‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 35 sur 96 · DE LA CHORÉE. A · texte numérisé non relu

DE LA CHORÉE. A

Lorsque ces accidents neneux, que Ton peut regarder à bon droit comme syphilitiques et arrivés à la période tertiaire, ont apparu, la céphalalgie occipitale a bientôt cédé, grâce à la solution iodurée potassique (eau distillée, 500 grammes; iodure de potassium, 20 grammes, à la dose de trois cuillerées à soupe par Jour).

Le 1*' septembre, la chorée hémiplégique était à son apogée.

A partir du 3 jusqu'au 10 septembre, les phénomènes choréiques ont diminué notablement; Picard est tombée plusieurs fois pendant la nuit du haut de son lit.

12 septembre. 11 ne reste plus qu'un léger tremblement dans le membre supérieur gauche; absence complète de mouvements involontaires.

15 septembre. Je remarque un léger mouvement involontaire dans la paupière inrêrieure gauche dont la malade n'a pas conscience. Tous les autres phénomènes précités ont disparu.

20 septembre. Guérison complète. Continuation de la solution dModure de potassium.

J'ai gnrdé celte malade en observation pendant deux mois; sa guérison m*a paru alors complète et définitive. Picard m'avait promis, du reste, de venir me trouver si quelque chose d'anormal survenait. Aujourd1iui,j'ai tout lieu de croire qu'elle est radica** lement guérie.]

[Il va sans dire que la diathèsc ncvropatliique, déjà mani* Testée par des accidents convulsifs, épilepliques, hystériques, éclamptiques (en appliquant ce dernier mol aux spasmes de l'enfance), n'est point une des causes les moins actives de la chorée, surtout quand une maladie intercurrente vienl changer la marche de la névropathie existante.

11 faut enfin noter comme une dépendance de Tétat nerveux général, celle prédisposition à l'irritabilité, a l'impressionnaliléy qui bouleverse à la moindre émotion, et donne plus ou moins instantanément quand l'excitation morale est par trop vive, le spasme choréique. Aussi les auteurs rapporlent-ils un grand nombre d'observations de chorée produite par la frayeur. Il faut croire que, dans ces cas, les systèmes nerveux et musculaires éprouvent une perturbation spéciale, et qu'un ébranlement moral qui, chez des sujets d'un autre âge et différemment prédisposés, aurait causé l'épilepsie ou l'hystérie, produit, dans ce cas particulier, des phénomènes choréiques.

La chorée peut être le résultat non-seulement d'affections morbides générales, mais de causes morbides locales; c'est à ce

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litre qH*on a attribué son développement à des altérations limitées des centres nerveux, réagissant par consensus sur le système musculaire de la vie de relation; entre autres, à Tinflammation et à Tinduration des tubercules quadrijumeaux, à l'inflammation et à Tinduration de la moelle, à des ostéides du canal vertébral, à des kystes de la glande pinéale, au ramollissement des hémisphères cérébraux et du septum lucidum^ et surtout à des tubercules de l'encéphale, rencontrés par Georget, Andral, Headington, Sée, etc.

D'autres observateurs ont fait remonter le point de départ des accidents choréiques à des lésions de l'appareil digestif, à la constipation, à la présence des vers ; d'autres enfin, et non sans raison, puisque la guérison a été la conséquence immédiate de l'opération, ont attribué la chorée à la présence d'un névrome, d'une carie dentaire. Je transcris, en quelques mots, deux exemples de ces lésions locales ayant causé la chorée :

Racheti, âgé de treize ans, est atteint depuis six mois d'une chorée très intense, contre laquelle toutes les médications usitées en pareil cas ont échoué. Un névrome développé sur le trajet du nerf plantaire inlerne semblait en être le point de départ; il fut enlevé, et la chorée guérie. (Borelli, Turin). — Anne Powler, vingt-qualre ans. Mouvements convulsifs bornés aux muscles de la face et du membre supérieur, l'épaule comprise. Elle avait eu, deux ans auparavant, les mêmes accidents à la suite d'un mal de dents ; et ils avaient cessé après Texlraction del'ostéide malade. Dans cette dernière circonstance, une dent cariée à droite, et dont la compression augmentait l'intensité des convulsions, fut extraite, et les accidents spasmodiques disparurent. (Madan, Tr^zn^ac/. oftheprov. medic, and surg, Association.)]

[Il me paraît utile, avant d'exposer le traitement de la chorée, de dire quelques mots sur sa pathogénie, et de bien préciser quels phénomènes pathologiques on doit combattre :

La chorée est une maladie qui présente, dans la généralité des cas, une agitation désordonnée des membres, un affaiblissement de la force musculaire, un trouble passager des fonctions psychiques. La description des symptômes a mis ces différentes perturbations nerveuses dans toute leur évidence, et je puis

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poser en principe que cetle maladie est une alleetion à la ibis générale et locale : générale, en tant que diathèse cachée sous le masque de la chlorose, de Tanémie, du rhumatisme « de la scrofule, de la syphilis ; locale, en tant que trouble de l'intelligence, désordres et diminution de la contraclilité musculaire.

Je n*ai point la prétention de dire quelle est la nature de la diathèse choréique, mais j'admets pour plus de clarté la réalité de son existence. Il le faut bien, puisque nous voyons cette affection précéder ou suivre des états pathologiques que Too considère ailleurs comme des maladies, et dont nous faisons ses causes les plus ordinaires. La chlorose, le rhumatisme, par exemple, paraissent être, dans des cas donnés, la cause efficiente principale de cette maladie ; mais, comme M. Aran l'a fort bien dit dans son rapport sur le mémoire de M. Sée, il suffit que la chorée puisse exister sans le rhumatisme ; il suffit que le rhumatisme se développe pendant et après la chorée, comme les exemples n'en sont pas rares, pour qu'on ne l'attribue pas exclusivement à une diathèse chlorotique ou rhumatismale. Le rhumatisme joue ici le rôle des principes syphilitiques ou scrofuleux; il n'est pas indispensable, il est plus commun que ces derniers, voilà tout. Il me suffit que la chorée conserve tous ses caractères connus, sous Tinfluence. d'une cause rhumatismale ou autre, pour que je la sépare nettement de celle maladie étiologique, et pour que, dans le traitement général, je ne perde jamais de vue son entité morbide. Aussi nous préoccuperonsnous d'abord, dans le trailemenl, de l'individualité dite choréique, puis de ses causes générales les plus probables, rhumatisme, chlorose, etc., sans nous dissimuler toutefois que le même traitement, par le tartre slibié, la gymnastique ou les bains sulfureux , parait dans certains cas tout aussi efficace contre la cause que contre la maladie elle-même; nous aurons tendance à ne faire aucune distinction entre ces divers cléments delà question.

