CHAPITRE XIV
On entend par le mot palpitation, un désordre du cœur dans lequel le malade perçoit d'une manière pénible les batlements de cet organe, quMI ne sent pas ou presque pas dans l'état de santé. La perception intérieure distingue ce malaise des autres signes du trouble de la circulation, et particulièrement des impulsions trop fortes qui appartiennent aux hypertrophies communes du cœur.
Dans cette dernière maladie, l'impulsion trop forte transmet
les battements dans toute la région précordiale, avec plus ou moins de violence, quoiqu'ils puissent n'entre pas sentis au dedans par le malade. Pendant les palpitations, au contraire, le battement du cœur est senti au dedans, quoique la pulsation sensible au dehors puisse être extrêmement faible.
Les palpitations sont un des symptômes les plus communs des maladies nerveuses. Il est peu de sujets, atteints de quelqu'une des affections générales dont nous avons fait l'histoire, qui n'aient ressenti des palpitations plus ou moins vives, dans un moment ou dans l'autre; il arrive même assez souvent que les palpitations constituent le symptôme dominant dans l'état nerveux, quel qu'il soit, que le médecin observe. Faut-il ajouter que les palpitations sont bien plus souvent un simple phénomène nerveux qu'une conséquence de désordre matériel dans l'organe central de la circulation; que beaucoup de ces derniers désordres ne comportent presque jamais de palpitations? Ce sont des faits dont l'observation clinique prouve chaque jour la vérité. Il est impossible de parler de mnladies nerveuses, sans mentionner les palpitations qui en sont un des apanages ordinaires.
Pour être d'ailleurs complètement édifié sur la qualification de nerveuses propre à ces palpitations, il suffit de se rendre compte des conditions dans lestjuelles elles se développent. Nous trouverons en effet qu'elles se rattachent le plus souvent à l'un des cas que nous allons passer en revue.
Les palpitations se font remarquer dans rflf/iefmie, quand le sang manque pour la respiration et la circulation, et que le système nerveux prend une prédominance exagérée dans le jeu de l'organisme; dans la chlorose^ quand le sang, plus ou moins abondant, est plus ou moins dépourvu de l'un de ses éléments principaux, le fer, et laisse au système nerveux un empire désordonné. Tous les états nerveux sont féconds en palpitations. Ceux qu'amène l'âge, à l'époque de la puberté, au temps de retour, ceux qui résultent de vives et longues affections moraleSi d'un travail ou d'un exercice trop violent ou trop longtemps soutenu, ceux que déterminent les longs désordres, même tes plus exclusivement organiques, sont à chaque instant mioi* festés, entre autres symptômes, par des palpitations plus OQ moins pénibles et réitérées. Eniio les affections hy$iériquu et
hypochondriaques s'accompagnent à chaque instant de palpitations, avec ou sans étouffemenls, avec ou sans tendance à la lipothymie.
Cette énumération des conditions les plus communes dans lesquelles ce désordre se manifeste, suffit pour faire voir combien il doit être fréquent ; je ne veux pas dire que tous ces trou« blés deForganisme sont nécessairement accompagnés de palpitations, mais seulement qu'elles se montrent fréquemment dans chacun d'eux, et (|ue peu de malades ont passé par là sans en avoir souffert. Toutes ces affections sont si ordinaires chez l'espèce humaine qu'on pourrait conclure naturellement et a priori que les palpitations sont un des symptômes nerveux les plus communs; l'expérience confirme incessamment cette déduction.
Il y a en outre une espèce particulière de palpitation nerveuse oontre laquelle le praticien a besoin d'être mis en garde. Elle survient quand on met quelques sangsues aux environs du cœur. Lorsqu'on emploie ce moyen, soit contre quelques pleurodynies, 6t même dans des pleurésies ou des péricardites, soit contre des maladies du sein chez les femmes, on ne doit point être étonné de voir arriver des palpitations plus ou moins violentes ; c'est un fait assez ordinaire.
Ces dernières palpitations sont heureusement plus incommodes que dangereuses. Elles forment, parmi les dérangements de la santé, une classe à part. Je crois qu'elles dépendent du trouble de la circulation, plutôt que d'une origine essentiellement nerveuse.
Diagnostic. — Les symptômes auxquels on reconnaît les palpitations nerveuses sont les suivants :
Le malade sent, à la région précordiale et profondément, des battements de cœur, accompagnés d'un certain sentiment de défaillance et de dyspnée ; ces battements de cœur correspondent aux pulsations des artères \ ils soulèvent quelquefois vivement la paroi extérieure du thorax dans un point limité ; d'autres fois, ils sont à peine perceptibles au dehors; tantôt ils se font sentir 00 voir jusque sur le trajet des grosses artères, tantôt au contraire ils ne se décèlent qu'à peine vers les mêmes régions. Si 00 applique la maio sur la région du cœur, on sent qu'elle est
5Ôd MALADIES UIËS A i:>Ë AlGMK^TATIO^ DE L*E!LCITATION KKBffitSE.
frappée; mais on juge en même temps par la sensation que le choc n'est pas donné par un corps lourd et solide; ce choc a plus de force que de consistance, plus de violence que de force, plus de brusquerie que de violence. Quand on appliquera Toreille sur la même région, la perception auditive conGrmera les sensations et les jugements de la perception tactile. Les chocs, les bruits du cœur donneront des éléments de diagnostic en rapport avec ceux queTimpuision totale de cet organe avait fournis à la niaio. Les bruits du cœur seront vifs, brusques, sonores; mais ils ne feront pas naître Tidée d'une véritable force, d*une grande solidité, de l'application d'une puissance soutenue.
