‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 24 sur 96 · DE L*ÉP1LBP6IE · texte numérisé non relu

DE L*ÉP1LBP6IE

lés ons dans la nécromancie ou dans la cobale, les autres dans rhomœopaihie» on a demandé du secours a tous les règnes de la nature.

On a pris dans le règne végétal : la racine du pyrèlhre, du

doronicus pardalianches, du dictame blanc, de Theraclium spon-

dylium^de la petasite, de la scille, du colchique, de Toignon, de

la valériane ; rherbederanagallisamère, delacardamine des prés,

du sedum acre, du galium jaune et blanc, et du galium mollugo,

du lactucaria rcdiviva, de Tandrosacc lactea, du taxus, de la

rue, du tabac, du datura stramonium, de Vellcbore et de Tatropa

belladona ; la jusquîame, les feuilles d*oranger, le lycopodium

clavatum, le quinquina, les fleurs de buglosse, de muguet, le

pollen de noisetier, les fruits de la cévadille, du cocotier; la

fève Saint-Ignace, la noix vomique et les amandes ainères,

Topium, le camphre, Tosa fœlida, l'huile de térébenthine,

Viodigo.

Dans le règne animal, lecastoréum, le musc, Tambre gris, le succin, sans doute à cause de leur odeur qui devait réjouir les esprits animaux ; les cantharides, le phosphore, Thuile animale (le Dippel. J. Frank raconte qu*il a obtenu deux guérisons au moyen de cette huile, mais il ajoute qu*il Ta employée aussi plus de cent fois en vain. Les cantharides et le phosphore sont trop dangereux à manier, pour les conseiller même contre celte maladie, et d'ailleurs l'expérience n'a jusqu'à présent rien prouvé en leur faveur.

L'ammoniaque, à la dose de quelques gouttes dans une potion, qui a été vantée par MM. Delanglade, Pinel-Grandchamp et Mar^ tioet, surtout contre les épilepsies qui reconnaissent pour cause Tivrognerie, n'a pas répondu complètement à la confiance que les assertions de ces médecins tendaient à lui faire accorder.

Dans le règne minéral, on a conseillé Thydrocyanate de fer et

ks préparations de cuivre. J. Frank emploie de préférence le

cuivre ammoniacal ; un quart de grain avec du sucre, deux ou

trois fois par jour. Il a obtenu quelques guérisons par ce moyen.

On i donné du zinc à l'état d'oxyde ou de sel, du plomb, de

Tintimoine, du bismuth, du nitrate d'argent. MM. Mérat,Louyer-

Villermay, Fouquîer, Manry, ont surtout préconisé ce dernier

moyen, qui a rendu violets plus de malades qu'il n'en a guéri.

S06 MALADIES DUES A UNE AUGMBBiTATlON DE L^EXGITATION NBBTBU8B.

Je n*ai rien à dire, ni de la machine du docteur Hott de Flothagen« ni des formules complexes qu*on a présentées sous le nom de méthode, et dans lesquelles on fait entrer d'une mêr nière plus ou moins fantasque les agents pharmaceutiques énumérés plus haut et les influences de la lune, de l'électricité et du magnétisme. La plupart de ces prétendus moyens de guérison ne méritent pas d'ôlre discutés ni même exposés.

Je demande seulement la permission de dire quelques mots sur le traitement de l'épilepsie par la belladone, proposé et employé par M. de Breyne au couvent de la Trappe, et sur celui de M.Herpin (de Genève) au moyen de l'oxyde de zinc.

M. de Breyne fait faire 120 pilules avec :

Extrait de belladone par décoction aqueuse. . 4 grammes.

Gomme arabique 2

Poudre inerte q. s.

Et il en fait prendre d'une à six progressivement.

Ce médecin respectable croit avoir guéri par cette méthode un grand nombre d'épileptiques. Nais comme il ne peut suivre ses malades au dehors du couvent qu'il habite, je crains fort qu'il n^ait pris souvent pour des guérisons Tabandon des malades qui ont cessé de lui demander des conseils, après avoir usé plus ou moins longtemps de son remède.

Du moins ce que j'ai vu par moi-même dans les tentatives que j'ai faites, et ce que j'ai appris de plusieurs médecins et de oitlades qui ont essayé suivant cette formule l'usage de la belladone, m'a complètement ôté l'espérance de trouver dans ce médicament un spécifique contre l'épilepsie.

