‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 53 sur 96 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DE l'asthme.

Natube de la maladie. — L*aslhme était regardé dans l'ancieDoe médecine, et reste encore aujourd'hui aux yeux des gens du monde comme une maladie très commune; dans Topinion des organiciens et des analomo-pathologistes au contraire, Fexislence réelle, essenlirlle, de celte affection est i peine admise et souvent révoquée en doute. Cette différence tient à ceci, que les médecins des âges passés s'attachaient uniquement aux symptômes qui les avaient frappés, comme le font les gens du monde qui ne se préoccupent pas des lésions hors de leur portée; tandis que les médecins modernes ont trouvé des causes matérielles à tant de maladies réputées essentielles, et particulièrement à l'asthme, qu'ils en sont venus presque à douter même de la possibilité de ces êtres dont ils ne peuvent pas observer le squelette^

Il est certain en effet qu'une grande partie des asthmes admis par les anciens et les gens du monde, ne sont pas autre chose que des maladies du cœur et des gros vaisseaux, des bronches ou des poumons. On apprécie le plus souvent chez les vivants les éléments matériels de rasthme,et on les démontre sur les cadavres. Toutes ces altérations, hypertrophie des ventricules, avec ou sans dilatation ; endocardites aiguës ou chroni* quesy avec ou sans déformation des valvules, soit artérielles, soit veineuses, soit ventriculo-auriculaires; péricardites générales ou partielles, avec adhérence au cœur, ou avec épanchement séreux ou séro-albumineux ; aortites avec ou sans concrétions calcaires, avec ou sans ulcérations, avec dilatation ou rétrécissement ; affections des poumons, tubercules, catarrhes chroniques, emphysèmes, adhérence des plèvres, épanchements thoraciques généraux ou partiels; œdème de la glotte, des bronches ou des poumons; toutes ces altérations, dis-je, ont tellement diminué le nombre des asthmes, absolument sans lésion matérielle, qu'on n'en rencontre presque plus. Dans l'immense majorité des cas ou les symptômes de l'asthme se montrent, le

médecin qui examine bien son malade reconnaît que le mal remonte à une des altérations que je viens d*indiquer. La précision du diagnostic moderne ne laisse le plus souvent aucun doute sur Torigine véritable, ou du moins sur la coïncidence des symptômes qu'on observe, et des lésions rappelées plus haut. Plus tard, Tautopsie cadavérique vient confirmer le diagnostic qui avait été porté, ou quelquefois compléter un diagnostic oi^nique jusque-là resté douteux.

Mais,cettelarge partétantfaiteàTanatomie pathologique, Texpérience clinique me semble prouver péremptoirement que certains asthmes restent encore en dehors de toutes les altérations dont je viens de rappeler la fréquence; et Tanatomie pathologique elle-même ne se charge-t-elle pas quelquefois de faire justice des prétentions exclusives de ses partisans exagérés? J'en pourrais donner comme preuve le fait rapporté après autopsie par M. Bricheteau (1), et même l'autorité de M. Beau, racontant (2) qu'il connaît un médecin, affecté pendant quelques années d'un asthme qui lui venait par accès intermittents, sans que jamais il eût eu la moindre bronchite, avant ou après ces accès.

Ce sont ces cas exceptionnels qui constituent l'asthme purement nerveux.

Je dois ajouter que, dans la pratique, il me semblerait déraisonnable de ne pas tenir compte souvent de TafTection nerveuse, même là où des désordres matériels existent et ont été formellement reconnus. C'est une vérité que je crois incontestable et d'une haute importance. Elle me parait incontestable, parce que des causes, agissant exclusivement sur le système nerveux, provoquent sous nos yeux des asthmes de cette nature; parce que les symptômes, la marche de l'accès, le développement de la maladie, ni'offrent tous les caractères des affections nerveuses; parce qu'enfin je trouve, comme M. Lefèvre (3), que l'étal matériel ne subit pas, en bien comme en mal, les changements qu'indiquerait l'asthme, s'il n'était que le produit du trouble anatomique. Elle me parait très importante, parce que la théra-

(1) Archives de médecine^ 1825, t. IX, p. 334.

(2) IM., 1840, t. IIX, p. 121.

(3) Lerèfre, De l'aslhtne, recherches médicales sur la nature^ (es causes ei ^ traitement de celle maladie, 1847, in-8.

peutique, établie sur ces données, obtient un succès que Tétat matériel, envisagé et traité tout seul, ne comporterait pas.

Donc, pour résumer mon opinion, je crois rarement à Tastlime purement nerveux ; mais j'y crois certainement, et je pense qu'il y a souvent avantage à le traiter quand on en soupçonne la présence, même là oii existent en même temps, comme cause ou comme complications, certaines altérations matérielles bien connues.

Symptômes. — L'asthme se compose d'une série d'accès; nous avons donc à décrire un accès, un ensemble d'accès, toutes les séries d'accès solidaires qui constituent la maladie.

L'accès d'asthme prend très brusquement. Floyer (1) raconte, surtout d'après ce qu'il en éprouvait lui-môme, que l'accès d'asthme est annoncé la veille ou le jour même par des t^oubles divers de la digestion. Mais ces prodromes, propres a l'auteur, manquent le plus souvent; et sont d'tiilleurs tout différents, quand ils existent, chez les différents malades.

Le plus ordinairement, une personne est bien portante en apparence pendant toute ou presque toute la journée. Puis a un certain moment delà nuit, elle est prise tout à coup d'un étouffement plus ou moins violent. Si elle dort, cet étouffement la réveille au milieu d'un cauchemar ; si elle veille, l'étoufTement arrive après quelques moments de gêne, d'agitation, d'anxiété inexplicables. L'inspiration est excessivement pénible, beaucoup plus que l'expiration ; cette dernière partie de la fonction respiratoire est lente et accompagnée d'un sifflement remarquable. L'asthmatique manque d'air. Il faut, pour qu'il respire, que de l'air frais se renouvelle autour de lui, soit par les fenêtres ouvertes, soit par l'agitation qu'on donne à l'atmosphère ambiante; non-seulement il faut que ce renouvellement d'air se fasse, mais il est encore nécessaire qu'il ait lieu ostensiblement, que le malade le sente et le voie ; s'il en doute, ses étouffements redoublent. Pendant ce temps on entend a peine dans la poitrine le bruit vésiculaire, malgré les grandes et fréquentes inspirations que le malade exécute ; la respiration pulmonaire ne se fait presque pas. L'accès est accompagné d'une toux suffocante ainsi

(1; Floyer, Traité de Vasthme, tradait de Tanglais. Paris, 1785, iii-12.

décrite avec exactitude par M. Lefèvre (1) : « Au début des accès, elle est laryngée ou plutôt trachéale; elle se reproduit par quiote et donne un son fêlé, chevrotant, remarquable par son opposition complète avec le limbre bronchique ou caverneux qui caractérise la toux des personnes atteintes de dilatation des bronches. Puis après un temps plus ou moins long, pendant lequel on a pu remarquer toute Tanxiété du malade, ses efforts pour respirer, la dilatation de ses narines, la teinte cyanosée de ses traits, le brillant humide de ses yeux, son attitude de corps, de bras, de tête, les inégalités et la mollesse de son pouls, le mil va en diminuant; la respiration revient peu a peu; une sorte de crise se fait par des crachats vermicelles, par des sueurs ou par des urines; puis tout rentre peu à peu dans Tordre, et laccés est passé quelquefois en moins d'une heure, en général au bout de deux, trois, cinq heures et même plus. »

Dans cette description d*un accès d'asthme, j^ai supposé le malade d'ailleurs bien portant. Ce cas n'est pas très commun. Le plus ordinaire est que les accidents nerveux d'étouffement, dont je viens de donner la description, soient surajoutés à des troublt s antérieurs et chroniques de la respiration, causés par une des altérations matérielles dont j'ai parlé en commençant ce chapitre. Les troubles organiques sont divers, suivant Tespèce et le sié*;e de l'altération matérielle préexistante. Ils ne changent pas d'ailleurs les symptômes de l'accès d'asthme, tel que je viens de le décrire.

