DES CRAMPES
Ces crampes affectent indislinclement tous les membres, mais elles ont une préférence marquée pour les extrémités supérieures. Elles attaquent surtout les nourrices lymphatiques et scrofuleuses, accidentellement débilitées. Chez plusieurs d'entre elles, ces crampes ont disparu au moment du sevrage, puis elles se sont déclarées de nouveau, chez celles qui étaient hystériques, après un nouvel accoucliement et pendant une nou« velle lactation. Le docteur Verdier s'est rendu maître de ces crampes, en soumettant les nourrices à un régime suffisamment réparateur et analeptique, et en usant des préparations éthérées et opiacées {Bulletin de thérapeutique ^ 1856, t. L). Je lis encore dans le tome XXXlIIdu même Bulletin, une observation de crampes tétaniques survenues pendant quatre grossesses consécutives et pendant Tallaitement, qui ont été guéries par la belladone portée par inadvertance jusqu'à dose toxique.
Je donne en ce moment mes soins au général de C, qu'on peut considérer comme un prototype de constitution et d'affections nerveuses, et qui, entre autres névroses, souffre fréquemment de crampes et d'une sorte de névralgie de la peau.
Il est âgé de quatre-vingts ans, fort bien constitué quant aux formes ; ses muscles sont grêles et secs, sa peau fine est d^une sensibilité extrême, et tout son corps dépourvu de tissu adipeux semble réduit au seul système nerveux. Les différents états pathologiques qu'il a subis pendant ses quatre-vingts ans, et qui méritent d'être notés; sont : une migraine très fréquente de dix à trente ans, et qui a disparu sans cause appréciable; une pneumonie à vingt ans; quelques blennorrhagies suivies de spermatorrhée ; de trente à cinquante ans, assez bonne santé; à cinquante ans, gastralgie intense, que Chaussier Dapuytren, Récamier et autres, traitent suivant des systèmes diamétralement opposés ; ce qui rend le général de G. . . plus ner- Teuxque jamais. A cinquante-cinq ans, il est pris un jour à la chasse, d'une vive douleur au bas du mollet gauche ; il a res« senti, dit-il, comme un coup de fouet, et en a beaucoup souffert. Quelques années après, le même accident s'est reproduit dans la jambe droite, et depuis lors il est resté sujet à des douleurs aiguës, passagères, ayant pour lieu d'élection les attaches des mosdes autour des articulations des pieds et des genoux ; à des
névralgies intolérables, principalemenl sur le trajet du sciatique; entin à des éclairs de douleur sur diflërentes régions de la peau. L'excitabilité était telle, qu'il ne pouvait rester longtemps assis dans une voiture, par exemple, sans éprouver ses douleurs sciatiques.
Il y a deux ans, ayant eu l'imprudence de s'asseoir sur l'herbe, les mêmes douleurs sciatiques se sont produites, et, de plus, une paralysie de la vessie, du rectum et de la peau, sur touleh surface en contact avec le sol. Quelques médecins crurent voir là les signes d'une myélite et voulurent le traiter en conséquence ; il s'en est effrayé, a consulté le professeur C... qui, mieux inspiré, a considéré celte paralysie comme dynamique, essentielle, et lui a ordonné des baumes excitants eu frictions, de la strychnine en pilules, puis des suppositoires et les baios de Plombières contre la constipation. Cette paralysie locale i guéri sous l'influence de ce traitement.
Aujourd'hui (1868), toutes les facultés intellectuelles jouissent de leur plein exercice ; il en est de même des sens, sauf celui de l'ouïe, qui est dure par l'eflet de Tàge. La sensibilité de II peau est excessive, le moindre frottement produit une hyperesthésie qui va jusqu'à la douleur, sans action récurrente ou de retour manifeste sur les muscles. Cette hyperesthésie, qui est surtout très marquée à la face et sur les^cuisses, se change quelquefois en une démangeaison intolérable, et parfois aussi vt jusqu'à la douleur la plus vive, la plus instantanée qu'on puisse concevoir. Quand elle se fait sentir, le malade jette un cri d'effroi, porte précipitamment la main sur la région douloureuse, la frictionne et semble redouter le retour possible et trop souvent réel de douleurs identiques. Ces démangeaisons, ces douleurs surviennent quelquefois à la face pendant un profond sommeil ] alors le malade, réveillé comme par un terrible cauchemar, pousse un cri effrayant et se frotte la ligure avec fureur. Celle hyperalgêsie cutanée, passagère et à ce point intolérable, est, pour le général de C..., l'objet des plus vives appréhensions, et si j'ajoute que celle vive excitabilité nerveuse atteint dodseulemenl les expansions des nerfs mixtes à la surface de la peau, mais que les nerfs sensibles des muscles la partagent, on comprendra à quel point ces névroses peuvent être caiiM de
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cruelles souffrances. Ce sont principalement les muscles do la cuisse et de la jambe qui ressentent cette douleur ; parfois aussi ce sont des filets nerveux isolés, ceux qui traversent la face dorsale du pied, par exemple. Quand elle se fait sentir dans un muscle, elle le contracture et produit la sensation d'une crampe; elle est d'ailleurs, comme celle de la peau, vive, instantanée, et tellement aiguë, que le malade jette des cris perçants, qu'on ne peut entendre sans ressentir soi-même une pénible impression. Une fois entre autres, la douleur était fixée sur le dos du pied, et le malade me criait, en me montrant du doigt une des branches terminales dorsales du musculo-cutané : « Docteur, ce nerf se noue^ je le sens. »
Les douleurs musculaires spasmodiques se reproduisent ainsi plusieurs fois en vingt-quatre heures, quelquefois pendant la marche, ou à Toccasion du moindre choc.
