CHAPITRE VIII
NÉVRALGIE DE l'eSTOMAC.
La névralgie de Teslomac ou gastralgie {yanmp estomac, aX^ douleur) a pour symptôme prédominant, comme ^indique le sens rigoureux du mot, la douleur. Celte névralgie est sans contredit Tune des plus communes des systèmes nerveux qui président aux fonctions de la nutrition. Elle se fait sentir au niveau de répigâstre, depuis la paroi antérieure et superficielle de cette régioh, jusqu'en arrière au plus profond de ces parties. C'est une douleur excessivement vive, d*un caractère tout à fait névropat))i(}ue9 reconnaissahie pour les malades qui ont déjà senti des névralgie^. II y a à la fois, dans cette sensation pénible, uo poîd$, une tension. Un pincement et 'des élancements vifs et multiples. La gastralgie débute brusquement, vivement; elle tient le patient dans une sorte de torture qui le gêne pour respirer et pour se redresser ; puis, après un temps plus ou moins long, elle le laisse, quelquefois subitement, d'autres fois par degrés, rentrer dans le repos. Pendant Taccès, la digestion, quand il y a une digestion à faire, est suspendue ou du moins ralentie ; quelquefois il y a vomissement ou régurgitation de matières fades ou très acides, production de gaz qui distendent Pestomac et plus souvent Tare transverse du côlon. La face se décolore et se décompose par la violence de la douleur -, une syncope peut arriver. En général, Tépigastre est tendu, ballonné, très sensible à la pression, même légère-, le pouls est petit, un peu fréquent, inégal, nerveux ; on reconnaît souvent par le toucher le plus superficiel les pulsations artérielles qui ont lieu au fond de la région épigastrique ; la peau ne change pas de température, ni la langue de couleur. Les forces musculaires sont momentanément ayéantios.
Ces accès de névralgie gastrique surviennent, chez quelques sujets, quand ils sont restés à jeun trop longtemps; chez le plus grand nombre, ils se montrent aussitôt que l'estomac a reçu des matières à digérer, surtout quand ces matières sont acides, ou oé-
KÉtnALGIB DB L*BStOMAC. 2AS
eessitent une sécrétion fort acide dans Torgane où elles se doivent dissoudre. Chez quelques personnes, l'apparition de la gastralgie a lieu en dehDra de toutes ces circonstances, et sans qu'on puisse la rapporter spécialement à aucune autre cause qu^à un trouble nerveux.
La place de la névralgie, la nature de la douleur, la manière dont elle se montre, se développe, s'éteint, les phénomènes qui l'accompagnent, suffisent pour la caractériser comme névralgie et comme affection de l'estomac. Il est impossible, grftce à toul ces caractères, de la confondre avec la gastrite aiguë, que des vomissements, des réactions inflanimàtoires acconipagnetit toujours, et que ta nature des douleurs en distingue très bien ; avec certaines pneumatoses de Tare transverse du côlon, si reconnaissablés par la direction de la sonorité et du gonflement susombilical; avec l'angine de poitrine, puisqu'elle gène infiniment moins la respiration; avec d'autres névralgies abdominales, i cause de la région bien circonscrite obdie se fait sentir.
La gastralgie ne peut se confondre sérieusement qu'avec trois choses, la gastrite chronique, un squirrhe de l'estomac et certaines obstructions jles canaux biliaires.
Disons tout de suite que, de ces trois erreurs, la dernière ne peut se prolonger longtemps. Les douleurs sont vives des deux parts et assez ressemblantes pour que les malades ne sachent pfts toujours en saisir la différence; mais, dans la douleur des conduits biliaires, le foie ne tarde pas à prendre sa part de l'aflection ; la suffusion jaune, qui a pu simuler au commencement certaine couleur paille des gastralgies violentes, s'étend jusque dans le blanc des yeux ; les urines sont chargées de la matière colorante de la bile ; les excréments sont blancs et inodores. Enfin la douleur est toute locale, placée plutôt entre l'épigastre et l'hypochondre droit qu'à l'épigastre lui-même ; la méprise ne peut donc pas se faire et surtout ne peut pas durer.