J'ai indiqué l'accès pendant la nuit, parce qu'il a lieu le plus souvent dans cette partie de la journée. C'est presque toujours entre sept heures du soir et<|unlre heures du matin, le plus souvent de dix a deux heures, qu'il se fait sentir. Les accès d'astlime à une autre heure sont une grande exception. Plusieurs auteurs, et entre autres J. Frank, en ont observé pendant le jour. J'en ai vu aussi ^ mais je dois dire que ceux dont )'ai été témoin étaient plutôt symptomatiques qu'essentiellement nerveux ; du moins ils avaient lieu alors chez des personnes en qui existaient, a ma connaissance, des désordre^ matériels notables. Tastbme ne lesacconqmgnait pas habituellement, mais il se produisait comme un accident nerveux venant s'ajouter aux souffrances constantes.

(1) Op. du, p. ft3.

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Dans cette description, je n*ai pas rappelé certaines douleurs excessivement vives qui accompagnent quelquefois les étouffements dans ce qu'on a nommé angine de poitrine, parce que, comme je le dis pluâ loin, je regarde cette dernière maladie comme une véritable névralgie, et non pas comme un asthme.

Je n*ai pas indiqué non plus certains troubles des bruits respiratoires, tels que c râles sibilants plus ou moins aigus qui se font entendre à distance, et qui imitent quelquefois le piaulement d*un oiseau ; râles vibrants, variant d'intensité sur divers points de Tarbre bronchique, » rapportés par M. Lefèvre dans sa description des accès. J'attribue ces symptômes qui se rencontrent dans la plupart des accès d'asthme, et sur lesquels M. Beau a fondé sa théorie, à Talfection des bronches qui les accompagne si souvent.

Pour la même raison, je n'ai rien dit non plus de lu sonorité plus grande du thorax, a la percussion, que laissent percevoir, pendant et après, comme avant leurs accès, de nombreux asthmatiques aiïeclés d'emphysème pulmonaire.

Il me parait très sage et très bon de tenir grand compte de ces faits dans la pratique, toutes les fois qu'ils se présentent; mais, quelque nombreux qu*ils soient, l'expérience m'a prouvé qu*ils ne s'observent pas chez tous les malades. J'ai rencontré des asthmes exempts de ces complications, je dirai même, si l'on veut, de ces causes communes.

L'accès d'étoulTement que je viens de décrire ne se produit pay qu'une seule fois dans une attaque d'asthme. Il se renouvelle, tantôt d'une façon qu'on -|)ourrait appeler périodique, tantôt, au contraire, avec des irrégularités qui lui ôtent tout à fait ce caractère, malgré les interinillenres reconnues par le malade. L'accès sera rappelé quelquefois par le retour des mêmes causes physiques ou morales, quelquefois sans que rien puisse rendre compte de son retour. Il se présente avec des caractères fonctionnels semblables, sinon tout à fait identiques du moins inaiogues, dure plus ou moins longtemps, se passe plus, ou moins vile, plus ou moins brusquement, plus ou moins complètement, pour se remontrer en son temps, après un nouvel intervalle de repos.

576 MALADIES Dt'ES A UNK AUGMI^^NTAÎION DR L*EXCITAT10N NERVfitàE.

Les accès ainsi répétés, dix, quinze, vingt ou trente fois, et même plus, constituent une attaque d^asthme. Cette attaque se présente pour certains malades dans une même saison; pour certains autres, dans des saisons tout à fait différentes et sous l'influence de quelque cause morale ; pour quelques-uns, a la moindre occasion qui leur trouble physiquement ou nen'eusement la respiration; pour quelques autres enfln, uniquement parce que l'asthme les a déjà saisis une première fois, et les tient en crainte.

L^ensemble de ces séries d*accès forme la maladie à laquelle on doit donner le nom A' asthme. Ordinairement elle débute par des étouffemenls légers et peu rapprochés ; puis les accès deviennent plus communs, plus longs, plus pénibles; et, si on ne trouve pas moyen de les arrêter, ils finissent par constituer une infirmité habituelle excessivement fatigante, d'autant plus qu elle prive presque absolument de sommeil. Arrivée à ce point, elle ne quitte presque plus le malade, et finit bientôt par s'accompagner de toutes sortes de désordres matériels a peu près irrémédiables. Ce sont ou certains emphysèmes, ou certaines modifications des organes circulatoires, dilatations sans hypertrophie, ramollissements du cœur, ou un engouement passif des bronches et du larynx, survenus à la suite de beaucoup d'accès d'asthme et qui n^existaient pas «tu commencement de la maladie.

Mais pour en arriver là, tous les malades n'ont pas suivi le môme chemin. Les uns ont eu des accès d'asthme'à peu près périodiques a des intervalles assez réguliers; les autres ont éprouvé de la manière la plus irrégulière des étouffements de celte nature, toutes les fois qu'ils ont été soumis aux causes qui provoquent ordinairement l'asthme. Une émotion morale, une cause physique, comme un changement atmosphérique quelconque, ou l'influence de certains météores, la moindre vicialion de l'atmosphère, auront été dans ces cas une occasion suffisante pour provoquer l'invasion de l'accès. J'ai donné des soins à une dame a qui sa veilleuse de nuit, pour peu qu'elle fumât, causait un accès d'asthme. Je connais plusieurs asthmatiques qui sont pris de leur accès quand il y a de Torage en l'air; quand il neige ou menace de neiger; quand il fait chaud, quand le temps change

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brusquement; quand cerlaincs odeurs de fleurs, de bitume, de charbon de lerre, de soufre, de labac brûlé les frappent; quand on les réveille en sursaiH.

On trouve même consigné dans le Journal de médecine et de chirurgie d'Edimbourg, et répété dans les Archives de méde^ cin€j 1827, t. XIV, p. 256, un fait singulier que voici : Dans quelques parties de THindoustan, si, par une cause quelconque, quelques individus viennent à cesser de faire usage de la quantité d'opium qu'ils consomment habituellement, ils sont bientôt affectés d'une dyspnée très grande et de tous les autres symptômes qui accompagnent les paroxysmes de l'asthme.

Cette maladie des Hindoux privés d*opium est une singula* rite qui n'a point encore clé suffisamment étudiée, et qui doit ressembler beaucoup au délire des ivrognes qu'on prive de vin.

Les premiers malades, dont nous avons parlé, ont leur asthme, comme les goutteux réguliers, leurs douleurs. Tel était a peu près l'état de Floyer, qu'il a parfaitement décrit dans son livre, cité plus haut. Ces malades connaissent l'invasion, la menace même de leur accès ; ils peuvent le prévoir et s*y attendent \ ils savent d'avance à quoi s'en tenir, à part la petite augmentation de mal que chaque série d'accès comporte. D'autres, au contraire, sont dans leur maladie les jouets de mille circonstances extérieures, qui ne dépendent pas d'eux, et dont l'effet les surprend presque toujours.

Cette distinction nous sera utile quand nous fonderons les indications thérapeutiques sur la recherche des causes essentielles de la maladie. Bornons-nous à constater pour le moment qu'elle implique seulement dans les accès ceci de remarquable, que ceux de la première espèce ont une sorte d'égalité progressive; tandis que ceux de la seconde présentent une grande irrégularité dans leur intensité et dans leur durée, a cause du rapport qui s'établit toujours alors entre l'intensité des accès et celle de la cause qui les a produits.

Diagnostic. — L'aslhme, comme nous le comprenons ici, doit

être distingué avec soin de toutes les maladies que les modernes

ont eu raison d'en distraire. Ce diagnostic est fondé, d'une

part, sur tous les signes de Tasthme, et, d'une autre part, sur

ceux qui appartiennent aux maladies avec lesquelles on serait exposé à le confondre.

La description que nous avons donnée ci-dessus de l'asthme dans chacun de ses accès, des accès les uns par rapport aux autres, de la maladie dans son ensemble, constitue la colleclion des signes positifs de cette maladie; Tasthme existe quand les symptômes se présentent comme je les ai mentionnés. Mais de ce que tous ces symptômes se montrent ensemble, il ne faut pis conclure que le patient est affecté simplement d'un asthme Tiffveux; il reste à élablir l'existence des caractères différentieb entre cette maladie et toules les affections organiques auxquelles elle emprunte quelques symptômes.