M. Herpin, de Genève (1), dans l'exposé de son traitemeot contre cette maladie, s'était énoncé avec une confiance encore supérieure à celle que M. de Breyne mettait dans le sien, t En résumé, dit-il, il est pour l'épilepsie un critère au moyen duquel on peut mesurer d'avance avec une suffisante exactitude les chances de guérison d'un malade quelconque, et ce critère se trouve dans le nombre total des attaques ou accès éprouvés jusqu'alors pur le patient.

(1> Du pronostic et du traUêmmt cwralif de VépUeptk^ i vol. ia-a, J.-B. BaUlière, 1892.

DE L*ÉPILEPS1E. S07

> Chez les malades qui n'ont eu que des verliges, si ces malaises ne sont pas très fréquents, s'ils ne durent pas depuis plus de dix années, la guérison paraît être presque complélement assurée.

1 Pour les attaques et accès, le pronostic est tout à fait favorable au-dessous du nombre de 100.

» Il est peu favorable de 100 à 600, car alors les échecs et les succès se balancent à peu près.

» Le pronostic est défavorable au-dessus de 500 attaques ou accès, les guérisons ne devant être que des cas exceptionnels.

• Ce résultat de l'analyse de nos faits... montre la puissance del'art dans unedes plus cruelles infirmités qui puissent atteindre l'espèce humaine, et qu'on regarde aujourd'hui comme presque incurable. Ce ne seraient plus seulement les trois quarts des épiiepsies, comme l'indiquait notre pronostic général, sur lesquelles noi agents thérapeutiques auraient une heureuse influence, ce seraient les sept huitièmes ou une proportion probablement plus forte encore. »

n y a loin de cette assurance, comme on le voit, à la modeste affirmation de Hufeland. Il est vrai que l'auteur dit tout cela sans en donner la preuve qu'exigerait un pareil résultat scientifique; qu1l ne tient aucun compte de la présence ou de l'absence de lésions matérielles cérébrales dans les épilepsies ; qu*il range dans la même catégorie des faits bien diflërents les uns des autres; qu'il attribue à son traitement spécifique exclusivement les améliorations qu'une analyse plus sévère pourrait faire remonter plus loin et plus haut. Je dois ajouter que l'expérimentution faite par des médecins bien places pour observer n'a pas produit, il s'en faut de beaucoup, des résultats comparables à ceux que M. Herpin avait annoncés.

Pour prouver la justesse de ces remarques je me contenterai de citer deux observations insérées par M. Herpin dans V Union médicale (tome VII, n''72, 48 juin 1853). Comme l'auteur a dû les choisir parmi les plus probantes et qu'elles donnent un échantillon de sa manière de faire, je les rapporte textuellement:

Le fi DOYembre tS^S, mon collègue M. Bizot m'adre^e une très Jolie personne atteinte d*épllepsie.

Madesciielle N..., af[ée de vingt ans, est de stature moyenne et bien cou-

308 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*kXClTATlON NERVEUSE.

formée; ses cheveux sont châtains et st's yeux bruns: son teint a toutTéclat d^une pèche : peau très blanche et mate, joues et lèvres du plus bel incarnat. Elle est d*un tempérament nerveux, vive et impatiente, mais sachant se contenir; elle est en outre fort intelligente.

Une de ses cousines germaines du côté maternel est épileptique Qe Tai guérie plus tard).

La vie de mademoiselle N... est sédentaire; elles*occupe presque exclusivement et avec ardeur de travaux à Taiguille. Elle a, sauf de la gastralgie, toujours joui d*une bonne santé. Elle est menstruée depuis un an. Sesépoques sont régulières, mais pâles et peu abondantes.

Aucune cause morale n*a pu la prédisposer à la maladie dont elle est atteinte, et qui n'a offert aucune cause occasionnelle.

L'épilepsie a débuté par des vertiges ; mais la jeune fille, qui n'y attachait aucune importance, ne peut fixer Tépoque ii laquelle ils ont coromeDcé.

La première attaque survint au commencement de Tété de ia/ii4. Mademoiselle N... avait alors seize ans. La seconde eut lieu deux ou trois mois après. Puis quatre années s'écx)ulèrent sans crise. En juin i8â8, elle eut un évanouissement avec perte absolue de connaissance; il n*y eut pas df convulsions. Le 3 ou â septembre, attaque complète qui se renouvela le 18 du même mois, le 20 ou 21 octobre, puis le 15 novembre.

Les vertiges, dans le même temps, se montraient au nombre de tro» oa quatre par semaine, le plus long intervalle étant de trois ou quatre Jours; . il n*y en avait jamais plus d'un dans la journée; ils arrivaient plus souvent le soir que le matin, jamais au lit.

