‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 14 sur 98 · I. Évolution destruclive · texte numérisé non relu

I. Évolution destruclive

1° Ramollissement. Il nous faut ici envisager séparément le mécanisme et la physiologie du ramollissement. Observons avant tout que l'étude microscopique sévère et exacte est de toute rigueur pour ces recherches, et que les réactions chimiques faites sous le microscope sont aussi parfois fort utiles, notamment celles par l'acide acétique, qui fait si bien distinguer les parties élémentaires du pus et du tubercule.

Le mécanisme du ramollissement consiste essentiellement dans la I liquéfaction de la substance transparente et assez solide qui unit entre eux les corpuscules du tubercule, ce qui fait que ces derniers se désagrègent, s'imbibent du liquide qui les entoure, augmentent un peu de volume et tendent à s'arrondir. Le microscope y fait donc découvrir un liquide granuleux et des corpuscules sans noyaux renfermant quelques granules dans leur substance ; leur forme est un peu plus arrondie , leur volume varie entre ttô et rk tle "liUi'uètre. I Jamais le tubercule, comme tel, ne se transforme en pus, quoiqu'il en offre quelquefois l'apparence. Lorsqu'il y a réellement mélange

PHASKS m nfiVïiï.OPPKMKNT DU TtFBEttCMLfc. entre la matière tuberculeuse et le pus, celui-ci provient des parties voisines. Il ne peut point se former de pus dans le tubercule luimême, parce que celui-ci est dépourvu de vaisseaux et que la suppuration tire toujours son origine d'une exsudation particulière des vaisseaux capillaires ; d'un autre côté, nous avons vu que le corpuscule du tubercule était toujours essentiellement différent du globule du pus; il ne peut, par conséquent, point y avoir de transformation de l'un dans l'autre.

Nous distinguons quatre formes de ramollissement du tubercule : a, le tubercule encore miliaire ou un peu plus volumineux, se ramollit dans son centre, sans qu'il y ait inflammation dans son propre voisinage; c'est alors que nous observons le ramollissement sans mélange de pus. On rencontre surtout cette forme dans les poumons, dans le cerveau et dans le tissu cellulaire sous-muqueux des intestins En examinant attentivement les coupes de ces tubercules, on aperçoit au milieu du liquide un certain nombre de grumeaux caséeux qui ne sont autre chose que des morceaux un peu moins ramollis , dans lesquels la masse inter-globulaire n'est pas encore devenue tout à fait liquide.

b. Le ramollissement s'accompagne d'une liquéfaction beaucoup moins complète; le tubercule devient généralement friable et grumeleux, et c'est alors qu'il ressemble surtout à du fromage rongé par des cirons. Quelquefois cette forme n'est qu'un commencement de la liquéfaction : mais d'autres fois le tubercule reste pendant bien longtemps dans cet état de demi-ramollissement ou passe même de celui-ci à l'état crétacé. C'est dans les glandes cervicales, dans les glandes bronchiques et dans le cerveau que nous avons observé cette forme ; on la voit plus rarement dans les poumons.

c. Il y a ramollissement central et suppuration périphérique. Le tubercule subit dans son centre l'altération que nous avons décrite en a, tandis qu'à sa circonférence il s'établit en même temps un travail inflammatoire qni se termine par suppuration. Le microscope rend alors fort bien compte de la différence entre les deux liquides,; dans celui du centre, on aperçoitles corpuscules tuberculeux désagrégés, non altérés par l'acide acétique ; dans le liquide de la circonférence, on trouve, outre ceux-ci, des globules du pus dont l'acide acétique dissout l'enveloppe et fait voir les noyaux. Cet état s'observe quelquefois dans les glandes, mais plus particulièrement dans les poumons dans lesquels le pus provient aussi parfois des petites bronches capillaires crodées.

10 CARACTÈRES Dli LA MATIKIUî TUBBRCULBDSE.

d. Il peut exister un mélange indistinct entre les éléments du pus et du tubercule ramolli, et alors il n'y a point de limites entre les deux produits ; c'est surtout le cas pour le ramollissement de l'infiltration tuberculeuse, telle qu'on la rencontre parfois très étendue dans les poumons, dans les glandes et plus rarement dans le tissu cellulaire sous-séreux.

Omises ])hysioIogiques du ramollissement. Si, après avoir signalé le mode et les principales formes du ramollissement du tubercule, nous en recherchons les causes physiologiques, nous ne pouvons accorder qu'une valeur secondaire à l'inflammation environnante, à la suppuration et à la sérosité exsudée autour des tubercules.

Ces excrétions sont loin d'être constantes autour du tubercule et, comme l'a déjà fort bien observé M. Louis, elles devraient provoquer un ramollissement périphérique, tandis que d'ordinaire celui-ci commence plutôt par le centre. La véritable raison du ramollissement du tubercule nous paraît résider dans l'absence de nutrition et de vascularité propre, ce qui provoque une altération purement physique. Nous savons par les lois générales de la physiologie que la nutrition des diverses parties de l'économie se fait à l'aide d'éléments qui sont amenés par le sang, tandis que, d'un autre côté, toutes les molécules des parties qui ont perdu leur condition d'intégrité sont absorbées pour être ensuite- excrétées par diverses voies ; et l'équilibre qui existe entre la nutrition, le dépôt des matériaux nouveaux et l'absorption, la disparition des molécules usées par les voies d'excrétion , constitue l'état physiologique et sain des diverses parties. Or, rien de pareil ne peut avoir lieu dans le tubercule, à cause de l'absence totale de vaisseaux. Le tubercule en s'étehdant ne prend point d'accroissement ; il augmente de volume d'une manière purement mécanique : la matière tuberculeuse est d'abord déposée dans un point ; elle est ensuite successivement excrétée d'une manière régulière ou irrégulière autour de ce point primitif. La solidité de sa substance et l'impossibilité de l'accès de l'air la garantissent bien pendant quelque temps de la décomposition, mais celle-ci ne peut être que retardée et le tubercule placé dans un organisme dans lequel il y a constamment un assez fort dégagement de calorique , et une grande masse de liquide perpétuellement en circulation, doit nécessairement tôt ou tard se décomposer. Alors naturellement la partie du tubercule la plus anciennement formée, celle du centre, s'altère la première, et cette altération se propage par extension centrifuge aux molécules plus récemment formées. Nous ne nions pas

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