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CHAPITRE XII

Définition. — Le hoquet, que Boerhaave regardait comme une affection de l'estomac, et que les modernes attribuent, avec Haller, aux organes respiratoires, est une des affections De^ veuses les plus ordinaires dans les conditions communes de U vie. A chaque instant elle se montre chez les enfants et chez les jeunes adultes; elle coïncide souvent dans tous les âges avec la meilleure santé.

Le hoquet consiste en une sorte de gloussement involontaire qui s'interpose brusquement au travers de la respiration, et la rend à la fois incomplète et pénible. Entre les temps divers qui constituent cette fonction, le hoquet se place ordinairement dans rinspiration, et résulte d'une véritable convulsion clonique du

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diaphragme. C'est de cette manière qu'il introduit le désordre dans les fonctions respiratoires. Quand il devient trop fréquent, il empêche ainsi l'introduction de Tair de s'achever complètement, et il provoque une accélération contre nature des mouve* ments du thorax et du diaphragme. Outre ce dérangement de la respiration, le hoquet a encore pour effet commun de couper convulsivement les mots et les phrases qu'on est en train de prononcer, d'empêcher la déglutition des liquides et des solides, s'il se prolonge beaucoup; même dans les conditions les meilleures, il laisse un sentiment de fatigue douloureuse à la base delà poitrine, surtout vers les hypochondres.

Symptômes. — La personne qui est prise du hoquet sent vers k gorge, à la région de la glotte et du larynx, une sorte de gêne comparable en ces parties à ce qu'on éprouve un peu plus haut et vers les fosses nasales au moment d'éternuer. En même temps, €n a conscience d'une disposition toute particulière, depuis la glotte jusque vers la région du diaphragme^ puis cette sensation augmente d'intensité, et, à un instant donné, toutes ces parties, diaphragme, muscles intercostaux de la base de la poitrirre et muscles de la glotte, se contractent convulsivement; une sorte de calme succède au hoquet, puis les phénomènes recommencent avec plus ou moins de rapidité et d'intensité, suivant les cas. Le plus ordinairement cette convulsion partielle se répète une ou deux fois dans la minute. J'ai observé des cas dans lesquels elle était assez fréquente pour devenir par elle-même une vive douleur et même un danger sérieux à cause de la gêne qu'elle Apportait à la respiration.

Causes. — Les causes du hoquet ordinaire sont en général Mez faciles à reconnaître. Les pleurs des petits enfants se ter- Vdiient très souvent en hoquet. Même chez les adultes, il suffit, ^r provoquer le hoquet, qu'on boive précipitamment; qu'on tvale quelque substance solide trop volumineuse, ou qu'une grosse bouchée soit ingérée avant d^avoir subi une mastication •ofiisante ; qu'on soit pris en blfvant d'un rire brusque et involonlaire; ou qu'on ne mouille pas assez vite par la boisson un bol llîoientaire solide, ingéré et marchant trop lentement dans 'oesophage. Le hoquet se déclare instantanément dans toutes es conditions, et, une fois commencé, continue plus ou moins

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longtemps. Ordinairement il se soutient à peine quelques heures.

Tel est celui qu'on observe à chaque instant chez les jeunes sujets un peu nerveux, chez les nouveau-nés pendant les premiers jours de TallaiLement, et qui se montre, pour ainsi dire, habituellement chez quelques personnes. Alors il n*entraioe aucune conséquence fâcheuse. Il devient incommode, s'il se prolonge un peu, et s'il se répète assez souvent pour gêner la respiration, la déglutition ou la parole ; mais il ne présente aucun danger ni pour le moment présent, ni même en perspective.

[ On voit quelquefois le hoquet se déclarer sous Tinfluence de causes purement morales, de l'imitation, par exemple, Sauvages et Tissot citent chacun des cas de hoquet ainsi survenus dans des salles d'hôpital, à l'occasion de l'entrée d'un sujet affecté de ce trouble fonctionnel. C'est avec raison qu'on a considéré le hoquet dans ces circonstances comme dynamique et essentiellement nerveux. Mais il peut, dans d'autres circonstances, être symptomatique d'affections cérébrales, d'bémorrhagie, de ramollissement, d'encéphalite; on l'a vu coïncider avec l'hypochondrie, ou être la conséquence plus directe d'une maladie des viscères abdominaux, vomissements, péritonite, hernie étranglée, phlegmasie diaphragmatique, ou bien encore apparaître après des hémorrhagies abondantes, ou se montrer pendant la grossesse. ]

