TOTAL
/ scrofuleux. .
Individus <
' scrofuleux et tuberculeux.
tuberculeux.
Si nous cherchons à nous rendre compte des proportions numériques de l'hérédité ou de son absence , nous arrivons aux résultats suivants : 1° En prenant les 132 familles en bloc , nous avons absence d'hérédité 87 fois, c'est-à-dire , dans les | des cas. 2° Sur 44 individus scrofuleux , 29 ou les f nous montrent absence de toute hérédité. 3° Sur 30 scrofuleux et tuberculeux, 12 seulement offrent l'absence d'hérédité, tandis que 18 , savoir les f , accusent de semblables maladies chez leurs parents. 4° Chez les tuberculeux non atteints de scrofules, nous trouvons, au contraire, la plus faible proportion d'hérédité, savoir : 12 fois sur 58 , tandis que , sur 46 malades, à peu près dans les f , l'absence de toute hérédité nous est nettement démontrée. 5° Si nous réunissons dans la même catégorie les scrofuleux avec ou sans complication tuberculeuse , nous avons , sur 74 malades, 41 , savoir les f, qui montrent l'absence de toute hérédité ; elle existe chez 33 , ainsi dans les f . 6° Si nous comprenons enfin dans la même catégorie les tuberculeux avec ou sans complication scrofuleuse, nous avons, sur 88 malades, 58 fois l'ab-
sence d'hérédité, savoir dans les * îles cas, et 30 fois son existence. Nous pouvons donc formuler le résultat de nos observations dans la proposition suivante : Les maladies scrofuleuses pures ne paraissent héréditaires que dans | des cas, les maladies tuberculeuses dans ^ des cas seulement , tandis que les maladies scrofuleuses et tuberculeuses coexistantes le sont chez les § des individus.
Tout en étant sûr de l'exactitude de nos investigations , nous sommes le premier à avouer que nous ne leur attribuons nullement une valeur absolue, et que leur nombre est beaucoup trop restreint pour représenter autre chose que le résultat de notre expérience individuelle. C'est ainsi, par exemple, que nous n'avons que 30 cas de scrofules compliquées de tubercules, dans lesquelles nous trouvons l'hérédité pour plus de la moitié des cas. Ce chiffre est assurément trop petit pour exprimer une règle générale ; toutefois , placé parmi les 132 cas analysés, il suffit pour modifier complètement les résultats obtenus pour les scrofules et tubercules isolément ; mais quelles que soient les modifications que pourront subir ces proportions par nos recherches futures , toujours est-il que l'hérédité est l'exception dans les tubercules , et en cela le résultat de nos recherches concorde tout à fait avec celui qu'a obtenu M. Louis, ainsi qu'avec celui que nous trouvons dans l'ouvrage de MM. Rilliet et Barthez qui n'ont constaté l'hérédité tuberculeuse que dans \ des cas. L'hérédité manquant en outre dans plus de la moitié des cas de scrofules , nous sommes également autorisé à dire que l'hérédité n'est pas une des principales causes des scrofules , mais tout simplement une des circonstances dans lesquelles on observe ces maladies dans une certaine proportion.
7° Conditions hygiéniques. — A. Habitation. Il serait certainement peu rationnel de vouloir nier qu'une habitation étroite, humide ou mal aérée, ainsi que de mauvaises conditions hygiéniques en général , ne puissent prédisposer au développement des scrofules et des tubercules qui, ayant pour un de leurs principaux caractères de débiliter toute l'économie , peuvent , on le comprendra facilement , être favorisées dans leur manifestation par une hygiène éminemment débilitante; mais, d'après notre manière de voir, il y a bien loin entre la possibilité de ces influences et leur admission comme fait démontré, et nous verrons, au contraire, bientôt combien les faits et les documents sont peu favorables , pour beaucoup de ces questions , aux prévisions en apparence bien rationnelles de la théorie.
Une des principales différences pour l'habitation est celle qui existe
m fiTIOLOr.lF. DES TUBERCULES ET DES SCKOFULES.
entre la ville et la campagne ; mais, d'après les recherches de M. d'Espine, la mortalité tuberculeuse n'est que peu supérieure en ville ; c'est ainsi que sur 680 morts par tubercules , dans le canton de Genève , dans l'espace de 4 ans, nous trouvons 363 citadins et 317 campagnards , correspondant, les uns et les autres, à un chiffre à peu près égal de population d'un peu plus de 30,000 âmes : il n'y a donc environ que f d'excédant pour la ville. Quant aux scrofules , nous avons été frappé, dans le canton de Vaud, de leur extrême fréquence dans les campagnes ; mais nos documents ne sont pas suffisants pour trancher la question de l'influence de l'habitation ; nous noterons seulement ici le fait que , sur 322 malades que nous avons observés à l'hôpital de Lavey, qui tous étaient du canton de Vaud , et dont le domicile a été soigneusement noté, 53, ainsi { à peu près, provenaient de la ville de Lausanne, dont la population cependant ne correspond qu'à un 12e de la population totale du canton. M. d'Espine note, sur 83 décès par scrofules, 52 sur des citadins et 31 sur des campagnards; mais nous trouvons un tout autre résultat dans l'ouvrage de Philipps (1), qui note une bien plus forte proportion de mortalité , par suite des scrofules , pour la campagne que pour la ville , proportion qui correspondrait aux chiffres de 97 pour la campagne et de 50 pour la ville ; et , dans un autre ordre de faits , il indique dans les districts agricoles une mortalité scrofuleuse dans la proportion de 1 à 12,000, tandis qu'elle est de 1 à 25,000 dans les districts manufacturiers. Il résulte donc de cette comparaison qu'au total la vie à la campagne ne préserve pas des scrofules et des tubercules dans une bien forte proportion, et bien moins surtout qu'on n'aurait été disposé à le croire à priori.
B. Air vicié. L'influence de cet agent sur la production des scrofules et des tubercules est devenue célèbre par la grande importance que lui accorde M. Baudelocque qui , par des raisons théoriques plutôt que par des preuves, cherche à établir que l'air vicié est la cause fondamentale des scrofules. Pour cette question comme pour les précédentes , nous allons baser notre opinion sur des faits observés avec conscience.
Quant aux tuberculeux d'abord , il résulte bien des recherches de MM. Rilliet et Barthez qu'un air vicié facilite leur développement , mais que la phthisie se développe, chez des enfants, d;in.s une assez
(1) Scrofula , its nature, its causes, ils prevalence , and llw principles of vraiment, London , I846 , p. 204.
forte proportion , en dehors de l'influence de tout air altéré ; et par cela même on ne peut pas envisager l'air vicié comme cause principale des tubercules ; car, sur 57 enfants soumis à l'influence d'un air vicié, 40 sont morts tuberculeux et 17 non tuberculeux; mais d'un autre côté, sur 173 enfants qui n'ont pas été soumis à cette influence, 101 sont morts également tuberculeux et 72 non tuberculeux.
Quant aux scrofules, nous les avons rencontrées dans les circonstances atmosphériques les plus diverses, et nous sommes arrivé à la conviction que si l'air vicié peut contribuer parfois à favoriser la manifestation des scrofules, d'un autre côté cette affection apparaît dans un bien plus grand nombre de cas sans qu'on puisse s'en prendre à l'influence d'un air malsain. Les arguments qu'allègue surtout M. Baudelocque en faveur de sa théorie , sont en partie très contestables . Nous allons en citer un exemple : c'est celui de la population de Londres. M. Baudelocque le regarde comme des plus concluants en faveur de sa thèse; malheureusement pour lui, cette opinion est réfutée par un auteur anglais qui , ayant recueilli des documents irrécusables sur les lieux mêmes, a démontré combien les assertions de M. Baudelocque, sur ce point, étaient exagérées. Voici d'abord le passage de l'auteur français.
