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CHAPITRE III

DES CRAMPES

Sous le rapport de la gravité de l’affection, lescram* pes ne peuvent nullement être comparées aux deux maladies que nous venons d’étudier; mais elles ne laissent pas que d’être quelquefois assez sérieuses, au moins par les incommodités, par les sensations pénibles qu’elles occasionnent.

Définition. — La crampe est une contraction spasmodique et douloureuse d’un muscle, d’un système musculaire ou de quelques fibres seulement de l’un de ces organes, saisissant brusquement le malade, puis se relâchant au bout d’un temps plus ou moins long, en général de quelques minutes, d’un quart d’heure, d’une demi-heure au plus. La crampe se distingue de certaines contractures spasmodiques douloureuses, telles que

le torticolis et le lumbago, parce que celles-ci sont douloureuses presque uniquement quand on veut remuer la partie au moyen des muscles affectés, tandis que les crampes, même quand on garde le repos le plus complet possible, restent douloureuses et souvent s’exaspèrent. Il n’est pas d’autre affection avec laquelle on puisse les confondre. Les ruptures de fibres musculaires, d'aponévroses d’enveloppes, ou de tendons peuvent ressembler un peu aux crampes, dans les cas où ces ruptures sont produites par des crampes excessives. La réunion et la solidarité des deux affections peuvent jeter alors parfois quelque confusion dans le diagnostic. Mais toute ressemblance se perd entre les crampes et ces ruptures, toutes les fois que ces dernières proviennent de toute autre cause, une chute, un effort, etc. Le début et la marche en sont si différents, qu’on ne peut jamais prendre alors ces maladies les unes pour les autres.

Causes. — - Celles des crampes sont ordinairement très-manifestes.

Un exercice musculaire violent les occasionne de plusieurs manières. Tantôt un exercice de force aura été trop longtemps prolongé et répété par les mêmes muscles. Beaucoup de personnes, par exemple, ne peuvent pas marcher longtemps et d’une manière soutenue sans que des crampes s’ensuivent, quelquefois immédiatement, plus souvent dans le sommeil après l’exercice exagéré. Ceux qui n’ont pas l’habitude de danser et qui par hasard se livren t à cette série de sauts, dans lesquels on est obligé de s’élever souvent sur les pointes des pieds, sont presque toujours tourmentés, après, de crampes douloureuses dans les muscles soléaires et jumeaux, qui ont été forcément contractés pour maintenir la position que la danse exige, et pour enlever selon l’art le corps sur la pointe des orteils. Beaucoup de gens sont incapables de nager, sans que des crampes les saisissent

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dans les cuisses, dans les mollets, ou même dans les muscles qui meuvent les orteils. Chez quelques personnes, il suffit qu’un mouvement identique se renouvelle trop longtemps, sans même nécessiter de grands efforts, pour que les muscles qui y sont employés soient pris de crampes. C’est ainsi que cela arrive chez ceux qui tiennent longtemps dans la même position les plus petits objets : une plume, une aiguille, un crayon : telles sont les crampes des écrivains , des dessinateurs , des tailleurs. Tantôt au contraire ce sera un effort musculaire puissant et volontaire, qui se transformera, sans qu’on sache comment, en contraction spasmodique douloureuse involontaire de quelque portion ou de quelques-uns des muscles employés. On observe assez souvent des crampes ainsi produites chez des personnes qui font effort pour retirer leurs pieds de leurs chaussures, qui s’étendent avec force le matin en sortant du sommeil; dans quelques cas rares, à la fin d’un bâillement ou d’une pandiculation excessifs.

Dans l’état d’une santé parfaite, tout cela n’arrive guère ; mais les crampes viennent plus facilement, toutes les fois que le système nerveux a éprouvé quelque irritation insolite. Ainsi, certaines personnes, si elles ont pris, même aux repas, un peu plus de vin qu’à l’ordinaire, surtout si c’est du vin blanc, et particulièrement de ces vins blancs aigrelets et doux qui cachent sous des apparences innocentes et agréables, une action marquée sur le système nerveux, peuvent s’attendre à être tourmentées, pendant la nuit suivante, de crampes multipliées. Pour d’autres personnes, du thé, du café trop forts et inaccoutumés produiront le même effet.

