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tîve, celle exaltation psychique devient eHe-méme un gymptôme de la maladie.
J'ai peut-être forcé les teintes du lableau quant aux troubles des fonctions mentales; certains malades ne pourraient, j'en conviens, y figurer que sur des plans secondaires, dans la pénombre de la perspective : mais il m'a semblé utile d'insister, plus qu'on ne l'a généralement fait, sur cette jïevimhailon passagère de rintelligence, altendu qu'elle rend compte de l'irrégularité des fonctions de certains appareils moteurs que celle-ci tient sous sa dépendancedirccte. Comment l'appareil du langage, par exemple, pourrait-il exprimer clairement et logiquement des idées mal formulées au foyer qui les élabore, et d'où part la volonté qui en commande l'expression ?
Ce n'est qu'en appréciant à leur juste valeur les troubles fonctionnels que nous pouvons remonter aux lésions, et des lésions elles-mêmes au traitement rationnel qu'elles réclament; et cela est surtout nécessaire quand il s'agit d'une maladie encore aussi peu connue dans sa nature que l'est la chorée. Quoi qu'il en soit, ce trouble de rintelligence une fois admis, j'en conclus que la chorée n'a point seulement son point de départ dans la moelle épinière, comme des auteurs l'ont prétendu, mais que le cerveau participe comme elle aux causes dont les effets se traduisent sous nos yeux par tant de désordres dans la vie de relation .
On concevrait difficilement une telle perturbation, d'ailleurs momentanée, dans les fonctions psychiques et motrices, sans atteinte portée à celles de la sensibilité ; aussi cette dernière ne feste-t-elle pas étrangère aux désordres signalés. On constate, en effet, que les membres agités de contractions choréiques ont perdu leur sensibilité normale, et bien que l'anesthésie et l'analgésie n'atteignent jamais le degré observé chez les hystériques, ^les sont pourtant manifestes surtout du côté le plus sérieuseinentafieclé, et cette perversion de la sensibilité explique l'iniitigable mobilité des muscles. D'autres fois, la sensibilité est exaltée, il y a hyperesthésie et hyperalgésie. Cette dernière prend, suivant les organes qui en sont le siège, la forme de douleurs cépbaliques, cardialgiques, articulaires, musculaires, etc., lartout quand Télément rhumatismal est en cause. De là l'in-
dication d'opposer à Cette hyperesthésie le traitement hyposthénisant conseillé déjà à Tégard des hystériques, je veux parler d'un courant électrique énergique.
La chorée, chez certains sujets, ne franchit pas les étroites limites d'une région, ou d'un appareil. Quelquefois l'appareil vocal seul est troublé dans ses fonctions et la voix imite imparfaitement, et quant aux sons articulés et quant au rhythme, le cri de certains animaux, le jappement du chien par exemple. Boscredon a adressé à l'Académie des sciences (novembre 1866) l'observation d'un enfant de onze ans, chez lequel la chorée était localisée aux muscles de la phonation (chorée des aboyeurs), et qui fut guéri par le valérianate d'atropine. D'autres fois les muscles qui s'insèrent au bassin sont seuls en contraction spasmodique, et une sorte d'érotomaaie semble entretenir l'excitation dont les organes génitaux sool avides.]
Tantôt tes muscles d'un seul organe ou d'un membre seul seront affectés: ceux d'une jambe, d'un bras, de la figure, d'un œil, par exemple. Il en résultera ou des mouvements irréguliers de ces parties, des inégalités bizarres dans leur position et dans leur direction, ou des singularités dans l'expression dont ils sont chargés : ici des soubresauts singuliers; là des contorsions bizarres de la figure ; des clignements d'yeux involontaires.