Ces règles posées, quant au traitement général, et dont il ne faut pas exagérer du resle la valeur réelle, arrêtons-nous un moment sur les indications du Iraitement local.

Les désordres locaux ont pour siège les systèmes nerveux et musculaire. Quant au système nerveux, il peut être affecté dans

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rexerciccdc ses fondions sensilives et motrices, chacune d*elles prise isolément ou collectivement ; quant au système musculaire, il parait être troublé dans la propriété contractile dont il jouit intrinsèquement, en dehors de Texcitation nerveuse, électrique, qu'il reçoit de la moelle. Le défaut de coordination dans Tensemble des mouvements, les contractions saccadées des muscles, la légère diminution de la sensibilité, le tout frappant le plus souvent une moitié du corps plus que l'autre, permettent de supposer que la diathèse générale localise plus spécialement son action sur certaines parties des centres nerveux qui président aux fonctions de la coordination et de l'excitation motrice; de là l'indication d'avoir recours à certains médicaments qui, comme la strychnine, ont une action marquée, non pas sur la contractilité musculaire isolée, locale, mais sur le foyer central d'où part l'excitation qui fait contracter les muscles ; et si, d'autre part, le muscle lui-même a perdu l'exercice des mouvements qui lui sont propres, Futilité du courant électrique se montre dans toute son évidence.

J'en ai dit assez pour faire comprendre que le traitement doit être à la fois général et locale et pour montrer ce que nous promet dans l'avenir l'application à la pathologie nerveuse des progrès de la physiologie expérimentale.]

[Traitement. — Je reconnais que j'établis une division plus fictive que réelle, quand je classe les agents curatifs en généraux ou internes, et locaux ou externes. Il est impossible qu'un médicament absorbé ne fasse pas sentir son influence sur les troubles locaux, puisqu'il réagit sur toute l'économie, et que, d'autre part, le traitement local ne soit pas à son tour profitable a l'ensemble des phénomènes morbides, surtout dans une maladie nerveuse ou le consensus totius substantiœ est aussi manifeste que dans la chorée.

On a tour à tour employé, comme traitement général, les antiphlogistiques, les narcotiques et antispasmodiques, les excitants, les contro-stimulants et les topiques.

Sydenham, qui attribuait la danse de Saint-Guy a une humeur irritante engorgée dans les nerfs; Bouteille, à une pléthore sanguine qui entravait la révolution de la puberté, conséquents l'un et l'autre avec leur théorie, ont conseillé et mis en pratique

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les saignées et les purgatifs. Ferrus, Serres, Lisfranc et autres, qui croyaient à une inflammation des tubercules quatrij^imeaux, usèrent des saignées générales et locales. Starck et surtout Hamilton, qui en fixaient le point de départ dans un trouble fonctionnel ou organique du tube digestif, donnèrent la préférence aux purgatifs (calomel, huile de ricin, sulfate de ma*" gnésie) . Les narcotiques, préconisés par quelques-uns, ont été rejetés par un bien plus grand nombre.

Je ne pense pas qu^aucune de ces médications doive être acceptée exclusivement, j'aurais plutôt tendance a les mettre toutes à contribution, surtout dans les chorées aiguës^ et voici, en pareille circonstance, comment je me conduirais :

J'emploierais d'abord des bains, quand ils sont possibles; dé Topium porté aussi loin que le permet la tolérance essayée du malade ; des aiïusions froides, quand elles ne suRbquent pas immédiatement dans les premiers essais qu'on en fait avec précaution. Ces premiers moyens m'ont semblé utiles dans le plus grand nombre des cas. Si, au milieu de tout cela, on voit se faire quelque congestion cérébrale, si l'on peut sentir un pouls ou développé ou fréquent, ou surtout dur, si l'on a a traiter un adulte ou un sujet jeune et capable de supporter quelque évacuation sanguine, une saignée, qu'on répète au besoin, peut contribuer à redonner du calme et à pousser le malade dans une autre forme de cborée.

D'autres moyens peuvent encore rencontrer, suivant les cas, leur moment d'application : les drastiques, quand on juge qu'il y a utilité a provoquer des évacuations alvines, ou à déterminer une dérivation sur les intestins ; les révulsifs le long du rachis, s'il y a probabilité de quelque irritation de la moelle épinière ou de ses membranes. Tous ces moyens nous semblent rationnels et utiles a conseiller ; mais nous avouerons n'avoir jamais rien recueilli de bon de la valériane, de l'asa fœtida, du musc ni de l'oxyde de zinc. L'oxyde de cuivre ammoniacal, le nitrate d'argent, les préparations mercurielles, les cantharides, nous semblent plutôt avoir été invoqués dans des tentatives déses-* péréesy que sérieusement et raisonnablement conseillés sur les données scientifiques.

On a conseillé, parmi les excitants, les préparations de

iiO MALADIES DUES A ÙNE AUGMËNTAtlON DE i/eXCIÎATION NERVECSE.

