‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 81 sur 96 · NÉVRALGIE SGIATIQUE, — FÉM0R0-DOR8ALE · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE SGIATIQUE, — FÉM0R0-DOR8ALE

leurs vives, j'annonçai à la patiente que j'allais la faire marcher et lui ordonnai de se lever. Comme elle se récriait beaucoup sur Timpossibilité d'exécuter mon ordre, je Tenlevai brusquement de son lit et la posai debout sur le plancher. Mais le doute étant plus fort que la volonté, elle refusa obstinément de s'appuyer sur le membre malade et même de lui imprimer quelques mouvements spontanés. Je n'insistai pas et prescrivis aussitôt le traitement suivant :

1** Suppression de tout appareil susceptible d'entraver les mouvements du membre. Les couvertures ayant même l'inconvénient de maintenir la rotation vicieuse en pressant le pied, un vaste cerceau les soulèvera au niveau de la jambe.

2"" Matin et soir imprimer à toutes les articulations du membre malade des mouvements lents, très ménagés, d'une étendue progressive, en ^'arrêtant dès que des douleurs un peu vives s'éveilleraient, faire alterner ces mouvements avec des frictions et une sorte de massage des jointures.

3' La malade est engagée à exécuter elle-même ces mouvements à plu* sieurs reprises et surtout à ramener et à tenir le plus possible la pointe du pied en dehors.

4° Tous les jours 2 grammes d'extrait de quinquina et un paquet de sous-carbonate de fer associé à la rhubarbe et à la cannelle ; régime tonique^ viandes rôties (aucun traitement interne n'avait été prescrit jusqu'à ce jour).

5"* Tous les matins affusion froide générale avec douche en jet assez énei^que dirigée pendant quelques secondes sur le bassin, la partie inférieure de la paroi abdominale, la hanche et le genou du côté affecté.

Je vis la malade le lendemain une demi-heure après la douche. La réaction était vive, le visage fortement coloré, la peau moite et chaude. Il y avait une céphalalgie assez prononcée et surtout une répugnance notable pour le moyen énergique mis en usage. Du reste, aucune aggravation des douleurs locales. Je n'examinai pas le membre pour ne point interrompre la réaction. Tous ces phénomènes étaient entièrement dissipés deux ou trois heures après, et le soir l'état était très satisfaisant, les douleurs du membre avaient diminué.

Le lendemain nouvelle douche, nouvelle réaction avec céphalalgie passagère; nouvelle amélioration; le massage, les frictions, les mouvements artiûciels ne furent point exécutés pendant ces deux premiers jours.

La première douche avait été donnée le 12, la seconde le 13 ; à la visite du ili j'appris que la malade n'avait pasétéau bain : vers la pointe du jour, les règles, suspendues depuis trois mois, avaient fait leur apparition sans

causer la moindre souffrance; Tadministration du fer et du qQÎDqaiiu fut seule continuée. Les douleurs du membre avaient beaucoup dimh nué. La malade fut levée dans la journée; elle resta deuxlieures assise sur un fauteuil.

L'écoulement menstruel, peu abondant du reste, cessa au bout de vingtquatre heures.

Lorsque j'examinai le membre le 16 janvier, je constatai les changements les plus favorables. L'articulation coxo-fémorale avait repris sa mobilité presque complète ; la pression sur les points douloureux se faisait presque impunément ; la flexion du genou poussée très loin était possible, mais cependant assez pénible; le membre était faible, les mouvements volontaires peu étendus et peu énergiques ; à partir de ce jour toutefois la malade marcha avec des béquilles et six à sept jours après elle put roème abandonner ce support.

Je ne crois pas utile de poursuivre jour par jour cette observation dont je vais résumer seulement les phases ultérieures. Les douches furent reprises, la patiente, tout en s*en plaignant un |)eu, les supportait en soinoie fort aisément ; elles furent cependant suspendues encore une fois à cause de Tappaiition des règles pendant quelque temps dans les derniers joort de janvier.

