‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 55 sur 96 · DE LA NYMPHOMANIE ET DU SATYRIASIS · texte numérisé non relu

DE LA NYMPHOMANIE ET DU SATYRIASIS

riences, a cause des faits contraires ou difrérents observés par d'autres physiologistes ; à cause, pour ce qui regarde les chirurgiens, des coinpHcalions dont ou n*a pas toujours tenu compte dans les faits favorables à l'hypothèse dont je parle; à cause de la multitude de cas déravorables qu'on néglige trop souvent par Teffet d'une aveugle partialité en faveur de l'opinion qu'on soulient; à cause surtout de la diversité des lésions auxquelles on attribue un effet identique.

De tout cela, force m'est de conclure que la question n'est pas encore éclaircie. Au point de vue de la théorie, je suis tout prêt a accepter la démonstration déGnitive, quand elle aura été donnée; au point de vue de la pratique, je profile volontiers des faits utiles quels qu'ils soient, quand même ils ne seraient produits qu'en vue de soutenir une hypothèse, à laquelle je n'ai pas encore donné mon adhésion ; j'y mets seulement la condition que ces faits aient été recueillis de bonne foi et avec intelligence. Mais je ne peux aller plus loin ; j'ainje niieux rester dans le doute méthodique. Je n'ai pas le don de la foi en matière de science.

Le satyriasis et la nymphomanie sont pour moi jusqu'à présent des maladies nerveuses ; elles ont leur siège dans le système nerveux central, même quand les instruments, les organes de ces maladies sont irrités les premiers; mais il m'est impossible de me prononcer sur la localisation de ce sens et de cette maladie, dans telle ou telle des diverses parties cen (raies du svstème nerveux.

Causes. — La recherche des causes de ces maladies contribuera encore à nous confirmer dans ces opinions.

En effet, la plupart de ces causes agissent sur le moral et sur les centres nerveux beaucoup plus que sur tout le reste de l'organisme. On est en droit de faire remarquer que les causes, dont l'action semble plus manifestement localisée dans les organes génitaux, ne manquent pas de l'étendre aux centres dont nous parlons; et, par conséquent, on peut soutenir facilement que c'est par une action secondaire qu'elles déterminent ainsi le satyriasis et la nymphomanie.

La plus puissante et la plus active de toutes ces causes est une préoccupation sexuelle prolofigée. Quelle que soit la source dvî

celte préoccupalion, elle conduil plus que toute autre cause aux deux maladies dont je parle. Ici, elle résultera d'habitudes vicieuses, d*une pollution réitérée de soi-même, de manipulations, d*attouchements lascifs, d'abus dans le coîl; là, de lectures obscènes, de conversations, de speclacles provoquant à la copulation. Tantôt, ce sera une continence forcée qui laissera surabonder des matières destinées à être excrétées dans leur temps; qui tiendra l'imagination éveillée par des désirs violents, incessants, insatiables^ qui l'assiégera de pensées d'autant plus tourmentantes que la nécessité, la conscience d'un devoir, ou des craintes physiques ou morales empêcheront d'entrevoir le terme de la tentation. Telle est la position de certaines femmes, unies a des maris doués de facultés génésiques infatigables, et que le veuvage laisse dans la force de l'âge, privées de la satisfaction impérieusement réclamée et par le cœur et par le sens génital. Tantôt, une passion absolue, exagérée, appliquée à un seul objet, à un objet dont la possession est impossible ou du moins excessivement éloignée, deviendra cause de la maladie. Quelquefois, ce sera le regret, le souvenir d'une possession heureuse et cooi* plète. Ainsi peuvent s'expliquer le plus souvent les satyriasiset les nymphomanies, chez des prêtres, des recluses; chez les hommes que leur profession condamne a une longue continence ; chez les jeunes sujets, qui ont, ou par des lectures furtivcs ou par des conversations secrètes, attisé le feu que leur âge fait nailre ; chez ceux surtout en qui des désirs ainsi provoqués sont contrariés par une timidité naturelle, par les convenances sociales, par des craintes physiques ou morales ou religieuses ; chez ceux enfin qui se sont vivement épris d'une personne inabordable à leurs jeunes désirs.

Telles sont les causes diverses qui décident l'invasion delà maladie, quand on y est prédisposé par Ydge et par le tempe* rament. Il y a certains âgeS en eiTet où ces maladies se montrent tout particulièrement. Celui ou le sujet passe Je Fenfance i la puberté, et celui surtout où l'adulte entre dans son déclin. A ces âges, chez les hommes, les passions naissent ou bien elles ont acquis toute leur puissance, et les moyens d'y satisfaire ou manquent encore ou vont commencer a manquer ^ chez les feouMSi les organes de la vie sexuelle ressentent les impressioiB pr**

m: LA NVMIMIO>IAMi: m \)l SAIMU.VSIS. ()09

inières dues à leur développemenlyOu rappellent vivement leur présence au moment de quiller leur rôle.

