DU TREMBLEMENT. A
îi recommandera l'usage fréquent des bains, quoique souvent les vieillards y répugnent ; des frictions avec une flanelle douce sur la peau ou avec une brosse de laine ; la plus grande modération dans l'exercice de toutes les facultés, soit du corps, soit de l'esprit. Les lois d'une hygiène bien entendue sont d'ailleurs ici tellement impérieuses, sous toutes sortes de rapports importants, qu'on devra les rappeler avec plus d'insistance, toutes les fois qu'un trouble, comme celui dont nous nous occupons, aura fait invoquer les conseils de l'art.
A côté de ces tremblements, amenés par la débilité sénile, nous en devons placer d'autres dont la cause est aussi facile à apprécier, quoique le mode de production n'en soit pas plus clairement expliqué; je veux parler de ceux qui résultent des empoisonnements minéraux ou végétatzx.
Certains poisons minéraux produisent des tremblements, de quelque manière qu'ils aient été absorbés ; soit qu'ils aient été introduits dans l'économie par les voies digestives avec les aliments, ou en solution dans le liquide buccal salivaire, soit qu'ils aient été absorbés par l'inspiration, soit enfin qu'ils aient été admis par l'absorption cutanée ou endermique. Il ne faut pour cela qu'une condition, c'est que le poison ait été reçu par petites doses , mais néanmoins sufiisanles pour faire sentir au système nerveux son action toxique. En tète de tous ces poisons, nous devons citer d'abord le mercure ; c'est lui qui produit cet cflet chez les étameurs de glace, chez les ouvriers des mines d'or et d'argent, chez les doreurs par l'ancienne méthode, chez ceux qui, pour une cause ou pour une autre, par raison d'industrie ou de maladie, ont été longtemps mis en contact avec des préparations mercurielles. L'arsenic, le cuivre, le plomb, dans un ordre décroissant d'énergie, exposent les sujets au Blême inconvénient ; le plomb beaucoup moins souvent que les Irois autres. C'est ce que nous montrent chaque jour une foule dmdustries dont nos villes et nos mines abondent. Parmi les lulres métaux, il en est peu qu'on puisse regarder comme exempts de ce danger, toutes les fois qu'on est exceptionnellement soumis à leur action .
Dans tous ces cas, la cause du mal connue fournit au médecin de précieux renseignements; non pas au point de le
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rendre plus confiant dans un pronostic trop favorable, mais au moins pour lui donner des indications thérapeutiques utiles au soulagement définitif, sinon à la prompte guérison de ses malades.
Traitement. — Tous les médecins savent que ces poisons minéraux ont des contre-poisons efiicaces. Dans le cas qui nous occupe, comme il ne s'agit pas d*un empoisonnement aigu, mortel en peu d'heures, le médecin, qui a tout le temps nécessaire, doit régler son traitement, d'une part, de manière à neutraliser l'action de la portion de poison qui existe encore dans l'économie, en la rendant insoluble, et d'autre part, de manière à remédier au désordre du système nerveux.
C'est à ce point de vuo que nous nous sommes placé avec M. Bouchardat (1), quand nous avons formulé le traitement que nous avons présenté comme le meilleur, dans les empoisoimements par r arsenic, le cuivre, le sublimé corrosif et le plomb* C'est le môme traitement, convenablement mitigé et gouverné, que la théorie et l'expérience me font encore regarder conune le meilleur contre les symptômes chroniques, et entre autres contre le tremblement des empoisonnements minéraux donl nous nous occupons.
Voici comment j'ai toujours agi dans ces circonstances, et je m'en suis généralement très bien trouvé :
Je fais prendre au malade de fréquents bains savonneux. Ces bains ont l'avantage de calmer le système nerveux, de parfaite ment nettoyer la peau de tout corps étranger qui y adhérerait, de rendre plus facile la transpiration, et au besoin l'absorplioa par la peau des agents médicamenteux qu'on voudrait introduire par voie d'onction.
Je prescris à l'intérieur un peu d'extrait aqueux d'opium; je recommande chaque jour une ou deux cuillerées de moyenoe grandeur de persulfure de fer et de miel. Ce mélange doit précipiter incessamment dans les intestins et rendre insoluble loote partie du composé métallique, cause première du maU Cette préparation aura encore, outre cet avantage purement diimique, celui d'introduire dans l'économie un peu de fer, par Tabsorp'
(I) BorouiOAT, Annuaire de thérapeuU^iue^ etc., 1847, p. MO.