Le membre reprenait tons les jours de la force, cependant il était encore le siège de douleurs vagues, non plus dans l'articulation coxofémorale, mais dans le cou-de-pied et dans le genou. Cette dcniicre région explorée à diverses reprises ne présentait néanmoins aucune lésion appréciable. Ces douleurs erratiques reparurent également au niveau de la crête iliaque, puis dans le genou et dans le pied du cùté opposé. La malade se levait toute la journée et marchait sans cesse ; cependant, ciuninr elle boitait notablement, surtont à cause de la faiblesse du genou, je fis appliquer une longue genouillère dextrinée qui n*était maintenue que pendant le jour et qu'on enlevait la nuit et au moment de la douche. Vjc moyen dont j'ai déjà constaté l'efficacité dans des douleurs de la hanche elle-inême, produisit l'effet désiré, c'est-à-dire que la progression devint dès lors très facile ; elle s'elTectuait, bien entendu, comme dans les cas d'ankylose rectilignc du genou.

La continuaiion de la médication tonique, interne et externe, la cessation du séjour au lit agirent de la manière la plus prompte et la plus satisfaisante sur l'état général. Los sym))t()mes de chlorose disparurent comme par enchantement et au bout d'un mois la jeune fille avait rY*pri< les attributs de la plus florissante santé. Je n'ai jamais >n de résultat \^o> décisif^

NÉVKALGIE SCIATIQl'F. — FÉMOHO-DORSALK. 217

Le 10 mars la malade demanda à retourner dans son pays. Je fis constater à M. Malgaigne le rétablissement complet et intégral des fonctions de la hanche; mais en revanche la faiblesse persistante du genou ayant appelé notre attention, nous reconnûmes Texistence d'une légère hydaribrose que nous n'avions jamais aperçue malgré des examens répétés. Cet épanchement datait probablement de 'peu de jours, nous ne le jugeâmes pas assez important pour retenir la malade et pour différer son départ pour la campagne où sans doute tout disparaîtra spontanément.

Tout bien pesé, cette petite complication ne m*empéche pas de regarder ce cas comme une guérison complète de la maladie principale. J*ai engagé la malade à continuer les ferrugineux, à ne pas fatiguer outre mesure son membre, et à faire usage de sa genouiliière pendant quelque temps encore.

J*ai donné beaucoup d'extension à celte observation, parce que si l'existence des névralgies articulaires simulant les arthrites n'est plus contestable, nous n'avons pas encore tous les éléments nécessaires pour arriver toujours et facilement à un diagnostic précis. Cette question du diagnostic est pourtant ici d'une importance majeure, car elle influe très directement sur le traitement. .En efTet, le peu de résultat des premiers moyens mis en usage dans le cas actuel, et en regard l'efficacité soudaine d'une thérapeutique tout opposée, montrent combien l'erreur peut être préjudiciable, et quelles suites fâcheuses auraient pu avoir la continuation du repos absolu, des révulsifs locaux et des débilitants généraux. Faire marcher au bout de trois jours une malade maintenue au lit depuis près de quatre mois, ramener avec deux douches les règles suspendues depuis un temps égal, paraîtraient autant de miracles invraisemblables dans le cas de lésion organique, tandis que l'histoire des névroses fourmille de prodiges semblables, quand la nature du mal a été bien appréciée. Les circonstances principales qui m'ont conduit ici à un diagnostic, du reste facile, sont: l'âge de la malade, l'aménorrhée, l'apparition des douleurs de la hanche après la suppression des épistaxis, les attaques d'hystérie antécédentes, l'existence de divers points douloureux, et surtout la sensibilité au niveau de l'ovaire correspondant, puis l'état chlorotique, enfin l'absence de contraction réelle et de roidcur véritable dans l'articulation elle-même, f^ traitement, que rien ne contre- indiquait, devait d'ailleurs me servir de pierre de touche; mais je dois dire que ran<ilyse des phénomènes et de la marche du mal m'avait convaincu, avant même la confirmation de la thérapeutique. Je noterai que, dans le cas actuel, la contracture était beaucoup moins prononcée que cela ne s'observe en certains cas analogues, et que je ne l'ai observé moi-même chez une jeune

