CHAPITRE XIIL
DBS VOMISSEMENTS.
le vomissement fi été souvent un sujet de discussion entre les physiologistes, et, aujourd'hui même encore, il serait impossible ^c les mettre d'accord sur la question de savoir s'il se fait au ^oyen de l'estomac seulement, ou par les muscles abdominaux. ^^nostrum inter eos tantas componere lites ; mais je demande 1* permission d'exposer, à cet égard, l'opinion qui résulte des nombreuses expériences que j'ai faites, sur les nerfs ptieumo"
gastriques, durant le cours des travaux sur la digestion qui me sont communs avec iM. Bouchardat (1).
Quand on coupe à la fois ces deux nerfs à un chien, avec la précaution de leur faire subir une perle de substance d*un i deux centimètres, au niveau de la partie inférieure du larynx, le vomissement est suspendu, empêché, j'allais dire impossible. Si les animaux ont mangé avant Topération, ils ne vomissent pas après ; et cependant les aliments avalés restent indigérés dans Testomac, pendant les quatre ou cinq jours que les chiens survivent à l'opération. Si ces animaux sont à jeun, et qu'on les fasse manger ou boire après l'opération, ils avalent jusqu'à ce que leur œsophage soit rempli, et que la matière ingurgitée monte au niveau de la glotte. A ce moment, ils éprouvent de la gène, du malaise, de rétouilement, qui peuvent aller jusqu'à l'asphyxie, lorsque des parcelles du corps étranger passent par la glotte et entrent dans le larynx et la trachée; puis, au bout de peu d'instants, le chien, sans effort de l'estomac, sans que rien sorte de cet organe, rejette ce qu'il vient d'avaler. Quand le chien vient de recevoir des aliments solides, il est facile de reconnaître que la masse rejetée par le vomissement représente tout à fait la forme et la capacité de Tœsophage distendu. On ne trouve, au bout inférieur de ce cylindre, aucune des substances auparavant et préalablement ingérées dans l'estomac. Ces expériences, répétées nombre de fois, et l'insensibilité relative des nerfs pneumogastriques, quand on les coupe, nous ont bien prouvé que ces nerfs président au mouvement. La conservation dans l'estomac des aliments qui y ont été introduits avant l'opération, démontre que ces nerfs sont moteurs de l'estomac dans le sens péristaltique ordinaire, puisque ce mouvement cesse de se faire quand on les a coupés. Après Topération, le défaut de vomissement des matières préalablement placées dans cet organe, l'impossibilité d'y pénétrer qu'éprouve le bol alimentaire, confirment le môme fait. Le vomissement œsophagien des chiens opérés, vomissement qui n'a lieu que quand la matière ingérée est remontée assez haut dans l'œsophage, qui n^a pas lieu quand on donne très peu d'aliments ou de boisson (fail
(I) Ces eipériences sont publiées dans VAnnxkam thérapeutique^ etc., ée 11. Boacbardat, iSiS, p. 283.
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bnt je me sois assuré 1res souvent), prouve seulement que les ier& pneumogastriques, interrompus au niveau du cartilage aricolde, ne privent pas Tœsophage de tous les filets qu'il reçoit. La forme et la nature du cylindre rejeté démontrent que les aliments n'ont pas été plus loin que l'œsophage, et n'ont eu aucun Dontact avec les autres matières préalablement admises dans l'estomac, et dont ils ne portent aucune trace.
Je dois naturellement conclure de tous ces faits : 1* Que le lomissement stomacul résulte de l'action des nerfs pneumogastriques; 2* que ce vomissement se fait par effort musculaire le l'estomac, sous l'influence de ces nerfs ; S* que les contrac- LioDS du diaphragme et des muscles abdominaux ne sont alors foe des accessoires utiles à la fonction, commencée et exercée principalement par l'estomac.