Elle est plus facile entre le squirrhe de l'estomac et la gastralgie;lesdouleurssont pareilles; elles se font sentir dans la mêine région ; toutesdeux Iroublentla digestion d'une certaine manière. Mais, à côté de ces grands signes qui leur sont communs, au moins jusqu'à un certain degré, il y a des nuances qui peuvent servir A
2ii. MALADIES DUES À UNE AUGMENTATION DE L*EXCITATION NEIt^ECSE.
les diagnostiquer. Ainsi, clans la gastralgie, la douleur est plus fréquente, plus vive, plus soutenue que dans le squirrhe de Testomac a son début ; dans le squirrhe de reslomac à tous ses degrés, la sécrétion de cet organe est beaucoup plus acide, soit qu'on en juge par les vomissements, quand il y en a, soit qu'on en juge par les régurgitations, les rapports ou même tout simplement par les saveurs acides que le malade sent remonter le long de son œsophage. Dans la gastralgie, ces intermissions laissent rêpigastre beaucoup moins sensible à la pression que dans le squirrhe; dans la gastralgie, on ne sent jamais à l'cpigastre de tumeur comme on en peut reconnaître quand il y a squirrhe; la gastralgie est accompagnée de phénomènes nerveux, battements du cœur, battements des artères cœliaques et aorte abdominale bien plus prononcés et surtout bien plus capricieux que dans le squirrhe commençant. Enfin le squirrhe, -avec ses progrès constants, sa marcAe falale quoique lente* régulière, on quelque point que l'affection siège, pylore, grand cul-de-sac, petite ou grande courbure, paroi antérieure ou postérieure, aura un développement inévitable, prévu ; et la gastralgie, au milieu de toutes les simulations de symptômes par lesquelles elle pourra ouer le squirrhe, conservera toujours quefque chose d'inégal, de bizarre, de capricieux, qui fera à la longue asseoir solidement la distinction.
Je n'ai parlé que du squirrhe commençant ; plus tard la con* fusion n'est plus possible etiapathognomonie du cancer ne lais^ amais la chose douteuse. Les vomissements noirs, les tumeurs bien senties, la teinte jaune paille, le dépérissement n'indiquent que trop à quoi l'on doit s^attendre ; et l'issue ne tarde pas à le prouver.
Ajoutons, en terminant, que la distinction sur laquelle noui venons d'insister n^a d'utilité qu'au point de vue du pronostic. L'expérience m'a prouvé que, dans les deux cas, le même traitement est utile. Il guérit la gastralgie, et soulage dans le squirrhe. Dans les deux affections, on est forcé d'astreindre le malade au régime qu'il peut supporter: sous ce rapport la distinction n'a donc pas grande importance ^ mais il est souvent nécessaire qie le médecin puisse fixer les assistants sur le pronostic, cl il erf
fâcheux pour Tari qu'il ne sache pas lui-même iquoi s'en tenir. Les détails dans lesquels je viens d'entrer ont pour but de le tirer autant et aussitôt que possible de cette incertitude.
Comparons maintenant la gastrite chronique à la gastralgie.
Dans Tune et dans Tautre, il y a dérangement de Tappétit, trouble de la digestion, douleur de l'estomac, amaigrissement et progressivement teinte chlorotique delafigure, avecpertedes forces, langueur et surexcitation nerveuse; la disposition au vomissement est commune et marquée, quoiquVIle ne.soit pas générale. Ces deux états se ressemblent donc par une infinité de points. La thérapeutique a pourtant un très grand besoin de les distinguer.
Mais on remarque que la gastrite chronique succède plus souvent à la gastrite aiguë, tandis que la gastralgie débute en se montrant tout d'abord telle qu'elle doit être.
Dans la gastrite même très ancienne^ les douleurs de l'esto* mac, provoquées souvent par le moindre exercice auquel on soumet cet organe, amènent presque toujours de la fièvre, c'està-dire de la chaleur et de la sécheresse à la peau et en même temps une certaine vivacité du pouls; dans la gastralgie, la réaction du pouls est moins fébrile, il y a plutôt inégalité et fréquence sans chaleur a- la peau et surtout sans sécheresse.