strychnine et d'arsenic, Tiode el ses composés. Tous ces médicaments peuvent avoir leur utilité, a la condition que l'on saisira bien l'opportunité de leur application. Il est incontestable que la strychnine, utile quand l'atonie des muscles se joint a leurs mouvements désordonnés, ne serait pas aussi clairement indiquée quand le spasme prédomine, et surtout quand la danse de Saint- Guy a été précédée de maladies encore plus franchement convulsives. Je n'ai pas dans son action une coniiance aussi entière que Vont eue ou l'ont encore Lejeune, Cazenave (de Bordeaux), Rougier, Fouilhoux, Trousseau et son élève M. Moynier, bien que le défaut de coordination des mouvements et l'action spéciale de la noix vomique sur la substance grise de la moelle me laissent aujourd'hui entrevoir l'avantage qui peut résulter de son administration. J'y aurais donc recours exceptionnellement dans des cas rebelles, avec la double intention d'agir sur les fonctions digestives et sur les fonctions nerveuses. La strychnine, en effet, stimule Tappétit, combat la constipation si fréquente chez leschoréiques. Quoi qu'il en soit, « ta préparation a laquelle (m doit donner la préférence est le sirop de sulfate de strychnine, qui contient 5 centigr. de sulfate pour 100 grammes de sirop de sucre, et dont la dose est subordonnée à l'âge du malade. Oo donne aux enfants, le premier jour, deux ou trois cuillerées a café du sirop ; on augmente tous les jours d'une cuillerée, jusqu'à ce que Ton soit arrivé à six : alors on substitue chaque jour à la cuillerée a café une cuillerée à dessert. Quand on a atteint le nombre six, on remplace la cuillerée a dessert par des cuillerées a bouche. Arrivé à six cuillerées à bouche, le médecin doit en augmenter le nombre, mais d'une manière plus lente, en mettant entre chaque augmentation un ou deux jours d'intervalle. Pour les enfants, lu limite est de sept, neuf ou dix par jour. Ces doses doivent être régulièrement espacées dans les vingt-quatre heures : c'est donc environ toutes les quatre heures que l'on donne du sirop.

» Dès que le traitement est commencé, il faut être à la re* cherche des signes qui indiquent que ce médicament agit, et qui guident dans la conduite à tenir. Il faut que la dose soit élevée jusqu'à produire de§ roideurs tétaniques légères, et l'an des «ignos précurseurs de ces roideurs est la démangeaison du

DE La CHOttÉfi. ASl

eoir chevelu et de la peau. Les muscles masséters sonlles premiers atteints par 1(3 médicament, aussi doit-on fréquemment s'enquérir si le malade éprouve de la difficulté à ouvrir la bouche; puis l'action se porte sur ceux des membres inférieurs. Le malade est quelquefois pris de roidcur subite dans les jambes, et ▼oulant marcher et porter le corps en avant, les jambes restent fiies, ou se laissent tomber à terre. Toute cette médication est soumise au principe suivant : pas d! action curative sans effets physiologiques préalMes. La ligne de conduite est donc tracée, et l'on ne voit apparaître reffel thérapeutique que lorsque les raideurs se sont montrées. > (Trousseau.)

La durée de ce traitement est de trente- trois jours pour les fliles, et de soixante et quatorze jours pour les garçons. Ces diifTres n'indiquent pas que le sirop de sulfate de strychnine ait une supériorité bien marquée sur les bains sulfureux et la gymnastique, et peut-être pourrait-on attendre, d'un médicament qu'on recommande comme supérieur à tout autre, une action plus promptement efficace.

J'aborde maintenant Tétude d'une série de médicaments dont l'action fort complexe échappe encore à notre analyse, et par conséquent à notre raisonnement; je veux parler de ces modificateurs généraux, tels que les sels arsenicaux, l'iodure de potassium, le tartre stibié et le sulfate de quinine, auxquels je doonerais suivant les cas une certaine préférence.

N'oublions pas que la diathèse choréique semble tenir a un ttélange d'altérations générales, qui, prises chacune isolément, offrent des indications spéciales. Aux enfants faibles et étiolés dont les fonctions nutritives et assimilatrices languissent, issus de parents de constitution herpétique ou qui ont été eux-mêmes tourmentés par des gourmes, je donnerais avec confiance au début la solution arsenicale de Fowler. Je le ferais avec d'autant plus de confiance, qu'un auteur recommandable, Romberg, lui donne la préférence d'une manière générale sur tout autre médicament, et cela après avoir obtenu des résultats positifs dans des cas de chorées chroniques qui avaient résisté à toutes les autres médications.

Romberg cite entre autres trois exemples de guérison reinarquable : un premier, obtenu chez une jeune fille affectée

de ehorée depuis huit ans ; un second, chez une femme également malade depuis plusieurs années , qui avait été inutilement soumise au fer, aux douches, aux dérivatifs, et qui fut guérie au bout de deux mois; enfin, un troisième exemple, constaté chez une jeune Glle de dix-huit ans, choréique depuis six mois a la suite d'un rhumatisme arliculàire. Cette dernière ne pouvait ni marcher, ni se tenir debout^ ni parler d'une manière intelligible, et ses mouvements étaient parfois si désordonnés, qu'il fallait venir à son secours et lui tenir les membres. Tous les remèdes avaient échoué : soumise, pendant huit semaines, a quatre gouttes de la solution de Fowler, elle guérit. Romberg n*a jamais été au delà de trois a quatre gouttes, trois fois par jour, mêlées à de Teau distillée, et l'on ne dépasserait pas chez les enfants au-dessous de dix ans la dose maximum de trois à quatre gouttes par jour, soit une goutte toutes les six ou huit heures. L'intoxication, qu'on n'a d^ailleurs jamais eu à déplorer, s'annoncerait par une légère inflammation de la conjonctive.

Comment agit l'arséniute de potasse dans ce cas? Nous ne le saurions dire, pas plus que nous ne pouvons nous rendre compte de son action héroïque dans certaines diathèses herpétiqueSi dans les eczémas chroniques, le psoriasis, et dans cette autre névrose décorée du nom de fièvre intermittente; pas plus que nous comprenons ses eflets physiologiques chez ces animaux dont il facilite l'entraînement, et chez les arsénicophages du Tyrol, qui lui doivent un teint plus frais, un embonpoint plus satisfaisant, une respiration plus facile. Nous devons attendre un résultat salutaire, de l'administration d'un médicament qui joint à des propriétés thérapeutiques incontestables une action physiologique reconstituante non moins positive, a la conditioD* toutefois, de ne pas oublier qu'il stimule et qu'il doit agir d'une autre manière que les contro-stimulants dont nous allons parler*

L'iodure de potassium est encore, mais sous un autre rapport, un de ces modiflcateurs généraux qui ont sur l'organisme livré aux influences morbides des diathèses une action puissante; aussi peut-il trouver son judicieux emploi chez les sujets cho« réiques menacés congénitalement ou actuellement par le vice scrofuleux. Nous en faisons un trop fréquent usage pour qu'il

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soit nécessaire d insister fur sod mode d'administralion, ainsi que sur ses propriétés médicalrices diverses. M. Muller, de Bervilliers (Haut-Rhin), en a surloul oblenu de bons résultats.