Je ne peux m'empôcher de rapporter ici deux observations curieuses de chorée racontées par Itard :
Obs. 1. — « m. de M... était en voyage, et venait de quitter sa chaise de posle pour faire quelques minutes d'exercice à pied, quand tout à coup il sentit que le mouvement de ses jambes s'accélérait malgré sa volonté, et que ce mouvement rapide qui Tentrainait droit devant lui, Técartait de 11 direc* tion du chemin qui faisait un détour en cet endroit, et se trouvait d*iiB coté bordé de précipices, lia terreur que lui causait un mouveneot si extraordinaire et le danger qu'y ajoutaient les localités le frappaieat vive* ment; il voyait bien, ainsi qu'il le racontait lui-même fort plalsauMiti quil courait à sa perte; mais pousse par une force supérieure à sa volootét il ne pouvait ni s'arrêter, ni se détourner, ni se jeter par terre, ainsi qu'il en eut successivement l'idée. Heureusement qu^aprës avoir fraochi dlVH nalement la partie tournante du chemin, k quelques pouces dtt plM^ il ae trouvait toujours, en suivant la même direction» courir pinllihaiil
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à la route, ce qu'il uurail pu faire sans danger pcndaul quelques minutes. Mais presque aussitôt, raceèi>, après avoir duré à peu près deux lieures en tout, se termina sans autre circonstance notable qu'un grand sentiment de faiblesse, une sueur générale et une excrétion abondante d'urine. Quelques heures après, M. de M... n'en éprouvait plus le moindre ressentiment. Tel fut a peu pri's le récit qu'il me ût de ce singulier acddent..
* Je conseillaî d'appliquer périodiquement tous les mois douze sangsues au fondement; de prendre de deux jours l'un un demi-bain gélatineux, d'appliquer à l'issue du bain des ventouses sèches le long de l'épine; de faire usage de la poudre de valériane ù la dose de deux gros par jour ; d'abandonner tout travail de cabinet, et comme médication principale TapplicatioD d'un séton au cou.
'Ce dernier moyen, qu'un chirurgien célèbre consulté quelques jours ïvaut moi avait également conseillé, paraissait à M. de M... devoir être si douloureux et si incommode qu'il ne put jamais s'y décider. Deux nouveaux iMXiis de cette étrange maladie éprouvés peu de temps après, à un intervalle de quelques semaines, et survenus tous les deux dans les promenades publiques, éveillèrent de nouveau ses craintes, sans diminuer sa répugnance pour Texutoire que je lui conseillai de nouveau. Je n'ai plus vu M. de M... depuis cette époque. Mais il y a k peine deux ans (neuf ans après le début delà maladie) que j'ai su qu'il était à peu près dans le même état, et qu'à Texception de ces attaques de nerfs, quoique déjà fort avancé en ûge, il ^(ait bien portant, conservant toutes ses forces et toute l'intégrité de ses ^Itês mentales. »
Obs. 11. — t Madame de D..., actuellement âgée de vingt-six ans, fut à l'âge de sept ans prise, dans les muscles des mains et des bras de contractioDs convulsives, qui se manifestaient surtout dans les moments où cette ^fant s'exerçait à écrire, et qui écartaient brusquement sa main des caracit^resqu'elle traçait. Après cet écart, les mouvements de sa main devenaient deBouveau réguliers et soumis à la volonté, jusqu'à œ qu'un autre soubresaut interrompit de nouveau le travail de la main. On ne vit d'abord en <«laque de petits tours de vivacité ou d'espi^eglerie qui, se répétant de plus ''B plus, devinrent des sujets de réprimande et de punition. Mais bientôt ou lequit la certitude que ces mouvements étaient involontaires et con- ^fs, et l'on y vit |)articiper les muscles des épaules, du cou et de la face. Uen i^ulta des contorsions et des grimaces extraordinaires. La maladie lit ^Atore des progrès, et le spasme s'étant propagé aux organes de la voix et de la parole, cette jeune personne fit entendre des cris bizarres et des mots ^Bi u'avaient aucun sens, mais tout cela sans délire, sans aucun trouble deiliacaltés mentales. Des mois et des années s'écoulèrent dans cet état de ^^^Kises, auquel on n'op|)Osa que de faibles remèdes, dans l'espoir des changeiutsfavorablesque pouvait apporter la puberté. Cetespoir fut complètement deçà. Mademoiselle de... fut alors envoyée en Suisse auprès d'un médecin fii i*élâii tdooné spécialement au traitement des maladies nerveuses, qu'il
i08 MALADIES DUES A U!«iE AtGMbMATlON DE L*EXCITATIO!« MEtVEtSB.