Traitement. — Les soins les plus simples suffisent pour dissiper le hoquet commun. Les gens du monde même savent conseiller aux personnes qui en sont prises toutes sortes de moyens sim* pies qui sudisent pour le soulager ou le guérir. Tels sont: une surprise (|ui distrait brusquement l'attention au moment où le hoquet devrait revenir; une vive excitation de l'esprit provoquée a propos; une distraction causée par un procédé quelconque; une prolongation et une lenteur forcée de l'inspiration ; une longue suspension de la respiration ; une boisson avalée lefll^ ment, ou même une ferme volonfë do régulariser les mouvements complets de tout le thorax. Ces précautions, aidées de quelques boissons froides et un peu calmantes bues méthodique* ment, sufliserit pres({ue toujours pour faire disparaître le petit mal dont nous nous occupons.

Variétés. — Mais il n*cn est pas de même de tous les hoquets que nous présente l'observation des malades.

Comme je dois m'occuper principalement du hoquet qu'on pourrait appeler essentiel, je rappellerai seulement toutes les occasions importantes où cette anomalie de fonctions se montre comme symptôme nerveux, et quelquefois comme complication grave de maladies sérieuses, qui remuent le plus profondément toutes les fonctions importantes de l'économie. Les médecins sont à chaque instant en présence du désordre menaçant que je viens d'indiquer. Aucun n'ignore combien les affections graves du péricarde, de la plèvre ou du péritoine diaphragmatique; combien les affections générales, comme le choléra, la Qèvre dite typhoïde, les affections locales des centres nerveux, certaines cérébrites, et certaines méningites de la base du cerveau ou de la partie supérieure de la moelle allongée, peuvent donner de gravité à ce symptôme. Je pense bien que, même dans ces cas, c'est encore une attection nerveuse qui tourmente le malade; mais cette affection nerveuse est subordonnée à des lésions organiques qu'il fout d'abord traiter. Les indications propres au hoquet ne sont plus que des accessoires ; on les traite bien comme quand le hoquet est essentiel ; mais toujours sans perdre de vue les indications dominantes résultant de la présence de l'ennemi qui commande évidemment à tous les désordres.

Dans ces variétés graves du hoquet, qui sortent évidemment de notre cadre, ce serait pécher contre le plus simple bon sens que de sacriGer, au nouveau trouble nerveux qui se présente, des indications beaucoup plus précieuses et plus pressées. Que le mal principal soit d'abord enrayé, on s'occupera ensuite à calmer, s'il persiste, le hoquet qui pourrait devenir une gène et une douleur sérieuse.

Dans ces occasions, je me suis souvent bien trouvé de profiter des exutoires employés pour combattre l'affection primitive, et d'appliquer par leur moyen sur le derme des doses modérées de sel de morphine. J'ai vu généralement le hoquet céder avec promptitude a cette médication, et je conseille aux médecins d'y recourir, toutes les fois qu'ils n'auront pas à craindre, pour l'encéphale. Faction de cet agent stupéfiant. S'il faut ménager avec 9oin le cerveau et ses annexes, ou s'il y a lieu de craindre

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le narcolisme, on accommodera aux indications de la maladie principale l'usage bien entendu du froid, des antispasmodiques, des stimulants difTusibles, etc.

Mais en dehors de ces hoquets symptomatiques et de ceux plus fugaces dont j*ai parlé en commençant ce chapitre, il fa une variété de hoquet qui mérite une attention sérieuse. Je veux parler de celui qu'on pourrait à bon droit nommer hystérique.

Celui-ci prend quelquefois une grave intensité, et si Ton n'y porte remède, il peut finir par devenir une espèce d'habitude fatigante à l'excès, ou ihôme produire des accidents mortels. Dans ces cas exceptionnels, le hoquet devient quelque chose d'excessivement grave par les douleurs qu'il cause, par U gène de la respiration, par l'impossibilité de la déglutition etdu sommeil qui en sont la conséquence forcée. Les choses se passent alors comme s'il y avait une véritable chorée du diaphragme et des muscles de la glotte, et la maladie devient oo supplice prolongé auquel on ne sait comment se soustraire.