Dans la gastrite chronique, les douleurs sont moins intenses, plus longues, la soif plus marquée, les vomissements beaucoup plusfréquents ; dans la gastralgie, les vomissements sont l'exception, la soif est capricieuse, les douleurs sont très vives et bornées à une durée de deux ou trois heures.
Dans la gastrite, la vacuité de l'estomac donne du soulagement ; sa réplétion augmente le malaise ; dans la gastralgie, la vacuité est souvent au contraire le temps des douleurs, la réplétion bien entendue une cause de soulagement. Des boissons fraîches et légèrement acidulées, des viandes blanches, des aliments féculents, conviennent et sont mieux supportés dans la gastrite; dans la gastralgie, tous les acides même légers font souffrir, et les aliments qui vont le mieux sont les viandes rouges et substantielles ; la gastrite n'est pas soulagée dans la digestion par la magnésie ou le bicarbonate de soude; la gastralgie
2&6 MALADIES DUES A UNd ÀUGMEI^TATION DE |4*iXClTÀTI0N MKETEOSI.
Test au coutraire d'une manière frappante. Un peu de morphine donné pendaqt les douleurs de la gaslrile ne les calme pas, et ne facilite pfis la digestion ; c'est tout le contraire qui a lieu presque constamment pour la gastralgie. La gastrite résulte le plus souvent d'excès dans l'alimentation : la gastralgie est une conséquence ordinaire des excès tout opposés.
Aussi est-il commun de voir la gastralgie remplacer la gas^ trite, quand celle-ci a été longtemps, trop longtemps peut-être, tenue au régime qui lui convient. Le règne de la doctrine de Broussai^ en a fourni de nom^^^^ exemples, L'alimentation et ses eflels, la médication calmant^ et alce^linci s^ont donc ici une excellente pierre de touche. A tout cela il faut encore iJMier, comme renseignements accessoires, l'examen de la langue qui reste belle dans la gastralgie, et au contraire se salit, s^enflainiM i la surface, se couvre de pellicules etd'aphlbesdansU gastrite; qui, dans le premier cas, est douloureusement révoltée parle contact des acides et les supporte mieux dans )q second î ^examen delà douleur épigastrique, moins prompte à s'exaspérer parle pression dans la gastralgie ; l'examen des dents, plus souveat érodées et attaquées par les acides dans la gastralgie^ l'exploration des forces, que celte maladie détruit moins rapidement; la constatation de la constipation qui lui est plus ordinaire; eniin l'étude attentive des résultats obtenus par les traitemeals divers, conseillés antérieurement ou actuellement suivis.
A l'aide de ces signes différentiels, ou du moins d^un certw nombre des principaux, il me parait toujours possible de savoir a quelle maladie on a affaire, et avec un peu de temps un médecin attentif ne devra pas s'y tromper.
[ La description que j'ai faite des symptômes de la gastralgie, h*appliqueà celte maladie dans toute la violence de ses paroxysmes, mais, outre cette névralgie dans son intensité neitemeat dessinée, il y a encore une foule de troubles nerveux qui s'ci rapprochent et qui méritent d'être rappelés; tels sont certaiaei dyspepsies, le pica ou perversion du goût, la boulimie ou tua insatiable. Je ne peux pas m'arréler à disserter longuement sur chacun de ces troubles fonctionnels qui sont plutôt des symptômes que des maladies, mais je me réserve de traiter dans un chapitn
névi^ai^gie; ui^ l'estomac. 247
à p^rt de la dyspepsie, en raison de Vimportance dç cette névrose (voyez la lable des ipalières).
Les causes de la névralgie de Testomac peuvent être directes ou indirectes, agir sur Testomac par les ingesta ou sympathiquement et par réactions nerveuses. Le choix, la nature des aliments solides ou liquides, leur quantité, leur qualité ont ici une réelle importance. Tel sujet qui s*alimente de substances idiosyncrasiquement réfractaires à Faction digestive de son estomac, ep révolte à la longue la sensibilité latente, organique, délermigf^ deThypereslbésie, puis de la névralgie. L*abus des boissons exci* tantes, vins, café, liqueurs spiritueuses, avant de causer la dyspepsie, provoque ordinairement de la gastralgie. Une alimentation insuffisante, par le fait d'une action physiologique dififérente, produit des résultats morbides identiques. Barras a constaté des gastralgies chez des religieuses soumises à un régime alimentaire trop ascétique, surtout pendant le carême.
