MALADIES SPASMODIQUES EN GÉNÉRAL
ment, les crampes, les palpitations, bien analysés dans leurs troubles fonctionnels, en tant que perversion nerveuse, sont dus à une exagération de la contractilité musculaire, qu'on pourrait en quelque sorte produire à volonté à Taide du courant électrique, si, d'une part, on en variait à l'infini la force, la rapidité, la régularité, et si, de l'autre, on faisait naître dans l'économie tout entière les modifications pathologiques, qui sont la condition sine qua non de ces désordres de la motilité.
Il n'est pas un muscle de l'économie qui soit à l'abri de la contractilité spasmodique : ceux de la vie organique comme ceux de la vie de relation en subissent les atteintes. Si elle a pour siège les nerfs de la vie organique, du poumon, de l'estomac, du cœur, elle produit Tasthme, le vomissement, les palpitations; si elle se localise dans les centres, les troncs, les ramuscules nerveux, ou dans les muscles de la vie de relation, elle provoque les attaques convulsives proprement dites.
Causes. — Les maladies spasmodiqucs sont dues à des causes infinies. Elles peuvent dépendre de l'hérédité, de l'idiosyncrasie, des climats, des saisons, de l'hygiène générale ou du milieu social ; des institutions politiques et religieuses, de l'éducation et de l'instruction ; puis de Thygiène individuelle ou particulière, c'est-àdire des habitudes, de l'alimentation, des professions, etc. L'être humain subissant toujours l'influence du milieu dans lequel il respire, agit et raisonne : Quodanimi mores corporis temperamenta sequantuVy a dit Galien. Un individu dans des conditions données deviendra presque infailliblement névropathique : ce sera une question de temps, suivant les prédispositions favorables ou contraires de son tempérament; et de l'état névropathique au spasme il n'y a qu'un pas.
Cette part faite aux influences générales, et dont il est facile de comprendre toute l'importance, les causes quant à l'individu peuvent être divisées en prédisposantes et occasionnelles. Les premières s'entendent de l'état général de l'économie, chlorose, intoxication, diathèse, qui pour beaucoup de maladies convulsives est la condition première de leur développement ; je dis pour beaucoup et non pour toutes, attendu qu'il suflit dans certains cas d'un violent ébranlement, d'une cause fortuite, pour produire le tétanos^ le hoquet, sans que le sujet y soit prédisposé.
Par causes occasionnelles j*cntcnJs, la prédisposition étant acquise, Taccident, le fait, qui donné a la maladie son expression, son caractère et sa dénomination. Une malade sera longtemps menacée d'hystérie, mais sa maladie ne prendra réellement ce nom que le jour où la convulsion se sera produite.
Les causes prédisposantes pourraient à la rigueur rester dans le domaine des névroses en général, si elles ne se reliaient intimement aux spasmes; si elles ne tenaient sous leur dépendance la cause occasionnelle, que révèle par ses paroxysmes, la roéladic en voie latente de développement. Enfin à la cause occasionnelle, se rattache encore Tétude delà fonction morbide qui met les muscles en convulsions.
La connaissance de ces causes générales et locales, prédisposantes et occasionnelles, a une telle importance que le praticien qui en négligerait Tétude, resterait livré au plus aveugle empirisme, et serait incapable d'établir le traitement rationnel de ces affections, considérées à bon droit comme les plus graves parmi les maladies nerveuses.
La cause du désordre de la motilité, a le plus souvent son point de départ dans l'état du sang: ce fluide, qui est en rapport direct avec les centres nerveux, qui leur porte les éléments indispensables à leur nutrition et a leur fonction, qui subit tant de modifications antiphysiologiques, réagit d'une façon directe et puissante, tant sur les nerfs moteurs et sensibles que sur la fibre musculaire elle-même. La lésion de fonction se traduit, il est vrai, à nos yeux, par un désordre delà musculation; on aurait tendance à localiser Yimpetum faciens dans les filets nerveux moteurs exclusivement et quelquefois dans les muscles isolément, mais en analysant Tcnscmble des fonctions motrices, on accorde bientôt aux filets nerveux sensibles leur juste part d'influence : car encore bien que l'excitation nerveuse soit réflexe, et que les parties des centres nerveux qui présiident à la sensibilité soient ici moins en prédominance d'action que dans la seconde classe ou les névralgies, il faut pourtant reconnaître, que la participation des centres nerveux sensibles est indispensable à la production des phénomènes spasmodiques. Le sang modifié dans ses qualités et sa quantité a donc une action directe sur la névrosité, et ses états les plus opposés, par cela seul
MALADIES SPaSMODIOUES EN GÉNÉRAL. )/$
qu*ils soiil en dehors des lois physiologiques, peuvent ùivQ une cause de surexcitation nerveuse et de désordre dans la contractinté musculaire. C'est ainsi que la pléthore, l'anémie, Taglobulie, rhydrocmie sont une prédisposition aux spasmes. Mais ce que je dis des changements produits en plus ou en moins dans les éléments du sang, est applicable aux altérations qu'il subit sous rinfluence de certaines intoxications, alcoolique, métallique, végétale et des maladies diathésiques virulentes. Aussi ferai-je une large part, dans Vétiologie et dans le traitement, à toutes ces causes passibles de spasme^ qui, à défaut de notions plus précises, nous tiendront lieu de ce qu'on appelle la nature de la maladie.