La jeune patiente est, en outre, sujette à des secousses instantanées qui sont aussi fréquentes au moins que les vertiges.

Après avoir indiqué la marche de ces trois espèces de crises, Il nous reste à en faire connaître la nature.

Madame Bizot, qui fut témoin de la première attaque, n*eut pas le moindre doute sur la nature épileptique de cette attaque; il y eut morsure de la langue et une mare d'écume sur le plancher. Une dame, témoin oculaire d'une autre crise, m'en a donné la description suivante: Cette dame était assise vis-à-vis de la jeune fille. Celle-ci tomba sur les genoux de mdame D..., les yeux fixes, le corps et les membres roides ; bieutùt suivirenC des secousses, des symptômes d'asphyxie, du gargouillement, de Técuiie, ^ puis le relâchement musculaire. Dès que la jeune fille parut remise, oo U ^ conduisit à l'étage supérieur ; mais elle n'avait aucune connaissance, el n'en a conservé aucun souvenir. La perte des sens dura en tout un quart d'heure.

Dans une des attaques ultérieures, on m'a signalé le cri, le fait que II malade tombe toujours à droite, et qu'il y a, après les crises, de la céphalalgie et une fatigue telle, qu'il lui est arrivé, après une attaque surveoiie ^ ^ onze heures du matin, de ne pouvoir ni marcher, ni travailler le reste ^ du jour ; quelquefois même alors il y a ( u des nausées. ^

La patiente décrit ainsi ses vertiges : la tète lui tourne; les IubImiinv- ^ ^tienr 9ou«f//e; elle doit s'asseoir; elle cesse devoir, coDlInoe à foteodrtt L

DE L*ÉP1LËPSIË. 300

mb ne peut pas comprendre : elle est trop étourdie. La crise dure une ou deux minutes. Faut-il ranger, parmi ces vertiges, révanouissement avec perte absolue de connaissance, sans convulsion, signalé en juin ISdS?

Quant aux secousses isolées, elles sont le plus souvent bornées aux membres supérieurs; la malade laisserait tomber ou lancerait ce quVUe tient à la main, si elle ne le serrait pas fortement. Ces soubresauts se manifestent larfoisaux membres inférieurs, surtout au lit; ils provoquent un brusque réveil. 11 D*y a pas de vertige concomitant; la patiente jouit alors de ses sens; mais il se passe cependant quelque chose d'instantané dans sa tête.

l^e 3*i novembre, le jour de la première consultation, je prescrivis une cored'oxydede une. Il n*avait été fait jusqu^alors aucun traitement.

Cette première cure dura dix-huit semaines, un peu plus de quatre mois, du 2*i novembre 18à8 au 28 mars 18/i9. La quantité totale de zinc employée fat de làO grammes.

La dose Journalière initiale fut de 30 cenligr. La dose maximum et termi- Nle de 2 grammes. Cette dernière quantité ne fut atteinte qu*à la dernière lenalDe.

Le médicament fut administré en poudre, mélangé avec du sucre, en trois prises par jour, une heure après le repas.

Aux doses journalières de 60 k 45 centigr., il ne se manifesta aucun effet physiologique ; à 60 centigr., Fappétit diminua pendant quelques jours, pois reparut; à 75 centigr., il y eut deux fois de la nausée, mais le zinc a^^itété pris avant le repas; à 90 centigr., ce malaise se manifesta de temps eo temps, qu#que le remède fût pris après avoir mangé ; il survenait ordi- Dairement un quart d^heure après Fingestion de la poudre. Je persistai à U même dose pendant trois semaines; dans le cours de la dernière, il n*y eut presque plus de nausées; mais la malade éprouva deux ou trois fois delà gastralgie; c*était un mal auquel elle était fort sujette; je montai i lr,15 qui furent bien supportés, puis ia lffr,30; la douleur d'estomac revenait de temps en temps, je prescrivis, nonobstant la conlinalion du lioc, Pusage du bismuth administré seulement alors que la malade souffrait de Testomac; moyennant cet auxiliaire, je portai le spécifique an tiépileptique à i^^tb. Nous étions alors au commencement de février; lô époques, qui avalent paru le 10 décembre, ne s'étaient pas mon- Iréfs en janvier; peu à peu la coloration déjà très vive des joues avait aigraenté ; des palpitations et de la dyspnée en montant, de la fatigue dans les jambes, du refroidissement habituel des pieds étaient venus se joindre il la gastralgie; le pouls était k9t». Je ne discontinuai pas la cure; je ne cootenlal de prescrire Fusage d'un pédiluve pris chaque soir. Le 11 février, les époques reparurent, mais peu abondantes. Le 21, Festoailall mieux, grjice au bismuth pris de loin en loin, au moment des gastriques, mais les palpitations et la dyspnée persistaient; le pouls était iBOOté à 1G8. Comme nous le verrons bientôt, le zinc avait sur la ■arcbe de Fépilepsie une heureuse influence; je n'osai interrompre la care, el tous les jours j'élevai la dose journalière de 15 centigr. , pour arriver à 3 gram. par jour, qui furent atteints le 19 mars. Les époques repa-