Abordons maintenant le traitement par le tartre stibié, qui a le privilège de fixer en oc moment l'attention, après avoir été oublie depuis Rasori, Laênnee et Breschet, qui l'avaient mis au nombre des remèdes d'une utilité relative.

L*émétique à hautes doses est un de ces médicaments qui doit répondre aux indications déduites des théories humorales et phlogistiques. J'aurais eu tendance à lui donner la préférence sur tout autre remède, si j'avais, par exemple, attribué la chorée au rhumatisme ; ce n'est donc pas sans surprise, que je vois M. Sée le rejeter d'une manière absolue de la médication antichoréique. — Le tartrate d'antimoine et de potasse est peut-être l'agent hyposthénisant le plus actif que nous possédions : nul autre ne produit une sédation plus prompte dans Téréthisme nerveux, dans le spasme ; c'est à ce titre que j'en ai conseillé l'usage dans les attaques convulsives fréciuemmcnt répétées. Mais cette action sédative, hyposthénisante ne produit ses effets sur le système nerveux qu'après avoir agi sur le sang dont les éléments sont morbidement affectés, et si cet état morbide du sang n'est pas une des causes de la chorée, il est probable qu'il s'engendre à la suite des troubles fonctionnels qui tiennent l'organisme dans une perpétuelle agitation. — Sans donc vouloir comparer l'état du sang dans la chorée à celui de ce fluide dans la pneumomie, ou le rhumatisme aigu, on peut raisonnablement supposer qu'il a subi certaines altérations que l'émétique à hautes doses peut modifier avantageusement.

Ces données établies, je serais donc porté n priori à faire emploi de ce médicament, surtout dans les cas aigus, sauf à soutenir ses effets thérapeutiques, à l'aide des toniques généraux dont nous parlerons tout à l'heure. Mais ce ne sont pas seulelaeot nos théories pathogéniques qui recommandent la médication stibiée; elle à des titres plus sérieux à faire valoir : des faits, cet uliima ratio, plaideront en sa faveur et nous allons les compter et les peser.

Laênnec nous a laissé trois observations de chorée traitée et I. 28

àià MALADIES DUES A LNË AUGMENTATION DE LRXGITATIOM NERVEUSE.

guérie par le tartre stibié à hautes doses. Il appliquait à cette maladie la formule du traitement de la pneumomie : il commençait à la dose de 30 centigr. dans une potion aromatique et additionnée de sirop d*opium; il augmentait la dose de 2 centigr. par jour et arrivait à la dose maximum d'un gramme pris en six fois dans les vingt-quatre heures. Une des malades, âgée de vingt ans, choréique depuis cinq mois, fut guérie en trente-six jours ; une seconde, âgée de vingt-cinq ans, qui était depuis quatre jours affectée d'une chorée rhythmique des plus violentes, fut guérie en cinq jours ; enfin la troisième, âgée de trente-deux ans, hémiplégique depuis deux mois, fut prise tout à coup de mouvements spasmodiques de tout le côté paralysé et fut guérie au bout de quinze jours. Ces guérisons obtenues chez des adultes, bien qu'elles portassent avec elles un utile enseignement, tombèrent dans Toubli, malgré l'appui que vint leur donner le traitement mixte de Breschet, qui ajoutait les purgatifs drastiques au tartre stibié, et nonobstant une nouvelle observation favorable de M. Salgues, de Dijon (1847).

Quoi qu'il en soit, cette médication n'avait pas fixé l'attention; et c'est seulement dans ces derniers temps que MM. Boih ley, Gillet et Bontils (thèse 1858), Brierre de Boismont, Pidoux et H. Roger, ont eu Tidée de la soumettre à une nouvelle vérification, puis de la conseiller comme le moyen le plus efficace contre la danse de Saint-Guv.

M. Bouley administre le tartre stibié à haute dose dès le début, et en deux fois coup sur coup, à une demi-heure d'intervalle. Il commence par 50 centigr. dans un julep ; si la chorée résiste, U dose est portée le lendemain a 1 gramme, pris en trois fois de demiheure en demi-heure-, si elle résiste encore le surlendemain, il ordonne 1^,50 en quatre fois et toujours de demi-heure en demiheure. Cette médication détermine bientôt des vomissements, des selles fréquentes, suivies d'un abattement général, puis de la disparition complète des accidents choréiques. La maladie serait jugulécy comme on le disait au bon temps des saignées coup sur coup. On comprend qu'une action perturbatrice aussi violente, et ({ui jette le patient dans une prostration complète, soit momentanément suivie d'un prompt succès, mais j'en re» douterais les conséquences sur certaines constitutions déjà pro*

t)E LA ClIORÉK. A35

idément ébranlées, aduiblies, el je craindrais, comnio du le l'expérience semble Tavoir démontré, que la guérison ne pas aussi durable qu'elle aurait été prompte, et que la cause »ntielle n'ayant pas été suffisamment modifiée, les récidives fussent plus rapprochées et plus fréquentes. Pour toutes ces isons, je donnerais la préférence à la méthode conseillée par . Gillet et que M. Bonfils a exposée dans sa thèse. Cette méode consiste à administrer le tartre stibié par période de trois ars, en laissant le malade se reposer pendant trois autres urs entre chaque période, et de façon à obtenir la tolénoe.

On donne le premier jour, suivant l'âge du sujet, 20, 26 ou ) centigrammes d'émétique; &0, 60 ou 60, le deuxième jour ; ), 76 ou 00 centigrammes le troisième, et Ton attend trois urs. Si les mouvements irréguliers persistent, on commence deuxicme période, à la dose dernière augmentée de 6 centigr. 1 double cette augmentation de 6 centigr. le deuxième jour; I la triple le troisième*, si enfin la chorée résiste, on en vient, wi$ trois jours de repos, à la troisième période, et toujours ec 6 centigr. d'augmentation, sur celle de la deuxième période, en doublant et triplant cette quantité additionnelle. L'expérience a démontré à MM. Gillcl et Bonfils que l'addim de l'opium n'était pas nécessaire a rétablissement de la \ lérance; aussi formulent-ils les 20, 25 ou 30 centigrammes tartre stibié tout simplement dans 125 grammes de solution mmeuse, dont on donne une cuillerée toutes les heures. Le llade prend en môme temps trois bouillons ou trois potages par ur, en ayant soin de laisser une heure d'intervalle après l'instion de ces aliments avant de reprendre de la potion. Dans la majorité des cas, les premières cuillerées sont suivies ^nausées, puis de vomissements glaireux, mais bientôt la toléiBce s'établit complétemeut. Il faut éviter de boire en même mps qu'on prend de la potion, afin de ne pas diluer dans une M grande quantité d'eau l'émétique contenu dans l'estomac; itrement il agirait comme étant au lavage et ferait sûrement

unir.