Je dois mentionner parmi les causes indirectes, Taction sympathique du cerveau sur l'estomac; telestreffet des vives préoccupations morales, des chagrins fréquemment renouvelés, des travaux de cabinets trop abstraits, d*une tension d*esprit trop prolongée surtour après les repas. \u même ordrQ de causes se rapportent les névralgies d'autres orgi^nes, mais surtout de ceux des appareils de la nutrition. Il faut enfin prendre en considération,comme prédisposition aux gastralgies, les étals diathésiquei, la constitution goutteuse, etc. J'ai sous les yeux un podagre dont les douleurs se portent tantôt sur les extrémités, tantôt sur les intestins, sur l'estomac ou sur |e cœur. Les douleurs cardic^aues et gastralgiques lui causent une telle angoisse qu'il en mourrait certainement si elle^ se prolongeaient trop longtemps, et je redoute pour lui une fin imprévue à l'occasion de ce que Ton appelle une goutte remontée. Tous les traitements imaginables ont été essayés contre le principe de cette goutte invétérée, et tout a échpué^ fort heureusement que dans ce cas le symptôme douleur eède facilement spus l'action de Topium à hautes doses. ]
Le traitement de la névralgie de Testomac exige, avant tout, «ju'oi^ tienne compte des causes qui l'ont produite, du siège de la douleur, de l'état général du sujet.
2i8 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l' EXCITATION NERTECSE.
Od ne peut pas observer quelques gastralgies sans être frappé des exacerbations qu'elles subissent dans certains moments de la digestion. La plupart des malades remarquent que la douleur revient, un quart d'heure tout au plus, après qu'ils ont introduit quelques aliments dans leur estomac, et se soutient à peu près pendant deux, trois ou quatre beures; puis tout rentre dans un ordre assez satisfaisant, jusqu'à nouvelle ingurgitation et nouvelle exacerbation. Dans d'autres cas, les douleurs reparaissent au contraire, quand Testomac est complètement vidé par une abstinence de plusieurs heures, et disparaissent quand on y introduit des aliments.
Or, dans l'un comme dans l'autre cas, on ne peut satisfaire complètement à Tindication qui^aratt résulter de cette remarque du malade. On ne doit pas le condamner dans le premier à ne jamais rien mettre dans son estomac, et dans le second à Tavoir toujours garni d'aliments. D'ailleurs, si ces régimes diététiques étaient praticables, et c'est une expérience que les malades, forcés par la souffrance, tentent presque toujours avant de voir le médecin, on ne tarderait pas, en les adoptant, à reconnaître que les conditions de plénitude ou de vacuité ne sont pas les seules qui rappellent la névralgie. Si ces conditions n'existaient pas, la névralgie se manifesterait à l'occasion de toute autre circonstance, et l'on serait obligé de chercher ailleurs un remède utile. Ce remède utile est indiqué par l'étude de la fonction et de la maladie.
L^étude de la fonction montre que l'estomac est continuellement en rapport avec un liquide plus ou moins acide; c'est l'excès relatif d'acidité, qui, dans les deux cas rappelés tout a l'heure, réveille les douleurs névralgiques. LV.xcès d*acidité dans l'estomac se produit chez quelques personnes quand elles sont à jeun, parce que l'excrétion propre à l'organe n'est alors employée en aucune façon ; chez d'autres, quand elles viennent de manger, parce que les sucs acides sont versés dans l'organe plus abondamment qu^il ne faudrait pour la fonction dissolvante qui s'y opère. Dans les deux cas, la douleur arrive au contact des acides à cause de l'exagération de sensibilité que cet organe doit à la névralgie. L'acidité du suc est prouvée par l'altéralion des dents
NÉVRALGIE DE i/eSTOMA<:. 2A0
produite par les liquides remontant de Festomac, par les rapports acides que rend le malade, par les gaz dont il se sent l'épigastfe distendu, par le goût aigre qu'il éprouve souvent dans la bouche, et en même temps par le résultat immédiat de quelque prise d'une poudre ou d'une eau alcanines. Faites avaler dans ces conditions un peu de magnésie, ou de bicarbonate de soude, ou de carbonate de chaux, ou tout simplement un peu d*eau de chaux dans du lait, et le soulagement qui s'ensuivra prouvera que vous aurez raisonné juste. C'est ce que font la magnésie décarbonatée, les eaux et les pastilles de Vichy ou de Bussang, les eaux dé Fougues, et do toutes les sources minérales renommées pour leur efficacité contre certaines gastralgies..