fille hystérique à un très haut degré, et que j'ai traitée Tan dernier, à l'Hôtel-Dieu, avec succès. La maladie d'Emestine s'âoigne donc asseï sensiblement de la coxalgie dite hystérique, pour se rapprocher des névralgies articulaires, bien indiquées par Brodie, et qui sont beanooap plus communes qu'on ne le pense. Le plus ou moins de sensibilité et de contraction spasmodique des muscles pehi-trochantériens, ne constitue cependant que des degrés variables d'une môme affection qui est essentiellement caractérisée par des troubles dans l'innervation sensitive et motrice, et dans laquelle l'inflammation articulaire ne paraît jouer qu'un rôle tout à fait secondaire. Peut-on regarder ces faits comme des cas d'arthrite très légère on d'arthrite chronique à marche lente? doiMo craindre que, après une durée plus longue, les troubles fonctionnels n'amènent des lésions anatomiques profondes, de véritables coxalgies inflammatoires? Ces questions sont diflBciles à résoudre dans le moment actuel, faute d'observations suffisantes. Si l'on se contente de juger par analogie, on n'a guère à craindre de terminaison grave, les névroses douloureuses pouvant durer un temps infini sans altérer la structure des parties sur lesquelles elles sévissent ; cependant l'immobilité prolongée ï hiquelle les malades sont condamnés, peut, surtout dans le jeune âge, amener l'atrophie du membre ; elle est, dans tous les cas, fort nuisible au développement et à la santé générale. (Verneuil.)

J. Frank a encore établi le diagnostic différentiel entre la rachialgie lombaire et la sciatique, et c'est avec raison ; car cette racbialgic gêne la marche, produit de la claudication, provoque secondairement des douleurs sciatiques, et peut être une cause d'erreur. C^est ainsi qu'une religieuse a supporté pendant trenteneuf ans tous les traitements imaginables dirigés sur le nerf seiatique et ses dépendances, pour une névralgie dont le point de départ était dans l'extrémité de la moelle et les plexus lombaire et sacré. Dans ce cas, les douleurs sciatiques fixées plus particulièrement sur le muscle gauche, mais qui avaient aussi envahi le membre droit, auraient dû éclairer le diagnostic, faire soupçonner que la cause première du mal n'existait pas dans les nerfs sciatiques eux-mêmes, et qu'il fallait diriger le traitement local sur la région sacrée, comme il a été fait dans la médication hydrothérapique suivie plus tard à Bellevue, et qui a été couronnée de succès (1).

(1) Journal médical le Pro^rè^, 18 nurs 1859*

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J*appelle enfin Tatlention sur les névralgies articulaires hystériques, qui causent quelquefois une claudication analogue à celle qui accompagne la sciatique. Dans cette circonstance Terreur du diagnostic peut être double et porter sur la nature delà douleur et sur celle de la pseudo-paralysie. — Une jeune malade, traitée par M. le docteur Boinet, dans une maison religieuse, se plaignait à la fois et de douleurs articulaires et de Timpossibilité de marcher. Il n*y avait aucun signe général ou local de rhumatisme articulaire; la sensibilité du membre était conservée; mais comme la malade présentait des signes non douteux d'hystérie, et comme d'autre part il n^est pas sans exemple de rencontrer une paralysie essentielle hystérique des muscles dans laquelle la sensibilité reste normale, je convins avec M. Boinet qui m'avait fait appeler, d'essayer du courant électrique porté sur les couches profondes, les électrodes étant pourvus d^éponges. Ce traitement rendit la marche plus facile ; mais ce fut surtout en diminuant l'acuité des douleurs névralgiques articulaires qui, dans ce cas, produisent la claudication. La malade ne traînait d'ailleurs pas sa jambe dans son ensemble, comme cela se constate môme dans les cas de paralysie hystérique, elle marchait sur la pointe du pied, les articulations fléchissant sous le poids du corps, quand le point d'appui se prenait sur le membre malade. Ces douleurs articulaires hystériques pourraient donc induire en erreur, en raison de la claudication, mais l'état hystérique du sujet et l'absence de douleurs à la pression, sur les points d'élection propres à la sciatique éclaireront le diagnostic.