Au point de vue des tempéraments, j*avoue que je ne partage pas complètement ropinion des auteurs qui en ont appelé un spermatique; mais je ne puis disconvenir non plus, que, pour certains sujets, le penchant vénérien est singulièrement prédominant. C'est dans ces conditions organiques que se rencontrent le plus grand nombre de cas de ces maladies. Les crétins doivent souvent à ce tempérament leur salacilé ; comme c'est à lui aussi que quelque^ individus plus favorisés ont dû une puissance virile ou aphrodisiaque étonnante, en même temps qu'une puissance étendue et active pour toutes les autres fonctions des natures les plus privilégiées. On pourrait citer en preuve César et Mahomet.

Après ces causes, je ne dois pas oublier d'indiquer celles qui r&ultent de certains états maladifs. A. Paré raconte l'histoire d'un homme pris d^un commencement de rage, qui exerça l'acte vénérien plus de soixante fois en vingt-quatre heures. Tout le monde sait que les irritations pulmonaires amènent assez souvent une activité notable dans les organes génitaux. La salacité des phthisiques au début de leur maladie est notée par tous les médecins ; et l'exemple que j'ai cité plus haut peut en être considéré comme une nouvelle preuve. Celte disposition tientelle à la liaison qui existe manifestement entre les organes respiratoires et ceux de la génération? A la même sympathie qui fait développer le larynx en même temps que les testicules et la verge chez les hommes; le volume et la gravité de la voix, en même temps que le clitoris chez les femmes ? C'est du moins une coïncidence physiologique et pathologique des plus remarquables. EnQn dans l'ordre pathologique, nous ne devons pas non plus passer sous silence Y empoisonnement par les cantharides. On sait assez que ces irritants des reins #t du col de la vessie ont aussi pour propriété d'exciter vivement à l'acte génital, et à tous les phénomènes qui le provoquent et raccompagnent. Je dois seulement faire remarquer que le fait arrive loutes les fois que les cantharides sont introduites dans le sang, en quantité sulli- &anle pour irriter les organes excréteurs de l'urine, mais cependant insuffisante pour y déterminer de graves désordres. Que j. 39

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les caniharides soient avalées et absorbées par les veines abdominales ou mises en contact avec le derme, Tefllel se produites! le contact est immédiat. On ne peut pas l'empêcher dans le premier cas. On le prévient dans le second, en interposant entre' le derme et les eantharides une couche légère de poudre de camphre ou même une simple feuille de papier brouillard. Dans les deux cas, une dose modérée de eantharides ne manque pis son effet; si la dose est Irop élevée, l'érection du pénis et du gland a lieu en effet ; mais au lieu du désir vénérien, c'est une sensation de chaleur acre et brûlante, une constriclion excessivement pénible, qui occupe ces parties; ce n'est plus le salyriasis, mais une véritable gangrène des organes génitaux unnaires qui menace le malade.

Marche. — Le satyriasis et la nymphomanie se terminent quelquefois comme les autres maladies nerveuses, par la guérison. Plus souvent cette terminaison heureuse est empêchée par le cours d'autres maladies concomitantes, telles que la phthisif dont nous avons cité un exemple, par des altérations organiques diverses, ou bien par une véritable aliénation mentale. Dans cette dernière hypothèse, il est bien diflicile de dire si la maladie du début n'était pas un commencement de la seconde, une sorte de prodrome. J'avoue pour mon compte que je5erais tout à fait do cet avis dans le plus grand nombre des cas.

Dans les satyriasis ou nymphomanies qui se terminent le plus heureusement, c\vst-tHlire, par une uuérison sans substitution morbide, le mieux ne se montre pas brusquement ; ce n'est pas du jour au lendemain que le bien arrive. Après des allernati^vs et des irrégularités comme on en observe dans toutes les maladies nerveuses, les syn4)lômes dimimient peu à peu d'intensité. Le malade n»prend peu à peu plus d'empire sur ses sensets^ur ses actes, puis tout rentre dans l'ordre. Au bout d'un certain temps, il lu' reste plus it^a persoime convalescente que la Ikoiite et le regret des actes (pTelle a pu conunettre sous l'enqure de la maladie, et en uu^nie tenq)S une sorte d'état nerveux empire assez longtemps persistant, tant à cause des pertes réitérées, que par suite de l'excilatinn nerveuse qui aura duré |H'ndant plus ou moins longtemps.