Pour compléter par les signes négatifs le diagnostic, présumé d'après les signes positifs, le médecin est obligé de parcourir toute la série des caractères physiques ou physiologiques qui appartiennent aux altérations chroniques du cœur, de Tendocarde, du péricarde, des gros vaisseaux, des bronches, des poumons, des plèvres. Toutes ces maladies ont des symptômes particuliers qu'aucun médecin ne peut ignorer, maintenant que le diagnostic organique a fait tant de progrès ^ par conséquent, il ne se rencontrera qu'un fort petit nombre de cas où la lésion matérielle, cause du mal, pourrait échapper à une suflisanteeiploration. Ce petit nombre de cas appartiendra à des lésions» peu prononcées, que le médecin sera toujours en droit, jusqu'à nouvelle lumière, de faire abstraction de ses doutes^ etd*agir comme si Tasthme lui était démontré parfaitement nerv(ui. Cette conduite ne compromettra jamais son malade, et loi laissera toujours la faculté d'agir autrement, si quelque signe nouveau vient à le faire changer d'opinion.

Dans les cas bien tranchés, la présence de Tasthme et l'absence de tous les signes pathognomoniques des maladies des organes que nous avons indiqués, suiliront amplement pour le diagnostic; le diagnostic entraine les indications thérapeutiques dont le médecin doit surtout se préoccuper. Jusqu'ici la médecine est simple et nette.

Mais tous les faits ne sont pas aussi faciles à édaircir. D'an* très cas se présentent, incomparablement le plus souTenI, dans lesquels des altérations matérielles existant» on reconnaît

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moins unaslhme avec presque loutrensenible dessymplômesque nous avons indiqués. A-l-on aifairo alors à un asthme nerveux ? Dans un grand nombre de ces cas, je n'hésile pas à dire oui, et voici sur quoi je me fonde.

Si Tasthme résultait tout simplement du désordre organique, il ne devrait avoir ni interruption, ni brusque exacerbation, ni modification momentanée, puisque la lésion matérielle ne présente pas de ces variétés. Que ce soit une hypertrophie du cœur, une altération des valvules, une adhérence du péricarde, un épanchement dans cette poche séreuse, un vice des vaisseaux, des bronches, des poumons, des plèvres, ou même du cerveau, comme MM. Georget et Joly en ont vu des cas, la lésion matérielle est constamment présente. Elle peut à la longue croitre ou décroître ; la gêne notable de la respiration qui en montre la présence incessante, peut éprouver quelques changements en plus ou en moins, tou tes les fois qu*uno cause quelconque exigera plus, ou permettra moins d*aclivité dans la fonction respiratoire. Mais le trouble organique existera toujours avec tous ses signes, la gène delà respiration comprise, lors même que rétouffemcnt asthmatique manquera. Celui-ci, au contraire; peut se montrer sans que rien, dans l'état matériel appréciable du sujet, y puisse donner lieu. Il peut disparaître, môme quand il est compliqué des conditions organiques les plus prononcées dans le sens de l'anatomie pathologique. En tous les cas, qu'une lésion matérielle existe ou non, l'étouffement asthmatique offrira tous les caractères que nous lui avons assignés plus haut; môme dans les cas d^emphysème, il y aura des points variables et plus ou moins étendus des poumons où on n'entendra point de bruit vésiculairc; les causes nerveuses l'augmenteront ou môme le feront naître; sa marche irrégulière sera pareille à celle de toutes les affections de son espèce-, la thérapeutique aura sur lui des effets semblables à ceux qu'elle peut obtenir sur un asthme nerveux simple. En un mot, ce sera un asthme simple, ou un asthme plus une maladie organique; ou mieux, dans ce dernier cas, une maladie organique, plus des désordres d'asthme nerveux, auxquels une cure bien entendue pourra donner un soulagement momentané, quoiqu'elle ne puisse souvent rien ou presque rien sur la maladie organique.

5S0 MALADIKS DUES A UNK AUGMENTATION DE l' EXCITATION NERVEUSE.

Je n*ai jamais renconlré d'inconvénient à voir et a traiter les choses de cette manière; et il m*est bien démontré que, dans la pratique» on aurait un grand tort si l'on négligeait Tasthme nerveux, lors même qu'il s'ajoute à une altération organique quelconque. Le Iraitemcnt momentané de Tun ne devra cerlainemenl pas faire perdre de vue la présence de l'autre. Le pronostic en sera plus ou moins modifié; la thérapeutique occasionnelle ne devra jamais annihiler celle que le mal constant exige. Mais le malade aura du moins été soulagé d'un grand malaise; elle médecin aura obtenu Tun des résultats honorables de sa coopération, quand il n'aura pas pu prétendre au résultat final de Tari de guérir.

Causes. — Les causes de Tasthme méritent une attention particulière, non-seulement parce qu'elles ne sont pas toujours faciles à déterminer, mais encore en raison de leur importance pour la thérapeutique. Elles sont de deux ordres : les unes résultent d'une disposition locale particulière des poumons et de leurs annexes, ou des centres circulatoires, assez facile a reconnaître, grâce aux progrès de l'auscullation et de la percussion ; les autres appartieiinent à des affections générales d'un type particulier, et ne se décèlent qu'à l'aide d'une longue et attentive exploration, ou par une connaissance exacte et complète des antécédents du malade.

Les plus originaires dans les deux ordres que je viens de distinguer, sont les suivantes : sous le premier rapport, tous les désordres matériels que nous avons mentionnés en commençant ce chapitre, et dont la connaissance toute moderne a failli étoufT^i' les saines notions sur le désordre nerveux qui constitue l'asthme* Je n'ai pas besoin d'en recommencer ici l'énumération. Qu'il me suffise de dire que Tasthme est commun, toutes les fois que des dispositions nerveuses s'ajoutent à quelque vice matériel chronique des bronches, des poumons, des plèvres, du cœur ou de ses enveloppes, des gros vaisseaux ou du médiastin. L'existence d'un de ces nombreux désordres est une raison suffisante pour prévoir l'invasion de l'asthme réel, bien qu'il ne soit pas légitime de regarder comme tel, l'étouffement habituel qui résulte de toutes ces affections.

Parmi les désordres que je viens de signaler en bloc, il y en

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a un surtout dont la présence est une cause d'asthme si commune, que, dans beaucoup d*opinions respectables, il se confond avec cette maladie elle-même; je veux parler du catarrhe pulmonaire chronique et de Vemphysème pulmonaire. Quand un malade a beaucoup vécu au grand air, et qu'il y a beaucoup et vulgairement exercé les organes de la phonation ; quand un sujet délicat et mou a contracté beaucoup de rhumes, ou qu*il les a conservés pendant longtemps, que les bronches sont restées engouées, (\\\q les efforts de respiration et de toux ont duré au delà des limites ordinaires, Temphysème pulmonaire s*cst produit ; la percussion permet de reconnaître, en certaines parties des poumons, ou superGcielles ou profondes, une sonorité plus grande que dans Tétat normal. L'auscultation, outreles raies muqueux plus ou moins ronflants dus au catarrhe, fait entendre des frotlemenls, des craquements particuliers, vers les points où la sonorité est plus éclatante. A ces signes physiques, il est impossible de ne pas reconnaître Temphysème. Le médecin sait qu'à Touverture du corps il trouverait les poumons volumineux, non affaissés; que les vésicules en seraient excessivement apparentes; qu'il y aurait des lacunes assez grandes, pleines d'air, qu'on pourrait faire voyager sous les plèvres en les comprimant avec le doigt.

Le malade, en qui la percussion et l'auscultation révèlent ces désordres, se plaint d'un calarihe chronique, d'un étouffcment continu plus ou moins pénible, suivant les circonstances de repos, de température douce et de bien-être, ou au contraire d'activité, d'intempéries auxquelles il aura été soumis. Mais tout cela ne serait point encore l'asthme, si quelque chose de plus ne s'y ajoutait pas. Ce quelque chose de plus, c'est une disposition nerveuse qui fait qu'au milieu de toutes les conditions les meilleures, Tétouffement arrive, souvent presque à heure fixe, et sans autre raison que les révolutions de la journée et de la nuit, d'autres fois sans régularité et parce qu'une impression morple, un changement matériel quelconque auront inllué sur le malade, parce que l'atmosphère aura subi quelcjuc modification.

