AFFECTIONS INTERMITTENTES PÉRIODIQUES. 1S
fièvre tous les ans, le jour de sa naissance; Vollaire disait qu'il lavait toujours le jour de la Saint-Barthélémy. J'ai observé un malade qui avait un accès régulier tous les mois.
Il faut noter d'ailleurs que les accès ne reviennent pas toujours aux mêmes heures. Ils sont fixes, ou bien ils avancent ou reculent, chaque fois d'un nombre d'heures déterminé.
Outre cela, Thisloire de la médecine et l'observation des malades présentent encore des faits singuliers. Ainsi, dans la tierce doublée, on a deux accès de fièvre tierce le même jour, puis un jour de repos ; dans la double tierce^ on a un accès tous les jours, mais ces accès se correspondent de deux jours l'un, comme si on avait une tierce du matin, par exemple, et le lendemain une tierce du soir ; chacune de ces fièvres se représentant exactement à son moment, comme si l'autre n'existait pas.
Les autres types de fièvres présentent aussi quelques anomalies semblables, dont on a moins bien déterminé les retours périodiques et fixés les noms. Les auteurs allemands, et en particulier Joseph Franck, indiquent encore beaucoup de types plus compliqués. Je pense que ces retours bizarrement distribués sont plutôt des accès de fièvre intermittente mal réglée, dans lesquels la patience et la préoccupation germaniques ont poursuivi des apparences de périodicité à correspondances déterminées. Les preuves et les observations réitérées manquent, et d'ailleurs ces détails n'ont pour la pratique aucun intérêt sérieux, puisqu'il suffit, pour bien agir, de bien noter l'intermittence et de bien placer l'administration du spécifique.
Ce que je viens de dire pour les types des fièvres doit s'entendre aussi des autres affections intermittentes périodiques.
Quant aux fièvres, il me faut ajouter, que, par leur durée, il peut arriver des désordres divers dans l'économie; désordres dont quelques-uns coïncident avec les accès, dont les autres persistent en dehors de ceux-ci. Ces désordres sont : pendant la fièvre, des douleurs, des troubles dans la digestion et les autres fonctions nutritives , dont le médecin tiendra compte, s'il veut donner au traitement toutes les chances possibles de succès; pendant les intermittences, de la faiblesse, des souffrances de la tête, des malaises de l'estomac et des membres, des douleur? diverses dans plusieurs organes ; après un cours assez
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long delà maladie, des dérangements delà digeslion, la perte des forces, les gonflements de la rate ou du foie, des leuco-phlegmasies opiniâtres et dangereuses qu'on ne saurait trop se h&ter de prévenir.
Je vais dire quelques mots sur les principaux de ces accidents.
Par exemple, il n*est pas rare que le premier moment des frissons soit accompagné de vomissements, et cela quand le malade est à jeun aussi bien que quand il a mangé. Les matières vomies sont ou de la bile ou mêlées de bile. Dans un nombre de cas beaucoup plus considérable, le début de Taccès est signalé par une petite toux sèche très facile à reconnaître. Cette toux ordinairement modérée, quoique fatigante, peut dans quelques cas prendre une intensité considérable. Elle devient parfois un véritable supplice pour les malades, à cause de la difficulté de respiration et de la sensation d'étranglement dont elle est alors accompagnée. C'est un des symptômes les plus fâcheux des accès de fièvre périodique, auxquels sont exposés les tubercu* leux.
Dans quelques cas, le moment du frisson est aussi celui de quelque hémorrhagie nasale ; mais ce symptôme concomitant de la fièvre intermittente est plus communément placé au moment du développement de la chaleur.
Tous les autres symptômes qui escortent le plus souvent un accès de fièvre, céphalalgie plus ou moins intense, douleurs plus ou moins vives vers la région de la rate, a l'épigastre ou dans les hypochondres, diarrhée, empâtement de la bouche» faiblesse musculaire, etc., se trouvent indifféremment dans tous les stades de l'accès.
En dehors des accès, surtout si la fièvre se prolonge, les malades offrent uue série à peu près régulière d'accidents à noter. La rate se gonfle et devient douloureuse ; la face se décolore» se bouffit, et prend partout une teinte isabelle très facile à reconnaître; les extrémités s'infiltrent à mesure que les forces de toute espèce diminuent; la nutrition languit de plus en plus, et l'anasarque va quelquefois jusqu'à ce point que la peau des membres est énormément distendue; que le tissu cellulaire souscutané abdominal et pectoral se remplit de liquide; que les ca-
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viles du pcriloîne, de la plèvre, du péricarde contiennent une notable collection du liquide séreux que ces membranes sécrè* tent. J'ai vu des exemples effrayants de cachexies de cette espèce, produites seulement par des fièvres qu'on n'avait pas arrêtées à temps, soit parce que l'art avait été trop timide, soit parce que les malades avaient continué de vivre dans le milieu qui les empoisonnait.
