DEUXIÈME SECTION
Convulsions des adultes. — Les convulsions sont beaucoup moins communes et beaucoup moins graves chez les adultes. En mettant de côté toutes celles qui dépendent de maladies spéciales, comme Tépilepsie, l'hystérie, la chorée, le tétanos, etc., on n'en trouve presque plus pour l'âge mûr, et surtout on n'en rencontre presque plus de graves. Presque toujours celles qu'on observe tiennent par quelque chose aux maladies que nous venons de rappeler; et il est peu de cas dans lesquels la distinction qu'on en fait ne laisse quelque doute. Néanmoins je crois juste et sage de reconnaître que la confusion des convulsions de
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toutes ces espèces avec les convulsions simples des adultes ne doit pas toujours se maintenir, et que sous beaucoup de rapports il est souvent utile de les distinguer. Nous allons tâcher d'en donner des moyens suffisants.
Diagnostic. — Un sujet adulte est relativement dans un bon état de santé, et il se trouve tout à coup pris de véritables convulsions de la face, du tronc, des membres ou des yeux. Ces parties sont livrées malgré la volonté, en dehors de toute participation de la conscience, à des mouvements désordonnés ; ces mouvements n'ont ni les développements réguliers, ni la marche, ni la forme de tous ceux que nous avons décrits jusqu^à présent dans les maladies convulsives dont nous avons parlé; ils n'offrent pas non plus le désordre spécial et continu de la chorée dont nous traiterons tout à l'heure; ils se montrent avec une violence inégale, avec une série singulière d'exacerbations, de modiûcations, de complications, sans prendre les caractères spéciaux que nous venons de rappeler. Ce sont la des convulsions, et elles se rencontrent même chez les adultes.
Il ne faut plus qu'une chose pour qu'elles rentrent pleinement dans le cadre des maladies dont nous nous occupons ici, c'est qu'elles ne résultent pas ostensiblement d'une lésion matérielle connue des centres nerveux. Or, on reconnaît qu'il en est ainsi à deux sortes de caractères : les uns positifs, ce sont tous les signes qui réunis signalent dans sa marche, dans ses bizarreries, dans ses manifestations, dans sa cause, une affection nerveuse; et les autres négatifs, c'est-à-dire tenant! l'absence de tout signe pathognomonique d'une des maladies dans lesquelles les convulsions ont une valeur diagnostique.
Anatomie pathologique. — Les altérations cadavériques, quand il est malheureusement possible d*en observer, laissent moins de doute dans l'esprit de l'observateur. Dans une méningite, dans une apoplexie séreuse» dans une cérébrite bien dessinées, les convulsions sont expliquées par le desordre organique, et le trouble nerveux a dépendu du trouble matériel; mais il n'en est pas toujours ainsi. Quand il y a eu des convulsions de forme nerveuse, et que sur le cadavre on rencontre seulement un pea d*opacité des séreuses encéphalo-spinales, un peu trop d'homidîta
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sur ces membranes, un peu trop de liquide dans les cavités cérébro-spinales, un peu d'injection vasculairc rouge des vaisseaux ou de la substance grise de Taxe cérébro-spinal, faut-il regarder ces désordres matériels comme la trace de la cause qui agissait pendant la vie? faut-il y voir le point de départ des symptômes? Uoit-on au contraire regarder ces troubles matériels comme la conséquence naturelle, obligée, comme le produit de la gène des fonctions cérébro-spinale, respiratoire, circulatoire, causée par Tétat de convulsion? Les lésions sont-elles alors tout simplement le produit de la convulsion et des troubles nerveux qui en sont résultés? C'est Féternelle question de la poule avant Tœuf, ou de Tœuf avant la poule.
Dans ce doute, nous ne pouvons, en bonne logique, que nous attacher aux faits, et en tirer nos inductions avec tout le soin dont nous sommes capables. Quand une maladie a existé, pouvant produire des désordres nerveux graves, qu'elle a régulièrement suivi son cours connu, et qu'à la suite, les convulsions sont venues, nous nous trouvons suffisamment autorisés a regarder ce symptôme comme une conséquence du trouble matériel subi par les centres nerveux, et existant encore dans le cadavre. Quand, au contraire, les convulsions se seront produites tout d'abord, qu'elles auront eu des exacerbations et des moments de calme bien dessinés, et sans amener à leur suite aucune autre affection ; quand elles n'auront pas été compliquées de symptômes propres à quelque maladie encéphalospinale ou méningée, ou à quelque empoisonnement; quand les désordres ne seront d'ailleurs que ceux que comporte une simple exagération de la fonction normale du cerveau et de ses membranes, il me paraît raisonnable de considérer le trouble matériel comme un produit du désordre fonctionnel. Je ne me reprocherais jamais, en cas pareil, d'avoir conduit le traitement d'après cette opinion.
Quelques lésions anatomiques légères, comme un peu plus d'abondance des fluides sécrétés en dedans ou en dehors des méninges, un peu de rougeur dans ces parties, un peu plus d'opacité, un peu de sérosité concrétée ou du moins disposée à se prendre en gelée, un peu de rougeur de la substance cérébrale superiicielle ne me paraissent pas une raison pour ne nus re-
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garder comme nerveuses les convulsions dos adultes en qui ces désordres se rencontreraient.