C'est ainsi que je comprends les causes locales de l'asthme; les causes générales sont à peu près celles de toutes les maladies nerveuses dominant tout le système. Par exemple :

L'asllime est souvent héréditaire comme les autres affeclions nerveuses. Je dois faire remarquer que cette disposition maladive se retrouve d*aulant plus fréquemment dans les enfants que Tasthme des parents a été exempt de complications organiques. Quand Tasthme des ascendants a été accompagné de désordres matériels, on ne remarque pas que des désordres semblables engendrent invariablement Tasthme des enfants. La disposition nerveuse est donc transmise plus souvent que l'autre.

On sait que Tastlime se rencontre plus souvent dans tàge adulte et surtout vers Tàge de retour que dans les autres moments de la vie. Cependant il ne faut pas croire qu'aucun âge en soit exempt. Je n'oserais pas soutenir que l'asthme thynùque des petits enfants, sur lequel M. le docteur Hérard a composé une excellente thèse, puisse être invoqué ici comme une des variétés de l'affection qui nous occupe. Je n'admets pas sans discussion toutes les assertions de Millar (1), de Cullen.de Royer- CoUard et de Double sur l'asthme aigu des enfants; mais il n'est pas douteux que l'asthme se rencontre dans le jeune âge. Wichmann en a cité un exemple probant; M. Guersant en a vu plusieurs fois chez des enfants de cinq à douze ans; j'en aiobserré deux chez des enfants de trois ;i cinq ans, un chez une jeune fille de quatorze ans, plusieurs sur des sujets de dix-huit à vingtsix ans. L'asthme n'est pas rare après trente ans; il est asseï commun dans la vieillesse.

Le sexe, d'après les observations des auteurs et les miennes, ne semble pas avoir une grande influence sur sa fréquence, i moins que ce ne soit vers Tage critique où le nombre des femmes asthmatiques semble prendre une fiicheuse supériorité. Dans les autres âges, l'opinion générale des auteurs incline t leur attribuer une sorte d'immunité relative. Je ne connais pas à ce sujet de lois formulées par des chiffres, et je n'en comprends même ni la possibilité, ni futilité.

L'état nerveux, de quel([ue origine qu'il provienne, produit assez souvent Tasthme véritable. 11 agit ainsi ou sur des sujets affaiblis, anémiés, chlorotiques, ou sur des femmes à l'âge critique, ou dans les cas les plus prononcés de dispositions aux

(1) Millar, Observations smv l'asthme et sur le croup, Iraduitet ptrL. U (ei, 1808, in-S.

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maladies nerveuses. L'hystérie, chez des personnes de tout âge depuis la puberté, et les désordres nerveux de pareille apparence dans le sexe masculin, sont assez souvent accompagnés d*asthme nerveux. Il suffît pour produire cet état qu'une cause, capable d'engendrer tous les accidents hystériques, ait porté son action sur les nerfs des bronches et des poumons ; l'asthme est alors un des succédanés de Tattaque hystérique. Le môme eflet a lieu quelquefois chez les hypochondriaques ; on en rencontre que la crainte de l'étouiTement par faute d'air fait tomber dans un accès d'asthme complet; ou bien en qui le môme état se prcH duit, parce que leur imagination est frappée de la crainte de quelques désordres, ou réellement possibles, ou purement fan-* lastiques, des organes de la respiration, ou de ceux du centre de la circulation. '

La ffouiie est une cause assez fréquente de Tasthme. Je ne veux pas parler dé la goutte régulière, de celle qui envahit le gros orteil, puis successivement, j'allais presque dire méthodiquement, les autres articulations. Celle dont je signale ici les effets, est ou la goutte irrégulière commune chez les femmes et chez les hommes d'une constitution féminine, ou la goutte primitivement régulière, mais dénaturée avec le temps. Cette goutte fait connaître sa présence par des douleurs vagues, puis localisées ; elle produit aux environs des articulations, et surtout de celles des mains, des orteils et du métatarse, de petites tumeurs dures, de temps en temps excessivement douloureuses, habituellement indolores si on ne les touche pas; elle finit par déformer et par souder les petites articulations, et par rendre certains mouvements impossibles.

Voilà pour la première sorte de goutte, celle qui se montre irrégulière dès le début et pendant tout son cours.

Dans d'autres cas, l'asthme est dû à la goutte au maximum, quand elle est devenue pour ainsi dire universelle, déformant les os, les articulations, envahissant tous les organes, et capable de les altérer tous, ou d'y simuler une foule de maladies locales. Ces deux sortes d'affections goutteuses donnent lieu à un grand nombre d'asthmes. On pourrait a la vérité nommer ces asthmes ffotUietixei non pas tierveax; mais comme ils ont toute la Ibmie de ceux que nous avons décrits, qu'ils n'amènent pas plus

5S& MALADIES DtES \ UNE AUGMENTATION DE L*E\CITATI01i NERVEUSE.

de lésions matérielles, qu'ils en ont la marche, les symptômes, Tcssence, je ne peux pas y voir autre chose qu'une affection nerveuse d'une origine spéciale, et je l'indique ici parce qu elle louche au cœur de mon sujet.

Autant en dirai-je de l'asthme produit par le rhumatisme. On comprend, sans qu'il soit nécessaire de m'étendre sur ce sujet, que je neveux pas parlerai des clouffements occasionnés pendant le rhumatisme par les endocardites ou les péricardites fréquentes dans cette maladie. Ces étouffements tiennent et par la nature du mal, et par la forme des symptômes, et par les conséquences, et par la thérapeutique à des lésions matérielles dont nous ne devons pas nous occuper ici. Je veux parler exclusivement des asthmes, qui, sans altération matérielle, résultent d'une affection rhumatismale chronique, envahissant tantôt un viscère, tantôt un autre, capable par conséquent de présenter, sous toutes sortes de formes, l'image d'une affeclion de cause générale momentanément localisée, et caractérisée alors par les troubles spéciaux de la fonction dévolue à rorgane envahi.

La syphilis enlin est encore une de ces affections générales dontraslhmc peut devenir l'expression symptomatique. Maison se gardera de confondre, avec Vasthme syphilitique propremeiU dity rétouffemenl qui peut résulter d'exosloses ou de productions syphilitiques diverses sur les os, le périoste ou les ligaments des téguments du cranc, du cou ou du canal rachidien en rapport avec les nerfs qui servent à la respiration. Ces étouffements, de cause matérielle, sont constants, réguliers, et suivent le sort de l'affection syphilitique tertiaire qui les a produits. Les asthmes syphilitiques purement diathésiques et sans altération matérielle locale, ont, au contraire, tout l'ensemble des caractères de l'asthme nerveux.

Tels seront le retour de l'asthme ou son alternation avec des douleurs ostéocopes, la présence de pustules, de tumeurs, d'alcérations syphilitiques ; avec la connaissance acquise, qu avant la syphilis il n'y avait pas apparence d'asthme et que l'hérédité peut être écartée dans la recherche des causes.

L'observation des malades démontre que la syphilis oedr sionne particulièrement ces asthmes lorsqu'elle est mêlée, ou ftt

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hérodilé, ou accidentellement, à un principe goutteux ou rhumatismal, c*est-à-(]ire quand elle arrive à sa période dite tertiaire ou constitutionnelle, chez un sujet primitivement atTecté de goutte irrégulière ou de rhumatisme chronique, d'est alors qu'elle produit les accidents les plus bizarres. L'asthme en est un.

Anatomib pathologique. — L'anatomie pathologique n'a rien fourni qui sorte des données symptomatologiques que je viens de présenter, à propos des dialhèses goutteuse, rhumatismale et syphilitique.