Jedevrais également, avant de terminer ce paragraphe, étabHr les signes propres a faire reconnaître la paralysie qui succède quelquefois à certaines névralgies chroniques, maiscette distinction trouvera plus naturellement sa place quand je traiterai des paralysies en général.

Traitement. — Le traitement de la sciatique ne peut être efficace qu'à la condition d'être basé sur une connaissance précise, non-seulement de la névralgie, mais aussi de sa cause, de son point départ. Je viens d'insister sur les signes propres à la faire distinguer de toutes les affections qui s'en rapprochent par quelques symptômes communs^ il me reste, tout en for-

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mulanl la médicalion, à fixer l*altention sur la nature de U maladie.

La sciatiquc peut avoir pour prédisposition, pour cause première, une dialhèse goutteuse, rhumatismale, nerveuse, syphilitique, ou certaines maladies organiques, ou certaines névralgies des centres et des plexus nerveux qui, par extension, gagnent le tronc sciatique et ses divisions. La diathèse goutteuse se manifeste le plus souvent par une constitution pléthorique, par un excès d*urates ou de phosphates dans les urines, par des douleurs et des gonflements articulaires passagers aux gros orteils, aux genoux, aux cous-de-pieds, aux doigts des mains, par des tophus, le tout enté le plus souvent sur des prédispositions héréditaires. On conseillera aux malades, dans ce cas, l'usage des eaux alcalines en boisson et en bain, une nourriture moins azotée, une cure aux thermes de Néris, et si déjà il y a complication de gravelle urique, à ceux de Vichy, d'Ems, de Carlshad, de Fougues. Si la gravelle esl phosphatique, on choisira de préférence les eaux stimulantes de Bonrbonne, de Wiesbadcn ; si Ton flotte incertain sur la nature goutteuse ou rhumatismale des douleurs, on soumettra le malade, comme pierre de touche, au traitement des bains sulfureux. En cas de diathèse goutteuse, il y aura aggravation dans les douleurs, et Ton s*en tiendra aux eaux alcalines en bains, douches chaudes et froides : on opérera une révulsion sur le tube digestif par des purgatifs , et Ton appliquera, loco dolentiy le traitement commun aux diverse:) sciatiques.

Si la névralgie se manifeste chez des sujets aflectés antérieurement de rhumatisme articulaire, qui soient actuellement sous le coup de douleurs métastatiques se localisant tantôt sur les grandes articulations, tantôt sur de larges surfaces musculaire^, aux cuisses, aux jambes, on enverra ces malades aux source< sulfureuses d'Aix en Savoie , de Bagnères-de-Luchon ; on aura recours a Thydrothérapie, la douche froide étant précédée d'une sudation, suivant la méthode suivie avec succès a rétablissement de Bellevue que je dirige; enfin on choisira les purgatifs parmi les préparations de colchique.

Si la sciatique est sous la dépendance d'un état nen'eu\

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général, prédisposant le sujet à des névralgies, et si des symp* tomes de chlorose, d'hystérie, de dyspepsie prédominent, on abaissera Téréthisme nerveux en modifiant les qualités du sang; et le fer, les amers, la pepsine, les préparations arsenicales, lo séjour aux eaux de Spa, de Vichy, de Plombières, feront la base du traitement.