tiCt état nerveux, l'épuisement chlorolique, resultab im

M LÀ nyhphomaNik kt du satyriasis. 614

«ordres préexistants, forment une des complications les plus dinoîres de la (in de la maladie. La luberculisation au début, ins le cours ou au déclin, n'est guère moins fréquente; Thysrie, rhypochondrie, la manie elle-même coïncident encore sou- «t avec le désordre qui nous occupe. Les irritations locales de vessie, de la prostate, de Turèthre, les affections prurigineuses » mêmes parties, et quel(|uefuis de toute la peau, revendilent également une grande place dans Thistoire des complica- Mis de ces maladies, quand elles ne sont pas déjà notées Mnme la cause probable du satyriasis ou de la nymphomanie, e cts de rage dont j*ai parlé forme une exception *, il est juste Ëanmoins d*en tenir compte, d'examiner et de vériCer ce fait. Il double point de vue de Tune et de l'autre maladie.

[J*ai dit, en traitant de Thystérie, que la plupart des médelus ont exagéré la propension des sujets aflfectés de cette ma*idie â l'union sexuelle; je maintiens mon opinion, mais je ne ftis pas jusqu'à hier d'une manière absolue, les liens de parenté uî unissent parfois l'hystérie et la nymphomanie. J'ai constaté bez des névropathiques, des pseudo- convulsions, des spasmes Mit les désordres convergeaient vers les organes génitaux, Mime vers un point d'appel et central. Ces malades à la fois ymphomanes et hystériques étaient dominées autant par le élire lubrique de leur imagination que par l'excitation locale lu sens génital. Je n'ai point méconnu avec quelle adresse peride, les bystéro-nymphomanes mettent à nu dans Tagitation b leurs convulsions, les régions du corps les plus séduisantes, KD même temps qu'elles cachent celles qui sont llélries par Tàge, DQque la nature a moins favorablement dotées.

Je conviens donc que Thyslérie est quel(|uefois une prédispo- Btion à la nymphomanie, j'en ai vu des exemples trop remarlitbles pour que j'en puisse douter. Voici, erjtre autres, un t'ait éb nymphomanie hystérique digne d intérêt en raison de fàge h la malade.

Madame X..., qui est âgée de soixante-dix ans, el habite la province, Mdouée d'une imagination vive et ardente; elle a su prutitei* de l'iustruclon et de l*éducation exceptionnelles qui lui furent données dans son Blbnoe. Elle se maria, eut plusieurs entants, et n'act-usa jusqu'à quarante m tUGUD trouble sérieux dans sa sauté ; à cette époque de sa vie, une de

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ses filles tomba malade; elle lui prodigua jour et nuit, pendant uo mob, les soins les plus assidus; mais elle eut le malheur de la perdre, H bien qu'elle aiîceptût celle cruelle épreuve avec la calme résignation d'one âme touie chrétienne, sa santé en éprouva de sérieuses atteintes. Les fonctions digeslives, jusque-là régulières, furent profondément troublées; elle se plaignit de vives chaleurs au centre épigastrique, de défaillance, d^eofie de vomir, de tiraillements d'estomac, de besoins de manger factices. —Les théories médicales alors à la mode la dotèrent d*une gastrite, et les sangsues et Feau de poulet furent la base du traitement conseillé. Dès ce moment les règles furent moins abondantes et précédées quelques Jours aviot leur apparition de diarrhée, de douleurs épigastriques, de mélancolie el parfois de terreur. La malade alors fuyait le monde, sa famille; était irritable. On eut recours aux antispasmodiques et chaque mois aux sangsues, quelques jours avant Tépoque menstruelle.

Cet état se soutint ainsi pendant plusieurs années; mais un Jourqa*OB avait mis quinze sangsues au siège, à huit heures du matin, elle fut prise à deux heures de relevée d'un étouffement ascendant de Testomac à b gorge, de tiraillements dans les membres, de convulsions cloniques, pois de pleurs; le tout suivi d'une abondante excrétion d'urine limpide; c'està-dire qu'elle eut une véritable attaque d'hystérie, qui la laissa dansuD grand abattement.