Le séjour de nos armées en Algérie, nos colonies du Sénégal, et surtout de Madagascar et de Mayotte m'ont fourni le plus grand nombre d'échantillons des types de cachexies que j'ai rappelés en premier lieu, tels que peau isabelle» rates énormes, infiltration du visage et des jambes. Les anasarques, avec épancbement dans les séreuses, beaucoup plus rares, viennent dans nos hôpitaux des parties les plus malsaines de la Sologne et des marais du nord-ouest de la France. Du moins, ceux que j'ai observés sortaient de la.
Outre la fièvre, plusieurs autres maladies ont, ai-je dit, l'habitude de se montrer avec le caractère intermittent.
Telles sont les hémorrhagies^ certaines phlegmasies^ les né-vralgies, quelques névroses.
Ces écoulements de sang prennent leur source en toutes sortes d*organes. Épistaxis^ hématémèses, hémopthysiesy diarrhées sanglantes j pertes utérines^ hématuries, ces types se rencontrent avec tous les caractères de la périodicité et de Tintermittence, aussi bien sous une forme légère qu'avec Tapparence la plus formidable.
Presque toujours l'hémorrhagie, quelle qu'elle soit, débute telle qu'elle se maintiendra pendant toute la durée de l'accès ; puis elle s'arrête assez brusquement vers la fin. Les symptômes concomitants auront répondu à la violence de l'hémorrhagie et au siège qu'elle occupe. Il y aura eu des efforts de vomissements et de la chaleur a l'estomac pendant Thématémèse ; de la toux et de l'élouffement avec l'hémoptysie; des coliques et des épreintes douloureuses, s'il s'agit d'une diarrhée sanglante; des douleurs des reins, du bas-ventre et du haut des cuisses, particulièrement au début des pertes utérines ; tension, gène et douleur au col et au corps de la vessie, au moment des hématuries. Puis les phénomènes généraux propres aux pertes de sang,
se seront montrés en proporlion avec la violence et la durée de Taccès à ses différents moments. Ainsi, au début, sensation de gêne, d'embarras, de pesanteur, de tension sur la partie qui va devenir le siège de i'hémorrhagie, et quelquefois frissons plus ou moins prolongés, comme dans un simple accès de fièvre. Dans rélat, chaleur locale, écoulement caractéristique du liquide; puis enfin petitesse du pouls, pâleur de la face, éclat humide des yeux, faiblesse portée même quelquefois très loin; et, à la suite, anémie plus ou moins caractérisée, suivant la violence et la durée des accès hémorrhagiques.
Quelques phlegmasies ont été notées, comme s'étant montrées sous une forme périodique. Sans parler des observations de M. Delens relativement à la forme intermittente des débuts de ce qu'on appelle communément fièvre typhoïde, on rencontre dans les auteurs des exemples de véritables phlegmasies, signalées comme intermittentes périodiques. On a parlé des inflammations de la plèvre, des séreuses articulaires, du péricarde, ayant présenté tous les caractères des affections périodiques. J'ai observé moi-môme une pneumonie revenant par accès.
Dans tous ces faits, on reconnaît assez facilement la périodicité des intermittences, et, pendant l'accès, tous les phénomènes physiologiques et mécaniques de la phlegmasie localisée.
Ces cas ne sont pas communs, mais quelque rares qu'ils soient, il importe d'en tenir bonne note, et de se servir au besoin, pour le pronostic et pour le traitement, des indications que fournit la double nature du mal. Pendant Faccès, on le soulagera et on le combattra par les moyens utiles contre la phlegmasie. Pendant les intermittences, on prendra soin d'employer les moyens propres à empêcher le retour de l'accès. Le pronostic, dans l'un et l'autre cas, sera aggravé ou amoindri par l'intensité des accidents de l'accès, ou par la certitude acquise que les intermittences promettront un meilleur résultat de l'usage des an ti périodiques.
D'autres fois, ce sont des névralgies qui remplacent la fièvre intermittente et se montrent périodiques, occupant toutes les parties du système nerveux que ces affections ont coutume de saisir. Pendant la durée de l'accès, on a affaire à une vraie névralgie, ayant débuté, se comportant, finissant comme si elle
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n*étaitpas înlermittente; puis le calme qui suil laisse le malade dans une parfaite santé, jusqu'au retour de raccës suivant. Je n'ai pas besoin d'en dire ici davantage.