Ce mode d'administrer l'émétique, à part les nausées et les

fiiissements du début, affecte rarement les voies digestives;

£36 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EXClTATIONNERTEESe.

c'est a peine s'il y a de la diarrhée, et la constipation se produit fréquemment.

Quant aux autres fonctions, si elles en éprouvent quelque effet, c*est en bien : ainsi le pouls se ralentit, la peau devient sudorale, Tétat général s'améliore; les enfants, je Tai constaté dans les salles de M. Gillet, ne sont nullement abattus, ils coiiservent leur gaieté.

Les modifications que ce traitement apporte dans les mouvements choréiques, sont quelquefois manifestes dès le premier jour, et Ton a vu, dans un cas, la guérison être complète après une seule série de trois jours ; mais le plus souvent, il faut arriver jusqu'à la troisième série afin d'obtenir une cure définitive, et comme la théorie permettait de le prévoir, ce sont les chorées les plus intenses, les plus généralisées, qui ont cédé le plus facilement a ce traitement, lui-même essentiellement général. — Sur dix cas, la durée moyenne a été de seize jours; il va sans dire que ce résultat de la statistique est comme toujours en dehors de la vérité, et que des dix malades aucun o*t été réellement seize jours en traitement, ce chiffre étant l'expression des deux durées extrêmes, quatre jours au minimum et vingt-quatre jours au maximum. La durée moyenne du t^ait^ ment serait, par la gymnastique et les bains sulfureux, de trente-cinq jours pour les filles et de quatre-vingt-sept jours pour les garçons : par le sulfate de strychnine, de trente-trois jours pour les iillos et de soixante et quatorze jours pour les gt^ çons. — J'appelle en passant l'attention sur la différence constatée entre la durée de la même médication par le sulfate de strychnine, dans les deux sexes, et sur une guérison qui met trob mois a se produire chez les garçons.

Comme on le voit, la comparaison est de beaucoup en faveur de la médication stibiée, et si j'ajoute que les symptômes aytot été ainsi plus sûrement modifiés dans leur cause générale, les récidives sont beaucoup plus rares, on sera disposé dans des cas donnés a choisir le traitement par Témétiquc de préférence à tout autre.

Lorsque les accidents choréiques sont complètement dominéSt on consolide la guérison par les bains sulfureux et la gymnastique, et cela pendant un ou plusieurs mois, suivant Télal g^

De LA CHORÉE. &S7

Déral des forces et la chronicité de la maladie. Le choréique ea convalescence prend un jour le bain sulfureux et se livre le lendemain a la gymnastique.

Je ne sais si MN. Gillet et Bonfils auront la satifaclion de voir adopter dans tous ses détails leur méthode de traitement quelque peu compliquée, tant sous le rapport de Taugmentation des doses que sous celui des séries ternaires de repos et de traitement actif; numéro deus impare gaudet, il est vrai, surtout da nombre trois; mais la pratique civile, et surtout celle des campagnes, ont leurs exigences ; elles demandent avant tout un modus faciendi simple et facile, peut-être eût-il été bon d*en ieoir compte. Et puis, a bien prendre, la méthode de Laênnec avait du bon ; où était la nécessité de tant innover %

Je m'étonne, eu égard au rôle et à Timportance donnés au principe rhumatismal comme cause de la chorée, que le sulfate de quinine à haute dose, modificateur du sang aussi puissant que le tartre stibié, n'ait pas triomphé de la maladie, et encore plus héroïquement que Témétique. Si une expérience faite sur une large échelle démontrait son inefficacité, il faudrait, suivant Taphorisme : Naturam morborum ostendit curatioj croire qu'on a beaucoup exagéré l'influence de la diathèse rhumatismale sur la production de la chorée. Voici, en attendant, un exemple de guéfison due à l'action du sulfate de quinine :

La nommée Poujol (Anna), âgée de dix-sept ans, entre, le 28 août 1852, aile Sainte-Cécile, n* 6U, à l'hôpital Beaujon.— Elle n'a jamais fait de maladies graves; de tout temps, elle a été sujetle à des mauxd'yeux, et, à Page de cinq ans, elle fut atteinte d'une affection de ces organes qui la rendit aveugle pendant dix-huit mois. Aujourd'hui, elle porte des traces d'affections chroniques des yeux; les bords libres des paupières sont épaissis, rouges, et les cils en ont disparu en grande partie.

La menstruation s'est établie à quatorze ans, peu abondamment, mais réfoliërement tous les mois.

Elle prit, il y a deux ans, des bains de vapeur, à Saint-Louis, pour des douleurs qu'elle éprouvait dans les jambes, dans les bras, le dos, etc., et ^i occupaient sans fixité presque tous les points du corps : elle guérit.

Quinze jours avant son entrée à l'hôpital, elle se refroidit et ressentit du frisson; les bras ne tardèrent pas à se couvrir de boutons qui lui cauairnt de vives démangeaisons et qui ont disparu. Huit jours après, des douleurs se firent sentir dans les articulations du coude, du poignet, du fuioa et du pied du côté droit, et s'accompagnèrent d'un certain gonfle-

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ment de c'os articulations. Klle remarqua, en même temps, que quand elle travaillait, quand elle voulait coudre, il se faisait dans son bras droit des contractions qu'elle ne pouvait vaincre et contre lesquelles elle essayait en vain de se roidir. Rien de semblable n'existait encore dans la jambe droite. Mais il n'en fut pas longtemps ainsi, et, quatre ou cinq jours après, la jambe et le bras droits et la moitié droite de la face étalent devenus le siège de mouvements choréiques qui la décidèrent à entrer à Thôpital.

