‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 58 sur 96 · DE L*HYDR0PH0BIE · texte numérisé non relu

DE L*HYDR0PH0BIE

lé baVe ))ti*on fait manger à un chien bien portant. Il est pos- Jble que les su(*cès et les insuccès de ces expériences s*expli- |dent par ceci : que le virus agit seulement qUand il n*a pas (libi d*aUét*ation. C*est ce qui arrive quand il est déposé dans les plaies, mis ainsi immédiatement en contact avec les surfaces )ili doivent l'absorber. Introduit dans les voies digestives, au contraire, il peut être modifié par l'élaboration propre à ces kirganes et aujc liquides au milieu desquels il se trouve, et la llrànsmission petit être ain^i empêchée.

Toutefois les opinions de hiédecins compétents, comme Boerhaave, qui admettait tous les genres d'inoculation, Enaux» Ghaiissier et Breschet, qui les avaient étudiés, doivent mettre le médecin sur ses gardes, et Tobliger à prendre toutes les précautions convenables dans les cas'suspects. Les doutes qui existent dans la science doivetit seulement contribuer à rassurer le malade, et à raffermir dans la confiance que la rage ne se développera pas.

Après celle question de transmission, une autre non moins H^ve se j)résente, c'est celle de la rage spontanée. Quelles sont ll^ espèces en qui la rage éclate spontanément? Il n'y a pas tk doute sur ce point : tous les individus de la race canine en •ont Susceptibles. On a dos preuves non douteuses qu'elle peut hes frapper tous. Quant à l'homme, je ne crains pas d'afiîrmer l|u*il n'y a pas d'exemple authentique, excepté celui de Chomel t|ue j'ai rapporté plus haut, et sur lequel le doute me semble au ttioins très permis. Tous ceux dont on pourrait arguer sont,

^ qoi lai lécha souvent la bouche pendant le coars de sa maladie, n'éprouva rien Pendant lei quatorxe jours qui suivirent immédiatement la mort de sa maîtresse. %« bout de ce temps, on vit se développer chez lui tous les symptômes de la rage, k toqoêile il succomba dans Tespace de quatre Jours. »

Ce fait. Jusqu'à présent unique, réunit toutes les circonstances possibles de •pootanée. L.a malade est prise de rage et en meurt ; le chien qui la lèche la maladie. Une eipérience qu'on aurait voulu instituer à priori ne serait ptof complète. Mais toutes les conditions du fait cadrent si bien avec une ^ipiaioo précoDcae, un fait si extraordinaire est encore resté tellement unique, Je ne pois l'accepter sans réserve. Cette femme n'avait- elle pas été mordue qœ ni HIe ni les assistants y eussent fait attention? l/auteur qui Ta '^CDoté le premier ne s'cst-il pas fait illusion sur quelques-uuos des circonstances? ^9à rapporté Tobservation textuellement pour ûxer Tattention sur ce point, car iVfoœ que Je cooferf e toii^ours une opinion au moins dubitative.

OU des cas d'hydropbobie simple et sans rage, ou des cas de délire àigii^ comme ceux qui ont servi de base à rexeellent mémoire publié sur ce sujet par M. Brierre de Boismont, ou des exemples, comme on en rencontre quelquefois, d'individus qui ignorent complètement la nature du mal qui les tourmente et dont Tentourage ne sait rien de ce qui s'est passé. A quoi i) faut ajouter qu'il s'est presque toujours écoule un temps au deli duquel le vulgaire ne va guère rechercber la cause d'une maladie; il peut arriver enfln que la période d'incubation se soil prolongée si longtemps que les circonstances antérieures aient pu être oubliées, si elles n'ont rien présenté de frappant.

Enfin, une dernière question nous reste à examiner pour les animaux en qui la rage éclate spontanément. Dans quelles conditions la chose arrive-t-elle? Un préjugé populaire très répandu attribue à la soif non satisfaite le développement de cette maladie. Il est fondé aussi sur cet autre préjugé que le plus grand nombre de chiens enragés s'observe dans l'été. Les faits me paraissent tout à fait contraires à ce double préjugé.