« L'air froid et humide agit indistinctement sur tous les habitants d'une contrée , d'une ville , et cependant tous les lieux de cette contrée , tous les quartiers de cette ville ne présentent pas des scrofuleux dans une égale proportion. A Londres, par exemple, il existe un quartier appelé Spitalfield, quartier habité parles artisans et les pauvres. La population entière de ce quartier est atteinte de scrofules : on n'y voit que des petits hommes, chétifs, étiolés, malades, difformes, aussi peu semblables aux Londoniens de l'autre côté de la ville, que le Lapon haut de 4 pieds ne ressemble à £ Américain géant. Le jeune homme de 20 ans paraît en avoir 40. On ne rencontre pas un vieillard qui ne soit mutilé, contourné, qui ne réunisse à la décrépitude de l'âge quelque difformité repoussante : ce ne sont que bossus à épaules rondes, monstres aux jambes arquées et aux longs bras; là, une épine dorsale droite est une merveille, un homme qui a plus de cinq pieds est un géant. A côté de Spitalfield, se trouve un autre quartier nommé White-Chapel, où on ne voit que de grands drôles, vigoureux et bien bâtis. La même température, une température le plus souvent froide et humide , règne cependant dans les deux endroits. C'est donc ù une autre cause qu'il faut rapporter
1k ÉTIOLOGIE DES TUÏÎKRCULES ET DES SCROFULES.
l'immense différence que l'on observe dans la santé des habitants. On ne conservera aucun doute, si 1 on fait attention que Spitalfield est séparé de la Tamise par d'autres quartiers qui, par conséquent, doivent être plus humides , où cependant la maladie scrofuleuse est infiniment moins commune. »
M. Philipps , que nous avons déjà eu occasion de citer, réfute ces assertions en comparant l'état sanitaire de ce quartier de Londres avec ceux réputés plus sains, d'abord par rapport aux écoles des enfants indigents , puis par rapport aux adultes , et il compare leur mortalité respective , d'abord comme mortalité générale , et ensuite les morts par scrofules et tubercules ; et c'est avec des chiffres tirés des registres de l'état civil qu'il démontre que l'état sanitaire de la population de Spitalfield n'est nullementplus mauvais que celui des autres quartiers de Londres, qu'il n'y a là pas plus de scrofuleux qu'ailleurs, qu'il n'est point exact qu'une épine dorsale droite y soit presque une merveille. La longévité et le nombre des personnes qui y atteignaient l'âge de soixante -dix ans, offraient, d'après les recherches de M. Philipps, une des meilleures proportions parmi les divers quartiers de Londres et parmi les grandes villes d'Angleterre en général. Ne pouvant pas reproduire ici tous ces chiffres, nous recommandons à nos lecteurs de les rechercher dans l'ouvrage cité (pages 201 à 209). Nous profitons de cette occasion pour exprimer toute notre estime pour cet auteur qui , dans la partie étiologique de son ouvrage, a recueilli de très beaux documents , et qui a su en tirer parti avec autant de sagacité que d'impartialité. Nous ne partageons cependant pas l'opinion qui le porte à maintenir les affections tuberculeuses des glandes lymphatiques externes parmi les maladies scrofuleuses.
Pour réfuter l'influence de l'air vicié comme cause essentielle des scrofules, nous avons un autre ordre de faits plus important encore à opposer à la théorie de M. Baudelocque ; c'est la grande fréquence des scrofules dans les cantons de Vaud et de Genève , où certainement l'air est généralement très pur et où les conditions hygiéniques sont aussi bonnes qu'on peut les espérer chez des populations campagnardes .
A l'hôpital de Lavey , dans le canton de Vaud , où nous avons exercé la médecine pendant près de onze ans, nous avons noté le lieu d'habitation de 322 scrofuleux arrivés de toutes les parties du canton sans exception. Si les proportions de la population de chaque partie du pays avec le nombre des scrofuleux que nous y avons noté ne peuvent point être regardées comme une expression rigoureuse
de la vraie proportion des scrofules par rapport à la population , il en résultera cependant d'une manière incontestable que, malgré les circonstances telluriques et atmosphériques les plus variées, les scrofules y sont bien plus fréquentes que la théorie ne l'aurait fait supposer.
Le canton de Vaud est peut-être un des pays les plus intéressants de l'Europe pour des études de géographie médicale ; nous y rencontrons les contrastes les plus variés depuis la végétation méridionale dans la plaine, jusqu'à la température de la Suède et de la Norvège dans les vallées alpestres élevées ; depuis le terrain d'alluvion, à l'embouchure des torrents et des rivières, jusqu'aux formations primitives de gneiss, aux frontières du Valais ; on y trouve le calcaire alpestre, la formation liasique , le gypse et l'anhydrite , la mollasse couverte d'un manteau épais de diluviumetle calcaire jurassique : tantôt c'est un terrain couvert de bonne terre végétale , tantôt le terrain graveleux des éboulements oula roche presque ànu couverte d'une mince couche d'humus alpestre ; les marais sont quelquefois au niveau le plus bas du canton, tel est le lac de Genève, quelquefois au plus haut des vallées, ou comme intermédiaire sur le plateau qui sépare le canton de Vaud de celui de Berne et de Fribourg. Ce canton possède deux grands lacs dont l'un, le lac Léman, le plus beau del'Europe, fournit, par la perte du Rhône, l'exemple unique d'un lac complètement fermé aux migrations des poissons du côté de la mer. La population est agricole dans les hautes régions , élevant du bétail et confectionnant du fromage; elle est vinicole dans toute la plaine, depuis la frontière du Valais jusqu'aux confins du canton de Genève; elle est industrielle, surtout en horlogerie , dans quelques unes des vallées jurassiques. Le paupérisme y est incontestablement moins répandu que dans le reste de la Suisse et même que dans les autres pays de l'Europe centrale. La population (190,000 âmes) est loin d'être trop forte pour l'étendue du pays, et le devoir imposé à chaque commune d'avoir soin de ses ressortissants pauvres, ainsi que les lois sévères sur la paternité , dans les cas de naissances illégitimes , font que la misère et la débauche n'y atteignent jamais ce degré effrayant que nous lui voyons prendre dans les autres pays et surtout dans les grands centres de population.
Nous jetterons successivement un coup d'œil rapide sur les diverses parties du canton : la vallée du Rhône , les rives du lac , le plateau de la Broyé, les Alpes, le Jura avec son premier plateau et les montagnes , et en dernier lieu les montagnes du Jorat.