combattait surtout par des bains de petit-lait. Soit par l'effet de ces bains, soit par l'heureuse influence du séjour et de la vie des montagnes, la maladie se dissipa presque complètement; et quand, au bout d*un an, cette demoiselle quitta la Suisse, elle en revint calme, brillante de fraîcheur, et sujette seulement à quelques tiraillements visibles, mais peu fréquents, des muscles de la bouche et du cou. Elle fut mariée à cette époque. Mais le mariage, au lieu de consolider et d'achever sa guérison, comme on Tavait espéré, reproduisit assez rapidement sa maladie. 11 est vrai que madame de D... n*ayant point eu d*enfant s est trouvée privée des chances favorables qu'aurait pu lui offrir la révolution physique et morale ordinairement produite par la maternité. Quoi qu'il en soit, cette affeolion convulsive qui, si Ton en excepte dix-huit ou vingt mois de répit, dure depuis dix-huit ans, ne parait pas devoir s'user par le temps et' semble au contraire faire de nouveaux progrès. Voici quel est son état actuel : les contractions spasmodiques sont continuelles, non successives, et séparées par de courts Inten'alles de quelques minutes ; quelquefois le repos est plus long, d'autfs fois plus court ; et il en survient même souvent deux ou trois qui se succèdent sans rémission. Elles affectent surtout les muscles pronateurs ée Tavant-bras, les extrémités des doigts, les muscles de la face et œoxqoi servent à l'émission et à l'articulation des sons. Parmi les mouvements continuels et désordonnés qu'amènent ces contractions morbides, ceux imprimés aux organes de la voix et de la parole sont les seuls dignes de toule notre attention, comme présentant un des phénomènes les plus rares, et constituant une incommodité des plus désagréables, qui prive la personne qui en est atteinte do toutes les douceurs de la société ; car le trouble qu'HIe y porte est en raison du plaisir qu'elle y prend. Ainsi, au milieu d*Qne (!onversation qui l'intéresse le plus vivement, tout à coup, sans pouvoir s'en empêcher, elle interrompt ce qu'elle dit ou ce qu'elle écoute par des cris bizarres et par des mots encore plus extraordinaires, et qui font un contraste déplorable avec son esprit et ses manières distinguées. Ces nH)ts sont pour la plupart des jurements grossiers, des épithètes obscènes, et, ce qui n'est pas moins embarrassant pour elle et pour les auditeurs, l'expression toute crue d'un jugement ou d'une opinion peu favorables ^ quekioesunes des personnes présentes de la société. L'explication qu'elle donne de la préférence que sa langue, dans ces écarts, parait accorder à ces expressions inconvenantes, est des plus plausibles. C'est que plus elles lui paraissent révoltantes par leur grossièreté, plus elle est tourmentée de la crainte de les proférer, et que cette préoccupation est précisément ce qui les lu^ met au bout de la langue, quand elle ne peut pins la maîtriser. Du resl^ l'état général de sa santé parait se ressentir fortement de cette longue affiB(^' tion convulsive, comme le prouvent un amaigrissement croissant et la pk* leur du teint, bien que les fonctions digestives n'aient pas notableseat souffert
» Linfluence de la maladie sur l'état du moral est encore plus tetfiU^^ ment marquée, et l'on observe ici, comme dans toutes les névrœMded' genre excessivement prolongées, une grande mobilité dans ta Méei fC
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une légèreté d*esprit et de caractère qui n'appartiennent qu'à l'extrême Jeunesse et qui r^istent aux révolutions de l'âge (i). »
J'ai observé moi-même un fait de chorée compliquée, remarquable sous plus d'un rapport, et sur lequel il me paraît utile de consigner ici quelques détails :
Dans la famille, aucun précédent d'épilepsie, ni de paralysie; enfant, le malade n'a point eu de convulsion.