M. Jolly a parlé d'altération de la substance nerveuse voisine de l'origine de la huitième paire; Ollivier (d'Angers), d'altérations de la moelle épinière; Bérard a rencontré une tumeur notable dans l'un des nerfs diaphragmatiques ; M. Andral (1) a trouvé le médias tin antérieur occupé par une grosse masse de ganglions tuberculeux, au milieu de laquelle passaient les deux nerfs diaphragmatiques; M. Ferrus a vu une ossification assez étendue placée au centre du plexus pulmonaire et comprimant une partie des nerfs de ce plexus.

Tous ces faits et toutes ces observations sont d'un intérêt incontestable au point de vue anatomique; mais je ne peux pas m'empôcher de les considérer plutôt comme des curiosités que comme les éléments sérieux de la pathologie nerveuse de l'asthme. Ils n'ont ni assez de généralité, ni assez de fixité pour qu'on en fasse jamais la base d'une médecine raisonnée.

Quant à ce qui regarde les fonctions des nerfs de la huitième paire sur les muscles de la respiration, les expériences de Willis, Bichaty Legallois, Dupuytren, Provençal, Dupuy, CIi. Bell, M. MagendieetH.Flourens, et plus récemment celles de MM. Longet, Ci. Bernard, et celles que nous avons faites avec M. Boucbardat (2), ont concouru à faire connaître les propriétés motrices de ces nerfs -, mais tout cela n'a rien prouvé en ce qui regarde l'asthme. On a puconclurc seulement de là. que les lésions de ces nerfs, naturelles ou artificielles, sont capables, dans certaines conditions, d'amener un étouffement par suspension ou gène de l'action nerveuse sur les muscles respirateurs. Nais

(I) Aodral, Cours de pathologie interne, 1848, 2* édit., t. II, p. 149. (3) Bonebardat, Annuaire de thérapeuUqiÊê^ 1848, p. 283.

586 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERVUISE.

Tasthme est tout autre chose qu'une altération matérielle reconnaissable des nerfs de la huitième paire ou des nerfs diaphragmatiques, tout autre chose qu'une difficulté musculaire à respirer. Je suis plus disposé que personne à admettre que L'influence de ces nerfs doit être prise en considération dans la production de cette maladie; néanmoins je conviens que les faits d'anatomie pathologique et nos expériences ne prouvent rien, ou du moins pas grand'chose en ce qui regarde Tasthme.

Pronostic. — Le pronostic de Fasthme doit nécessairement varier, suivant les causes auxquelles il est dû. Celui que com« plique une altération matérielle est plus grave que lès autres, à eause et en raison de la nature de cette altération matérielle. Ceux qui dépendent de l'état nerveux, de l'hystérie, de l'hypoehondrie sont les moins graves de tous, en ce sens qu'ils abrègent moins que tous les autres la durée de la vie. Ils permettent très bien de vieillir, mais ils font beaucoup souffrir le malade et les assistants. Ceux qui sont d'origine goutteuse ou rhumitismale sont les plus inégaux pour leur marche, leur durée, leur gravité. Ceux que produit la syphilis guérissent d'autant roieui qu'elle est moins compliquée des affections précitées ; quand ces complications existent, au contraire, ils sont des plus rebelles et des plus graves.

[ Un premier accès d'asthme met bien rarement la vie du malade en sérieux danger; il n'est pas sans exemple cependant que la mort en ait été la conséquence, et je vais rapporter un fait qui démontrera la nécessité d^étre parfois réservé, sur lepronostic a porter auprès des familles.

M. X..., banquier, âgé de trente-quatre ans, était depuis longteafi affeclé d'une petite toux sèche, qui le matin seulement amenait rexpaitîM de deux ou trois crachats épais, jaunâtres ou gélatineux et d'un gris-peiié: la respiration était quelquefois un peu courte, mais l'auscultation et la percussion ne révélaient l'existence d'aucun trouble fonctionnel important, soit du côté des poumons, soit du côté du cœur. La santé générait était bonne. M. X... venait de se marier, et le système nerveux, peut-ètn fréquemment surexcité, était-il prédisposé à localiser sur les poumons di préférence à tout autre organe son excès de névrosité.

Quoi qu'il en soit, M. X... fut un jour surpris, pendant une pronenali qu'il faisait aux environs de Paris, par une pluie fine et froide qui lii It éprouver quelques frissons. Il regagna en toute bâte sa voiturt vt*U avait

DE l'asthme. t87

lalbfiée k une distance de quelques centaines de pas ; mais au frisson succéda immédiatement une violente oppression accompagnée d'un indicible malaise. Ramené promptement'à son domicile, je le vis une heure après le début de Taccès, et déjà sa respiration était haletante, orthopnique, la face vultueuse, les yeux injectés et saillants, le pouls petit et serré, les parois thor raeiques empêchées dans leur dilatation, et le souffle respiratoire arrêté, surtout dans Tinspiration. La souffrance du malade était telle, qu*il me répétait souvent, d'une voix faible et entrecoupée : « Docteur, secourez-moi» je suis perdu...» Cet accès d'asthme était le premier, et je ne doutai pas qu*oa ne pût s'en rendre maître. J'ordonnai un cataplasme fortement sinapisésur la région postérieure delà poitrine, une potion belladonée, une cuillerée de dix minutes en dix minutes ; une tisanne pectorale sucrée avec du miel scillitique. Le soir il n'y avait aucun amendement : je prescrivis 5 ceptigrammes de tartre stibié mêlés à 1 gramme de poudre d'ipéca, dans le but de débarrasser les bronches, le bruit respiratoire devenant sifflant et muqueux, et dans le but aussi de dériver sur le tube digestif. 11 y eut pendant la nuit évacuation par le hautctpar le bas, mais sans soulagement pour le malade, qui était assis sur le bord de son lit, le dos voûté, les épaules relevées, et tous les muscles dilatateurs du thorax en contraction permanente, M. Trousseau fut appelé ; il examina le malade avec soin. « C'est un accès d'asthme, lui dit^il ; tout le monde en a plus ou moins, moi tout le premier; soyez tranquille^ nous allons calmer cette oppression. » Des pilules d'extrait de belladone et de stramonium, des cigarettes de stramonium, des ventouses sèches furent ordonnées, et le sirop d'ipécacuanha remplaça le miel scillitique, mais sans aucun résultat appréciable.^ la un du quatrième jour, tous les accidents avaient la même gravité. J'ordonnai de nouveaux vomitifs, des calmants sous toutes les formes, intus et extra, des ventouses scariûées, des fumigations dans la chambre du malade, des vésicatoïres, une saignée, de l'ammoniaque en badigconnage sur l'isthme du gosier, de la digitale, etc. Aucun ramède n'apporta la moindre amélioration. Au sixième jour, M. Trousseau fut rappelé en compagnie de M. Ghomel ; la poitrine fut réexaminée avec le plus grand soin ; et l'on constata de nouveau qu'on avait toujours affaire à un asthme neneux pur et simple, mais à forme aiguë et du plus mauvais pronostic. On insista sur les mêmes moyens, calmants, stupéfiants, vomitifs, révulsifs, sans plus de résultat pour le pauvre malade, qui n'avait goûté aucun moment de repos et de sommeil depuis le début de son accès. Au huitième jour cependant, le temps, jusque-là froid et pluvieux, fut réchauffé par un rayon de soleil. Le malade fut porte dans son jardin ; nous étions au mois de juin, et nous eûmes un moment d'espérance; mais ce calme n'eût que la durée d'un éclair: l'oppression revint de nouveau. J'eus recours au cx)urant électrique appliqué sur les parois thoraciques, au chloroforme en inspirations; ce fut en vain : le malade s'éteignit au dixième jour dans une lente asphyxie, prévoyant sa fin, réclamant du soulagement, puis appelant la mort à son secours à défaut de la médecine et des médecins.

588 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L* EXCITATION NEaVBUSE.