Enfin, des névroses de toutes les apparences pourront se montrer périodiquement. Telles sont presque toutes les fièvres dites pernicieuses. Les anciens, qui les avaient bien étudiées, leur avciient donné toutes sortes de noms, suivant la prédominance des symptômes qui les caractérisent. Pour nous, qui regardons comme précieux les renseignements qu'ils ont là-dessus recueillis, mais qui ne mettons aucune importance aux dénominations qu'ils en avaient données, nous nous contenterons de dire que dans ces névroses périodiques, on peut voir envahis tous les organes dont Faction est nécessaire à la vie. Ce sera la tète, et il y aura apparence apoplectique, ou délire violent, ou céphalalgie atroce, ou coma invincible, ou convulsions épileptiformes ou tétaniques ; ce sera le cœur, et il y aura syncope, ou palpitations, ou irrégularités violentes dans les battements de cet organe ; ce sera la poitrine, et il y aura de l'étouffement, de la toux, de la suffocation ; ou enfin ce sera la chaleur qui manquera dans tout le corps, la sensibilité qui s'éteindra en quelques parties, le mouvement qui y deviendra impossible ou désordonné.
Tous ces symptômes dureront plus ou moins longtemps, et feront place ensuite à une santé satisfaisante, pour recommencer après, si on n'y a pas opposé convenablement la thérapeutique nécessaire.
Les affections intermittentes de tous les types, de toutes les formes ont pour propriété remarquable de durer pendant assez longtemps, si l'on n'y met ordre. On remarque, ou plutôt on a remarqué, dans le temps des théories qui laissaient le malade aux soins de la bonne nature, et surtout avant la découverte de la quinine et de ses propriétés, que les plus longues fièvres étaient celles dont les accès sont les plus écartés; les sextanes, quintanes et quartes se trouvaient dans ce cas. Aujourd'hui, les quotidiennes durent, en général, plus longtemps que les tierces, à cause de la difficulté plus grande qu'il y a de faire prendre entre les deux accès la quantité nécessaire du remède. Les intermittentes pernicieuses cèdent en général facilement, quand
lAO MALADIES NERVEUSES XSÉNÉRALES.
on ne craint pas de les allaquer avec vigueur. Les névralgiques sont plus tenaces. On reconnaît d'ailleurs que, dans toutes» on a raison de craindre des retours plus ou moins éloignés» si on ne prend pas la précaution de ne quitter son malade que quand on est assuré qu'il est parfaitement guéri, et débarrassé de la teinte isabelle que toutes ces majadies ne manquent pas à la longue de répandre sur la face.
Pronostic. — D'après ce que je viens de dire, on conçoit combien peut varier le pronostic. Rassurant dans le plus grand nombre des cas, il peut prendre quelquefois la plus extrême gravité. Ajoutons que c'est surtout dans ces maladies que le succès ou le revers sera justement imputable au médecin. Elles prouvent plus que toutes les autres la puissance de notre art; mais, en même temps, elles peuvent, plus que toutes les autres, démontrer aussi la capacité ou l'impuissance^ de l'artiste.
Le pronostic sera favorable toutes les fois que la maladie, reconnue à temps, laissera au médecin la possibilité d'agir, et que l'état général des fonctions lui en donnera les moyens. Il pourra devenir excessivement grave dans les conditions contraires. La maladie s'enracine et s'aggrave souvent quand on la laisse marcher, et qu'on se contente d'un traitement capable tout au plus de l'user avec le temps ; elle s'arrête, au contraire, merveilleusement, quand le médecin une fois bien/ixé, agit sans hésitation et sans perte de temps.
On a raconté beaucoup d'histoires de maladies, et surtout de maladies nerveuses, guéries par des fièvres intermittentes. Joseph Franck rapporte, par exemple, un cas d'hypochondrie ainsi enlevée. L'expérience clinique nous montre tous les jours des hystéries suspendues pendant la durée d'une autre maladie intermittente. Mais j'avoue qu'en général je ne me fie pas à de pareils auxiliaires, et qu'à moins d'une indication bien pressante, je n'hésiterais pas à me délivrer du perfide secours qui me serait ainsi venu.
Traitement. — Le traitement de ces maladies est double; un traitement palliatif doit être conseillé pendant les accès; un /rat/^men^ct/m/t/est indispensable pour guérir la maladie.
Le traitement palliatif csl très différent et très variable ; on le conçoit, puisqu'il répond à des souffrances diverses.
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Dans les accès de fièvre simple, donner à boire chaud pendant le frisson, couvrir et réchauffer le malade ; puis le rafraîchir modérément pendant la chaleur ; le tenir au sec pendant la sueur ; voilà les indications.