Les pulsations artérielles interrogées donneront de leur côté des renseignements en harmonie avec ceux du cœur. Le pouls sera vif, vite, inégal, brusque et souvent irrégulier, mais il nese trouvera pas nécessairement fort, consistant, dur. L'observaleor jugera sans peine que l'impulsion sanguine aura été active en partant du centre, et il pensera en même temps que la vivacité inégale du pouls est tout à fait indépendante de la masse da muscle creux qui a lancé le sang, de la quantité du liquide remué, de la résistance des artères ; en un mol, que la qualité du pouls sous le rapport de la force, de la résistance et de la dureté, ou au contraire de la petitesse, de la mollesse et du resserrement, sont entièrement distincts des phénomènes qui ont eu lieu au point de départ de la circulation.
Tous les autres symptômes correspondront parallèlement à l'état du cœur et du pouls. La respiration sera gênée, souvent précipitée, quelquefois suspirieuse, mais sans trouble plus grave; les fonctions cérébrales, digestives, seront momentanément troublées, mais d'une manière fugace, et en général sans conséquence sérieuse.
Il faut noter pourtant que la digestion stomacale en est quelquefois dérangée par les palpitations ; et que quand celles-ci se prolongent trop longtemps, elles amènent presque toujours un état notable de dyspepsie, avec toutes les conséquences ne^ veuses qui en résultent.
Les forces musculaires seront enchaînées par le trouble du cœur, par la gêne de la respiration, mais pas autrement ; elles se retrouveront bientôt après telles qu elles étaient auparavant
Ces palpitations, d*ailleurs, présenleront toute rinsUibililé s afTections nerveuses. Elles débuteront brusquement, durent plus ou moins, et disparaîtront comme elles sont venues. les se feront sentir à des intervalles plus ou moins longs ou us ou moins rapprochés, avec ou sans cause physiologique ; lelquefois en plein repos, le plus souvent aussitôt qu'on aura •ulu faire quelque exercice, marcher vite, courir, ou monter; les pourront se suspendre absolument pendant des espaces \ temps assez longs, et d'autres fois se renouveler avec une :cessive fréquence et pour la moindre cause; elles se soutienont autant qu'existera la condition organique, d'âge, de ma* die, qui leur donnera lieu, et pourront disparaître avec elle, ème pour ne plus revenir. Elles n'auront aucune marche igulière ni dans leurs retours momentanés, ni dans leur enanble comme maladie.
Tous ces caractères les distingueront parfaitement des paipitions d'une nature différente. Celles qui résultent iVuue hyper^ ûp/Uedu cœur seraient reconnaissables au volume de l'organe Mistaté par la percussion, à la puissance des impulsions, à la latité du choc, à l'étendue dans laquelle il se fait sentir, a la ïDtinuité de l'hypertrophie organique, et de tous les désordres mctionnels qui en sont la conséquence. Celles que provoqueuent des dérangements, des productions accidentelles vers les HriGces, se reconnaîtraient aux bruits de souffle^ de $cie ou de "àft qui s'entendraient aux points correspondants et un peu ta-dessous du mamelon gauche pour l'orifice ventriculo-aoriqae, un peu plus bas et plus près du sternum pour Torifice ^triculo-pulmonaire, vers la pointe du cœur et vers le milieu lecet organe pour les orifices auriculo-ventriculaires. On distin- {uerait ces bruits de souffle, même dans le cœur, de certains l^its chlorotiques qui s'y font quelquefois entendre pendant les Npitations, parce que le maximum d'intensité des bruits de HHiine organiques se trouverait aux orifices altérés ; tandis que IKHir les chlorotiques le maximum irait en croissant du cœur à Wte, de l'aorte aux carotides et surtout à la carotide droite; irce que les sujets chlorotiques ont presque tous, en certaines trtiesdu visage, autour du nez et de la bouche, une couleur d'un ris verdàtre qui ne trompe guère ; et surtout parce que la marche
et rinégalité des palpitations de la chlorose, en même temps que Tabsence d'hypertrophie du cœur, différencient énormément ces souffles de tous ceux qu'il faut rapporter aux désordres organiques.
En tenant compte de ces conditions ordinairement faciles i constater, il me semble qu'on ne sera pas exposé a confondre les palpitations nerveuses avec celles des hypertrophies ou des altérations valvulaires du cœur; que ces altérations valvulaires soient de simples déformations, ou des déformations avec insuffisance, et quelle que soit d'ailleurs la théorie que Ton admette sur les bruits qui correspondent à ces variétés.
Il me paraît aussi aisé de les distinguer des palpitations qui accompagnent Vendocardite ou la péricardite.