La vallée du Rhône s'étend , en plaine , depuis les bains de Lavey jusqu'à l'embouchure du fleuve dans le lac de Genève ; c'est tout près de ces bains que le calcaire liasique est adossé à la formation primitive, au gneiss. Le calcaire alpestre se prolonge ensuite jusqu'au village de Bex où commence la formation degypseetd'anhydrite qui renferment les salines de Bex. Entre Ollon et Aigle , le schiste calcaire alpestre reparaît et occupe les flancs des montagnes dans le reste de la vallée. La population de cette contrée est en général assez riche et bien nourrie ; les logements , quoique peutêtre un peu étroits pour les familles moins aisées , ne présentent cependant aucune condition d'insalubrité ; il est rare de rencontrer, même dans la demeure du pauvre, l'odeur caractéristique de la malpropreté et de la misère. La population de cette partie du canton est d'environ de la population totale , et nous y avons rencontré de même ^ du nombre total de nos scrofuleux. -
Les bords riants du lac de Genève ont été moins atteints jusqu'à présent de la dépravation et des maladies dont les visiteurs étrangers inondent les contrées le plus à la mode. Les habitations sont généralement bonnes, la population aisée, vivant de préférence de la culture de la vigne. Dans quelques localités , dans la commune de Montreux surtout, la population est remarquablement belle, et pourtant, malgré l'air pur, malgré l'aisance générale et les habitations tout à fait convenables, nous rencontrons, sur les rives du lac, sur les f à peu près de la population entière du canton , plus de la moitié de nos scrofuleux, savoir, || ou 173 individus ; dans ce nombre, Lausanne seule, du moins la commune avec quelques villages environnants, figure pour 53. Mais il est vrai de dire qu'à Lausanne il y a certains quartiers qui sont très malsains, et qu'avant les travaux d'assainissement que l'on a faits naguère dans le voisinage du Flon, il y avait, dans cette partie de la ville, des épidémies meurtrières et même une endémie de fièvre typhoïde ; il serait donc fort possible que la fréquence des scrofules, à Lausanne, allât en diminuant à mesure que la santé publique fera davantage l'objet de la sollicitude des autorités.
Le plateau qui se trouve entre la partie élevée des bords du lac et la Suisse centrale, et tout le district des bords de la Broyé, nous ont fourni proportionnellement peu de scrofuleux à l'hôpital. Sur les do la population totale du canton , nous n'avons eu que de nos scrofuleux. Cependant ce chiffre ne représente pas exactement la véritable proportion, car, dans notre pratique en dehors de l'hôpital, nous avons vu un assez grand nombre de scrofuleux provenant de cette partie du
pays : c'est là aussi où il y a proportionnellement le plus de crétinisme, et , pendant un séjour que nous avons fait dans cette contrée comme chirurgien militaire, nous avons appris par les médecins de Moudon et de Payerne que les scrofules y étaient fréquentes ; pourtant tout ce pays est aisé, l'air y est bon , et les vallées sont même souvent sillonnées par les vents de nord-est. La végétation y est puissante; le terrain est de la mollasse couverte d'alluvion ; les montagnes qui bordent la vallée ne sont pas très élevées ; la nourriture y est généralement abondante et de bonne qualité; il est vrai que la viande fraîche n'y est pas d'une consommation générale, mais c'est le cas pour l'immense majorité des campagnards de tous pays ; ajoutons enfin que l'eau est de très bonne qualité dans tous ces différents districts.
Les vallées alpestres, qui comptent des habitants , même pendant l'hiver, jusqu'à 4, 000 pieds au-dessus du niveau de la mer et au-delà, jouissent d'un air très pur. L'eau y provient, en partie, de la fonte des neiges et des glaces; la nourriture y est saine et substantielle, se composant surtout de laitage de fort bonne qualité , de pain , de légumes, de viande salée, mais d'une petite quantité de viandes fraîches. Une partie des habitants passent l'été avec le bétail dans les pâturages des hautes Alpes; l'hiver est long, mais pas très froid, le thermomètre y descend rarement au-dessous de 10 à 15 degrés Réaumur ; la neige y séjourne pendant plus longtemps que dans la plaine, mais en moyenne pas au-delà de 4 mois. Ce temps rigoureux est employé par ces montagnards à l'exploitation des bois, qui ne peut se faire qu'à cette époque de l'année, vu qu'il faut de la neige glissante soit pour descendre le bois le long des chemins , soit pour le précipiter par des pentes rapides, appelées chables. Toute cette population est forte et robuste ; les vices des grandes villes , l'abus des rapports sexuels et la syphilis y sont à peu près inconnus, l'ivrognerie y est bien plus rare que dans la plaine.
Les habitants de ces montagnes et de leurs vallées, entre la dent de Jaman et les Alpes du Valais, constituent à peu près ~ de la population générale. Sur ce nombre, nous comptons 18 scrofuleux, ce qui fait de notre chiffre total . Sans attacher une trop grande valeur à ce nombre , je dois ajouter que dans mes nombreuses courses dans ces montagnes , j'ai été si souvent consulté pour des maladies scrofuleuses que, dès le commencement de ma pratique , j'ai été frappé de la fréquence de ces maladies dans cette partie du canton où, assurément, les conditions du sol, de l'atmosphère et de l'hygiène ne laissent rien à désirer.
Si nous nous tournons à présent du côté du Jura , nous trouvons sur un premier plateau , entre le lac Léman et la chaîne jurassique , jusqu'aux bords du lac de Neuchâtel , une population dont l'hygiène n'offre également rien de défavorable ; toutes les petites villes sur cette ligne sont très aisées , la campagne y est bien cultivée , des marais n'existent que dans un petit nombre de localités , la misère n'y atteint pas un assez haut degré pour pouvoir compter comme une condition anti-hygiénique ; les scrofules n'y offrent pas précisément une forte proportion , cependant nous y rencontrons encore, sur les de la population totale , { à peu près de nos scrofuleux, savoir 55.
Les montagnes du Jura, quoique bien moins belles que les Alpes, offrent cependant une population active, mais d'une apparence moins robuste. Elle partage son temps entre le soin du bétail , une agriculture assez restreinte , l'exploitation des bois, .qui y est considérable, et l'industrie dans les parties voisines du canton de Neuchâtel. Nous y rencontrons cependant encore, sur ^ de la population totale, 22 de nos scrofuleux, savoir un peu plus de ^g.
Nous avons , enfin , une dernière contrée à examiner ; ce sont les villages un peu élevés dans le Jorat appartenant surtout aux districts d'Oron et de Mézières , villages généralement aisés et dont les conditions hygiéniques sont très analogues à celles de la région supérieure des plateaux du canton de Vaud. Cette contrée compte, sur ^environ delà population totale, un peu moins de la 21e partie de nos scrofuleux, savoir 15 en tout.
Si nous jetons à présent un dernier coup d'oeil sur toutes ces populations , il en résulte , d'une manière irrécusable , malgré la restriction que nous avons faite pour leur valeur absolue , que les scrofules sont non seulement fréquentes , en général , dans ce pays, sous tous les rapports si favorisé par la nature , mais que cette fréquence se retrouve même dans les parties du canton les plus diverses quant à la position géographique et augenre dévie des habitants. Cette fréquence des scrofules , dans un air excellent , est donc une preuve certaine de la grande exagération de la théorie qui invoque la viciation de l'air comme la cause la plus essentielle des scrofules.
C. Le climat en général ne paraît pas exercer une très grande influence sur la fréquence des tubercules et des scrofules ; pour ces dernières , leur définition pathologique n'est pas encore assez bien fixée et assez généralement identique pour que les matériaux que l'on possède sur la fréquence des scrofules , dans les di-
vers pays, puissent avoir une valeur concluante. Quant aux tubercules, on a reconnu leur existence commune et leurs grands ravages presque partout où on a fait des relevés statistiques un peu exacts. Nous reproduirons ici le passage suivant de M. Andral, qui résume fort bien quelques uns des principaux matériaux statistiques sur la fréquence des tubercules dans les divers climats.
