‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 87 sur 98 · C. Symptômes du côté des organes de la digestion · texte numérisé non relu

C. Symptômes du côté des organes de la digestion

12° Langue. Malgré la fréquence des affections graves de l'estomac et des intestins dans le cours de la phthisie, la langue est bien loin d'être l'indice de la nature, le baromètre, pour ainsi dire, de ces maladies, comme on l'a trop souvent prétendu. Nous savons surtout aujourd'hui qu'il n'est pas exact de considérer la rougeur de la pointe et des bords de la langue comme un indice de la gastrite. Les changements que nous observons dans l'état de la langue dépendent généralement beaucoup plus de l'état fébrile que des lésions locales ; nous en voyons l'exemple le plus frappant dans le cancer de l'estomac , ou , en l'absence ordinaire de fièvre, la langue est d'une netteté parfaite. Dans la phthisie, aussi , nous n'observons un enduit blanc ou jaunâtre de la langue que lorsque les malades

sont arrivés à cette période où la fièvre est devenue continue. Quant aux exsudations pultacées et aux aphthes que l'on observe vers la fin, on les voit dans les maladies chroniques les plus diverses lorsque les malades ont été réduits à un degré très prononcé de marasme.

13° Soif. Ce symptôme, qui n'offre également rien de caractéristique, est aussi en relation directe avec l'état fébrile, et peut s'augmenter notablement sous l'influence de la déperdition aqueuse, abondante, soit par la transpiration, soit par la diarrhée.

14° Appétit. L'appétit se conserve tant qu'il n'y a point de lésions importantes à l'estomac. Il n'est pas même notablement troublé tant qu'il n'existe qu'une fièvre modérée, ce qui permet encore aux malades de bien se nourrir. La conservation de l'appétit est une des conditions les plus essentielles pour empêcher la phthisie d'arriver promptement à son dernier terme. A mesure que la membrane muqueuse gastrique devient le siège d'un travail phlegmasique, l'appétit se dérange et devient irrégulier, et lorsque cette muqueuse est devenue le siège d'un ramollissement un peu étendu , l'anorexie devient peu à peu complète.

15° Digestion. Elle reste généralement bonne tant que les symptômes d'unegastrite chronique ne se sont pas manifestés; elle devient laborieuse et de plus en plus difficile à mesure que la muqueuse gastrique se congestionne, s'enflamme et s'altère dans sa structure.

16° Douleurs épiyaslriques. Comme les troubles de la digestion, ces douleurs, soit spontanées, soit excitées par la pression, répondent aussi à l'intensité et à l'étendue des désordres locaux de l'estomac.

17° Nausées et vomissements . Abstraction faite des vomissements, pour ainsi dire mécaniques, qu'amènent chez les phthisiques les fortes quintes de toux après les repas, des nausées et des vomissements habituels ne surviennent que fort tard, et sont l'indice et la conséquence du ramollissement d'une partie de la muqueuse gastrique.

En réfléchissant sur la valeur de tous ces symptômes, nous sommes de nouveau frappé du fait que nous avons déjà remarqué en analysant nos observations sur le cancer de l'estomac, c'est que c'est principalement l'altération de structure, et surtout le ramollissement de la membrane muqueuse , qui donnent lieu à la plupart des troubles fonctionnels ; et lorsqu'on trouve à l'autopsie des désordres matériels considérables, des tumeurs cancéreuses étendues, par exemple, qui ont paru exister à l'état presque latent, sans donner lieu à

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des douleurs épigastriques, aux nausées et aux vomissements , à coup sûr la muqueuse gastrique ne se trouvera que peu altérée. Un autre point sur lequel nous attirons toute l'attention des médecins, c'est que la gastrite chronique, surtout celle qui n'est pas due à un ulcère simple , non cancéreux , ne se rencontre , en thèse générale, que lorsqu'il existe un cancer de l'estomac, ou lorsque le malade est atteint de phthisie pulmonaire. Or, chaque fois qu'on aura constaté chez un malade dont la digestion s'est dérangée depuis quelque temps, chez lequel l'anorexie, les douleurs épigastriques, les nausées et les vomissements sont peu à peu survenus, qu'il y a absence de lésions organiques de l'estomac , il faut rechercher avec le plus grand soin l'existence de tubercules pulmonaires : car il est d'observation que des symptômes gastriques très prononcés peuvent masquer jusqu'à un certain point les signes de la phthisie. Il pourrait même arriver à des praticiens inattentifs d'attribuer une toux de médiocre intensité au dérangement des fonctions digestives ; or ce que les praticiens désignent sous le nom de toux gastrique n'est autre chose, lorsqu'on y regarde de plus près , qu'une tuberculisation pulmonaire compliquée de gastrite chronique.

Nous ne pouvons mieux terminer l'analyse des symptômes gastriques qu'en citant textuellement le résumé qu'en donne M. Louis : « En résume, des symptômes plus ou moins graves répondaient à la plupart des lésions de la membrane muqueuse de l'estomac. Quand elle était ramollie et amincie, la perte de l'appétit, les nausées, les vomissements bilieux , les douleurs épigastriques, avaient presque toujours lieu, et ordinairement longtemps avant la mort. Quand elle était enflammée dans la partie correspondante, à la face antérieure de l'estomac seulement, les symptômes étaient beaucoup moins énergiques , généralement moins nombreux et de moins longue durée : l'anorexie était plus ou moins complète; il y avait des nausées , des douleurs à l'épigastre, mais à un degré peu considérable, et chez la quatrième partie des malades, des vomissements. Les symptômes étaient encore les mêmes dans les cas d'ulcérations larges et uniques, ou petites et nombreuses. Quand l'inflammation était bornée à la partie de la membrane muqueuse qui revêt le grand cul-desac, il n'y avait pas de vomissements; les nausées, les douleurs à l'épigastre étaient fort rares, et cette absence de symptômes chez un grand nombre de sujets doit faire penser que l'inflammation dont il s'agit débutait le plus ordinairement dans les derniers jours de la vie, peut-être même, dans quelques cas, comme la péripneu-

monie et la pleurésie, dans les dernières vingt-quatre ou quarantehuit heures. Enfin, aucun symptôme n'annonçait, d'une manière positive, l'état mamelonné de la membrane muqueuse de l'estomac ; et quand on la trouvait universellement rouge, sans altération d'épaisseur ou de consistance, une partie des malades avaient éprouvé, deux ou trois jours avant la mort, des nausées et des douleurs à l'épigastre (1). »

18' Diarrhée. Avant d'entrer dans quelques détails sur ce symptôme, nous insistons sur l'influence considérable que les troubles fonctionnels des organes de la digestion exercent sur la marche de la phthisie. Et si, d'un côté, l'analyse de tous les éléments qui rendent cette maladie si fâcheuse la dépouille d'un principe toxique spécial, cette étude, d'un autre côté, nous rend bien compte du fait que les phthisiques doivent plutôt les principales altérations de leur santé au trouble porté dans les fonctions physiologiques les plus essentielles de la nutrition. Parmi les deux causes qui opposent à la vie l'obstacle matériel le plus grave , il faut compter l'ingestion de matériaux incomplets, tels que l'air mal élaboré par des poumons en partie imperméables et des aliments mal assimilés par un estomac eu partie ramolli, et en seconde ligne une déperdition de substances qui dépasse de beaucoup la quantité des matériaux ingérés, déperdition qui est la conséquence des sueurs colliquatives et d'une diarrhée abondante et prolongée. En fixant son attention sur ces points, on y trouve des raisons bien simples et bien naturelles pour expliquer l'état phthisique qui est la conséquence des tubercules.

La diarrhée , un des symptômes les plus constants dans le cours de cette maladie , survient rarement au début ; ce n'est qu'exceptionnellement aussi qu'elle ne se montre qu'à la fin seulement ; le plus souvent elle se manifeste au début de la seconde période, à une époque où le tube digestif est déjà placé sous la double influence délétère de la tuberculisation et de la diathèse phlegmasique ulcéreuse secondaire.

Il ne faut cependant pas perdre de vue qu'il y a un certain nombre de tuberculeux chez lesquels la diarrhée ne survient à aucune époque de la maladie. Lorsque la diarrhée commence, elle est d'abord rare et intermittente, et alterne souvent avec des garde-robes naturelles ou avec une disposition à la constipation. Au début, elle n'est pas accompagnée non plus de coliques, qui plus tard surviennent surtout au moment où le besoin d'aller à la selle devient de

fi) Louis, op. cil., p. 246.

H Û TUBEHCULISATION INTERNE.

plus en plus fréquent. Le ventre n'est du reste que peu ou point douloureux à la pression ; mais avec les progrès de la maladie il perd souvent de sa souplesse et montre surtout du ballonnement. Le nombre des selles liquides est. en moyenne, de 2 ou 3 par 24 heures; elles deviennent plus fréquentes vers la fin, et chez quelques malades le nombre des garde-robes va jusqu'à 10 et au delà pendant toute la durée du dévoiement. Les selles sont très liquides, jaunâtres , fétides ; au microscope on y trouve surtout des éléments biliaires, beaucoup de débris d'épithélium , de nombreux cristaux , les traces d'aliments mal assimilés, du mucus, du sérum, rarement les éléments du sang pur, et plus rarement encore ceux du pus. Ce n'est que lorsqu'il existe une inflammation vive ou des ulcères dans le rectum qu'on observe des mucosités sanguinolentes dans les selles, qui alors sont ordinairement accompagnées d'épreintes et de ténesme. On comprendra facilement que la continuité "et l'abondance de la diarrhée accélère notablement la terminaison fatale.

19o Foie. Quoique à l'autopsie on trouve souvent le foie gras, il est cependant rare que l'on puisse rattacher à cet organe des symptômes particuliers ; on peut soupçonner cet état lorsque le foie dépasse les fausses côtes de plusieurs travers de doigt, et lorsqu'il offre en même temps un empâtement uniforme avec matité à la percussion. Nous avons observé un cas dans lequel le foie était énormément hypertrophié, et s'étendait jusqu'au-dessous de la crête iliaque; et si nous n'avions pas pratiqué avec soin l'auscultation et la percussion , nous aurions pu croire à une maladie essentielle du foie , et méconnaître la tuberculisation pulmonaire. L'hydropisie qui accompagne quelques autres maladies du foie n'est guère la conséquence de l'état gras. Quant aux symptômes propres à la tuberculisation étendue du foie, nous ne pouvons guère en indiquer, vu que sur trois cas de ce genre , dans lesquels nous avons examiné avec détail les pièces anatomiques , nous n'avons observé avec suite qu'un seul malade, et encore avions-nous méconnu la tuberculisation hépatique pendant la vie, toute notre attention ayant été fixée sur les symptômes cérébraux que présentait en même temps ce malade. On pourrait soupçonner une tuberculisation étendue du foie, lorsqu'on observe chez un phthisique un foie volumineux, inégal et bosselé; il y aurait plus de probabilité alors qu'on ait affaire à des tubercules qu'à des tumeurs cancéreuses dans cet organe.

20° Raie. Elle ne donne généralement lieu à aucun symptôme dans le cours de la phthisie. On est en droit de la soupçonner

tuberculeuse lorsque sou volume est augmenté , alors que cette augmentation de volume ne tient point à l'existence antérieure de fièvres intermittentes de longue durée.

21° Péritoine. On est certainement allé trop loin en décrivant, sous le nom de péritonite tuberculeuse, le dépôt de cette matière dans les diverses portions du péritoine ; il est vrai qu'autour de ces productions étrangères, il se fait souvent un travail congestif ou pl legmasique ; une péritonite plus étendue peut même en être la conséquence, mais les tubercules, dans tous ces cas, sont la cause et non l'effet de l'inflammation. Voici les symptômes auxquels on peut reconnaître cette maladie : Le ventre devient plus volumineux ; la sonorité diminue par places . tandis que le son est tympanique dans d'autres; une fluctuation, d'abord douteuse et obscure, se manifeste Bientôt avec plus de netteté, surtout chez l'adulte; en palpant avec soin on trouve une rénitence de l'abdomen , ou partielle, ou plus étendue. Lorsque la maladie fait des progrès , les anses intestinales, fixées par des adhérences, se dessinent pour ainsi dire à travers les parois abdominales. Il est rare que l'on sente des tumeurs distinctes. Le ventre est le siège de douleurs habituelles , mais plutôt sourdes et accompagnées d'un grand malaise, qu'intenses et aiguës, comme dans la péritonite ordinaire; ces douleurs vagues sont augmentées par la percussion et la pression : on n'observe ni diarrhée ni vomissements, et lorsque ces symptômes existent, ils sont plutôt dus à une complication du côté de l'estomac ou des intestins. L'œdème des membres inférieurs est plus fréquent chez l'adulte que pendant l'enfance. Quelques signes indiqués par MM. Rilliet et Barthez, tels que l'état luisant de la peau du ventre, la dilatation veineuse et une desquamation continuelle, n'appartiennent qu'à une période très avancée de la maladie. Le diagnostic de l'affection tuberculeuse du péritoine est ordinairement facilité par l'existence simultanée des tubercules dans d'autres organes , et surtout dans les poumons ; on observe en même temps l'amaigrissement , la perte des forces, l'état fébrile , etc. J'ai cependant rencontré un cas chez un adulte, où le péritoine avait été le seul organe tuberculeux, et d'une manière plus étendue que je ne l'ai jamais observé nulle part ; et j'avoue que tout en reconnaissant une affection organique du péritoine comme cause de la maladie, ce n'est qu'à l'autopsie que tous mes doutes furent levés, car auparavant il était tout aussi bien permis de penser à une affection cancéreuse qu'à des tubercules.

Pendant l'enfance, la phthisie péritonéale essentielle est bien

'l» TUBERCULISATION JM LltNL.

plus fréquente ; MM. Rilliet et Barthez apportent que 12 fois clans leurs observations la phthisie péritonéale a débuté d'emblée. Ces mêmes auteurs ont aussi signalé l'existence d'une péritonite non tuberculeuse chez des enfants tuberculeux, mais les symptômes qu'ils indiquent n'offrent rien de spécifique , ce qui rendrait son diagnostic sur le vivant très difficile. Nous avons vu plus haut que la péritonite tuberculeuse se terminait quelquefois par perforation, lorsque l'épanchement intestinal se faisait dans la-cavité de l'abdomen ; on voit survenir alors les symptômes d'une péritonite suraiguë, douleurs intenses, de grandes angoisses, vomissements, ballonnement considérable, le tout suivi d'une mort rapide. Lorsque la portion d'intestin où la perforation a lieu est fixée aux parois abdominales et entourée d'adhérences et de masses tuberculeuses , cette perforation n'offre, dans ces cas, d'autres phénomènes que ceux d'un abcès ordinaire, qui, en s'ouvrant au dehors, établit un anus contre nature ; mal des plus incommodes , mais infiniment moins grave que l'épanchement des matières fécales clans la cavité abdominale.