DU TRBNBLEIISNT. i89
tion qui s'en fera dans les intestins. Ce sera lutter en même temps contre certaines cachexies et chloroses, que les empoi-* sonnements chroniques indiqués plus haut ne manquent guère de produire.
Pendant ce traitement, le régime devra être aussi restaurant que |K)ssible; l'exercice modéré, Téloignement du métal dange* reux. absolument ordonné.
Puis on aidera à la guérison en faisant, sur les membres ou sur les parties frappées de tremblement, des frictions au moyen d'une pommade simple, dans laquelle on aura incorporé un cinquantième de strychnine ou de ses composés.
Pour les tremblements causés par des poisons minéraux d*une autre nature, le traitement serait à peu près le même, excepté que je remplacerais le persulfure de fer, dans la plupart des cas, {utr le citrate ou par le protocarbonate de la même base, le reste du traitement étant presque absolument conservé.
Quant aux tremblements causés par des poisons végétaux^ le seul à peu près dont nous ayons à nous occuper est celui des ivrognes.^OMS en traiterions ici longuement, si ce que nous en pourrions dire ne devait pas être répété quand nous aborderons l'étude du délire qui raccompagne presque toujours. Le tremblement n'est qu'un des épisodes de la maladie. Pour le diagnostic, pour le pronostic et pour le traitement, nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous aurons alors a exposer.
3* Nous entendons fnv trefïiblement limité , celui qui se montre spécialement dans certaines parties, sans que le reste de Torganisme en soit affecté. Ce tremblement peut occuper des portions très variées du système moteur. On en voit des exemples dans tous ou presque tous les points du corps où il y a des muscles et du mouvement. Chez certains malades, un membre inférieur, en totalité ou en partie, tremble incessamment, ou du moins est sujet à trembler aussitôt qu'une circonstance sans action sur tout autre organe, vient à se produire ; chez d'autres, ce sera dans un des membres supérieurs que le désordre aura lieu. Ici, dans les muscles du tronc ; là, dans ceux de la face ; et encore, dans ce dernier cas aussi bien que dans le premier, des portions diverses de la musculature seront agitées de tremblemeuts ;
AOO MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXGITATION NBEVEOSE.
la bouche, le pourtour de Tœil beaucoup plus souvent que le reste.
J'ai traité, dans mon service de Beaujon, un malade affeelé de paralysie progressive, qui offrait un exemple curieux de tremblement partiel de presque tous les muscles du côté gauche de la face.
Un autre malade, qui y était également en traitement depuis plusieurs mois, présentait un exemple remarquable de tremblements partiels de nature nerveuse. Voici les détails symptomatiques de cette observation, publiée dansV Union médicale^ 1850, t. IV, p. 342 :
« Au n* 179 de la salle Sainte-Thérèse est couchée une femme de cinquante ans, couturière, d'une bonne constitution, quin'i jamais eu d'enfants, et qui, après avoir été bien réglée, a cessé de voir ses règles depuis six années. A Tage de dix-neuf ans, elle a eu des attaques de nerfs avec de T écume à la bouche : attaques dans lesquelles il lui est arrivé plusieurs fois de se mordre la langue. Ces attaques sont revenues tous les huit ou quinze jours pendant une année ^ le mariage les a fait entièrement disparaître. Il y a six ou sept ans, cette femme a eu ce qu'on lui a dit être une gastralgie, c'est-à-dire des digestions difficiles et des vomissements aqueux et alimentaires. Ces accidents ont duré pendant plusieurs années à partir de la ménopause. La malade -était encore souffrante, quoique allant beaucoup mieux, a l'époque des affaires de juin. D'une impressionnabilité naturelle extrême, elle fut vivement effrayée de tout ce qu'elle entendait dire; car elle demeurait dans un quartier éloigné du théâtre de la guerre civile. A la moindre nouvelle, elle était prise d'un tremblement général de tous les membres, avec perte de la parole. Peu à peu le tremblement s'est limité aux membres supérieur et inférieur gauches ; le caractère de la malade est devenu plus irritable que jamais, mais sans tristesse ; et, depuis six mois surtout, le tremblement est devenu tel, qu'il lui est impossible de se servir de son membre supérieur, m(>n)e pour faire son ménage.
