‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 83 sur 96 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

La maladie qu'on désigne en général par ce nom a été prèssentie par Hoffmann et par Morgagni, qui n'y voyaient que des asthmes; elle a été observée par Rougnon en 1768, et décrite soigneusement par Heberden en 1772. On s'est fait sur sa nature des idées bien différentes : ainsi Heberden et Hamillon y ont vu un état spasmodique vaguement déterminé ; Rougnon et Baumes, l'ossification des cartilages des côtes; Fothergîll et Black, une accumulation de graisse sur le péricarde et le cœur ; Jenner, Parry, Kreysig, J. Frank, l'ossification des artères coronaires ; Elsner et Buttler, une affection goutteuse des organes thoraciques ; Darwin, un spasme du diaphragme et des muscles de la respiration ; Brera, une paralysie momentanée du cœur gêné par le foie tuméfié; Jurine, une affection des nerfs pulmonaires ; Macquery, une affection goutteuse de l'estomac; M. Desportes, une névralgie des plexus pulmonaire et cardiaque; Bell, une lésion du système nerveux des muscles de la respiration ; Laennec, une névralgie du cœur; Testa, Hogdson, Bertin, MM. Bouillaud et

Rostan, une lésion organique quelconque du cœur ou des gros vaisseaux; M. Gintrac et après lui M. Corrigan, une aorlite; M. Piorry, une névralgie brachio-lhoracique ; enfin M. Larligue (1) croit que, si, dans quelques cas, Tangine de poitrine est une affection purenient nerveuse, elle est le plus souvent sous la dépendance d'une affection chronique de Taorte, et il en place le siège dans les nerfs cardiaques; toutes ces opinions sont, comme on voit, fort différentes, mais on trouve néanmoins entre elles des affinités très remarquables au point de vue de li névralgie.

Les auteurs les plus compétents et les plus nombreux ont, en effet y considéré Tangine de poitrine comme une aflection nerveuse; d'autres, il est vrai, Tout attribuée à des lésions matérielles, parce qu'ils les ont constatées à Tautopsie; mais il aoiis semble qu'il n'est pas impossible de les mettre d'accord. Ne doit-on pas penser en effet, que quelques-unes de ces altérations matérielles, l'ossification des cartilages, l'ossification des arlèrps coronaires, la graisse accumulée, ont été de simples et insiffnifîantes coïncidences? Que les lésions quelconques du cœur ou des gros vaisseaux ont été seulement des causes prédisposantes? ou plus souvent encore, comme j'en ai vu un exemple remarquable, une conséquence de la maladie nerveuse préexistante!

Un homme de cinquante et quelques années, à qui je donnai) des soins habituels, était affecté d'une angine de poitrine des mieux caractérisées. Il était pris par moments et sous rinfliienrt de la moindre cause, d'étouffements douloureux, avec angoissa précordiale, etc. Fendant plus d'un an toutes les manifestatioas du mal se bornèrent là; mais au bout de ce temps, un bruitde souffle de plus en plus tnarqué se fit entendre à la base du cœur, immédiatement après le premier temps. Puis après une journée passée tranquillement à la campagne, ce malade nuMirut brusquement, en quelques minutes, sans qu'on put le secourir.

Enfin n'est-on pas autorisé, quand il s'agit d'une maladie ju^ qu'à présent si peu connue, a se demander si les auteurs cite»

(I) l^ligue, Dt r angine de poUrinê, 1846, p. ICI.

plus haut onl tous voulu parler de la même chose? si Ton n'a p^s créé une maladie avec des éléments insuffisants?

Pour moi, je n^entends pas faire entrer de gré ou de force dans les névralgies toutes les angines de poitrine mentionnées dans les auteurs, mais je suis fermement convaincu qu*un cer* tain nombre d'entre elles ne sont pas autre chose ; c'est à cellesci exclusivement que cet article est consacré. Je n'hésite pas, par exemple, à considérer comme telles les quatre cas qui ont été publiés par M. Bouchuldans la Revue médicale, décembrelS&l; le fait raconté par Téallier dans le Bulletin des travaux du cercle médical de Paris, septembre et octobre 1826; les deux faits consignés par Valleix dans son Traité des névralgies.