22° Mésentère. Latuberculisation du mésentère, si fréquente pourtant , est une de celles qui passent le plus souvent inaperçues ; et si les praticiens peu familiers avec l'observation exacte croient la reconnaître souvent sur le vivant, c'est qu'ils sont alors ordinairement aussi peu versés en pathologie qu'en anatomie pathologique. Sans cela ils sauraient que la maladie désignée sous le nom de carreau n'est qu'un terme insignifiant sous lequel on cache son ignorance en confondant entre elles les maladies les plus diverses, telles que le gros ventre des enfants rachitiques, l'entéro-colite simple, l'affection tuberculeuse et ulcéreuse des intestins chez les enfants phthisiques , et bien souvent enfin l'affection tuberculeuse du péritoine. Mais, de l'aveu des meilleurs pathologistes modernes, le dépôt tuberculeux dans les glandes du mésentère ne donne que très exceptionnellement lieu à des tumeurs, et il faut pour cela qu'il existe des paquets volumineux à la fois et superficiels de ces glandes malades. Ainsi, ordinairement inaccessibles au toucher, ne donnant le plus souvent point lieu à des signes de compression, n'ayant que peu de tendance au ramollissement et à la suppuration, on conçoit combien il est difficile de diagnostiquer cette affection. Ne savonsnous du reste pas, par l'étude de la fièvre typhoïde , qu'à une époque où ces glandes sont énormément tuméfiées , aucun symptôme positif ne vient révéler cette altération.

D. Centres nerveux.

23° Méninges. La symptomatologie de l'affection tuberculeuse des méninges, et du travail phlegmasique qui en est la conséquence , est une des plus belles conquêtes de la méthode exacte appliquée à la pathologie. Les auteurs qui ont précédé notre génération médicale ont non seulement commis l'erreur grossière de ne pas voir les mille granulations dont la pie-mère est parsemée dans ces cas, et d'envisager comme une lésion essentielle l'épanchement séreux des ventricules, mais ils donnent même des signes si peu précis pour le diagnostic de l'hydrocéphale aiguë, qu'il est impossible, d'après leur description de reconnaître avec certitude cette maladie si grave et si constamment mortelle. Et ici encore nous voyons tout le vague de ces descriptions lorsque tous ces auteurs citent des guérisons de cette affection. Aujourd'hui, grâce aux travaux de Rufz, de Gérhard , de Rilliet et Barthez, de Lédiberder et de Valleix , les signes distinctifs de la méningite tuberculeuse sont des mieux étudiés et des plus positivement connus.

Cette maladie est bien plus fréquente pendant l'enfance que chez l'adulte. Infiniment rare pendant la première année, elle se montre de loin en loin avant l'âge de 5 ans, atteint sa plus grande fréquence entre 6 et 10, et devient de nouveau plus rare entre 10 et 15 ans, pour ne se montrer que dans des cas exceptionnels chez l'adulte jusqu'à 40 ans.

Il résulte de l'appréciation de tous les matériaux recueillis chez les auteurs que nous venons de citer, que dans la généralité des cas cette affection est propre aux phthisiques , et que les cas dans lesquels il n'y a point de tubercules dans d'autres organes ne constituent que des exceptions. Nous avons observé dernièrement la plupart des symptômes d'une méningite tuberculeuse chez un enfant de quatre mois chez lequel l'autopsie nous a montré une tuberculisation avancée des poumons, des glandes bronchiques, du mésentère, mais chez lequel les méninges étaient le siège d'une phlegmasie simple sans dépôt tuberculeux. Des cas de ce genre ont été observés aussi par MM. Rilliet et Barthez.

Le début de la maladie a tantôt lieu dans le courant d'une phthisie bien caractérisée, tantôt au milieu d'une santé en apparence bonne. En pareil cas, les tubercules peuvent exister à l'état latent et granuleux dans les poumons et dans les autres organes, ou même dans des cas exceptionnels ils peuvent débuter par les méninges, comme cela s'observe quelquefois aussi pour le péritoine. Le début

718 TUBERCULISATION INTERNE.

est caractérisé par des maux de tête d'intensité variable, mais persistants, accompagnés de vomissements qui paraissent indépendants des repas. En même temps les malades éprouvent de la tristesse, des malaises et de la mauvaise humeur. Tous ces symptômes cependant n'ont rien de pathognomonique ; mais bientôt la première période de la maladie se dessine d'une manière plus nette : la céphalalgie est devenue générale et continue, plus prononcée au front; les petits malades poussent souvent des cris aigus désignés sous le nom de cris hydrocèphaliques , symptôme qui cependant est loin d'être pathognomonique; ils commencent à être assoupis; la face est pâle, mais elle devient momentanément rouge; le regard est lent , étonné et comme hébété ; des vomissements bilieux ont lieu surtout pendant les premiers jours , et se répètent deux ou trois fois par jour ; ces vomissements manquent quelquefois, quoique rarement. La plupart des malades sont constipés. Ils sont généralement très faibles, quoique quelques-uns ne gardent pas le lit dès le début; le pouls est fréquent au commencement, surtout lorsqu'il n'a point existé auparavant d'état fébrile. On observe chez les phthisiques une amélioration trompeuse des symptômes pectoraux. Le diagnostic , pendant cette première période , résulte plutôt de l'ensemble des symptômes que de chacun en particulier.

Ce n'est qu'insensiblement que les malades passent de la première période à la seconde. Dans celle-ci ils ne se plaignent presque plus de maux de tête ; il survient un délire tantôt agité, tantôt tranquille, alternant avec de la somnolence que l'on voit passer peu à peu à l'état comateux; la face pâle exprime de la stupeur et devient le siège de contractions involontaires qui bientôt sont remplacées par de véritables convulsions. Celles-ci, cependant*, sont le plus souvent, partielles , occupant les yeux, la face ou un des membres; on observe quelquefois de la roideur et de la contracture dans les membres; la paralysie est rare et toujours partielle, la sensibilité est parfois exaltée. M. Valleix a signalé des douleurs vives survenant dans les grands mouvements des membres. Plus tard la sensibilité cutanée est émoussée ou abolie ; les pupilles se dilatent et sont moins contractiles qu'à, l'état normal; il y a souvent inégalité entre les deux pupilles , on observe parfois le strabisme ; l'état des sens est difficile à déterminer à. cause de l'altération de l'intelligence ; les déjections alvines deviennent involontaires; le pouls, souvent lent et déprimé au début et tombant alors au-dessous de son rhythme normal, s'accélère vers la fin, au point que l'on compte jusqu'à 120

à 140 pulsations et au delà par minute; en même temps il devient irrégulier et intermittent ; la soif est vive, la langue sèche et couverte de fuliginosités ; la faiblesse est extrême, la chaleur de la peau augmente, et l'on observe des sueurs visqueuses. Vers la fin, la respiration devient inégale et très gênée , et la mort est précédée de soubresauts des tendons et de carphologie. Nous avons vu parfois des malades reprendre une lueur d'intelligence peu de temps avant la terminaison fatale ; les rémissions apparentes qui surviennent dans le courant de la maladie ne portent en général que sur quelques symptômes.

La durée moyenne est de 11 à 20 jours avec un minimum de 7 et un maximum de 67 jours .

24" Cerveau. Quoique les tubercules du cerveau ne soient pas très rares et existent quelquefois en masses considérables, il est cependant souvent bien difficile d'en reconnaître l'existence pendant la vie. En général, ils ne se forment qu'à une époque où la phthisie pulmonaire est déjà assez avancée ; mais comme ils peuvent exister à l'état latent pendant longtemps , on n'est en droit de les soupçonner que lorsqu'on voit survenir chez un phlhisique des symptômes cérébraux différents de ceux que nous venons d'indiquer comme caractérisant la tuberculisation des méninges. La céphalalgie plus ou moins continue est un des symptômes qui donnent l'éveil ; puis, après qu'elle a duré un certain temps , il survient des accès épileptiformes qui se reproduisent à des intervalles irréguliers, mais de plus en plus rapprochés; ces accès laissent après eux une faiblesse musculaire dans l'un ou les deux membres , et ordinairement du même côté, qui se termine par la paralysie. On observe dans ces cas toutes les diverses formes d'hémiplégie qui même se terminent quelquefois par la contracture des membres. Chez quelques malades on voit survenir une altération de la vue , du strabisme , de la cécité , la dilatation des pupilles; l'intelligence s'altère et ces troubles vont jusqu'à son abolition complète ; quelques malades ont du délire tranquille ou agité, fréquent ou ne se monlrant que de loin en loin. Tous ces symptômes montrent une grande irrégularité, et n'ont en outre rien de pathognomonique pour les tubercules ; on les observe tout aussi bien dans les tumeurs cérébrales les plus diverses : c'est l'existence des tubercules dans d'autres organes, et dans les poumons surtout , ainsi que l'état phthisique général , qui rendra l'existence des tubercules cérébraux probable , lorsqu'on constatera le cortège de tous ces symptômes .

TUHFJtf.l'r.lSATÎON INTERNE.

E. Symptômes du côté des organes tjénito-urinaires.

25° JReins. Lorsqu'il n'y a qu'un petit nombre de tubercules dans les reins, l'autopsie seule en révèle l'existence; mais lorsqu'il y en a un grand nombre et qu'ils ont surtout passé à l'état de ramollissement, on peut quelquefois diagnostiquer la tuberculisation des reins par les signes suivants : a. La présence d'une tumeur située dans lu région rénale , dans un des flancs, faisant soupçonner par sa position et par ses autres symptômes qu'elle appartient aux reins, b. Des douleurs fixes correspondant également à la région rénale et se prolongeant quelquefois le long des urétères. c. L'état des urines donne dans ces cas les renseignements les plus importants : lorsqu'elles sont troubles , fétides , d'une émission difficile , lorsqu'au microscope on y trouve des globules du sang et du pus , on est en droit de soupçonner une altération tuberculeuse des reins. Nous n'avons pas pu trouver jusqu'à présent de la matière tuberculeuse dans les urines , et nous ferons observer que tous ces caractères indiqués des urines peuvent aussi appartenir à l'inflammation purulente, à l'existence d'abcès multiples dans le tissu des reins : nous avons rapporté plus haut une observation de ce genre; cependant lorsque ces signes se rencontrent chez un phthisique, il y a plus de probabilité qu'on ait affaire à des tubercules dans les reins qu'à des abcès. Quant à l'hydropisie, elle n'est nullement pathognomonique pour cette affection, elle appartient plutôt à l'albuminurie, qui en effet complique quelquefois la phthisie; pour notre compte nous l'avons observée plusieurs fois dans ces circonstances, et tout dernièrement encore nous avons trouvé dans un rapport de l'hôpital de Prague , que sur 20 cas de maladie de Bright, on avait noté 4 fois l'existence simultanée d'une affection tuberculeuse des poumons. On recon- X naîtra cette complication lorsqu'on constatera à la fois une anasarque assez étendue et la présence de l'albumine dans les urines ; mais pour que ce symptôme ait toute sa valeur, il faut compléter l'examen chimique ordinaire avec la réaction par l'ammoniaque, et soumettre aussi les urines à l'examen microscopique ; car l'albumine peut tenir à la présence des éléments du pus et du sang dans les urines, qui , comme nous l'avons vu, s'y rencontrent dans les circonstances les plus diverses (1).

(1) Voyez Rayer, Traité des maladies des reins et, des altérations de ht sécrétion urinaire, Paris, 1840, t. II, p. 322 et suiv.

pATiioLotiii;. 721 Lorsqu'il n'existe point de maladie locale dans les reins, les urines n'offrent point de changements particuliers chez les phthisiques et leur état trouble et sédimenteux est principalement en rapport avec le mouvement fébrile ; aussi les trouve-t-on à l'état normal lorsqu'il n'y a point de fièvre.

Les organes génitaux de l'homme sont quelquefois le siège du dépôt tuberculeux, soit dans la prostate, soit dans les vésicules séminales , mais comme il n'existe guère de symptômes caractéristiques dans ces cas , nous ne nous y arrêterons point.

*2(j° Testicules. Parmi les diverses parties des organes génitourinaires , ce sont sans contredit les testicules qui offrent le plus souvent des altérations tuberculeuses. Cette altération, d'après M. Velpeau, est souvent locale et bornée à ces organes. Tant que les tubercules n'existent qu'à l'état cru et qu'ils sont d'un petit volume , on ne sent que des duretés , soit au centre du tissu élastique des testicules, soit à leur surface , et dans ces cas elles se présentent sous la forme de bosselures ou de petites nodosités ; parfois le mal se montre surtout dans l'épididyme. Ces tumeurs sont du reste le plus souvent indolentes, et ce n'est que dans la période de ramollissement que la formation des abcès donne lieu à des souffrances passagères. Comme dans les glandes, on voit souvent des tubercules rester longtemps à l'état de crudité, tandis que d'autres, placés dans leur voisinage, subissent la fonte purulente , ce qui fait que cette maladie est des plus tenaces et des plus chroniques , et peut durer pendant plusieurs années lorsque la tuberculisation des testicules est multiple. Le travail phlegmasique qui s'établit autour des tubercules, une fois qu'ils sont ramollis, a le double inconvénient d'entretenir pendant longtemps des ouvertures fistuleuses qui sont le siège habituel d'un suintement purulent et de provoquer, tout autour des fistules et des tubercules, une transformation fibro-pl astique qui peut faire disparaître en majeure partie ou complètement le tissu propre de ces glandes; aussi la perte de la virilité en est-elle alors la conséquence.

Il existe généralement parmi le public, et même parmi beaucoup de médecins, l'opinion que les phthisiques ont une très grande propension à se livrer aux plaisirs vénériens. Mais M. Louis a déjà prouvé que ce fait n'était point exact ; non seulement l'observation directe prouve qu'il n'en est rien , mais il était naturel de penser que l'affaiblissement général de la constitution devait avoir une conséquence tout opposée.

722 TUBERCULISA.TION INTERNE.

27° Organes génitaux de la femme. La tuberculisation de la matrice et des ovaires étant en elle-même rare et toujours secondaire , on comprendra aisément que nous n'ayons rien à dire sur leur sj'mptomatologie ; aussi est-ce plutôt sur l'état fonctionnel de ces organes que nous aurons quelques remarques à faire.