rurent le 15 de ce mois, mais pâles et peu at)ondanle8. Malgré la Tl?e coloration des joues et des lèvres, les signes de la chlorose étaient de plus en plus évidents: langueur générale, pûleurdela langue contrastant avec la rougt ur de Toritice bua*al, pouls se maintenant entre 96 et 1^8, soufDe dans les carotides, enfin blancheur verdâtre des parties non colorées du visage et dos téguments du cou. Je n'ai pas parlé jusqu'ici de céphalalgie; mademoiselle N... en souffrait fréquemment depuis quelques années lorsque j'entrepris de la guérir; les douleurs, qui s'accompagnaient d'un surcroit de rougeur aux joues, furent assez variables pendant le traitement; mais dès les premiers jours de mars, le mal de tête devint habituel, et l'intensité de ce symptôme, jointe aux signes énumérés plus haut, me décida, le 27 mars, à suspendre le traitement de zinc pour recourir aux ferrugineux.

Nous allons maintenant examiner la marche de répilepsie pendant la première cure de zinc. Dans les deux moisqui avaient précédé le traitement, il y avait eu quatre attaques séparées par des intervalles qui avaient varié de seize à trente-trois jours. 11 en survint encore une le troisième jour de la cure, à dix jours de distance de la précédente. Elle eut lieu le 25 novembre, îï onzn heures du matin ; puis il n'en reparut aucune jusqu'au 31 janvier, c'est-îi-dire pendant cinquante- sept jours. Le 23 mars survint la dernière, à quarante et un jours de la précédente.

Les vertiges se montrèrent une, deux ou trois fois par semaine, mais dès le 21 février, il n'en reparut plus jusqu'à la fin de la cure.

Les secousses furent variables, parfois trois ou quatre pai^malne ; mais le plus souvent elles furent journalières et revinrent même plusieurs fois par jour. Après être devenues très rares depuis la suppression des vertiges, elles se répétèrent assez fréquemment dans les deux dernières semaines de l'emploi du zinc; elles semblaient en quelque sorte remplacer les autres genres de crises.

On comprend maintenant pourquoi, en vue d'une amélioration marquée, j'hésitais à suspendre la médication spécifique; il le fallait cependant pour ne pas risquer de compromettre la santé générale de notre intéressante malade.

J'administrai 31 grammes de pilules de Vallet en quarante jours, du 20 mars au 7 mai; je débutai par UO centigr. par jour; dès la seconde semaine, j'arrivai à 60 centigr., et dès la troisième à 90 centigr», dose qui fut continuée jusqu'à la fin de cette cure.

Sous l'influence du fer, l'appétit augmenta d'abord, puis successivement tous les symptômes de chlorose se dissipèrent ; le pouls, qui était encore à 100 à la fin de la première semaine, était graduellement tombé à 70 à la fin de la cinquième; il était à 50 quand je terminal la cure. La seule Incommodité procurée par le remède fut la constipation.

Pendant l'emploi du fer, il ne reparut pas d'attaques, mais les vertiges, qui ne s'étaient pas montrés depuis trente-six jours quand nous ceasâmes le sine, reparurent vers la seconde semaine de l'emploi du fer; les secousses oonlinuèreat, mais peu fréquentes.

DK l'ÉPILEPSIB. Sil

La chlorose gaérie, Je me hâtai de revenir nu traitement anti-épileptique. Cette aeeonde cure d'oxyde de zinc dura onze semaines et demie, du 7 mal ao 37 Juillet. On employa, pendant ce temps, iio grammes de ce médicaneot

