‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 42 sur 96 · DES CONTRACTIONS ET CONTRACTURES LOCALES · texte numérisé non relu

DES CONTRACTIONS ET CONTRACTURES LOCALES

condition morbide, les signes de la chloro-anémie sont con* stants et certains; Thistoire des malades est parfaitement conforme à riiistoire naturelle de Taffection principe. Il n'y a point eu de crises véritablement hystériques; les contractions et con« tractures sont presque toujours accompagnées d'atrophie et particulièrement des muscles qui dans Téquilibre normal sont les antagonistes de ceux qu'on trouve contractés ou contrae* turés. Dans ces cas, on trouve souvent la contracUlité élec* trique, ou notablement diminuée, ou même abolie dans les muscles contractés aussi bien que dans les muscles atrophiés ; mais la sensibilité électrique est conservée au plus haut points et rend le plus souvent impossible l'emploi de ce moyen de traitement, ou plutôt d'exploration, avec quelque ménagement qu'on le manie.

Contractions et contractures rhumatismales. Quand la maladie reconnaît une cause de cette espèce, elle a toujours été précédée et accompagnée de douleurs musculaires ou articulaires, dont la marche, la cause, les exacerbations, les symptômes concomitants ont clairement révélé sa nature. Ensuiteon apprend toujours dans l'histoire de la maladie, qu'une des influences connues pour développer le rhumatisme a été mise en jeu au moment où le mal a débuté. Puis les muscles ont pris et gardé une position fixe, indépendante de la volonté; la sensibilité et lacontractilitéélectriques se sont amoindrieset quelquefois môme éteintes, sans qu'il y ait eu atrophie des muscles ; les parties fibreuses et ligamenteuses autour des articulations se sont engorgées, et finalement les membres frappés ont pris l'immobilité et la dureté du marbre, et n'ont plus montré de sensibilité que quand on a tenté de les forcer à un changement de position. Los douleurs, dans ce cas, deviennent insupportables et véritablement atroces à la moindre tentative.

[ Je peux placer à côté des contractures dues au vice rhumalismal, celles qui ont été produites par la diathèse syphilitique, fan ai observé un exemple fort remarquable à l'hôpital des vénériens, pendant mon internat dans le service de M. Puche. Le malade, âgé d'une trentaine d'années, avait passé par toutes les phases régulières de l'incubation diathésique : chancres indurés, ou symptômes primitifs; roséole, maux de gorge, ou symptômes

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secondaires ; enfin, dans les jambes et dans les genoux douleurs osléocopes et arthritiques, quMI ne pouvait soulager qu'en tenant les jambes immobileseta demi fléchies sur les cuisses.Tous les traitements antisyphilitiques lui étaient d'ailleurs administrés sans résultat; il avait une de ces idiosyncrasies exceptionnellement réfractaires à Taction du mercure et de l'iode, isolés ou combinés. On ne pouvait obtenir qu'il étendit ses jambes, et au bout de quelques mois, la contracture des muscles fléchisseurs de 11 jambe et la fausse ankylose des genoux étaient à ce point prononcées, qu'on déplaçait le pauvre malade, d'ailleurs fort maigre, tout d'une seule pièce, quand on voulait soulever une de ses jambes. Son corps ressemblait, sous quelque rapport, a ces cadavres trouvés enfouis dans les sables brûlants de rAfrique, accroupis et momifiés dans leur intégrité primitive. Cet état de maladie, ou mieux ce symptôme de l'aflection syphilitique, était certainement l'exagération la plus marquée que présentera jamais la contracture musculaire. ]