On sait que la menstruation cesse le plus souvent au début de la maladie, après qu'il y a eu pendant quelque temps de l'irrégularité dans les menstrues. Chez quelques malades il n'y a guère d'altération notable de ces fonctions, si ce n'est lorsque la phthisie est tout à fait chronique. Dans d'autres cas de ce genre, nous avons vu les époques revenir avec une certaine régularité lorsque l'affection tuberculeuse devenait stationnaire , ce qui était accompagné d'une cessation de la fièvre et d'une amélioration de l'état de la nutritition, et les règles cessaient de paraître de nouveau , lorsque l'état stationnaire faisait place à une recrudescence de la maladie. M. Louis a constaté une coïncidence fréquente entre l'état fébrile et l'altération des fonctions menstruelles. Il serait curieux de voir si ces femmes étaient aptes à la conception malgré l'absence des règles ; à priori cela est très peu probable. Quant à l'influence de la grossesse sur les tubercules, c'est une erreur de croire qu'elle soit salutaire et que la grossesse suspende momentanément la marche de la maladie. Les médecins , habitués à voir partout un but de prévoyance dans la nature, ont invoqué ce fait en faveur de leur optimisme ; mais il faut d'abord voir si les faits sur lesquels on base de pareilles conclusions sont exacts. L'observation démontre que la suspension spontanée que nous observons quelquefois dans la phthisie à marche lente rend suffisamment compte de la coïncidence qui peut avoir lieu entre cette amélioration et la grossesse ; en outre la phthisie se développe quelquefois dans le courant même de la grossesse, et alors on conçoit aisément que pendant sa première période elle donne lieu à des symptômes bien moins apparents que plus tard : de là encore l'apparente bénignité de la phthisie pendant la grossesse. Le raisonnement enfin permet d'élever encore quelques objections contre cette prétendue suspension. Nous avons vu que dans la phthisie confirmée, accompagnée surtout de fièvre, les règles cessaient de paraître ; or, comme les règles ne sont que la conséquence de la maturation et de la chute des ovules, et que ceux-ci doivent avoir quitté les follicules de Graaf, pour que la fécondation soit possible, il est infiniment peu probable que les personnes dont les règles ne coulent pas pendant quelque temps soient aptes pendant tout ce temps à devenir enceintes. Voilà donc des arguments

qui prouvent avec quelle réserve on doit envisager cette prétendue action salutaire de la grossesse sur la phthisie. Un fait qui a contribué encore à accréditer cette manière fautive de voir, c'est que la phthisie, même à marche lente, prend quelquefois une marche beaucoup plus rapide et promptement funeste après l'accouchementfait qui n'a rien d'étonnant lorsqu'on tient compte de la disposition pyogénique si intimement liée à l'état puerpéral.

F. Symptômes qui dépendent de l'état général.

28° Teint. Quelle que soit la coloration du visage avant l'invasion ou au début de la phthisie , on observe généralement qu'à mesure qu'elle fait des progrès , elle s'accompagne d'une pâleur de plus en plus prononcée, et ce n'est que pendant les exaoerbations delà fièvre qu'on observe, chez un certain ;. ombre de malades, la rougeur plaquée aux pommettes. A mesure que la pâleur fait des progrès, les joues deviennent de plus en plus caves, et les lèvres ainsi que les gencives, qui ont encore conservé pendant quelque temps leur teinte rose, prennent de plus en plus part à l'anémie générale.

29° Habitus phlhisique . Les auteurs anciens ont beaucoup insisté sur l'habitude particulière du corps que l'on observe chez les phthisiques, et l'on sait qu'ils considèrent surtout comme prédisposant à la phthisie une conformation étroite du thorax avec saillie plus ou moins prononcée des clavicules et des omoplates; mais, d'un côté, on constate au moins aussi souvent l'existence des tubercules pulmonaires chez les individus qui ont la poitrine parfaitement bien conformée ; et d'un autre côté, on prend souvent l'effet d'une phthisie commençante, qui produit cet amaigrissement des parois thoraciques, pour une cause prédisposante, parce que les praticiens qui ne sont pas au courant de toutes les connaissances modernes sur la phthisie ne la reconnaissent souvent que lorsqu'elle a déjà duré quelque temps. Nous n'attachons pas plus de valeur à la conformation particulière des ongles allongés et recourbés, désignés sous le nom d'ongles hippocratiques, que l'on a indiqués comme particuliers àl'habitus phlhisique, et qui, lorsqu'on les observe, ne sont qu'un effet de l'amaigrissement consécutif à la maladie.

30° Forces. La perte des forces est aussi un des symptômes les plus constants dans la phthisie, et elle survient souvent de si bonne heure que, lorsqu'elle existe à côté de signes encore douteux, perceptibles par la percussion et par l'auscultation , elle donne à ceux-ci

l'2h TUIIMCULISATION INTERNE.

une bien plus grande valeur pour le diagnostic. Le plus souvent on observe un affaiblissement graduel qui commence de bonne heure dans la première période et va croissant jusqu'à la fin; d'autres Ibis la perte des forces est moins appréciable, quoique continue ; chez quelques malades enfin il y a pour ce symptôme, comme pour les autres, une véritable suspension, et l'on voit des malades, chez lesquels la phthisie s'arrête momentanément , reprendre des forces au point qu'ils peuvent revenir à leurs occupations habituelles.

31° Embonpoint . La perte de l'embonpoint va ordinairement de pair avec celle des forces , et tout ce que nous avons dit de celle-ci s'applique également à l'amaigrissement qui est souvent même un des premiers changements dans la santé qui frappe les malades. Quant à ses progrès plus ou moins rapides, ils dépendent surtout de la prédominance de quelques uns des symptômes. C'est ainsi qu'une inflammation chronique de l'estomac, qui déjà produit la maigreur en toute autre circonstance, lui fait faire des progrès rapides dans la phthisie. Il en est de même delà diarrhée et des sueurs colliquatives, et le symptôme enfin qui lui fait faire le plus de progrès est un état fébrile intense et continu. La maigreur porte surtout au début sur les parties cellulo-graisseuses , et plus tard les muscles perdent à leur tour leur volume et leur fermeté ; aussi le squelette devient-il de plus en plus apparent à travers les téguments, et il n'y a guère d'affections qui réduisent davantage les malades au dernier degré de marasme que la phthisie. ce qui lui a même valu ce nom par lequel ou désigne, dans toutes leslangues, la tuberculisation interne dont le marasme n'est absolument que la conséquence tout à fait secondaire.

Marche et durée de la tuberculisation interne. 11 paraîtrait, au premier abord, bien difficile de fixer la marche et la durée d'une maladie dont le minimum est de vingt jours et dont le maximum dépasse autant d'années, Mais cette difficulté n'existe que pour les esprits, malheureusement trop nombreux, qui, par amour du paradoxe, attribuent une telle valeur aux exceptions, qu'ils croient pouvoir renverser à leur faveur les règles générales les mieux établies en pathologie. En réalité, les cas de phthisie aiguë , aussi bien que les cas de tubercules internes àmarche très lente, constituent l'exception, et en moyenne il résulte des travaux statistiques de tous les bons observateurs que la phthisie parcourt ses différentes périodes dans l'espace d'un an ou deux. La durée moyenne trouvée par M. Louis, dans :207 cas, a été de quatorze mois.

.Vous reviendrons sur ce point. Mnis il nous reste avant tout à faira

ia i noi.ut.li:. TU)

quelques remarques sur la phthisie à marche aiguë, qui, dans des cas infiniment raves, se termine d'une manière fâcheuse dans l'espace de quelques semaines, dont la durée moyenne est de un à deux mois, et qui peut durer jusqu'à quatre-vingts jours et trois mois. 11 faut surtout être prévenu, et bien des pathologistes de nos jours ont attiré l'attention sur cepoint.que la phthisie peut débuter exactement comme une maladie aiguë fébrile, et commencer par un accès de frisson suivi de chaleur, de douleurs de tête, de soif, d'anorexie, de prostration des forces, symptômes qui peuvent aussi appartenir à la fièvre typhoïde. Cependant , en examinant les malades avec beaucoup de soin , on constatera bientôt l'absence de quelques uns des symptômes essentiels de l'affection typhoïde, tels que les taches rosées lenticulaires, la douleur iléo-cœcale, le ballonnement du ventre , les changements successifs qui surviennent à la langue, etc.; et en étudiant tous les organes avec attention , on sera bientôt obligé de fixer plus particulièrement son attention sur les organes de la respiration, carde bonne heure ces malades sont pris d'une oppression assez notable, d'une toux sèche, fréquente et incommode. En percutant et en auscultant la poitrine, on reconnaît parfois de bonne heure les signes caractéristiques de la phthisie commençante; mais lors même qu'on ne les perçoit pas , on peut également supposer que telle est la véritable nature delà maladie, lorsqu'à côté de l'absence de quelques uns des principaux signes de la fièvre typhoïde, on constate la toux et l'oppression, on s'assure de l'absence des signes physiques de la pneumonie, de la pleurésie et de la bronchite capillaire. Bien que munis detoutes ces connaissances, il arrivera, mêmeà de bons observateurs, de se tromper quelquefois clans des circonstances pareilles ; mais la difficulté du diagnostic, loin de décourager, est un stimulant de plus et donne une valeur d'autant plus grande à l'observation consciencieuse et approfondie.

Chez quelques malades , le début n'est pas aigu et fébrile; une toux sèche et incommode, la diminution des forces et de l'embonpoint attirent seules l'attention des malades ; quelquefois une partie de ces symptômes se passent du côté du larynx, et le malade tousse et paraît enroué, surtout après avoir fatigué sa voix. On ne saurait être assez attentif dans ces cas-là, et le médecin doit soupçonner l'existence d'une tuberculisation commençante des poumons chaque fois qu'une toux, survenue sans cause connue et surtout sans l'existence préalable d'un rhume , s'accompagnera de l'amaigrissement et de la diminution des forces.

726 TUBERCULISAT10N INTERNE.

Lu phthisie à marche très lente peut se reconnaître surtout par l'examen physique de la poitrine ; et quant à la phthisie à marche ordinaire, tout ce que nous avons dit précédemment lui est à peu près applicable.

Il faut enfin avoir toujours présent à l'esprit que les symptômes qui accélèrent le plus la marche de la phthisie sont la fièvre , les sueurs nocturnes abondantes, les troubles de la digestion et la diarrhée. La méningite tuberculeuse abrège aussi la maladie ; les hémorrhagies pulmonaires abondantes, ainsi que les perforations pulmonaires ou intestinales, peuvent également entraîner la mort longtemps avant que l'évolution destructive des tubercules pulmonaires ait entraîné dans sa marche la terminaison funeste.

Nous avons vu que M. Louis fixait à quatorze mois la durée moyenne de la phthisie : il n'a point, sous ce rapport, constaté de différence selon les sexes , mais bien selon l'âge des malades, et la jeunesse prédispose, suivant lui, à une marche plus rapide. En effet, elle a été de onze mois dix-sept jours chez des malades âgés de quinze à trente ans ; de seize mois vingt jours chez ceux âgés de trente à quarante-cinq ans , et de dix-sept mois sept jours chez les malades âgés de quarante-cinq à soixante ans. Il a en outre observé que la marche de la phthisie était plus lente chez les personnes faibles que chez celles qui étaient douées d'une constitution forte.

Il faut aussi tenir compte, quoique ces cas ne soient pas fréquents, des morts subites qui surviennent quelquefois dans le courant de la phthisie sans cause bien appréciable. Il y a enfin une forme de phthisie dont la marche est très insidieuse par la nature latente des symptômes . On observe chez quelques malades les symptômes généraux de la phthisie , tels que la fièvre , la perte des forces et de l'embonpoint , une diarrhée opiniâtre , sans qu'il y ait ni toux , ni expectoration; mais comme ces cas-là font supposer, par leur chronicité et leur nature rebelle aux meilleurs traitements, que leur dernière cause est une maladie organique, il faut alors toujours examiner avec soin la poitrine, et l'on découvrira souvent les caractères non douteux de la tuberculisation pulmonaire, sans que d'autres signes l'aient fait découvrir.

Pendant l'enfance, la marche de la phthisie paraît encore plus rapide que passé l'âge de quinze ans, et d'après MM. Rilliet et Barthez, elle parcourt en moyenne son évolution entre trois et sept mois. Ces auteurs ont aussi observé pendant l'enfance l'existence de la phthisie aiguë et de la forme qui ressemble à la fièvre typhoïde. Ils

ont assigné à la forme aiguë de la tuberculisation des limites assez vagues, depuis seize à dix-huit jours jusqu'à soixante ou quatrevingts, et ils indiquent comme maximum de durée de laphthisie chronique celle de vingt-deux mois.

Nous avons indiqué dans la partie générale de notre ouvrage l'étiologie comparative des scrofules et des tubercules , aussi n'y reviendrons-nous pas ici. Quant au diagnostic, nous renvoyons aux aphorismes que contiendront les conclusions de ce chapitre, et nous y ferons ressortir la valeur de chaque symptôme ; nous arrivons donc au pronostic de la tuberculisation interne

Pronostic. Les opinions sur la curabilité de la phthisie ont été extrêmement variées dans les diverses époques de l'histoire de la médecine ; et si nous parcourons surtout les auteurs anciens jusqu'à la fin du siècle dernier, et même un bon nombre d'auteurs beaucoup plus récents, nous y trouvons un si grand nombre de remèdes indiqués comme guérissant la phthisie , que nous sommes étonné à la fois et déçu, après les avoir expérimentés avec soin, de ne pas reconnaître cette propriété à un seul de ces moyens : on est donc forcé d'admettre que le diagnostic était souvent erroné , et que l'on confondait avec la tuberculisation interne les maladies chroniques les plus diverses des voies respiratoires.

