L\ ÉTAT DU SANG DANS LES AFFECTIONS SCROFUL. ET TUBERCULEUSES
Ce sont les travaux de MM. Andral et Gavarret (1) , ceux de MM. Becquerel et Rodier sur le sang des tubercules (2), et le travail récent de M. Nicholson sur le sang des scrofuleux (3). Comme ces documents sont les seuls qui existent sur cette matière, nous croyons nécessaire de les citer textuellement pour ne pas encourir le reproche d'en avoir tronqué l'esprit selon notre manière de voir individuelle.
4° Observations de MM. Andral et Gavarret.
« Nous avons pesé la fibrine extraite du sang de 33 saignées pratiquées à 30 individus atteints de tubercules pulmonaires. Chez 7 d'entre eux, les tubercules étaient encore à l'état de crudité; chez 9 autres, ils étaient en voie de ramollissement, et enfin, chez les 14 derniers, le poumon était creusé de cavernes.^
» Dans 9 saignées pratiquées aux 6 malades de la première série, nous avons trouvé sept fois la fibrine en quantité normale, variant de 2,7 à 3,5. Deux autres fois, à la vérité, la fibrine avait dépassé ses limites physiologiques , donnant les chiffres 4,8 et 5,1. Mais dans ces deux cas, il existait une complication phlegmasique : dans l'un, une entérocolite sub-aiguë, et dans l'autre, une bronchite beaucoup plus intense que celle qui accompagne ordinairement le premier degré de la phthisie.
» Dans 10 saignées pratiquées aux 9 malades de la deuxième série, nous arrivons déjà à des résultats différents. Ici, en effet, neuf fois sur dix le chiffre physiologique de la fibrine est dépassé, tantôt légèrement et atteignant à peine 4, tantôt dépassant ce dernier chiffre et oscillant entre 4 et 5. Dans un deuxième cas, il n'y avait que 3 en fibrine.
» Enfin, dans 14 saignées pratiquées aux 14 malades de la troisième série, nous trouvons douze fois sur quatorze le chiffre de la fibrine élevé au-dessus de son état normal, mais d'une manière plus considérable que chez les malades de la seconde série. Ici, en effet, le minimum trouvé ( et il n'existe qu'une seule fois ) est 4,0. Dans trois autres cas , le chiffre de la fibrine oscille de 4,4 à 4,6 ; dans tous les autres, il se maintient entre 5,0 et 5,9.
(1) Andral, Hématologie pathologique , Paris, 1843, p. 4 56.
(2) Nouvelles recherches sur la composition du sang dans l'état de santé et de maladie, Paris, 1846, p. 38.
(3) Gazette des hôpitaux, Paris, 4 846 , 7 novembre.
ÉTUDli CHIMIQUE DU SANG. 35
Quant aux deux seuls cas qui , dans cette troisième série, ne suivirent pas la loi de l'ascension de la fibrine, ils doivent former une catégorie à part. Les individus auxquels ils sont relatifs étaient, en effet, dans un degré très avancé de marasme, lorsque nous essayâmes de diminuer par une petite saignée l'état de demi-asphyxie qu'ils présentaient ; ils furent, en effet, momentanément soulagés par elle. Chez l'un deux, la fibrine avait conservé sa moyenne physiologique ; chez l'autre, elle était descendue à 2,0.
.. Ainsi, dans cette troisième période de la phthisie pulmonaire où la fibrine se montre ordinairement en excès, il y a cependant quelques cas dans lesquels l'épuisement qui suit la fonte des tubercules se traduit dans le sang par une nouvelle modification dans la quantité de la fibrine : elle avait augmenté pendant le travail d'élimination, et voilà que maintenant elle peut s'abaisser jusqu'à descendre plus ou moins au-dessous de la limite inférieure de son état physiologique.
» Voyons maintenant ce que deviennent les globules du sang dans la phthisie pulmonaire, relativement à leur quantité. Cette étude va nous conduire à des résultats dignes de quelque attention.
» En effet, dès le début de la tuberculisation pulmonaire, et alors que l'auscultation peut encore à peine en signaler l'existence, on trouve déjà les globules peu abondants. Dans aucun cas de ce genre, je ne les ai vus atteindre même leur moyenne physiologique 127; leur chiffre le plus élevé a été 122, leur minimum 99, et ils oscillaient généralement entre 120 et 100, étant en général plus près de ce dernier chiffre que du premier.
<■ Les individus chez lesquels les poumons commencent à se tuberculiser, présentent donc dans leur sang cette modification particulière de composition qui appartient aux constitutions faibles ; ils sont véritablement dans un commencement d'anémie, et leur sang est devenu semblable à celui des malades auxquels on a pratiqué quelques saignées. Ainsi la condition du sang qui coïncide avec le commencement de la phthisie pulmonaire, et qui vraisemblablement la précède, c'est cette condition générale que l'on retrouve dans tous les cas où, par une cause quelconque, les forces vitales ont perdu de leur énergie. Qu'est-il besoin de dire que ces résultats de l'analyse sont parfaitement d "accord avec l'observation clinique? Qui ne connaît l'étiolement, la décoloration, l'affaiblissement que présentent la plupart des phthisiques, dès les premiers temps de leur maladie'? Dans l'imminence de la tuberculisation pulmonaire, il y a des jeunes filles qui de-