Pendant les hémorrhagies, elles consisteront à prescrire le repos convenable, à placer aux endroits d'élection les révulsifs les plus efficaces, à user des astringents et du froid quand ce sera possible.
A-t-on affaire à une phlégmasie intermittente? on prescrit des moyens simples les mieux accommodés au désordre matériel organique, à l'espèce de souffrance qu'endure le malade, et on se prépare à une intervention plus active et plus heureuse pendant Tintermittence.
S'agit-il de névralgie ? on agira comme si l'affection n'était pas intermittente ; on fera prendre au malade l'opium, la morphine, la belladone, comme nous l'indiquerons plus tard en parlant des névralgies ; on recommandera les moyens locaux dont nous développerons les usages et les effets.
Pour les névroses, calmer le système nerveux, au besoin le soulager du sang qui le congestionne, ou, au contraire, l'exciter par les stimulants diffusiblos, user des calmants si>éciaux avec prudence, voilà tout ce qu'on peut faire. Il s'agit alors moins de guérir l'affection intermittente que de soulager, de consoler et de conserver le malade. Mais ces indications palliatives remplies, la tâche sérieuse et solide du médecin commence.
L'ancienne médecine tenait en réserve une foule de drogues contre les affections intermittentes ; et l'histoire de l'art est pleine des agents médicaux qui ont précédé l'apparition de la^ base alcaline du quinquina, ou des succédanés qui ont été proposés depuis pour la remplacer au besoin. RacineSy herbes^ écorces^ fleurs^ semences y toutes les parties des plantes y ont passé. Puis les narcotiques; puis les sels et les métaux, V antimoine^ le /er, le bismuth^ Y arsenic et même le phosphore ! Par contre, on a vanté jusqu'à Tinnocente gélatine, et mille remèdes de commères.
Tout cela était excusable, quand on ne connaissait pas le quinquina, et la base alcaline à laquelle il doit sa vertu. On est légitimement justifié de recourir à quelques-uns de ces moyens,
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quand on n*en a pas d'autres; on mérite certainemenl des remercimenls académiques et aussi ceux de i*biimanité, quand on cherche n'importe où de bons fébrifuges qui coûteraient moins cher que les sels extraits de l'écorce du Pérou; mais on ne peut pas s*empècher de reconnaître que, depuis la découverte de la quinine par MM. Pelletier et Cavenlou, le rôle du médecin est devenu bien plus aisé, et les conditions desGévreux beaucoup meilleures.
La quinine est jusqu'à présentie remède par excellence contre les affections intermittentes périodiques, de quelque forme qu'elles soient revêtues ou larvées, comme on disait jadis*
On emploie la quinine à Tétat de sel. La plus commune et la plus usitée de ces préparations est le sulfate un peu acide. Un jeune chimiste a proposé dernièrement de remplacer ce sel par dutannalede la même base, et a beaucoup insisté sur le bénéfice financier qu'on trouverait à user de son sel. L'expérience clinique a prouvé que le taimate de quinine est fébrifuge; mais comme ce sel contient, chimiquement, pour le même ppids, une quantité beaucoup moins grande de quinine; que les sels de quinine doivent leur vertu antipériodique à cette base exclusivement-, que les acides n'ont point encore été jusqu'à présent considérés et acceptés autrement que comme capables de rendre la base plus solubleou plus acceptable pour les organes ^ je crois qu'il est sage, jusqu'à nouvelle démonstration, de s'en tenir aux préparations d'une eOicacité reconnue en raison des proportions de la base et de l'action physiologique de l'acide. Dans un cas grave, je n'oserais pas risquer, même pour les malades pauvres, une économie d'argent qui s'explique seulement parla diminution du principe actif, qui seul coûte cher dans ce médicament*
Je mets donc en première ligne le sulfate acide de quinine ; le tannate convenablement dosé pourra remplir la même indica* tion ; le valérianate de quinine est mieux accepté par les névro* palhiques de toutes sortes ^ l'alcoolé de quinine, préconisé surtout par M. le professeur Piorry, réclame aussi justement sa part d'efficacité.
Quelle que soit la préparation préférée, on doit donner la quinine de façon qu'elle soit bien digérée dans l'intervalle des accès, et à doses fractionnées de manière à ne pas provoquer la
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résistance de l'estomac. Il importe que la digestion en soit faite à rbeure oîi Taccès devrait revenir, et par conséquent qu'elle ait commencé deux ou trois heures avant ce moment. Pour que le succès soit assuré, il vaut mieux qu'une dose notable du principe fébrifuge soit encore en action, lorsque vient Theure du mal.