Dans cette théorie, le diaphragme et les muscles abdominaux Doopërent au vomissement, comme ils coopèrent à la défécation ordinaire. L'expulsion des matières mises dehors par la déféca- Ikm, c'est-à-dire le sens dans lequel les fèces sont poussées au dehors, est décidée préalablement par les contractions musculaires du rectum, éveillées par les corps en contact au moment du passage; comme l'expulsion des matières vomies est décidée par les contractions gastriques. Dans l'un comme dans l'autre cas, les efforts de l'estomac ou du rectum, me semblent seulement soutenus et aidés par ceux du diaphragme et des parois abdominales. Ces dernières parties toutes seules sont une puissance musculaires pressant indifféremment dans tous les sens sur l'intestin ; leules, elles ne suffisent pas à faire marcher la masse alimeniiire introduite dans cette cavité ; il faut, de plus, qu'une puisnnce plus immédiate détermine le mouvement et surtout le sens ixk mouvement des aliments. Mes expériences m'ont prouvé que ks nerfs pneumogastriques ont cette propriété pour restomac. Ces considérations physiologiques ne sont pas sans importtoce sur l'étude que nous avons à faire des vomissements nerveux. Elles rendent parfaitement compte de l'origine cérébrale ^ la plupart de ces vomissements, qui, dans Thypothèse contraire, dériveraient plus souvent de la moelle épinière. Elles ^'expliquent pas pourquoi le mouvement progressif régulier ^ corps étrangers introduits dans Testomac devient expulsif 1. Zk
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dans certaines conditions; mais elles indiquent au moins d'oA part le iait^ elles confirment souvent les inductions que nous pouvons poser comme bases d'une action médicale, et nous apprennent à faire remonter à leur véritable cause certains symptômes qu'on serait tenté de faire découler d'ailleurs. Elles conduisent à une solide explication de l'action du cerveau sur l'estomac.
C'est pour cela que j'ai insisté sur ces expériences ^ et nous allons voir, en effet, quelle part énorme le premier de ces organes prend aux troubles du second.
Étudions les conditions dans lesquelles se montrent les vomif' sements nerveux.
Causes. — Les personnes qui auront pris la peine de lire ce livre comprendront facilement pourquoi je ne fais pas l'hisloirt de tous les vomissements. 11 est peu de maladies ou naturelles ou acquises, médicales ou chirurgicales, dans lesquelles ce dés* ordre des fonctions digestives ou plutôt cette perversion du moavement des intestins ne s'observe. Excepté dans les cas où ces derniers organes sont localement malades et spéciaiemeot offensés, les vomissements qui surviennent sont presque toujoun dus au trouble du système nerveux, et particulièrement ducer* veau. Mais je ne pense pas trouver dans ce\te remarque une rai:»on suUisante pour considérer comme nerveux tous les vomitsements survenus sans altération matérielle de l'estomac. U liaison entre les fonctions cérébrales et les fonctions digestives n'implique pas similitude de nature dans toutes les causes par lesquelles les premières réagissent sur les secondes. Or c'est précisément la connaissance de la cause première, de la nature réelle du mal, qui décide de son admission parmi les affections De^ veuses. Je dois m'attacher à parler seulement ici des vomise^ ments légitimement classés dans cette catégorie. Agir autrement, ce serait, comme je lai déjà fait plusieurs fois remarquer, entreprendre de traiter de toutes les maladies à propos des looctions nerveuses. 11 n'y aurait plus de limites dans le champ de la science ; car, comme l'a dit Uippocrate, tout se iieni^ imU collabore^ tout sympathise dans Corganisme^ et le système nerveux est un des plus grands agents de coite universelle synergie.
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Ma aiADière d'envisager ce sujet est, comme on le voit, tout à lit différente de celle qu*a adoptée Valleix et qu^il a fait conaltre dans le Bulletin de thérapeutique (1). Dans les trois artiles qu*il a écrits sur cette matière, notre laborieux confrère, iprès «voir fait remarquer que c les auteurs des siècles derniers le connaissaient pas suffisamment le rapport des diverses lésions las organes avec le vomissement, pour pouvoir décider d'une manière positive si la^maladie était essentielle ou non, > et que les modernes c ne nous ont généralement pas donné des obserlations détaillées, > raconte à son tour, avec quelques détails, QD fait type de la maladie dont il veut entretenir le lecteur* Citte observation, que la mort a complétée mais que Vautapsie mâmoérique n'a point accompagnée^ présente en résumé ceci : Femme de cinquante ans, ayant eu, en présence du choléra 4i 18S2, une gastralgie assez rebelle, et depuis ce temps, quelques accidents nerveux, des vertiges, des embarras de la langue, dei faiblesses du bras droit, de fréquentes bronchites capil* hires, des vomissements opiniâtres qui parurent deux mois IviBt la mort. Terminaison fâcheuse, précédée pendant deux jours d'une hémiplégie complète, avec perte absolue de la pmUe.