« La phthisie pulmonaire a été observée dans tous les pays , mais non pas dans tous avec une égale fréquence. Du 60e degré de latitude nord au 50e, la phthisie pulmonaire est assez rare , car sur 1,000 décès , on n'en trouve à peu près que 53 dus à la phthisie. Du 50e au 45e, elle augmente de fréquence. Ainsi à Vienne, sur 1,000 décès, la phthisie en compte 114, à Munich 107, à Berlin 71, à Londres 236 , à Paris un cinquième des décès est dû à la phthisie pulmonaire. Du 45e au 35e degré , à Marseille cette maladie enlève un quart des malades ; à Philadelphie un huitième; à Nice , dont le climat est si vanté , et où vont séjourner tant de phthisiques, un septième; à Gênes, un sixième ; à Naples, un huitième; à Milan et à Rome, un vingtième (1). Elle exerce, en général , de très grands ravages sur tout le littoral de la Méditerranée.
» En s'approchant de l'équateur, entre le 20e degré et le 10e, elle est commune aux Antilles, où elle sévit principalement sur les nègres. Elle est fréquente à Madrid, à Gibraltar et à Lisbonne , et , chose remarquable , elle est à peine connue sur le littoral africain. A Malte , dans l'archipel de la Méditerranée , elle fait de grands ravages. Quant les flottes anglaises parcourent ces parages et y séjournent , les individus à poitrine délicate y succombent bientôt à la phthisie.
» Elle exerce de grands ravages dans l'archipel Indien , aux îles Maurice, Bourbon et aux Indes orientales.
» Quoi qu'il en soit de ces résultats qui prouvent que la phthisie peut se développer sous toutes les latitudes , il est incontestable que les climats froids et secs, ou chauds et secs, jouissent aussi de cette funeste influence , témoin la fréquence des tubercules à Naples et à Marseille. Le minimum de fréquence se trouve dans les climats à température douce.
» M. Benoiston, de Châteauneuf , a exposé un résultat curieux sur les décès des soldats pris dans le nord , dans le midi et au centre de
(I) Voyez E. Carrière , Le climat de l'Italie, Paris, 1849 , in-8.
la France (1). Son relevé porte sur un espace de six ans. En voici le tableau :
Soldats nés dans le Nord. ! . 3742 décès. 296 phthisiques.
— dans le Centre. . 74 65 — 526
— dans le Midi. . . 4375 — 361 —
» D'où il suivrait que le maximum de fréquence des tubercules pulmonaires serait pour la France méridionale.
» Les tubercules se développent avec beaucoup de facilité sur les individus qui d'un pays chaud et sec passent dans un pays froid et humide. Ainsi l'île de Ceylan a, relativement à l'intérieur de l'Afrique, un climat froid et humide ; aussi les nègres qui y arrivent sontils moissonnés par la tuberculisation. Les Européens , au contraire, qui passent à un pays plus chaud y sont sujets à la dysenterie. Ces mêmes remarques ont été faites par M. Broussais, qui a constaté que les mêmes régiments français fournissaient, en Hollande, une bien plus forte proportion de phthisiques qu'en Espagne et en Italie , et par le docteur Clot-Bey, qui a remarqué que les tubercules pulmonaires . très rares en Egypte , ne se développent guère que chez les nègres du Sennaar, qui de la brûlante Nubie se trouvent transportés sous la température plus douce du nord de l'Afrique. Presque tous les animaux qui nous viennent des contrées équatoriales , renfermés dans nos ménageries , y succombent à la tuberculisation pulmonaire (2). »
M. Louis, s'appuyant sur les travaux du docteur Journée (3), dit également que les tubercules sont aussi fréquents dans les grands centres de l'Italie qu'en France et à Paris en particulier, et il combat ensuite l'opinion, théoriquement rationnelle, qu'une uniformité presque constante de température met à l'abri des tubercules. Voici ce passage: '• Malheureusement encore, cette manière de voir n'est, suivant toutes les apparences, qu'une nouvelle illusion; au moins est-ce plus que probable , si Ton consulte les tableaux statistiques , dressés par ordre du gouvernement anglais , relativement à la santé des troupes qui occupent les possessions de l'Angleterre dans les différents points du globe.
» Dans toutes ces possessions, en effet, les maladies de poitrine , aiguës ou chroniques , sont très fréquentes , bien qu'à des degrés un
(1) Annales d'hygiène publique , 1833, p. 239.
(2) Andral, Cours de pathologie interne , Paris, 1836, t. I, p. 448-450.
(3) Bulletin de l'Académie de médecine , t. III, p. 542.
CONDITIONS NORMALES DES SCROFULES ET DES TUBERCULES. 81 peu différents. Si elles sont communes au Canada et dans la Nouvelle-Écosse , elles le sont aussi dans la Méditerranée, à Gibraltar, à Malte, dans les îles. Ioniennes , aux Antilles , aux îles Bermudes et à la Jamaïque , dont la température et ses variations offrent tant de différence. Ainsi , sur 61,066 soldats observés au Canada, dans l'espace de 20 ans , 402 étaient phthisiques , ou 6,5 par mille, annuellement. La proportion a été la même pour Gibraltar, sur une pareille masse de soldats observés pendant l'espace de 1 9 ans ; et sur 11,721 observés aux îles Bermudes , pendant 20 ans, 103 étaient phthisiques , ou 8,8 par mille ; et cependant le climat des Bermudes est doux et égal , tandis que celui du Canada est extrêmement froid et exposé à de grandes et subites variations de température. » [Op. cit., p. 591 et 592.)
Il est un fait dans la statistique des tubercules dont je ne me rends pas encore suffisamment compte, c'est la disproportion qui existe entre les relevés statistiques sur la mortalité tuburculeuse dans les divers pays et celle des grands hôpitaux. Nous avons vu que la première variait entre { et \, tandis que tous les bons observateurs , qui ont fait de nombreuses autopsies à l'hôpital des Enfants à Paris, ont rencontré des tubercules sur les f des individus, même proportion que celle à laquelle est arrivé M. Louis qui dit que, d'après les faits recueillis à l'hôpital de la Charité , les § environ des malades qui succombent dans cet hôpital seraient tuberculeux [op. «'/., page 577). Nous retrouvons enfin cette même proportion dans le relevé statistique, déjà cité, de l'hôpital de Prague, où sur 1,092 sujets ouverts dans l'espace d'une année, 403 étaient tuberculeux. Cette divergence de résultats s'expliquera probablement, lorsque dans les travaux statistiques on séparera avec soin les cas de tuberculisation intense et mortelle de ceux dans lesquels une tuberculisation peu grave et peu étendue a été trouvée accidentellement, par hasard, pour ainsi dire, chez des individus qui avaient succombé à une tout autre maladie. D'un autre côté, il devient de plus en plus urgent d'examiner, par des recherches exactes, jusqu'à quel point la mortalité dans les hôpitaux correspond à la mortalité générale.