D'abord, ce n'est pas en été qu'on observe le plus grand nombre d'enragés, c'est au printemps ; par conséquent» on ne peut plus accuser le manque d'eau et la sécheresse. Puis une autre preuve achève de renverser ce préjugé. Dans tout l'Orient, à Conslantinople, au Caire, des troupes nombreuses de chiens errants parcourent la ville. La le climat est encore plus chaud que nos élés les plus ardents ; Tcau manque beaucoup plus que dans nos contrées; et dans tous ces pays, comme dans notre Algérie, il paraît prouvé qu'.il n'y a pas de chiens enragés. C'est du moins un fait qui m'a été plusieurs fois aOirmé par des personnes intelligentes qui ont longtemps vécu dans ces pays. Bunhell raconte que l'hydrophobie est tout à fait inconnue dans toute la partie méridionale de TAfrique. Pas une seule fois elle ne s'est manifestée, à sa connaissance, pendant les cinq ans qu'il a séjourné dans la colonie du Cap. Tous ces faits me paraissent convaincre d'erreur le préjugé populaire et nous forcent à chercher ailleurs la cause du développement spontané de la rage.

M. Despiney (de Bourg) et Magendie ont pensé que la nonsatisfaction des besoins de génération en pouvait être une cause suffisante. Je ne sais pas sur quelle prouve ces physiologistes ont

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Mablicetleaffirmalion.Lesexpéricnces tentées surtout par M. Desfinej n*ont pas réussi ; il en convient lui-même, au dire de Chantourelle, dans le mémoire qu'il a envoyé à ce sujet à l'Aca^ demie vers la fin de 1827. Quelles que soient les considérations physiologiques qui conduisent à cette hypothèse, je ne peux pas oublier que je sais et que nous voyons tous les jours des chiens él des chiennes en chaleur maintenus par leur maître dans une diasteté forcée, sans que la rage s'ensuive.

Audouard a posé dernièrement en fait que cette maladie peut provenir, chez les chiens et les loups, des viandes putréfiées qu'ils mangent. Mais cette opinion, que des faits positifs ne soutiennent pas, serait encore combattue par l'immunité dont les diiens jouissent en Orient et en Afrique.

Dans rétat de la question, il me parait jusqu'à présent plus msonnable de convenir que nous ne savons pas pour quelle nison la rage arrive spontanément à certains animaux, pas plus ^uenous ne pouvons affirmer que des conditions organiques diirerses et multiples puissent y donner lieu. C'est une question ^ pourra sans doute se résoudre plus tard, et qui est pleine du plus vif intérêt; mais à cause de son importance même, je crois qu'il faut, quand on n'a pas do preuves Suffisantes, se guder d'encombrer la science d'assertions aventureuses.

Habchb. — Que la rage d'ailleurs soit spontanée ou commuluquée, elle se montre dans les animaux toujours avec les mêmes qrmptômes ; nous ne nous en occuperons que chez l'homme. Après avoir dit quelques mots de l'incubation, nous la décrivons surtout au moment où les prodromes de la maladie se montrait.

La plaie faite par un animal enragé a été négligée ou mal loq^née, et pendant la période d'incubation rienid'extraordi- ■rire ne se fait voir. La plaie ou les plaies se cicatrisent comme Û rien de menaçant pour Tavenir n'y avait été déposé. Lesujet peut se livrer comme à l'ordinaire à ses occupations, sans penser ImFtntage à son mal. Cet état de tranquillité dure plus ou moins Ingtemps; le plus souvent de trente a quarante-cinq jours. Il fa des exemples de rage développée beaucoup plus tard; j'en M vu un cas après quatre mois et demi. Les auteurs parlent anéoie d'intervalles beaucoup plus longs, d'un, de deux et même

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sept ans. Mais des fails ilc ce genre auraient besoin de plus solides démonstrations. Les exemples de rage éclatant au bout de six mois ne sont pas coulestablea. J. Hunter en a vu se produire après dix-sept mois.

C*ésl pendant cette période que se montreraient, suivaol Marochelti, les pustules auxquelles il a donné tant d'importance, et qui ont si vivement appelé Tattention, il y a une trenUine d^années. De cinq à quinze jours après Tinoculation, a-t-ildit,le venin va en nature se déposer dans des vésicules qui se fomieDl sous la langue aux deux côtés du frein \ puis, si l'on ne preiMi pas soin de donner par là issue à la maladie, et de la détruire par des cautérisations suQisanles, le virus est résorbé ^t de* vient. cause d'une rage incurable. Quand les pustules de U rage ou lysses ont été ouvertes et brûlées à temps, la rage est infailliblement prévenue. Marochetti adonné celte théorie pour eoBBue et usitée dans FOrient, et il a cité à Tappui des faits uomWeui.