Cette crise nerveuse se reproduisit ensuite de mois en mois. Â quanDt^ neuf ans, les menstrues, réduites de plus en plus, se supprimèrent sus grande perturbation dans la santé, d'autant qu'un médecin plus clai^ voyant avait substitué une hygiène mieux entendue et un traitement tODi<pK et essentiellement réparateur au régime débilitant précédemment saivi- Cette amélioration ne fut toutefois que relative; l'estomac accepta sus répulsion les mets qu'il refusait antérieurement; les forces revinrent, mais l'état nerveux changea seulement de forme, et les crises hystériques n'es persistèrent pas moins, avec cette différence toutefois, que, rebelles à toate médication pharmaceutique, elles laissaient la malade dans un spisiM très fatigant, et ne trouvaient leur apaisement immédiat que dans b satisfaction donnée au plus impérieux besoin de l'union sexuelle.

I^ malade, épouse aussi vertueuse que bonne mère de famille, se soo* mettait avec empressement à tous les traitements antispasmodiques et calmants qui lui étaient prescrits; et j'ai vu par le nombre et la sigoatore des ordonnances, que rien ne fut négligé dans le but d'obtenir la gaérisoo de ces crises nerveuses, considérées comme purement hystériques, la salade cachant par un sentiment de pudeur bien naturel, le véritable caractère de ses attaques et le moyen qu'elle a>ait instinctivement trouvé d^ calmer réréthisme nerveux. Quand je n'y pouvais plus tenir, me disailelle, je courais au lit de mon mari, dont l'âge, égal au mien,se refusait ^satisfaire mes bnllants désirs; mais dans ses bras ma crise montant plus vite à son maximum, me procurait les sensations dont j'étais avide, puis an calme relatif pendant quelques jours.

La nymphomanie hystérique consena cotte forme Jiisqu*à PAge de

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•oixante-ciaq ans, époque à laquelle elle perdit sou mari. Gel évéuemeut et les préoccupations d'affaires qui en furent la conséquence apportèrent «ne trêve dans la marche des accidents nerveux ; elle se crut guérie. Mais arec la tranquillité d'esprit revint insensiblement Téréthisme nerveux fënltal, causé tout autant par de lascives visions que par Tirritation toute locale des parties sexuelles. Impérieusement dominée par deux volontés également puissantes. Tune, la rappelant à la raison, à ses devoirs religieux, à sa famille; l'autre, Fentrafnant à s'abandonner à ses crises nerveuses, qui insensiblement devinrent périodiques; la malade eut tous les Jours, pendant deux ou trois mois, deux attaques, puis la santé devenait parfaite pendant un temps d'une égale durée. On aurait pu croire à u^e goérlson déflnitive, si madame X... ne s'était obstinée à prédire qu'elle tomberait de nouveau malade à telle époque, et pendant tant de Jours, ce ^i infailliblement arrivait comme elle l'avait annoncé. Elle prévoyait siinsi, non-seulement la durée des périodes critiques, mais l'heure et le Jonr de l'accès. Venez me voir, demain à telle heure, me dit-elle une^fois, et TOUS me trouverez dans ma crise. Je me rendis chez elle à l'heure indignée. Elle s'agitait convulsivement sur un fauteuil. A peine m'aperçuteile qu^elle s'écria : docteur, n'entrez pas, laissez-moi... cette maladie est incurable, vous n'y pouvez rien; je suis une malheureuse... puis elle se tau et s'abandonnant de nouveau au délire des sens qu'elle avait un mo- ■eut dominé. Je la vis se cramponner avec violence aux bras d'une femme de compagnie qui ne la quittait pas d'un instant, étendre les membres taférieurs en contraction forcée, puis les ramener frénétiquement sur le feimn, qu'elle contournait à droite et à gauche. A la fin de l'accès, les yeux devinrent brillants et tendus dans l'orbite, la respiration haletante, fa bouche béante, les lèvres frémissantes, enfin tout le corps s'affaissa sur M^même et dans. une complète prostration. — Madame, lui dis-je après quelques minutes de silence, vous avez donc bien souffert? — Souffert ! ■als non, docteur; si je souffre c'est de ma honte, de mes terreurs, quand lootest fini. — Elle fit partir sa garde-malade, et quand nous fûmes seuls, die ne put retenir ses larmes et ses sanglots, et me dit : guérissez-moi, docteur; faites tout, tout ce qu'il faut; je suis prête à tout endurer. Je l'interrogeai alors sur ses secrètes impressions pendant les crises, et ses aveux «aafirmèrent mes soupçons. Chaque accès était suivi d'une sorte de sécrétion Vaginale claire et roussâtre, mordicante; et le calme ne survenait, elle «a avait parfaitement conscience, que quand cette sécrétion avait pris son cours de la matrice dans le vagin. Je remis au lendemain l'examen des organes; il ne me révéla l'existence d'aucune lésion appréciable, rien qui ^t faire soupçonner que le point de départ avait lieu vers les organes

génitaux.