Un premier accès d'astlime, emportant ainsi un homme dins la force de Tàge, jouissant d'une bonne santé, et cela après dix jours d*une lutte Incessante, pendant lesquels nous avions sou* tenu Torganisme, en même temps que nous avions en vain cherché à calmer le spasme nerveux des bronches et des poumons, me fit faire, comme cela a lieu trop souvent, un examen rétrospectif sur la maladie et sur la médication ; je me demandai si nous avions bien épuisé tous les moyens que la thérapeutique mettait a notre disposition, et je ne pus, quant à moi du moins, avoir cette consolation. J'avais eu un moment l'idée, déplacer le malade nu dans une baignoire vide, et de lui lancer sur la poitrine pendant quelques secondes, un jnt d'eau à la température de 12 à 15 degrés. Je reculai devant les conséquences peut-être fatales de cette médication in extremis. Aujourd'hui en pareil cas, j'oserais aller jusque-là après avoir essayé toutefois l'actioa de l'émétique à haute dose, comme hyposthénisant, comme sédatif du système nerveux. Un accès d'asthme de cette gravite, n'est qu'un long spasme, et l'émétique à haute dose, nous l'avons vu pour la chorée et le tétanos, est le plus énergique moyen auquel nous puissions avoir recours, dans le but d'abattre Téréthisme nerveux. ]

TnAiTEMENT. — On conçoit que les théories proposées sur cette maladie ont dû singulièrement modifier l'appréciation des indications thérapeutiques qui luiront propres. Pour Floyer (l),dcnt la théorie repose sur Vétat contre imtiire du chylty du smig ti de la sérosité dans l* asthme; et sur la raréfaction des esprits animaux, qui, étant causée par une effervescence des humeurs, produit les accès périodiques, il est évident que la médecine se dut conformer aux idées qu'on se fit sur l'altération du chyle, sur la raréfaction des esprits et sur l'effervescence des humeurs. En so plaçant au point de vue de l'école de Montpellier (2), le traitement de l'asthme vrai présente deux éléments, ou chtfs d'indications majeures. Il s'agit de combattre le spasme essentiel et r état douloureux qui lui est plus ou moins associé. L'empirisme, en la personne de Jean de Gaddesden, ordonne des dragues, par exemple, 2 gros de poumons de renard dans de

(1) Floyer, De l'asthme, 1785, tn-12, p. 30.

(2) Alqaié, Annotes cUniques de Montpellier, 1854, p. 216.

DE L*ASTHMR. 580

l'hydromel, et appelle cela : Medicina sublimis et experta in astkmate. La théorie de M. Beau conduit au traitement ordinaire des catarrlies chroniques des bronches.

Comme je ne partage aucune de ces idées exclusives, je me conlenlerai de dire que le traitement de Tasthme doit être envisagé à un triple point de vue : !• traitement palliatif de t accès; 2** traitement d'une série d'accès; Z* traitement de la maladie. Nous allons l'exposer, comme nous le com* prenons.

La première chose à faire, pour soulager un malade dans un accès d*asthme, est de lui donner la position la plus commode pour respirer, de lui élever la tête, de le soutenir sans qu'il fasse d'efTorts, d*appuyer ses bras et ses coudes de manière à aider la dilatation de la poitrine, d'éloigner tout corps capable d'empê^ cher le renouvellement de l'air qu'il respire. En même temps on prend tous les moyens possibles pour renouveler l'air, sans exposer le malade à un froid capable de l'enrhumer; on évente activement autour de lui; on ouvre les portes, les fenêtres, quand ia saison le permet; on rafraîchit l'atmosphère, et on l'agite.

Mais le plus souvent ces précautions sont insuffisantes; et on y «ijoute tous les remèdes capables de calmer le système ner* veux, et ceux qui peuvent soulager les poumons, en appelant le sang dans d'autres organes.

Parmi les premiers se trouvent les potions éthérées, opiacées, belladonées. Ces dernières ont sur les autres un avantage particulier, celui de rendre la respiration un peu moins fréquente ; les préparations de digitale pourprée partagent le même avantage. C'est entre ces deux derniers moyens que je partage ma préférence; j'emploie plus volontiers et plus souvent la belladone chez les gens nerveux ; la digitale ou la digitaline chez les sujets où domine le système circulatoire central.

Wilson prétend avoir obtenu des succès par l'application du galvanisme dans les dyspnées compliquées d'asthme ; Haller conseille la saignée de la veine jugulairependant l'accès; M. Castel, les pédiluves chauds et l'eau froide en boisson ; Ëlliotson, la lobélie; M, Ferrus, la fumée de datura stramoniùm. J'ai peu essayé du moyen préconisé par Wilson et j'ai peur qu'il ne soit

plulôt théorique que pratique. La saignée delà jugulaire, d*après les idées modernes, doit avoir, suivant les cas, les avantages ou les inconvénients de toutes les autres saignées. Les moyens conseillés par M. Castel rentrent dans la classe des palliatifs les plus innocents. La lobélie d*Elliotson (i)^ détrônée ailleurs, risque fort de perdre ici les derniers vestiges de sa réputation. La fumée de datura stramonium, dont je reparlerai plus loin, est certainement un remède utile dans l'asthme, et aucun fait ne m*a paru jusqu'à présent justifier les craintes que Ducamp a jadis éveillées sur son compte.

Le second ordre de moyens à employer immédiatement dans l'accès se compose de manuluves aussi chauds que possible et supportés pendant quelques minutes; de bains d'avant-bras de même température ; de sinapismes ou de cataplasmes sinapisés sur les avant-bras, les bras, entre les épaules, rarement à l'épigastre ] d'applications ou de fomentations irritantes, au moyen d'un liniment volatil plus ou moins chargé d'ammoniaque. Oo peut également avoir recours aux moyens préconisés par Castel. Dans d'autres occasions, on provoque avec avantage une autre sorte de révulsion, en appelant non des vomissements, mais des vomituritions par quelques petites cuillerées de sirop d'ipécacuanha, et surtout par quelques gorgées d'une potion simple additionnée de 5 ou 10 centigrammes de tartre stibié. Ces moyens, employés avec intelligence, procurent ordinairement du soulagement.

Un moyen assez étrange a été dernièrement proposé et employé avec une grande faveur par le docteur Ducros, qui en faisait une panacée. Je veux parler de la cautérisation du pharynx au moyen de Tammoniaque assez concentrée. Un pinceau, chargé de ce liquide, était porté par lui au fond de la bouche sur la paroi postérieure du pharynx. Le malade est immédiatement soulagé, disait-il, par l'action de l'ammoniaque sur les courants nerveux qui passent là. La théorie de ce moyen ne mérite pas d'être discutée : d'abord, parce que rien absolument n'en établit la valeur rationnelle; ensuite, parce que j'ai vu le soulagement arriver de même chez un malade à qui un de mes élèves avait

(I) ArMm d$ méitckief 1833, t. lî, T férié, p. 416.

par erreur fait une application de créosote, au lieu de celle d^ammoniaque qui était prescrite; en troisième lieu, parce que le soulagement s*obtient tout aussi bien, sans porter le pinceau aussi loin, et en touchant seulement le fond et la voûte du palais ou les amygdales. De cette dernière façon, on risque moins d*irriter directement la glotte et de porter trop loin l'angoisse momentanée qui suit, en général, ces applications.

Voici comment les choses se passent ordinairement.

La bouche ouverte, la langue abaissée, le médecin touche, avec un pinceau de charpie trempé dans la solution ammonia* cale, les parties indiquées plus haut ; puis il retire son pinceau. Immédiatement, le malade, surtout s'il a inspiré pendant l'opération, est pris d'un accès de suifocalion assez marquée; et, après quelques instants d'angoisse plus ou moins pénible, suivant le degré d'intensité de ses dispositions nerveuses, suivant l'intensité de la cautérisation, et surtout selon qu'il aura inspiré ou expiré la vapeur d'ammoniaque pendant que le pinceau était aux environs de la glotte, il tousse à plusieurs reprises, et rejette en grande abondance, d'abord des mucosités buccales, puis, des mucosités épaisses, spumeuses, provenant des bronches. Cette expectoration continue à se faire pendant à peu près un quart d'heure, et elle se soutient et se répète encore i plusieurs reprises, même quelques heures après l'opération. Les parties touchées se montrent, quand on les examine, enflammées et couvertes d'une sorte d^escbare mince, superficielle, pultacée, d'un blanc grisâtre. Au bout de vingt-quatre heures, quand cette légère eschare se sera détachée, on verra à nu, vers les points qu'elle recouvrait, des ulcérations superficielles, qui seront promptes à se revêtir de bourgeons charnus de bonne nature et à se cicatriser.