Malheureusement les expériences et les observations faitci en France n'ont pas contirmé ces assertions; la pratique ie rOrient et les espérances qu*on en concevait ont été clistéei parmi ces généreuses illusions, qu'il faut t^cber de reoiplaccf par quelque cliose de plus utile.

Quoi qu'il en soit, la première période du mal s est écoulée sans remède ou avec des remèdes insigniGants, et la rago n éclater.

Symptômes. — D'abord et sans raison apparente, un vagvi sentiment de tristesse et de crainte s'empare du malade, et il domine malgré lui. Tous ses sentiments, toutes sea pasioH sont exaltés; il a peine à en réprimer l'expression exagérée, it à contenir l'inquiétude indéfinissable à laquelle il estait praîe^ Qes premiers symptômes durent pendant plusieurs jours, el Ttrt prenant toujours plus d'intensité; puis la place de Uhkmvi fait sentir quelques élancements progressiveuieiil plus fV ceptibles; à peine douloureux d'abord, ils tiuisiaaut pa» pnMidM une forme assez aiguô et semblent a la &n aboutir vers la f/VV^

Ces élancements ne se font pas sentir à tous les maladt^} Wi* le plus grand nombre les éprouve a divers degnra. A mesure (|ue le temps et la maladie marchent, la sensibilité pieod ui développement de plus en plus exagéré. La IMe 9êi lactfT***

DE l'hydrophobie. 681

mcnl occupée d'images tristes et pénibles; toutes Igs afTeotions du malade sont mises en jeu; puis les sens prennent une incroyable acuité de perception. La moindre lueur éclatante, le moindre bruit, surtout quand il est inattendu, le plus léger mouvement priKluit dans Tair qui environne le patient, suffisent pour lui causer des soubresauts, des douleurs, des élouffements. Une constrictioif douloureuse s'empare de la gorge, et des symptômes plus caraclérisliques ne tardent pas à se déclarer.

L'horreur de Teau commence à se faire sentir. Le malade est tourmenté d'une soif ardente, et aussitôt qu'on approche de lui un vase contenant du liquide, il le repousse avec horreur. La vue du liquide lui fait mal de deux manières : d'une pari, à cause de l'éclal qu'il ne manque pas de répandre en s'agitant, et ensuite, à cause de l'horreur qu'il éveille, quand il faut l'approcher de sa bouche et l'avaler. On peut encore verser de l'eau auprès du malade et derrière lui sans qu'il en soufTre ; on peut lui présenter un verre de boisson, pourvu qu'on ne l'approche pas trop de sa bouche. Dans mon service, un malheureux atteint de la rage confirmée a pu rester pendant plus d'une demi-heure dans un bain, au milieu d'une demi-obscurité, sans en être tourmenté.

Les accès d'étouffements sont d'abord modères; maisâ mesura que la maladie fait des progrès ils augmentent d'intensité et de fréquence, et la moindre cause suffit pour les rappeler. Si une lumière réfléchie ou directe frappe les yeux du malade, si un bruit inallenéu, une impulsion insolite surprennent ses oreilles ou son loucher, si une boisson est approchée de ses lèvres, une conslrietion douloureuse le saisit a la gorge, la respiration est comme suspendue; une angoisse, une anxiété violentes s'emparent de la poitrine, de Tépigastre, de ta gorge, de la tête; le mourement respiratoire s*arrète, la circulation s'accélère, les yeox brillent d'un feti extraordinaire, une bave plus ou moins abuadante sécode des lèvres entr'ouvertes; puis au bout de quelques instants le calme revient peu à peu-, si Ton peut appeler calme Télat d'angoisse dans lequel se passent les intervalles de plus en plus courts entre les accès spasmodiques.

Ceux-ci reparaissent pour la moindre cause et se prolongent chaque fois davantage, et Thydrophobe entre de plus en plus

6S2 MALADIES DUES A UNE AUGMUNTaTION DE l'eXCITATION KCRVBtTSK.

dans les symptômes les plus pénibles de la maladie. L'inquiétude nerveuse, l'anxiété ne le quittent presque plus; il adresse aux personnes qui l'entourent et surtout a celles qu'il aime les adieux les plus touchants ; il prévoit et annonce sa fin prochaine; puis il demande avec instance qu'on le soulage ou du mal ou de la vie. La soif qui le dévore l'oblige à tenter de nouveaux efforts pour avaler quelques gouttes au moins d^ liquide qui le désaltère, et ses tentatives ne manquent pas de réveiller tous les symptômes dont nous avons parlé dans l'accès.