Je n'oublierai jamais une jeune fille hystérique entrée dans mon service pour un hoquet de cette espèce. Elle avait à peine quelques rares intervalles d'une demi-heure ou d'une heure de repos, et durant la plus grande partie de ses journées et de ses nuits elle était tourmentée par un hoquet, qui lui arrachait des cris presque incessants. Quelques moyens que j'aie pu employer, je ne suis parvenu qu'à la soulager momentanément. Au boot de quelques heures, le hoquet la reprenait avec une nouvelle violence. Après plusieurs semaines de traitement, dans lequel je n'avais obtenu que des succès palliatifs, la malade, qui s'ennuyait, voulut rentrer dans sa famille, et j'ai su depuis qu'une affection aiguë des poumons était venue mettre fin au bout de quelque temps à cette longue souff^rance et à la vie.

J'ai vu chez plusieurs sujets, mais tout particulièrement chef cette malade, ce hoquet alterner avec d'autres affections de forme tout à fait hystérique, des convulsions, des paralysies dn sentiment et du mouvement, des paraplégies de courte dorée. Quelquefois aussi il s'est montré en môme temps que les vàW symptômes de sa fâcheuse maladie. Dans ce dernier cas, b hoquet tourmente beaucoup, comme on le conçoit, ki ■aatadati^'

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il dure fort longtemps. Ici j*ai pu l'observer pendant plusieurs semaines. On en trouve de curieux exemples dans les auteurs (1) qui affirment l'avoir vu durer pendant des années.

J'ai conservé, sur un fait de cette espèce, un mémoire qui in'a été envoyé par un de mes honorables confrères de la province ; je ne peux pas mieux faire que de rapporter ici textuellement son observation, qui présente parfaitement la maladie dans son vrai jour, avec les autres phénomènes hystériques coïncidants :

Mademoiselle X..., âgée de trente et un ans, d'un tempérament nenososanguin, bien réglée depuis Fâge de quatorze ans, a toujours eu une boqne santé jusqu'à l'âge de vingt et un ans, époque à laquelle elle eut une affection spontanée du diaphragme qui se traduisit par un gonflement spasmodique de ce muscle et par des hoquets fréquents. Cette première affection céda à remploi d'un emplâtre stibié qui fut appliqué après six semaines de Tusage infructueux des antispamodiques.

Au mois d'avril 18^9, mademoiselle X... fit, en descendant un escalier, one chute sur les fesses; elle ne perdit pas connaissance; aucun traitement De lui fut conseillé. Depuis celte époque jusqu'au mois d*avril dernier, sans avoir été alitée, elle devint très impressionnable aux moindres causes et éprouva à différents intervalles des spasmes généraux sans durée, comme sans gravité.

Le ili avril, un médecin conseilla l'application, au siège, de douze sangsues, pour remédier à des vertiges dont la malade se plaignait souvent. Le lendemain les contractions spasmodiqucs du diaphragme se manifestèrent avec une rare violence, et elles ont résisté pendant sept mois à l'usage interne des narcotiques et des antispasmodiques employés à des doses eoDsidérables; la morphine, le musc, le castoréum, l'asa fœtida ont échoué. Un bain fut conseillé et produisit un redoublement de crises. L'huile de croton fnt employée à l'extérieur et produisit de l'opisthotonos.

Depuis six semaines j'ai été appelé auprès de la malade, et voici l'état dans lequel je l'ai trouvée :

1* Toutes les dix minutes une contraction si)asmodique du diaphragme durant cinq minutes, avec un bruit de hoquet considérable.

2* Les yeux demi-fermés et ne pouvant supporter l'impression de la plus légère lumière.

3* Des contractions dans les muscles fléchisseurs et extenseurs des doigts. (En touchant le pouls je redoublais toutes les contractions.) D'ailleurs toutes les fonctions se faisaient régulièrement, sauf qu'il y avait de

(1) Journal des progrès et institutions médicales, 1829, t. XVHI, p. 208. — iftàtves de médecine^ 1827, t. XllI, p. 448. — Omodei, Annales de médecine, t. IV. -— Jamef t DklkmnaérêéêfMecine, art. Simgultus.

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la constipation. Les facultés intellectuelles parfaitement intactes. La naïade ne quittait pas le lit, et ne le faisait faire que tous les huit jours.