Si la sciatique se montre chez des individus antérieurement affectés de syphilis, qui ont été incomplètement traités, ou dont la constitution s*est montrée rebelle à l'action des mcrcuriaux simples ou combinés avec Tiode ; on conseillera les eaux de Uagnères-de-Luchon, de Loôclie, de Wiesbaden, et même les eaux bromo-iodurées de Heilbrunn ; et si la crise thermale justifie l*hypothèse d'une diathèse syphilitique, on profitera de cette perturbation humorale, pour revenir aux traitements spécifiques. Si la sciatique est due à des altérations organiques produites elles-mêmes par des vices diathésiques, on ne s^abusera pas sur l'efficacité des topiques locaux, on se gardera de martyriser les malades par des exutoires; et si Ton tente quelques moyens, c'est vers la naissance du plexus sacré, ou sur les régions profondes du bassin qu'on dirigera le traitement. Enfin, dans les sciatiques, résultats secondaires de l'état de grossesse, de névromes, on saura ou temporiser, ou extirper la cause matérielle de la névralgie. On ajoutera a la médication la plus propre à modifier lesétats diathésiques devenus constitutionnels, le traitement antinévralgique, (ant à l'aide des calmants généraux qu'au moyen des révulsifs locaux. Des potions et des pilules contenant des sels de morphine, des extraits d'opium, de belladone et d'aconit seront ordonnées.

Parmi les traitements locaux, le vésicatoire tiendra la première place, attendu qu'il agit et comme révulsif hyposthénisant du système nerveux, et comme exutoire provoquant au dehors l'afHux d'une surabondante sérosité, enfin comme voie d'absorption aux sels de morphine. Le vésicatoire par ses dimensions, j)ar ses formes, se prêle d'ailleurs merveilleusement aux besoins de la médication, et permet de poursuivre la douleur sur tout le trajet des divisions nerveuses.

Après avoir établi le vésicatoire au moyen de la pommade can-

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tharidée, ou mieux, par Tapplicalion deFammoiiiaque concentrée, ou d^une pommade ammoniacale bien forte, on enlève l'épiderme formant bulle, et on panse avec du cérat simple ou du beurre mêlé d*un peu de pommade épispastique, sur lesquels on a étendu la dose de morphine nécessaire. Cette dose peut être essayée d*abord à 5 centigrammes ; si cela ne suffit pas, on la double au bout de douze heures^ et on continue le lendemain, à panser pour vingtquatre heures avec 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine. Un ou deux jours ne se passent guère sans que la névralgie soit éteinte, de telle sorte que le malade ne peut plus dire s^il souffre de son ancien mal, ou de celui que lui cause Texutoire. Cest le moment de s'arrêter, de panser à plat tout simplement avec du cérat et en diminuant la dose de la morphine. Au bout de quatre jours à peu près, le vésicatoire est gue?ri et le point douloureux a disparu. Si la sciatique subsiste dans quelques parties inférieures ou même supérieures, comme cela arrive très souvent, on fait pour le point douloureux le plus sensible ce qu*on avait déjà fait à l'égard du premier. On continue de la même manière, en choisissant toujours l'endroit connu où le nerf endolori est le plus superficiel, et en ayant soin de panser brusquement et immédiatement le vésicatoire avec une dose de morphine suffisante pour que l'effet général se fasse bientôt sentir. J'ai été obligé souvent de mettre successivement deux vésicatoires, rarement trois, jamais plus de quatre. Quand il y a nécessité démontrée de répéter ce moyen, je fais mettre le second ou le troisième, justement au moment où la surface des précédents ne me paraît plus convenable pour une active absorption, soit parce qu'elle est couverte de fausses membranes trop denses et trop vivaces, soit parce qu'elle est trop irritée.