C'est une jeune personne à peau fine et blanche, aux cheveux châtains,) tempérament lymphatique très prononcé. Ses règles paraissent chaque mub, mais peu abondantes et de peu de durée; pas de flueurs blanches. L'appéHl est bon. On entend au asur un prolongement légèrement soufflant du pr^ mier temps, et dans les carotides un chant musical des plus prononcés.

Les articulations du pied et du genou droits, du poignet et du coude du même côté sont le siège d'un gonflement léger qui dure depuis trois Joon, et la malade y ressent des douleurs qui augmentent à la pression : lesaoïvementsdeces articulations y provoquent aussi un peu de douleur.Cessj'mptômes n'offrent pas un grand degré d'acuîté, et, au moment de l'entrée) l'hôpital, ils sont déjà arrivés à leur période de déclin. Lorsqu'on exaoioe cette malade, couchée dans son lit, et que les membres reposent horizooUlement, on voit la jambe droite agitée de mouvements contre lesquels h volonté est impuissante, mouvements de flexion et d'extension de la ctisK et de la jambe, ainsi que du pied, qui décrit aussi des mouvements de rotation. La même chose a lieu dans le bras droit, mais principalement dans l'avant-bras, qui s'étend, se fléchit, se tourne et se retourne en dedauset en dehors, et dans les doigts, qui se meuvent en tous sens, malgré les efforts de la malade et sans qu'elle en ait cons(Mence lorsque son attention est distraite. Les objets qu'elle tient s'échappent de sa main. Des coQtrktioBS musculaires du même genre se remarquent sur la moitié droite de la face, qui QSi le siège de quelques grimaces.

Des boutons semblables à ceux qui se sont développés quinze Jours anpiravant se sont reproduits deux ou trois jours après l'admission de la Biabde à riiôpital : ils consistent dans des esiM'ces de soulèvements du ëenK épaissi, (Mi forme de plaques, à peu près comme dans l'urticaire, mais différant de cette dernière maladie par leur coloration ronge, par leur pei d'étendue et |)ar leur multiplicité. Ils s'accompagnaient d'une forte demigeaison et disparurent au bout de quelques jours sans desquamation.

L'appétit n'a pas été interrompu, et la malade a mangé, le i>remfier|6ir. une portion ; le second jour, on l'a mise il deux portions, qu'elle a eoflse^ vées jusqu'à sa sortie de Thôpital.

Pour traitement, tous les jours : l«%ôO de sulfate de quinine, dont roMfe a été continué pendant toute la durée de son séjour à l'hôpital. Tous les soirs, une pilule d'opium.

Elle sort le il septembre 1852, parfaitement guérie.

Des pathologistes ont attribué la chorée à la chlorose, d^ao-

DK LA CIIORKE. A39

très à la paralysie : Mihiveropnralyticapoiiusaffectio viJetur^ a resolutione mttsctdorum orta, etc. (Richard Mead, Imperium salis ac tunœ in corpora humnna, p. 17) -, et Ton comprend qu'ils aient basé leur traitemenl sur les analeptiques et les ferrugineux. C'est ainsi que Cullen, Murray, Chaptal ont conseillé la décoction de quinquina, et Fischer, EUiotson, Baudelocque et Bouneau les préparations ferrées. Il est certain que le traitement par les toniques, quand la chlorose est nettement prononcée, ou quand l'organisme en langueur a besoin d'être stimulé, con- Tient à titre de médication plutôt adjuvante qu'exclusive, mais on n'oubliera pas la fréquence de la constipation chez les cho» réiques, et la tendance du fer à l'augmenter.

On a encore cherché à se rendre mattre des mouvements choréiques à l'aide des anesthésiques : l'éther et le chloroforme. MM. les docteurs Prévost, Fuster, Marsh ont publié quelques cas de guérisons dues à cette médication. Mais c'est surtout M. le docteur Géry fils (1), qui a appelé l'attention sur l'efficacité du chloroforme dans les chorées aiguës, incoercibles, qui menacent la vie des malades. Il cite plusieurs exemples de guérisons fort remarquables, obtenues par Tinspiration de 10 à 16 grammes de chloroforme. Tous les enfants ont montré une tolérance qui serait un encouragement pour le praticien, surtout dans les cas désespérés.]

[Tbaitehent local ou EXTERNE, Comprenant la gymnastique, les bains, l'électricité, etc. — Dans celte médication, l'exercice régulier des muscles, la stimulation de la peau par les ablutions froides ou chaudes, l'excitation produite par le courant électrique, réagissent nécessairement sur l'ensemble des fonctions ; si l'eflet immédiat est local, Taction consécutive est générale.

Gymnastique. — Darwin, Mason Good, lionne t -Lamarre, constatant chez les choréiques le défaut d'ordre et de pondération dans les mouvements, l'afTaiblissement de la contractilité musculaire, eurent l'idée de remédier à ces désordres en soumettant les enfants à des jeux réguliers, au saut à la corde. Plus tard, Baudelocque, Guersant, MM. Bouneau et Blache, satisfaits des résultats que la gymnastique opérait sur la santé des petits ma-*

^t) Voir BuHlelin de thérapeutique y t. XLVllI, p. 193.

AàO MALADIES DITES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERTEUSE.

ludes scrofuleux, et ne se dissimulant pas qu'un défaut d'activité dans la nutrition se reliait le plus souvent aux troubles fonctionnels delà chorée, généralisèrent Tapplication de ce traitement hygiénique. Ils pensèrent que l'attention sollicitée à se fixer sur les ordres et les commandements du gymnasiarque, que les muscles soumis a des mouvements mesurés, que la stimulation morale produite par l'exercice en commun, que l'activité plus grande imprimée à la circulation, et surtout qu'une diffusion plus générale de l'excitation nerveuse sur tous les points de l'économie, auraient sur l'ensemble de l'organisme un effet salutaire ; et les choréiques furent conduits au gymnase, quel quefùl d'ailleurs le degré de leur maladie. L'expérience confirma leurs prévisions, et les petits malades guérirent, lentement, il est vrai, mais en jouant. Il va sans dire que cette gymnastique médicale, qui, bien comprise, produirait une véritable régénération dans les deux tiers de l'espèce humaine, n'est point un exercice d'acrobates, mais la mise en activité méthodique de toutes les facultés qui président aux fonctions si multipliées des mouvements. L'ordre, le commandement s'adressent à l'esprit, à l'ouïe; l'exemple, aux yeux ; Faction lente ou précipitée, aux systèmes nerveux, musculaire ; la lecture, le chant, à l'entendement et à la parole.