Dans le premier cas, le bruit de souffle est au maximum Ters le milieu du cœur ou vers les oriGces ventriculaires; les battements du cœur s«nt plus sourds, plus précipités, plus réguliers; il y a de la fièvre ; on a, dans les antécédents, dans les circonstances concomitantes, des raisons de surveiller une endocardite; les bruits de souffle sont constants et égaux. — Danj les palpitations nerveuses, au contraire, ils forment une sorte d'exception ; l'endocardite ne donne guère de palpitations, à proprement parler.
S'il y a péricardite^ elle est aiguë ou chronique. Aigué, elle produit une douleur locale assez intense, quand on percute la région précordiale ; elle rend le pouls petit, serré, inégal ; il y • de la Gèvre; puis la matité précordiale augmente d'intensité et d'étendue; on entend en cette région d*abord un frottement superticiel, puis un véritable éloigrîement, une diminution des bruits du cœur. Le malade se plaint d'une douleur vers le bas du sternum. L'impression éprouvée par Tobservateur ne correspond pas du tout à la palpitation dont le malade se plaint: et î'étouftementest beaucoup plus pénible et plus profond que dans les palpitations nerveuses.
Si la péricardite est chronique, elle peut être accompagnée ou d'adhérence des deux feuillets du péricarde dans une plu* ou moins grande étendue; on d'un épanchement dansTintcfieur de ce sac. Dans le premier cas, il y a quelquefois un bruit de frottement très intense et superficiel; plus souvent absence de
phénomènes locaux. Dans le second cas, l'étendue de la matîté» la profondeur et le peu de sonorité des bruits du cœur et la mollesse de l'impulsion ; dans les deux cas, la petitesse des pulsations artérielles, et surtout la chronicité et la constance du malaise, permettent souvent de distinguer l'affection matérielle des palpitations nerveuses. En6n on peut encore ajouter à cela tous les autres signes généraux, et l'histoire du malade, et la connaissance de ses antécédents, et celle de la cause de la palpitation. Avec toutes ces données, il me semble impossible de confondre aucune de ces affections avec les palpitations dont nous parlons ici.
Des signes plessimétriques et stéthoscopiques (1), en dehors même de tous les renseignements que fourniraient en masse les désordres fonctionnels, me paraissent capables de distinguer nettement encore les palpitations nerveuses de celles que provoqueraient des maladies capables d'influencer gravement la respiration et secondairement la circulation. Telles seraient, par exemple, les maladies dos poumons ou des plèvres, surtout du côté gauche. Je n'en parle donc que pour mémoire.
J'ai insisté sur ce diagnostic, parce qu'il est d'une haute importance pour tout ce qui concerne le pronostic et la thérapeu* tique de ces maladies.
Pronostic. — 11 y a en effet, sous le premier rapport, celui du pronostic, une très grande différence entre les palpitations nerveuses et celles qui dérivent de toutes les autres sources que nous avons indiquées. Autant ces dernières sont graves et impitoyables, autant les premières sont simples et pour ainsi dire bénignes. Elles sont incommodes toujours ; elles ont quelquefois l'opiniâtreté, la longue durée des états nerveux généraux dont elles émanent ; mais elles ne compromettent jamais la vie. Nous pouvons encore ajouter qu'elles se guérissent souvent, tandis que rincurabilité de presque toutes les autres est, pour ainsi dire, devenue proverbiale.
Traitement. — La thérapeutique des palpitations nerveuses puise ses lumières à une double source d'indications : à la cause
(1) Andry, Manuel pratique de percussion et d* auscultation, 1845, i roi. grand
560 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE i/eXCITATION NEEVEUSE.
première qui donne lieu à celle afTection, puis au symptôme nerveux considéré en lui-cmème.
La première de ces sources d'indications se trouve dans Tln'stoire que nous avons tracée des conditions ordinaires au milieu desquelles naissent les palpitations : anémie, chlorose, état nerveux, affections morales, hystérie, hypochondrie. Ce sont toutes des maladies nerveuses avec lesquelles nous avons en partie déjà fait connaissance. C'est à elles qu'il faut s'adresser pour couper le mal dans sa racine, toutes les fois que des palpitations se présenteront sous Tiniluence de quelques-uns de ces étals généraux. Nous n'avons donc ici rien à dire de plus que ce que nous en avons déjà exposé, et nous y renvoyons, en nous bornant à faire remarquer qu'à ce point de vue la thérapeutique des palpitations nerveuses devra varier suivant l'espèce de la cause.
Quant aux palpitations artificielles, pour ainsi dire, qui suivent assez souvent les applications de sangsues aux environs du cœur, le trailement en est simple. Si le sujet est chlorotique, anémié, névropalhique, on emploiera pour les comballre les moyens auxquels on aurait recours si les palpitations étaient survenues sans application de sangsues ^ elles guériront plus vite qu'elles ne le feraient, si elles avaient été une conséquence normale du développement de la maladie générale. Si au contraire on a affaire à une personne sanguine ou du moins capable d'une certaine résistance, on fera une saignée du bras d^une ou deux palettes, et les palpitations céderont comme par enchantement. J'ai observé ce résultat nombre de fois, surtout parmi les malades traitées par Lisfranc, quand il s'agissait de diminuer par quelques applications locales de sangsues, It douleur, la dureté, la sensibilité ou le volume de tumeurs du sein, qui faisaient craindre pour l'avenir une dégénérescence dangereuse.