Quant à la quantité de quinine qu'il convient d'administrer, elle varie suivant les médecins.
Les uns en donnent de petites doses, comme dix ou vingt centigrammes a l'état de sulfate, entre les accès. De cette manière, ils n'éteignent les fièvres qu'en un certain nombre de jours. Cette méthode me semble mauvaise. D'abord, elle l'est incontestablement toutes les fois que TafTection intermittente fait beaucoup souffrir les malades, ou leur laisse courir des dangers-, ensuite, je ne vois pas l'avantage qu^il peut y avoir à laisser traîner une guérison qu'on pourrait obtenir tout de suite. Enfin, Texpérience m'a démontré que c'est toujours une mauvaise chose que d'éterniser les fièvres intermittentes les plus simples, et à plus forte raison les autres affections périodiques* Dans le premier cas, on s'expose à rendre ces maladies difficilement curables, à laisser se former de grosses rates, coïncidant si souvent avec une fâcheuse disposition aux retours de la maladie, ou des infiltrations générales du tissu cellulaire. Dans les autres, je plains les malades.
Pour moi, à moins d'indication formelle, que je ne comprends pas à priori^ je prescris, en général, dans les cas simples, de soixante et quinze centigrammes à un gramme de sulfate de quinine, en deux ou trois doses entre les accès, prises de manière que la dernière soit avalée trois heures avant le retour possible. Ordinairement, je n'ai pas besoin d'augmenter ces quantités du médicament ; l'accès suivant manque, et je n'en donne pas plus longtemps qu'un ou deux jours après, à doses décroissantes, pour tller au-devant des récidives.
Je préfère l'administration de la quinine telle que je viens de la formuler, à des doses plus fractionnées, parce que l'expérience m'a prouvé que la quinine agit mieux de cette manière et se supporte aussi bien par Testomac. L'expérience est aussi la raison que j'invoque pour ce mode d'administration, au lieu des pilules dont on se sert plus généralement.
1A4 MALADIES NERVEtJSES GÉNÉRALES.
Quand cela ne m*a pas suffi, j*en fais prendre de la même manière un gramme et demi avec cinq centigrammes d'extrait aqueux d*opium, pour faciliter la tolérance; et je n*ai presque jamais besoin d*aller plus loin.
La surdité, le trouble encéphalique produits par la quinine, ne me causent aucune inquiétude; cela se dissipe au bout de vingl-qualre heures, et mon malade est guéri. •
Quand j'ai affaire à des accidents intermittents d*unc autre sorte, névralgie, hémorrhagie, ou fièvre pernicieuse, je prescris de prime abord une dose assez notable de sel fébrifuge (d'un à deux grammes), et je compte sur le résultat comme sur une chose assurée. J'ai bien vu, dans quelques constitutions délicates, ces doses causer des symptômes alarmants, des troubles de la tète, des douleurs épigastriques, des superpurgations, des vomissements opiniâtres; mais ces accidents ne m'ont pas paru comparables avec ceux que j'avais prévenus ; et, après quelques moments d'inquiétude, je me suis toujours félicité de la hardiesse avec laquelle j'avais été au-devant d'un mal dangereux, grâce i un moyen qui, en définitive, ne l'est pas.
Jecroisque dans ces afl'ections intermittentes, il est rarement besoin d'aller plus loin, et pour mon compte, je ne vois |)as la nécessité de dépasser le but que l'on veut atteindre. La guérison me suffit.
J'ai fait depuis quelques années assez fréquemment usage contre des afiections périodiques nerveuses du valérianate de quinine. Je regarde comme un devoir de déclarer que ces applications ont modifié l'opinion moins favorable que j'avais d'abord sur ce moyen. Il m'a paru, par expérience, que des sujets incapables de tolérer le sulfate de quinine, ont pu accepter sans inconvénient, et même avec grand bénéfice du valérianate delà même base, à des doses à peu près insignifiantes. Je n'oserais affirmer ou nier que les propriétés antispasmodiques de la valériane aient contribué à ce résultat, et que la même base, combinée de même avec un autre acide végétal qui la laisserait soluble, ne produirait pas un résultat pareil. Le temps, les travaux ultérieurs delachiniie, et surtout les expériences consciencieuses des médecins, éclaireront probablement ce sujet. Je ne fais ici que consigner les résultats cliniques que j'ai constatés et qui.
APPCCriONS l?ITEllllltteNTES PÉR10D10UES. 1A5
dans l'espèce» in*ont, en définitive, paru favorables au valérianate de quinine.