Il me semble naturel de voir dans cette observation une alté- UtiûD chronique des membranes enveloppant le cerveau, tout •asfi bien qu'une maladie nerveuse. La manière dont la malldie s^est terminée donne même, à mes yeux, une probabilité ie plus à la première de ces deux hypothèses.
Je regrette que, dans ce mémoire en trois parties, notre relietlable confrère semble si souvent confondre avec le vomiss»neot nerveux le vomissement opiniâtre, toutes les fois qu'il ne dérive ni d'une altération matérielle évidente de l'estomac^ ni (Tone maladie palpable des autres organes. C'est, surtout, quand fl parle du traitement que cette confusion me semble le plus Acheuse.
Au lieu de rassembler sur ce sujet tous les cas qui semblent l'en rapprocher, comme ceux qu'ont vus la plupart des auto-
(f ) Cmuédéraiions pathologiques sur le vomissement nerveux, (BuUetin de théff 1349, t. XlZyn, p. 97, 199 et 5197.)
5S2 MALADIES DUES A tNE AUGMENTATION DE l'eXCITATIOM MBRfBtSB.
rites invoquées par Fauteur de ce mémoire, il me parait plus naturel à la fois et plus utile d'isoler de tous les autres le^ Yomissements purement nerveux, et de leur appliquer ensuite i cbacoo le traitement approprié à sa nature intime.
C'est à ce point de vue, éminemment pratique, que j'ai envisagé le sujet de ce chapitre.
Voici, par exemple, comment je comprends les origiDes do vomissement nerveux.
En premier lieu, il peut avoir lieu par le dégoût.
Un mets qui révolte naturellement ou instinctivement certains estomacs, un objet répugnant, un souvenir de violent mal de cœur sont présentés à des personnes impressionnables. Le yoinis> sèment qui s'ensuivra immédiatement, sera certainement on accident nerveux au premier chef.
Le même eflet et la même nature de mal s'observent à chiqae instant encore chez les personnes qui marchent dans une matière sale, qui y touchent d'une façon quelconque, à qoi do images de même nature sont vivement représentées. CertatMt odeurs suffiront quelquefois pour les produire. Il y a des coostîtutions particulières pour lesquelles des impressions, ptrtoot ailleurs innocentes, deviennent, comme par dégoût, une eiM de vomissement nerveux. J'ai connu des personnes qui ?omi^ saient si on leur faisait voir certains animaux, certaines ikon, un œuf, etc.
Dans d'autres cas, les causes du vomissement nerveux soit un peu différentes du simple dégoût. Quelques personnes tf peuvent pas en voir vomir une autre, sans subir immédiateoMit la répétition du même acte. Le fait et la sensation alors éproot^ sont compliqués certainement de dégoût; mais il y aqueifi* chose de plus ; une sorte de sympathie, de synergie, s'est <!•• blie entre les deux personnes qui vomissent. C^est une ik ^ imitations qui sont si communes dans les affections nerveoses.
Les émotions vives amènent souvent des vomissements MT" veux. Ici, ce sera un accès de colère ou de joie qui fera j'en ai vu des exemples. Là, ce sera une passion triste vi surexcitée. De quelque nature qu'elle soit, toute émotion violente peut faire vomir pendant la digestion, l'expériei vulgaire est parfaitement au courant de ce fait; a Jean, la
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irrÎTe moins souvent; tous les médecins en connaissent néanmoins des exemples.
Les défcdUances sont à chaque instant accompagnées ou plutôt suivies du phénomène dont je parle. La chose n'arrive pas au moment même de la syncope, comme certaines défécations involontaires qui tiennent au relâchement complet du sphincter; mais au moment où le malade commence à se remettre et a reprendre l'empire de ses sens. Pour peu que Testomac ait été diargé de matières étrangères, il s'en débarrasse alors, comme s'il y avait impossibilité pour lui d'achever une digestion qui a été interrompue.