» A son entrée, cette femme se présente dans l'état suivant: elle a une santé générale excellente , sauf de temps en temps quelques palpitations de cœur, dont la production pwaltliéoà l'existence d'une altération légère des valvules; elltert mlntlM
DU TREMBLKNENT. h9i
de marquer son âge; son intelligence est parfaite ; elle répond bien aux questions; cependant, si on lui parle un peu fortement, aussitôt elle se trouble, la parole hésite, et elle ne trouve plus les mots pour exprimer sa pensée. Si la malade est calme, le membre inférieur gauche ne parait nullement agité , mais si elle est inquiète ou chagrine, ce membre est pris de tremblements, beaucoup moins forts cependant que ceux du membre supérieur, qui est agité continuellement d'un tremblement choréiforme. Ce tremblement consiste en des contractions cloniques et alternatives des muscles fléchisseurs du bras et des fléchisseurs de la main. De temps en temps, il y a de la roideur et de la contracture dans le membre, et des crampes parcourent les niasses musculaires. Si la malade est effrayée, ou seulement préoccupée, l'agitation devient convulsive et d'une rapidité extrême. Cette agitation est moindre si elle est calme ; toutefois, depuis le moment où elle se réveille, jusqu^au moment où elle s'endort, et où une véritable détente s'opère, le membre supérieur ne cesse d'être dans une agitation convulsive. La malade a été soumise, sans succès jusqu'ici, à des traitements très variés. »
Quelque siège qu'ils occupent d'ailleurs, ces tremblements, toujours suffisamment caractérisés par l'espèce de contrac* tion musculaire de la partie affectée, naissent ou se montrent sous des influences tout à fait différentes. Chez certains malades, le tremblement limité dont nous parlons a débuté à la suite d'une maladie grave, qui a affecté sérieusement les fonctions cérébrales ou rachidiennes. Chez d'autres, il est survenu d'une manière imperceptible, pendant que la constitution tout entière était sous l'empire d'une des causes générales dont nous avons abondamment parlé en traitant de l'état nerveux : habitudes vicieuses de régime, d'exercice, de travail, de plaisirs; âge critique, passions, chloroses et chloro-anémies, etc. Dans quelques cas, le médecin n'aura pas pu reconnaître de liaison entre un trouble, un dérangement quelconque des fonctions générales ou locales, et l'apparition, ou bien l'aggravation du mal. Dans un beaucoup plus grand nombre, il sera réduit a des conjectures sur la véritable origine de l'état bis^rre pour lequel il est consulté.
A02 MALADIES DUES A tlNE AUGMENTATION DE L*EXG1TAT10N NERVEI»B.
Dans presque Ions les cas, au reste, les choses auront marché d'une (les deux manières suivantes : ou bien le tremblement partiel sera venu assez brusquement, par accès aussi bien dessinés au début que dans Vétat de la maladie; ou bien il y aura eu dans la marche du mal quelque chose de progressivement croissant. Dans cette dernière hypothèse, les invasions auront été sans interruptions notables et régulières; dans la première, elles auront laissé entre elles des intermittences plus ou moins complètes et régulières. Les accès, si je peux me servir de cette expression, auront duré et dureront habituellement plus ou moins longtemps; ils présenteront presque toujours des exacerbations, des redoublements plus ou moins marqués; bien ditrérenls en cela des tremblements limités permanents, qui auraient, pour leur évolution, suivi une ligne droite toujours la môme et toujours sans interruption.
[Je donne en ce moment mes soins à un enfant de quatorze ans, affecté de temps à autre, quand il éprouve de vives émotions, d*un tremblement limité aux membres supérieurs, qui sont alors agités comme par une décharge électrique et soumis à de légers mouvements de flexion et d^extension. Le petit malade peut marcher, parler, rire, remplir en un mot toutes ses fonctions pendant ce tremblement qui dure toute la fin du jour, jusqu'à l'heure du sommeil. Il y a quelques mois, l'enfant entré en apprentissage, fut maltraité par son maître, et tomba à celte occasion en convulsions épileptiques, qui se sont depuis ce jour plusieurs fois reproduites.
Je possède quelques observations de tremblements ainsi limités, qui ont été les signes avant-coureurs d'affections ner* vcuses plus générales. Si ces faits étaient plus nombreux, je pourrais traiter dès aujourd'hui cette question de diagnostic : Un tremblement étant donné, quelle est sa nature, quelle doit être sa médication? Mais je reprendrai ce travail ultérieurement.]
