‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 57 sur 96 · CHAPITRE XVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIL

DB L'HTDROPHOBIB.

Définition et division. — L'hydrophobie, horreur de l'eau^ n'est pas à proprement parler une maladie, c'est un des caractères les plus saillants d'une aiTection très grave, la rage^ ou bien d'un état singulier dans certaines perturbations violentes du système nerveux. Sous ce titre éminemment caractéristique d'une affection nerveuse, nous comprenons l'hydrophobie des deux origines.

Pour conserver entre elles cependant toute la séparation que la nature y a tracée, nous allons d'abord parler de l'hydrophobie la plus grave, celle qui est propre a la rage; puis nous dirons quelques mots de V hydrophobie sans rage. De cette manière, nous aurons respecté la similitude des symptômes, et néanmoins conservé toute la distinction légitime qu'il faut faire entre ces deux natures d'affections.

Hydrophobie rabique. — La rage est une des maladies les plus graves, les plus effrayantes, les plus incurables qui affligent l'espèce humaine; et il faut ajouter encore, l'une de celles qui laissent dans les organes le moins de traces de son passage*. C'est qu'en effet, dans cette maladie, tout se passe en désordres

022 BIALADIBS DUES A UNS ÀUamMTATfOM DE L* EXCITATION NBânEOtt.

nerveux. Malgré son origine le plus souvent appréciable roalériellement, elle est une des plus nerveuses qu*il y ait» c*6St-à* dire, l'une de celles qui laissent le moins de vestiges anatomiques, l'une de celles qui ont pour symptômes le plus exclusivement des phénomènes nerveux. Elle entre donc plus qu'aucune autre dans les affections dont je traite ici.

Causes. — La première question qui se présente dans l'étude de cette affection est celle de la cause. La maladie est-elle communiquée ? Est-elle toujours communiquée 1 Est-elle quelquefois spontanée? Sous quelles influences se développe-t-elle? Dans quelles espèces animales ? Que présente à cet égard de partîcu» lier l'espèce humaine ? On conçoit toute Timportaoce que doivent avoir les réponses que la science peut faire sur tous ces points. Nous tâcherons de les comprendre toutes, dans l'exposé que nous allons faire dé ce qu'on sait sur les origines de la maladie.

Dans presque tous les cas, elle est inoculée d'un animal enragé à l'homme. Le plus ordinairement, c'est le chien qui transporte et inocule le virus, parce qu'il est de tous lesanimauxdomestiques celui que cette maladie frappe le plus communément, et parce que mordre est pour lui une manière naturelle d'exprimer sa mauvaise humeur ou de se défendre. L'inoculation ainsi faite est d'autant plus dangereuse, qu'un temps plus long se sert écoulé entre l'emploi de remèdes sérieux, et le moment où ranimai aura en mordant ahslergé dans la plaie la bave de ses lèvres, de ses gencives ou de ses dents; elle le sera d'autant plus, que la plaie aura été faite sur des parties moins protégées par les vêtements, par conséquent plus immédiatement en contact avec l'appareil inoculaleur; d'autant plus enlin, que les plaies chargées de recevoir le virus auront été plus profondes, plus sinueuses, plus multipliées. Là phice où res plaies auront été faites peut avoir de Timportance pour la transmission, de deux manières : ou bien parce qu'elle se trouve dans le voisinage immédiat d'organes qu'il faut absolument ménager dans le traitement, ou bien parce que, plus rapprochées du centre, elles laisseront moins de temps pour l'incubation et par conséquent •pour le traitement.

Cette inoculation, il faut pourtant le dire, a été contestée tt

même niée par quelques médcoiniî. Entraînés par des systèmes, ils ont repoussé toute idée de virus, comme si la rage ne se montrail pas après des morsures suspectes chez des enfants hors d*état de se tourmenter l'imagination ; comme si la rage n'éclatait pas avec toute sa violence chez des hommes qui ne se doutent pas le moins du monde de la présence de l'hôte formidable qu'ils ont reçu ; comme si les animaux qui en sont infestés prévoyaient le mal qui les doit prendre. Pour tout médecin sérieux, celle inoculation est un des faits les plus solidement démontrés; je regarde comme superflue toute discussion à ce sujet.