Ici, comme aux bras, je dois prévenir qu'on peut assez long^ temps utiliser les vésicatoires en les couvrant pendant douze heures d'un cataplasme émollient mis à nu. Ce moyen a l'avantage ou de faire tomber les fausses membranes humectées et ramollies, ou de calmer l'irritation locale. On peut ainsi continuer plusieurs jours utilement le pansement à la morphine, fo ayant l'attention de placer cette poudre sur la plaie du vésicitoire ravivé, et de recouvrir le tout d'un nouveau cataplasme

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émollient. La morphine alors absorbée arec activité retrouve toute sa puissance. Je dois dire que je préfère ce moyen a l'ou* verture d*un nouveau vésicatoire, toutes les fois qu*il n'existe pas sur le trajet du nerf sciatique d*autre point endolori bien caractérisé, toutes les fois qu*il faudrait placer ce vésicatoire nouveau sur le pied ou aux environs des malléoles, toutes les fois enfin que la sensibilité de la surface vésicante préalablement établie ne me fait pas une loi d'humanité de transporter ailleurs mes moyens d'action.

Les points sur lesquels il m'a toujours semblé plus utile d'agir ainsi sont: tout le trajet du nerf sciatique en arrière de la cuisse, depuis le pli de la fesse jusqu^à un travers demain au-dessus de l'espace poplité, la région de la tête du péroné, la partie inférieure et externe du mollet, la fesse près du sacrum, ou même encore plus haut, et près des vertèbres lombaires inférieures, enfin le dos du pied. Je dois prévenir cependant que j'évite le plus possible cette dernière région, à cause de la facilité avec laquelle y surviennent certains œdèmes érysipélateux, et en raison de la lenteur de la cicatrisation ; j'évite autant que possible aussi la région fessière, à cause de la difficulté d'y maintenir les pièces de pansement, et de l'incommodité à s'asseoir ou à se coucher qui efi résulte pour le malade.

J'ai vu ce traitement réussir, sans que la maladie ait éprouvé les efiets généraux de la morphine ; mais je dois dire que la guérison ne m'a jamais paru plus certaine que quand ces effets ont été portés jusqu'à un certain degré. Des vertiges éprouvés quelques minutes après le pansement, de la douleur de tète, de la somnolence sans dormir, un malaise général inexplicable, des maux de cœur, des envies de vomir, des vomissements même quand le malade mange ou boit quelque chose, ou même aussitôt qu'il vient seulement à se remuer ou à se soulever, de la difficulté à uriner, des démangeaisons à la peau, sont les symptômes qui annoncent l'absorption rapide de la morphine ; ils durent plus ou moins longtemps, depuis quelques heures jusqu'à un ou deux jours, selon la dose absorbée et la susceptibilité du sujet. Alors, suivant l'intensité des symptômes et suivant l'ciïet obtenu^ on suspend Tadmimstration du médicament^

22i MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l' E3LCITAT10II «ERVECSE.

OU on en diminue la quanlité. Dans les sciatiques intenses, je Liens pendant deux ou trois jours les malades dans cet état de narcolismc; dans les sciatiques légères, il suffit que le narcotisme ait été bien éprouvé pour que Taclion thérapeutique soit complète ; la guérison ne tarde pas à s'ensuivre.

Je dois prévenir d'ailleurs que la sensibilité de^ sujets vis-à-vis de ce poison est bien diverse. J'en ai vu qui n'éprouvaient presque rien a 15 centigrammes de morphine, et d'autres que 5 ou mOmc 3 centigrammes de la môme substance jetaient au bout de peu de minutes dans l'état denarcotismedont j'ai parlé. Plus les sujets ont de sensibilité nerveuse habituelle, et plus ils sont impressionnés, excepté dans certaines hystéries exceptionnelles, par la morphine ainsi administrée. Les hommes à gros muscles, qu'il faut écorcher pour les chatouiller^ ont besoin au contraire qu'on force les doses.