Bientôt, sous l'influence de cette excitation générale, la nutrition s'opère avec plus de régularité, elle change les qualitésdu sang, modifie les quantités, sinon les qualités de l'influx nerveux; elle réveille la calorilication, et toute cette transformation physiologique porte à la fois et sur le muscle isolé menacé de paralysie, et sur la sensibilité et la motilité qui mettent en jeu l'organisme tout entier.

Ce traitement, car on peut donner ce nom à cette judicieuse application de l'hygiène, employé à temps, aurait non pas guéri, mais, ce qui eût été encore préférable, prévenu la maladie.

Bains sulfureux. — Tout ce que je viens de dire de l'action modératrice de la gymnastique s'applique en grande partie au traitement par les bains sulfureux. Ces derniers agissent, en effet, en tonifiant et en stimulant; ils répandent sur toute la surface du tégument une excitation qui tendait à s'accumuler avec excès sur certaines régions; ils opèrent, qu'on me passe cette exprès-

DE L.v cHouÉit:. hhi

sion, une gymnastique lalenlc, révulsive, (l*aborJ localisée sur Tappareil si importanl de la sensibilité cutanée, qui préside aux fonctions du tact ; puis, de la superficie Texcitalion gagne les muscles, le système nerveux; et bientôt toutes les fonctions concourent à ramener Torganisme aux lois physiologiques dont il s'était écarté.

A Baudelocque appartient Tidéc de traiter la chorée par les bains sulfureux, et le mérite d*en avoir réglé l'administration ; car on suit encore aujourd'hui le mode de traitement qu'il a conseillé, et qui consiste à faire prendre tous les jours, et pendant une heure, un bain contenant 120 grammes de sulfure de potassium solide. On constate quelquefois, au bout de deux ou trois jours, une amélioration notable dans Tétat du malade, ses mouvements sont moins saccadés, ils obéissent plus docilement et plus intelligemment à sa volonté ; le plus souvent, le calme est plus long a se produire, ce n*est qu*au dixième ou au quinzième jour qu'il se manifeste, mais alors il est plus régulier et plus durable. Ce mode de traitement, conmie tous les autres, trouve des cas rebelles: c'est, quand il y a de la fièvre, une inllammation des séreuses ; c'est quand la peau est excoriée et l'irritation ressentie portée jusqu'à la douleur; c'est quand la poussée sulfureuse vers la peau va jusqu'à produire un véritable prurigo.

A priori, on serait porté à associer les bains sulfureux et la gymnastique, et c'est, comme nous l'avons dit, ce que font la plupart des médecins de l'hôpital des Enfants; cependant, M. Sée, très bon juge en pareille matière, rejette toute médication adjuvante : il conseille de seconder l'action des bains tout simplement par un bon régime, des boissons légèrement excitantes, et l'usage d'un vin généreux.

Je n'ai garde d'oublier, pendant que je traite de l'action des bains sulfureux, l'usage, plus anciennement adopté, des bains froids par immersion lente ou subite. Dupuytren, qui considérait peut-être la chorée comme une névrose, analogue sous quelques rapports à la fièvre intermittente, prétendait qu'aucune chorée ne résistait a l'immersion par surprise dans un bain à la température de dix à quinze degrés. Je ne doute pas que l'hydrothérapie moderne, maniée avec intelligence et à propos, n'apporte aussi son contingent de guérisons ; car la durée de

442 MALADIES DUES A UNE AIGMËMATIOM DK L^ËXCITATION NERVEUSE.

raiïusion et sa température peuvent en faire, à volonté, ou une cause ou un moven curatif de la chorée.

Dès que la gymnastique et les bains sulfureux, agissant comme stimulants locaux et généraux, guérissent la chorée, on comprend que Yélectricitéy cet excitateur par excellence du système nerveux et des fibres musculaires, ce modérateur de Thyperesthésie et de l'hyperalgésie, pourra concourir à la médication antichoréique.

Deliaen et Underwood, puis, en France, Meyran, furent, entre autres, grands partisans de ce mode de traitement, et, s*ils ont obtenu des guérisons en employant l'électricité comme on pouvait le faire, en se servant des appareils peu maniables qu'ils avaient alors à leur disposition, on doit facilement concevoir quelle ressource nous en pourrions tirer aujourd'hui. J*ai vu plusieurs choréiques couchées dans les salles de MM. Rayer et Briquet, i la Charité, chez lesquelles Télectrisation a hâté et complété le traitement. On se servait d'un courant d'induction localisé; mais ce serait peut-être le cas d'user du courant d'induction généralisé (dont j'exposerai les avantages quand je m'occuperai des paralysies), dans le but de porter l'excitation sur un plus grand nombre de points, et de ramener dans leurs voies naturelles les esprits animaux follement agités, comme aurait dit Sydenham.

L'utilité de provoquer, à l'aide du courant électrique, des contractions régulières, synergiques, dans des muscles obéissant i des excitations spasmodiques déréglées, ne saurait être contestable. On remédie ainsi à l'agitation perpétuelle des uns, et au repos atrophique des autres. N'eût-elle que cet avantage, l'électricité serait déjà d'un usage important, mais elle agit également sur la circulation, sur la calorification ; elle fait appel i U nutrition, elle est à la fois dérivative et stimulante ; et, comme son action généralisée s'étend à tout le système nerveux, peutêtre a-t-elle, comme la strychnine, la propriété de produire une excitation favorable sur les foyers rachidiens et ganglionnaires de la sensibilité, et sur les racines postérieures qui en sont les voies expansatrices ; et, à ce titre, les bains électriques agiraient sans doute aussi efficacement que les bains sulfureux.

Toute cette médication externe produit, en dernière inilyse,

DE LA CHORRE. AAS

un résultat identique; que la volonté commande impérieusement aux muscles de se conlracler méthodiquement, ou que cette obligation de le faire leur soit imposée par le courant électrique, la circulation nerveuse et sanguine, l'activité digestive, assimilatrice, y trouvent du plus au moins toujours leur compte ; et je tie comprendrais pas comment Tun de ces moyens exclurait l'autre ; ce qui revient à dire que je trouverais de l'avantage i les associer dans la juste mesure des besoins physiologiques.