Au point de vue des palpitations elles-m^mes, de quelque origine qu'elles soient issues, nous ne sommes pas non plus dépourvus de ressources spéciales. La matière médicale nous fournit trois agents principaux, qui diminuent l'intensité et l'irrégularité des battements du cœur: c'est le nitre à haute dose, V acétate de plomh, et la feuille de digitale jjourjtrée.
Le nitre à haute dose est rarement bien supporté, surtout par
m.s i'\i.M r\ ii(>\s. r)()|
les sujets nerveux ; on ne peut guère leur en faire avaler en vingtquatre heures plus d'un, deux ou trois grammes. C'est d'ailleurs un agent infidèle, et auquel j'ai renoncé sans regret, dans le traitement des accidents qui nous occupent. Quand je remploie ainsi, c'est plutôt comme auxiliaire, à la dose de quelques décigrammes dans les boissons.
J'en dirai presque autant de Y acétate de plomb. J'ai très rarement observé son effet sédatif sur la circulation ; le ralentissement du pouls, rencontré chez quelques malades empoisonnés |Mtr le plomb, outre qu'il n'est pas constant, me semblerait un détestable argument en faveur de ce traitement. J'aimerais mille fois mieux conserver des palpitations nerveuses que d'en être guéri à ce prix. A petites doses, le sel dont je parle ne m'a jamais satisfait, et j'y ai renoncé coniplétement.
Je parlerai bien différemment de la digitale pourprée^ soit qu'on l'emploie en teinture, pour faire des frictions sur la région précordialé; en poudre, pour la faire avaler à doses de 10 ou 20 centigrammes chaque jour, ou même sous forme de digitaline, comme MM. Homolle et Quevenne l'ont extraite et conseillée à doses d'un, deux, trois milligrammes chaque jour. Elle diminue manifestement le nombre des pulsations, donne aux mouvements du cœur plus de régularité et de lenteur, et par ^nséquent lutte directement contre les palpitations.
Je me sers donc, dans les cas qui nous occupent, d'une de ces trois préparations, et j'emploie très rarement les extraits qui to'ont en général semblé peu sûrs dans leurs effets. Je me borne i choisir entre les trois formes indiquées plus haut. Je les préfère, suivant les cas, dans l'ordre que j'ai suivi à les faisant connaître \ J* première, pour les sujets éminemment nerveux et dont je ne >eux troubler ni l'estomac, ni le cerveau; la seconde, là où la première n'a pas suffi; la troisième, quand les palpitations demandent un remède encore plus énergique. J'aime mieux employer de cette manière des préparations d'une activité hissante, que de forcer les doses de la digitale.
En général, je me tiens et je recommande aux médecins avec
i< plus vive instance de se tenir à des quantités très faibles de
^préparation qu'ils auront à employer; la digitale est une plante
perGde, quand on ne la connaît pas, et qui, après une apparence
56â MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*£XC1TATI0N NERVEUSE.
d*innocuilé durant plusieurs jours, montre quelquefois tout i coup une énergie redoutable. J'en use avec la plus grande précaution, et en observant très attenlivement ce qui se passe. Au moindre signe, je suspends complètement l'administration de ce moyen, parce que j*ai vu quelquefois, quand on la continuait, survenir des accidents redoutables. Je commence par quelques grammes de teinture alcoolique en friction, par quelques centigrammes de poudre, par un milligramme de digilaline, et j'tugmente lentement ces doses, surtout chez les sujets très nerveux. Ce n*est que quand je les connais bien, que j'en viens aux doses moyennes indiquées plus haut, et je m'arrête immédiatemeot, aussitôt que quelques fantômes passent devant les yeux, que quelques vertiges se font senlir, ou que Testomae éprouve II moindre impression de nausée ou même de plénitude. Avtol que les choses en soient venues là, Teflet sédatif de la digitale sur le cœur a été produit^ on Taugmcnterait peut-être en allant plus loin; mais ce ne serait pas sans danger pour le malade.
Je n*emploie pas d'ailleurs toujours la digitale ou ses pré* paralions, à l'état d'isolement ; non-seulement j'en combine Tusage avec celui des moyens généraux réclamas par la cause générale du mal ; mais encore je Tunis, quand Toccasion me parait appropriée, avec les autres agents narcotiques ou stupéliants, tels que l'opium, l'extrait de belladone, de jus(|uiaineoa d'aconit. D'ailleurs ces additions sont rarement nécessaires, et je les évite autant que je le puis, à cause de leurs résultats fâcheux sur les organes digestifs qu'on a si souvent intérêt i maintenir dans toute leur activité.