Un médecin italien, le docteur Capello, après Bakier, a soutenu, et prétendu prouver par des faits, cette assertion, que la ra|re est inoculée seulement par des animaux devenus spontanément enragés; qu'après son premier passage dans un autre animal, sans en exclure les espèces du genre canin lui-même, elle ne conserve plus son principe contagieux, et que celui-ci est complètement détruit. L'auteur rapporte dans les Annali di medic. un grand nombre d'exemples de chiens, de chats, et même d'hommes, en qui la rage ne s'est pas développée, quoiqu'ils eussent été mordus par des animaux devenus enragés, à la suite d'une morsure par un autre animal spontanément enragé.

Un autre médecin italien, M. Baruili, a publié dans les mêmes Annales un fait recueilli dans la Gazette médicale de PariSy n» 28, 1854, et dans VUnian, t. VHI, n» 93, duquel il voudrait conclure que la morsure d'un chien irrilé, mais non enragé, peut communiquer la rage.

L'opinion du docteur Capello, malgré les exemples et les expériences de l'auteur, n'est point arrivée dans la science au rang des doctrines admises ; il faut même dire que les expériences de Breschet et la constatation journalière des faits en fournissent suflisamment la réfutation.

Quant au fait du docteur Baruili, il prouve infiniment peu, parce que rien n'élablit que le chien inoculaleur n'était point enragé.

Mais, en laissant de côté ces opinions hasardées, nous trouvons encore beaucoup de queslions importantes que nous allons

62& MALADIES DUES A l^E AtlGMBNTATIOM DE L^EXClTATlOM KEEVICtf .

essayer de résoudre. Par quelles espèces d*aniinaux la rage se transmet-elle à l'homme? L*homme 1* inocule- t-il à l'homiiie? Quels procédés paraissent nécessaires à l'introduction du virus? Quels sont les animaux qui contractent la rage spontanément? L'homme est-il de ce nombre? Dans quelles circonstances cela a-t-il lieu, pour toutes les espèces susceptibles de prendre spontanément cette maladie?

Pour répondre à la première question, il suffit d'examiner les faits ^ ils sont malheureusement trop nombreux et trop bien prouvés. Le chien, comme nous le disions, doit être mis en première ligne et bien avant toutes les autres espèces, parce qu'il devient souvent enragé, parce qu'il vit habituellement avec l'homme, parce que les individus de cette espèce sont très nombreux, parce que Tinstinct de mordre est chez eux tout particulièrement développé. Après le chien vient le chat, puis le loup et le renard. Tous ces animaux peuvent sans contredit trans^ mettre la rage ; c'est un fait incontestable. Pour tous les autres animaux la chose est problématique, d'une part, parce que les faits, s*il y en a, n'ont point été recueillis; d'autre part, parce qu'ils doivent être fort rares; et enfin, parce qu'ils sont sujets, à cause de leur petit nombre et des circonstances qui les entoorent, a de sérieuses contestations.

On a souvent agité ces questions à l'Académie de médecine, avec le concours de Breschet, qui affirmait avoir par devers lui de nombreuses expériences, et avec celui des professeurs les plus distingués de l'école d*AIfort; et ces discussions (l)* plus pleines de doutes et d'hésitations que riches de faits parfaitement étudiés, ont démontré que des expériences nouvelles, bien faites, positives, seraient indispensables pour éclaircir ces matières, sur lesquelles les études cliniques ont jusqu*à présent répandu si peu de lumières.

Dans l'état actuel des choses, tout ce que nous pouvons dire« c* est que les faits positifs qua nous avons adirmés ne peuvent pas être contestés ; que les faits négatifs sont moins sûrs; et que, dans le doute sur le caractère morbide de ces faits, en présence des ailirmalions des expérimentateurs, il sera toujours

(I) Bullelin de l'Académie royale de médecine, séance du U avril ISIS* I. Vni, p. 850.

DE L'ftYDROPHOBIE. 625

sage de prendre toutes les précautions auxquelles on s'astreindrait, si la contagion était bien prouvée.

Ce que je dis là s'applique aux morsures des chevaux, des ânes, des bœufs et de tous les quadrupèdes herbivores, mordus eux-mêmes par un animal enragé, contrairement à Topinion de Bakler et de Capello.