Ce que j'ai dit des diverses régions où l'on peut avec ulililé appliquer ces vésicatoires, correspond manifestement aux diverses parties du nerf sciatique qui donnent siège au mal, depuis son départ au bas de la moelle épinière jusqu'à sa distribution dans les orteils. De quelque nom qu'on l'appelle, où qu'il passe et se distribue, c'est toujours le même nerf, et, en cas de névralgie, la môme maladie, qu'il faut poursuivre par le môme moyen. Je ne dis rien du mode de traitement de Cotugno, par les visicaloires simples indéfiniment multipliés et renouvelés sur tout le trajet du nerf, parce qu'elle résulte théoriquement de loi»»nion qu'on avait d'une goutte acre qu'il fallait soutirer; parce que pratiquement elle est beaucoup moins sûre, moins prompte que celle dont j'ai parlé; parce que surtout elle est beaucoup plus désagréable pour les malades. L'espèce de résun^ction^ fk fixité mcl/iodifjue^ (V ampleur théorique Ql pratique que Valleix lui a donnée, n'a pu m'entrainer dans son parti. L'expérience que j'en ai faite ne m'a pas satisfait au point de préférer ce procédé à celui que je viens d'exposer longuement. Dans le ca> i<i le malade réclamerait un soulagement plus prompt que ne peut le procurer le véàicatoire, on aurait recours aux injections soufcutanées de sulfate de morphine ou d'atropine, suivant la oh*tliode du docteur VVood.

NÉVRALGIE SCUTIQUE. — FÉMORO- DORSALE. 225

Il est quelquefois ulile, surtout au début dçs sciatiques produites par des refroidissements et compliquées d'inflammation, d'appliquer des ventouses scarifiées. Ces évacuations sanguines locales semblent préparer Faction des autres moyens et les rendre plus eflicaces. Mais, quel que soit le traitement employé, il importe de recommander aux malades le repos absolu au moins pendant quelques jours : bien des médications ont échoué parce qu^on n'avait pas tenu la main à l'exécution de cette prescription.

Le cautère actuel, ou la cautérisation transcurrente à l'aide d'un fer cutellaire chauflé à blanc a été conseillée surtout par M. Jobert. J*ai vu deux malades tourmentés par une sciatique chronique rebelle à tout traitement, ainsi cautérisés superficiel* Icment par M. Nonat, à la Charité, obtenir un soulagement marqué, puis après plusieurs opérations de même nature, une guérison définitive; mais j'ai vu un plus grand nombre de malades dans les mêmes salles et dans celles de M. Rayer, n'en retirer en définitive aucun profit.

L'usage de l'huile essentielle de térébenthine a joui d'un moment de faveur dans le traitement de la sciatique. Cheyne et F. Home en ont vanté les effets en Angleterre, Récamier et Martinet en France.

Les huiles essentielles en général, et celle de térébenthine en particulier, appliquées sur lapeau, y produisent une très vive excitation, une action révulsive énergique. —Je me rends compte de l'efficacité du liniment térébenthine conseillé par Martinet, ainsi que de l'opiat qu'il fait prendre a l'intérieur, en raison des troubles digestifs qui suivent son administration. L'action irritante de la térébenthine sur le tégument et sur la muqueuse digestive doit modifier l'Iiyperesthésie localisée dans quelques troncs nerveux; mais je refuse à cette répugnante médication les vertus spéciales qu'on lui a prêtées.

Le courant électrique est encore un excitant dont on peut user avec avantage dans les sciatiques rebelles, à la condition cependant de subordonner sa puissance et ses effets physiologiques à la période de la maladie. Ainsi, quand le phénomène douleur conserve encore toute son acuité, c'est au courant II. 45 •

SS6 MALADtEd IHnSS A tNB AdGMENtATtON DE L^EXCtTAtfOM NERVEt$£.