rordonnai des injections trois fols par jour, faites avec une forte dé- «oetion de ciguë, de belladone et d'espèces émolltentes; un lavement froid noir et matin, puis l'immersion instantanée dans une baignoire remplie «Teau froide, qui fut placée près du lit, enfin des pilules calmantes comliosées d^asa fœtida, de camphre et d'extrait de belladone; avec t^cx^^go&x^-

6 1 A MALADIES DUES A laNE Al!(;.MENT ATIOK DE L'EXCITATION NERVEISE.

dation expresse de se jeter dans la baignoire, soit la nuit, soft le jMMV moiHdre signe avant-eoureurdes accès.

La malade axait antérieurement réglé sa vie avec beaucoup de méthode et dVntendement, sachant concilier, ou mieux subordonner, les ordon* nances des médecins aux exigences de sa maladie. Elle se levait k sept heures, allait ù Tégiise demander pieusement et sincèrement à Dieu de II délivrer de sa cruelle maladie, rentrait chez elle, prenait une ou dm tasses de bouillon froid, se faisait conduire à la promenade hors de b ville, marchait pendant deux heures d'un pas précipité, en suivant tous les jours le même itinéraire, rrvenait déjeuner, se couchait et dormait Jusqi'l deux heures. A son réveil, elle avait régulièrement sa crise, repreDiitdn bouillons et faisait une nouvelle promenade en ville, toujours en Mhiit invariablement le même trajet; enfin elle dfnait, se couchait de boiae heure et avait une seconde crise à deux heures du malin. D'ailleurs elb fuyait le monde, évitait tout rap|)ort de famille, si ce n'est avec set enbali. Telle était sa vie monotone et méthodiquement réglée pendant la période critique, car en temps de calme elle redevenait sociable, et rompsit arec toutes ses habitudes de promenade, de bouillons, etc.

Il me fut facile de comprendre que cette pauvre malade* tout eB fOoM sincèrement guérir, obéissait instinctivement aux suggestions seerMeidi son spasme erotique, et qu'elle en perpétuait ainsi la durée: stteodaDliree impatience l'époque des crises flxée à Tavancc, et dont elle ne dépanU Jamais le terme, également prévu et arrêté.

Je complétai le traitement indiqué plus haut en bouleversent des hih^ tudes où le traitement sérieux tenait si peu de place. Je défeadis rwfi des l)ouillons entre les repas, le re|»os au lit, et je m'efTorçal de fafserli confiance de la malade en lui promettant une guérisoo eertaîM anH quinze jours, si elle se soumettait ponctuellement aux moindres déuUidi traitement ordonné.

Tout se passa d'abord comme je l'avais prévu ; à le moindre DSBtfeil^ tion du retour des crises, la malade se jetait courageusement dent Is hi* gnoire remplie d*eau froide (nous étions k la fin d'octobre); ellepriteii^ tement ses lavements froids, ses pilules, etc. Au bout de dfi Joiii» kl crises avaient disparu, le sommeil était calme, les rapports sociiux

Je ne nrillusionnai pas sur l'importance du succès obtenu, el Met P*ii prit. L^ malade, que je visitais de tem|)s k autre, se plaisait à me rèpdtf : Docteur, vous avez triomphé une première fois, mais vous sera lapei^ sant contre de nouveaux accidents. Je sens intérieurement que les aeeil reviendront en février et qu'ils dureront trois mois. C*est croyable, mi^ i|nai-je, un mal ainsi habitué k re|)araitre k son jour et I son henitaMi probablement quelques \elléités de récidive, mais nous en aurons fiM comme l:i première fois, et k la fin nous le dompterons compléteBesL Al muis de février, les acxès prédits éclatèrent, et invariablenicnt averctf remploi du temps fut méthodiquement réglé comme auparavant. Le sièar traitement fut mis en usage; mais cette fois il fut moins pronplemrftttf* csce; il n*smena du calme qu'au bout de six semniais. La mltde

D8 LA NYMPHOMAxMK ET DU SATYIUASIS. 615

sait qu'à la troisième invasion du mal, qu'elle fixailau mois de juillet, le traitement aurait perdu toute son action. Ce qu'elle avait prédit et voulu, irriva, et dès lors la médecine fut de nouveau déclarée impuissante. Docteur, me dit-elle un jour, je dois me résigner ù souffrir ce que Dieu dans n Justice a sans doute voulu mimposer: chacun de nous a son calvaire ici-bas; j*ai le mien, autant celui-là qu'uu autre, laissez-le moi... Et depuis lors cette nymphomanie hystérique raison née est à peu de chose près ibaodonnée à elle-même; la famille n'ayant pas voulu se prêter à l'entrée de la malade dans une maison de santé, où le traitement aurait eu à coup sûr plus de succès. — Je dois dire pourtant que les crises tendent de plus m plus à s'éloigner; que depuis quelques années l'imagination prend moins de part à l'excitation génésique; que les périodes de calme sem- Ment coïncider avec l'apparition d'un flux leuconhéique abondapt, fit les périodes d'aa'ès avec la suppression de cette leucorrhée.