A Tingt ans, accidents syphilitiques, gonorrhée avec chancres.
De vingt à vingt-cinq ans, il est soldat ; a deux fois des accidents syphilitiques; il se fait soigner en ville, sans en prévenir le médecin de son régiment.
A vingt cinq ans, il quitte le régiment pour se faire marchand. De Tingt-clnq ans à trente, plus de nouveaux accidents syphilitiques, ni d'accidents secondaires; il ne reste aucune trace des syphilis antérieures.
A trente ans, le malade est fort, robuste, très actif, d'un tempérament anguln nerveux, les cheveux noirs, les yeux bleus, doué d'une grande énergie, secondée par une solide constitution.
Cette année, il apprend tout h coup la mort de son père qu'il aimait beaucoup; l'émotion fut si vive qu'il tomba en syncope: il revint à lui avec une violente douleur de tête.
Durant cinq ans, douleurs de tête continues, atroces; toute la masse encéphalique est douloureuse, sans que celte douleur se localise dans un point du cerveau plutôt que dans un autre ; cependant l'hémisphère gauche semble souvent plus endolori.
Vers la fin, la douleur devient plus intense k la partie inférieure et postérieure, vers le cervelet et vers le trou occipital, sans s'irradier le long de la moelle, sans dépasser la boite osseuse formée par les os du crûne.
Durant le jour, le malade s'occu|)ait de commerce, mais d'une façon irrégulière ; il ne pouvait fixer son attention sur rien ; il ne pouvait se livrer à an travail suivi ; quand la douleur s'exaspérait par trop, la nuit il se
couvrait la tête de glace, le lendemain il revenait un peu plus tranquille à
tes affaires.
Âa bout de cinq ans, sunient une névralgie du côté gauche de la tête,
<nti s'étend là l'oreille et à la partie supérieure de la joue et à la tempe ; la
Meur est plus intense vers le trou occipital, le malade garde le lit ; il a
pKsque toujours du délire ; sa mémoire s'altère, il n'a gardé qu'un soupir vague de cette période de sa vie.
Après six mois passés dans cette atroce |>osition, il est pris dans son lit
^*QDe attaque; pendant cette attaque, il perd connaissance et reste para-
^ de la Jambe droite, du bras droit, et de la langue sur ses deux côtés ;
b paralysie est complète pour cet organe.
(1) Itaid, Mémoire sur quelquet fondions involontaires des appareils de la ''bmioCmm, é^ la pr^ension et de la voix (Arch. de médecine, 18S5, t. VIII).
410 MALADIES DUES A UXE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERVEUSE.
11 reste deux mois avec son hémiplégie, les douleurs de tête, la Dévralgîe, délirant et souffrant dans son lit.
Après deux mois de Tattaque, et huit mois de la névralgie, son état parait s'améliorer, les douleurs diminuent, la névralgie cesse, quaod tout à coup surviennent des attaques d'épilepsie.
Les douleurs de tète, qui duraient depuis près de six ans, la névralgie» qui durait depuis huit à neuf mois, sont remplacées par Uépilepsie.
Les crises épileptiques venaient d'abord quatre, cinq et six fols par jour, le malade ne perdait pas toujours connaissance, mais quelquefois; la figure et les paupières étmenl convulsées, il y avait un peu d'écume^ même lorsque le malade ne perdait pas connaissance.