Des sujets pléthoriques , en qui le cerveau reçoit le premier l’impression de ce malaise, ont des crampes aussitôt qu’il y a nécessité de les débarrasser d’un peu de sang en excès. Au contraire, les grandes pertes de

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sang, les anhémies brusques et l’état nerveux qui s’ensuit, amènent aussi des crampes fréquentes. C’est une des douleurs les plus insupportables *de ceux qui, par une cause quelconque, sont brusquement devenus exsangues.

Enfin, tout en mettant de côté les maladies matétérielles qui ont des crampes pour symptôme notoire, comme le choléra, certaines dyssenteries très-aiguës, etc., nous devons dire ici quelques mots des crampes appartenant à l’action des poisons sur le système nerveux.

Nous pouvons mettre en tête Y intoxication saturnine . Les crampes sont, comme on sait, un des plus douloureux symptômes de cet empoisonnement; elles persistent même encore quelquefois longtemps après que tous les autres signes en ont disparu. La plupart des autres empoisonnements métalliques aigus, les empoisonnements par les champignons ont aussi des crampes pour accompagnement obligé.

Personne n’ignore que les derniers mois de presque toutes les grossesses sont escortés par des crampes excessivement douloureuses ; qu’on en observe beaucoup pendant le travail de l’accouchement. On les explique très-bien, dans ces derniers cas, par la pression exercée sur les plexus sciatique et sacré , et* par conséquent on ne s’étonne pas dans la grossesse, quand elles arrivent beaucoup plus tôt, pendant que l’utérus est encore dans le petit bassin.

En dehors de ces circonstances, pour ainsi dire palpables, quelques crampes se rencontrent aussi, mais beaucoup plus rarement, sans qu’aucune explication physiologique en rende raison; c’est un de ces faits individuels pour lesquels le mot idiosyncrasie a été inventé. Contentons-nous de dire que le plus petit nombre des crampes survient sans cause à présent connue.

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Diagnostic. — La crampe est d’ailleurs une des maladies les plus faciles à diagnostiquer. Brusquement et sans signes précurseurs, ou bien à la suite d une sensation vague de contraction musculaire douloureuse qui échappe à la volonté, le phénomène devient plus distinct. Les fibres musculaires se contractent, le point affecté devient dur, gonflé, roidi dans un espace limité; la compression y est douloureuse, et les organes qui sont mus par la portion de muscles contractée subissent les changements de position que comportent leurs rapports avec les puissances musculairess mises en jeu. A l’endroit où l’on sent le gonflement partiel des muscles, le patient éprouve une douleur vive, déchirante, qui va quelquefois jusqu’à gêner la respiration, arracher des cris involontaires, et empêcher tout autre mouvement musculaire. Puis, en général, au bout de quelques minutes, on sent les fibres musculaires contractées se relâcher progressivement, jusqu’à ce que toutes aient repris leur souplesse et leurs fonctions normales; enfin, tout est rentré dans l’ordre. 11 faut ajouter cependant qu’après, il reste, pendant plusieurs heures^ dans la partie tourmentée par la crampe, une sensation pénible, comme si une contusion y avait été appliquée; et cela peut se prolonger même pendant plusieurs jours. Dans quelques cas rares, et quand la crampe a été excessivement vive, il se fait au point douloureux une véritable ecchymose, qui finit par se résorber à mesure que la sensibilité contusive se dissipe. Quelques crampes causent, en même temps que la douleur locale vive, une sensation d’engourdissement dans les tendons partant du muscle contracté. Celles-là conserveront une grande tendance à la récidive, pour peu qu’on remette les parties dans l’état où elles étaient pour l’invasion de la crampe.

Nous ne devons pas oublier de faire remarquer dans

la description de cette maladie , qu'elle se montre presque toujours dans des lieux d'élection, divers pour les différents sujets, mais à peu près constants chez la même personne. Si un membre est plus faible originairement ou par suite de quelque maladie cérébrale ou autre, c’est surtout dans ce membre que la crampe a lieu ; c’est là d’ailleurs que se fait sentir toute impression vive sur le système nerveux.

Pronostic. — Le pronostic des crampes considérées en elles-mêmes n’est pas grave; il ne faut pas le confondre avec celui que l’apparition des crampes doit faire porter dans certaines maladies. Il indique dans ces dernières une grave atteinte portée au système nerveux, tandis que dans la crampe nerveuse essentielle, si je puis ainsi dire, il se borne à la douleur présente; et dans quelques cas, indiqués parmi les causes, à la répétition possible de la même douleur, soit spasmodique, soit contusive. Le pronostic des crampes, si on les considérait comme signes d’affections d’une autre nature, serait beaucoup plus étendu et plus varié. Il se borne là en ce qui regarde la maladie nerveuse, dont nous nous occupons.