Quant i ce qui regarde Palcoolé de quinine recommandé par M. Piorry, j*avone que je n'ai pas eu besoin d'en faire usage. Je n^ai pas par-devers moi de raison pour le préférer aux autres préparations de cette base ; je n'en connais pas non plus pour le rejeter, quand on n'aura pas de raison pour redouter la petite quantité d'alcool ingérée avec la quinine.
La maladie suspendue, il me paraît sage de tenir encore pendant quelque temps le malade sous l'action du remède ; on prévient ainsi sûrement des récidives sans cela trop communes. Pour mon compte, je ne m'arrête que quand tout le mal a cédé, et quand le malade a perdu cette bouffissure de la peau et cette teinte isabelle si ordinaires chez ceux qui ont été pendant un certain temps en proie iune maladie intermittente. S'il y a gonflement de la rate surtout, je tiens mon malade au sulfate de quinine et aux saignées locales, jusqu'au retour aussi complet que possible de l'état normal.
Il y a des cas, dont il faut néanmoins tenir compte, dans les«quels le sulfate de quinine ne peut pas être avalé. II s'agit d'enfants qui ne s'y prêtent pas, ou de voies digestives troublées dans leurs fonctions qui ne le reçoivent pas sans révolte. Dans ces occasions, je conseille deux bons moyens de l'employer. On le donne en lavement avec un peu de laudanum, et il agit presque aussi bien que quand il est pris par la bouche, toutes les fois que le lavement est gardé. Le seul inconvénient que je connaisse à cette méthode, c'est qu'il y a nécessité, pour que le lavement soit gardé, de se borner à de petites doses du sel fébrifuge. On y pourvoit, autant que possible, en multipliant ces lavements dans l'intervalle des accès. L'autre moyen consiste à administrer la quinine en frictions. On fait faire une pommade avec de l'axonge et du sulfate acide de quinine, et l'on en frotte lous les points connus où la peau absorbe le mieux. J'ai vu plusieurs fois ce moyen donner des résultats satisfaisants, là où tous les autres n'avaient pu être employés, surtout chez les enfants. La méthode endcrmique au moyen des vésicatoircs ne m'a rien offert ici de très avantageux. Le sulfate de quinine irrite le derme et n'est |ias absorbé,
lAO MALADIES NERVEUSES GÉNÉRALES.
Dans beaucoup de circonstances, el particulièrement quand le gonflement et rendolorisscment de la rate coïncident avec la fièvre intermittente, on peut arriver à un résullat satisfaisant, en employant des doses de quinine plus faibles même de moitié que celles que j'ai indiquées ci-dessus. M. Nonat, qui a étudié avec beaucoup de soin le dosage et le mode d'administration de cette base fébrifuge, a constaté, qu'en appliquant sur la région de la rate des sangsues en plus ou moins grand nombre, suivant la force du sujet et Tintensité de la congestion splénique, avant de faire avaler la quinine, on obtient beaucoup mieux les bons effets de cette substance. Douze, quinze ou vingt sangsues mises sur rhypochondre gauche après un premier accès, et suivies de Tadministration de ôO a 60 centigrammes de sulfate acide de quinine, assurent alors la guérison aussi bien et même peutêtre mieux qu'une dose double du médicament donnée sans qu'il y ait eu d'évacuation sanguine locale.
C'est une remarque utile a mettre en pratique, non-seulement quand on manque de quinine, mais encore et surtout quand le gonflement et l'endolorissement de la rate paraissent réclamer de trop fortes doses ou un trop long usage de ce médicament dispendieux, ou bien encore quand l'état des voies digestives laisse craindre qu'il ne soit pas bien digéré, ou qu'il ne les irrite et ne complique encore d'une manière fâcheuse certaines cachexies. Je ne conseillerais pas d'y recourir, s'il y avait une anémie trop prononcée, ou bien si le malade était déjà en proie i des anasarques multiples. Dans ce cas, la quinine, sous toutes les formes, me semble provisoirement la seule et la meilleure ancre de salut.
Tout ce que je viens de recommander pour les fièvres intermittentes périodiques s'applique sans restriction et sans variante aux autres affections périodiques^ hénwrrhagiques j phlegmasiques ^ ou nerveuses. Les règles de traitement, les indications antipériodiques, les dosages et les modes d'administration sont les mêmes ; je n'ai donc pas besoin d'y insister davantage.
Il ne me reste, pour faire connaître ce que rexpcrienco m'a appris sur le traitement des afl^ections intermittentes, qu'à dire en peu de mots ce que j'ai observé, quand j'ai employé quel-
AFFECTIONS INTEBMITTBNTBS PiRlOMOUES. 147
ques moyens autres que la quinine également conseillés contre ces maladies.