Pour le pronostic^ un début brusque, qui correspond presque toujours à l'action de causes ayant profondément ébranlé l'organisme, annonce de la durée dans le mal, malgré l'espèce de curabilité inhérente à la connaissance qu'on a du désordre originaire. Sous le rapport du traitemejit^ cette connaissance fournit des indications thérapeutiques dont on peut profiter. Nous nous
DU TREMBLEMENT. AOS
garderons bien d'exposer ici les règles si variées de ce traitement; ce serait vouloir mettre en tableau ce que font, ce que pensent tous les médecins attentifs dans ces sortes de cas, mus qu'ils sont alors par des considérations beaucoup plus sérieuses que celles d*un tremblement partiel.
Quand la marche de la maladie montre un progrès continu par une sorte de renforcement des nuances, depuis la secousse presque imperceptible jusqu'au tremblement le mieux caractérisé, le pronostic spécial est plus sérieux, puisque la marche du mal indique une aggravation sans cesse croissante, quoi qu*on ait pu faire pour le combattre. Au point de vue de la thérapeutique, rétude la plus minutieuse du malade peut seule faire découvrir au médecin comment pèche le traitement qu'il a jusqu'alors employé, et qui n'a pas arrêté les progrès du mal; ou bien quelle lésion s'augm.entant sourdement* amène ainsi de fâcheux résultats. Au premier point de vue, il sera important de se rappeler ce que nous avons redit plusieurs fois sur les aflections nerveuses, leurs causes, et surtout leurs indications thérapeutiques; au second, il sera nécessaire de n'oublier aucune des données de l'anatomie pathologique moderne, pour combattre le mal, si c'est possible, avant qu'il soit devenu irrémédiable.
Des intermittences bien caractérisées seront heureuses pour le pronostic et pour la thérapeutique, surtout quand ces intermittences auront quelque chose de périodique ; je n'ai pas besoin de dire pourquoi ; les anciens médecins auraient appelé cela des lièvres larvées; les médecins modernes se contentent de leur arracher brusquement leur masque, au moyen des préparations de quinine.
Du reste, dans ces cas d'intermittence, le pronostic est moins heureux et la cure moins facile, quand les retours du tremblement partiel ont une grande durée, des semaines ou des mois, et quand les intermittences n'oifrent rien de régulier. Ces singularités peuvent, il est vrai, servir souvent à deviner la véritable nature, la cause prochaine, immédiate du mal ; mais dans d'autres cas, elles ne sont que des momenls de trêve, dans lesquels le médecin et le malade se reposent ensemble, et s'apprêtent également a combattre leur ennemi. Il me parait inutile il'entror a ce sujet dans de plus grands détails^ ils ne satisfe*
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raient jamais aux exigences de tous les cas. J'ai voulu seulement faire voir quelle importance j'attache aux considérations générales par lesquelles j'ai commencé l'étude de ces maladies, et l'esprit dans lequel je crois qu'on les doit envisager : je vais terminer par quelques considérations plus spéciales sur le traitement des tremblements, quels qu'ils soient.
La première de toutes les règles est de remonter d'abord à la cause du tremblement, à sa cause prochaine s'il est possible. Cette cause sera d'abord combattue : là se trouve en même temp9 la meilleure règle de prophylactique contre les retours ultérieurs du mal, et la base de la thérapeutique contre son développement présent. J'ai lâché de faire voir dans tout ce livre comment je comprends la possibilité de réduire cette règle en applications spéciales. Je crois qu'on n'a rien de mieux à faire ici que d'approprier au mal qui nous occupe tout ce que nous avons dit de l'état nerveux.
La seconde règle exige qu'on éloigne la cause de périodicité partout où on pourra la reconnaître.
La troisième veut qu'on s'attaque au sijmptAme lui-même, quand les deux premières ne sont pas applicables. Pour celleci, les applications émollientes et narcotiques, s'il y a de la douleur; les frictions, les embrocations de même nature, les douches de vapeur, d'eau, d'air tiède, seront utilement employées. J'ai conseillé avec succès contre certains tremblements partiels avec rigidité des membres, la morphine appliquée suivant la méthode endermique. Si la douleur n'existe pas, des applications froides, une sorte de contention matérielle, des frictions, des pansements avec des substances toniques et fortifiantes, astringentes même au besoin, et enfin l'application immédiate, ou même l'administration intérieure de la strychnine et de la noix vomique en extrait, seront successivement essayés.