Là les malades éprouvent des états divers suivant leur caractère, leurs habitudes, leur éducation, la connaissance qu'ik ont ou qu'ils n'ont pas de la nature du mal dont ils sont les vicUmes. — Les uns sont incessamment pleins de bonté, de tendresse douloureuse pour tout ce qui les entoure, préviennent du retour de leurs accès, afin, disent-ils, de ne pas mordre et eommuniqaer à ceux qui leur sont chers l'horrible maladie; les autres se livrent sans raison à des actes de fureur aveugle ; tous entrent pour la moindre cause dans des transports dont ils ne sont plus les maîtres.

Quelques-uns présentent des symptômes tout a fait extnordinaires. Ainsi on a noté une force musculaire prodigieuse (Mead, TroUiet); un satyriasis violent: trente copulatioas en un jour (Haller) ; la fureur utérine (Portai) ; l'ouïe rendue à un sourd de naissance (Magendie).

Une salive écumeuse sort de leur bouche , même dans les intervalles des accès : ils sont tourmentés d'une sputatiofl fréquente et désordonnée. Puis les accès se rapprocbeDt« se prolongent davantage, deviennent de plus en plus violents et vers la fin presque continus. Huit, dix, douze heures de rage déclarée suffisent ordinairement pour en arriver li. L*exalla* lion nerveuse est à son comble. La moindre lueur, le son k plus léger, le mouvement de l'air le plus imperceptible, la toe et surtout l'approche d'un liquide quelconque, rappellent imoiédiatement l'accès avec toutes ses douleurs et ses angoisses.

Pendant les accès spasmodiques, aussi bien que pendant ks rémissions qui les séparent, une salive abondante afflue dans la bouche et provoque sans relâche un besoin de spuiation iofolontairo dans toutes les directions, et^n même temps les

b» i/hydrophobie. 63S

lades accusent use soif inextinguible. Un malade de mon service, dans cet état, a pu boire, après les plus violents efiorts etàraido de toutes les précautions possibles pour lui dérober la vue du ' liquide, son dernier verre de vin, comme il le disait, a la face du soleiL II avait passé la plus grande partie de la nuit en proie à la rage confirmée, et la mort l'attendait au bout de deux heures.

Enfin, arrivé à ce point, la maladie touche à son terme. Le patient entre dans la période d^affaissement ; il perd peu à peu connaissance, la respiration s*embarrasse, les accès de rage font place à un collapsus asphyxique, et au bout d'une heure tout au plus de cet état, la mort met fin à tant de souffrances.

ÂMATOMiE Pathologique. — L'anatomie pathologique n'apprend absolument rien sur les causes de cette triste fin, ni sur ^les douleurs et les angoisses dont les malades ont souffert. Morgagni (lettre 8) est de cette opinion. Mead {TerUamende foncf ra&*05o) et Van Swieten (Comment. ma/>Aort5m.)affirment qu'ils n'ont rien trouvé d^anormal sur des sujets morts de celte maladie. Quelques traces d'asphyxie, un peu d'engorgement des poumons (Trolliet); le sang altéré et presque tout entier dans les artères seules (Boerhaave, Haller, Magendie et M. Robert), un liquide assez abondant dans les ventricules et les méninges cérébrales et rachidiennes, et puis c'est tout. La décomposition du corps est plus rapide que dans les morts ordinaires, comme l'avaient remarqué Van Swieten, Andry, Trolliet. L'anatomie pathologique ne fait donc que confirmer ce que les symptômes Dous ont déjà surabondamment indiqué sur la nature nerveuse de la maladie.