Dans ce chapitre, et sous ce titre de palpitatiofi$/je n'ai parlé jusqu'à présent que de ce qui regarde le cœur ; c*était même laque je m'étais arrêté dans la première édition de cet ouvrage. Depuis qu'elle a été publiée, quelques médecins respectables ont éveillé une attention s|)éciale sur les pulsations artérielles abdominaleSi que M. Macario (1) surtout a considérées comme idiopathiques. Je pense que tous ces auteurs auraient mieux fait de donner âeei pulsations A^ nom de/^a/^27a//0725,à causedesseu^ationsresseo- (l) Des pulsations abdominales idiopathiques, par le docteur llacario ( fjtrvii d$$ Annales médicales de la Flandre-Occidentale^ 1853, 9* livraitMi).
par les malades eux-mêmes ; et eVst pour cela que j*en veux Mrler dans ce chnpitre.
Je n'ai pas rap|)orlc d'observation spéciale de pcilpitations lerveuses du cœur; la chose esl si commune el si connue que f aurait été soumettre la patience du lecteur à une épreuve inuile; je pense qu'il y a utilité d*agir autrement pour les palpita* lions aortiques et j'en emprunterai des exemples aux auteurs qui ont parlé accidentellement de ce symptôme, comme à ceux qui y ont donné une attention particulière.
Le mémoire de M. Macario rend a cet égard ma t&che très facile.
H. Leriche (1) avait déjà fait remarquer ce qu'avaient dit i » sujet Morgcigni, Laônnec, Seuve, Willis, Frank , Pomme, Cullcn, Barras, M)l. Brochet et Roche, et il avait publié ace sujet dans YUnion médicale deux observations intéressantes. Il suffira d'en citer une pour faire connaître, et dans ses symplAmos el dans son essence, la maladie à laquelle notre confrère avait eu affaire et dont il a rapidement triomphé.
Madame R..., âg^ de quaraDte-huit ans, femme d'un employé des teaDes,d*une forte c^nslilution. d*un tempérament éminemment sanguk), fil toujours bien réglée jusqu'il y a deux ans, où les règles cessèrent sans ^u*ileu résultât aucun accident. Mariée à Tàge de dix-huit ans, elle a eu trois enfants. Sa dernière couche date de douze ans. Il y a quatre mois, elle fut atteinte d'un embarras gastrique auquel vinrent se juindre quel-
<|uei peines morales. M. C , son médecin, homme excessivement recom-
ittndable, lui donnait des soins depuis plusieurs mois, et la malade res* lait toujours dans le môme état. A celte époque, lu malade \int nous emsulter (I6 mars 18^7).
Voici ce que nous avons observé: Face pâle, expression de tristesse, Uogue large, humide, un peu bLinrhàire, chaleur de ia peau normale, pouls à 70 pulsations, appétit capricieux, sommeil inquiet, respiration Ubre, le rhythnie du cœur u'otïraul aucune espèce d'anomalie, funcllons totfsiinales bonnes. l>a malade se plaint d'avoir un b;itiement considérable vers la région hypocliondriaque droite, entre la région épigaslri(|ue ^ la région ombilicale. Ln appliquant la main sur ce point, on sent des Pubatious excessivement énergiques; il semble aussi que le volume de Taorte a augmenté. Si Ton ausculte, il est facile de constater Tisochronisme 4a battements aortiques avec ceux du cœur, et de reconnaître qu'il n'y a
(1) Union médicale^ 1849, t. UI, p. 330.
564 MALADIES DIKS A l NK AI:GMKNTATI0N DE I^'eXCITaTION KERVEl'SE.
aucune espôce de bruil de souffle Ce symptôme tourmente beaucoup It mlado, car elle a toujours entendu dire que les anévrysmes se présenuieet avec ce caractère. Depuis environ trois semaines, elle était soumise aux moyens suivants, d'après l*avis de son médecin ordinaire : sirop de digitale, frictions avec teinture de digitale sur la région hypochondriaque droite, tisane de racines d'asperges; régime végéta] ; repos absolu. On avait aussi proposé Tapplication d'un cautère sur le lieu où se faisaient sentir les battements. Le mari avait été averti que sa femme était sous Tinfluenoe d'ane maladie sans remède. ^
Pour nous, nous l'avouerons, en présence de l'opinion du médeclo, If diagnostic que nous avions d'abord porté et qui était plus favorable, dobs laissa des craintes d'être, à notre tour, dans Terreur; tant il est vrai que l'influence d'un nom a manifestement de l'action sur nous. Après n nouvel examen, nous persistâmes néanmoins dans notre première peoséf que nous n'avions affaire qu'à des battements nerveux artériels, en ayant égard à l'absence complète des caractères physiques de l'anévrysme et ai peu de succès qu'obtenaient les préparations de digitale. Nous rappelaot le fait signalé par Laënnec et les moyens qu'il conseillait, nous prescrivine une saignée du bras de 10 onces, des lotions froides sur tout le corps &He le matin, l'usage des eaux de Vichy à l'intérieur au moment des repas et le retour graduel à l'usage de la vie alimentaire ordinaire.