Cette angine névralgique est une des névralgies les plus douloureuses; elle étouffe les malades en même temps qu'elle les torture au dedans comme au dehors de la poitrine. L'anxiété est alors bientôt portée à son comble, et il est difficile de dire ce qui est le plus pénible de la suffocation à laquelle le patient se sent en proie, ou de la douleur perçante, déchirante, profonde, dont il est saisi. Cette névralgie, en raison des parties qu'elle occupe, de la fonction qu'elle empêche, a sur toutes les autres le triste privilège, quand le soulagement n'arrive pas, de produire rapidement des accidents mortels. Ce n'est pas par la névralgie elle-même que la mort est alors causée, mais par l'asphyxie qui survient lorsque l'impossibilité de contracter le diaphragme et de mouvoir les côtes a duré quelque temps.

L'angine de poitrine me semble participer beaucoup de la forme et de la mutabilité habituelles des viscéralgies, dont nous nous occuperons tout à l'heure. Et lorsqu'on rencontre réuni cet ensemble de phénomènes : douleur piquante, déchirante, lancinante vers la région médiastine postérieure et surtout immédiatement au-dessus de l'épigastre et dans toute la base de la poitrine, impossibilité de respirer avec tous les phénomènes d'asphyxie qui s'ensuivent, conservation néanmoins de tous les bruits respiratoires dans les courtes inspirations et expirations qui peuvent se faire, enfin, résonnance normale de toutes les régions du thorax, on peut diagnostiquer la névralgie dans l'angine de poitrine, surtout si la douleur et toutes les conséquences qui

en naissent, se sont montrées l)rusquement, ont îmmédiatemeDt atteint leur maximum d'intensité, etprésenté ces rémissions, ces redoublements rapides qui sont le propre des névralgies ; surtout enfin, si le sujet affecté appartient par quelques liens de parenté, de conditions physiques ou morales, a la grande famille desnévropathiques.

Quant à la question de savoir si cette névralgie est purement cardiaque, ou pneumogastrique ou diaphragmatique. j'avoue que je ne donne pas grande importance à cette distinction. Les organes que ces nerfs animent, les fonctions qu'ils remplissent sont tellement dans une dépendance réciproque, que je crois inutile de les séparer. Les faits me démontrent partout, au contraire, la nécessité de rapprocher ou plutôt de fondre ensemble sous le nom de névralgie du plexus pulmonaire^ tout ce qui regarde l'étude pratique de cette maladie.

[ Je tiens seulement à bien établir que j'ai surtout en vue dans ce chapitre, Tangine de poitrine essentielle.

Comme l'a dit Jurine : a La manière dont se manifeste, se propage et se termine cette sensation angoissante, ses longs intervalles, l'influence qu'ont sur elle les passions de l'àme et le sommeil, ses effets sympathiques sur les extrémités inférieures, tout concourt à mettre dans la plus grande évidence sa nature essentiellement nerveuse, et à prouver qu'elle est purement spismodique.))

Sous le rapport des causes^ nous devons attribuer une importance considérable à Tàge avancé ; ainsi, sur un relève de quatrevingt-quatre malades, soixante-douze comptaient plus de. soixante ans révolus; il est vrai qu'on a compris dans cette statistique les angines symptomatiques, c'est-à-dire celles qui sont produites par des altérations organiques de l'appareil circulatoire, et non les angines plus spécialement névralgiques, dont la constitution bien plus que Tâge, règle la fréquence. Une marche forcée, ascendante et faite contre un vent froid et vif, en a quelquefois été la cause occasionnelle chez des sujets lymphatiques et nerveux; puis quand la maladie est constituée, les accès se développent sous b moindre influence, soit des intempéries, soit des passions.