Lorsqu'après la découverte de Laënnee, et après la belle mono graphie de M. Louis, on avait reconnu toute la gravité de la maladie, la phthisie passa pendant longtemps comme tout à fait incurable, et l'on avait raison de rejeter comme incertains tous les casdanslesquels le diagnostic n'avait point été établi d'une manière sûre : depuis lors, les progrès de l'anatomie pathologique ont montré que beaucoup de personnes avaient eu des tubercules à une époque bien antérieure à la mort, et que ceux-ci avaient guéri soit par la transformation crétacée des tubercules crus, soit par la cicatrisation fibreuse des excavations. Outre ces cas dans lesquels l'affection tuberculeuse avait été, pour ainsi dire , latente, les meilleurs observateurs ont signalé des cas dans lesquels ils avaient vu s'arrêter et guérir des phthisies tuberculeuses dont l'existence ne pouvait pas être révoquée en doute. J'ai vu en ville, avec M. Louis, une malade qui avait eu antérieurement une affection tuberculeuse des poumons qui l'avait réduite au dernier degré de marasme, et pour laquelle elle avait passé plusieurs années en Italie, où, contre toute espérance, sa santé s'était considérablement améliorée ; lorsque nous l'avons vue à Paris, elle ne toussait plus depuis plusieurs années, et

7*28 TÛBERCÙLTSATION ÏNTERNE.

l'auscultation pratiquée avec soin nous fit reconnaître les traces d'une ancienne tuberculisation. Cette dame m'a affirmé que son père avait été poitrinaire clans sa jeunesse, qu'il s'était peu à peu guéri, et qu'après avoir joui d'une bonne santé pendant bien des années, il était mort phthinque à l'âge de cinquante-deux ans. Un de mes amis, médecin fort distingué à Genève, a été jugé tuberculeux par les meilleurs médecins de Paris, il y a une quinzaine d'années. Apreavoir été réduit à un degré assez avancé de marasme, il s'est peu à peu remis, et il jouit depuis longtemps d'une bonne santé dont il s'est aussi bien servi dans l'intérêt de ses malades que dans celui de la science, qu'il a dotée de plusieurs travaux fort remarquables.

On peut donc admettre que la phthisie peut guérir, et plus souvent, lorsque les tubercules existent en petit nombre que lorsque le mal est plus étendu. Mais il n'est pas moins vrai que la plupart des phthisiques qui se présentent à notre observation succombent tôt ou tard à cette maladie. Le pronostic est donc toujours grave dè> qu'on a constaté l'existence des tubercules internes. Cette gravit''' peut être modifiée selon les circonstances suivantes. Plus les individus sont jeunes, plus la marche est rapide; le pronostic est donc meilleur pour les personnes qui ont passé trente ans, et qui sont plutôt d'une constitution faible : toutefois , nous avons observé la phthisie aiguë, même dans ces circonstances. Le pronostic est meilleur lorsque la marche est lente, et que la maladie, arrivée à la seconde période, n'est point accompagnée de fièvre. Il est beaucoup plus grave lorsque, peu de temps après le début, la fièvre devient continue et se montre, quoique avec des rémissions, même dans la matinée. Les malades dans les familles desquels la phthisie est héréditaire, et affecte ordinairement une marche assez rapide, se trouvent également dans de mauvaises conditions une fois que la phthisie est bien confirmée chez eux. Le pronostic est bien plus favorable tant que l'affection tuberculeuse n'a pas encore produit cette viciation de la constitution qui a pour conséquences les lésions secondaires : parmi celles-ci, les affections du tube digestif sont les plus graves , parce que la gastrite chronique oppose le plus grand obstacle à la nutrition, en même temps que la diarrhée hâte le marasme par suite de la déperdition continuelle de substance. La méningite tuberculeuse, dès qu'elle est bien constatée, est toujours d'un pronostic mortel ; on peut prédire alors la terminaison funeste dans l'espace de peu de semaines. La péritonite tuberculeuse n'est pas, à beaucoup près, d'un pronostii aussi fâcheux ; cependant elle accélère également la marche de la

TIIÉKAIMiUTHJUE. m

phthisie. La pleurésie exerce, comme nous avons vu plus haut, une bien plus funeste influence, lorsqu'elle est accompagnée d'épanchement, que la pneumonie, qui est proportionnellement bien moins gravé dans la phthisie peu avancée , tandis qu'elle l'est bien plus lorsqu'elle survient à une époque où l'évolution tuberculeuse a par couru la majeure partie de la seconde période.

La perforation pulmonaire est constamment mortelle ; mais nous ;ivons vu que la mort pouvait ne survenir que quelques semaines après; elle l'est bien plus promptement lorsque le point perforé n'est pas entouré d'adhérences qui le cernent de tous côtés. Des hémopt v^ies abondantes, qui se répètent à plusieurs reprises, influent aussi d'une manière fâcheuse sur la marchç de la maladie.

En thèse générale , une maladie à laquelle succombe à peu près un sixième des habitants de la zone tempérée doit être regardée comme la maladie la plus funeste au genre humain.

§ III. Thérapeutique de la tuberculisation interne.

S il est une maladie dont le traitement, depuis les temps les plus reculés, a occupé toute la sollicitude des médecins, c'est assurément la phthisie pulmonaire ; mais, malgré tous les efforts des médecins les plus distingués de toutes les époques, cette cruelle affection s'est constamment jouée des traitements les mieux combinés, et en apparence les plus rationnels, et aujourd'hui encore voyons-nous tous les jours de prétendus spécifiques échouer devant l'observation sévère et impartiale : il est donc démontré pour nous qu'il n'existe pas de moyen, dans toute la matière médicale, qui soit capable d'exercer une action directe sur les phases d'évolution des tubercules, conviction malheureusement partagée par les pathologistes les plus sérieux de notre époque.

Ce n'est pas cependant sans avoir essayé tour à tour les moyens les plus accrédités que nous sommes arrivé à cette conviction. Une pratique très étendue dans le canton de Vaud nous a fourni, pendant onze ans, l'occasion d'observer la tuberculisation interne sous toutes ses formes ; et comme, pendant tout ce temps, notre clientèle s'étendait dans tout le Bas-Valais, ce canton nous a, plus encore que la partie inférieure de la vallée du Rhône du côté vaudois, fourni l'occasion d'observer de nombreux phthisiques. Nous avons vu, en outre, tant dans les hôpitaux de Suisse que dans ceux de France et d' Allemagnè, expérimenter contre cette maladie un assez grand nombre de

médicaments et de méthodes: c'est donc avccpleine connaissance de cause que nous sommes arrivé à ce triste résultat final. Est-ce à dire que , ne possédant point de spécifique contre la phthisie, le rôle du médecin doive se borner à la simple expectation? Nous ne le pensons pas, et nous allons prouver dans les pages suivantes que le praticien habile possède encore bien des moyens pour ralentir parfois la marche de la maladie, et pour soulager assez efficacement la plupart des souffrances des pauvres phthisiques.

Beaucoup de praticiens qui sont arrivés comme nous à la conviction qu'il n'existe pas de spécifique, expriment l'espérance que les progrès ultérieurs de la science nous feront un jour découvrir un moyen capable de guérir la tuberculisation. Si c'est un vœu, nous le partageons du fond de notre cœur, car trop souvent nous avons regretté amèrement de ne pas avoir à notre disposition un moyen directement curatif. Mais si c'est une espérance, nous ne savons réellement pas sur quoi elle se fonde, car il ne faut pas nous dissimuler que nous sommes là devant un des problèmes les plus complexes. 11 faut qu'un tel moyen soit capable à la fois de faire résorber la matière tuberculeuse déposée en quantité notable dans les organes internes, qu'il empêche la matière tuberculeuse déjà déposée de se ramollir, et d'exciter ainsi autour d'elle un travail phlegmasique ; il faut enfin, et c'est là le point essentiel, que ce spécifique empêche l'excrétion de dépôts nouveaux et successifs de tubercules . or le même moyen devrait donc faire absorber la matière tuberculeuse, ce qui ne peut se faire que par le torrent circulatoire , et empêcher en même temps sa formation nouvelle, ce qui s'adresse également aux voies circulatoires et au sang, dans lequel le germe de la matière tuberculeuse devrait être neutralisé avant son excrétion. Quant à l'absorption du tubercule, il y a encore une autre difficulté bien grande , c'est que ce produit morbide , ne contenant point de vaisseaux sanguins , doit être par cela même d'une absorption très difficile. De plus, la physiologie pathologique nous apprend que si nous sommes quelquefois assez heureux pour guérir l'hypertrophie d'un organe, que si nous pouvons également faire résorber les produits phlegmasiques , nous sommes cependant jusqu'à présent sans ressources contre toute la classe de produits morbides que nous désignons sous le nom d'accidentels. L'histoire des tumeurs nous apprend en effet qu'il n'y a que la chirurgie qui puisse faire disparaître les tumeurs graisseuses, athéromateuses, érectiles, cartilagineuses, etc.; et ce qui s'applique à ces tumeurs bénignes, en connexion pour la

plupart avec l'organisme par des vaisseaux , est à plus forte raison applicable au tubercule et au cancer : pourtant, dans la plupart de ces tumeurs, il s'agit demaladirsextérieurescontrelesquelles on possède, outre les ressources de la médication interne , celles du traitement local.

J'avoue que d'après toutes ces considérations il me paraît infiniment peu probable qu'on trouve un jour un moyen capable d'exercer une action spécifique sur les affections tuberculeuses ; et si cette vérité, peut-être, paraissait à beaucoup de médecins cruelle à prononcer, nous leur rappellerons que, s'il est bon de mettre du cœur dans le traitement des malades, il est plus nécessaire encore de faire la science avec l'intelligence et le raisonnement., qu'avec le cœur et l'imagination.

Avant de passer aux détails de la thérapeutique, il faut que nous rappelions de nouveau les principales indications à remplir en l'absence d'un moyen curatif direct.

Donner à l'organisme la force pour lutter contre un mal qu'on ne peut pas atteindre dans sa nature intime , surveiller avec soin et sauvegarder autant que possible les organes respiratoires qui reçoivent les premières atteintes du mal, combattre la tendance aux affections pblegmasiques secondaires dans la par tie supérieure des voies respiratoires et dans le tube digestif ; combattre enfin , dans la seconde période, les inflammations secondaires qui dépendent indirectement de la diathèse tuberculeuse, diriger le traitement contre les colliquations bronchiques, cutanées et intestinales; calmer enfin pendant toute la durée de la maladie les douleurs et les souffrances, tel est le but que , dans l'état actuel delà science , le médecin doit se proposer d'atteindre.

Nous plaçons en première ligne le traitement hygiénique , aussi c'est par celui-ci que nous allons cotnmencer; nous passerons ensuite en revue les principaux médicaments, ainsi que les méthodes de traitement les plus importantes proposées contre laphthisie, et nous en discuterons la valeur. Nous indiquerons ensuite le traitement qui nous paraît le plus rationnel contre les symptômes les plus essentiels de la tuberculisation interne , et en dernier lieu nous exposerons les modifications du traitement selon les périodes et la marche de la maladie.

A. Traitement hygiénique.

I" Novrriture. Il n'y a certainement pas de maladie dans laquelle

732 THÉRAPEUTIQUE J)E LA TU BERCUL1SATÏ0N INTERNE,

il soit aussi important de régler l'alimentation des malades et toute l'hygiène en général comme dans la phthisie. L'hygiène doit naturellement différer selon les divers âges et selon la période de la maladie. Le régime que l'on fait suivre dans la phthisie commençante est en môme temps celui que l'on doit prescrire lorsqu'on craint le développement de tubercules internes, celui en un mot du traitement préservatif. Quant aux très jeunes enfants, il est avant tout essentiel de leur choisir une bonne nourriture et de les placer danles conditions les plus favorables pour avoir un bon lait. 11 faut sevrer ces enfants plus tard que ceux dont la santé ne donne pas celte inquiétude. Ce ne sera que passé un an ou quinze mois qu'on les éloignera de leur nourrice après leur avoir déjà donné antérieurement l'habitude de prendre d'autres aliments (1). Unè fois sevrés, on surveillera avec un soin extrême toutes les fonctions et a vant tout la préparation de leurs aliments. On leur donnera pour nourriture du bon bouillon de viande, des potages aux fécules , de la gelée de viande, on leur fera sucer de bonne heure des viandes de bonne qualité et rôties dans leur jus ; on leur donnera pour boisson habituelle du bon lait de vache ou de chèvre que l'on coupera avec une infusion aromatique de graines de fenouil ou de fleurs de camomille si l'enfanta des coliques. Lorsque les enfants ont passé dix-huit mois ou deux ans on commencera à leur faire boire un peu d'eau rougie avec du vin de Bordeaux, on ajoutera à leur nourriture du café de glands, des œufs que l'on mettra dans les potages ou bouillons, des légumes de saison , on leur fera manger de la viande finement divisée ; on fera faire à ces jeunes malades quatre repas tout au plus dans les vingt-quatre heures, donton placera les deux plus forts dans le milieu du jour; on surveillera bien leur sommeil, et, selon le conseil de M. Louis, on leur fera prendre quelques gouttes de sirop diacode si le manque d'un sommeil suffisant donnait des inquiétudes par rapport aux forces. Il faudrait, en outre, avoir soin de tenir le ventre libre et d'éviter autant la constipation que la diarrhée ; on combattra la première par des lavements ou des petites doses de calomel de 2 ou 3 centigrammes , prises le soir , ou par de petites doses de magnésie calcinée. S'il y avait du dévoiement, on prescrirait une alimentation féculente et des lavements amylacés.

(1) Consultez l'intéressant ouvrage de M. le docteur A. Donné : Conseil* aux mères sur l'allaitement et sur la manière d'élever les enfants nowaaU-nés Paris, 1846 , in- 12.

TRAITEMENT HYGIÉNIQUE. 733 Un régime bien ordonné, dans la seconde moitié de l'enfance, à. l'approche de la puberté, et chez l'adulte, n'est pas moins une condition indispensable pour avoir quelque prise sur la maladie. Quant à la distribution des repas, elle doit être semblable à celle que nous avons indiquée plus haut : des aliments liquides et légers , café de glands, etc., dans la matinée; les repas plus succulents dans le milieu du jour , un premier entre dix et onze , un second entre deux et quatre heures , et un simple potage le soir pour que le travail de la digestion ne trouble pas la nuit et ne soit pas troublé lui-même par ta fièvre, toujours plus forte le soir.

