voilà ce qu’il y a de plus urgent à faire. En même temps, on empêche le malade de se faire mal en tombant ou en gesticulant; on veille à ce qu’il ne se décide pas une trop vive congestion vers le cerveau.
Quand l’accès est passé, on insiste sur le repos, sur un usage bien gradué des antispasmodiques, des calmants et des fortifiants, et on tâche de remplir au mieux les indications générales qui résultent des causes connues, de l’état général du sujet, des complications que la nouvelle affection intervenue pourrait avoir amenées dans les fonctions.