Ces points établis, je me crois en droit d'exposer la maladie comme je la comprends.
Causes. — Parmi les causes les plus communes des convulsions chez les adultes, nous devons mentionner d'abord les affections morales. Pour peu qu'un sujet soit nerveux, irritable, impressionnable, il suffît qu'une cause morale fasse brusquement sentir son action pour que les convulsions se montrent. Chagrin, joie, surprise agréable ou douloureuse, peur, colère, toute émotion brusque, suffît pour déterminer Vapparition do mal dont nous nous occupons. Tout ébranlement inattendu du système nerveux peut produire les mêmes effets. C'est presque toujours dans ces conditions que les convulsions éclatent. Mais, au point de vue de Tétiologie, nous pouvons encore prendre la chose de plus «loin, et examiner les causes morales non plus seulement comme causes déterminantes, caractères qui leur est fort ordinaire, mais aussi comme causes prédisposantes.
Les affections morales vives et prolongées jettent peu à peu le sujet dans un état nerveux plus ou moins prononcé , et alors il suffît d'une secousse proportionnée à la prédisposition pour décider l'invasion de la maladie. L'histoire des rapports du morti et du physique de l'homme est pleine de faits et d'observations de ce genre ; je n'en rapporterai pas de cas particulier : il n'est pas de médecin qui n'en connaisse et n'en puisse citer des exemples. M'étendre davantage sur ce sujet, ce serait tomber dans des redites après tout ce que nous avons exposé a propos de l'état nerveux, et de toutes les affections douloureuses ou coavulsives qui y touchent, au moins par la communauté des causes. Pour les causes physiques^ ce serait encore la même chose. Comme causes prédisposantes, ce sont toutes les actions matérielles qui rendent nerveux; comme causes déterminantes, toutes celles qui tourmentent le système nerveux dans un état donné; des excitants extérieurs ayant agi trop longtemps; des excitations intérieures, des corps étrangers de diverses natures introduits dans les organes nerveux au moyen de la circulation, de véritables intoxications aiguôs ou chroniques, telles sont les causes physiques des convulsions chez les adultes. Ces
convulsions résultent toujours, comme on le voit, d'une trop vive commotion du système nerveux, eu égard à la sensibilité propre du sujet, et en même temps d'une certaine prédisposition préparée a la longue par une alïection nerveuse quelconque. Les convulsions ne se déclarent, en général, que quand l'équilibre du système nerveux est rompu.
Marche. — Une fois que la cause a produit son effet, les convulsions se déclarent. Elles prennent brusquement leur plus grande intensité, soit qu'elles s'emparent de toute la personne» soit qu'elles se limitent à quelque membre. Tantôt elles tiennent le corps ou les membres dans une position fixe et rigide, et tantôt elles les agitent dans tous les sens avec la plus grande rapidité. Ici, elles simulent un instant le tétanos ou l'épilepsie-, la, elles prennent tout à fait une forme hystérique. Tantôt, elles restent les mêmes sur le sujet pendant toute l'attque convulsive, et tantôt elles changent plusieurs fois et do forme et de siège. L'accès dure quelquefois à peine quelques minutes ; d'autres fois, il se prolonge pendant des heures, des journées, avec des intervalles de repos et d'agitation, d'une intensité et d'une durée très variées ; puis les convulsions diminuent d'énergie, s'éloignent et finissent par disparaître, en laissant dans tout le corps un sentiment de brisement et de fatigue insolites.
Pronostic — Cette affection n'est jamais grave. On n'en meurt pas; il faut seulement que le médecin prenne des précautions pour prévenir le retour possible du même mal, sous l'action de causes analogues à celles qui l'ont produit, et en raison des affinités qu'il peut avoir avec les autres maladies nerveuses.
Traitement. — Ce que nous avons dit en parlant des causes met sur la voie des principales indications thérapeutiques. D*autre part on ira au-devant de la prédisposition, en employant tous les moyens dont nous avons donné le détail, quand nous avons parlé de l'état nerveux. Je n'ai donc rien à ajouter ici à ce double point de vue.
Quant à la thérapeutique de l'accès proprement dit, elle se borne à faire agir sur le système nerveux tous les moyens propres à le calmer. Etouffer la douleur, quand il y en a ; engourdir la sensibilité par de très légers caïman Is, et par les agents dits antispasmodiques ; éviter tous les excitants des sens, voilà ce
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qu'il y a de plus urgent à faire. En même temps, on empêche le malade de se faire mal en tombant ou en gesticulant ; on veille à ce qu'il ne se produise pas une trop vive congestion vers le cerveau.
Quand l'accès est passé, on insiste sur le repos, sur un usage bien gradué des antispasmodiques, des calmants et des fortifiants, et on tache de remplir au mieux les indications générales qui résultent des causes connues, de l'état général du sujet, des complications que la nouvelle affection intervenue pourrait avoir amenées dans les fonctions.