Contractions et contractures essentielles. Je place à côté des rhumatismales celles que je désigne par le mot essentielles, parce qu'elles se ressemblent beaucoup par les formes que prennent les membres, par l'engorgement des parties niolles environnant les articulations, par la diminution de la sensibilité tactile et de la contractilité électrique. Mais je crois qu'il fautifs distinguer les unes des autres, parce que les douleurs et les antérédents de rhumatisme manquent dans ces dernières, et parce que les douleurs, si on tente de mouvoir les parties, sont seulement celles d'un membre longtemps immobile qui a subi une fausse ankylose, et non pas celles d'une articulation rbumatisée qu'on veut plier. D'ailleurs je les appelle essentielles^ uniquement parce que je ne trouve pas un mot qui fasse mieux codh prendre que toute relation étiologique de cette maladie avec une autre aiTection échappe à nos recherches, et parce que je ne vois pas d'impossibilité à ce qu'il y ait, logiquement parlant, une maladie de ce genre, se constituant par ses causes propres, comme tant d'autres aflections auxquelles on a de tout temps appliqué ce langage.

[ 0(1 peut rapporter à ces contractures essentielles, quelquesunes de celles qui se localisent exclusivement dans uo ou plu-

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sieurs muscles, alors que la santé générale ne permet pas de croire à l'un des états pathologiques précédents; par exemple, les contractures si communes des muscles du cou et de répaule.

Les contractures des muscles rotateurs de la tète qui produisent le torticolis, ou celles qui amènent un déplacement de l'épaule, peuvent avoir pour cause ou un spasme tonique qui affecte le muscle luî-mùme, ou le défaut de tonicité des muscles antagonistes. Les muscles rhomboïde, sterno-mastoldien, trapèze, angulaire, grand dentelé, peuvent être dans ce cas.

Le diagnostic de la contracture des muscles rotateurs de la tête est facile, je n'insisterai pas sur ses caractères propres; celui des déformations de l'épaule dues au spasme tonique des muscles qui la meuvent en tous sens, offre plus de difficulté ; l'on a pris quelquefois, par exemple, la contracture du rhom^ bolde et de l'angulaire déplaçant l'omoplale pour une paralysie du grand dentelé; et comme l'erreur peut avoir ici des conséquences pour le traitement, il importe d'établir les signes qui permettent de reconnaître ù quelle maladie on a affaire.

On reconnaît le déplacement de l'omoplate résultant de la contracture du rhomboïde : 1* à l'élévation de Tangle inférieur du scapulaire avec rapprochement vers la ligne médiane, sans abaissement du moignon de l'épaule; 2* à la direction oblique de bas en haut et de dedans en dehors du bord spinal du scapulum ; 3*" à un gonflement situé en dedans et en dehors du bord spinal de l'omoplate et se prolongeant vers la fosse sous-épineuse; A'^enfin, âla disparition de la difformité du scapulum pendant l'élévation volontaire du bras, du cùté malade.

On reconnaîtra la contracture du rhomboïde et de l'angulaire, qu'on peut plus facilement confondre avec la paralysie du grand dentelé, lorsque les bras tombant le long du tronc, Tomoplate ne sera pas dans son attitude normale : ainsi son angle inférieur sera plus élevé de 5 centimètres que celui du côté opposé ; audessus et en dehors du bord spinal on remarquera un gonflement considérable dû à la saillie formée par le muscle rhomboïde contracture; au cou et au sommet du triangle sus-claviculaire existera une seconde saillie, résistante au toucher conmie celle du rhomboïde, et qui sera produite |Kir la contracture de Tangu-