On a, dans ces derniers temps, voulu mettre en honneur la bise nommée salicine. Les expériences auxquelles je me suis livré m*ont prouvé que ce succédané vaut mieux que la plupart des amers, la petite centaurée^ la gentiane^ les écorces amêres^ par les(|uels on remplaçait jadis le quinquina ; mais elles m'ont démontré en même temps le peu d'efficacité an ti périodique qu'il possède. La salicine et la plupart des substances amères n'ont guère dû leur réputation qu'a la ressemblance grossière qu'elles ont pour le goût avec l'écorce du Pérou. J'ai l'habitude de les bannir du traitement des affections intermittentes, de les remplacer par des boissons acidulées agréables et par de bonnes doses de quinine. Les malades se trouvent 1res bien de ce régime, et je ne comprends pas l'utilité des boissons amères ou des potions de même goût qu'on emploie assez souvent dans ces occasions.
V arsenic j ou fluiùi Y acide arsénieux m'a paru doué de vertus an ti périodiques mieux établies. J'y ai recouru avec succès dans quelques cas où la maladie paraissait résister à des doses (le quinine que je ne voulais pas augmenter. J*ai employé aussi cemoven avec avantage quand j'ai eu affaire, chezdesphthisiques, ides accès du soir fatigants, longs et opiniâtres, surtout quand le sulfate de quinine était mal pris ou mal supporté. Enfin» l'acide arsénieux m'a semblé utile quand les accidents périodiques pouvaient se rattacher à quelque cause syphilitique constitutionnelle.
Dans tous ces cas, des doses bien entendues d'acide arsénieux peuvent produire d'excellents résultats, et j'insiste d'autant plus sur cette remarque, que les médecins ne me semblent pas en général assez portés à l'employer.
Pour en user, je fais préparer une solution d'acide arsénieux dans Teau additionnée d'un peu d'alcool, a une dose telle qu'une cuillerée à café de la solution représente à peu près un vingtième de grain ou vingt-cinq dix-millièmes d'acide arsénieux. Je fais mettre cette cuillerée à café de solution arsenicale dans un demi-verre d'eau sucrée, qu'on avale en trois fois pendant 1 ialermittencei quand il s'agit d'une affection périodique quel-
1A8 MALADIRS NERVEUSES GÉNÉRALES.
conque ; dans la soirée, quand il s*agit seulement d*un accès nocturne, sypliililique ou non.
Je me suis trouvé parfaitement bien de ce remède, et je suis sûr qu'ainsi administré, Tacide arsénieux peut être pris même pendant longtemps sans aucun inconvénient.
[M. Fremy, médecin des hôpitaux civils de Paris, chargé temporairement à Thôpital du Roule d*un service où étaient reçu^ beaucoup de soldats affectés de fièvres intermittentes rebelles et compliquées, a publié en 1857 un mémoire fort intéressant sur la médication arsenicale : j*en extrais quelques passages oh sont consignées des indications essentiellement pratiques.
(J'employai, dit M. Fremy, Vacide arsénieux en solution dans une grande quantité d'eau et selon la formule de M. Boudin, qui m'a été communiquée par M. Vial, pharmacien en chef de l'hôpital du Roule. Voici la formule telle qu'elle est préparée à l'hôpiUl :
Acide arsénieux. 5 grammes.
Eaa distillée 5000 -~
Mettez Tacide arsénieux et l>aa dans une capsule de porcelaine et faites bouillir la liqueur, en Pagitant de temps en temps avec un tube de verre, jusqu'à ce que Tacidc soit entièrement dissous, ce qui arrive après environ une heure d*ébullition ; laissez refroidir, flltrez et remplacez Teau qui s'est évaporée. Cette solutioo, mêlée avec son poids de vin blanc, est employée à la dose prescrite. Go fera attention, en l'ordonnant, que 100 grammes de liqueur contiennent presque exactement 5 centigrammes d'acide arsénieux.
La liqueur arsenicale demande à être administrée à dose aussi réfractée que possible. C'est la manière en gcnérafà laquelle la plupart des praticiens ont été forcés d'avoir recours. II est avantageux aussi de ne pas en continuer les doses un peu énergiques trop longtemps \ le médicament finit par produire une sorte d'intoxication qui ne va jamais jusqu'à compromettre la vie du malade, mais qui est nuisible à l'action du remède. Il est également de la plus haute importance d'essayer la susceptibilité des organes digestifs du malade. Tel fébricitant va supporter avec une facilité inimaginable des doses assez considérables d'acide arsénieux (M. le professeur Furster,à Montpellier, donna par erreur 0, 8 et jusqu'à 12 centigrammes d'acide arsénieux à des malades qui n'éprouvèrent aucune espèce d'accident, et qui furent radi-
APPEGTIOlfS INTERMITTENTES PÉRIODIQUES. iftO
calemeot guéris), tandis que d*autres malades ne peuvent en supporter à peine 20 milligrammes en liqueur. Dans ces cas, il est prudent de ne pas insister ; il faut alors fractionner la dose, qui, de toute manière, doit être la môme, et au besoin arrivera faire prendre cette quantité en lavement. Prise de cette façon, la liqueur arsenicale réussit presque aussi bien que lorsqu'elle est absorbée par les voies supérieures.