Durant les trois années suivantes, la jambe guérit, devient moins roideet obéit à la volonté, tout en conservant des mouvements choréiques; le bras reste paralysé complètement; la langue articule des sons tremblés et convulsifs, qui finissent par ressembler à des mots; la mémoire des faiU revient, tandis que la mémoire des mots fait défauL
Pendant cette période, le progrès est constant, Tamélioration lente, mais continue, successive ; les douleurs de tète ont presque disparu ; elles De reviennent que deux ou trois jours avant et après les attaques d*épllep6ie; la névralgie n'a laissé aucune trace ; les crises épileptiques ne paraissent que tous les mois.
A cette époque, le malade éprouva des tracasseries, des chagrins. Sous cette influence morale, le^ crises épileptiques redeviennent fréquentes, cinq à six par jour; cet état dure plusieurs mois; enfin Tétai moral s améliore, parce que les tracasseries et les causes de chagrin disparaissent; la tranquillité revient, et cette tranquillité tout intellectuelle agit comme sédatif; les attaques perdent de leur fréquence et de leur intensité; au bout d'un an, le malade n'a plus de douleurs de tête, il marche assez bien, lesatta- * quessont rares, une toutes les cinq à six semaines.
Il y a maintenant quinze ans de la syncx>pe; dix ans de la névralgie; neuf ans et demie de l'hémiplégie; neuf ans de l'épilepsie; et six ans de U dernière rechute sous l'influence du chagrin.
Dans l'état actuel, le malade est vif, actif, il marche beaucoup; la jambe, quoique fonctionnant assez bien, reste choréique ; le bras est paralysé, It partie antérieure a des mouvements convulsifs et choréiques, il y a quelques mouvements d'ensemble; la langue conserve aussi des mouvements convulsifs involontaires; de là un frémissement qui rend souvent la parole inintelligible.
L'intelligence parait très nette; le malade a conservé la mémoire des faits, de ses pensées, de ses sensations passées ; mais il a perdu la mémoire des mots;ÔG là une hésitation particulière; ainsi le malade pense très nettement, sa pensée est claire, on la voit se peindre dans ses yeux, sur sa figure; mais les mots lui manquent pour la formuler, et, faute de mots, il reste dans une recherche qui au premier abord ressemble k de rhésitation.
Quelquefois la pensée existant en lui, les premiers mots lui arrivent
DK LA CHOKÉK. Ail
pour la rendre sensible ; mais bientôt le frémissement convulsif choréique de la lan^e s'en mêle, et sa phrase, bien commencée, finit en un bredouillement qui ne ressemble en rien à celui des bègues.
11 a oublié la valeur des lettres» il ne sait plus les rassembler, il ne peut ni lire ni écrire, il ne sait plus signer son nom ; cependant il suit une discussion, écoute et suit la lecture d'un journal, d'un livre ; rassemble les Idées, les faits émis dans le journal ou dans le livre; les résume, les comfireud, les juge avec sagacité et intelligence.
11 se sert souvent de mots impropres; ainsi en parlant à une femme, il dira monsieur ;k un hamme^ il dira madame; en voyant passer un chet)al, il dira, oh ! le joli bœuf! ou bien le bel homme ! En abordant quelqu'un, il voudra saluer, le mot gredin lui viendra, et il dira gredin-gredin.
Aussitôt le mot lâché, il s'entend, et sait fort bien qu'il dit mal, que le BOt est impropre, mais ma/pr^ /ut, d'une manière mécanique, il le répétera plusieurs fois; ainsi causant avec une femme, il pensera cette femme est très bien ; tout d'un coup le mot bégueule lui passe à travers le cerveau , et aussitôt de dire bégueule, bégueule, bégueule; il le répétera ainsi, quoique h pensée soit bien nette en lui, et quoiqu'il sache qu'il ne dit pas ce qu'il (lense.