électrique hyposthénisant qu'il faut avoir recours. Dans ce cas, un des électrodes portant une éponge est placé à It naissance du nerf sciatique, tandis que Tautre électrode armé d*un pinceau métallique est promené sur les régions douloureuses, réiectricilé étant d'ailleurs élevée à son maximum, au point de provoquer une douleur intolérable. Lorsqu'au contraire la période aiguë est passée, et que los douleurs sont moins iiu tenscs, mais que Tatrophie musculaire et la paralysie condamnent le malade à Timmobilité, il faut transmettre le courant électrique à Taide d*électrodes pourvus d*éponges, et agir plus spécialement sur la motilité. L'observation que j'ai citée plus haut et dans laquelle l'électricité a rendu a la malade Tusage de son membre, est un exemple des bons résultats qu'on peut attendre de réiectricité prudemment et méthodiquement employée. Abordons maintenant un mode de traitement qui jouit depub quelques années d'une faveur parfaitement méritée : je veux parler de l'hydrothérapie, dont je constate journellement les merveilleux effets à rétablissement de Bellevue, dans le traitement des névroses, en général, et des névralgies en particulier^. Nous ignorons quels phénomènes morbides se produisent dans les nerfs périphériques dont la peau est si abondamment pourvue, quand celle-ci est brusquement troublée dans une de se< fonctions principales, quand le froid, par exemple, vient interrompre tout a coup une abondante transpiration ; mais nous ne pouvons douter qu'à ces perturbations fonctionnelles ne succèdent, suivant les cas, lorsque la réaction ne peut se faire, ou de ranesthésie,ou de l'hyperesthésie, des paralysies ou des névralgies, et, pour rester dans les limites du sujet qui nous occupe, nous savons que l'hyperesthésie ou la névralgie est souvent la conséquence d'une interruption soudaine dans la transpiration cutanée. Laissant de côté toutes les explications hypothétiquti' du phénomène, nous en tenant au fait brut de la névralgie produite par Taction d'un refroidissement prolongé, nous pouvons jusqu'à un certain point comprendre l'utilité des agents capable? d'exciler de vives modifications dans les fonctions de la peau. e( do réagir sur le système nerveux morbidement affecté. Et quel> agents pourraient avoir une action plus énergique que Teaumise

MtVRALfilB SCtATiQim. — PÉMOIIO-IMHISALS. S27

un court instant, en contact avec le tégument externe, sous toutes les formes et à tous les degrés de température? quel traitement peut être plus physiologique, plus rationnel, que celui qui s'adresse spécialement à l'appareil dont les fontions perverties ont été la cause première de la maladie?

Je pourrais extraire des traités et des journaux spéciaux^ de nombreux exemples des névralgies guéries par la médication hydrique, et en ce qui concerne la sciatique, des faits qui prouveraient qu'elle est un des plus sûrs moyens d'en obtenir la cure radicale. L'hydrothérapie, en eiïet, en même temps qu'elle remédie à l'aiïection locale, améliore la santé générale, aide i la reconstitution du sujet et le met aussi à l'abri de nouvelles récidives. Mon prédécesseur le docteur Fleury, MM. les docteurs Tartivel. Becquerel, Chautard (de Vendôme), ont publié des observations de sciatiques rebelles à toutes les autres médications, et dont l'hydrothérapie a triomphé. J'ai constaté moi-même de pareilles guérisons dans mon établissement hydrothérapique, et trois malades entre autres Font récemment quitté, complètement délivrés de douleurs sciatiques chroniques qui avaient résisté aux médications les plus varices.

Pour ces trois malades, le traitement hydrothérapique avait été réglé de la manière suivante. Pendant une semaine et deux fois par jour, sudation suivie d'une douche en pluie et en jets ; pendant une seconde semaine, douches alternativement chaudes et froides; enGn, pendant quinze jours, douches froides, le jet étant d'ailleurs toujours plus spécialement dirigé sur la région

affectée.

Le traitement hydrothérapique triomphe surtout des névralgies sciatiques rhumatismales, et nul doute qu'il compterait des guérisons aussi nombreuses que variées, si l'on y soumettait les malades, non pas comme on le fait trop généralement, après avoir tssayé de tout, mais au début de la maladie.

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