Certaines douleurs portent, comme disent les gens du monde, ta cœur ^ elles causent le vomissement ; poussées un peu plus loin, elles conduiraient à la défaillance. Ce n'est pas par leur acuité, par leur violence, mais par leur nature et en vertu d'une susceptibilité tout individuelle et tout à fait nerveuse.
En6n dans les vomissements nerveux se trouve la grande edlection de ceux qui sont produits par sympathies entre les ^ganes^ c'est-à-dire par une concordance jusqu'à présent inexpliquée entre les souffrances de l'un et sa réaction sur l'autre. A cet^rd, l'estomac sympathise d'une manière remarquable avec beaucoup d'autres organes.
Avec le cerveau, ses sympathies seraient prouvées déjà par les exemples de vomissements nerveux que nous avons rappelés; mais elles le sont encore bien plus par des exemples plus directs et plus palpables. La migraine, affection éminemment cérébrale, ' imène, quand elle est portée jusqu^à un certain point, le vomis- Mnent. Le mouvement de la mer, les tournoiements, la valse, ^oand on n'y est pas habitué, ne manquent pas de produire le néme effet. Tous les médecins savent l'influence que les irritations, les inflammations des méninges exercent sur l'estomac, nrtout dans les cas chroniques. Une méningite chronique, loberculeuse ou non, est à chaque instant la cause et l'expliealion de certains vomissements opiniâtres, qui ne résultent évidemment ni de troubles de l'estomac, ni d'abus de cet organe, ni de maladie aux environs, ni de grossesse. J'ai été moimême un exemple remarquable de tout ce que peut sous ce rapport le cervetfu sur l'estomac.
&S& MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATIUN NERVEUSE.
■ J^ avais eu la naïveté de prendre au sérieux ces comédies de concours qu'on jouait devant le public pour les nominations aux chaires de la Faculté, et dans une de ces occasions, après avoir consciencieusement demandé au travail un succès que les arnih gements de mes juges avaient rendu impossible, j'ai été pris d*uii vomissement longtemps inexplicable. Je vomissais à jeun aussi bien qu'après avoir mangé ; au commencement des repas, comme a la fin*, au repos comme pendant l'exercice, à pied comme ea voiture, la nuit comme le jour. Pendant tout ce temps, il ne se passait pas vingt-quatre heures, sans que ce vomissement me revînt; le plus souvent il se renouvelait plusieurs fois dans it même journée. Puis, un jour, en me levant le matin, je tombai paralysé du côté gauche; le sentiment et le mouvement également suspendus. De bons soins me rendirent promptement le mouvement du membre inférieur. Celui du bras ne reprit qoe plus lentement. La sensibilité tactile n est point encore redevenue complète» même à présent que j'écris ces lignes, plosde quinze ans après le début de la paralysie. Pendant que cet épisode se passait, les vomissements continuaient de plus belle, et j'en étais venu, au bout de quinze ou seize mois, à ne pouvoir plus conserver aucun aliment. La faiblesse, la maigreur étaient extrêmes, et la parole tellement embarrassée qu'il m'était impossible de me faire entendre. Je sentais l'impuissance absolue où j'étais de faire articuler à ma langue et a ma bouche les idées dont j'avais conscience, et dont les mots ou ne se présentaieit pas à moi, ou ne se pouvaient pas prononcer. Bientôt je tombei dans une faiblesse extrême, dans un désordre épouvantable de toutes les fonctions. J'avais perdu la connaissance de tout ce^ se passait autour de moi*, je lâchais sous moi, sans le savoir, les urines et les excréments. Pendant plus de soixante jours, je is me soutenais qu'en recevant de temps en tempe un peu de glaee, et encore le plus souvent. je la vomissais l'instant d*après;jt n'avais plus consente qu'une idée très confuse de l'existeBeii avec une confiance intime, inébranlable des reasources de ai constitution ; et néanmoins j'arrivais i présenter tous lea pbda^ mènes qui annoncent l'agonie. Faiblesse extrême, immobilili complète, insensibilté, perte absolue de connaissance appareole, absence de la parole, pouls petit, excessivemeat fréquent; rife