Il y a donc une première indication importante dans les gastralgies, qu'ellrs se fassent sentir soit avec, soit sans la présence des aliments dans l'estomac. Cette indication consiste à tenir to.ujoursiesliquides de cet organe en un état de saturation alcaline suffisant pour que l'irritation spéciale des acides sur le système nerveux n'ait pas lieu.
C'est pour cela qu'il me parait toujours important, dans le traitement de la gastralgie, de recommander au malade l'usage habituel de la magnésie, de l'eau de chaux, des eaux et des pastilles de Vichy ou de Fougues. J'insiste en général pour que ce remède soit pris en môme temps que le repas ou immédiatement après, parce que c'est alors que le plus souvent la douleur s'exaspère. Je ne le fais prendre à jeun que dans les cas plus rares où la vacuité de l'estomac est accompagnée du retour de la douleur; et même alors je pense, en général, que d'autres moyens, surtout ceux qui calment immédiatement et directement la douleur, sont plus utiles.
r. Ce premier point, la saturation d'une partie des acides versés dans l'estomac, me semble de la plus haute importance pour le traitement. L'indication remplie donne d'abord au malade un soulagement notable, et, consécutivement, laisse aux calmants le pouvoir d'agir, sans qu'une irritation incessamment renouvelée vienne contre-carrer leur action. C'est un des moyens auxiliaires dont il ne faut jamais négliger l'emploi.
Mais le moyen de guérison par excellence, c'est la morphine.
250 MALADIES DUES A UMÏ AUGMIlNTATION W L IIXCITATION NEItYECSE.
Soit qu'à rétatdc chlorhydrate on la melle en pilules 4 Tûde d'un excipient insignifiant, comme la thridace ou un mucilage quelconque, soit qu'on la dissol/odans une potion, elle s*eiiiploîe avec le plus grand avantage. Hi^. la donne sous ces deux formes, tous les quarts d'heure ou toutes les dix minutes, a doses de 2 milligrammes à peu prè», et on ne tarde fla^ à voir, sous son influence, le calme succéder aux douleurs, Des pilules de 2 mil» ligrammes de chlorhydrate de morphine, ou une cuillerée à dessert d'une solution composée de 5 et même de 10 centigrammes du même sel dissous dans l&O grammes d'eau sucrée, sont a\'«lées, con)me je viens de le dire, jusqu'à disparition de la douleur. Presque toujoursla troisième ou la quatrième pilule» la troisième ou la quatrième cuillerée de la i^otion sont suivies (l*un calme et d'un bien-être indicibles, et on peut s'arrêter à cette dose du médicament. Quand cela ne suffit pas, on va plus loin, et l'on ne larde guère à recueillir le bénéfice de celle persévérance.
C'est une chose remarquable que la tolérance établie pour la morphine dans ces cas de gastralgies. J'ai vu des malades avaler ainsi 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine, siii> avoir été préalâblen^ent habitués à prendre de ce sel, et uéaomoins rester exempts des désordres qu'il ne manque pas depro* duire dans les conditions ordinaires. Chose plus remarquable encore, quand les ga^tralgiques prennent ainsi de la mor* phine immédiatement après avoir fait un repa>, les tUaie«U passent, et il n'arrive pas de vonussements, connue cela lipiA lieu infailliblement chez des personnes en bonne santé. Laoïor* phine rend alors pour eux la digestion possible et exemple de douleur, et Ton est élormé du changement qui s'est eiVeclué sous soi empire. Elle devient dans ces conditions un véritable anli-émètique.