Les révulsifs cutanés, ont été entre les mains de M. Gagnion, habile praticien de Vilry-le-Français, d'une efficacité incontestable. Il m'a communiqué le résumé de trente observations de choréiques, toutes du sexe féminin, guéries avant le quarantecinquième jour du traitement, par l'usage de l'huile de croton tigliutn, des vésicatoires, des cataplasmes sinapisés et des ventouses sur toute la longueur du rachis. Il joint à ces révulsifs les bains sulfureux ; les préparations de fer et surtout de quinquina, en raison de la constitution médicale de la localité ; les purgatifs, principalement chez les enfants de la campagne, si souvent tourmentés par les vers ; enfin la gymnastique en géhéral : celle de l'entendement, en fixant fortement l'attention par des lectures ; celle du corps, en imposant aux malades des promenades à pied et surtout en voiture ; et, à défaut d'électricité, le massage répété plusieurs fois par jour.

D'autres agents révulsifs, entre autres le vésicaloire comme base de traitement, ont donné des guérisons non moins rapides et non moins durables. C'est ainsi que M. Max Simon rappliquait à la nuque {Bulletin de thérapeutique, t. XXVII, p. 103) ; que M. le docteur Vandesleben (Journal de médecine de Berlin^ 18A7) en faisait usage également à la nuque, et sur le bras agité du spasme choréiquc. Mais c'est surtout à M. le docteur Delàharpe (de Lausanne) que nous devons la publication de faits propres à démontrer la véritable efficacité de cette médication {Bulletin de thérapeutique , t. XXVIII, p. 78). Il poursuit le mouvement désordonné là où il se montre, et seconde l'action du vésicatoire par l'usage des fortifiants généraux, huile de foie de morue, fer, quinquina, etc. Les vésicatoires me paraissent agir ici comme l'électricité, en modifiant Tétat local de la névrosite, en combattant l'byperesthésie.

AAA MALADIES DUES A UNE ALGMENTATION DE l'eXGITAI'ION NERVEUSE.

J*aurais encore, pour ne rien oublier dans cette longue exposition (les divers traitements conseillés, à parler des antispasmodiques; mais ils sont ici d'un effet encore plus contestable que dans les maladies franchement convulsives ; aussi les passeraije sous silence.

Ce ne sont pas, comme on vient de le voir, les moyens d*action qui manquent pour combattre la dansé de Saint-Guy ; mais, sans vouloir dire : Plura refera quam credo, je pense qu'un choix est a faire au milieu de cette abondance de biens, et que ce qui convient dans un cas peut ne pas être aussi avantageux dans un autre. C*est pourquoi je crois utile de spécifier, en peu de mots, dans quelle circonstance tel traitement doit être préféré, en prenant en considération, soit la cause probable de la maladie, soit la prédominance d'une réunion de symptômes.

Si le sujet choréique à traiter avait été ou était actuellement sous rinfluence de la dialhèse rhumatismale, je m'adresserais aux contre-stimulants, aux hyposthénisants à haute dose, tartre stibié , sulfate de quinine, et même à Tiodure de potassium; et, une fois la guérison des désordres en quelque sorte aigus obtenue, je la consoliderais par Tadminislration prudente et modérée des toniques a Tintérieur, par Tusage de la gymnastique et des bains sulfureux, et je ne m'accuserais pas de manquer de logique, en faisant ainsi succéder la médication sthénique i l'asthénique. On peut juguler une maladie par des saignées, et se hâter de rendre au sang, à Taide d'un régime stimulant et réparateur, les éléments qu'il a perdus.

Si le sujet choréique était chlorotique par tempérament, et si tous les signes stéthoscopiques m'en donnaient la certitude matérielle^ s'il était anémique, je n'hésiterais pas à m'en tenir aux ferrugineux et aux bains sulfureux.

Si la diathèse strumeuse se dévoilait par quelque vice dans la charpente osseuse, par une hypertrophie des glandes lymphatiques, j'ajouterais les préparations iodées aux moyens que je viens d'indiquer.

Si la chorée paraissait tenir à une cause syphilitique, Tiodure de mercure, puis Tiodure de potassium, répondraient aux indications. Si aucune diathèse ne trahissait son action latente, j'interrogerais les causes physiologiques, professionnelles» hygié-

DE LA CHORÉE. â&5

niques. Aux choréiques en état de grossesse, j*interdirais, on le pense bien, le traitement externe excitant, réservé plus spécialement aux enfants, et je puiserais les bases de mon traitement dans la médication purgative, dérivative, calmante, sans me dissimuler rinefficacité probable de ces ressources, en raison des influences hystériques en jeu, et ayant pour point de départ la présence du fœtus. Si la chloro-anémie, si fréquente pendant la gestation, avait une prédominance marquée, j*userais avec discernement de tous les moyens que la médication tonique met i notre disposition.

Aux choréiques masturbateurs énervés, ou épuisés par des pertes spermatiques, j'ordonnerais le bromure de potassium» dont je viens de constater les merveilleux eflets, à la dose de 2 a A grammes dans un julep, pris par cuillerée à bouche toutes les quatre heures. Chez ceux nerveusement surexcités par Tabus de toutes les jouissances de la civilisation, chez ceux que des passions désordonnées ont entraînés au delà de ce qu*ils pouvaient faire ou supporter, que des habitudes de luxe et de mollesse ont épuisés et rendus irritables, je supprimerais les habitudes vi* cieuses, parce qu'elles seraient une cause de perte plus grande que ne pourrait être la réparation.

Il va sans dire que les chorées parlielles réclameront une médication appropriée, Télectricité localisée, Tusage des topiques, rimmobilité des membres affectés obtenue par des ligatures et des attelles.

II est inutile d'insister longuement sur l'efficacité de cette médication : qui peut le plus peut le moins.

En résumé, je ferais la part de la diathèse concomitante, de la cause occasionnelle, sans jamais perdre de vue la chorée elle^ même, puisque, dans l'état de nos coimaissances, nous sommes obligés de l'accepter comme une entité morbide, curable cependant par le traitement opposé tout simplement a ses causes probables, à ses symptômes et a ses complications.]

AA0 MALADIES DtlES A UNE AUCÏMENTATION DE L*EXCITAT10N NERVEUSE.

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