11 fut toujours administré en poudre, en quatre doses par jour, sauf dans la première semaine, où, pour marcher plus vile. Je prescrivis des pilules de 15 œntigr, et en 0s prendre deux, puis trois, puis quatre dans la journée; pendant cette semaine, les nausées, tolérables, durèrent toujours depufo ringestiou de la poudre jusqu'au repas suivant. Malgré cette incom- Bodité, je passai dès la seconde semaine à iffr,iO par jour ; dans la troisième k ir,30; puis la tolérance étant parfaite, dans la quatrième à 2 grammes, dose qui fut soutenue jusqu'à la fin. Les époques avaient été convenables en mai ; mais elles manquèrent en Juin et furent remplacées par des hémorrfaagies nasales qui se montrèrent deux fois par jour pendant quatre Jours; k chaque écoulement mademoiselle N... me dit avoir perdu quelques onces 4e sang. En Juillet, les époques vinrent au temps ordinaire, peu abondantes et un peu pâles

Flous avons dit que les attaques avaient cessé, pour ne plus revenir, dans (e quatrième mois de la première cure de zinc; les vertiges, qui avaient cédé aussi un peu auparavant, avaient reparu dans la seconde semaine du traitement par le fer; il y en eut encore deux ou trois dans la seconde semaine de la seconde cure de zinc; mais ils disparurent alors définitivement

A la fin du traitement, mademoiselle N... jouissait d'une parfaite santé; die avait seulement de loin en loin un peu de céphalalgie, indisposition à laquelle elleétait sujette depuis un grand nombre d'années. Il n'y avaitaucsn indice de chlorose; on en peut juger par l'épreuve suivante : Le 22 Juillet, cinq jours avant la fin de la cure, elle fit à pied l'ascension de la montagne des Voirons, qui exige une marche en montant de plusieurs heures ; HIe revint également à pied ; elle n'éprouva point de dyspnée, et n'était pas plus fatiguée au retour que les plus robustes de ses compagnes.

l'ne jeune femme, portière dans mon voisinage, conduit chez moi, le n novembre 18/^8, sa fille atteinte d'épilepsie. Louise, dont les parents sont nvoyards,est âgée de deux ans; elle est petite et bien faite: elle a les che*^ veux châtains, les yeux bruns, de l'embonpoin't et une bonne coloration ; elle est intelligente, mais arriérée pour le langage ; capricieuse et entêtée, kla moindre contrariété, elle a des crises de pleurs qui vont (Parfois Jusqu'à la suffocation.

Une cousine de l'enfant, issue de germaine du cùté paternel, est épileptlque.

U mère était enceinte de huit mois, quand survint la révolution de Genève du 7 octobre 18/i6; elle eut ce jour- là d'affreuses angoisses et de grandes terreurs; et elle est restée très nerveuse depuis cette époque.

La petite q«l n'offre, du reste, aucun signe de rachitisme, a la fonta- ÉèllèaoléfleiiM ^fesque aoisl ouverte qu'an êafiiDt naissant. Se santé, en

3 1 *?. MALADIES DUKS A UNIS AUGMKNTATlOM DE L*EXCITAT10N NERVtUSE.

dehors de la maladie que nous allons décrire, a toujours été bonne. Louise était en nourrice^ quelques lieues de Genève, quand parurent les prenières crises; sa mère ne peut m'en flxer le début avec exactitude ; ce dont elle esl sûre, c*est qu'elles ont commencé avant Tâge de six mois, au printemps de 18!i7.

Pendant la première année delà maladie, il n'y eut qu*uneou deux attaques par semaine; dans les six mois suivants, elles devinrent un peu plus fréquentes; cependant il n'en esl jamais survenu plus de trois par semaine; quelquefois il n'y en a eu aucune. Mais, depuis le commencement de septembre dernier, elles se sont notablement rapprochées : on en a compté quatre ou cinq dans l'avant-dernière semaine, et douze dans les cinq derniers jours.

Les attaques arrivent presque toujours dans la journée, et le plus souvent le matin.

Voici la description de ces crises, que la mère, femme intelligente, m*a répétée à plusieurs reprises, sans aucune variation : Très rarement l'attaque commence par un cri; l'enfant pleure et dit: bobo, bobo, se roidit, 8*évanouil, et tombe si on ne la retient pas. Les yeux sont fixes, ouverts ou fermés; les bras contractures, tantôt dans la flexion, tantôt dansFextension; les mains sont quelquefois ouvertes et les doigts convulsivement étendus, quelquefois les poings sont fermes; les membres craquent parfois. La respiration est suspendue, et la face violette. La connaissance est perdue. 11 n'y a ni secousses convulsives, ni gargouillement, ni râle, ni émission de salive écumeuse ou liquide. L'enfant finit par s^affaisser, grogner un |ieu, puis s'endormir ; le sommeil consécutif dure quelquefois deux heures.

Ce sont, comme on le voit, des attaques exclusivement toniques.

