DES VOMISSEMENTS
trâebéal abondant, pendant tout un jour et tout une nuit. Après de si longues souffrances, des vomissements si opiniâtres, des désordres nerveux aussi graves, ma mort prochaine semblait assurée ; et néanmoins il se faisait en moi un changement capital et rapide. Un matin, contre toute attente, j*avais recouvré la parole très distincte et très facile, je prouvais aux assistants que je savais ce qui s'était passé la veille; j'avais recouvré un appétit féroce, et les mouvements m'étaient revenus, même dans le bras jusque-là resté paralysé. A compter de ce moment, les vomissements ne reparurent plus, et la convalescence marcha lentement mais méthodiquement vers la guérison (1).
Il me semble que, dans cette observation, on voit d'une manière frappante l'influence du cerveau sur le vomissement. Soit qu'on ne trouve clans toute cette maladie qu'une affection nerveuse avec des phases diverses et des variations comme elles en* présentent presque toutes quand elles sont graves, soit que le cerveau lui-môme ait été primitivement un peu malade, ou bien qu'il ait été secondairement affecté à la suite de quelque méningite partielle, opinions que la guérison obtenue peut laisser débattre éternellement, on ne peut contester ni l'origine nerveuse des vomissements, ni leur persistance sans maladie aucune de l'estomac, ni leur subite disparition dans les quelques heures qui ont présenté tous les signes de l'agonie, et qui ont immédiatement précédé, au contraire, le retour du mouvement dans les membres paralysés, de la parole perdue depuis plus de dix jours, de l'appétit absent depuis plusieurs mois, de la digestion norinaie impossible depuis plus d'un an.
Uoe circonstance particulière à ajouter à l'histoire de cette maladie est celle-ci: J'étais sujet à des migraines très fréquentes et très violentes. A partir de ma convalescence, je n'en ai presque
[f ) Je faisis cette occasion pour témoigner publiquement ma reconnalttance «■fera MM. Boargaignon, alors interne des hôpitanx, qni ne m'a pour ainsi dire pM quitté pendant ma maladie ; Nonat, qui m'a prodigué ses soins avec un déïaticmfnt au-dessus de tout éloge, et Rayer, qni a si puissamment contribué par tes eicellents conseils à obtenir et à conOrmer tes résultats heureux dont ]e Joois. C^est à leurs soins et anx bonnes affections dont J*al été entouré que Je dois fa vie. Cette maladie, si longue et si grave, m*a fttit ▼iveraént sentir tout ee qnt valent aiiprèt d'un malade la science, le défouemeot ei l'amitié.
(NoU de la prmièr$ éàiUm.)
536 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EICITATI01f NBRTKCSB.
plus éprouvé*, et quand la migraine revient de loin en loin, elle est réduite à si peu de chose que je ne la reconnaîtrais pas, si je n*avais pas le souvenir de tout ce que j*en souffrais auparavant.
Dans Tordre physiologique, on ne peut pas rapporter à antre chose qu'à une action cérébrale les vomissements qui appartiennent a certains empoisonnements; ceux que causent les narcotiques comme la morphine, ou ceux qui résultent de Tinlroduction de l'émétique par injection dans les veines. L*estomac en lui-même n'est nullement atteint par ces médicaments bus oo injectés, et le vomissement arrive cependant d'une manière presque infaillible. Il n'y a pas là une sympathie dans le sens vague du mot, mais un trouble notable dans les fonctions, dans les manifestations du cerveau vis-à-vis de l'estomac.
Tous les faits que je viens de rappeler, tous ceux qu'on rencontre à chaque instant dans les expériences physiologiques et dans la pratique de la médecine, prouvent combien le vomissement est sous l'empire du système nerveux, et combien il faut tenir compte des (roubles de ce système, avec ou sans lésioo matérielle, quand il s'agit de déterminer la cause prochaine du vomissement. Comme fait nerveux, cette relation bien saisie est de la plus haute importance dans l'étude des maladies. Je sois, pour mon compte, convaincu de cette vérité, et assuré que je dois la vie à la sage appréciation des accidents que j'ai éprouvés.
J'ai fait pressentir d'ailleurs, en commençant ce chapitre, que, quelque importance que je donne à l'action du cerveau sur l'estomac, je ne trouve pas qu'on soit en droit de considérer comme nerveux les vomissements qui arrivent dans beauoouf de maladies, oh le cerveau est matériellement affecté. D noe répugne à considérer comme maladie nerveuse, par exemple, la méningite tuberculeuse, dans laquelle les vomissements sont si communs et si longtemps répétés, et même les altérations matérielles du cerveau qui s'accompagnent quelquefois de ce désordre dans les fonctions digestives. A un certain point de vue, sans doute, ce vomissement, dont Valleix a publié une belle obsertition dans le Bulletin de thérapeutique, t. XXXVII, a qudqœ chose de nerveux, puisqu'il dérive originairement d'un troaUe dans les fonctions du cerveau, et qu'il n'implique aucune altération matérielle de l'estomac ; mais n'est-ce pas abuser un peu Ai