[J'ajoute encore à ces règles générales quelques indica* tions particulières qui peuvent avoir leur utilité pour le praticien.
Le tremblement, il est bon de le redire, alors même qu'il est limité à quelques-uns des doigts de la main, est le plus souvent sous la dépendance d*un état nerveux général ; de telle sorte qu'il faut dans le traitement qu'il réclame : l*" agir sur l'ensemble de
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rorganisme. du système nerveux ; 2" remédier au trouble fonctioDuel local.
L'importance de remonter du tremblement local à sa cause première, apparaîtra dans tout son jour, quand je traiterai de ces paralysies qui n^ont, au début, d*autres signes précurseurs qu'un fourmillement limité au petit doigt, à l'annulaire, puis au médius^ qui ne franchissent pas ces limites pendant plusieurs mois, mais auxquelles succèdent pourtant des troubles nerveux gtoéraux d'une extrême gravité.
Le tremblement, ou la contraction spasmodique des muscles des doigts, est souvent annoncé par des fourmillements, par des contractions fibrillaires limitées à la portion d'un muscle, dont les malades et les médecins ne se préoccupent pas suffisamment. J'insiste sur ces minuties, attendu que l'expérience m'a démontré la nécessité d'en tenir compte, et de remédier de bonne heure aux causes latentes qui préparent sourdement de plus sérieux désordres.
J'ai dit que le tremblement une fois constaté, la médication devait être, suivant les cas, générale ou locale. Voici des faits qui le démontrent :
Un homme, âgé de quarante ans, habitant de la campagne, y menant une vie sobre et doué d'une constitution robuste, est pris, sans douleur préalable, d'un tremblement des membres inférieurs, puis bientôt les membres supérieurs eux-mêmes sont agités de secousses spasmodiques, qui lui rendent tout mouvement précis impossible. Divers traitements sont conseillés, mais stas résultat. Le malade entre à la Charité dans les salles de M. Andral. L'exploration la plus attentive n^apprend rien sur les conditions particulières du système cérébro-spinal qui commandent à cette névrose du mouvement ; le tremblement est la seule manifestation extérieure, apparente, dont on puisse tenir compte. V. Andral ordonne Topium à la dose de 6 centigr. le premier jour; on arrive progressivement à la dose de 20 centigr., sans qu'on observe d'abord d'autres phénomènes qu'une légère somnolence ^de la constipation ; mais au bout de quelques jours» l'action plus généralisée de l'opium sur l'organisme se révèle, le tremble- ^nt musculaire diminue d'une manière notable. On insiste sur (^ même moyen, on arrive à la dose de 30 centigr., en plusieurs
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pilules ; à ce moment du traitement, les mains du malade soulevées se tiennent fermes et sans agitation, la marche elle-même, sans être revenue au type normal, est beaucoup plus assurée.
Le pouls présente un peu de dureté, et la face une assez forte congestion. M. Andral diminue progressivement la dose d*opium, et malgré cette diminution, l'heureuse modification se soutient, et le malade quitte Thôpital dans un état d'amélioration qu'oo peut dire inespérée.
Quant aux moyens de remédier à certains troubles fonctionnels locaux, M. Cazenave (de Bordeaux) s'en est surtout préoccupé, et comme il a donné une bonne description du tremblement limité aux doigts de la main, je vais transcrire ses paroles (1).
Le tremblement (tremor), qu*il ne faut pas confondre avec les mouvements convulsifs de toute nature, consiste dans une petite série de convulsions hésitantes, incomplètes. C'est uo affaiblissement de la contraction musculaire, un mouvement involontaire faible, fréquemment répété ou continuel de tout le corps, mais le plus ordinairement de quelques-unes de ses parties. Le tremblement auquel je me suis proposé de remédier, et que personne n*a encore signalé, est le plus rare de tous, et je l'ai appelé oscillatoire^ parce qu'il consiste en un mouvement alternatif, en sens contraire, de la main droite quand elle est placée comme pour écrire. C'est ainsi que les doigts annulaire et auriculaire étant appuyés sur le papier, la plume étant tenue par les trois premiers doigts, la main se balance, oscille plus ou moins rapidement de droite a gauche, et de gauche à droite, de façon que le malade qui écrit est obligé d*accomplir cetacte complexe par surprise, de l'escamoler en quelque sorte. Mais si quelques personnes ayant cette infirmité arrivent à écrire un mot avec de grandes diilicullés, et en mettant vingt fois plus de temps qu'il n'en faut quand la main est dans les conditions lun^ maies, le plus grand nombre est dans l'impossibilité de diriger une plume, de former une lettre.