laire de romoplate. Si l'on engage le sujela porter les deux bras en avant, Tomoplate déplacée exéculera son mouvement comme du côté sain, et immédiatement la dilTormité disparaîtra ; et lorsque les bras retomberont le long du corps, l'omoplate reprendra son attitude vicieuse. Si Ton cherche à abaisser mécaniquement l'angle inférieur de Tomoplale, on éprouvera une grande résistance de la part du rhomboïde et de l'angulaire, que l'on sentira se durcir davantage. Quelques-uns des signes, quant au déplacement de l'omoplate, appartiennent également à la paralysie du grand dentelé, mais dans cette paralysie, la difTormilé disparaît en quelque sorte pendant le repos, et s'exagère au contraire pendant les mouvements du membre; puis quand le sujet écarte le bras du tronc, et principalement quand il le porte en avant, on voit le scapulum exécuter deux mouvements principaux : 1* un mouvement de rotation sur son axe vertical, de telle sorte que le bord spinal de cet os s'éloigne des parois costales; S*" un mouvement de bascule par lequel l'angle inférieur s'élève en se rapprochant de la ligne médiane pendant que l'externe est déprimé. L'élemluo de ces mouvements pathologiques du scapulum pendant l'élévation du bras est en raison directe du degré de la paralysie on de l'atrophie du grand dentelé. Ainsi, au degré le plus avancé de cette lésion, le scapulum se détache du thorax sous la forme d'une aile, en soulevant la peau qui se replie dans l'espace compris entre son bord spinal et la paroi costale, de manière à former une sorte de gouttière profonde, ou qui, lorsque le rhomboïde et le trapèze sont aussi atrophiés, s'enfonce entre la face antérieure du scapulum et les côtes, comme si un vide se faisait sous elle et y formait une vaste excavation dans laquelle on peut loger la main tout entière, jusqu'au creux de l'aisselle. Pendant le mouvement de rotation sur l'axe vertical du scapulum, la dépression de l'angle externe de cet os est telle que le bras atteint à peine la direction horizontale, et que pour le relever un peu plus, le malade incline instinctivement le tronc du côté opposé. Enfin dans la contracture du trapèze, l'épine du scapulum est plus oblique de dedans en dehors et de bas en haut, et le bord spinal est dirigé obliquement de haut en bas et de dedans en dehors. J'emprunte la description qui précède à M. le docteur Philipeaux, mais je

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dois dire que ce sont surtout les travaux de M. Ducbenne (de Boulogne^, puis de M. Bouvier, qui ont contribué aux progrès acquis depuis quelques années dans la connaissance et le traitement de ces contractures. J'ajouterai ici par anticipation que le traitement le plus efficace consiste à exciter la contractilité des muscles antagonistes, et surtout celle du grand dentelé.] Enfin, il y a une espèce de contraction douloureuse ou de contracture que je crois devoir appeler à répétition. J'en ai vu cette année deux cas curieux dont Thistoire mérite d*étre mise tous les yeux du lecteur. Ces deux observations ont été re« cueillies par M. Fleuret, interne plein de zèle et d'intelligence, alors attaché à mon service de THôlel-Dieu. Elles donneront une idée parfaite de ce que peuvent être ces contractures par leur dorée, par leurs accès, par leurs intermittences, par la bizarrerie qui leur est propre et qui m'engagent à mettre en relief leur caractère principal, la répétition.

Vallée, Marie (Anne), seize ans, passementière, entrée le 19 décembre 185/1, salle Sainte-Marie n" 1.

Cette jeune SUe se promenait hors Paris au mois de juillet dernier, quand ttos malaise antérieur, sans souffrance aucune, elle tomba sans connaisttnce. Elle resta dans cet état environ un quart d'heure, et lorsqu'elle Kf int à elle, ses pieds et ses mains étaient pris de contracture. Pendant qaatre jours ils restèrent contractures, et au bout de ce temps Taccès cessa pour reparaître ensuite à des inter\'alles très irré|;uliers, mais dépassant nrement trois jours. Quand la malade est entrée à Thùpital, elle était prise de ces contractures tous les jours, et cela |)endant un temps qui variait entre quatre et dix heures.

Les contractures occupaient alors les pieds et les mains, tenant les pieds 68 extension, inclinés on dedans, les orteils roides et un peu étendus. Les ■uacles de la jambe offraient alors une rigidité très grande. La roideur des muscles de l'avant-bras tenait la main en flexion et les doigts étendus daosune position tenant le milieu entre la flexion et Textension : le pouce était en opposition. Ces contractures étaient douloureuses, et la douleur ne se faisait pas ressentir dans Tavant-bras, mais bien dans les doigts ; elle aogmentait si l'on essayait d'étendre les muscles contractures.