L^bomme enragé transmet-il par ses morsures la rage i rbomme? C'était autrefois une opinion généralement admise. On croyait, dans le temps où Ton n*osait pas s*approcher d'un enragé, qu*il avait'comme le chien, la fureur de mordre, et de plus on regardait sa morsure comme pleine du danger de Tinoculation. La chose à cet égard allait au point que l'homme enragé préve* nait les assistants de se retirer, parce qu'il allait mordre ; et de là les mesures barbares qu'on prenait, à ces époques d'igno* rance, contre les malheureuses victimes de cette maladie. Breschot a affirmé que la bave d'un homme enragé introduite dans le tissu cellulaire d'un chien détermine aussi le développement de la rage. Palmarius raconte qu'un paysan enragé ayant embrassé ses enfants, leur communiqua la maladie. Mais, d'une autre part, M. Rocheux, ayant discuté tous les faits de cette transmission publiés avant lui, conclut à la négative ; et depuis qu'on a osé examiner les choses de près, que les médecins ont étudié les enragés comme les autres malades, force a été de reconnaître que l'hoitime enragé n^est pas plus enclin à mordre qu'un homme en proie à une violente surexcitation nerveuse; que le plus souvent l'enragé ne pense pas du tout à se servir de ses dents.

En outre des exemples nombreux ont prouvé ou que lesmor*^ sures et le contact d'un enragé ne transmettent pas la maladie, ou que du moins ces inoculations sont si faciles à soigner, que la inaladie n'en résulte jamais. Je sais, par exemple, de science certaine, que le docteur Gaillard, de THôtel-Dieu, a été mordu trois fois par des enragés, sans qu'il en soit rien résulté de fâcheux, quoiqu'il n'ait pris que les plus simples précautions pour se garantir du mal ; je connais plusieurs exemples de médecins, celui du docteur Bally enlrje autres, qui se sont blessés en ouvrant des corps d'enragés, et qui n'ont fait que laver leurs mains, sans que rien de notable leursoit advenu. L'histoire du docteur Buisson, j. (\Q

626 Maladies dues a ine augmentation de l'excitation keryecse.

devenu enragé pour avoir eu les mains couvertes du sang4'un enragé, et ensuite miraculeusement guéri par un bain de vapeur dans leiquel il avait voulu se faire mourir, me semble bien plutôt appartenir à Thydrophobie bénigne, dont nous parie» rons plus loin qu'à celle de la rage. Si les faits d'immunité ne sont pas assez probants pour répondre négativement sur cette partie de la question, ils établissent du moins ceci, que la transmission par ce moyen n*est pas commune, et que des mesures préventives, mênoe assez^ simples, peuvent garantir du

mal.

Avant de quitter Tétude de la transmission de la rage, une troisième question nous reste à examiner. La maladie, s'inocu* lant par la morsure d'un individu à un autre, peut-eile se trans* mettre également partout autre moyen? Par exemple, delà bave introduite dans les voies digestives saines donneraitelle la maladie? Enaux et Cliaussier assurent que divemi personnes ont été prises de lu rage pour s*ètre mouillées avec des linges souillées par la bave d'un animal enragé. Il y a d'autres exemples rapportés qui seraient presque merveilleux. Oi cbien, cité par Chomel, devint enragé pour avoir léché lei lèvres de sa maîtresse qui Tétait (1). Un homme a été pris de la rage pour avoir reçu sur la lèvre un peu de la bave d'na chien enragé. D'un autre côté, pourtant, le préjugé popn* laire fait faire souvent cette expérience sur dea thiens, et il ne parait pas que la rage se connnunique par le pain trempé

(1) Voici le fait rapporté par ^l. Chomel, Dictionnaire de tnédeeimetn SI f^ lames, art. Hydrgpuubie l\ est emprunté à la thèse de M. Baraoul (Paris, ISn* o« 17).

« Une dame de trente-quatre ans apprend h mort de son miri eC ea uo chagrin violent. Le lendemain elle essaye de prendre uoe boisaoa; avoir avalé la moitié, elle ne peut continuer. Elle se plaint de chaleur et de enitrictiou h ta gorge, qui néanmoins ne Tempéchent pas de prendre le soir oapci de bouillon. Après une nuit agitée, la chaleur et la constrietion de la|oif augmentent, la déglutition est plus difficile. Dans la soirée, rborrear dei lii se Joint aui autres symptômes ; la vue des boissons el ragtUiioo de Pair on frissonnement coiivuUif; le regard eal farouche, égaré ; il survient um tion fréquente; Taspect des corps brillants pro>oque des accès de furearct àf oonvnlsions; la malade succombe le cinquième Jour, dans nu éiat de bibleiM eitrème. La malade et les personnes qui Tentouraient afOrraèreat qu'elle o*iTii élé mordue par aucun animal. Un chien très earessanf quelle arait auprtid'ii^

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