En fait d'aliments liquides, il faut placer au premier rang le bouillon et le laitage ; nous parlerons tout à l'heure avec détail de ce dernier. Le bouillon doit être de bonne qualité, le bouillon de bœuf et celui de poulet sont sans contredit les meilleurs ; quant au bouillon gélatineux, de poumon de veau, de tortue, etc., rien ne prouve sa supériorité. Comme c'est un aliment qui peut être pris à toutes les périodes et pendant toute la durée de la phthisie, il est bon de le préparer de façon à ce qu'il flatte en même temps le goût, en faisant entrer dans sa confection des légumes d'un goût agréable , tels que les carottes , les navets, le cerfeuil , etc., auxquels on peut ajouter des amandes décortiquées pour le rendre en même temps légèrement calmant contre la toux. Si les malades ont de la disposition aux sueurs colliquatives, il faut éviter de donner le bouillon chaud. Les malades peuvent en prendre deux à trois Ibis dans les vingt-quatre heures ; on peut le rendre plus nourrissant en y délayant un jaune d'œuf. Parmi les potages, on peut donner alternativement ceux au bouillon , au lait ou au beurre , et le meilleur ingrédient à y ajouter >era toute la classe de fécules dont on a un assez grand nombre d'espèces diverses pour ne pas fatiguer le malade par une trop grande uniformité. La farine de riz, le sagou, le tapioka, le salep, la fécule de pomme de terre, celle de maïs, la semoule, le gruau d'avoine ou d'orge, le vermicelle, les petites pâtes d'Italie, etc., offrent sous ce rapport une variété suffisante.

Les œufs peuvent également être donnés sous diverses formes : brouillés, à la coque, sur le plat, etc. ; le malade aura soin de ne manger que le jaune; l'albumine coagulée étant plus difficilement assimilable.

Tant que les organes digestifs seront en bon état et que le malade n'aura point de dévoiement, on peut lui donner de bons légumes, et il sera même utile de ne pas le tenir à un régime exclusivement ani-

malisé. Parmi les légumes verts, ce sont les épinards , la chicorée et la laitue qui conviendront le mieux ; en fait de racines , ce seront les salsifis , les scorsonères, qui seront de la digestion la plus facile ; les légumineuses , petits pois, haricots, etc., conviennent surtout à l'état frais , mais bien moins comme légumes conservés et desséchés. Les pommes de terre grillées, bouillies ou en purée, du riz, etc., permettront de varier encore plus cette partie du régime. Tant qu'il n'y a pas de la diarrhée , des fruits bien mûrs , fraises , cerises , raisins, etc., conviendront également; le pain doit être blanc et de bonne qualité .

En fait de nourriture animalisée, c'est surtout dans la classe des mollusques , des poissons, des oiseaux et des quadrupèdes qu'il faut choisir alternativement, les aliments des malades. Les plus agréables des mollusques et les plus facilement supportés sont les huîtres. Le bouillon d'escargots a été de tous temps très vanté comme aliment dans la phthisie ; lorsqu'on veut en faire usage, il est bon de faire jeûner ces mollusques pendant quelques jours , et de les laisser pendant quelques minutes dans de l'eau bouillante que l'on jette ensuite, avant de les employer pour faire du bouillon .

Le poisson est également une fort bonne nourriture, pourvu qu'on ait soin que sa préparation ne soit ni trop grasse, ni assaisonnée par une sauce de trop haut goût. Le choix ici est assez grand. En fait de poisson de mer, on a la sole , le maquereau, le merlan , le turbot, le hareng frais, etc. ; en fait de poisson d'eau douce, la carpe, le brochet, la petite ou la grande truite, le saumon frais, etc. Quant aux viandes, on choisira alternativement entre les viandes blanches et les viandes noires ; de la volaille , poulets ou chapons : du veau , soit des côtelettes, soit le ris de veau, soit le filet rôti ; le bœuf ou le mouton rôtis, le pigeon, et même en fait de venaison, le lièvre et les perdreaux permettront de varier ainsi les aliments des malades. Quant aux viandes fumées et salées , il vaut mieux en être très sobre : il est bon en général d'éviter les aliments gras, acides, épicés ou fortement salés.

La meilleure boisson aux repas, surtout au début, est une bière légère de bonne qualité ou de l'eau rougie avec du vin de Mâcon ou de Bordeaux ; on pourra aussi couper le vin avec une eau ferrugineuse comme celle de Bussang ou de Schwalbach, chez les jeunes personnes chlorotiques ; ou chez les personnes dont la digestion est habituellement difficile, avec l'eau de Seltz factice, ou avec l'eau de

Vichy (source de la grande grille). On donnera pour boisson aux repas légers du matin et du soir, pour les malades qui se dégoûtent facilement des bouillons et des potages, du café de glands ou une infusion de cacao ou du chocolat léger, même du chocolat ferrugineux pour les sujets chlorotiques. Quant aux boissons entre les repas, on pourra surtout choisir, pendant la première période , celles qui sont rafraîchissantes et agréables au goût : de la limonade , de l'orangeade , une solution de sirop d'orgeat, de sirop de cerise ou de sirop de framboise. Pour les malades dont la toux serait très incommode , on les remplacera par les mucilagineux , tels qu'une décoction de salep, une solution de gomme, de la tisane de gruau ou d'orge, etc. On remplacera ces boissons et tisanes par les amers, tels que l'infusion de petite centaurée, de polygala ou la décoction de mousse d'Islande lorsqu'il s'agit de stimuler les forces digestives. Le thé, le café, le vin pur, les spiritueux, en un mot tous les liquides qui tendent à exciter et à activer la circulation, doivent être sévèrement défendus. Ce n'est qu'aux malades qui n'ont point de fièvre et dont l'affection marche lentement, qu'on peut permettre quelquefois, lorsqu'il y a entre les repas un sentiment de grande faiblesse et presque de défaillance, de prendre un biscuit trempé dans du vin de Bordeaux pur, de boire même la valeur d'un petit verre à liqueur de vin de Madère.

Il va sans dire qu'il faut toujours adapter la nourriture à l'appétit et aux forces digestives des malades, et prescrire des repas plus éloignés et moins substantiels lorsqu'il y a inappétence et dyspepsie ; et même plus tard , lorsque les vomissements rendent l'ingestion des aliments parla bouche peu profitables, on peut quelquefois recourir aux lavements nourrissants (un quart de lavement de bon bouillon délayé avec un jaune d'oeuf , avec addition de quelques gouttes de laudanum, ou un quart de lavement de bon lait). Les boissons délayantes et l'usage presque exclusif des bouillons doivent être réservés pour les inflammations intercurrentes el pour une époque plus avancée de la maladie où une nourriture solide n'est plus supportée. L'eau de Seltz est parmi les boissons celle qu'on peut ordinairement prescrire pendant toute la durée de la maladie, excepté dans les inflammations aiguës intercurrentes. On n'abuse plus aujourd'hui autant de la diète sévère dans le traitement de la phthisie comme du temps où l'on n'y voyait qu'une phlegmasie chronique. Quant au régime de la phthisie à marche aiguë, une alimentation insuffisante ne fait que hâter la fin, tandis que du bon laitage, du

736 THÉRAPJEUTJQtyS DK LA i UBIiRGULlSATJUN INXliBKE.

bouillon , des fécules , des légumes, des viandes blanches , etc., bien apprêtées , sont ordinairement bien supportés.

Laitage. Il n'y a guère d'aliment qui réunisse autant de partisans dans le traitement de la phthisie. Aussi en a-t-on singulièrement exagéré la vertu antituberculeuse ; le lait est assurément une nourriture à la fois douce et substantielle , mais en faire l'aliment presque unique des malades pendant un certain temps, est une méthode que peu de malades supportent pendant longtemps. Nous avons pratiqué dans un pays où on a à sa disposition le lait de la meilleure qualité , et de bonne heure nous avons été obligé de renoncer aux cures de lait et à la nourriture exclusivement lactée. Les malades boivent avec plaisir et avec utilité un bol de lait fraîchement trait matin et soir; mais dès qu'on exagère ce régime, l'appétit se perd , les malades se sentent mal à l'aise , et l'on est bientôt forcé de revenir à une diète plus variée, "aux bouillons , à la viande, aux légumes, etc. Nous avons consulté un assez grand nombre d'auteurs sur la valeur du régime lacté, mais nous avouons que nous n'avons point trouvé de faits assez complètement rapportés pour que l'action antiphthisique du lait soit démontrée pour nous. Nous n'avons pas non plus observé que le lait d'ânesse fût doué d'une action spéciale ; celui des vaches et des chèvres, partout plus facile à avoir, peut le remplacer ordinairement. Le lait des campagnes est naturellement bien meilleur que celui des grandies villes ; mais aujourd'hui on peut même l'avoir dans celles-ci de bonne qualité , à cause du transport facile et bien organisé de ce liquide par les chemins de fer. Lorsque les malades ne peuvent pas boire le lait fraîchement trait , il vaut mieux le chauffer légèrement au bain-marie que de le faire bouillir : quelques malades ne supportent pas le lait pur, il est bon alors de le couper avec de l'eau de Seltz ou avec une infusion aromatique d'anis , de fenouil , etc. Les médecins anglais ordonnent souvent dans la phthisie le mélange du lait avec de l'eau de chaux. Lorsqu'on l'ordonne à des malades atteints d'une toux fatigante , revenant surtout par quintes , dans la matinée, on ajoutera à la première portion de lait 20 à 30 gouttes d'eau de laurier-cerise. On peut également ajouter 1/3 ou 1/4 de lait aux tisanes amères de lichen, de polygala, de quinquina, selon les indications spéciales ; son mélange avec quelques fécules , telles que la farine de riz, l'arrow-root, etc., peut aussi être utile; on préparera de temps en temps les potages au lait. On voit que de cett^ façon on peut en tirer un bon parti, tout en ayant soin de l'interrom-

pre pendant quelque temps , dès que les malades commencent à en être dégoûtés.

2° Exercice. Il est assez essentiel de prescrire aux phthisiques, pendant la première période surtout, un exercice modéré , des promenades à pied ou en voiture , non seulement pendant l'été , mais même pendant la mauvaise saison , chaque fois que le temps sera sec et doux. Le mouvement de la voiture est généralement agréable aux malades, et quelques heures de promenade avec ses préparatifs rompent la monotonie de la vie sédentaire , outre les avantages réels qu'il y a à respirer un air plus pur que celui des appartements : c'est même là un des principaux avantages des climats doux, que de pouvoir jouir plus complètement de l'air libre. Lorsqu'un déplacement n'est pas possible ni jugé convenable, ce n'est qu'à la dernière extrémité, et lorsqu'on s'est bien convaincu que l'air fait du mal , qu'il faut condamner les malades à ne pas sortir pendant toute la mauvaise saison.

Autrefois on attachait une grande valeur à l'exercice à cheval , conseillé surtout par Sydenham, Portai , Vogel , Clarke, Hufeland, Simons, Rust, etc. J'avoue que je n'ai jamais compris l'engouement de ces auteurs pour ce genre d'exercice qui est évidemment nuisible dans la phthisie confirmée à marche rapide et sans action spéciale dans la phthisie à marche plus lente , fatigant du reste pour tous ceux qui n'en ont pas une longue habitude. L'équitation, ainsi que la gymnastique et la natation , ne peut offrir quelque avantage réel que lorsqu'on a en vue de fortifier de bonne heure la constitution d'individus chez lesquels les antécédents de famille font craindre par la suite le développement de la phthisie, et encore fautil être prudent dans l'emploi de tous ces moyens hygiéniques et ne pas donner , comme l'observe fort bien Crichton, une éducation lacédémonienne aux enfants menacés de phthisie. Ici, comme en toute autre chose, l'absence de tout système est le meilleur.

3° Habillement. C'est surtout dans nos climats tempérés qu'il est bon que les malades soient habillés chaudement ; les ablutions d'eau froide, faites convenablement, peuvent cependant être continuées pendant toute la première période surtout ; c'est un moyen bien plus innocent que des médecins timorés ne le croient, et il est évidemment utile pour empêcher de fréquents refroidissements. Il est bon que les phthisiques portent la flanelle sur toute la surface de la peau du tronc , des caleçons chauds, et pendant l'hiver surtout , des bas de laine ; c'est même de cette façon qu'on pourra éviter de trop les cou-

738 THERAPEUTIQUE DE LA TUBERCULISATION INTERNE.

vrir pendant la nuit , ce qui a de graves inconvénients à l'époque où les sueurs colliquatives surviennent. L'essentiel est que pendant le séjour au lit les pieds soient toujours bien au chaud.

4° Habitation. Il est essentiel que les chambres qu'habitent les phthiaiques soient toujours bien aérées : on aura soin d'empêcher les courants d'air. Lorsque les malades peuvent encore sortir, il est bon que leur logement ne soit pas trop haut, vu que le mouvement d'ascension est très pénible aux phthisiques . Il est assez essentiel que la chambre à coucher, pendant l'hiver principalement, soit exposée au midi et reçoive le soleil. Il est bon, pendant la mauvaise saison, d'y conserver une température égale de 15 degrés centigrades. Un air trop sec est nuisible, c'est là un des inconvénients du chauffage par les calorifères : on placera, dans ces cas, un vase rempli d'eau dans la chambre. Le séjour à la campagne est utile pendant la bonne saison, mais il est essentiel de choisir un endroit bien abrité contre les vents du nord et du nord -est ; un air vif est généralement nuisible aux phthisiques. Le séjour dans la plaine, eu tout au plus dans les régions sub-alpines , est préférable à celui des hautes montagnes dont j'ai observé le plus souvent de mauvais effets pendant que j'ai pratiqué en Suisse.

Je n'ai guère envoyé de phthisiques à une plus grande élévation qu'à 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer ; à cette hauteur , les malades se trouvent bien pendant les mois de l'été, pourvu qu'on choisisse un endroit bien abrité; c'est depuis le mois de juin jusqu'à la fin de septembre que le séjour à la montagne peut convenir. Les promenades sur les collines voisines ne sont utiles que lorsque les malades ne se fatiguent point par l'ascension ; aussi est-ce dans ces circonstances que les courses à âne, à mulet ou à cheval, sont utiles. Les malades peuvent profiter à la montagne du bon laitage et du petit lait. Ce dernier jouit encore dans quelques contrées d'une certaine vogue dans le traitement de la phthisie ; dans le midi de l'Allemagne et dans une partie de la Suisse, on envoie en été ces malades dans les montagnes où il existe des établissements spéciaux pour la cure du petit lait (Molken-kur des Allemands). Un des meilleurs établissements de ce genre est celui de Geiss , dans le canton d'Appenzel. Nous sommes encore à nous demander si , dans ces circonstances , on a réellement d'autres avantages que ceux de l'air pur des montagnes et d'un régime bien ordonné. Il est essentiel de recommander à tous ces malades de ne sortir que tard le matin et de rentrer au moins une heure avant le coucher du soleil, parce que,

dans les montagnes, l'air du soir est ordinairement assez froid, même au milieu de l'été.