Tels sont les caractères communs de ce tremblement qui offre, du reste, un assez grand nombre de variétés, principalement au point de vue de sa circonscription à une seule main,oa
(1) Du trmblcment oscUlaMr9de$ mam$ et éei doiçU^ broch., J.*B. Hiiliiiiii
de sa généralisation, do sa conïplication avec d*aulres Iroubles daas la motîlîté de la main, et de l'influence exercée par la volonté ou par les émotions morales. Ainsi chez une de mes malades, une cuisinière âgée de vingt-quatre ans, il existait uneinflrmité des deux mains fort singulière; la droite, dont cette femme se servait avec beaucoup de facilité pour tous ses travaux, oscillait, tremblait, était douloureuse, contractée, mais seulement alors qu'elle écrivait. A ces douleurs s'ajoutaient le tremblement et une crampe des doigts qui ne lui permettaient pas de tenir une plume pendant cinq a six secondes sans la lâcher ; la main gauche elle-même, lorsqu'elle était pendante sur le côté du corps, ou lorsqu'elle était, ainsi que l'avant-bras, placée horizontalement sans être appuyée, était aOectée de mouvements rapides d'avant en arrière et d'arrière en avant, par flexion par et extension.
Chez plusieurs de mes malades, la présence d'une personne étrangère, surtout si elle les regardait former les lettres, suffisait pour augmenter la fréquence et l'intensité du tremblement; tandis que d'autres affectés d'un tremblement incessant, pouvaient le faire cesser, à un moment donné, par la force de la volonté, en vue d'un but déterminé.
L'étiologie du tremblement des mains est une partie assez obscure de son histoire. On peut dire cependant, que le tempérament nerveux, l'état nerveux proprement dit, prédisposent à celte névrose qu'on voit souvent se produire chez les sujets maigres, secs, grêles, emportés, colères, susceptibles, irritables, très sensibles. Les aflections morales, les émotions vives et brusques, les chagrins profonds, les études opiniâtres y les veilles prolongées^ la vieillesse et l'hérédité y prédisposent également.
Les malades affectés de tremblement se trouvent généralement bien de respirer l'air pur de la campagne, d'habiter des appartements bien exposés, de faire de l'exercice, de se créer des occupations agréables, de cultiver un jardin. Et dans certaines circonstances, mes malades se sont bien trouvés de la cessation de tout travail intellectuel, de toute application.
Au traitement moral et hygiénique, il faut joindre, suivant la constitution, une alimentation relâchante ou tonique et très répara trice« Je dois avouer d'ailleurs que le plus souvent l'art est I. n
Â98 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXGITATION NEETEDSE.
impuissant à guérir le tremblement des mains, le tremblement oscillatoire surtout. Mais ou peut, grâce à un moyen que j'ai imaginé, faire écrire presque tous les malades qui ont un tremblement oscillatoire de la main droite. Ce moyen consiste en un appareil auquel j'ai donné le nom de porte-main^ et qui se compose d'une tablette d'acajou, au-dessous et aux quatre angles de laquelle jouent quatre boules d'ivoire, qui font office de roulettes. Sur les côtés de cette tablette, vue par la face supérieure ou manuelle et en arrière, sont deux montants matelassés, qu'on éloigne ou qu'on rapproche à volonté, à l'aide de deux mortaises horizontales et de deux vis de pression. Entre les deux montants et à deux ou trois centimètres en avant, est un support qu'on peut abaisser ou élever en faisant jouer une vis de pression. Ce support, qu'on peut supprimer pour le plus petit nombre des malades, est presque toujours un bon appui pour la paume de II main, qu'il sert à fixer.
Pour le service de cette machiné orthopédique, il faut placer la main droite, armée d'une plume, entre les montants, appuyer la paume de cette main sur le support et écrire sans s'occuper du déplacement du porte-main, qui sViïectue sans embarras et sans effort aucun, grâce au jeu des quatre roulettes d'ivoire. Je suis parvenu à Taide de cet appareil, non pas à guérir le tremblement de la main et des doigts, mais à pallier cette infirmité chez la plupart des |)ersonnes qui en sont affectées, en leur rendant la faculté d'écrire.