Après quinze jours d'usage des moyens indiqués, la malade nous dit qu'elle pensait être guérie, puisque son anévrysme éiaii fondu (expression propre). En effet, quelques jours après la saignée du bras, les batteneals .abdominaux avait presque cessé, et la malade trouvait que ses fore» revenaient chaque jour depuis cette époque, et que ses nuits étaient islniment meilleures. Au bout d'un mois environ, la malade était refrnir à son état normal.
M. le docteur Macario qui s'était trouvé plusieurs fois en fart de faits à peu près semblables, au moins pour les pulsations abdominales, avait jugé à propos d*en communiquer un à Vrainn médicale (1) en demandant au comilc de rédaction une réponse consultative. Je rapporte ici le fait observé par M. Macario, et b réponse que j*y lis avec Tapprobalion du comité.
Ferry Louis, vigneron, est âgé de dix-neuf ans, grand, maigre, d*iae forte constitution, et jouissant, avant l'affection dont il est atteint apjol^ d'hui, d'une excellente santé.
Il y a vingt mois, il fut pris, sans cause connue, de pulsations abdooinales avec céphalalgie, tintements d'oreilles, étourdissemenis, etc. Aoio8^ d'hui, ces pulsations s'étendent depuis ia partie inférieure de répif;aslitr
(1) rniwi mMicale, 1852, t. VI, p. 81.
DKS PALPITATIUNS. 505
i*att nombril, un peu sur le côté gauche de la ligne médiane de Taben; elles battent soixante fois par minute, el sont isochrones aux bat- !0l8 du pouls et du cœur. Elles ont leur sié^e dans l'aorte. Ce vaisseau, iloé avec tout le soin dont je suis capable, ne présente sur son trajet ne tumeur anévrysmale; lorsqu'on le comprime dans le creux épirique, ou un peu au-dessous, les pulsations sont suspendues et repaient aussitôt que la compression cesse, à la manière de celles qui ont dans les cas d'anévrysme. Dans la moitié inférieure du corps, depuis gastre jusque sous la plante des pieds, la sensibilité de la peau est ois très exaltée, à ce point que le moindre attouchement est doulou- . Cette exaltation n'est pas continue et permanente, elle va et vient
cause connue : elle dure un ou deux jours, et reste sept à huit jours
reparaître. i.e cuir chevelu est en même temps très sensible. Alors la :he est amère, pâteuse, Tappétit diminué, et l'estomac est le siège d'une
douleur; le malade n'a qu'un seul moyen de la calmer, c'est de se *en deux. Du reste, toutes les autres fonctions s'exécutent régulière- U à l'exception du sommeil qui est bref» interrompu et troublé par rêves pénibles. 11 y a, en outre, des crachotements continuels. est le quatrième malade atteint de pulsations abdominales que j'ai eu alon d'observer dans le cours de ma pratique, qui date de plus de
années. J'ai traité les trois premiers à l'exemple de Morgagni, par des natifs répétés, qui triomphèrent plus ou moins rapidement de la ma- ^ Celui-ci a résisté jusqu'à présent au même traitement; j'ai essayé, otre, de la digitale, des calmants, des antispasmodiques, mais sans te. Tel est le malade pour lequel je viens réclamer vos conseils éclairés. le faut-il faire? Quels moyens faut-il employer pour le guérir de ses frances, souffrances qui l'empêchent de vaquer à ses occupations, et longent de plus en plus dans un profond désespoir? ! TOUS saurais un gré infini, monsieur et honoré confrère, si vous voubien répondre, par la voie de votre excellent journal, aux questions J'ai rhonneur de vous adresser.
gréez, etc. Docteur Macario.
Réponse.
Le connité de rédaction de VUnion médicale m'a confié le I de répondre à la demande de notre honoré confrère, el aîsis avec un empressement justifié par l'incommodité et la icité de quelques affections pareilles à celle dont il est ques- I, l'occasion d'exposer ici ce que Tobservation et l'expérience ot appris dans les cas analogues que j'ai traités en assez grand
ibre.
Le comité de rédaction sera toujours heureux de pouvoir >ndre à la confiance de ses honorés correspondants.
> Dans le fail rapporté par M. Mucario, il y a plusieurs cîrconslancos à noter, outre les pulsations épigaslriques ; telles sont: la céphalalgie, les tintements d'oreilles, les étourdissemcnts, les exaltations locales de la sensibilité cutanée se Q)on* Irant par intervalles irréguliers et sans cause connue, soit aux extrémités inférieures, soit dans le cuir chevelu, la diminution de Tappétit et les vives douleurs de Testomac avec bouche pâteuse et crachotements continuels, enGn les irrégularités du sommeil.
» Tous ces symptômes me frappent parce qu'ils se rencontreol presque tous et presque toujours, quand les pulsations épîgas- Iriques montrent un développement considérable, quand elles sont douloureusement pereeplibles pour les malades, toutes les fois qu'elles s'observent dans la chlorose avec gastralgie. Moû service de Ueanjon, où les névropathiques abondent, en présente constamment de curieux exeniples. Il est rare que les pulsations épigastriques ayant pris un développemenlî morbide, ne s'y montrent pas accoiftpagnées d'un assez grand cortège d*acridents nerveux, comme ceux dont M. le docteur Macario a tenu compte. Ces derniers phénomènes y sont d'autant plus fréquenls et plus marqués, que là digestion aura été plus longtemps pénible et tourmentée, par conséquent incomplète et insudisante. C'est justement ce qui est arrive pour le mtltdl dont nous nous occupons.