J. Frank et Desportes ont insisté plus que tous les autres sur

ANGINK DE POITRINE. 238

les caractères qui distinguent Tasthme, Thypcrtrophie du cœur, la dilatation de la crosse de Taorte, la péricardite, de Tangine de poitrine. Ils établissent avec raison que dans Tasthme, les accès surviennent plutôt la nuit que le jour, et à l'occasion des altéra^ tiens produites dans les qualités de Tair, tandis que dans l'an* gine, les accès se montrent tout autant, sinon pi us fréquemment le jour que la nuit, et plus souvent au grand air que dans des réunions où l'atmosphère est chaude et étouffante. Les asthmatiques ont Yinspiration empêchée, sifflante, et l'expiration prompte, facile. Dans l'angine, la respiration est plus libre; le trouble fonctionnel prédominant est la douleur sternale. Sans douleur sternale, dit Jurine, il n'y a pas d'angine de poitrine. Cette douleur occupe la partie inférieure du sternum, s'étend vers le mamelon gauche, et se propage dans la direction des muscles pectoraux, et quelquefois dans le bras. L'hypertrophie du cœur, la dilatation delà crosse de l'aorte peuvent s'accompagner de douleurs sous-sternales, d'accès de suffocation, de conslriction dans le larynx ; mais dans ces cas, Fauscultation du cœur, de la crosse de l'aorte, l'état du pouls, la persistance des accidents dus à une gène notable dans la circulation ne laisseront pas longtemps l'observateur dans l'incertitude. La douleur de la péricardite aiguë peut s'étendre à l'épaule, mais elle est fixe, plus vive vers la région précordiale; elle est augmentée par la pression ; dans l'angine au contraire, le malade éprouve un certain soulagement à comprimer l'épigastre. On a d'ailleurs pour trancher un diagnostic douteux, tous les signes locaux de la péricardite.

Le pronostic de l'angine de poitrine est grave; la mort en est souvent la conséquence, quand elle est symptomatique d'une altération organique. Lorsqu'elle estplusessentiellementnerveuse, on peut, avec du temps et des soins, s'en rendre maître; cependant, même dans ce dernier cas, si le malade est déjà avancé en âge, si les accès se renouvellent fréquemment, on doit encore craindre une issue fatale.]

Le traitement varie suivant qu'on se propose ou de combattre lés accès, ou de les prévenir en s'attaquant aux causes de la maladie. Je conseille pendant l'accès : une potion composée d'un

excipient quelconque et de chlorhydrate de morphine i U dose de 10 centigrammes pour 125 grammes de liquide^ on en fenil prendre une cuillerée à café toutes les dix minutes ; des sinapi»mes promenés entre les épaules, le long de la colonne vertébrale; un emplâtre large et abondamment garni d*extraitde belladooe appliqué sur Tépigastre ; des révulsions énergiques sur toutes les parties extérieures, sur celles surtout que les antécédents, goutte, rhumatismes, névralgies erratiques, feront supposer plus capables de déplacer la maladie. Tels sont les moyens les plus raisonnables et les plus efficaces à employer. Du reste, il ne faut pas se dissimuler que la gône de la respiration peut amener uoe terminaison funeste, et par consé(|uent qu*on ne peut pas trop se hâter, d*une part, de bien remonter à la véritable source, au véritable siège du mal, et, d'autre part, d*y appliquer avec énergie et autorité tous les remèdes que Tart conseille.

[Les auteurs s'accordent à trouver utile l'ouverture de la veine pendant Taccès, j*en ai constaté moi-même les bons efîets; ei je citerai à ce sujet, comme une démonstration, Tobservatioa suivante insérée par M. le docteur Hervieux, dans VUnion médicale^ tome V, 1851, page 61à.

Le sujet de ceue observation est un homme de soixante ans en^iroo, ayant exercé autrefois la profession de menuisier, mais depuis quelques années ne se livrant plus à aucun travail. Deux passions favorites absorbent tous ses loisirs, celle du tabac et celle des alcooliques. Depuis b révolution de février 18^8 ces deux passions se sont exaltées, grâce k b fréquentation de jour en jour plus assidue des cabarets, où TenivreiDesi par la fumée des événements politiques servait de prétexte à renivremeac par les spiritueux. De pitis, notre homme fumait sans interruptioo ft n'abandonnait plus sa pipe que pour la table et le lit D'ailteors, joabsant d'une bonne constitution, il n'avait jamais éprouvé de lualidîes graves, et rien dans ses antécédents, dans sa santé actuelle, ne poo^ait faire prévoir les accidents effrayants dont il fut subitemeot attciot dav la nuit de Noël 18a8.

La journée n'avait pas été marquée par le plus léger dérangemeot dav les fonctions de notre malade. U avait dîné comme 4 Tordioaire, peutêtre un peu plus co;)ieusement ; mais aucun malaise préalable, aocoif douleur vague n'avait pu faire pressentir le mal dont il était menace. Ters

neuf heures du soir, il fut pris avec une rapidité presque foudroyante d*uo horrible sentiment de constriction dans la région du ccsur, qui, lui arrachant des cris forcenés, lui donna le sentiment de sa fin prochaine. Ses parents, justement alarmés, m*envoyèrent quérir, et à mon arrivée je le trouvai dans Tétat suivant :

Le malade était assis sur une chaise, les deux mains appuyées sur la région précordiale, comme pour prévenir le retour d*une des crises affreuses dont il avait ressenti Tatteinie. La respiration était précipitée, le pouls dur et fréquent, le visage empreint d*une expression profonde de souffrance et de terreur. L*angoisse si violente à laquelle il était en proie quelques instants auparavant n'existait plus. Mais la région précordjale était toujours le siège d'une douleur vive, s'irradient dans la direction de la région cervicale pour s'étendre de là dans le bras gauche. Les parties du bras gauche les plus douloureuses étaient le coude et le poignet.