il y a donc en lui deux difficultés pour exprimer sa pensée : d'abord, le défout de mots; dans l'état normal, les mots arrivent au fur et à mesure que la pensée se forme; chez lui, au contraire, la pensée se développe eDlière, puis il cherche les roots ; en cherchant le mot propre» il lance le premier que sa mémoire lui fournit; et il suffit que ce mot soit déplacé pour qu'il le repète plusieurs fois. En second lieu , lorsque les mots lui viennent juste, il ne peut guère achever sa phrase, la langue frémit, t'agite, les sons ne s'articulent plus, et il est obligé de sarrèter après cinq ou six mots, sauf à recommencer après.
Toutes ces chorées partielles, aussi différentes que les fonctions musculaires dont sont susceptibles les parties du corps humain mues par des muscles de la vie de relation, peuvent se ^elopper de toutes sortes de manières. Tantôt elles viennent progressivement et s'aggravent durant un temps plus ou moins long, tantôt elles se montrent brusquement dans toute leur force. Dans le premier cas, elles résultent d'un état général lui prend progressivement plus d'intensité; dans le second cas, ^lles sont la suite ordinaire de quelque maladie qui a porté une itleinlc sérieuse au système nerveux ; ou bien elles résultent de quelque production accidentelle qui gône en un point l'influx Mryeux;ou enfln elles sont en quelque sorte congénitales, c'est-4-dire elles existent par une sorte de prédisposition interne ei ne se développent qu'au moment d'évolution conve-
h 1 S MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EXaTATION NERVEUSE.
nable. On ne peut guère avoir la préleiHion de guérir que celles de la première espèce ; les autres échappent presque absolument, comme Ta remarqué M. Blache, à nos moyens d^action. C*est sur cette règle que le pronostic en doit être établi. Quant a la thérapeutique des cas dans lesquels nous croyons pouvoir obtenir quelque chose, elle est toute fondée sur la connaissance et sur la curabilité probable de Télat général auquel est due la chorée. Il s'agit d'une des manifestations les plus singulières de l'état nerveux ; c'est la thérapeutique de cet état qu'il faut employer ; nous ne pouvons qu'y renvoyer.
Outre ces chorées aiguës ou chroniques, générales ou partielles, il y en a encore une autre variété qu'on pourrait appeler tonique, comme l'a fait M. le docteur Aran dans VUmon médi" cale, en publiant un fait singulier observé dans mon service i l'hôpital Beaujon : il s'agit d'un jeune homme de vingt-quatre ans, d'un tempérament éminemment nerveux, chez lequel les accidents ont commencé de la manière queSydenham a décrite, par une espèce de boitement, ou plutôt de rétraction et de rolAtion en dedans du pied droit ; rétraction portée si loin, que le malade avait fini par se servir d'un soulier à talon, dont il faisait élever la semelle tous les deux ou trois mois. La frayeur que lui ont causée les émeutes de juin a développé chez lui les accidents d'une hémi-chorée partielle, bornée aux membres supérieur et inférieur du côté droit, et à la face du même côté, avec un peu de bégayement. Il y avait, à ce qu'il paraît, au début, une agitation qui entraînait les membres tantôt en avant, tantôt en arrière, et même un peu de rétraction du trapèze. Mais, lorsque nous l'avons observe, ce qui nous a frappé chez lui, c'est, au membre inférieur, la contraction tonique involontaire des muscles du mollet qui tiennent le pied dans une extension forcée, font saillir l'astragale, au point que la peau est très amincie à son niveau ; et, au membre supérieur, une extension forcée avec un peu d'agitation du membre. Les doigts sont étendus en éventail ; et si on engage le malade à fermer la main, il parvient, en faisant beaucoup d'efforts, a fermer le quatrième et le cinquième doigts, puis le pouce, et enCn les autres doigts, soit isolément, soit ensemble. C'est à ce moment que se produit une espèce de balancement entre les muscles extenseurs, en convulsion tonique,