Une longue, coûteuse et inefficace médication a rendu le malade peu confiant en notre art, et Tempirisme l'a conduite soulager ses douleurs, en les paralysant par l'application de la glace sur les points où elles se font sentir. Il prévient jusqu'à un certain point les crampes, quand il marche, en appliquant un bandage roulé, ou des bas et des cuissards élastiques sur les membres inférieurs. Les muscles, ainsi maintenus, donnent plus d'assurance à la progression et diminuent un tremblement qui est plutôt sénile que pathologique. Des bains généraux contenant une ou deux poignées de feuilles de belladone et quelquefois des têtes de pavot, une pommade renfermant de l'bydrochlorate de morphine au 30* ou au 60% ou des extraits d'opium et de belladone, ont semblé apporter quelque soulagement a ces souffrances.— Les fonctions de la circulation et de la respiration sont régulières. Il y a un défaut complet d'appétit depuis plusieurs années, bien que les déjections se fassent sans trop de peine. Les urines sont et ont toujours été claires, nerveuses. Rien du côté de la colonne vertébrale ne fait soupçonner une maladie de la moelle^ aucune diathèse goutteuse, rhumatismale ou syphi- Htique n'a été eu manifestation ; de telle sorte que toutes ces névroses sont bien essentielles, en ce sens qu'elles sont dues à des perturbations produites à la longue dans toute la constitution et sans lésions matérielles appréciables.
452 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION D£ l' EXCITATION NERVEUSE.
L*élal névropathique du général de C... nous intéresse sous plusieurs rapports. J*y ai fait allusion en traitant de Fétat nerveux^ et j'en reparlerai lorsque je m'occuperai des névralgies* La dermalgie qui le tourmente n'est point, en effet, chose commune, et Ton peut en dire autant de ses douleurs instantanées, des crampes, qui, chez lui, riront pas les muscles pour siège exclusif.]
Diagnostic. — La crampe est d'ailleurs une des maladies les plus faciles à diagnostiquer. Brusquement et sans signes précurseurs, ou bien à la suite d'une sensation vague de contraction musculaire douloureuse qui échappe à la volonté, le phénomèoe devient plus distinct. Les fibres musculaires se contractent, le point affecté devient dur, gonflé, roidi dans un espace limité; la compression y est douloureuse, et les organes qui sont mus par la portion de muscles contractée subissent les changements de position que comportent leurs rapports avec les puissances musculaires mises en jeu. A l'endroit où l'on sent le gonflement partiel des muscles, le patient éprouve une douleur vive, déchirante, qui va quelquefois jusqu'à gêner la respiration, arracher des cris involontaires, et empêcher tout autre mouvement musculaire. Puis, en général, au bout de quelques minutes, on sent les fibres musculaires contractées se relâcher progressivement, jusqu'à ce qu'elles aient repris leur souplesse et leurs fonctions normales; enfin, tout rentre dans l'ordre. Il faut ajouter cependant qu'après, il reste pendant plusieurs heures, dans la partie tourmentée parla crampe, une sensation pénible, comme si UM i contusion y avait été produite; et que cela peut se prolonger même pendant plusieurs jours. Dans quelques cas rares, et quand It crampe a été excessivement vive, il se fait au point douloureux une véritable ecchymose, (|ui finit par se résorber a mesure qu8 la sensibilité roiitusive se dissipe. Quelquefois un engourdisse ment se fait sentir dans les tendons partant du muscle contracté, en même temps que la douldur locale, et si l'on remet les parties dans l'état où elles étaient lors de l'invasion de la crampe, celle-ci conserve une grande tendance à la récidive.
Nous ne devons pas oublier de faire remarquer dans la description de cette maladie, qu'elle se montre presque toujours dans des lieux d'élection, divers pour les diff'érents sujets» mais