Je conseillai des pilules de valériauate de zinc et d*extrait de belladone.

Je remplaçai les lavements pur^tifs dont on faisait usage par des lavements d'eau froide. Je soumis la malade à la diète froide, trente ^ quarante cuillerées de consommé suffisaient, la langue était belle et Testomae supporta ce régime. Je fis faire des lotions froides sur la région des attaches du diaphragme; le hoquet devint moins fréquent Je remplaçai la belladone dans les pilules par 10 centigrammes de sulfate de quinine, il y eut un peu de mieux, mais passager. J'ai essayé le sous-carbonate de fer, quoiqu'il n'y ait pas de chlorose ; il n'a pas été toléré et j'ai été obligé d'y renoncer.

Que faire maintenant? La malade ne peut pas entendre parler des bains sans frissonner.

Je conseillai de petits vésicatoires sur Tépigastre, pour le panser autant que de besoin avec la morphine.

Je regrette de n'avoir pas connu les résultats de ce traitement et la suite de cette maladie.

En pareille occurrence, on comprend toute la nécessite qu*il y a de tenir la main avant tout et par-dessus tout au traitement de l'affection générale ; mais en mémo temps il ne faut pas négliger les moyens locaux de soulagement.

C'est le cas, par exemple, de chercher, suivant les instants, à utiliser les moyens simples dont j'ai parlé au commencement de ce chapitre, et quand ils n'ont pas réussi, de passer outre et de recourir aux potions élhérées auxquelles on a donné par excellence le nom A' antispasmodiques^ aux applications de chloroforme sur le creux de l'estomac, aux inspirations du même agent, et quelquefois de l'ammoniaque pure.

M. Raige-Delorme (1) raconte la guérison d'un hoquet ptr Tusage de l'acide sulfurique. Ce hoquet avait résisté treize mois aux opiacés, aux antispasmodiques, aux topiques, a l'acétate de morphine par la méthode endermique, aux ventouses sèches et scarifiées, aux vésicatoires. Le médecin prescrivit l'acide sulfurique à la dose de h grammes dans 500 grammes d'eau, i prendre par trois cuillerées toutes les trois heures. La moitié d« cette dose suffit pour faire disparaître ce hoquet.

Malheureusement l'auteur no s'explique pas sur la nature de

(1) Dicttoniiair» â» m^Uecitie en 30 vol., U XV^ p. 390.

ce hoquel. En désespoir de cause, je recourrais au même moyen, s'il n'y avait pas de contre-indication formelle, et si j'avais échoué dans remploi raisonnable de toutes les autres médications.

[Le docteur Ossieu, après avoir essayé de tous les moyens conseillés, a eu également recours à Tacide sulfurique et n'a eu qu'à s'en louer-, il s'agissait d'un hoquel datant de huit jours, chez un fermier adonné aux boissons alcooliques; il lui lit prendre M) gouttes toutes tes demi-heures, suivant la méthode de Schneider, de l'élixir de Mynsicht (teinture aromatique sulfurique du Codex, 1 5 grammes ; sirop de groseilles, Aô grammes) ; 120 gouttes arrêtèrent le hoquet.

On pourrait encore faire usage des pilules recommandées par M. Debreyne (ainsi formulées :

:)C Extrait de belladone 2 grammes. .

Camphre 15

F. s. a. GO pilales.

A prendre, une pilule le premier jour soir et matin, trois le second jour, la troisième à midi, augmentant jusqu'à six pilules, en trois fois dans les vingt-quatre heures). On essayera de la compression épigastrique dont M. Rostan vante les bons effets, ou mieux encore de la compression des clavicules dont Récamier et Ceysens ont obtenu de bons résultats, en agissant sans doute médiatement sur tes nerfs phréniques.]

Dans des cas de hoquet très opiniâtre et très violent, Dupuy- Iren conseillait la cautérisation à l'aide du fer rouge. Cette pratique, qu'excuse seule la gravité de certains hoquets, même purement nerveux, a été dans ses mains quelquefois couronnée de succès.

Voici comment M. Rigot a raconté ces faits dans la Clinique des Mpitaux, 1. 1, n*" 92.