Je termine ce chapitre par une observation rédigée par le malade lui-mùme, laquelle donne une parfaite idée de l'ensemble des désordres locaux que vient d'exposer 31. Cazenave, et qu'on i désigné avec laison sous le nom d(î iremblement des écrivains. Ce malade est doué d'une haute intelligence qu'il a trop peu ménagée-, aussi la cause de son tremblement tient-elle bien plus à l'excès de travail imposé au cerveau qu'à la fatigue des mus^ des chargés de fixer la plume, et comme il ne peut malheoreo* sèment tenir compte des avis qui lui sont donnés, je redoute pour lui une paralysie générale |)rogressive.
u Puisiiue vous désirez que je vous retrace la marche et les symplOiMi de cette espèce de paralysie ou de rhumatisme, ou quoi que ce MÙt, «(n m'em|)^ctie toujours d'écrire, je vais le faire.
DU TREMBLEMENT. A9d
» J'ai resseuti les premières atteintes du mal dont ii s'agit, il y a deux ans environ. C'était à la suite d*un excès de travail : au mois de septembre 1850, j'avais passé huit ou dix jours et autant de nuits à écrire, presque sans interruption, avec toute Tagilité de doigts dont jY'tais capable, et iepuis dire qu'elle était grande alors. Deux mois après, j'éprouvais, en écrivant, quelque difûcullé, mais bien légère encore, dans le mouvement des doigts et du poignet; pour y échapper, j'étais instinctivement poussé k relever, quand j'écrivais, la tète et l'épaule droite, sans doute afln de donleraa bras plus de légèreté, ou bien à rapprocher le papier du bord de MO bureau, de façon que la main posât seule, et que le bras restât en [«elque sorte suspendu. Cette position me permettait d*abord de tracer es lettres avec plus de souplesse et de fermeté, mais à la longue elle fatinait le bras.
» Je ne conçus de ces premiers symptômes aucune inquiétude, à peine i(ne y accordai-je une très légère attention. Le mal cependant fit des roffès, mais progrès assez longtemps imperceptibles. Ce n'est guère qu'au oatd'uD an qu'ils devinrent tout à fait appréciables. Vers la lin de 1851, s constituaient une gène déjà très grande. Depuis lors, le mal a crû rapiement. Je me fatiguais vite à écrire; ma main et mon bras, pour accomlîr même très imparfaitement leur office, cherchaient à chaque instant ne position nouvelle, et n'en trouvaient plus qui leur rendît la souplesse l ta fermeté; plus de ressort dans les doigts et le poignet; tendance de I main à s'affaisser sur elle-même, ou à tourner, par un mouvement invo- HiUire, de dehors en dedans; j*étais amené à roidir avec force tous les luacles du bras, pour me rendre un peu plusTnaitrc de mes mouvements, i pouce se crispait avec effort contre la plume; mon é<;ritiire était deve- He anguleuse, saccadée, brisée, incohérente; les lettres que je formais rec le plus de difficulté et le plus mal sont celles qui exigent le retour de I naio codes doigts sur cux-knémes, ou qui demandent tout particulièreleot de la souplesse et de la dextérité dans les mouvements : a, e, o, m, » bf f% U *• ^« main ne retrouvait un peu de ressort que si l'on me corn- ^mq^i^ avec quelque force, sur mon bureau le bras ou le poignet.
• rai tort peut-être de parler au passé, comme si ces syniplôme.s avaient bparu...Tous, hélas! ils subsistent encore, quoique depuis quelques jours, krnoments surtout, moins fréquents et surtout moins intenses. .
• Je dois ajouter que, de temps en temps, encore à l'époque dont je parle, <e produisait, par intenalles, un peu d'amélioration, sans que je susse
qooi l'allribuer; car je n'avais encore fait usage d'aucun remède.
• Ce n'est qu'au mois de février de cette année que j'ai commencé d'y iiDir recours : frictions au baume de Fioravcnti, douches et bains d'eau lUîireiise, électricité, etc. De tout cela, rélectricité a seule produit alors Idque effet, mais cet effet n'était pas durable. » J
.500 MALADIES Bl'ES A l'NE AUGMENTATION DE lV.XCITATION KERVBOSE.