Peu de temps après mon arrivée, la crise que le malade redoutait se manifesta, et je dus assister au spectacle vraiment effrayant des symptômes par lesquels elle se révéla à mon observation. C'était encore la même douleur siégeant dans le côté gauche de la poitrine, douleur atroce, déchirante, intolérable et donnant au patient la sensation d'un étau qui lui aurait broyé le cœur, puis s'irradiant dans le cou et le membre supérieur du même côic. Ajoutez à cela des cris lamentables, une expression de frayeur causée par la crainte de ne pouvoir résister à une pareille angoisse, de véritables accès de suffocation laissant après eux comme une impression de mort, et l'on n'aura qu'une idée bien imparfaite de la crise dont j'ai été témoin.

Un tel ensemble de symptômes ne pouvait appartenir qu'à la maladie désignée sous le nom d'angine de poitrine. Cependant, comme la confusion avec l'asthme et certaines maladies du cœur, non-seulement est possible, mais a été faite bien des fois, nous avons dû rechercher si Texamen des organes pectoraux ne nous donnerait pas l'explication de cette dyspnée, de celte angoisse dochirante, de ces phénomènes de suffocation. Or, s'il est vrai de dire que le pouls présentait une dureté et une fréquence insolites, que les battements du cœur étaient violents, précipités, que la main appliquée sur la région précordiale était repoussée par une impulsion très vive, il n'est pas moins vrai qu'il n'existait aucune matité au niveau de l'organe central de la circulation, que l'auscultation ne révélait dans le même point aucun bruit anormal, et que pareillement on ne percevait, dans toute l'étendue des poumons, aucun des signes physiques qui révèlent une lésion des organes respiratoires. Vu l'état du

pouls, je n*hésitai pas à pratiquer une large saignée qui fut instaouné* ment suivie d'un soulagement tel, que le malade, débarrassé comme d*oii poids énorme, se livra au sommeil et ne toucha môme pas à une potioi fortement éihérée que je lui avais prescrite.

Vers deux heures du matin, les accidents reparurent avec une intensité presque aussi grande que la première fois. Je fus appelé de nouveau, et, ne trouvant, malgré la saignée préalable, aucune modification dans Tétat du pouls, j'en pratiquai une seconde non moins large, non moins vigoureuse que la première. Outre la potion prescrite, j'ordonnai l'application d'un grand vésicatoire sur la partie de la poitrine où siégeait la douleur. Le môme soulagement s'ensuivit, et le malade, qui avait été chassé du lit par cette nouvelle attaque, put le reprendre et dormir encore jusqu'au matin.

Lorsque je le revis le 26, il n'avait conservé des crises de la nuit qoe le souvenir d'un danger imminent auquel il aurait, selon son expressios, échappé par miracle. Il me demanda des aliments, et je crus pouvoir lui accorder du bouillon au veau qu'il prit alteruiitivement avec une décoction de racine de valériane édulcorée avec le sirop d'étber.

Le soir du même jour, à sept heures environ, nouvelle crise, nouvelle saignée ; môme résultat que la nuit précédente. Enfin le 27, à cinq heom du matin, réapparition des mêmes accidents combattus de la môme manière et avec le même bonheur.

A dater de cette époque, décembre 18/!i8, jusqu'à ce jour, décembre 1851, en d'autres termes, depuis trois ans il n'y a eu aucune récidive : et la guérison, qui était parfaitement consolidée au bout de quelques joors* ne s'est pas démentie un seul instant. La santé du malade qui n'avait jamais, antérieurement à ces attaques, subi une atteinte grave, est aujourd'hui encore parfaitement florissante, comme j'ai pu m'en assurera y a quelque semaines.