A la suite des évacuations multipliées des bronches, les malades se trouvent soulagés. C'est du moins ainsi que j'ai vu les choses, chez les individus affectés de catarrhe chronique, chez ceux que tourmente l'emphysème pulmonaire, et, ce qui nous intéresse le plus ici, chez de véritables asthmatiques. Les cas où j'ai obtenu le plus de soulagement ont été incontestablement ceux où la plus abondante expectoration bronchique a fuiti la cautérisation. Je n'ai rien gagné par ce moyen, quand

la cautérisalion a provoqué seulement l'expulsion de la salive . de la bouche, sans évacuation du larynx ou des bronches. C'est un résultat qui se produit assez souvent pour mériter d'être noté.

Je dois faire remarquer que Tapplication de ces cautérisations par Tammoniaque est assez pénible pour que je ne la conseille que dans les cas où le médecin y est obligé, pour ainsi dire, par la nécessité.

Cette nécessité m'est démontrée .quand les accès d*astlinie se prolongent, ou se répètent de manière à compromettre la vie du malade ou à la transformer en un véritable supplice. Les cautérisations ammoniacales modérées, bornées aux amygdales et à la voûte du palais, m'ont paru alors assez souvent avantageuses pour que je ne craigne pas d'en recommander l'usage. Un accès d'asthme qui a été ainsi interrompu est ordinairement suivi de plusieurs jours sans retour d'étouflement. On s'est donné le temps de travailler efficacement a la cure de la maladie dam son ensemble. Si d'ailleurs ce moyen répugne trop au malade, ou si le médecin lui-même redoute la suflbcation momeDlanée qui suit Inapplication de l'ammoniaque, soit à cause de la sensibilité qu'il connaît à son malade, soit à cause de sa faiblesse, soit parce qu'une première expérience lui a prouvé qu'il a affaire à un de ces cas exceptionnels où la cautérisation ammoniacale n'amène pas de véritable expectoration, on pourra légitimement prétendre à peu près au même soulagement, avec un peu plus de temps par des moyens plus doux, mais doués aussi d*UDe certaine efficacité; tels sont la créosote, ou bien une eau complètement saturée de sel de cuisine, appliquée avec un pinceau,sur la partie la plus profonde de la bouche et de la gorge, ou tout simplement un mélange d'ammoniaque et d'eau ordinaire, dans des proportions telles que la perturbation produite soit appropriée à Texcitabilité du sujet. Les essais que j*ai tentés m'ont paru satisfaisants, et je les conseillerais surtout pour les sujets faibles et trop irritables.

On pourra les remplacer encore dans des occasions semblables, surtout chez les gens très nerveux, par des inspirtiions de chloroforme. Quelques grammes de cette substance, eof^rméa dans un flacon et dont on fait inspirer par le nez la v«{Mur

DR L^ASTHMË. 593

liant quelques minutes, ont donné, sous mes yeux, un soulagement notable à des asthmatiques que je n'aurais pas osé traiter d'une manière plus active dans le moment où j'ai conseillé ce moyen.

Pour sortir des agents à inspirer, je me crois en droit* d'après mon expérience, de recommander un julop ordinaire additionné soit de quatre à huit gouttes d'ammoniaque, soit d'un a trois décigrammes de carbonate d'ammoniaque ou de quelques décigrammes de foie de soufre, ou bien de cinq ou de dix centigrammes de tartre stibié ; des prises d'un ou deux décigrammes de poudre de digitale pourprée, d'un ou deux milligrammes de digitaline; l'usage de deux ou trois pilules con* tenant chacune un décigramme d'extrait de daturastramonium; la combinaison de l'action médicalrice du datura avec celle de la belladone, en ajoutant aux pilules indiquées ci-dessus deux ou trois centigrammes d'extrait de celte dernière plante; l'emploi de l'extrait d'aconit et de l'extrait de jusquiamc, à la dose du stramonium, bien que je les aie rarement trouvés efficaces ; la teinture alcoolique des feuilles du lobelia inllata, selon la méthode du docteur Andrew, c'est-à-dire à la dose de trente à quarante gouttes toutes les vingt minutes; enfin l'emploi de quelques pipes de feuilles de stramonium fumées, comme l'a conseillé surtout M. Ferrus, au moment où l'étoulfement commence. Ce moyen est utile de deux manières : d'abord et incontestablement par son action calmante sur les organes respirateurs; ensuite parce qu'il produit fort souvent une inflammation superficielle de toute la peau de la bouche, un peu analogue à celle de l'ammoniaque directement appliquée. A Taide de tous ces moyens, invoqués suivant les indications et les antécédents, on pourra fort souvent enrayer la série d'accès d'asthme dont un malade est menacé, et abréger notablement la durée de l'invasion qu'il ressent^ d'ailleurs l'usage de ces remèdes n'empêche pas de recourir dans chaque accès aux moyens que j'ai indiqués plus haut, dans le but d'obtenir un soulagement immédiat.

Lebreton, Laênnec, Marjolin, se seraient bien trouvés aussi, dit-on, de Tapplication de deux plaques aimantées sur la poitrine. C'est un moyen de mettre en pratique le remède con- I. ^^^

50A maladif:s di >:s a r.NK alt.mentation de lVacitation nerveisc.

seillé par Wilsoii. Il y aurait peut-être avantage, dans quelques cas, à insister sur réleclrisation, avec ou sans acupuncture. Mais l'agent électrique est si peu sûr dans son action, si infidèle quand il s'agit d'affections nerveuses de cette nature, que je n'ose pas le conseiller, malgré les propriétés héroïques qu'il a montrées dans d'autres occasions. Jusqu'à nouvelles obsenations, je crois plus sage d'attendre que les effets en aient été bien étudiés. J'avoue que mon expérience pratique n'est pas suffisante, en ce qui les regarde, et je ne me fie pas à ce qui en a été dit.

Mais ce n'est pas seulement à l'emploi de ces palliatifs que le médecin tloit borner son rôle; dans des circonstances bieo déterminées il peut légitimement porter ses prétentions plus loin et aspirer à la guérison définitive.

C'est en vue de ce résultat que nous avons insisté plus liiul sur certaines causes de l'asthme, et sur les affections générales dont il est souvent une des expressions les plus pénibles. Jetons un coup d'(pil rapide, à ce point de vue, sur la thérapeutique de la maladie dans son ensemble.

Sur V hérédité^ les fUjefi, le scxe^ je n'ai rien à conseiller df particulier; il n'y a qu'à insister sur les précautions générales, et d'autant plus que la prédisposition sera plus marquée. Quand l'asthme résidlera d'un état nerveux, de l'hystérie, derbj|iOchondrie, le traitement le meilleur sera certainement celui qui combattra le mieux la maladie originaire. Nous avons exposé plus haut ces traitements, nous n'avons donc pas besoin d'y revenir; il suffit de renvoyer aux articles qui regardent ces maladies. Je ferai remarquer pourtant que le traitement généid devra rester subordonné en quelque sorte à celui des accès d'asthme ou des séries d'accès qu'on observera. Je veux dire par là seulement que, pendant l'invasion de l'asthme, c'est à lacuff palliative, à la cure de soulagement qu'il faudra à peu près ex* clusivemenl s'attacher. Ces accès passés, on retournera avec avantage à la thérapeutique générale. Toutes les fois d'ailleun que les moyens de la grande et de la petite médecine pourroflt <>tre mis en pratique simultanément, il sera sage de les employer en concurrence. S'ils se ressemblent, si quelques-uns sont identiffues, il faut profiter de cette circonstance et choisir ceux-là

prérérence. Quand ils seront opposés, on tAcliei'a, suivant le ment de la maladie, de faire prédominer, dans le traitement, IX qui sont les plus utiles contre le mal général ou contre le nptôme ; on s'arrangera surtout de manière qu'ils ne puis- \i jamais nuire.

Cette règle, pour le choix à faire dans les moyens thérapeu* ues, est assez souvent facile à suivre dans les asthmes qui ont ur cause générale l'état nerveux, Thystérie ou Thypochone ; elle n'est pas moins impérieuse, moins obligatoire dans les 1res natures d'asthmes, mais elle n'y est pas toujours aussi ée à pratiquer.

