‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 26 sur 98 · NON EXISTENCE D'UNE MATIÈRE SCROFULEUSE PARTICULIÈRE · texte numérisé non relu

NON EXISTENCE D'UNE MATIÈRE SCROFULEUSE PARTICULIÈRE

D'après cette définition j qui sera amplement motivée dans le cours de cet ouvrage, nous séparons donc des scrofules la maladie que l'on a regardée pendant longtemps comme leur type le mieux caractérisé , savoir : la tuberculisation des glandes lymphatiques superficielles dans lesquelles il est , en effet , facile de reconnaître l'existence du dépôt tuberculeux, substance essentiellement différente de la structure primitive de ces glandes. C'est cette même substance qu'on a principalement désignée sous le nom de matière scrofuleuse, et nous avons été péniblement surpris de trouver cette opinion professée dans un ouvrage récent, d'ailleurs plein de mérite (1).

» Il n'y a pas moyen, dit-il, d'établir une distinction histologique » tranchée entre cette masse d'une part , celle du typhus et celle du >• tubercule d'autre part. On rencontre aussi tous les degrés inter- » médiaires imaginables entre elle et la formation du pus. ><

Nous ferons à cette opinion les objections suivantes : 1° Ce n'est qu'en faisant complètement abstraction de la nature pathologique de la fièvre typhoïde, et en n'examinant que de la matière typhique qui, par les progrès de la maladie , a perdu tout à fait son aspect primitif , qu'on peut lui trouver tant de ressemblance avec le tubercule.

2° Si M. Vogel pense qu'on ne peut pas distinguer la matière scrofuleuse de la matière tuberculeuse, pourquoi l'en sépare-t-il 1

3° On ne trouve jamais de passage entre le tubercule cru et les éléments microscopiques du pus , et lorsque les tubercules ramollis sont baignés de pus provenant d'une inflammation circonvoisine , il y a mélange entre les éléments du pus et des tubercules, mais nullement un passage de l'un à l'autre.

4° Nous ne saurions assez insister sur la nécessité d'envisager, dans la description générale d'une matière morbide, tout l'ensemble de ses évolutions diverses , car, si on ne tierft compte que des faits isolés que l'on observe dans les diverses phases de développement , on s'expose à des erreurs sans nombre et on finit par arriver à une confusion inextricable.

5° Nous reprochons à M. Vogel , et en général à la plupart des micrographes contemporains, de ne pas se servir de grossissements suffisamment forts. Au moyen des nouvelles lentilles de Nachet (2) on peut encore très bien travailler avec des amplifications de 7 à

(1) Vogel, Traité d'anatomie pathologique , Paris, 1847, p. 250, 251.

(2) A Paris , rue des Grands-Augustins , n° 1 .

NON EXISTENCE D'UNE MATIÈRE SCROrULEUSE PARTICULIÈRE. 29 800 diamètres. Or, lorsque, d'un côté, on travaille avec ces bons grossissements; lorsque, d'un autre côté, on sait bien distinguer, dans les éléments microscopiques , ce qui est dû aux divers degrés de développement d'une altération ; si enfin on ne se sert du microscope qu'après l'étude clinique et anatomo-pathologique ordinaire, on arrivera non seulement à des résultats satisfaisants pour l'esprit, mais on parviendra souvent à débrouiller des questions qui, sans le microscope, ne pourraient pas être résolues convenablement, mais que le microscope aussi ne saurait résoudre seul.

Pour notre compte , nous ne trouvons aucune différence entre la matière tuberculeuse des glandes lymphatiques externes et celles que l'on rencontre dans tous les autres organes ; nous séparons, par conséquent, d'une manière nette et positive la tuberculisation glandulaire externe des scrofules , et nous montrerons , dans le chapitre qui traitera spécialement de la première de ces deux maladies , qu'il existe non seulement une différence anatomique entre elles , mais que leur ensemble anatomo-pathologique rend également cette séparation nécessaire , vu que si , d'un côté , les tubercules glandulaires externes se rencontrent à peu près chez un tiers des scrofuleux , on trouve, d'un autre côté, tout aussi souvent les tubercules glandulaires sans complication scrofuleuse aucune, et bien plus souvent encore des affections scrofuleuses non accompagnées du dépôt tuberculeux dans les glandes lymphatiques externes. Nous donnerons, par la suite , les chiffres exacts de toutes ces proportions.

L'opinion qui nous conduit à ne pas admettre de matière scrofuleuse particulière ne serait pas une objection sérieuse contre l'essentialité des scrofules. Personne ne niera l'essentialité de la syphilis, et pourtant on n'a pu trouver, jusqu'à présent, aucun élément moléculaire propre et saisissable par nos sens , en un mot point de matière syphilitique. Non seulement d'habiles praticiens peuvent être dans le doute sur la nature vénérienne d'une maladie , et pour mon compte j'ai rencontré des cas où le résultat de l'inoculation seule a pu m'éclairer; mais même au microscope le pus syphilitique, que j'ai souvent examiné avec le plus grand soin , ne s'est jamais montré à moi comme élément particulier et propre à cette maladie ; et pourtant quelle différence énorme entre l'effet d'une goutte de pus d'un chancre primitif sur les organes sexuels et celui du pus ordinaire! Ce dernier se trouve en assez forte proportion dans la matière des liueurs blanches, et celles-ci produisent tout au plus quelquefois une irritation passagère de la muqueuse urétrale, tandis qu'une minime quan-

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