Depuis (|iie ce fait a frappé mes yeux, j'ai eu occasion Je le vérifier on assez grand nombre de fois pour qu'il ipe soit clairement démontré; je ne l'appliquais dans le commencenieat cju'avec tiniMilé ; l'expérience m'a enhardi, et j'en use aujourd'hui sans hésiter toutes les l'ois que l'occasion s*en présente.
Je dois prévenir néanmoins que pour certains moladeslamor* phine est intolérable; au lieu de calmer, elle exaspère les douleurs
nerveuses, ou bien elle tourmente la (été, la vessie ou la peau, plus qu'elle ne soulage reslomae. Dans ces cas, heureusement, l'expérience m*a prouvé que le médecin possède un succédané précieux, c*est Textrait de belladone, ta où le chlorhydrate de morphine manque son effet, Texlrait de belladone le remplaee avec avantage el calme la gastralgie. On le fait prendre en pilu** les a la dose de 36 milligrammes toutes les demi-heures ; une, deux, au plus trois lie ces pilules suffisent ordinairement, et le malade est soulagé.
Mais, je le répète, il' nVst pus néceasaire d'attendre que la digestion suit terminée dans Testomac; il faut agir aussitôt que la gastralgie se fait sentir, que le malade soit à jeun ou qu*îl vienne de manger ; c'est le moyen de le soulager dans l'accès présent, et j'ajoute, c'est le moyen de guérir la ntaladie.
Pourarriverlà,eneIfet,iUufru de répéter la même thérapeutique dans quelques accès successifs, et, tant qu'ils se montrent, d'y revenir. Le plus ordinairement un ou deux accès bien traités suffisent pour que le mal ne reparaisse plus; quelquefois il faut persévérer pendant un peu plus longtemps. J'ai rencontré des gastralgies rebelles pendaiU plusieurs semaines ; mais le traitement continué avec persévérance a toujours fini par en triompher; en outre, avant de produire une guérisou complète, il a constamment eu cet avantage, qu'à chaque retour d'accès le malade a soufTert beaucoup moins et beaucoup n)oins longtemps.
Les deux indications dont je viens de parler, et les agents Ihérapeutiquei qui y correspoudeut, forment sans contredit la ba^e du trailement des gastralgies ; uiais il est bon encore d'aider l'action des mi^dicaments pur Tobservance de certaines prescriptions accessoires. (Celles-ci ne sont pas des conditions indispensables du traitement, mais elles y sont utiles.
Ainsi on devra recommander au nialade d^éviter des aliments (rop abondants, à cause de Texcès de travail que leur présence imposerait à l'estomac ^ trop excitants, comme les viandes noires, les sauces acides, les assaisonnements trop épicés, les légumes crus, a cause de leur action irritante pour le système nerveux« gastrique; trop relâchants, à c^use du défaut de nutrition qui
252 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eKCITA^ION NERVEISC.
en résulte ; trop rares, à cause de Finaclion dans laquelle ils laisseraient pendant longtemps Testomac. On proscrira les boissons stimulantes, les vins excitants ou acides, le thé, le café.On conseillera un régime modéré composé de viandes de mouton ou de bœuf rôties, de légumes féculents ou herbacés et de pain bien cuits, d'un peu de vin de Bordeaux bien trempé. On le varierai Taide de volailles ou de menus gibiers, suivant la saison, et en général rôtis, de poisson grillé, choisi parmi les plus légers et les plus nourrissants, de bière non aigre ni acescente, ou de vieux Bourgogne des bons crus, d'œufs à la coque, brouillés, en omelette, sur le plat ou au jus, et on aura soin de ne jamais autoriser des aliments indigestes et acides.
On fera prendre au malade des bains fréquents d*une température moyenne, plutôt un peu frais que trop chauds; on lui recommandera un exercice musculaire modéré, la station fltprès le repas, la cessalion momentanée des travaux de cabinet surtout pendant la digestion ; l'application et la conservation pendant quelques jours sur le creux de Tes'tomac d'un emplâtre de Ihériaque, d'extrait aqueux d'opium, ou de pommade à 11 morphine, suivant l'état ; l'usage habituel dans les repas des eaux de Vichy, particulièrement de la fontaine des Célestinsou de THôpital ; et enfin, pour remédier à la chlorose que les gastralgies amènent souvent, l'usage modéré et continué pendant quelques semaines, et plus mômt», si c'est nécessaire, des eaux ferrugineuses comme celles de Passy, de Forges, de Spa, etc., ou du fer porphyrisé, ou du fer réduit par l'hydrogène, ou du protosel de ce métal combiné avec les acides carbonique, lactique, citrique, dont Tusage est journellement usité en pareil cas.