Quant au séjour dans les étables conseillé d'abord par des médecins anglais, Read , Beddoes, et adopté plus tard par quelques médecins allemands, rien ne prouve leur utilité réelle; d'un autre côté, les inconvénients d'un tel séjour sont grands. J'ai, au reste, vu devenir phthisiques des garçons d'écurie qui jouissaient habituellement du bénéfice de ce séjour. Voici quelques conseils que donne sur. la cure detable l'auteur anglais Read : Le meilleur moment est l'automne, l'hiver et le commencement du printemps. On place dans une étable spacieuse la moitié de vaches jeunes et bien portantes qu'elle peut contenir , on y conserve la température de 14 à 15 degrés ; on mêle des plantes aromatiques à leur nourriture , on a soin de leur donner une eau de bonne qualité à boire; le lit des malades doit être élevé d'un à deux pieds au-dessus du sol ; on leur donne une nourriture douce et substantielle. La durée du séjour se règle d'après l'effet qu'on en obtient (1).

Le séjour dans la proximité des salines a été envisagé comme fort, utile par quelques praticiens distingués d'Allemagne, et je me rappelle entre autres que M. de Schoenlein y insistait beaucoup à l'époque où je suivais sa clinique et ses leçons à Zurich. 11 regardait comme utile de faire faire aux malades des promenades autour des maisons de graduation pour y respirer un air imprégné de vapeurs chlorurées, et de les faire entrer les jours de mauvais temps dans les maisons de cuite. 11 citait, comme un fait d'observation, que les ouvriers des salines étaient rarement tuberculeux , et qu'aux salines de Rosenheim il n'en avait point succombé à la phthisie depuis 30 ans, et que cette maladie était rare dans toute cette ville. Il y a certainement quelque chose de vrai et de positif dans l'assertion de ce fait. J'ai pu au moins en confirmer l'exactitude pour les salines de Bex , dans le canton de Yaud , dont j'ai été le médecin pendant 11 ans. Il y a là habituellement de 2 à 300 ouvriers occupés, soit dans les mines, soit dans les maisons de cuite, etc. Eh bien, pendant tout ce temps je n'ai en effet pas vu d'ouvriers des salines mourir tuberculeux, et dans tout le cercle de Bex cette maladie est plus rare que partout ailleurs dans le voisinage. 11 faut cependant tenir compte d'un fait, c'est qu'on n'accepte pour ouvriers aux salines que des hommes robustes, qu'ils

lH) Read, Essai sur les effets salutaires du séjour dos ètablrs dans la phlhisie , Londres, 1767.

ne travaillent que pendant huit heures sur vingt-quatre, qu'ils sont proportionnellement bien payés, que presque tous travaillent la terre à côté de leurs occupations aux salines , et qu'ils habitent une contrée saine et prospère ; tout en tenant compte de toutes ces circonstances , il n'est pas moins frappant d'y voir la phthisie comme une maladie exceptionnelle. Mais l'influence préventive de la proximité des salines admise , est-on en droit de conclure à leur action curative? Je ne le pense pas. J'ai soumis un certain nombre dephthisiques du voisinage ou du dehors aux promenades autour des maisons de graduation et à l'inspiration de l'air chaud des emplacements des chaudières pendant la cuisson du sel; je n'en ai pas observé plus d'action que celle qui appartenait aux bonnes conditions hygiéniques , à l'air abrité et doux d'une belle contrée , au laitage d'excellente qualité , à la bonne nourriture , conditions qui se trouvent réunies dans la charmante localité de Bex ,- excellent séjour pour les phthisiques , surtout au printemps et en automne , l'été y étant trop chaud et l'hiver trop humide.

5° Les voyages sont ordinairement peu utiles dans la phthisie et seulement possibles lorsque la marche de la maladie est très lente, et bons tout au plus pour quelques malades qui ont besoin de distraction, comme par exemple après un violent chagrin : nous parlons ici des voyages de terre. Quant à ceux sur mer, ils ont été vantés comme bons dans la phthisie depuis l'antiquité. Pline le naturaliste et Celse les recommandent ; plus tard Boerhaave , Cullen , Read , Reid en ont été également partisans ; Laënnec même leur attribuait une certaine valeur. Toutefois les preuves authentiques de l'utilité de ces voyages maritimes, qui naturellement doivent être faits dans les pays chauds, sont loin d'être nombreuses. Cependant M. Cruveilhier m'a cité le cas d'une jeune personne qui, ayant craché abondamment du sang et présentant tous les signes d'une phthisie commençante , s'est complètement guérie en voyageant constamment sur mer pendant plusieurs années. M. Valleix cite des faits communiqués par M. Girard de Marseille, dont le talent d'observation lui inspire de la confiance, et dans lesquels des malades qui s'éloignaient de Marseille dans un état presque désespéré recouvraient la santé à mesure qu'ils s'approchaient des régions inter-tropicales , tandis que de retour à Marseille ils étaient promptement repris de symptômes graves et ne tardaient pas à succomber (1).

(1) Valleix, Guide du médecin praticien , t. II, p. A.T6.

TRAITEMENT HVGlÉNJQUi:. 7/|l

La difficulté d'exécuter ces voyages , dans le plus grand nombre des cas ; leur utilité tout au plus appréciable dans la phthisie à marche lente, rendent ce moyen d'une application tout à fait exceptionnelle.

6° Changement de climat. Nous arrivons ici à une des questions les plus sérieuses du traitement de la phthisie, pour la classe aisée surtout, question souvent décidée trop légèrement par les praticiens, et dans bien des circonstances une des plus délicates pour le jugement du médecin qui n'a en vue que le véritable intérêt de son malade.

Il est généralement admis qu'un changement de climat a été souvent utile aux phthisiques , et que le séjour dans une localité d'un climat doux , alors même que la phthisie y serait endémique , peut améliorer la santé des tuberculeux qui viennent d'un pays plus froid. C'est ainsi , par exemple , que bien que la population de Rome, de Pise , de la Sicile , ne soit nullement épargnée par les tubercules pulmonaires, le séjour de ces localités présente cependant de grands avantages sanitaires pour les malades qui viennent du nord de l'Europe (1). L'opportunité de ce voyage doit toujours se régler d'après la période que la maladie a atteinte. Envoyer un phthisique dont les poumons sont creusés de cavernes , et qui, selon toute probabilité, n'a plus que quelques mois à vivre, dans un pays lointain où infailliblement il succombera loin des consolations et des soins affectueux delà famille, est contraire à la fois aux lois d'une saine raison et à celles d'une saine pratique. Il est des cas , au contraire, où les malades et la famille insistent sur un changement de climat sans que le médecin consciencieux puisse en attendre de grands avantages. Si à côté de cela il y avait le moindre inconvénient à déplacer le malade, il faut que le praticien s'y oppose; si, au contraire, il ne prévoit pas d'inconvénient réel , sans concevoir de ce voyage une grande espérance, il fera bien de céder à l'insistance de la famille et du malade pour s'épargner des reproches et des regrets inutiles. Il faut donc que le médecin éclairé soit non seulement nanti de connaissances climatologiques suffisantes ; mais qu'il fasse pour ainsi dire chaque fois une enquête spéciale de toutes les circonstances médicales et autres dans lesquelles se trouve le malade, avant de décider ce déplacement. Lorsqu'il n'y a pas possibilité d'envoyer les malades dans un climat éloigné, il est bon de choisir dans la contrée

(1) Voyez l'intéressant ouvrage de M. le docteur Ed. Carrière : Le Climat d« l'Italie sous te rapport hygiénique et médical, Paris, -1849, in-8.

Ik'l THÉRAPEUTIQUE DE LA TUBERCUL1SAT10N INTERNE.

qu'ils habitent un endroit bien abrité et bien situé , surtout lorsque leur habitation ordinaire est située dans une exposition froide et traversée par les vents du nord et du nord-est. C'est ainsi, par exemple, que le séjour au village de Montreux, au bord du lac Léman, constitue déjà pendant l'hiver un déplacement fort utile pour les habitants du plateau bernois et même pour ceux des villes de Genève et de Lausanne très exposées à la bise.

Lorsqu'il s'agit d'envoyer les malades dans des pays pluslointains, il faut d'emblée éliminer tous les cas dans lesquels la marche de la phthisie est rapide et ceux où l'on observe déjà une fièvre habituelle ; il doit en être de même lorsque les malades sont arrivés au second degré après quelques mois de durée seulement. C'est plutôt quand il n'y a en quelque sorte que la menace de la phthisie et chez les malades qui, après un premier crachement de sang, paraissent se remettre et éluder pour ainsi dire le développement des tubercules, ainsi que dans la phthisie à marche lente et apyrétique, que le changement de climat offre des avantages réels.

L'Italie est le pays de prédilection où l'on fait passer la mauvaise saison aux tuberculeux. Il faut y éviter le littoral, surtout les villes de Nice, de Gênes et de Naples. Le séjour de Pise ou de Rome leur est bien plus salutaire, et c'est du séjour de Pise surtout que j'ai vu les meilleurs résultats. Ayant pratiqué la médecine presque aux frontières d'Italie, j'ai pu recueillir, sur cette question, bien plus de détails et de renseignements que n'en possèdent ordinairement les praticiens du nord de l'Europe. Dans ces dernières années on a beaucoup vanté le séjour en Sicile , de Messine et de Palerme ; en France, c'est à Hyères et à Pau que l'on envoie les phthisiques. De l'avis des meilleurs praticiens, Hyères et Cannes, qui est dans son voisinage, doivent avoir la préférence. Pau cependant compte aussi des praticiens fort distingués parmi ses partisans.

M. Carrière, dans son livre récemment publié sur Le climat de V Italie sous le rapport hygiénique et médical, entre dans de nombreux détails sur l'opportunité des diverses localités de ce pays comme séjour pour les phthisiques. Voici en quelques lignes le résume de cet auteur sur le sujet qui nous occupe spécialement ici :

On sait que le séjour de Naples a été généralement regardé comme peu salutaire aux personnes atteintes de tuberculisation pulmonaire. L'auteur, tout en confirmant cette opinion, indique cependant le séjour à Pouzzoles , dans le golfe de Naples , comme fort utile dans cette maladie. 11 recommande celui de Mola di Gaeta. dans

TRAITEMENT HYGIÉNIQUE. 7/l3

le golfe de Gaète, aux phthisiques d'un tempérament lymphatique Les lisières salubres des maremmes de la Toscane lui paraissent également un séjour favorable aux tuberculeux. Il cite, d'après les recherches statistiques de M. Salvagnoli , le fait que , dans cette contrée, il n'y avait qu'un phthisique sur 817 malades. Nous ne saurions accepter ce fait avec assez de réserve, car il est trop en contradiction avec la statistique de la phthisie dans tous les pays du monde, pour n'être admissible qu'entouré de preuves irrécusables.

Les localités de ces maremmes de la Toscane, que l'auteur recommande, sont : Scarlino, Gavorrano, Massa maritime, Campiglia et Piombino.

Quant au séjour de Rome, M. Carrière ne le croit salutaire dans la phthisie que lorsque l'épuisement n'est pas très avancé, dans lecommencement de l'affection. Le moment le plus favorable est le passage de la fin de l'hiver au printemps. Pour éviter les chaleurs, il y a dans les environs de Rome des stations aussi agréables que salubres : telles sont Albano, Palestrine et Frascati.

Pise ne convient que pour les tempéraments nerveux , dans la première période delà maladie et au commencement de la seconde; il est nuisible pendant les derniers temps de la maladie. L'auteur attribue au séjour de Pise une disposition à l'hémoptysie, par suite du « relâchement opéré sur les membranes. »

M. Carrière recommande le séjour de Venise comme salutaire aux tuberculeux, à cause de la douceur et de l'égalité du climat.

Les bords du lac de Côme sont favorables pendant l'été pour les malades qui passent l'hiver dans les parties plus méridionales de l'Italie.

Nice, ainsi que ses environs, la campagne de Menton et Villefranche , conviendraient de préférence aux constitutions débilitées et dans la phthisie scrofuleuse.

L'ouvrage de M. Carrière renferme des données très précieuses sous le rapport topographique, météorologique, hygiénique et climatologique en général ; nous regrettons cependant que les applications thérapeutiques, et surtout l'appréciation du degré de salubrité des diverses localités de l'Italie pour les phthisiques, ne s'appuient pas suffisamment sur l'observation clinique, et reposent en général plutôt sur des données théoriques, dont l'auteur s'est servi, il est vrai, fort judicieusement, mais qui seraient plus complètes s'il avait pu y joindre un plus grand nombre de résultats confirmés par l'expérience.

Itfk THÉRAPEUTIQUE DE LA TURERCUUSATION INTERNE.

Aujourd'hui la France possède dans l'Algérie un pays qui offrira probablement de plus en plus des ressources comme changement de climat (1).

Quant aux pays plus lointains, il paraît que le séjour de l'île de Madère réunit également de grands avantages. Le séjour en Egypte a aussi des partisans. J'ai vu dans un cas un bon effet d'un long séjour au Brésil. Tous les enfants d'une famille étaient morts successivement de tubercules pulmonaires, à l'approche ou peu après la puberté ; il n'en restait plus qu'un seul fils qui paraissait menacé de la même maladie lorsqu'on eut l'heureuse idée de l'envoyer, d'après les conseils de M. le docteur Prévost de Genève, passer plusieurs années à Rio-de- Janeiro. Après huit ans de séjour, ce jeune homme est revenu fort et bien portant, et ne paraissait plus donner des inquiétudes par rapport à la maladie qui avait fait succomber ses frères et sœurs. Le médecin qui l'avait accompagné ,- M. Chavannes ( de Lausanne) , naturaliste distingué , m'a dit que les maladies scrofuleuses et tuberculeuses n'étaient pas rares ni à Rio ni dans tout le Brésil, mais que les Européens qui y arrivaient avec les signes de ces maladies, encore peu avancées, y éprouvaient promptement une amélioration bien notable. Quant au temps qu'il faut passer dans ces pays , c'est , selon les circonstances , l'hiver seulement ou plusieurs années tout entières. Les habitants de la France, par exemple, peuvent revenir pendant la bonne saison dans leur pays et retourner dans le midi de la France ou en Italie à l'approche de l'hiver, vu la facilité et la promptitude des voies de communication , tandis que les habitants du nord ne doivent point quitter pendant la bonne saison lorsque le séjour dans un climat plus doux leur est nécessaire pendant plusieurs hivers ; seulement, pendant la saison chaude ils chercheront un abri dans les régions sub-alpines. Les bords du lac de Côme ou du lac Majeur offrent, sous ce rapport, de grands avantages pour ceux qui séjournent en Ttalie. Nous ne pouvons mieux terminer ce que nous avons à dire sur ce point important du traitement de la phthisie qu'en citant le passage suivant du Cours de pathologie de M. Andral :

Le midi de la France ne doit être conseillé que pour l'hiver , car l'été y est mortel aux phthisiques. Évitez Marseille, tout le littoral de la Méditerranée; évitez Montpellier , Pau, Bayonne. Les îles d'Hyères jouissent d'une grande réputation ; elles sont préser-

(I) Voy. Bulletin de V Académie de médecine, Paris, 1836, t. I, p. 43 et 31"2.

rRATTEMENT HYGIÉNIQUE. 765 \ (;es des vents du nord, et un grand nombre de phthisiques y viennent tous les ans , non pas y trouver la guérison complète de leur mal , mais un prolongement plus ou moins long à leur existence. Nice, intermédiaire entre le midi de la France et l'Italie , a de tout temps aussi attiré un grand nombre de malades. Nous pensons que c'est bien à tort que les médecins conseillent le séjour de cette ville , car les variations de température y sont assez fréquentes , et il y a un grand nombre de malades. Le séjour aux Pyrénées ne devra avoir lieu que pendant l'été.