Pronostic. — Je n'ai pas besoin d^appuyer longuement sur le pronostic de la rage confirmée. Arrivée à ce point, la maladie ne guérit jamais. J'ai dit plus haut ce que je pense de la rage de Buisson. Je ne peux m'empécher de conserver une opinion semblable sur un cas d'hydrophobie rabique? (le point de doute appartient à l'auteur lui-même) raconté par le docteur Morisseau, médecin de l'hôpital de la Flèche, et guéri par une large saignée et des douches froides sur la tète continuées pendant plus de dix heures (Union médicale, t. VI, n"" 89, 27 juillet 1852). Dans les tentatives désespérées qu'on a faites pour sauver des malades arrivés à ce point, on a dit qu'on avait obtenu des

6ih MALADIES DUBS A UNE AUGMENTATION DE L* EXCITATION NEliTBCSK.

résultais satisfaisants. Ce qu'il y a de prouvé pour moi jusqu'à présent, c'est que les malades sont lous morts. Il est même resté douteux qu'ils soient morts guéris de la rage.

Mais si le pronostic de la rage confirmée doit être toujours funeste, on peut dire aussi qu'à des époques moins avancées, surtout au début de l'incubation, il est le plus souvent rassu* rant. La rage ne se développe jamais sur des sujets convenablement traités, quand on a pu agir aussitôt après l'accident. Plusieurs heures après, les précautions convenables mettent eih core sûrement le blessé a l'abri du développement consécutif de la maladie. On ne manque pas de preuves de blessés garaotis par un traitement approprié et appliqué énergtquèment, même plusieurs jours après Taccident. Tout espoir n'est pas perdu tant que lear prodromes ne se sont pas montrés, el même il faat ajouter que sur certains sujets craintifs l'apparition de ces prodromes n'est pas encore une raison de désespérer ; car il peiil très bien se faire qu'ils ne soient que l'expression des craintei morales dont le malade est tourmenté, sans que la rage soil réellement déclarée.

En somme, le pronostic est d'autant plus rassurant quoo aura pu agir plus tôt. Plus on s*éloigne du moment de Fiiioculation, plus les craintes de voir le mal se développer doifeflt être graves. C'est dans de pareilles occasions surtout qu'ot voudrait rencontrer quelque chose de sérieux dans les eoo* viciions de Marochetti. On se bâterait, avant rirruptioii.siipffêae du mal, de le découvrir et de le détruire dans sa ^uree. Jusqu'à meilleur informe, on ne peut guère considérer que comme i» cas très exceptionnels ceux où l'on a eu le bonheur d'enrarer la*rage au point de transition entre l'incubatiou et les premières attaques. Il n'y a ptus i|u'un pronostic de naori à potier stf un malade dans lequel on reconn<itt les symptônes da rbf* droplK)bie, si l'on sait d'ailleurs que celle hydro|>hobie dêrifa de la rage. Celui-là sera un de3 plus grands bienfailears il l'humanité qui parviendra à modifier un peu c# trieUe fK^ nostic. Nais jusqu'à présent, quoique nous nous associioAi'^ grand cœur aux bonnes intentions de eeux qui veulent rassurer les populations, nous ne voyons que du danger dans ks ff^ quea qu'on a conseillées comme préservatives, et nou» kéil/i^

DB L*HYOROPHOBIE. 6S6

vivement sur la nécessité d'un traitement sévère pendant le temps utile. Nous ne connaissons pas d*autre indication dans la maladie déclarée, que celle de calmer les souffrances du mal* heureux que nous ne pouvons pas guérir.

Traitement. — Ce sont, en effet, ces deux points de vue qui dominent tout ce que nous avons à dire sur la thérapeu^que de la rage. U s'agit, dims le premier cas^ de prévenir le mal ; dans le second j d'en diminuer non pas le danger, sur lequel nous ne pouvons rien, mais les souffrances.

Pour arriver au premier iut^ il faut, aussitôt qu'une plaie suspecte est faite, se hâter je recourir à Tart; ceci est de précepte rigoureux et ne souffre aucune exception. Avant tout, comme il pourrait se fair« que l'inoeulation n'eût pas enc(M*e eu lieu, et qu'elle se complétât par les liquides déposés à la surface de la plaie ou a^x environs, il importe dtobsterger -le point blessé le mieux possible, en procédant du centre à la circonférence, de manière a écarter des lèvres saignantes tout hquide resté en dehors. En même temps, il y a utilité à faire saigner la plaie, afin que le sang en sortant emmène avec lui la plus grande quantité pos* sibl«, ou même la lolaUté, du liquide vénéneux qui aurait été déposé. Gela fait, on doit immédiatement la»er la partie atteinte avec de l'eau simple, ou même avec de T urine, si Ton n'a pas autre chose, parce que ces ablutions auront peut-être l'avantage d'achever de aettoyer ce que les abstersions n'auront pas cemplétement purifié., Si To» avait à sa disposition immédiate uo liquide chloruré» cela vaudrait mieux ; mais cerionme l'indicfttioB la plus pressante est de ne pas perdre de temps, on fera sa<«i gemeat 4e se servir d'eau simple, qu'en géaéral on a partout sous la maîa, au lieu d'attendre la préparation d'un Uquide, mêine meilleur ; d'autant pluaque le premier remède n'empêche paa de reeourir, ausait^ que possible» au st^ond ; el qu'avee les pyréoeutions indiquées plus Ivaut, on n'auru {>as tout à iait perdu son teiaps pendant la préparation.