Celle nyn)|)homanie a résisté au traitement conseillé; niais il faut remarquer qu'en pareil cas, les moyens de persuasion et i% douceur ne sont pas la dernière ressource de la médication a Ui|uelle rintérél de la malade exigerait qu*on eût recours, et que des douches froides administrées avec autorité au moment des crises, auraient sans doute eu comme elTet moral et comme action instantanée et hyposthénisante du système nerveux, tine efljcacité plus incontestable et plus durable.]

Pronostic. — Ce que je viens de dire sur les terminaisons et sur les complications du satyriasis et de la nymphomanie ne petit pas manquer de faire porter, en ce qui les regarde, un pronostic souvent fâcheux. En supposant les choses au mieux, c^e$t-àdire, que l'aflection, purement nerveuse, exemple de toute complication, se termine par une guérison assez prompte et com* plète, rétat dont le malade aura gardé souvenance lui laissera toujours des regrels et presque des remords ; un vif sentiment d^ honte pour les actes qu*il aura pu commettre, pour les discours qu'il aura pu tenir ; une préoccupation fâcheuse de crainte que la maladie ne recommence ; uuq déplorable impression en tout ce qui concerne Topinion et les jugements du prochain. A ce point de vue, ces maladies sont déjà très fâcheuses. Elles le deviennent encore bien plus, quand elles montrent de la tendance à se terminer par une véritable aliénation mentale, ou, ce qui est peut-être moins affligeant, quand elles sont de simples prodromes d* affections pulmonaires chroniques.

Une autre considération, qui rend grave le pronostic de ces

maladies, c'est la présomption acquise qu'un sujet une fois ainsi

affecté ne peut guère manquer de retomber un jour ou l'autre

dans le même désordre fonctionnel. Le mémoire de M. Voisin,

' cité plus haut, est plein de faits qui démontrent celte vérité.

Traitement. — La thérapeutique de ces maladies doit être envisagée sous un triple aspect : celui des organes génitaux en eux-mêmes; celui des centres nerveux; et enfin celui des précautions dont il faut entourer le malade en vue de son avenir.

Sous le premier rapport, nous avons exprimé assez nettement notre opinion pour faire voir que nous n'attribuons pas la maladie aux organes dont nous parlons; mais notre conviction, à cet égard, ne nous empêche pas de tenir compte de la stimulation particulière que ces organes subissent quelquefois, et da cours que leur excitation peut donner aux idées et aux tcles des malades ; c'est là que nous devons nous placer pour bien juger les indications que nous offre la thérapeutique du satyriasis et de la nymphomanie, en ce qui regarde les organes génitaux.

A cet égard, pour peu qu'on entrevoie des tendances vers ces maladies, on devra recommander d'éviter tout ce qui touche ces organes, tout ce qui les échauffe, tout ce qui les appelle a leur vie fonctionnelle. On conseillera l'application locale du froide! surtout du froid humide, les lotions froides, même à la glace; les bains de siège d'une température pareille, les lavements froids ou du moins très frais. On prescrira des lavements d'une température douce, dans lesquels on aura ajouté un jaune d'GeoT et de 25 à AO centigrammes de camphre. On fera prendre ea abondance des boissons relâchantes, du bouillon de veau, de poulet, de grenouille, de tortue, additionné de 50 centigrammes à 1 gramme de nitrate ou d'acétate de potasse par litre. Le régime alimentaire sera composé de viandes blanches, de fécules, de légumes aqueux, de fruits acidulés. On multipliera les bains froids, les exercices musculaires jusqu'à la fatigue et la courbature. On évitera tout ce qui excite, tout ce qui coostipe, tout ce (|ui nourrit fortement. On abrégera le repos autaol que possible, (hi recommandera de vidtT souvent la vessie.