On m'excusera d'ajouter ici en passant, que les douleurs d'estomac, occasionnées par un squirrhe ou un cancer de cet organe, sont longtemps et souvent tout à fait pareilles aux. névralgies. Elles leur ressemblent par leur forme, leurs retours, leurs manifestations bizarres; elles seraient identiques, ^^ans U présence du désordre matériel qui en est l'occasion. Elles oot encore avec les gastralgies une ressemblance de plus, c'est ^qu'elles sont très efficacement soulagées par les méfnes moyens. Toutes les foi^ qu'on applique sérieusement à des ctn-
NÉVRALGIE DE L'eSTOMAC. 255
cers de restomac, môme bien déclarés, le traitement dont je viens d'exposer les bases, on obtient un soulagement notable dans les douleurs, et une amélioration marquée dans les fonctions digestives. Tout en regrettant de ne pouvoir promettre plus dans ces affections, je regarde comme un grand bien de pouvoir soulager du moins le malade qu'on ne guérira pas; dans beaucoup de cas encore douteux, j*ai eu la preuve qu'on pelUt arriver à des guérisons sans cela désespérées. Je neveux pas dire que j*aie guéri même des squirrhes commençants, mais j'ai soulagé et guéri des malades dès que le début d'un cancer de Testomac était probable, et qui ne souffraient, le succès l'a prouvé^ que d'une gastralgie chronique et intense. Je ne peux donc tÉDp recommander dans des cas analogues le traitement que je préconise.
Quant aux dyspepsies douloureuses et névralgiques à différents degrés qui accompagnent presque toujours, précèdent et incontestablement produisent certaines cachexies comme la chlorose et Tanémie, je crois qu'elles peuvent souvent céder à l'administration du charbon de peuplier, de Tessence d'oranges du docteur Hannoy, préconisée dans la Presse médicale Belge, 1864, n« 6, p. 45, et formulée des deux manières suivantes :
Sucre cristallisé 2 grammes.
Essence d'oranges 18 gouttes.
Mucilage q. s.
Pour faire neuf tablettes, dont on prendra trois par jour à deai heures d*interralle.
Ou bien :
^ Carbonate de magnésie 30 grammes.
Essence d'oranges G grammes.
Mêlez et divisez en Tîngt paquets. On en prend deux dans la matinée à deui heures d'intervalle.
On peut varier àTinfini avec le sous-azotate de bismuth, avec la craie, le marbre, ou l'os desséché, que les homœopalhes ap- |)ellent mystérieusement Sepia, avec les yeux d'écrevisse, avec
S5A MALAD1S8 DUES A UMS AUGMËNtATlON DE L'filCITATION IfEEVECSB.
la magnésie ^lus ou moins décarbonatée, avec Teau filtrée de chaux, axec les eaux minérales alcalines : toutes ces fonnules aboutissent toujours au même résultat, absorption des gn, saturation des acides, calme relatif de restortiac. Suivant Tépo* que de la digestion où les douleurs se montrent, suivant Télit des intestins et des conséquences de la fonction digestive tuisi en exercice, on etnpioie l'un ou Tautre de ces moyens ; on uti* lise le médicameht» ou pendant que Torgane est vide, ou« ta contraire, quand il est rettipli de la masse alimentaire ; et le plus ordinairement on réussit.
Dans les caa Jes plus graves, on se conduit d'ailleurs comme je le disais tout A l'heure pour les véritables gastralgies, et oo ajoule aux agents rappelés ici Taction des narcotiques de dilRrenies sortes pris à rintérieur, ou appliqués à rextérieur par il méthode endermique, ou même seulement sous forme d'< Ire, et sans que le derme soit mis à nu.