Nous avons vu que, dans nos climats tempérés , le sol et les circonstances extérieures de la vie n'exerçaient pas une grande influence sur le développement des scrofules et des tubercules , et nos documents recueillis en Suisse nous ont surtout prouvé que ni la plaine, ni la montagne , ni la ville, ni la campagne ne changeaient d'une manière bien notable la proportion de ces maladies ; mais nous
ne pouvons pas quitter ce sujet sans parler dun agent climatologique qui , dans ces dernières années , a souvent occupé l'attention du public médical : nous voulons parler de l'influence paludéenne. L'opinion que les contrées marécageuses , dans lesquelles la fièvre intermittente est endémique, offrent bien moins de cas de tubercules que les contrées plus saines , en un mot, la doctrine de l'exclusion mutuelle entre la fièvre intermittente et la phthisie, a déjà été professée il y a vingt ans par M. de Schœnlein, dans son cours de pathologie ; elle a été plus tard professée également par l'école moderne de Vienne ; mais elle a surtout trouvé des partisans parmi les médecins italiens, et, en France, c'est M. Boudin qui l'a défendue avec le plus de chaleur et qui y a attaché le plus d'importance (1). Mais il est certain que cette loi d'exclusion, formulée comme telle, renferme une étrange exagération : nous avons surtout pu nous convaincre que dans les parties marécageuses des rives du Rhône, dans le bas Valais, où la fièvre intermittente est endémique , la phthisie est également fréquente ; la même remarque a été faite par un grand nombre de médecins hollandais et belges et par M. Lefèvre (2) qui , à Rochefort, où la fièvre intermittente est endémique, a trouvé, sur 605 autopsies , 132 sujets tuberculeux. D'un autre côté, les auteurs qui défendent cette loi d'exclusion citent des faits en faveur de leur manière de voir qui ne paraissent pas sans valeur, et parmi les faits les plus récemment publiés sur cette question, nous en trouvons un qui nous paraît d'une bien grande importance, c'est l'extrême rareté des maladies scrofuleuses et tuberculeuses signalée dans une contrée de la Silésie supérieure où la fièvre intermittente est des plus endémiques, contrée qui offre en même temps un bien triste intérêt par la misère extrême qui y règne sous toutes les formes. Ce fait a été signalé par M. Virchow (3), envoyé dans cette contrée par le gouvernement prussien, au commencement de 1848, pour y étudier une épidémie de typhus qui a fait de grands ravages. Cette remarque est pour nous d'une importance d'autant plus grande que cet auteur nous est connu comme un observateur consciencieux et sage , et que dans la discussion à laquelle il soumet l'influence paludéenne sur les tubercules , il se montre tout à fait impartial et arrive même à la conclusion que s'il y a quelques contrées dans lesquelles la fièvre
(1) Annales d'hygiène publique, t. XXXIII, p. 58 ; t. XXXVI, p. 5, 304.
(2) Bulletin de l'Académie de médecine , t. X , p. 1 041 .
(3) Archiv fur pathologische anatomie, etc., t. II, p. 170 173, Berlin,
intermittente et les tubercules ne se rencontrent pas ensemble , il y en a beaucoup d'autres où les deux affections existent simultanément sans s'influencer le moins du monde, qu'il n'y a, par conséquent , point de loi d'exclusion : opinion que nous adoptons pleinement. Nous insistons sur le fait cité par M. Virchow sous un autre point de vue encore , sur la grande rareté des scrofules et des tubercules dans cette contrée de la Silésie qui, sous le rapport de l'extrême misère, n'est comparable qu'aux districts les plus malheureux de l'Irlande ; nous avons là une nouvelle preuve que si la misère peut favoriser le développement des tubercules , elle n'est pas plus que les circonstances précédemment analysées une de ses causes essentielles et constantes.
D. Les saisons ne paraissent pas être non plus au nombre des causes importantes des affections scrofuleuses et tuberculeuses ; nous avons vu les premières se développer à toute époque de l'année, et l'opinion, généralement admise, que l'hiver et le printemps sont les saisons les plus défavorables pour ces affections, n'a point été confirmée par nos observations ; quant aux tubercules, le passage suivant de l'ouvrage de M. Louis montre le peu d'influence qu'elles exercent sur leur développement. « Sur 150 malades morts de phthisie à l'hôpital de la Charité , 74 ont éprouvé les premiers symptômes de cette affection dans les mois les plus chauds de l'année (avril , mai , juin, juillet, août, septembre); 76 dans les mois les plus froids. Chez 127 autres malades admis à l'hôpital Beaujon, et pour lesquels la recherche du début de l'affection a été faite avec une grande précision , 66 l'ont contractée dans les mois les plus chauds et 61 dans les mois le plus froids. » [Op. cit., page 609.)
E. Mauvaise nourriture. Nous avons déjà vu, en passant en revue des contrées diverses du canton de Vaud, que la mauvaise nourriture ne peut aucunement être accusée de la fréquence des scrofules dans ce pays ; car non seulement l'alimentation y est généralement suffisante , mais nous avons même vu , en étudiant avec soin la contrée que nous habitions, que, sur plusieurs villages dont la nourriture et l'hygiène étaient à peu près les mêmes, la proportion des scrofules et des tubercules était tout à fait différente , et nous penchons de plus en plus vers l'opinion qu'une des principales études à faire, dans la recherche des causes des maladies endémiques , est celle des émanations telluriques. Le peu d'influence, au moins comme cause nécessaire , de la mauvaise nourriture sur la production des scrofules et des tubercules, résulte des observations de M. Virchow:
8'i ÉTIQKXUE DES TUBERCULES ET DES SCHOI-ULliS.
M. Louis est arrivé nu même résultat. MM. Rilliet et Barthez, tout en admettant l'influence de la mauvaise nourriture , montrent cependant , par leurs chiffres mêmes , que le développement des tubercules chez des enfants bien nourris a été pour le moins aussi grand que chez ceux qui l'étaient mal ; car sur 52 enfants soumis à une alimentation insuffisante ou mauvaise, 28 sont morts tuberculeux et 24 non tuberculeux ; tandis que sur 163 enfants dont l'alimentation était convenable, 98 sont morts tuberculeux et 65 non tuberculeux [op. cit., t. III, p. 103).
F. Réunion de plusieurs causes anti- hygiéniques. Nous adoptons pleinement , sur ce point , la manière de voir des auteurs que nous venons de citer, et nous ne saurions mieux la formuler qu'en reproduisant textuellement le résultat auquel ces messieurs sont arrivés par leurs recherches.
« Nous venons de rechercher l'influence isolée de chacune des causes anti-hygiéniques, et l'on a pu voir qu'il faudrait s'abuser étrangement pour admettre que la scrofule ou la tuberculisation sont exclusivement produites par l'une ou par l'autre. Nous mettons en fait qu'il est rare de voir un enfant se tuberculiser uniquement pour avoir couché dans un lieu mal aéré ou pour avoir été mal nourri. Nous croyons , au contraire , que dès que ces deux causes agissent simultanément, il en peut souvent résulter le dépôt tuberculeux. Ce que nous disons ici de l'alimentation et de la viciation de l'air, nous le répétons pour toutes les autres causes anti-hygiéniques.
Nous trouvons , en effet , que , considérant ces causes dans leur ensemble et comme un seul agent morbide , elles suffisent souvent à elles seules , et indépendamment des autres causes , pour produire la tuberculisation.
» C'est ainsi que , sur 50 enfants morts après avoir été soumis à l'influence de plusieurs causes anti- hygiéniques réunies , 34 étaient tuberculeux et 16 ne l'étaient pas. Chez 21 des premiers la tuberculisation ne reconnaissait pas d'autres causes.
.. Sur 48 enfants qui avaient été soumis à l'influence d'une seule cause anti-hygiénique , 31 sont morts tuberculeux et 17 non tuberculeux. 13 parmi les 31 tuberculeux n'avaient été soumis à l'influence d'aucune autre cause.