Une blanchisseuse, âgée de trente-deux ans, d'un tempérament nerveux et sanguin, également susceptible au moral et au physique, ayant toujours été d*une santé chancelante et très irrégulièrement menstruée, après avoir éprouvé de violents chagrins, fut prise subitement de hoquets très forts et très multipliés qui duraient presque toute la journée, et cependant disparaissaient quelquefois pendant plusieurs heures de suite. Ils cessaient lors du sommeil, mais pendant la veille ils étaient généralement exaspérés loKque la malade se livrait à des occupations pénibles... Dupuytreu, recon-

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de ses sœurs, elle la trouva en pleurs auprès du cadavre de son mari ; celle vue inattendue détermina une impression tellement vivci chez cette jeune fllle, qu'à rinstant même elle fut saisie d'un hoquet convulsif qui dura huit Jours sans cesser, même pendant le sommeil.

A son entrée dans la salle, le 23, on constata Félat suivant : Cette jeune flUe est excessivement forte et colorée, sans fièvre, son pouls est plein et fort, la face et les mains ont une sorte de turgescence et une coloration violacée; les mains surtout sont tellement rouges et gonflées que la malade peut à peine fléchi ries doigts: une bague, qu'elle portait habituellement» dut être enlevée. Cette fille affirme qu'elle n'avait pas ses règles au moment de son effroi, mais qu'elles sont venues le lendemain et qu'elles ont eu leur abondance habituelle.

Le hoquet de cette malade est bruyant, parfois très brusque et d'autres fois prolongé; il forme une sorte d'inspiration plaintive et sonore. La malade se plaint de douleurs dans le cou, le phar)'nx, la poitrine et répigastre. Le lendemain de son arrivée, ou lui fait inspirer du chloroforme, jusqu'à la placer dans un état voisin de l'insensibilité complète, sans aucun résultaL Le même jour un vésicatoirc sur l'épigastre est prescrit.

Le 24 au malin, la malade n'offre aucun changement, elle est triste et presque conlamment cachée dans son lit. Prescription : 3 centigrammes chlorhydrate de morphine pour pansement.

A dix heures du matin, on pratique le premier pansement, et, quelques minutes après, le hoquet cesse aussitôt, pour ne reparaître que dans la soirée, vers quatre heures. A six heures du soir, second pansement et seconde suspension du hoquet jusqu'au lendemain matin 25. Dès lors on chercha à la maintenir un certain temps sous l'action continue de la morphine. Mais, dans cette tentative, on reconnut bientôt que la morphine; tout en produisant certains effets physiologiques habituels, semblait perdre un peu de son efficacité contre le hoquet; néanmoins, la malade ne tarda pas à reprendre des forces et à retrouver sa gaieté. Plusieurs fois, à la suite d'une émotion, elle eut encore des accès de hoquet très intenses. Mais, peu à peu, le mal perdit évidemment toute gravité. La malade, qui se plaisait dans les salles, essaya plusieurs fois ensuite d'exagérer son mal, tant pour attirer l'attention que pour prolonger son séjour à l'hôpital. Mais, sa guérison constatée, elle fut emmenée par sa sœur le 23 mai.

Esther Marin, âgée de vingt-neuf ans, d'une constitution lymphaticoneneuse, jouissant d'une santé habituellement bonne. Cette femme a toujours habité la campagne; réglée pour la première fois à l'âge de quatorze ans, elle eut une menstruation difficile jusqu'à vingt ans. Elle se maria à vingt-six; et, il y a environ six mois, elle est accouchée d'une fille, qu'elle nourrit jusqu'à l'âge de cinq mois.

ïje il mars iSôO, elle éprouva un violent chagrin en apprenant qu'un de 5PS frères partait pour l'armée. Le 15 du même mois, sans cause appré-

ciable, elle fut prise, pour la première fois, d'une sorte de perte de couuaissauce, avec constriction violente à la gorge, accompagnée de mouvements convulsifs dans tous le corps. Dès ce jour, elle fut prise exactement, tous les soirs en se couchant d'un hoquet convulsif immédiatement suivi d'une éructation sonore. Ces accès d'abord furent courts, puis ils augmentèrent en intensité et en durée, enfin ils se montrèrent dans la journée avec de rares intervalles, et bientôt ils devinrent un état permanent. C'est alors que l'intensité de ce mouvement convulsif fut portée si loin que cette malade, désormais incapable de se livrer aux soins de la maternité, fut obligée de sevrer son jeune enfant. Très souvent elle était prise d'éblouissements et de faiblesses, qui la forçaient de se jeter aussitôt sur son lit.