Cette persislanee de la guérison pendant trois années consécutives, démontre:

l"* Que rhypotbèse de toute autre maladie qu'une angine de poitrine était inadmissible dans le cas qui nous occupe, car il n'est aucune des affections avec lesquelles pourrait être confondue Tangine de Fothergill, qui, disparaissant subitement sous l'influence des moyens employés, ou bien n'eût reparu sous forme d'accès dans le cours de ces trois années, ou bien n'eût laissé dans l'économie des traces désastreuses et plus ou moins évidentes de son passage ;

2« Que l'emploi des saignées pendant Tattaque, et surtout des saignées abondantes et répétées, ne mérite pas, au moins dans certains cas, la réprobation que quelques auteurs ont fait peser sur ce moyen ; qu'il peut même rendre les services les plus incontestables en arrachant le malade, non-seulement aux dangers de l'attaque présente, mais à ceux qu'entraînerait le retour d'attaques semblables.

La faiblesse du pouls pendant le paroxysme ne doit point empêcher d'avoir recours a ce moyen, la force du pouls se relève quand l'artère est ouverte.

Les bains froids pris au moment de l'accès procurent quelque** fois un soulagement immédiat ; un de mes malades que j'avais dirigé vers les bords delà Méditerranée, ayant été plongé pendant quelques secondes dans la mer au moment d'une crise de suffocation, a été soulagé instantanément. Ce moyen employé ensuite plusieurs fois dans des circonstances semblables, a produit les mêmes résultats favorables. Jurine conseille également les bains de mer en pareils cas. L'hydrothérapie administrée rationnellement et méthodiquement, comme on sait le faire aujourd'hui, peut également produire de bons eiTets. Je citerai, comme exemple de son efficacité, l'observation suivante que j'emprunte également à VUnion médicale^ tome VII, 1853, où M. le docteur Vedoit l'a fait insérer.

Angine de poitrine datant de quatre années, — Invasion lente et graduelle, — Rémission complète seulement pendant le sommeil, — Guérison par V hydrothérapie.

Etat de la malade au début du traitement, — Tempérament lympha^ tique et nerveux, cheveux noirs, pâleur et maigreur générales, taille moyenne peu développée pour sou âge, conslllution très délicate qui ferait supposer rexistenced'uu vice scrofuleux prédominant, si Ton tenaitcompte d*une cicatrice récente à la région latérale du cou, résultat de ganglions lymphatiques abcédés. Cette jeune fille n'a pas quitté le lit depuis une année environ ; elle y reste constamment accroupie pendant le jour, et à la première vue on la croirait atteinte d'une déviation de la colonne vertébrale ou de tout autre difformité, tant les souffrances extraordinaires qu'elle endure lui ont fait adopter instinctivement les positions les plus vicieuses et les plus anormales. Il lui est impossible de se tenir debout; quand on

SftS MALADIES DtJES A UNB AUGMENTATION DE L^EICITàTION NERVEtSE.

veut la lever, son corps reste courbé, la tête portée en avant, les jambes fléchissant ; elle tomberait sur le sol si elle n'était soutenue sous les aisselles. L'examen fréquent et minutieux de la poitrine n'y a jamais démontré la moindre altération organique. Elle n*est point sujette aax catarrhes; tout s'accorde à prouver qu'il s'agit d'une névrose pure. Des ganglions lymphatiques fortement engorgés, et siégeant le long des bords du sterno-mastoïdicn, ont fait soupçonner aux médecins qui l'ont traitée une compression du nerf pneumogastrique; mais la disparition presque complète de ces engorgements, sous l'influence d'un traitement dépontif, n'a amené aucune amélioration dans l'acte respiratoire.

La maladie, qui dure depuis plusieurs années, a éprouvé des phases diverses; mais depuis un an, et surtout depuis six mois, elle n'a fait qu'augmenter d'intensité.

De jour, et dans les meilleurs moments, la malade est, comme je Tii dit, obligée de rester constamment dans son lit, assise, les genoux près du menton ; dans cette attitude, qui est ()our elle la plus favorable, la respiration s'exécute d'une manière très irrégulière ; pendant une demiminute, pinson moins, il n'y a que des inspirations fort courtes, inaperçues, et qui ne sont pas sensibles à l'oreille appliquée contre les parois de la i)oilrine ; puis arrivent des eiïorls, d'abord inutiles, pour faire péoéutr l'air dans la poitrine; la malade manifeste un sentiment d'angoisse, elle sort la langue de la bouche, rougit ; puis, après une lutte de quelques secondes, elle |M)usse un profond soupir au moyen d'un effort \ iolent. et Ton entend à l'auscultation l'air pénétrer d'une manière bruyante dans les profondeurs du parenchyme pulmonaire. Voilà l'état ordinaire pendant le jour; et, chose singulière^ la nuit, pendant son sommeil seulement, b malade peut s'étendre dans son lit, et l'acte resiûraloire es^t tout k (ait naturel. Tous les accidents signalés reparaissent dès le réveil.