» Or, le rapport de 13 à 31 étant bien moindre que celui de 21 à 34, nous avons raison de conclure qu'il est plus rare de voir une seule cause anti-hygiénique que plusieurs réunies déterminer la formation des tubercules. Ce résultat pouvait facilement être prévu à
CONDITIONS NORMAf.F.S DES SCROFULES ET DES TUBERCULES. 85
priori; niais eu considérant que les 13 cas où une cause hygiénique a été seule , se trouvent avoir rapport tantôt à la mauvaise nourriture, tantôt à l'altération de l'air, tantôt à l'onanisme, on comprend combien se trouve diminuée l'influence de chacune de ces causes en particulier. .- [Op. vil., t. III , p. 104 et 105.)
G. Professions , richesse et pauvreté. L'influence des professions sur la production des scrofules doit être nulle , puisque ces maladies se manifestent dans leur plus grande fréquence avant l'âge où l'on choisit généralement une carrière ; et quant aux tubercules , nous manquons , dans l'état actuel de la science , de documents suffisants pour établir l'influence des professions : il n'en est pas de même de l'action de la richesse et de la pauvreté , et c'est encore ici le statisticien distingué de Genève, M. d'Espine, qui a fourni les documents les plus importants pour cette question, et dont le résultat est en parfait accord avec l'influence de la réunion de plusieurs causes antihygiéniques établie par MM. Rilliet et Barthez. Voici le résumé des recherches de M. d'Espine sur ce sujet : " Les décès par vice scrofuleux forment le ~~ des décès déterminés dans la mortalité générale , le des décès des riches et le jj~ de ceux des pauvres. La 1 prédisposition scrofuleuse chez les pauvres est ici aussi frappante que l'influence préservatrice de l'aisance.
» Les décès par vice tuberculeux entrent pour les clans les décès déterminés de la mortalité générale , tandis que chez les riches , il n'y a que 68 décès pour 1,000 qui se rapportent aux tubercules ; chez les pauvres , on en compte 233 pour 1,000. Ici encore on trouve une influence très prédisposante de la misère et une action préservatrice de l'aisance. Toutefois , il est bon de remarquer que Faction de ces deux causes est encore plus prononcée à propos des scrofules que des tubercules , puisque les pauvres sont six fois plus nombreux que les riches dans les décès scrofuleux, tandis qu'ils ne sont que 3 ou 4
fois plus nombreux dans les décès tuberculeux.
» Remarquons aussi le rôle beaucoup plus important que jouent les
tubercules dans la mortalité générale ; tandis que 21 individus
meurent de scrofules par 1 ,000 décès d'un pays comme le nôtre , il
en meurt 155 par mille de tubercules (1). »
(I) D'Espine, Influence de l 'aisance et de la misère sur la mortalité, dan* Annales d'hygiène pubtique, Paris, 1847, t. XXXVIII , p. 21.
§ II. Conditions morbides.
Nous avons vu dans les pages précédentes combien les prétendues causes des scrofules et des tubercules cessaient detre réelles lorsqu'on les soumettait à une analyse sérieuse. Nous en dirons autant, en général , des conditions morbides que nous allons passer en revue, et auxquelles on a assigné cependant une part très large dans le développement des affections tuberculeuses surtout.
Ce sont, avant tout, les inflammations aiguës des voies respiratoires que beaucoup d'observateurs, même d'un grand mérite, regardent comme point de départ fréquent delaphthisie. Sansposséder, sur cette question , des documents statistiques , notre attention a cependant été fixée sur ce point depuis longtemps , et chaque fois qu'un phthisique s'est présenté à notre observation , nous nous sommes assuré si réellement on pouvait faire remonter les premiers symptômes des tubercules à une pneumonie, à une pleurésie ou à un catarrhe pulmonaire ; d'un autre côté, nous avons examiné avec soin, toutes les fois que nous avons eu une de ces trois maladies à traiter, si elle était idiopathique ou symptomatique d'une affection tubercu leuse pulmonaire : nous sommes arrivé à la conclusion , nous dirons même à la conviction que , dans l'immense majorité des cas, les phlegmasies des voies respiratoires n'ont nullement pour conséquence le dépôt de tubercules dans les poumons ou à la surface de la plèvre , et que bien souvent des tubercules préexistants à ces phlegmasies sont pris à tort pour leur produit. Nous ne nions pas que chez des individus très prédisposés aux tubercules, une inflammation de ce genre, en débilitant profondément la constitution et en entretenant pendant un certain temps un mouvement fébrile , ne puisse , à la fin , provoquer le dépôt de tubercules ; mais encore les faits, dans lesquels cette possibilité est réellement prouvée , ne sont-ils pas très fréquents ; de plus, les tubercules débutent de préférence par le sommet des poumons et souvent des deux côtés à la fois , tandis que les inflammations thoraciques débutent de préférence à la base ; enfin, l'examen anatomo-pathologique ordinaire peut souvent conduire à des erreurs graves lorsqu'il n'est point aidé de l'étude microscopique. C'est ainsi qu'on peut prendre des pneumonies vésiculaires pour des tubercules avec lesquels on confond assez souvent aussi de petits fragments de fausses membranes dé-
posées à la surface des séreuses; nous avons enfin vu, au commencement de cette partie générale de notre ouvrage, que la formation et les éléments microscopiques des tubercules différaient constamment de ceux des produits phlegmasiques , et nous n'avons jamais observé de passage des uns aux autres.
Nous ajouterons que, pour le catarrhe pulmonaire en particulier, l'anamnèse bien faite nous a toujours prouvé sa parfaite innocuité par rapport à la production des tubercules : nous ne saurions trop insister sur ce fait , vu que l'opinion tout opposée a encore généralement cours parmi les médecins , et ce mot de Tissot , que les rhumes emportaient plus de gens que la peste (1) , tout contraire qu'il est à la vérité , a fait foi pendant longtemps parmi les doctrines médicales.
Tout ce qui a rapport à cette question est donc à revoir, et on ne sera en droit d'admettre l'influence réelle des phlegmasies thoraciques sur la production des tubercules , que lorsqu'on aura appuyé cette opinion sur un grand nombre d'observations tellement bien faites, que les hommes mêmes les plus sceptiques et les plus sévères en analyse seront forcés d'admettre ces faits comme inattaquables ; jusque là cette manière de voir restera une hypothèse.
La fièvre typhoïde a été signalée par MM . Rilliet et Barthez comme exerçant un véritable antagonisme à l'égard de l'affection tuberculeuse. M. Louis cependant a constaté plusieurs fois par l'autopsie l'existence de tubercules pulmonaires, en apparence tout à fait récents, . chez des individus qui avaient succombé à une fièvre typhoïde prolongée. Cette loi d'exclusion est donc, comme toutes celles du même genre, à revoir de nouveau. Nous en dirons autant de la prétendue influence d'antagonisme de la scarlatine et de la variole sur les tubercules, quoique nous nous plaisions à reconnaître que les opinions provenant d'observateurs aussi consciencieux méritent toute l'attention des pathologistes,
La coqueluche, la vaccine et la rougeole , d'après les mêmes auteurs , favoriseraient plutôt la formation des tubercules : nous ne saurions juger la question par rapport à la coqueluche; mais quant à la vaccine et à la rougeole, nous serions très disposé à partager la manière de voir de ces auteurs, et nous avons surtout vu fréquemment des tubercules glandulaires externes et des scrofules sous toutes
(1) Avis au peuple, Lausanne, 1763, p. 4 49.
M ÉT10LOGIE DES TUBERCULES Et DES SCROFULES.
leurs formes se développer très peu de temps après la vaccination
ou dans la convalescence de la rougeole.