II va de soi que ces altérations du sang ont leur cause spéciale : je les passe sous silence, ne voulant exposer ici que des généralités propres à faciliter Tintelligence des maladies, dont je traiterai dans les chapitres qui vont suivre.
Cette prédisposition aux désordres de la contractilité musculaire ainsi préalablement établie, je vais rechercher quelles causes fortuites font naître dans la motilité pes paroxysmes extrêmes, qui bouleversent momentanément toutes les fonctions do l'organisme. Mais je crois indispensable, dans le but de rendre plus facile l'explication de ces phénomènes, de résumer dans la note ci-dessous, non pas toutes les lois connues qui règlent les fonctions du système nerveux, mais celles nouvellement découvertes, grâce aux travaux des Magcndie, Kôllikor, Cl. Uernard, Longet, Flourens, MarshaUHall , Wuller, Urown-Séquard , Legallois, Remark, Wagner, Gerlack, Hcrberl-Mayo, Eikart, Procbaska, et de tant d'autres dont je pourrais citer les noms : (le M. le docteur Combes, par exemple, dont les idées sur la circulation nerveuse sont dignes de fixer l'attention. Ces notions de physiologie sont extraites des Leçons de M. Claude Bernard sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (J.-B. Baiilière, 1858). — Je n'ai d*ailleurs reproduit que les faits déduits de nombreuses expériences, et que Ton peut considérer comme définitivement démontrés (1).
(1) [ RelaUvemeDl à la nature de Tageni nerveux, nous ne sommes en réalité laèrc pliM avancés que les anciens. Si nous n*adroettons plus comme eux dea ciprits animaux, oons admettons un agent nerveux également inconnu.
Ce n*cst pas. le sjslcroe nerveux qui donne aux muscles leur irritabilité, mais
17 A MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*IRR1TATI0N MEItVRUSB.
N*oublions jamais qu'une fois l'organisme névropathiquement prédisposé, une cause accidentelle suffit pour produire la plupart des maladies spasmodiques ; qu'il n'est pas dans l'économie un appareil, un organe, une fonction, qui, brusquement ou sourdement troublé dans son exercice, ne puisse être le point de départ de l'excitation spasmodique nerveuse. Ainsi, aux fonctions psychiques se rapportent toutes les émotions vives, les frayeurs, les joies, les chagrins, les influences de toutes les passions, de l'amour, de la haine, de la jalousie, de la colère, qui a un moment donné dominent la volonté, la conscience, et provoquent dans le système nerveux une telle surexcitation que les muscles en sont convulsivement agités ou contractures. L'hystérie et répilepsie naissent souvent, en effet, à l'occasion d'une trop vive impression psychique. L'imitation, qu'on a souvent citée et avec raison comme une cause possible de ces maladies,
bien, comme le pense Haller, Taction nutritive exercée par le sang (Brown- Séquard).
La moelle, intacte et piquée, est sensible partout. La sensibilité générale disparaît momentanément sous l'influenee d'une cause brusque et intense d'épuisement.
La disparition de la sensibilité se produit dans Tordre suivant : 1* Insensibilité des racines aniérieures ; 2'* de la peau ; 3^ de la racine postérieure ; 4** de la moelle. L'ordre inverse est suivi dans le retour.
Si Ton coupe une racine antérieure, on trouve dans la moelle, tout autour de rinsertion du bout central coupé, une zone insensible, qui s'étend au faisceau antérieur et en partie au faisceau latéral. Cette zone d'insensibilité peut être considérée comme un centre d'où émane la racine antérieure. Quand, au contraire, on a coupé une racine postérieure racbidienne, le faisceau postérieur de la moelle est toujours sensible. Dans le faisceau postérieur se trouve rorigine de la sensibiliCë et cette sensibilité ne se transmet pas directement aux autres parties de la moelle, mais elle leur arrive par un long circuit.
n y a communicatiou entre la sensibilité des racines postérieures les unes avec les autres par le faisceau postérieur, tandis qu'il n'y a pas communication entre chacune des racines antérieures.
La propriété du nerf moteur se perd du centre h la périphérie, dans le même sens que se produit l'altération de la fibre nerveuse.
Quand une moitié latérale de la moelle est seule coupée, on constate que la sensibilité des racines antérieures situées au-dessous de la section est considérablement exagérée; on constate en même temps que le faisceau antérieur de la moelle où finit cette racine est dans le même cas. Enfin, si l'on coupe la radoe postérieure, toute la sensibilité disparaît dans la racine et le faisceau antériean ,