A l'état habituel de gène dont nous avons parlé, succèdent une fobpv semaine environ, pendant un, deux ou trois jours, surtout dans la dernière moitié de la journée, ce qu'on api>elle les crises. Tous les phénomènes morbides sont exagérés, les inspirations beaucoup plus rares, l'angoisse extrême, les extrémités glacées, la respiration vraiment CVvulsive, et fréquemment l'imminence d'une asphyxie véritable est tele, qu'elle ferait croire à une mort prochaine à qui n'aurait pas été plosienn fois témoin de ces violents accès. Pendant qu'ils durent, le pouls est petit, inégal ; il n'existe pas de palpitations.

Une tentative pour ))lacer la malade sur un fauteuil provoque vm crise; ou bien c'est une cause morale; le plus souvent, elles revieooegt sans causes connues.

aNgiNb De poitrine. âSO

Un grand nombre de médecins ont tenté, presque toujours sans aucun succès, surtout dans la dernière année, les antispasmodiques les plus variés et les ferrugineux, le plus souvent avec beaucoup de persévérance; tout a échoué. Désespéré de ces insuccès et d*un état de choses qui, chaque jour, s'aggravait d'une manière sensible, le dernier médecin traitant résolut de s'adresser, comme dernière planche de salut, à Thydrothérapie. Il est imporiant d'ajouter que toutes les autres fonctions se font avec la plus parfaite régularité ; l'appétit seulement est à peu près nul, et It! froid aux pieds permanent.

Traitement. — Tous les matins, pendant les quinze premiers jours, enveloppement d'une durée d'un quart d'heure dans un drap mouillé, qui, lui-même, est recouvert de deux couvertures de laine, afin d'éviter le contact de l'air extérieur. En sortant de ce maillot humide, qui produit une assez forte accumulation de dialeur sur toute la surface cutanée, elle est soumise à Vablutîon froide. Cette opération, qui est admirableaient supportée par la malade, consiste à recevoir sur tout le corps et à distance six à huit seaux d'eau froide projetée avec une certaine force et comme par surprise, Dans la journée, deux fjains de siège à eau courante, et à 6 degrés centigrades, d'une durée de cinq minutes ; régime alimentaire fortifiant.

Après ces quinze premiers jours, l'état général de la malade est plus satisfaisant; l'appétit s'est développé; elle a acquis plus de force; les grandes crises avec asphyxie n'ont pas reparu ; mais Tacte respiratoire n*cst pas amélioré.

Continuation du traitement, auquel on ajoute les douches en pluie générale, et la douche en jet sur tout le pourtour de la cavité thoracique, application en permanence sur la région pectorale d'un plastron mouillé, légèrement tordu, et recouvert exactement d'un autre plastron de linge sec et épais : cet appareil est renouvelé cinq à six fois par jour.

Après un mois de ce traitement, c'est-à-dire vers le 10 juillet, malgré quelques irrégularités qui existent encore dans l'acte respiratoire, la malade peut s'étendre plus facilement dans son lit ; elle se lève seule et sans le secours d'aucun aide ; elle peut se promener dans le parc sans en éprouver trop de fatigue.

J'ai prévenu la malade et sa famille qui l'entourait, des rechutes qui pourraient survenir, et du courage, de la persévérance dont il fallait être animé. Ainsi que je l'avais pensé, les premiers accidents que j'ai déjà signalés reparaissent vers la fm de juillet avec une grande intensité; la malade ne peut plus se lever; les suiïocations deviennent aussi fréquentes qu'auparavant. Malgré mes avertissements, j'ai toutes les peines du monde à

ranimer les espérances que la famille avait fondées sur ce bien-être passager : la malade seule est pleine de confiance et de résignation.