La crampe est une des petites douleurs qui se répètent le plus, et cela se conçoit : chez quelques sujets, parce que l’emploi de leurs muscles est continuellement nécessaire; chez d’autres, qui exercent moins leurs muscles, parce que l’inaction habituelle les rend d’autant plus accessibles à des contractions spasmodiques, toutes les fois qu’un effort est exigé ; enfin chez presque tous, parce que les causes que nous avons indiquées sont d’une application excessivement commune.

Les crampes dans la grossesse sont une des mille souffrances auxquelles la femme est exposée; elles ne la mettent d’ailleurs en aucun danser.

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Anatomie pathologique. — Elle serait ici parfaitement muette, s’il n’arrivait pas quelquefois eu des déchirures de fibres musculaires, ou des ecchymoses à la suite de ces contractions spasmodiques. L’un et l’autre de ces accidents consécutifs amènent le même résultat; un peu de gonflement et d’endolorissement local, et un peu de sang extravasé, qui suivra les conditions communes des épanchements sanguins, légers, ordinaires au milieu des parties. On comprend que je n’ai pas à m’occuper ici de l’anatomie pathologique de toutes les affections qui ont des crampes pour symptômes ; ce serait sortir de mon sujet.

Traitement, — - Le traitement des crampes peut être envisagé sous deux aspects : soulager dans le mal présent; aller au-devant du retour de la maladie.

Pour le premier objet , on se trouve assez souvent bien des frictions exercées, même un peu rudement, sur la partie malade; d’autres fois, au contraire, il faut la laisser sans y toucher; cela se juge par les sensations que le malade éprouve au moment du contact. Dans le plus grand nombre des cas, on est soulagé, soit par la compression de l’artère qui va se rendre dans le membre endolori, soit par une compression circulaire exercée sur la partie supérieure des muscles contracturés; une application immédiate d’eau froide sur le point souffrant, une immersion du membre pendant quelques minutes dans de l’eau tiède, un cataplasme quel- |l conque bien laudanisé sont encore des moyens invoqués quelquefois avec avantage. Quand la crampe n’est pas trop vive, un véritable effort musculaire volontairement extenseur suffit souvent pour vaincre la constriction spasmodique; il serait sans résultat utile et même excessivement douloureux, quand la crampe est violente et douloureuse au simple toucher.

Cependant il est parfois bon d’essayer ce moyen,

quand les crampes se prolongent trop et qu’on a sous la main un moyen de maintenir l’extension forcée, soit avec un appareil simple et temporairement appliqué, soit par la main d’un aide intelligent et vigoureux. L’épidémie de choléra que nous avons récemment traversée nous a donné de fréquentes occasions d’utiliser ce moyen de soulagement, et je dois dire que, pour mon compte, j’en ai souvent obtenu des résultats satisfaisants. La crampe, vaincue par cette extension forcée, fait presque toujours place à une sorte de sensation de bien-être, et laisse, à ce qu’il m’a paru, moins de disposition à la récidive dans les mêmes muscles.

La seconde partie du traitement , celle qui est plutôt prophylactique que curative , dérive , comme on le pense bien , beaucoup moins de l’affection réelle et présente que de l’étude de sa cause. Pour les crampes amenées par des vices iï alimentation , la médecine préventive la plus simple et la meilleure consiste à s’abstenir. Dans les cas d 'anhémie , il faut travailler activement à refaire l’économie le plus tôt et le mieux qu’on pourra, et, en attendant, soutenir son malade par des toniques aussi peu stimulants que possible, de bons bouillons, des potages, un peu de vin de Bordeaux choisi ou de vieux malaga; lui faire prendre quelque potion légèrement opiacée pour les nuits, étendre des onctions de même nature pendant le jour sur les membres à crampes. Si , au lieu d’une anhémie simple et lentement progressive, on a affaire à une perle énorme et brusque de sang , comme dans toutes les grandes hémorrhagies, il faudra quelquefois prévenir d’abord la mort du sujet. Les moyens à employer sont divers, suivant les causes de l’hémorrhagie, et il y faut satisfaire selon les cas ; mais en même temps l’apparition des crampes exige toutes les précautions possibles pour assurer la présence de la quantité de sang convenable

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au cerveau. Position horizontale et même déclive de la tête; compression de l’aorte et des grosses artères des membres; air frais et renouvelé; rien ne doit être négligé pour remplir d’abord cette indication capitale. Le reste du traitement sera ensuite déterminé par la nature du mal.