Quand elle est entrée à Thùpital, cette jeune fllle qui n'a jamais eu de grande maladie, était manifestement chloro-anémique. Ses règles, établies ftemment, étaient peu abondantes et leur apparition était douloureuse.

Au mois de janvier 1855, les pieds n'étaient plus pris par les contractnies, les mains seules en présentaient encore. Elles se déclaraient surtout sous rinfluence de la chaleur. Ainsi si la malade se chauffait les mainstSOit

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dans son lit, soit auprès du calorifère, elle déterminait k coup sûr ud accès de contracture. Le froid les faisait disparaître, et c*est en plongeant sei mains dans i'eau froide à plusieurs reprises que la malade calme ses douleurs et fait cesser ses contractures. Une ligature placée sur le bras fait aussi cesser en quelques minutes les contractures de la main : maiscelles-d reparaissent quand est dissipée la stase sanguine produite par la ligature.

Le 21 février, application surJ*avant-bras de deux vésicatoires destinéi k recevoir du chlorhydrate de morphine; pendant toute la durée de Tapplication de ce sel, c'est-à-dire pendant trois jours, les contractures n*ont presque pas cessé.

La malade sort le 20 mars 1855 ; elle a pris pendant son séjour des pilules de Vallet et des bains alcalins. Les contractures reviennent encore, mais plus rarement et sont moins fortes. L'état général est très satisfaisant

Âubry, trente-cinq ans, employé de bureau, entré le 13 avril pourU deuxième fois, salle TAnge-Gardien, n" 36; la première fois il était CDtré le 20etsorti le 31 mars.

Cet homme est sujet aux contractures des extrémités depuis Tâge de douze ans ; il était alors élevé chez un de ses oncles, curé de campagne, qoi le faisait jeûner, le traitait fort durement et lui faisait vivement désirerle retour dans la maison paternelle. De Ik une sorte d'ennui, de nostalgie qai allait toujours en augmentant : et c'est sous l'influence de cet état monl que les contractures se montrèrent la première fois. Elles occupèrent d'emblée les pieds et les mains, et pendant près de six semaines le petit malsde eut k en souffrir au moins une fois chaque jour. Il était tenu k une diète sévère, ce qu'il reconnut plus tard être favorable au développement deses contractures. En On on lui couvrit les avant-bras de laudanum et les contractures disparurent. On lui donna des aliments et elles ne se montrèrent plus qu'k de rares intenallcs. Dans la reste de sa vie, les contractures ne se montrèrent pas par accès isolés et sans cause ; les accès sont toujours groapés, réunis en séries, en attaques, et chaque attaque de contracture recoDOsit toujours pour cause une grande contrariété et un profond chagrin. C'est ainsi que le malade resta quelquefois quatre ou cinq ans sans avoir de contractures, et en d'autres moments en eut plusieurs attaques dans U mi>me année. Seulement les derniers attaques paraissent beaucoup plus violentes que celles des années antérieures. Ainsi il y a deux ans, il eut une attaque semblable k celle de cette année, et ces deux attaques ont présealé des phénomènes qui n'avaient pas encore paru.

Jusque-lk les attaques se composaient d'une série d'accès plus ou moins longs, plus ou moins forts, plus ou moins rapprochés, dans lesquelles mas* clés des mains, des avant-bras, des bras et de l'épaule» les]muscles des pieds et des jambes étaient en contracture douloureuse. De plus il y avait pendant toute ladurée de l'accès unesensation decoustrictionépigastrique trèsforte. Quelquefois les jambes n*étaient pas atteintes, et il n'y avait quecootnctori des extrémités supérieures et constrictiou épigastrique.

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