» Deux points seulement semblent manquera rhistoire de ci malade, telle que noire honore confrère nous l'a donnée; jl veux parler des signes les plus saillants de la cachexie chlorotique, la diminution des forces et le désordre dans la circulation.
» Du premier point, M. Blacario ne dit rien, si ce n'est quek malade, âgé de 19 ans, est grand et maigre, d'une forte cott* stitution, jouissant, avant la maladie présente , d'une parfiiti santé. Mais, d'après ces termes mômes, et d'après les troubles d6 la digestion mentionnés plus loin, d'après les symptômes lK^ veux de la maladie, je ne crois pas que les forces aient été conservées ; je suis convaincu que tous les eflbrts sont devenus impossibles au malade; qu'il s'essouffle rapidement, surtout quand il veut marcher vite et en montant^ que le travail derientde
plus en plus diificile ou même impossible; qu'en un mot, celte constitution, primitivement forte en apparence, a été modifiée avec le temps et progressivement détériorée dans le sens de la chlorose.
> Pour le second point, le trouble de la circulation, M. Macario a parfaitement étudié l'aorte et les environs de ce vaisseau ; par conséquent nous sommes en droit d'admettre avec lui qu'aucune lésion matérielle locale de l'artère ou des organes voisins ne cause le mal dont il s'agit. Mais nous regrettons que notre confrère ne nous ait pas donné des renseignements précis sur la force, la plénitude, la dureté des pulsations artérielles ; sur les bruits qu'on entend en auscultant le cœur, la crosse de l'aorte, les carotides, surtout la droite, en arrière du muscle slernO'Cléido-mastoïdien non conlraclé nitendu« Vensemble de l'histoire du malade et une circonstance notée avec soin par fauteur me font présumer que le pouls radial doit être mou et facilement dépressible, que des souffles chloroliques doivent s'entendre aux points vasculaires que j'ai indiqués plus haut. Je dis Vensemble de r histoire, parce que les symptômes énoncés ci-dessus seprésenlent chez presque tous nos chloroliques arrivés à un certain degré de la maladie sons forme chronique et d'origine gastralgique ; et j'ajoute, u?îe circonstance mentionnée par M,Macario^ parce que je suis frappé de la facilité avec laquelle on fait disparaître les pulsations aor tiques en comprimant dans le creux épigastrique. L'aorte, dans l'état normal du sang, ne se laisse pas si aisément comprimer; et cela n'arrive guère <iue chez des sujets dont les pulsations artérielles sont dépressives et molles, quelles que soient leur apparence de vivacité et l'espèce de percussion qu'elles exercent sur les organes qui entourent plus ou moins médiatement ce vaisseau. En un mot, il nie semble qu'il arrive dans ce cas pour l'aorte ce qu'on observe si souvent sur de petits vaisseaux aux environs d'une névralgie tien caractérisée, le développement et Tendolorissement de la pulsation, quoique le calibre du vaisseau soit facile a déprimer par une pression directe.
f L'histoire de cet intéressant malade, ainsi analysée, me semble conduire logiquement aux conclusions suivantes: » 1* Ces pulsations épigastriques sont liées a une cachexie
chlorolique, quelle qu*en soit la cause, abus de quelques fonctions, ou excès de travail, ou croissance trop rapide, ou dérangement dans les digestions stomacales.
i> ^'^ Elles se lient aussi primitivement ou secondairement avec les douleurs de Testomac, assez vives pour obliger le malade à se plier en deux.
:» Les indications thét*apeutiques les plus importantes me paraissent résulter de cet ensemble de symptômes, et en même temps de Tétat des organes explorés dans cette maladie.
J^ Fa voici comment, sur ces données, j'instituerais le traitement :
* l' Tous les jours à déjeuner et à dîner, deux pilules contenant 20 centigr. d'un proto sel de fer, ou 10 centigr. de fer réduit par l'hydrogène.
» 2® Après chaque repas, une cuillerée à café de magnésie, dite anglaise; bu^ si cet agent causait de la diarrhée et du ballonnement du ventre, deux pilules composées de miel et de - 15 cenligr. de poudre d'yeux d'écrevisse.
» â*" Application, entre l'épigastre et le nombril, d'un emplâtre d'extrait aqueux d'opium, qu'on renouvellerait surtout au moment des crises douloureuses de l'estomac.
» &*" Administration, chaque soir, d'une dragée contenant 1 milligr. de digitaline ; au bout de quelques jours, on augmenterait d'une ou de deux la dose de ces dragées, suivant l'effet obtenu sur la circulation.
> 5° Régime analeptique non irritant, et exercice modéré de tous les organes.
» 6** Je réserverais les bains froids et les irrigations de même nature, pour une saison plus douce et plus fixe dans sa température.