L'habitation en Italie ne doit pas être conseillée d'une manière générale et absolue, car elle a des climats variables, dus au voisinage de la mer et des hautes montagnes. Les bords de la mer y sont pernicieux aux phthisiques. Dans l'intérieur de l'Italie, le climat est moins sec, moins acre, moins desséchant pour le poumon. Vous conseillerez donc de fuir le littoral de l'Italie , de fuir Gênes et Naples, malgré leur grande renommée. Florence est peut-être encore plus funeste aux phthisiques. Le séjour de Rome leur est, au contraire, très / favorable, surtout dans la première période, surtout encore s'il y a irritabilité pulmonaire. Vous conseillerez aux malades d'aller à Rome vers octobre, d'y passer l'hiver , d'en sortir au mois de mai pour se diriger vers le nord de l'Italie, pour passer quelque temps au delà des Apennins , autour du lac Majeur; de parcourir la Suisse , de traverser les Alpes au Mont-Blanc et d'aller finir l'été à Lucques ou à Sienne, villes très favorables aux phthisiques pendant l'été.

« L'île de Madère réunit toutes les conditions favorables aux phthisiques; le séjour dans ce pays doit avoir surtout une grande influence sur les personnes menacées de tubercules pulmonaires.

» Pendant l'hiver il y a douze degrés de plus qu'en Italie et qu'en Provence, et l'été y est moins chaud que dans ces deux pays ; il y est surtout moins variable. La différence moyenne n'y est que de deux degrés, elle est de quatre en Italie et en Provence. La température y varie très peu : la moyenne des variations n'y est que d'un degré; il n'y a que 73 jours pluvieux, il y en a 167 à Rome. Et cependant, malgré toutes ces circonstances favorables, la phthisie n'est pas rare à Madère , et les malades qui y viennent chercher la guérison de leur maladie n'y trouvent qu'une prolongation plus ou moins longue à leurs souffrances. (1) »

Le traitement préservatif de la phthisie a de tout temps vivement

(I) Andral, Cours de pathologie interne, Paris, 1836, t. I , p. 519 et 520.

préoccupé les praticiens, mais il n'y a pas plus de spécifiques pour prévenir le développement des tubercules qu'il n'y en a pour les guérir lorsqu'ils existent. L'application des conseils hygiéniques , que nous venons d'exposer, est seule capable d'avoir quelque utilité indirecte en préservant la santé des causes accidentelles de maladies qui proviennent d'une mauvaise hygiène. Fortifier une constitution délicate et faible sans pousser à l'excès les moyens qu'on emploie dans ce but , voilà ce qui nous paraît la seule méthode rationnelle pour un praticien éclairé. Les petites saignées répétées de temps en temps, les exutoires entretenus pendant longtemps, les médications de diverse nature, conseillés entre autres par Hufeland, nous les rejetons formellement comme étant des moyens débilitants qui nous paraissent très peu capables de prévenir le développement des tubercules, lorsque la prédisposition existe. Quant à l'emploi de l'iode et de l'huile de foie de morue , dont nous avons reconnu l'utilité dans le traitement des scrofules, rien ne nous prouve jusqu'à ce jour leur vertu préservatrice contre le développement de la phthisie.

B. Traitement médical de la tuberculisation interne.

Le nombre des moyens auxquels on a attribué une action curative sur les tubercules est si grand, qu'il est difficile d'en rendre compte dune manière complète ; toutefois nous passerons en revue les principaux d'entre eux. Nous le ferons bien plutôt dans le but de rechercher leur valeur réelle que pour confirmer les éloges qui leur ont été prodigués, et nous répétons de nouveau ici qu'il n'existe pas plus de spécifiques contre les tubercules que nous n'en avons reconnu contre les scrofules.

Nous devons placer en première ligne les remèdes auxquels on a attribué une force altérante spéciale, une action modificatrice salutaire sur toute la constitution, après qu'elle a subi les atteintes de la tuberculisation.

Nous passerons ainsi successivement en revue l'iode, l'huile de foie de morue, le chlore, les alcalins, les sels neutres (chlorure de sodium , carbonate de potasse , chlorure de chaux , hydrochlorate d'ammoniaque, hydrochlorate de baryte), l'antimoine, le mercure, l'or, le soufre, l'alun, les acides minéraux, l'huile d'asphalte, l'acétate de plomb , les préparations ferrugineuses, le cuivre , quelques eaux minérales sulfureuses et autres, la myrrhe, les balsamiques,

lu fenouil d'eau , les empyreumatiques (goudron, créosote). Apres l'analyse de ces moyens, nous préciserons la valeur thérapeutique de plusieurs de nos principales classes et méthodes d'agents curatifs : des antiphlogistiques, des émollients, des narcotiques, des amers et des toniques, des astringents, des révulsifs, et la méthode d'inhalation ; ce n'est qu'après cet exposé que nous passerons au traitement des symptômes, à la thérapeutique spéciale de la tuberculisation interne.

1° Altérants. — a. L'iode et les iodures. Depuis la découverte des propriétés thérapeutiques de l'iode , on a espéré trouver dans cet agent un moyen capable de guérir la phthisie. Les avantages reconnus de ce médicament dans les affections scrofuleuses, et l'identité admise par quelques pathologistes entre les scrofules et les tubercules semblaient devoir motiver en effet ces espérances ; mais aujourd'hui il est bien avéré que cette substance n'a aucune action appréciable sur la marche et le développement de la phthisie ; j'ai pu constater moi-même un grand nombre de fois cette nullité d'effet. Il n'y a que deux circonstances dans lesquelles son emploi nous paraît vraiment indiqué ; la première est celle où une affection syphilitique constitutionnelle paraît avoir exercé une influence directe sur la formation des tubercules, et M. Ricord cite dans ses leçons des cas de ce genre dans lesquels l'iodure de potassium a eu un plein succès. On est également en droit d'employer ce médicament lorsque la tuberculisation s'est développée chez un jeune sujet après que des accidents scrofuleux ou des tubercules glandulaires ont existé pendant un certain temps. J'ai rarement employé la teinture d'iode chez des phthisiques, mais j'ai beaucoup plus souvent mis en usage l'iodure de potassium dont la dose journalière fut successivement portée de 50 centigrammes à 2 grammes suffisamment dilués. J'ordonne ordinairement une potion de 200 gram. avec 30 à 40 grain, de sirop de pavot, où je fais dissoudre 4 à 6 grammes de ce sel ; le malade en prend deux à quatre cuillerées à bouche par jour et au delà. En somme, notre expérience est peu favorable à l'iode dans ces maladies.

Les préparations d'iode ont eu cependant de célèbres partisans, parmi lesquels nous comptons Clarke, Morton, Baron, Gairdener, Bréra , Fontana, Callavey , Bénaben, Haden et Gassaud , etc. D'un autre côté , des observateurs très sérieux ont reconnu le peu d'efficacité de cet agent sur les tubercules pulmonaires; de ce nombre sont MM. Guersantet Blache, Louis, Valleix, Rilliet et Barthez,

7/l8 THÉRAPEUTIQUE DE LA TUBEIICULISATION 1 INTERNE.

auteurs avec lesquels le résultat de ma propre expérience est à peu près d'accord (1).

Les inhalations iodées , conseillées par Scudamore, ont été employées d'après la formule suivante (2) :

Iode 0,25 grammes.

Hydriodate de potasse. ... 0,15 —

Eau distillée 150 —

Alcool 4 —

Teinture de ciguë 25 —

Mais , malgré l'éloge que cet auteur donne à la combinaison de vapeur d'iode et de ciguë, nous savons par les expériences fort bien faites de M. Baudelocque, avec les inhalations iodées (3) , que cet agent porté dans le torrent de la circulation par l'inhalation était très difficilement supporté.

C'est encore par les émanations iodées que devaient agir les varecs dont Laënnec faisait garnir les appartements des phthisiques. Cette idée, tout ingénieuse qu'elle est, n'a pas été sanctionnée par l'expérience.

L'iodure de fer a été recommandé par Dupasquier, de Lyon (4) , comme un remède presque spécifique contre les tubercules pulmonaires ; mais M. Louis (5) , qui a soumis ce médicament à une expérimentation très suivie , ne lui a reconnu aucune action spéciale sur les tubercules. Je n'ai pas été plus heureux, quoique le même médicament m'ait paru utile dans le traitement des scrofules. Je ne l'emploie guère sous une autre forme que sous celle du sirop suivant :

Proto-iodure de fer 5 grammes.

Sirop de sucre 500 —

A prendre à la dose de 2 ou 4 cuillerées à bouche par jour. Les pilules ■ d'iodure de fer sont plus difficiles à préparer et à conserver et n'ont sur le sirop aucun avantage réel.

11 paraît certainement rationnel de prescrire ce médicament lorsque les tubercules internes sont compliqués d'un état scrofuleux ,

(1) Louis, Recherches sur la phthisie , Paris, 1843 , p. 644.

(2) Valleix , Guide du médecin praticien, Paris , 1843, t. II , p. 41 6

(3) Études sur la maladie scrofuleuse , Paris , 1 834 , p. 277-28 2

(4) Compte administratif des hôpitaux de Lyon , 1835.

(5) Op. cit., p. 611-615.

de chlorose ou de syphilis constitutionnelle ; mais il y a une énorme différence entre des indications thérapeutiques rationnelles et une action salutaire constatée par l'expérience.

b. L huile de foie de mome. Il nous paraît incontestable aujourd'hui que ce moyen exerce une action salutaire sur quelques formes de scrofules et sur le rachitisme ; mais , quant à son action sur les tubercules pulmonaires, les opinions sont bien partagées et contraires à son emploi. J'avoue que, pour mon compte, tout en l'ayant vue échouer un grand nombre de fois, j'en ai pourtant observé chez quelques malades une action incontestable : j'ai vu entre autres un enfant de deux ans et demi qui, il y aun an, présenta tous les signes physiques et rationnels de tubercules pulmonaires, et qui, sous l'influence de l'huile de foie de morue , continuée pendant longtemps à la dose de deux ou trois cuillerées à bouche par jour, de légers émétiques donnés de temps en temps, et d'une alimentation tonique, s'est complètement rétabli. Voici ce que nous lisons sur l'utilité de l'huile de foie de morue dans le traitement de la phthisie, dans le rapport déjà cité de la Société helvétique des sciences naturelles :

» Veuillez nous faire connaître également les modifications qui vous ont paru dépendre de ce médicament chez les personnes atteintes de fièvres hectiques , lorsqu'il existait de vastes suppurations , des ulcérations ou des plaies étendues.

» Nous n'avons eu que peu de réponses à cette question, que nous avons posée dans le but de connaître l'action du remède dans les suppurations d'une nature différente des scrofules.

» Les seuls cas qui fassent exception sont quelques malades atteints de phthisie pulmonaire, dont l'état hectique a été notablement amélioré; cependant ces cas sont peu nombreux et n'ont été observés que par un petit nombre de médecins. On a même cité un cas de fistule pulmonaire, chez lequel la fièvre fut notablement augmentée par l'usage de l'huile de foie de morue, quoiqu'elle parût être très bien supportée.

» En général , nous avons peu à nous louer de l'huile dans les cas de phthisie pulmonaire ; nous l'avons administrée sans succès pendant des semaines et même pendant des mois entiers, à moins cependant qu'il n'y eût quelque complication scrofuleuse. C'est ainsi que les pneumonies tuberculeuses et les suppurations bronchiques ou pulmonaires des enfants sont presque toujours promptement et remarquablement améliorées par l'emploi de ce médicament. Nous

avons encore dans ce moment deux cas de ce genre en traitement (1). »

On voit, d'après tout cela, que l'huile de foie de morue a une action bien restreinte dans le traitement des tubercules. Cependant on ne saurait méconnaître les avantages réels que peut offrir l'emploi de ce moyen , par son influence souvent salutaire sur la nutrition. D'un autre côté, il ne peut guère présenter d'inconvénients, si ce n'est que son usage prolongé donne lieu quelquefois à des embarras gastriques, du reste, tout à fait passagers. Il vaudrait par conséquent la peine qu'on le soumît de nouveau à une expérimentation plus complète et plus étendue, et surtout comparative, dans les hôpitaux d'enfants et d'adultes.

c. Le chlore a été principalement employé en vapeur par la méthode d'inhalation ; on a même prétendu y avoir trouvé un vrai spécifique contre les tubercules pulmonaires.