Je fis commencer immédiatement une cure d'oxyde de zinc. On n*avait fait jusqu'alors aucun iraitemenL

Cette cure dura vingt-cinq semaines cl demie (près de six mois), du 17 novembre I8!i8 au 12 mai 18/^9. Elle fut suivie avec toute rexactitude désirable, puisqu'il n'y eut, dans toute celte période, que deux lacunes* Tune de trois ei Tautre de quaire jours, pendant lesquels Tenfant ne prit pats de remède.

Le zinc fut administré en poudre, mélangé avec du sucre, et donné ea trois ou quatre prises par jour. La quantité de zinc employée fut de près de 200 grammes.

La dose initiale journalière fut de 20 centigr.; la dose maximum et finale de lffr,80. Cette dernière quantité fut atteinte au milieu du troisième mois, et continuéesansvarations jusqu'à la fin.

A 20 centigr. l'enfant témoigna d'abord de la répugnance à prendre ses poudres: une fois il y eut un vomissement; mais la tolérance s'établit bientôt. A 30 centigr. aucun malaise. A /iO centigr., de temps en temps un peu de diarrhée; cette incommodité, assez fréquente chez les enfants qui font usage de l'oxyde de zinc en quantité un peu élevée, ne se montra que rarement plustard, malgré l'accroissement successif desdoses. A 50 cenilgr., tolérance parfaite. A65eentlgr., retour de It nausée le premier Jovr et de te 4lirriiéc

DB L ÊHILËHSIE. SIS

les deux ou trois jours suivants. A 73 centigr. des nausées et un seul vomissemeot dans la première semaine; mais dès la seconde, à cette quantité, Il D*y eut aucun malaise. Il en fut de même d^abord de la dose de lr,80; mais, après quelques jours, il survint des nausées et un vo» missemeot chaque soir; cependant, dès la troisème semaine, la tolérance s'établit et se soutint jusqu'aux approches de la fln du traitement, c*est-kdire pendant près de trois mois. EnÛn, Tenfant prit peu à peu du dégoût* puis une répugnance de plus en plus forte contre ces poudres, les vomissements arrivèrent, et je me décidai à laisser là le remède, la cure d'ailleurs me paraissant avoir été sufflsamment prolongée.

1/appétit fut variable pendant le traitement; mais je vis se confirmer cette remarque de la mère, que Finappétence était l'effet des attaques rapprochées et non pas du médicament. La cure achevée, la santé de la petite Louise était parfaite; ses incommodités signalées dans les derniers jours de remploi du zinc ayant cessé en même temps que son usage.

L'épilepsie fut peu modifiée dans sa marche pendant les premiers mois du traitement : il y eut vingt-cinq attaques dans le cours du premier et vingt-deux pendant le second ; c'était un progrès comparé à la semaine qui avait précédé la cure, où douze attaques s'étaient montrées en cinq jours; roaisc^était plus encore que dans les mois antécédents, où, d'après la mère, il n'y avait guère eu, en moyenne, que deux crises par semaine. Dans le troisième mois, il n'y en eut que sept; et une seule dans le quatrième. A daterdu milieu de février, il y eut une intervalle de vingt-trois jours, puis une attaque le 7 mars, qui fut la dernière.

iiCS crises, qui eurent toujours lieu de jour, ne se montraient pas toujours isolées ; il y en eut une fois, le 7 décembre, trois en moins d'une brure; on en compta sept le il du même mois. Les paroxysmes furent constamment précédés ou suivis d'un intervalle plus long qu'à l'ordinaire entre les attaques; intcnalle qui cependant, dans les deux premiers mois, ne dépassa pas huit jours.

I.es attaques continuèrent toujours ù être de même nature, c'est-à-dire bornées aux convulsions toniques; il n'y eut jamais d'é-cume, de râle ni de gargouillement; mais leur intensité et leur longueur furent variables; toutes les fois que les attaques étaient très rapprochées, elles étaient plus légères et plus courtes; les signes d'asphyxie étaient moins prononcés; la face rougissait, mais ne devenait pas bleue, comme disait la mère. Dans DDc de ces crises légères, la femme F... prétend que sa fille ne cessa pas de crier pendant toute la durée de la convulsion. Quand les attaques étaient plus éloignées, elles étaient plus longues et plus fortes

On me signala de temps en temps quelques détails particuliers de cer^ laines crises. Ainsi, le 30 janvier, l'invasion ne fut pas subite : l'enfant portait la main à sa bouche. Qu'as-tu? lui dit sa mère. J'ai bobo. Et une seconde après, elle prit une attaque. Une autre, le il décembre, fut précédée d*uoe hallucination. Louise jouait avec son frère Eh! le chien! U chien ! ft'écria- t-elle (il n*y en avait point là) ; die se roidit, chuta. .. Dans quelques attaques, elle ouvrit et ferma alternativement les mains.