La dose à laquelle je me suis définitivement arrêté d'une mar nière à peu près invariable, est celle de 25 grammes de liqueur arsenicale; ces 25grammescontiennent 25 milligrammes diacide arsénieux.
A l'hôpital, désirant être certain de l'administration du médicament, et par conséquent de son action, je faisais prendre cette même quantité en une seule fois et devant moi, a la visite du matin.
Je n'ai pas encore vu d'accès de fièvre, quelque fort qu'il fût, n'avoir pas été tout d'abord modifié après la première dose et complètement arrêté après la troisième.
Dans les fièvres intermittentes quotidiennes, jamais le malade ne conservait la fièvre plus de trois jours.
Dans les fièvres tierces, nous n'avons été témoin que du pre* niier accès.
Si je craignais de la part des organes digestifs une trop grande susceptibilité à l'action du médicament, je faisais alors diviser la dose de 25 milligrammes en deux fois, et si le malade venait encore à se plaindre d'inappétence, de coliques ou de malaise quelconque, je faisais administrer en une seule fois la liqueur, à la dose de 30 milligrammes, en lavement.
Rarement j'ai été obligé de dépasser cette dose; une seule fois un malade en prit, dans un cas de fièvre ancienne et réfractaire, tant par la bouche que par le rectum, une dose de 80 milligrammes. C'est avec la plus grande prudence que je suis arrivé, malgré les avis de M. Boudin , a administrer tout de suite la dose considérable de 25 milligrammes. Les succès que j'obtins dès le début furent moins brillants, parce que je commençai par une très faible quantité, celle de 10 milligrammes, dose insuffisante que je fus obligé do porter peu à peu à celle de 25 milligrammes.
Cette première manière d'agir (Hait préjudiciable au malade, dont la fièvre intermittente guérissait moins rapidement et qui restait plus longtemps à Thôpi-tal. Ceci m'explique aussi pourquoi un grand nombre de praticiens, désireux de remplacer le sulfate de quinine, ont échoué dans leurs tentatives en n'osant pas agir avec des doses convenables.
C*est en général ce qui a porté un certain discrédit i la valeur thérapeutique d'un médicament appelé, je l'espère, à rendre d'immenses services, quand les médecins auront un guide sûr pour le manier et pour l'employer d'une façon convenable.
Les malades sur lesquels j'ai fait ces observations étaient certainement dans des circonstances les plus défavorables : un très petit nombre avait la fièvre intermittente depuis peu de temps, la plupart avaient subi l'intluence de l'empoisonnement miasmatique depuis plus de cinq à six mois ; quelques-uns étaient affectés de fièvres intermittentes depuis plus d'une année •, un très grand nombre de ces fiévreux avaient été déjà traités par le sulfate de quinine, et il faut le dire pour prouver encore une fois la haute importance de la médication arsenicale, ces fièvres avaient résisté au médicament, pourtant spécifique, bien administré. Presque toutes avaient été modifiées par l'usage du sulfate de quinine, mais la plupart avaient persisté et présenté des récidives à trois, quatre et même six reprises différentes. Enfin, chez quelques-uns, j'ai trouvé une répugnance telle à prendre du sulfate de quinine, qu'ils déclarèrent préférer vivre avec leurs accès de fièvre plutôt que de subir l'influence réitérée de cette médication. Dans ces cas, notamment, la liqueur arsenicale m'a été d'un bien grand secours, car elle m'a permis de guérir des malades dont la santé était détruite et dont la vie pouvait être compromise.
Il est un écueil contre lequel je craignais de voir échouer la médication arsenicale. Lorsque les fièvres intermittentes ont duré longtemps, elles finissent par produire une cachexie paludéenne, sorte d'état chloro-anémique, caractérisé par la pâleur et la décoloration des tissus, par une altération profonde du sang, par de la bouOissure et des épanchements séreux dans le ventre et dans la poitrine, par des engorgements énormes du foie et particulièrement de la rate. Le quinquina, sans faire dis^