Les maladies du cœur sont très rarement compliquées de tubercules. M. Louis n'a observé cette complication que deux fois sur 42, tandis que sur 50 cas de cancer de divers organes , il y avait 11 exemples de la complication dont il s'agit (op. cit., p. 606). Ce passage a pour nous une grande importance , parce qu'il milite en même temps contre l'opinion des pathologistes qui admettent la loi d'exclusion entre le tubercule et le cancer, loi déjà établie par Bayle et que l'école moderne de Vienne a cherché à remettre en honneur : nous avons, du reste, combattu depuis longtemps cette hypothèse.
Le rachitisme a été considéré par beaucoup de pathologistes comme ayant les plus grands rapports avec les scrofules. L'inexactitude de cette opinion a été prouvée par les beaux travaux de M. J. Guérin ; nous reviendrons plus tard sur ce point en parlant des maladies des os chez les scrofuleux ; mais nous pouvons avancer de suite que depuis longtemps nous avons été frappé de la rareté comparative des affections scrofuleuses et tuberculeuses chez les rachitiques, et, sans voir dans le rachitisme une affection préservatrice des scrofules et des tubercules, il nous paraît du moins certain qu'on ne rencontre pas ces affections plus fréquemment chez les rachitiques que chez ceux qui ne le sont pas.
La syphilis a aussi été envisagée, par un grand nombre d'auteurs, comme une des principales causes des maladies scrofuleuses ; mais personne n'a jamais apporté des documents d'une valeur réelle pour décider cette question ; par conséquent l'influence de la syphilis sur les scrofules n'est admissible que comme possibilité ou comme hypothèse. La fréquence des scrofules dans le canton de Vaud nous paraît être un argument puissant contre cette influence , car il est certain que la syphilis y est rare parmi la population de la campagne. D'un autre côté, dans les grandes villes, la sjqDhilis est proportionnellement fréquente, parmi les hommes surtout; niais comme nous possédons , dans les mercuriaux et l'iodure de potassium , des agents capables de guérir la syphilis, même constitutionnelle, dans un bien grand nombre de cas , les exemples de scrofules provenant d'une syphilis héréditaire modifiée devraient par cela même constituer l'exception et non la règle. Quant aux manifestations des scrofules et de la syphilis, elles sont tellement différentes sous la plupart des rapports qu'aucun observateur attentif ne peut aujourd'hui admettre leur identité. M. Alibert, avec son esprit aussi superficiel
qu'ingénieux , avait l'habitude de présenter dans ses cours , comme preuve de l'influence de ta syphilis sur les scrofules , un vieillard atteint depuis de longues années d'une syphilis pour laquelle il n'avait jamais subi de traitement, et dont les enfants et les petits-enfants étaient devenus scrofuleux. La valeur d'une telle preuve ne se discute pas.
Parmi les maladies endémiques dont on a invoqué et l'influence sur les scrofules et même la nature scrofuleuse, il ne faut pas oublier le goitre et le crétinisme. Hufeland n'a-t-il pas dit, dans son langage plus pittoresque que juste, que , dans le crétinisme , l'homme entier devenait scrofule. Or, rien de plus faux : le goitre , d'abord, est une maladie tout à fait indépendante des scrofules; l'anatomie pathologique n'y démontre qu'un travail hypertrophique , général ou partiel, avec transformation kysteuse, crétacée, etc. ; mais rien de plus rare que d'y rencontrer de la matière tuberculeuse; la glande thyroïde est aussi un de ces organes qui s'enflamment rarement d'une manière spontanée; déplus, le goitre se développe de préférence après la puberté, et nous l'avons en général observé un bien plus grand nombre de fois chez des individus qui n'étaient ni scrofuleux ni tuberculeux, que chez ceux qui étaient atteints de l'une ou l'autre de ces maladies.
Quant au crétinisme, nous avons eu l'occasion d'en faire une étude approfondie, ayant pratiqué pendant longtemps dans un pays où ce lléau n'est pas rare, et ayant été chargé plus tard par la Société helvétique des sciences naturelles , de faire des recherches statistiques sur ce mal endémique. Après» avoir examiné un très grand nombre de ces malheureux, nous avons pu nous convaincre qu'on ne rencontrait parmi eux ni plus de scrofuleux ni plus de tuberculeux que < !iez des individus non crétins, et qu'en outre la manifestation, les signes caractéristiques du crétinisme étaient totalement différents de la phénoménologie des scrofules. Nous allons, à l'appui de cette opinion , donner ici une esquisse très succincte des principaux caractères du crétinisme.
Nous en admettons deux degrés liés du reste entre eux par des transitions progressives. Dans les contrées où ce mal est fortement endémique, telles que certaines parties du Valais et la vallée d'Aoste, beaucoup de personnes , douées d'ailleurs d'une bonne intelligence , offrent dans leur aspect extérieur quelque rapport avec celui des crétins.
Les individus atteints du crétinisme au premier degré, jouissent encore d'une faible lueur d'intelligence ; ln mémoire et la faculté
d'imitation sont parfois assez développées ; leur visage accuse un mélange d'hébétement et de stupidité , avec une certaine expression de ruse 5 l'ouïe est d'ordinaire incomplète; le langage est pesant et difficile à comprendre , leur démarche chancelante , leur taille audessous de la moyenne ; ils ont un caractère calme et indifférent , mais ils se montrent reconnaissants des services qu'on peut leur rendre ; leur état sanitaire ne diffère guère de celui de la population non crétine de la contrée qu'ils habitent.
Le crétinisme d'un degré plus avancé offre ces mêmes caractères, mais d'une manière plus prononcée. D'après des mesures comparatives prises sur 40 individus crétins et sur 40 individus non crétins du même âge , nous avons trouvé la taille des premiers de ± plus petite ; leur crâne m'a paru , au commencement, démesurément développé ; mais des mesures plus exactes m'ont prouvé qu'il n'y avait que disproportion de développement : c'est ainsi que la partie antérieure de la tête est moins développée, tandis que les parties moyenne et postérieure le sont davantage ; le diamètre et la courbe fronto-occipitale sont les mêmes chez le crétin que chez le non crétin ; mais le diamètre bi-pariétal est en moyenne de ~ plus petit chez le crétin. La hauteur du front est de | plus petite; la circonférence du crâne n'offre point de différence ; la largeur du front est de | et la hauteur de la figure de ~ plus petite ; le nez , ordinairement large à sa base, paraît assez souvent comme écrasé dans le sens de la longueur ; la vue est généralement meilleure chez eux que les autres organes des sens , cependant ils sont souvent strabiques ou présentent au moins une déviation de la symétrie des deux axes oculaires. L'ouïe est peu développée; le mutisme y est fréquent et même souvent chez ceux qui ne sont pas sourds ou qui ne le sont qu'à un léger degré. Quoique la surdi-mutité ne soit pas rare chez les crétins, ce n'est cependant que chez eux que nous avons observé du mutisme sans surdité. Le sens du goût est dépravé, et ils mangent avec voracité , souvent sans répugnance , les choses les plus dégoûtantes ; la couleur des cheveux varie , comme le teint , selon la race à laquelle ces malheureux appartiennent. Un fait curieux est l'absence presque constante de la barbe chez le vrai crétin. Leur physionomie est ordinairement très insignifiante et stupide à un haut degré; quelquefois cependant elle exprime la colère, le contentement et même la moquerie, défaut auquel ils sont très enclins ; c'était pour moi une scène des plus tristement risibles que de voir, à l'hôpital de Sion en Valais, tout un groupe de ces malheureux se moquant
tous les uns des autres par le geste et par le regard. En général, ils se comprennent entre eux par des signes beaucoup mieux qu'on ne serait disposé à le croire .Leurs dents et leurs gencives ne sont généralement pas aussi mauvaises que quelques auteurs l'ont prétendu ; mais j'ai été frappé de l'usure beaucoup plus grande des dents incisives et canines chez les crétins que chez les non crétins. Leurs chairs sont flasques et leur force musculaire est bien au-dessous de la moyenne. Ils ont une démarche non seulement incertaine et chancelante, mais manquant même de tout rhythme et de toute régularité. La respiration est souvent bruyante chez ceux qui ont des goitres volumineux ; ce bruit me paraît plutôt produit par la compression des nerfs récurrents que par l'altération du calibre de la trachée. Il serait inexact d'admettre l'existence constante du goitre chez les crétins; j'en ai vu beaucoup et à un très haut degré qui ne présentaient pas de trace d'engorgement de la glande thyroïde ; mais il est vrai de dire que, sur un nombre égal de crétins et de non crétins, les premiers offrent au moins deux fois plus de goitres que les derniers. La circulation du sang est généralement lente chez eux, et leurs extrémités restent souvent froides, même pendant les temps les plus chauds ; aussi recherchent-ils volontiers l'ardeur du soleil. Les individus atteints de crétinisme au plus haut point sont malpropres, incapables de toute occupation; les désirs sexuels sont souvent très développés chez eux, et ils peuvent pousser l'onanisme à un degré effrayant ; ils manquent, du reste , complètement de pudeur. Leur santé n'est pas généralement très mauvaise , et même , dans le crétinisme le plus avancé, les affections scrofuleuses n'offrent guère un degré de fréquence plus grand que chez les non crétins.