81 A MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERVEUSE.

Depuis 1e7 rnarsi8l!i9, Louise, qui habite toujours dans mon voisinage, et quej'ai revue quelquefois pour des "indispositions passagères, n*a pas éprouvé le moindre ressentiment de sa maladie. Elle est donc guérie depuis plus de quatre ans.

La première observalion ne regarde-t-elle pas une chlorotîquc qui a guéri comme celle dont nous avons plus haut donné Vhîsloîre, et qui n'a pas pris d'oxyde de zinc ? La seconde est-elle bien une opilepsie?

Quoi qu'il en soit, N. Moreau a voulu vérifier sur ses malades iê, valeur du traitement de M. Herpin. Il a choisi des sujets dans les meilleures conditions de curabilité indiquées par le médecin de Genève, et les a soumis régulièrement au traitement formulé dans les observations de M. Herpin. Les résultats de cette expérimentation, rapportée en détail dans V Union médiccde^ décembre 1852, donnent des conclusions aussi différentes que possible des affirmations de M. Herpin. [J'ai suivi de près deux épileptiques traités à Paris par M. Herpin, et je ne peux taire l'étonnement (|ue m'a causé l'application empirique et longtemps prolongée du traitement formulé ; bien qu'au bout d'un an il n'eût en rien modifié le nombre et la durée des attaques, ni probablement retardé d'un jour la mort prématurée de ces malades. Chez l'un d'eux, j'en ai parlé plus haut, Tautopsie a démontré que l'épilepsie était due à une cause cérébrale persistante, et j'en suis encore a me demander comment ce traitement, conseillé systématiquement, pouvait avoir prise sur une épilepsie symptomatique. Nous aimons en général à publier nos succès, mais combien nos revers seraient plus instructifs. ]

[ On a beaucoup vanté dans ces derniers temps l'action efli* cace du valérianate d'atropine dans les névralgies et les convul* sîons.

Indépendamment des faits consignés dans le mémoire que M. Michéa a lu en 1853 devant l'Académie de médecine, plusieurs praticiens ont rapporté des observations qui tendent a confirmer les effets avantageux que cet auteur attribue à ce médicament dans le traitement des affections convulsives.

Voici un exemple de guérison que j'emprunte à la Gazette des hôpitaux (année 1857, n* 78) :

bK l'épilepisk Si 5

A... est û%iè de dix ans, il est d*un tempérament lymphatique, nerveux et d*une constitution débile. Sa mère Ta nourri, et quand se termina l'allaitement, elle eut des attaques épileptiques qui durèreçl pendant plusieurs années.

Âu commencement de janvier I85i!i, Tenfant, qui se faisait remarquer par son humeur inégale et impatiente, reçut quelques coups de son maître d'école. Trois jours après cette correction, il fut tout à coup pris d'un sentiment de frayeur extrême; il poussa des cris plaintifs, agita convulsivement les bras et les jambes, en serrant fortement les mâchoires, puis il survint de l'écume à la bouche et une perte complète de connaissance; c^tte attaque dura à peu près un quart d*hcure, et quand elle cessa, le jeune malade chen*ha à fuir sans savoir où il allait et ce qu'il faisait. Trois jours après, une seconde attaque se déclara de la même manière, mais beaucoup plus forte que la première; enfin les accès se rapprochèrent davantage ; ils eurent lieu d'abord tous les deux jours, puis tous les jours.

Durant les mois de février, ïtnurs et avril, ils furent quotidiens, et il en survenait quelquefois jusqu'à trois par jour. Le 5 février on commença Foimnistralion du valérianate acide d'atropine sous forme de granules^ à la dose d*un demûmilligramme par jour; et, doublant cette dose tous les huit jours, on arritia jusqu'ici à U et b milligrammes du médicament. L'usage du valérianate d'atropine fut continué pendant plus d'un an, avec des suspensions d'une ou deux semaines au plus.

Vers le milieu du mois de mars, une amélioration très notable se déclara ; au lieu de trois accès par jour, il n'en survenait plus qu'un seul, puis de quotidiens ils devinrent hebdomadaires ou bi- hebdomadaires. Au mois de juin, ils n'étaient plus que mensuels. Depuis le 7 du même mois jusqu'au mois de septembre, il n'y eut qu'une seule attaque. Enfin bien que l'enfant ne soit plus soumis à l'usage du médicament depuis plus de quatre mois, l'épilepsie n'a pas reparu.