Quand ce sera praticable, il sera boa aussi qu^oa établisse imnédi^tement une Ugaiure entre le centre circulatoire et la gilaie dangereuse* Cette ligature ne sîera faite qu aprèa le& précautioust préliminaires dout je viens de parler; et elle sera asaea serrée pour interrompre le plus possible le retour du sang, vei^

OSd Maladies dues a lne augmentation de l^excitation nerveuse.

neiix de la partie lésée dans le cœur. Ces précautions une fois prises, Tliomme de l'art, appelé au plus tôt, entre en fonctions.

Il étudie avec soin le nombre des plaies, pour qu'aucune n'échappe aux moyens qu'il va employer; et leur direction, afin qu'aucigfi point de chacune d'elles ne reste en dehors de l'action de l'art. Pour peu qu'il le juge non-seulement nécessaire, mais utile, il débride convenablemenl, mais hardiment, j'allais dire impitoyablement, toutes les plaies qui pourraient être soustraites en quelque partie à un contact immédiat; puis il les catUérise, jusqu'à ce qu'il soit sur qu'aucune q^olécule du poison ne lui a échappé.

Pour ces cautérisations, plusieurs moyens sont en présence. On doit poser pour règle que le meilleur sera celui qu'on aura le plus immédiatement sous la main, et qui détruira le mieux la partie contaminée; il importe avant tout de ne pas perdre de temps. Mais quand on peut choisir, on a selon les circonstances des raisons différentes pour se déterminer, et l'on peut opter entre les moyens suivants.

Le cautère actuel. — On l'emploie fréquemment pour plusieurs raisons. D'abord on peut l'avoir* a peu près partout. Il suffit d'un clou, du moindre morceau de cuivre, de laiton ou de fer, que l'on fait rougir, et qu'on transforme ainsi en instrument de chirurgie. Ce caustique a l'avantage de bien carboniser tout ce qu'il touche immédiatement pendant qu'il est rouge-, sous ce rapport il est bon, quand on peut l'appliquer tout de suite et le promener incandescent sur toute la surface dangereuse de la plaie; mais il a aussi quelques inconvénients. D'abord il s'éteint facilement. Le sang et les liquides qui abondent au contact le refroidissent trop vite, quand l'instrument incandescent ii*est ptf assez volumineux pour fournir une quantité suffisante de calorique ; en second lieu, il ne se prête pas toujours bien à suivre le venin dans toute la plaie, pour peu qu^elle soit sinueuse el étroite; enfin il est fort douloureux et fort effrayant. Ces deux dernières raisons suffiraient pour remplacer le cautère aetiK' par d'autres moyens, toutes les fois que c'est possible, et i plus forte raison quand il y aura encore d'autres avantages i 1^ faire.

Ds l'hydrophobic. 6S7

Chlorure d'antimoine, — C'esl un caustique souvent employé en pareil cas. D*abord, il est beaucoup moins effrayant que le cautère actuel ; en second lieu, il cautérise plus profondément; en troisième Heu, il est beaucoup moins douloureux dans son application ; enfin, il a de plus l'avantage de s^insinuer dans une plaie même étroite, et de détruire ainsi le germe delà maladie dans les petits coins qu*il est si difficile d'atteindre avec le cautère actuel. Mais, et c*est une objection qu'on pourra faire plus ou moins justement contre l'usage de tous les cautères potentiels, ils ont le tort d'exercer une action aveugle sur laquelle le chirurgien ne peut rien. Ils déterminent souvent des cautérisation^ irré» gulières, fort étendues en certaines parties saiiies, et peut-être trop réservées, là où elles auraient dû être faites .sans ménageipent. Il en pourra résulter des plaies inutiles dont la cicatrisation se fera longtemps attendre, et d'autre part, il pourra arriver que les points les plus justement désignés pour Faction du caustique auront été épargnés» Le chlorure d'antimoine^est approprié surtout à certaines formes de plaies sinueuses qu'un liquide seul peut parcourir. Il poursuit alors le mal mieux que beau- .coup d^autres caustiques. On ne peut pas trop en- recommander l'usage le plus hardi, quand la salive toxique est inoculée depuis un certain temps et demande, pour être anéantie, la destruction et l'élimination d'une plus ou moins grandt masse des matières environnantes dans lesquelles couve l'ennemi.