[ M. Michéa conseille, dans le but de prévenir le retour des ;ès, le valérianate d'atropine, en granules contenant un demilligramme seulement; un granule par jour chez les adultes nme chez les enfants, en interrompant et en reprenant altertivement l'emploi du remède tous les huit jours {Bulletin de hrapeu tique, 4856). ]

Dans V asthme goutteux, l'accès doit souvent être traité comme ns l'asthme simple; c'est le cas le plus ordinaire. Dans d'aus occasions, on a besoin de rappeler, sur un point ordinairemi occupé par la goutte, le mal qui s'en est en quelque sorte placé. C'est le cas d'appeler à son aide, comme nous l'avons .plus haut, les topiques irritants, mis et laissés sur le siège iioaire du gonflement et de l'irritation goutteuse, jusqu'à ce e la maladie ait repris sa marche normale, les bains locaux Is chauds, les applications chaudes, salées ou enflammantes, i emplâtres irritants, vésicants, caustiques même au besoin. première méthode thérapeutique conviendra dans les asthmes u intenses, dans les gouttes îrrégulièrcs très chroniques, chez i sujets mous et nerveux ; la seconde sera plus souvent nécesre chez les sujets sanguins, dans des gouttes habituellement filières, et surtout quand l'accès d'asthme sera d'une violée compromettante.

■aïs, dans tous les cas, quels que soient la goutte et l'asthme, traitement de la goutte avant, après, et souvent même penni Tasthme, devra toujours être fait avec beaucoup de soin et prudence. Quand on a affaire à des sujets détériorés par de igucs invasions des deux maladies compliquées, ou a \aç^^\w

596 MALADIES DCES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITàTION NERVCCSE.

(le se gouverner avec la plus grande réserve, pour ne pas compromettre, en vue iVune guérison qui a peu de probabilîlé,la vie de son malade. Autant il aura clé sage, à l'époque des premières atteintes, de combiner tous ses eiïorts pour triompher radi* calemenldu mal, si cela est possible, autant il sera bon de se limiter, dans les derniers lemps, au soulagement palliatif nisonnable.

Je n*ui d'ailleurs rien de nouveau a dire sur la cure de li goutte, quand elle se combine avec Tasthme. Les conseils qui me semblent les meilleurs contre la goutte à propos de la né* vralgie, me paraissent aussi, à peu de chose près, les plus utiles contre la goutte, cause de Tasthme. Je ne peux que renvoyer à ce que j'exposerai plus en détail, lorsque je traiterai de celle aiTection au point de vue névralgique. Les boissons alcalines, le régime doux, Tusage tempéré de la teinture de semence de colchique d*au(omne en feront la base; je mettrais un peu plus de réserve dans l'administration des bains alcalins, sans les proscrire tout à fail, et j'y ajouterais l'emploi intermittent, sui* vaut les occasions, de tous les remèdes spéciaux de ralTectioii asthmatique. Loin de se nuire mutuellement, je suis sûr, pir expérience, que ces moyens combinés produiront un résultat aussi avantageux que possible.

L'asthme nerveux, de cause rhumatismale^ sera traité pendant Taccès comme s'il était simple ; comme maladie, il suim dans l'ensemble, les indications qui concernent les affections rhumatismales chroniques. Un usage fréquent des aromatiques légers dits sudorifiques, des bains savonneux et souvent sulfo^ reux, des bains de vapeur généraux ou locaux, Tusage, dansb saison, des eaux sulfureuses, de celles du mont Dore, de «Nèris ou d'Aix, en boissons, en bains, en douches; les frictions sèches ou calmantes, ou aromatiques, ou volatiles, ou camphrées, suivant les indications ; les précautions les plus minutieuses contre les changements de température; des vêtements de laine sur b peau: tels sont les moyens dont l'ensemble mérite d'être recoo^ mandé contre les aflections rhumaiismales, et qui, bien choisis et bien administrés, peuvent mener môme à guérisoD i'aslhtf dont nous parlons. Je n'ai pas eu encore d'occasion de tnto un asthme de cette espèce par le sulfate dequinioailMiilB

UE l'asthme. 507

comme pour les affections rhumatismales ordinaires. Les bons succès que j'ai obtenjis par ce moyen contre des rhumatismes de toutes sortes, me donnent lieu de penser que cette médication réussirait aussi très bien coiïXxeV asthme' nerveux rhumatismal.

Née de la syplulis, cette affection exige Temploi le plus opiniâtre et le plus rationnel des agents thérapeutiques capables de combattre les accidents tertiaires de cette maladie. Heureusement la science moderne est, comme nous Tavons dit plus haut, riche en bons remèdes contre cette maladie. La connaissance de la nature du mal une fois acquise, on appliquera le remède d'après les principes que nous avons développés. On y mettra à la fois encore plus de lenteur et plus d*insistanco, jusqu'à ce qu'un changement notable dans les symptômes ait prouvé qu'on a réussi. L^essence syphilitique de l'asthme est une raison pour espérer qu'au bout d'un temps suffisant on obtiendra du moins une guérison relative. Provisoirement, on s'attachera i modérer les symptômes. Rien*n'empêche que, dans les accès, on prescrive, contre les élouffements, les remèdes ordinaires, à condition qu'on ne perdra pas de vue le mal originaire qu'il faut l^érir.

Je ne peux pas conseiller avec trop d'insistance, en particulier contre l'asthme nerveux d'origine syphilitique, l'usage de l'acide arsénieux. Ce médicament, pris pendant longtemps aux loses minimes qui le rendent innocent, ne peut pas manquer, lans ces cas, de produire un exc<*llent résultat.

[ La Gazette médicale^ w du 25 février 1SA3, a publié un mémoire de M. le docteur Ebrard (de Jujurieux), sur les névroses typhylitiques^ qui renferme deux observations d'asthme d'oriçine syphilitique, guéri par le traitement spécifique.

Le bon effet qu'on doit attendre de cette médication, est surx>ut probable dans ces occasions embarrassantes où le rliunatisme, la goutte et la syphilis peuvent ôtre mis en cause.

Je conseille fréquemment dans les cas d'asthme chronique, "usage des cartons anti-asthmatiques du docteur Carrié, et sresque toujours au grand profit des malades. Tous les formuaires indiquent leur composition. On brûle chaque soir un des petits carrés de carton dans la chambre à coucher de l'asthma- Jque. ]

598 MALADIKS bUKS A UNE AUGMIlNTATION DE L*l£\CITATION NERYKISE.

Si les moyens doiil je viens de parler, soil pour soulager dans les accès, soil pour abréger la durée de choque attaque d'aslhme, soit enfin pour remédier à l'essence de la maladie, n'obtenaient pas le résultat qu'on en peut légitimement attendre, il resterait encore une ressource : on pourrait conseiller au malade de changer de climat. Bree (1) et Ducamp insistent avec raison sur ce moyen ultime de salut. Ils rapportent des exemples remarquables d^asthmes produits par le séjour de certains endroib, de certaines demeures, de certaines villes, et guéris par un cluiih gement de lieu. Je puis citer moi-même un exemple analogue des plus frappants. Un asthmatique de ma connaissance étouffait incessamment a Paris : il est allé habiter la Flandre, sa patrie. Toutes les personnes qui le connaissaient ont été étoo* nées, auJjout de trois ans, du changement qui s*étatl fait en lui. L'asthme avait complètement disparu, sans que le malade eût fait autre chose que de changer de place. J'avoue, néanmoinSi qu'on serait trop heureux si on voyait toujours de pareilles affections si bien guérir a ce prix.

Contre les asthmes nerveux qui se montrent en même temps que des altérations organiques quelconques, je n'ai guère de conseils particuliers à donner. La, comme pour toutes les espèces que nous venons de parcourir, il faudra s'attacher surtout à soulager dans l'accès par les moyens indiques. iMuis on ne |)0urri penser à la guérison définitive de l'asthme que quand on aun lieu d'espérer la guérison du vice organique dont il dérive, (l'eit dire que la thérapeutique sera le plus souvent palliative et rien de plus.

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