Il est important de noter que le valérianate d'atropine mis en usage est le valérianate acide, auquel il n*est pas indifférent (le substituer le valérianate neutre ou basique, dont les propriétés physiologiques et thérapeutiques sont loin d'être les

mêmes.

On pourrait encore avoir recours avec quelque confiance à I action du tartre stibié dans les cas de convulsions fréquentes, survenant plusieurs fois par jour. On Fadministrait avec succès du temps d'Astruc dans Thystérie, et l'usage satisfaisant qu'on en fait en ce moment contre la chorée doit sérieusement encourager à marcher dans celte voie, ouverte déjà en mai 1810 par le docteur Eenens de Saintes (Brabanl), qui aurait guéri deux épileptiques à 1 aide du tartre stibié a baule dose.

Il donna le premier jour à prendre par cuillerées, et toutes les deux heures^ la potion suivante :

Eaa dislillëe 180 grammes.

Cocheoille 15 centigram.

Tartre ttibié 3 centigram.

Le deuxième jour il porta la dose du tartre stibié a 0s<',50, le troisième a 0«^75, le quatrième jour a 1 gramme; puis il diminua insensiblement les doses et chez ces deux malades les accès n*ont pas reparu.

Marshal-Hall, qui a donné une importance exclusive à la compression des veines, à V occlusion de la glotte^ a la protrusion et a la morsure de la langue, à ce qu'il appelle le trachélisme^ a proposé et pratiqué la trachéotomie, comme moyen préventif et curatif de Tépilepsie. S*il ne pouvait y avoir de convulsions sans occlusion de la glotte, on pourrait à la rigueur discuter et expérimenter ce mode original de traitement, mais le spasme musculaire paraissant dépendre de toute autre cause, il est probable que Texemple de Marshal-Hall ne trouvera pas d'imitateurs.

Je ne crois pas à l'efficacité infaillible des remèdes spécifiques prônés contre l'épilepsie, mais il faut cependant reconnaître que certains médicaments administres avec méthode et persévérance peuvent rendre de réels services.

Ne peut-on pas admettre a la rigueur, que le principe actif d'une plante, qu'un agent chimique absorbés a haute dose, impriment au système nerveux une excitation différente, en modifiant l'état morbide,, au profit de la santé générale de l'épileptique? Un malade que je tiens en permanence depuis quatre ans sous l'action de pilules composées de valérianate de quinine, de belladone et d'opium, puis de purgatifs, parait guéri de ses attaques. Tout porte à croire que nous compterions généralement des améliorations plus sérieuses et plus nombreuses, si nous savions opposer à un mal essentiellement chronique un traitement a la fois méthodique et persévérant.]

Je pense, pour conclure, que le rôle du thérapeutiste dans un cas donné d'épilepsie, est suffisamment indiqué parce que nous avons dit sur toute cette maladie. Quelque incurable qu'elle ait

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para jusqa*aujourd*huî, H faut d'abord que Ton étudie, comme on le sait faire maintenant, et comme on Ta déjà fait pour un grand nombre de maladies, les conditions organiques dans lesquelles celle-ci se développe ; que l'on applique le traitement rationnel partout où Ton rencontrera des espèces déjà connues et déjà guéries ; que partout où Ton pourra reconnaître qu*ou se trouve en face de quelque altération insurmontable, on s*en tienne à un traitement purement palliatif; que là où les connaissances chimiques et anatomiques n'apprendront rien, on se livre à une expérimentation empirique, sage et raisonnable.

Je conseille, en d'autres termes, de recueillir toutes les données dequelque valeur pour rationaliser le traitement, deremonter toutes les fois qu'on le pourra à quelque phénomène prédominant dans l'étude de la cause, du point de départ des désordres matériels; et, quand ces études n'auront fourni des indications positives, de se livrer avec reserve à la recherche d'un spécifique.

J'oserai dire, en terminant, qu'il ne me parait pas plus impossible d'en trouver contre l'épilepsie que contre la fièvre intermittente* que contre la syphilis. Je ne peux pas m'empécher d*espérer qu'on en rencontrera quelque jour, du moins pour les cas d'épilepsie purement nerveuse. Je termine en déclarant, avec toute la circonspection convenable, que Tagent empirique que l'expérience m'a montré jusqu'à présent comme le plus heu* reux, est la poudre de sedum acre, prise tous les matins à la dose de 20 à 30 centigrammes. Je la conseille, quand je ne peux pas mieux faire, et en attendant un spécifique meilleur.

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