Pour ces occasions, je dirai presque autant de bien du cam" tique dit de Vienne, et particulièrement de ce caustique en canon mis en usage par M. Filhos. Ces cautères ont presque tous les avantages du chlorure d'antimqine ; ils déterminent à peine de la douleur et brûlent aussi profondément qu'on le veut. Dans ces cas, un petit cylindre du caustique dont je parle, insinué le long de la plaie ou déposé sur la morsure, ne tarde pas a y déterminer une escharification profonde et complète, dans laquelle le poison ne peut pas manquer d'être détruit. La liquéfaction que subit ce caustique au contact des parties molles suffit pour lui donner tous les avantages du chlorureVantimoine, en n.ême temps que sa forme première donne la plus grande facilité pour l'introduire dans toutes les plaies profondes et étroites. D'ailleurs son énergie caustique le rend éminemment conve*

688 MALADIES DUES A UNE JiUGIlEirrAîtON DE L^EXCITATION NERVEUSE.

nable pour la destruction de parties asseÉ épaisses, qtiând cette destruction est nécessaire.

D'autres caustiques encore ont été conseillés, Vammohiâqtù liquide, les acides concentrés, le sel commun dissous dans ces focides. A* autres alcalis, comme la baryte et \a strontiane ; mais presque tous ces caustiques déterminent de très vives douleurs là où on les applique, et ils ont le grave inconvénient d*exel*cer une action plutôt inflammatoire et irritante qiië véritablement et largement escharifiante. On s'en sert peu^ Ceux dont j*ài parlé précédemment suffisent le plus souvent pouf remplir toutes les indications i

Dans tous les cas, et quel que soit le caustique que Von dit préféré, une fois cette opération faite, on a affaire k une plaie simple, qui ne peiU pas se réunir par première intention. On la panse méthodiquement, de manière à en flnir le plus prortiptemeht et le plus complètement possible. En même temps, on soutient pir le régime, par Thygiène et par de bons conseils la fbtre et l'énergie du malade. Si d'ailleurs ses habitudes et sa nature s*y prètefit, rien n'empêche que le médecin ne ferme les yeux sur lés consetb des bonnes femmes des environs. Il en résultera presque toujours pour le patient un surcroît de force et de Codhige, dont œtte maladie exige une-grande somme. Quand toutes les pratiques ainsi conseillées ne feraient que confirmer le blessé dans l'idée de sa guérison, ce serait un fort grand bien ; uh médecin sage pourra profiter de tous ces auxiliaires, sans être pour cela obligé d^accepter ni les théories, ni les principes sur lesquels on les aura basées.

Mais il se gardera bien de pousser la condescendance jusqu'à négliger l'npplication rigoureuse des véritables ressources de son art. Par un principe d'humanité, il ne rejettera aucun des secours, même imaginaires, que la connaissance de son malade lui fera juger utiles. Mais, par conviction, il agira avec toute Ténergie et toute l'autorité que réclame la grandeur du danger auquel il faut se soustraire.

Je ne vois pas d'ailleurs d'importance à obtenir la cicatrisation de la plaie par une lonne ou par une autre, avec plus ou moin< de lenteur. Je regarde tout ce qu'on a dit à cet égard comme au moins très contestable.

Je ne crois guèro non plus A rerflcacilé des ventouses locales pour empêcher le venin d'entrer. Je sais que des venlou^es appliquées sur des ptaies de vaccin n'empêchent pas celui-ci de s'introduire. Je ne comprends pas pourquoi la même chose n'arriverait pas pour la rage. Il me semble qu*on en peut dire autant des vésicaioires mis sur la plaie, quoiqu'ils aient été conseillés et vanlés par Marochetli, dans son Mémoire sur l' hydrophobie (i) cité plus haut. Je regarde les conseils que j'ai donnés pour absterger et détruire localement le poison comme de beaucoup plus sûrs et plus efficaces.