Le traitement reçoit alors quelques modiGcations que je dois indiquer ; après un certain nombre de rechutes successives, je m*aperçob que la malade, qui avait gagné un teint très coloré et une carnation plus ferme, commence à perdre de nouveau ces avantages ; Tappétit disparait et tout son ensemble prend des apparences chlorotiques. J'apprends alon qu'entraînée par l'exemple, elle a fait depuis quelque trmps un usage abusif des fruits et du raisin ; d'un autre côté, comme il était rationnel, ï l'âge où elle était parvenue, de fonder quelque espoir sur l'apparition des règles, et de penser que ce phénomène, par la secousse générale qo*il imprime à l'économie tout entière, doit seconder favorablement l'aclioB de la cure, je surveille attentivement son régime, je la force à se nourrir exclusivement de viandes rôties, à supprimer les fruits et les légumes; je lui administre chaque jour six grains de laclate de fer, et j'insiste tout particulièrement sur le traitement dérivatif, qui est ainsi dirigé :

Le matin, douche en pluie froide précédée de l'enveloppement dans k drap mouillé; à onze heures, douche périnéale de cinq minutes; ï oue heures et demie, pédiluve froid de trois minutes; i cinq heures do soir, deuxième douche périnéale; continuation du plastron mouillé. Après chacune de ces o|)éralions, exercice du corps et des membres pendant quinze minutes au moins.

A l'aide de ce traitement tonique et dérivatif, la malade voit peu à pee ses forces reparaître, ses chairs devenir plus fermes et la gêne de la nv piration diminuer d'une manière très notable.

Après six mois de ce traitement, la santé de cette jeune fille a éprouu une amélioration tellement grande, que tous ceux qui l'ont connue ei sont émerveillés.

Ainsi sa taille est plus élancée, elle a acquis de l'embonpoint, un tciit frais et rosé, les hanches et les seins sont considérablemeut développes: les pieds conservent jour et nuit une chaleur normale; la respiration eK naturelle. A de très longs intervalles, cependant, on peut observer encore une inspiration un peu plus longue que les précédentes: mais il faut être familiarisé avec son état, comme je le suis, pour s'en apercevoir. Elle peut faire de longues courses à pied ; quand elle les prolonge plisqu'à l'ordinaire, elle ressent de la fatigue dans les jambes et les louibe»; mais lorsque la menstruation sera établie, je suis convaincu qu'elle \tm la fin de ces malaises, qui la tournientent depuis quelques semaines, et que je considère comme les symptômes précurseurs du plicnomène io»portant qui va s'accomplir.

ANGINE DE POITRINE. 2hi

Je suis donc autorisé à croire à une guérison qui, maintenant d*ail* leurs, ne pourra que se compléter et se consolider en suivant pendant quelque temps encore le régime tonique prescrit, et en 8*abandonnant

aux seuls efforts de la nature.

On ne doit pas oublier d'ailleurs qu'il arrive très rarement des accidents funestes dans les premières atteintes d'une angine de poitrine. Les choses n'en viennent à cette extrémité qu'après plusieurs reprises du môme mal. Le médecin a donc tout le temps d'agir ; je conseille d'établir en permanence sur les points du thorax les plus commodes, de petits vésicatoires volants, pour les panser au moment du début de l'accès avec de la morphine, à doses proportionnées au mal et à la susceptibilité des sujets, depuis 3 jusqu'à 10 centigrammes. Ce traitement employé avec persévérance a toujours produit du soulagement, surtout quand il s'agissait d'angine de poitrine où l'élément nerveux prédominait.

Je crois à peine nécessaire de dire que le malade devra demander à l'hygiène tous les secours qu'elle peut lui procurer. Ainsi, il habitera à la campagne une localité abritée des vents, il se vêtira de laine et de flanelle ; son régime sera bien choisi, réparateur sous un petit volume, afin de prévenir les pneumatoses, etla constipation. Si l'angine est encore récente, il profitera des voyages et de toutes les distractions peu fatigantes qu'ils peuvent procurer. Il sera sobre des rapports sexuels, il prendrale soir en se couchant quelques gouttes des teintures d'opium, de belladone et d'aconit, ou mieux quelques centigrammes de la poudre de Dower.

Enfin, si l'angine semble se rattacher à un état nerveux général, ayant pour cause première ou la chlorose, ou quelque^diathèses, on y remédiera en suivant les conseils déjà tant de fois donnés dans les chapitres précédents à propos de l'élat nerveux, et des névralgies en général. ]

^hi MALADIES DUES A UNfi ÀtlGMÉNTATIÔN DE L*EXC1TATI0N NEETEU8I.

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