DB LA NYMPHOMAMIK ET DU SATYRlASlS. 617

Si, dans certains cas, raiTeclion quoique accidentelle se montre rebelle aux remèdes dont nous venons de parler, on pourra essayer de recourir à Tusage du chloroforme, comme il a été indiqué dans YUnion médicale (1). Il s*agit là d*un cas de satyriasis survenu chez un ecclésiastique après une confession. Il a été guéri par le chloroforme en topique, placé sur le siège de Tirri-* talion secondaire. Quelques heures ont suffi pour la guérison, que n'avaient point obtenue les anti-aphrodisiaques les plus renommés. (Fait rapporté par le docteur Dumont, de Honteux.) Si rincitation vénérienne provient de quelque prurit vers les organes génitaux, en raison ou de quelque excrétion sébacée surabondante dans les replis muqueux connus de ces organes, ou de quelque maladie cutanée occupant le tour et les environs de ces parties, on devra s'attacher, avant tout et avec le plus grand soin, à guérir ces affections, et a diminuer ou lénifier les excrélions sébacées, soit par des soins de propreté bien entendue, soit par un emploi méthodique des agents thérapeutiques les plus efficaces contre les affections cutanées qui seront en cause. Si les parties génitales examinées laissent découvrir une anomalie locale qu*on peut supposer être la cause de la maladie générale, c'est à cette anomalie qu'il sera nécessaire de remédier. Ainsi, chez certains hommes, le prépuce est trop étroit pour que le gland soit découvert. Les matières sébacées s'amassent derrière la couronne, et il en résulte une démangeaison, une irritation locale fâcheuse. Quand les soins de propreté convenables ne suffisent pas, on est obligé de recourir à l'opération du phimosis; cette cause d'irritation disparue, on est délivré de l'excitation locale qu'il fallait craindre. Chez les femmes, les petites lèvres trop longues peuvent sortir beaucoup et pendre entre les grandes; elles sont ainsi frottées, excitées en marchant, en remuant les cuisses, en s'asseyant, en allant en voiture, en montant à cheval, et il est nécessaire de réduire à de meilleures proportions les parties exubérantes ^ deux coups de ciseaux en font l'affaire. D'autres fois, c'est le clitoris qui a pris une amplification insolite et fait saillie au-devant de la vulve. On a conseillé alors d'en faire l'amputation; les chirurgiens, qui

(I) Union fnédécale, ISSU, t. IV, p. 272.

dis MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L* EXCITATION NEBTEOSE.

onl indiqué et pratiqué celte opération, en ont vanté les bons résultats. Je n'irais pas cependant jusqu'à conseiller, même pour les cas les plus fâcheux de nymphomanie ou de satyriasis, Textirpalion des ovaires ou l'amputation des testicules, ni même la ligature des cordons. Ces opérations sont et trop graves par elles-mêmes, et trop chanceuses dans leurs résultats, pour qu'un homme sage en fasse jamais un précepte. Nous avons accepté le devoir de guérir; nous avons, par conséquent, acquis le droit de tenter pour cela tout ce que la raison humaine nous suggère; nous sommes heureux toutes les fois que le devoir, le droit et le pouvoir se trouvent réunis*, mais je ne reconnais jamais au médecin le droit de tuer sciemment; ou du moins, dans une bonne intention, de faire courir à son malade de sérieuses chances de mort, qui ne seraient pas largement contrabalancées par la nécessité, et d'autre part par la probabilité du succès.

Quant à tous les moyens qu'on a regardés comme anti-aphNh disiaques^ le nénuphar, les quatre semences froides mineures fli même majeures^ le café, que des auteurs modernes ont noté comme ennemi de Vénus, je ne les regarde tous que comme des ressources insignifiantes contre un mal si grand. Avec une imagination préoccupée, ils peuvent bien, comme les amulettes, produire l'impuissance; mais ils n'ont rien de plus sérieux ei réalité. C'est une affaire d'imagination et rien de plus.

Néanmoins, en un cas pareil, j'essayerais un moyen qui a été présenté pour ainsi dire par le hasard au docteur Patin, de Troyes (1). Il s'agit d'une malade affectée de pertes utérines, et habituée à une espèce de nymphomanie. Après quelques jours d'usage de l'acétate d^ammoniaque à la dose de quarante gouttes, trois fois par jour, cette malade remarqua que ses désirs vénériens étaient presque éteints. Elle assura que cet effet, sensible pour elle dès la première prise du médicament, s'était accru à chaque prise nouvelle. Elle craignait mime que k prolongation de ce traitement ne glaçât ses seju pour t»tr jours, et ne la privât de plaisirs qui lui étaient plus chers que la vie.

[ 1 ) Patin, Emploi de V acétate d'ammoniaque dans les maladies utérinet (iftM*de méd., i8S8, t. XVIII. p. 228).