Toutes ces précautions bien employées, ij^ ne reste plus i attendre avec confiance que la crainte de la maladie se dissipe peu à peu. On ne doit conserver aucune appréhension, Si toutes les mesures ont été bien prises*

Dans son mémoire cité plus haut, Marochetti établit paf des observations qui présentent tous les caractères de la bonne foi, qu'il y a lieu de prendre pendant l'incubation de la rage des précautions plus utiles encore et plus salutaires que tous les moyens chirurgicaux que j'ai rappelés ci-dessus. Il conseille de détruire par l'incision et par la cautérisation les espèces de puS'tules qui se forment vers les orifices des conduits des glandes sublinguales, sept, huit et neuf jour:! après la morsure' empoisonnée, et quelquefois même encore après une plus longue pé^riode. Il regarde la destruction de ces pustules ou vésicules comme indispensable, parce que le virus s'est déposé là, et si on ne l'y détruit pas, il sera résorbé ; de là la maladie ultérieure, dans laquelle ces pustules ne se retrouvent plus.

Les observations et les expériences des médecins français n'ont pas confirmé ces dires. L'auleur s'esl-il fait illusion ? Les observateurs après lui ont-ils fait fausse route, en cherchant les pustules sur des sujets enragés, au lieu de les observer au moment indiqué pour leur apparition, pendant l'incubation de la

Je n'oserais pas me prononcer, et ce sujet est si important, que, sans admettre la théorie de Marochetli, ni la spécificité du gmisia tinctoria^ j'invoque avec ardeur de sérieuses expériences sur Tobservation, la constatation^ ou la réfutation du fait.

(I) àrM9H d$ médecine, 1S2S, t. IX.

6A0 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NBIVEOSC.

Mais il y a malheureusement des cas où aucune précaution n'a été employée, soit i cause de Tinsouciance des malades, soit parce qu'ils ne savaient pa§ la gravité de la morsure qu'ils avaient subie. Dans d'autres occasions, les précautions prises auront été insuffisantes, ou, j'ai honte de le dire, par la faute de l'homme de Fart, ou bien par la pusillanimité du malade. Dans quelques cas plus malheureux encore, la morsure aura atteint des parlies qu'il est impossible d'extirper ou de brûler, et dans tous ces cas, la rage confirmée ne pourra guère manquer d'apparaître au bout d'un temps plus ou moins long. A défaut de moyens curatifs, il ne restera plus d'autre ressource pour le médecin, que de rechercher la cure palliative y la meilleure ou pour mieux dire la moins mauvaise.

C'est ici que commence la seconde partie du traitement. On lâchera d'abord de cacher au malade la nature véritable de l'affeclion dont il est atteint, et l'on pourra du moins entretenir ainsi son courage pendant tout le temps où les consolations de Fart sont encore possibles. Un de mes malades, tout ea disant qu'il souffrait comme un enragé, n'a pas un seul instant connu la nature du mal auquel il était en proie, et a pu jusqu'à h Gn conserver quelque espoir et lutter courageusement contre un ennemi qu*il ne connaissait pas. Rien n'est plus affreux que l'agonie désespérée de ceux a qui l'horrible vérité n'a pas po échapper. Môme pour les natures les plus religieuses, les suprêmes consolations manquent alors d'efficacité, et l'ignorance du mal, quand il nous est possible de l'entretenir, est encore un immense bienfait de l'art.

L'incertitude dans laquelle on tient le malade n'empêche pas d*ailleurs qu^on l'entoure de toutes les précautions matérielles et morales, que coaiportent ses goûts, ses habitudes de cœur et d'esprit. On utilise pour le soulager la connaissance qu'on a de tout ce qui peut le calmer, et surtout le prémunir contre le retour des accès. Par exemple, on éloigne de lui toof les objets capables de lui causer quelque ébranlement. Les corps brillants seront écartés ; on établira tout à l'entôur, autant quoa le pourra, l'obscurité, le silence et le repos ; on évitera tout ce qui peut éveiller la sensibilité physique et morale déjà excessiyemenl exaltée. On prendra toutes les précauUoDS imagioibk)

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