Dans les crampes saturnines , prescrire le traitement que nous avons indiqué à propos des paralysies de même nature, et en même temps insister d’une manière particulière sur l’emploi de l’opium. Dans la plupart des cas, et aussitôt que possible, faire un usage répété des bains soit simples, soit gélatineux, soit savonneux, soit même sulfureux, suivant l’occasion, et aussi suivant le degré de débilitation, ou, au contraire, de tonification que le malade aura besoin de rencontrer dans ce moyen.

Enfin, quand il s’agitd s pléthore sanguine, combattre, suivant les conditions du mal et les habitudes du malade, cette pléthore par quelque évacuation sanguine générale ou locale, par une alimentation insuffisante, ou par des dérivations bien entendues.

Dans tous les cas, le malade se trouvera bien de se surveiller soi-même , de déplacer le membre affecté chaque fois que la continuation de la même position y ramène les engourdissements et les sensations douloureuses, précurseurs de la crampe; d’éviter toute contraction musculaire volontaire capable de donner prise à la contraction spasmodique; de se garder des mouvements, des positions dans lesquels l’expérience a déjà montré que le mal débute. Ces simples attentions suffiront bien souvent pour éviter le retour de douleurs dont on n’est plus maître une fois qu elles sont arrivées à un certain développement.

Tou tes ces précautions doivent être conseillées, surtout aux sujets nerveux, quand ils sont dans un de leurs pa-

roxysmes communs, et surtout quand leur état général est accompagné d’engourdissement douloureux des extrémités.

On se trouve bien encore, dans ces conditions, et quand le cas est assez sérieux pour exiger de pareilles précautions, de maintenir, au moyen d’un bandage bien fait et modérément serré, les membres dans lesquels naissent les crampes. Une bande roulée de haut en bas, ou une enveloppe lacée bien appliquée sur tous les points du membre sujet aux crampes, prévient presque toujours le retour de la contraction musculaire douloureuse. J’ai observé souvent ce résultat chez des personnes affectées de varices aux jambes. Des crampes qui les tourmentaient beaucoup auparavant, ont cessé de revenir, à compter du moment où je leur ai fait porter pour leurs varices des bas de peau lacés. Cette expérience, plusieurs fois répétée, m’a conduit à conseiller, dans quelques occasions, un moyen analogue, et je n ai eu qu’à m’en applaudir. Pour que ce moyen réussisse, il importe seulement que Inapplication du bandage contentif soit bien régulière et bien générale. Autrement, on risquerait de faire plus de mal que de bien. Une constriction étroite et trop serrée provoque les crampes beaucoup plus sûrement qu’elle ne les prévient.

Quant à l’espèce particulière de crampe qui a paru mériter une distinction et un nom particuliers, celle que les Allemands, en particulier, ont désignée sous le nom de crampe des écrivains , on en a déjà reconnu deux variétés : l’une, siégeant au pouce et consistant en des mouvements convulsifs dont les muscles fléchisseurs paraissent être les agents ; l’autre, siégeant à l’index et constituée par une sorte de mouvement rétrograde déterminé par le contact de la plume. MM. Stromeyer, Dieffenbach et Langenbeck en ont vu des exemples re-

DES VOMISSEMENTS

belles à toutes les médications, et, dans deux ou trois cas , curables seulement par la ténotomie.

J’avoue que je ne l’ai jamais rencontrée chez des écrivains ; mais j’en ai reconnu et suivi de semblables sur des tailleurs, des couturières et d’autres personnes maniant habituellement de petits objets, qu’il faut longtemps tenir avec une certaine force dans la même position. J’en ai triomphé au moyen de la morphine, administrée par la méthode endermique et par un repos raisonnable des doigts sujets aux crampes. Je n’ai jamais eu recours à la ténotomie , dont je ne peux pas ici expliquer physiologiquement l’utilité probable dans ces conditions.

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