L'appétit, l'embonpoint et les forces étalent notablement diminués. Le médecin de la localité, ayant tenté diverses médications, l'adressa à Beaujon, le 16 mai courant. A son entrée, on constata Tétat suivant : Femme amaigrie, grêle, d'une petite stature, sans fièvre, constipation légère, ayant eu une fois ses règles depuis le sevrage de son enfant, léger bruit de soufOe cardiaque au premier temps, ainsi que dans les carotides. Iloquet convulsif pouvant se décomposer ainsi : inspiration violente et sifflante, immédiatement suivie d'une éructation bruyante; il n'existe pour ainsi dire pas d'intervalle entre ces deux phénomènes. La malade dit qu'elle sent d'abord quelque chose à l'épigasire, puis, qu'aussitôt elle est obligée impérieusement d'inspirer pour rejeter une certaine quantité de gaz inodore.

Ce hoquet n'existe pas sans cesse ; il dure pendant des heures entières pour disparaître pendant un temps variable.

Dans ces instants de calme, le moindre attouchement sur la région épigastrique fait instantanément reparaître le hoquet. Sous Tinfluence d'uue émotion, on voit le hociuet venir subitement, si l'émotion est produite dans UD moment de repos, ou s'accélérer avec une précipitation effrayante, si elle est produite pendant le hoquet 11 est rare que les nuits se passent sans que cette malade soit brusquement réveillée par l'apparition de re phénomène nerveux; mais généralement il parait s'apaiser après quelques heures de séjour à la chaleur du lit.

On prescrit, le 17 mai : un vésicatoire à l'épigasire avec pansement de 3 centigrammes de chlorhydrate de morphine , U pilules Vallet, magnésie 2 grammes, i pilule de 5 centigrammes extrait aqueux d'opium et une portion d'aliments.

Sous l'inflencc de la médication, on vit rapidement le hoquet perdre et de sa fréquence et de son intensité. Néanmoins dès que les applications de morphine étaient faites sur une surface dénudée depuis plus de trente-six heures, le sel , incomplètement absorbé, n'avait plus d'action curative. On voyait le symptôme nerveux se montrer avec toute son intensité antérieure. Pour éviter cet inconvénient, on appliqua tous les deux jours un nouveau vésicatoire ammoniacal et '6 centigrammes de sel de morphine, matin et soir. A l'aide de cette médication, notre malade a éprouvé un soulagement notable ; de temps en temps il est vrai que le hoquet apparaît encore, mais ce Q^est seulement qu'aux époques où la morphine a épuisé son action.

DBS YOMI58BMRNTS. ^ 627

Le 35, bain simple : la marche, pour aller prendre le imin, avait fait revenir le hoquet, qui disparut pendant tout le séjour dans l'eau. Le reste le la journée fut au contraire très agité. Le hoquet fut presque continuel.

Le 27 au soir, la malade s'aperçut que sa bouche s'emplissait sans cesse de salive.

Cette salivation est combattue par quelques doses d'un gramme de magnésie calcinée prise après tous les repas, et l'on continue, suivant les nécessités de chaque jour, l'administration de la morphine par la méthode endermique.

Aujourd'hui, 8 juin, le hoquet ne se montre plus que par intervalles extrêmement courts et rares; la malade a repris des forces et un peu d'embonpoint. Il n'est pas douteux qu'elle sera définitivement guérie, aussitôt que la chlorose aura subi, par le traitement qu'on lui fait suivre, un peu plus d'amélioration. On ne s'occupe plus de son hoquet que pour mémoire.

le n*ai pas de conseils spéciaux à donner contre les hoquets des vieillards, qui sont moins tourmentants et moins aigus que les précédents, mais qui durent, en revanche, quelquefois fort longtemps; ni contre ceux qui, chez certains sujets, accompagnent la faim, et, chez d'autres, la réplétion de Testomac. Le traitement convenable est indiqué par le mal qui existe; en même temps les conditions d*âge, de force et d'habitudes indi- <]uentles précautions dont il faut Tenlourer. Les causes connues par lesquelles ces hoquets sont produits, mettent facilement sur la voie des meilleurs moyens prophylactiques, s'il y wi a, dont on puisse faire usage avec succès.

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