Il résulte de ce tableau , ainsi que de tout ce que nous savons sur cette triste infirmité, que le crétinisme consiste essentiellement dans un développement incomplet des centres nerveux, principalement de l'intelligence et des organes des sens, et que, de plus, le crétinisme, dans sa nature intime, est essentiellement différent des affections scrofuleuses et tuberculeuses.
Si nous résumons maintenant tout ce que nous venons de dire sur l'étiologie des scrofules et des tubercules, nous arrivons aux conclusions suivantes.
1° Les affections tuberculeuses , fréquentes à tout âge, vont surtout en augmentant, quant à leur fréquence, vers le milieu de la vie, tandis que les scrofules s'observent de préférence entre 5 et 20 ans, et deviennent beaucoup plus rares passé 20 ans.
92 ÉTIOLOGIE DKS TI'BERCUf.ES ET DES SCROFULES.
2° La puberté paraît être retardée cIipz les jeunes filles scrofuleuses.
3° La prédisposition des sexes pour les maladies tuberculeuses paraît varier selon les pays : c'est ainsi qu'il y a, à Paris et pour l'Angleterre prise en masse, prédominance du sexe féminin dans les décès tuberculeux ; à Genève , à Prague , à Londres , il y a , par contre, une légère prédominance chez les hommes.
4° Nous n'avons pas constaté de prédominance générale d'un sexe sur l'autre , ni pour la tuberculisation des glandes lymphatiques externes, ni pour les scrofules prises dans leur ensemble ; mais il existe des différences marquées pour les diverses formes de ces dernières : c'est ainsi que , dans nos relevés , les maladies articulaires étaient d'un tiers plus fréquentes chez les hommes ; les abcès et les ulcères étaient d'un sixième plus fréquents chez les hommes ; l'ophthalmie était d'un sixième plus fréquente chez les-femmes 5 les affections du système osseux ne montraient point de différence notable sous ce rapport.
5° Rien ne prouve l'influence directe du genre de tempérament sur l'existence ou la non-existence des scrofules et des tubercules.
6° L'habitus scrofuleux, avec les caractères qu'on lui assigne, ne s'est rencontré que sur un septième environ de nos scrofuleux. L'habitus désigné comme phthisique est plus souvent un effet des tubercules qu'un élément prédisposant.
7° L'influence de la constitution comme prédisposant aux scrofules ou aux tubercules est, pour le moins, douteuse dans l'état actuel de la science.
8° L'hérédité n'a été constatée que sur un tiers de nos malades atteints de scrofules pures , et sur un sixième de ceux atteints de tubercules sans complication scrofuleuse. Elle a été plus fréquente lorsque ces deux maladies coexistaient ensemble.
9° Un seul élément hygiénique vicieux ne peut point être regardé comme suffisant pour provoquer les scrofules ou les tubercules. Ce n'est que la réunion d'un certain nombre de conditions anti-hygiéniques qui exerce une influence réelle sur la production de ces maladies ; de là la fréquence plus grande parmi les pauvres que parmi les riches, un peu plus grande aussi dans les villes qu'à la campagne.
10° Il est certain aussi que la réunion des meilleures conditions hygiéniques ne suffit point pour empêcher le développement des scrofules et des tubercules, même dans une assez forte proportion , par rapport à la population.
COM)lTIOi\S MORBIDES. 93
J 1° Les conditions que l'on a regardées comme propres à empêcher le développement des tubercules telles que, par exemple, le séjour dans les contrées marécageuses, n'ont point cette propriété , du moins à en juger par la géographie médicale envisagée sur une assez grande échelle, car cette espèce d'exclusion entre les lièvres de marais et les tubercules paraît réellement exister pour quelques contrées.
12° Ni les climats chauds, ni les climats froids ne préservent des affections tuberculeuses et scrofuleuses que l'on rencontre à peu près partout en assez forte proportion, quand on fait des recherches statistiques suffisantes. Les différences de fréquence par rapport aux climats sont, en général , peu considérables , et celles que l'on a signalées comme très grandes ne reposent sur aucun document.
13° On serait donc très tenté de croire que les* scrofules et les tubercules régnent, dans une proportion donnée, dans toute l'espèce humaine en général , mais que cette proportion peut varier légèrement selon les pays.
14° L'influence des saisons sur la production des scrofules et des tubercules a été plutôt exagérée par la théorie (les hypothèses) que prouvée par l'observation.
15° L'influence des professions doit être nulle pour les scrofules , vu que ces maladies se développent , en général , sur des individus qui n'ont pas encore fait choix d'une profession ; pour les tubercules, cette influence n'est pas prouvée par de bons documents.
16° L'influence des phlegmasies thoraciques sur la production des tubercules pulmonaires , admise par beaucoup d'auteurs , ne repose point sur des preuves suffisantes.
17° La vaccine et la rougeole sont, parmi les maladies éruptives, celles qui peuvent prédisposer aux scrofules et aux tubercules.
18° Le rachitisme est une affection essentiellement différente des scrofules et des tubercules, et ne doit aucunement être compté parmi leurs causes prédisposantes.
19° Envisager les scrofules comme provenant, dans la généralité des cas, d'une syphilis modifiée et transmise comme telle des parents aux enfants, est une hypothèse purement gratuite.
20° Il est également erroné de trouver une corrélation causale ou pathogénique entre le goitre et le crétinisme d'un côté, et les affections scrofuleuses et tuberculeuses de l'autre.
21° Les véritables causes de ces maladies nous sont donc entiè-
rement inconnues , et toute leur étiologie se borne à la connaissance partielle et bien imparfaite de quelques unes des circonstances au milieu desquelles on observe les scrofules et les tubercules.