> 7*" L'expérience m'a appris que ce traitement, suffisamment continué, soulage sûrement et guérit presque toujours de semblables affections. »
Dans son mémoire publié depuis et indiqué plus haut, M. Ha* cario ajoute qu'en effet j'avais bien deviné Tétat (^loroUque da sujet, et il termine la relation du fait, en disant que le malade, «pioique pour un motif ou pour un autre il n'ait pas voiiltt suivre le traitement prescrit, a fini par aller beaucoup mieux.
Le même auteur rapporte dans son mémoire, un cas que je citerai encore en détail pour donner un exemple de palpitations abdominales d'une autre forme :
Augy (François), de Sancergues, âgé de cinquaole ans, d*un tempérament sanguin, d*une constitution assez robuste et jouissant habituellement d'une bonne santé, est atteint depuis cinq jours seulement de pulsations abdominales très incommodes, qui se manifestent dans la région ombilicale un peu à gauche de la ligne médiane, dans une étendue de trois à quatre travers de doigt; il éprouve en outre parfois des palpitations, mais les bruits du cœur sont normaux. Le matin en se levant il éprouve des étourdissenients, une légère céphalalgie et des bourdonnements intermittents dans l*oreille gauche. La langue est chargée, la bouche amêre, l'haleine fétide; il y a anorexie, pesanteur d*estomac, constipation; les membres inférieurs sont quelquefois le siège de fourmillements, mais ilsne sont ni las, ni faibles. Les membres supérieurs, par contre, sopt d'une grande faiblesse, mais ils ne sont le siège d*aucun fourmillement. (Potion slibiée qui a provoqué des vomissements et des selles nombreuses de nature bilieuse.)
Le 15 février 1852, c'est-à-dire vingt jours après ma visite, le malade est venu me voir dans mon cabinet; il se plaint toujours de ce que ça luisante dans le ventre, quoique à un moindre degré; mais Tappétit est revenu, le sommeil est excellent, toutes les fonctions, en un mot, se font bien. Je lui ai prescrit une bouteille d'eau de Sediitz à prendre le jour même, et le calomel associé à la gommegutte pour le surlendemain. Ces purgatifs provoquèrent des évacuations atvines nombreuses, et notre malade ne tarda pas k être complètement délivré de ses maux.
Ces exemples que j'ai empruntés exprès aux auteurs qui se sont le mieux occupés de la matière, montrent en môme temps et les formes que peuvent revêtir ces palpitations épigastriques, et les causes essentielles auxquelles op doit le plus souvent les attribuer. Pléthore sanguine, embarras gastro-intestinal ou hépatique, chlorose ou chloro-anémie, telles sont, d*après les observateurs précités et suivant mes propres observations, les raisons essentielles de la plus grande partie de ces battements. Le pronostic et la thérapeutique de ces désordres locaux de la circulation sont réglés par la connaissance du principe qui donne lieu au mal.
Je dois ajouter, pour mon compte, que la chlorose m*a semblé de beaucoup la plus fréquente des causes qui le produisent. Elle prédispose à presque toutes les affections nerveuses; elle dérange toujours la circulation ; elle exalte en certains points la
670 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'EXCITATION NERVEUSE.
sensibilité du système nerveux ganglionnaire, au point de rendre perceptibles pour les malades les fondions de ce système, si bien disposé par la nature pour soustraire aux appréciations individuelles pendant l'état de santé les fonctions qui lui sont dévolues. Il n'est pas étonnant, par conséqueht,que la chlorose cause très fréquemment le mal dont nous nous occupons ici. C'est d^ailleurs un fait doiit j'ai été si souvent témoin, que je le copsidère comme très suffisamment démontré.
Quant au traitement, je conseillerai, contre la pléthore les évacualions sanguines modérées ; contre les embarras gastrointestinaux et hépaliques, les évacuants soit par le haut, soit par le bas, puis les eaux de Vichy, et Tusage un peu prolongé des amers et des laxatifs; enfin dans les cas de chlorose, le traitement persévérant par les préparations de fer, el quelques applications locales calmantes comme palliatifs du symptôme, quand les malades en souiïriront assez pour quil y ait urgence de les soulager. La combinaison de ces remèdes avee les eaux alcalines, avec la magnésie, les poudres absorbantes suivant l'état des fonctions digestives; tels sont les moyens à invoquer et qui ne manquent pas de réussir, si Ton en fait ud choix convenable et bien approprié au cas et surtout au moment de la maladie.
Il ne me parait pas nécessaire d'insister davantage sur les indications du traitement ni sur le pronostic. Quant au diagnostic, malgré les quelques cas dans lesquels les observateurs ont été un instant dans le doute, je ne conçois pas qu'il puisse demeurer incertain pour peu qu'on se donne la peine d'examiner son malade. On ne pourrait confondre ces battements ou palpitations avec un développement anévrysmal des vaisseaux o^ cupant la même région qu'en portant trop vite un diagnostic injustifiable. Tous les battements nerveux abdominaux ont des intermissions que les anévrysmes ne présentent jamais, et c^ signe seul suffit pour qu'on ne puisse jamais confondre un mal avec l'autre. D'ailleurs, il y a tant de différences de toute natait entre les deux que l'erreur prolongée est tout à fait impossible.