M LA MYVPHOMANIK KT W SATYRIA6IS. 61#

La part que nous avons accordée dans ces maladies au système nerveux central explique toute l'importance que nous de* vons donner dans le traitement aux moyens thérapeutiques qui s'adressent à cet élément du mal. C'est là que se trouve toute la prophylaxie de la maladie, c'est-à-dire, tout Fart de la pré*' venir, de l'arrêter dans son début, d'en étouffer en germe les manifestations. Si Ton veut bien se rappeler ce que nous avont dit sur les causes, on reconnaîtra que nous ne pouvons pas trop insister sur cette partie de la thérapeutique.

Ainsi, dès que l'on soupçonne chez un sujet les prédispo* sitions fâcheuses dont nous avons parlé, il faut brusquement mettre obstacle au développement ultérieur du germe qu'on en-" trevoit. Après avoir examiné les organes génitaux et remédié d'abord au vice qui les concernerait, c'est aux désordres nerveux qu'il faut remonter; c'est à la grande thérapeutique de ce sys* tème qu'il faut avoir recours.

Le médecin aura besoin, en même temps qu'il se montrera physiologiste dans la recherche de la cause du mal, de faire voir qu'il est philosophe et homme du monde, dans l'appréciation du remède ou physique ou moral, que demanderont les Ages, les sexes, les tempéraments, les professions, les passions, les habi-* tudes. Il combattra l'état nerveux par tous les moyens dont nous avons fait ailleurs le détail et l'appréciation ; il s'emparera, suivant les âges, de la direction des idées, des conversations, des liaisons; il gouvernera les lectures ; il appropriera l'hygiène, les vêtements, le repos, la veille, les aliments, les distractions, les compagnies, la solitude, aux nécessités morales et physiques de son malade; il luttera contre le tempérament par le régime, par l'exercice, par tous les agents que la thérapeutique et l'hygiène bien entendue mettent à sa disposition ; il fera naître des préoccupations d'une nature opposée au mal qu'il veut combattre ^ il remplacera par d'autres passions, par des diversions plus sages les passions erotiques, et surtout il tachera de porter ailleurs l'imagination quand il trouvera les idées trop exclusives, trop absolues. Dans les natures nobles et élevées, il fera naître des pensées de dévouement, de sacrifices utiles; il abattra par une alimentation insuHisunte, par des évacuations sanguines ou alvines, les natures grossières, dont l'emportement aphrodi-

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siaque est tout matériel. Il encouragera dans leur lutte, il dirig'era et conseillera dans le combat ceux qui auront conscience de leur état, et lui demanderont avec confiance son aide et soo appui. Il dominera les autres à Faide des affections morales dont ils sont entourés, et avec toute l'autorité que son sang-froid, sa prévoyance, sa connaissance de la nature humaine doivent lui assurer.

Ajoutons à ces moyens physiques et moraux ceux que fournira la connaissance de Tétat du malade, au point de vue de la maladie principale, satyriasis ou nymphomanie, et par rapport aux affections morbides qui le compliquent. Un médecin vraiment digne de ce nom ne peut pas manquer de faire sortir de toutes ces circonstances les indications utiles, avec lesquelles j*ai tâché dans tout ce livre de familiariser le lecteur. De plus amples détails ne conduiraient à rien dans la grande majorité des cas, parce que chacun présentera toujours quelque particularité qu'on ne peut pas deviner a Tavance. h me semble en avoir assez dit pour ceux qui auront saisi comme il faut l'esprit de cet ouvrage.

Je dois terminer néanmoins par quelques conseils utiles sur les précautions à prendre pour l'avenir des personnes qui sont atteintes de ces maladies. Ici, c'est un adulte dont la profession ne demande pas seulement de la retenue, mais encore une réputation intègre à cet égard; là, c'est un enfant dont l'avenir serait compromis, si on savait de par le monde a quelle maladie il a été livré; c'est une mère de famille que sa nymphomanie rendait un objet de honte ou d'aversion dans son ménage; un homme qu'un satyriasis connu compromettrait dans ses afle^ lions, ou dégraderait dans l'opinion publique; pour tous, ce serail une maladie pleine de honte et de confusion dans Taveoir, après avoir été dans le présent une cause de désordre et d*ave^ sion. Il importe donc de prendre de sages précautions pour couvrir d'un voile pudique le mal qu'on a reconnu.

Le médecin devra prendre conseil de la position sociale de son malade; éloigner avec soin tout témoin indiscret du mal qui le tourmente; éviter le voisinage du sexe convoité; séquestrer complètement, s'il le faut, le patient, en laissant autour de lui seulement les liaisons utiles (lour la famille; enlever, par des

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