Partant du fait, dont nous ne garantissons du reste nullement l'exactitude, que les ouvriers des fabriques, surtout des blanchisseries dans lesquelles il se dégage beaucoup de vapeurs de chlore , étaient par cela même garantis de la phthisie pulmonaire, MM. Gannal, Richard, Cottereau , Chevallier, Jolly, Roche, etc., ont cru trouver dans les inhalations du chlore gazeux un remède capable de guérir les tubercules pulmonaires. L'auteur qui s'est le plus sérieusement occupé de cette méthode est , sans contredit , Cottereau (2). Il le croit utile dans toutes les phases de la maladie, à l'exception des contre-indications suivantes :

Une douleur fixe dans le larynx ou dans la trachée-artère, l'existence ou la crainte d'une hémorrhagie pulmonaire, une dyspnée considérable, l'existence enfin d'un grand nombre de cavernes. L'auteur fait en outre remarquer que la susceptibilité des mêmes malades est très variable, et qu'il y en a par exemple qui supporteront un jour l'inhalation préparée avec 20 à 30 gouttes de chlore, tandis qu'un autre jour 4 ou 5 gouttes les irriteraient. Voici quelques préceptes pour son emploi : On commence par 2 à 5 gouttes, et l'on arrive jusqu'à 10, 12 et au delà, en augmentant d'une goutte tous les deux ou trois jours. L'eau, dont la température pendant l'inhalation est

(1) Rapport du docteur Lombard sur les effets physiologiques et thérapeutiques de l'huile de foie de morue (Schxocizerishe Zeitschrift (Ur Médecin, Zurich, 4 845, p. 346).

(2) Archives de médecine , t. XXIV.

de 50 à 55 degrés centigrades, doit être renouvelée tous les jours. Voici, du reste, le procédé de M. Gannal, tel qu'il est rapporté dans l'ouvrage de M. Valleix :

h Fumigations chlorurées. Prenez un flacon à deux tubulures, et garni de deux tubes disposés comme dans l'appareil de Wolf. L'un de ces tubes est recourbé ; il doit être placé dans la bouche du malade. Mettez dans 120 grammes d'eau distillée la quantité de chlore liquide jugée convenable ; introduisez le mélange dans le flacon ; placez celui-ci dans un vase de fer-blanc contenant de l'eau , dont on élève la température à un degré plus ou moins élevé, suivant la nécessité ; puis faites adapter le tube recourbe à la bouche du malade, qui doit aspirer et faire pénétrer dans les poumons la vapeur d'eau chargée de gaz, et qu'il doit expirer par les fosses nasales.

» Le nombre des inspirations varie suivant la susceptibilité des organes de la respiration : cinq ou six sont ordinairement suffisantes pour la première fois. Plus tard, elles peuvent être élevées à un nombre double ou triple , et quant au nombre de fois qu'on peut les répéter dans la journée, la différence n'est pas moins grande, puisque M. Cottereaules a prescrites depuis deux fois jusqu'à douze par jour. La dose du chlore est également très différente, suivant les cas ; chez quelques malades, trois, quatre ou cinq gouttes produisent un grand effet. M. Cottereau en augmente progressivement la dose, et, dans un cas , il a été jusqu'à prescrire trente-deux gouttes de chlore. Ordinairement il porte avec assez de rapidité la dose du médicament à dix ou quinze gouttes (1). »

Aujourd'hui les inhalations de chlore sont généralement abandonnées dans le traitement de laphthisie, à cause de l'insuccès qu'elles ont eu entre les mains de MM. Andral, Louis, Toulniouche et Bourgeois; et c'est surtout à M. Louis (2) que nous devons une analyse critique des observations de M. Cottereau. line s'est du reste prononcé contre l'utilité du chlore gazeux, dans le traitement des tubercules pulmonaires, qu'après l'avoir expérimenté sur cinquante tuberculeux sans en observer d'amélioration. »

ri. Les sels alcalins ont aussi été préconisés comme utiles dans le traitement de cette maladie. Ceux qu'on a le plus employés sont le chlorure de sodium, le sous-carbonate de potasse, le chlorure de chaux, le chlorhydrate d'ammoniaque et le muriate de barvte.

(1) Guide du médecin praticien, Paris, 1843 , t. II , p. 413.

(2) Op. cil. , p. 620-639.

752 THÉRAPEUTIQUE DE LA TUBERC0L1SÀTIOK INTERNE.

En général, les sels alcalins ont pour te moins aussi peu d'action spécifique sur la phthisie que les autres moyens que nous venons d'analyser.

1° Le chlorure de sodium, déjà anciennement employé dans le traitement de l'hémoptysie par Richter, médecin du siècle dernier, a été de nouveau recommandé de nos jours contre la phthisie pulmonaire par M. A. Latour(l), qui le prescrit à la dose de 4 à 8 grammes par jour , à prendre dans une tasse de bouillon en une ou en plusieurs fois. M. Louis a soumis ce sel à une expérimentation prolongée pendant cinq mois, et malgré toute l'estime personnelle qu'il professe pour M. A. Latour, il n'a point été à même de confirmer l'utilité du chlorure de sodium, qui n'a paru améliorer d'une manière positive la santé d'aucun des phthisiques. Plusieurs d'entre eux même n'ont pu supporter ce médicament que pendant quelques jours seulement. (O/j. cit., p. 617.) "Cependant M. Lediberder en a obtenu, d'après M. Valleix (op. cit.), des résultats meilleurs. Il sera bon , par conséquent, de continuer à étudier sur de nouveaux faits l'action de ce sel.

2° Le sous-carbonate de potasse , vanté par M. Pascal (2), et donné à la dose de quelques grammes par jour, n'a point obtenu jusqu'à présent non plus de succès bien avérés.

3° Le chlorure de chaux avait déjà été conseillé anciennement par Beddoës, qui le prescrivait dans la formule suivante, reproduite par M. Valleix (3) :

Hydrochlorate de chaux 8 grammes.

Extrait de jusquiame 0,60 —

Eau distillée. . . 200 —

Sirop de framboise 20 —

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche quatre fois par jour.

Parmi les médecins qui ont aussi recommandé ce sel, nous citerons Groh , qui le donne à la dose de 1 ou 2 grammes par jour. M. Herzog dit avoir obtenu trois fois de fort bons résultats de ce

(1) Presse médicale , 1837. — Du traitement préservatif et curutif de lu phthisie pulmonaire, Paris, 4 844, in-8.

(2) Guérison de la phthisie , Paris , 1839.

(3) Op. cit., t. II, p. 432.

médicament dans des cas de phthisie déjà passée à sa seconde période. Voici sa formule :

Hydrochlorato do chaux 2 a 4 grammes.

Eau distillée 1 80 —

— d'amandes amères. . 8 —

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche quatre fois par jour (4).

C'est principalement dans le but d'améliorer l'expectoration que d'autres médecins ont associé ce sel à la poudre de charbon végétal. Il faut convenir toutefois qu'aucun fait réellement bien avéré, rapporté en détail , ne prouve en faveur de son efficacité réelle.

L'eau de chaux, déjà employée dans ces maladies par Schmucker, a été aussi recommandée par les médecins anglais, qui l'ordonnent comme une des bonnes boissons, coupée surtout avec du lait.

4° Le chlorhydrate de baryte , recommandé par MM. Hufeland, Wendt, etc., contre la phthisie scrofuleuse, a été généralement peu mis en usage contre la tuberculisation interne.

5° U hydrochlorate d'ammoniaque est sans contredit un des médicaments le plus généralement employés en Allemagne contre toute espèce d'affection des voies respiratoires. Je me rappelle l'avoir vu souvent recommandé dans les journaux allemands contre la phthisie. M. Cless, de Stuttgardt, cité par M. Louis (2), a été un des partisans de cet agent thérapeutique. Je l'ai employé un grand nombre de fois chez desphthisiques, et je l'avoue, sans l'ombre d'un succès même passager. 11 est vrai que je n'ai point mis en usage les doses énormes de M. Cless, 10 à 15 grammes par vingt-quatre heures. Ma formule ordinaire est la suivante :

Hydrochlorate d'ammoniaque .... 4 grammes.

Suc de réglisse 4 2 —

Eau distillée 4 80 —

Mêlez. A prendre dans la journée par cuillerées à bouche toutes les heures.

J'avoue que je me suis souvent bien trouvé de ce moyen dans le traitement du catarrhe pulmonaire d'une intensité médiocre, et même dans la pneumonie après que les émissions sanguines et le tartre sti-

(4) V. Graefe u. v. Walther, Journal, Bd. XVI, Hft. 2.

(2) Gazelle médicale, 4 832, p. 8.

754 THÉRAPEUTIQUE DE LA TUBERC.ULISATION INTERNE.

bié à haute dose avaient fait disparaître les symptômes les plus graves de la phlegmasie ; mais la bronchite des tuberculeux ne m'a pas paru s'améliorer par ce sel , même employé avec suite.

e. Les seîs d antimoine . Sans tenir compte de la prétendue utilité du soufre doré d'antimoine et de quelques autres sels de ce métal , nous ne nous arrêterons qu'à l'action du tartre stibié , qui seul mérite de fixer ici notre attention.

Quant au tartre stibié à dose vomitive et aux vomitifs répétés , de très célèbres médecins en ont été les partisans , parmi lesquels nous citerons surtout Hufeland, Morton, Reid, Simmons , Giovanni. L'emploi du tartre stibié à dose fractionnée a déjà été préconisé par Richter. Dans ces derniers temps M. Rufz, dont la sagacité d'observation est incontestable , s'en est déclaré partisan. Le tartre stibié à haute dose enfin ne peut convenir que dans les inflammations pulmonaires intercurrentes.

Hufeland vante l'usage des vomitifs dans les cas où l'expectoration est difficile, dans la phthisiepituiteuse, et dans celle qui s'accompagne d'un dérangement des fonctions digestives et delà toux gastrique (1). Il serait difficile de donner des indications plus vagues et moins en rapport avec l'état actuel de la pathologie. Morton conseille les vomitifs, surtout dans la phthisie commençante , après des émissions sanguines préalables , et il les fait répéter pendant quelque temps tous les trois ou quatre jours (2), pratique assurément étrange et peu en rapport avec la nature de la maladie. Reid fait prendre des vomitifs, et de préférence l'ipécacuanha, à toutes les périodes de la maladie, et il en fait répéter l'usage pendant quelque temps tous les jours, au point de produire un ou deux vomissements. Quelquefois il fait donner une seconde dose le soir (3).

Voici maintenant le résumé du traitement et des prétendus résultats obtenus par Giovanni de Vittis : Depuis le 1er mai 1828 jusqu'au 18 janvier 1832, il a guéri f?) à l'hôpital militaire de Capoue 216 malades dont 176 phthisiques; 40 des 216 malades étaient atteints de catarrhe pulmonaire, 4 étaient atteints de phthisie au premier. 102 au second et 27 au troisième degré. Les malades prenaient dans la matinée une ou deux cuillerées à bouche de la solution suivante :

(1) Hufeland , Journal, t. LXXII , Hft. I, s. 54

(2) Morton, Opéra medica , lib. III, cap. iv.

(3) Reid , Essai sur la nâturè et le traitement, de la phthisie pulmonairt , trad. de l'anglais, Lyon, 1792, in-8.

Tartre stibié 15 centigrammes.

Eau distillée 1 50 grammes.

Sirop simple 30 —

La nourriture consistait pendant tout ce temps en riz cuit , aliments farineux en général , biscotes, chocolat léger, etc. Lorsque le tartre stibié excitait, outre les vomissements, des selles abondantes, on donnait aux malades pendant quelques jours des poudres de digitale et d'ipécacuanha torréfié, 5 centigrammes de chaque; le malade prenait une de ces doses d'heure en heure (1).

Voilà des résultats magnifiques. Heureusement que l'exagération ou l'ignorance y sont tellement manifestes que même les plus crédules et les plus myopes doivent y voir clair.

S'il y a une médication qui réclame de la prudence dans le traitement de la phthisie, surtout dans nos climats, c'est assurément la médication par les vomitifs ; car on sait combien cette maladie prédispose à la gastrite chronique qui toujours accélère notablement le terme fatal. Ce n'est que dans des cas exceptionnels que l'on doits' en servir et d'une manière tout àfait intercurrente. Au début, par exemple, lorsqu'après l'usage prolongé du laitage ou de l'huile de foie de morue, il existe un embarras gastrique qui résiste à la diète et aux purgatifs doux, on est autorisé à donner un léger vomitif. Dans la phthisie pulmonaire des enfants, les vomitifs peuvent aussi être plus fréquemment employés et exercent quelquefois une action vraiment salutaire sur la toux et l'expectoration. Voici la formule dont je me sers pour de jeunes enfants :

Tartre stibié 5 à 1 0 centigrammes.

Eau distillée 40 grammes.

Sirop d'ipécacuanha 20 —

Mêlez.

Les malades en prennent le matin à jeun une cuillerée à café toutes les demi-heures ; en même temps on leur fait boire de l'eau tiède ou une légère infusion de camomille. Il faut se contenter de deux à quatre vomissements. Ce n'est que dans les cas d'inflammation intercurrente que l'on peut y recourir à plusieurs reprises en peu de jours. Pour l'ordinaire on se bornera à les employer à la distance de trois ou quatre semaines.

(l)De Vittis, Giovanni, Osservazioni ed esperienze sulla tisi pulmonare fequite da un metodr partirnlarr per la cura di uni malatlia , Napoli . 1 832.

Le tartre stibié à haute dose ne convient, comme nous l'avons dit plus haut, que contre la pneumonie intercurrente et à une époque où l'estomac ne présente point de signes d'un travail phlegmasique chronique. Comme dans la pneumonie franche , il est bon d'éviter alors l'effet émético-cathartique. La formule dont je me sers dans ces circonstances est la suivante :

Tartre stibié 20 à 30 centigrammes.

Dissolvez dans une faible infusion

de feuilles d'oranger 4 20 grammes.

Sirop diacode 30 —

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche toutes les deux ou trois heures.

Le tartre stibié à doses fractionnées a eu des partisans assez célèbres, et quoique nous ayons de la peine à nous rendre compte de son mode d'agir dans les tubercules pulmonaires, ce serait cepen dant une méthode à mettre en usage dans la première période pendant laquelle les organes de la digestion sont encore en bon état. Eberle recommande une solution de 5 centigrammes de tartre stibié. dans 250 grammes d'eau comme boisson des malades pendant longtemps, et il dit en avoir observé une plus grande utilité que de tous les autres moyens proposés contre cette maladie (1).

M. Bricheteau a publié également un mémoire (2) dans lequel il insiste beaucoup sur l'utilité du tartre stibié à doses fractionnées ; cependant son traitement se rapproche davantage de la cure par les vomitifs. L'auteur dit en avoir obtenu le plus de succès dans la première ou au commencement de la deuxième période et quelquefois même dans la troisième , et être même parvenu à guérir ainsi cinq phthisiques . Ces faits toutefois ne sont pas rapportés avec assez de détails pour avoir une grande force probante. Voici sa formule :

Tartre stibié 5 à 1 5 centigrammes.

Eau distillée de sureau 4 50 grammes.

Sirop de sucre 30 —

A en prendre une cuillerée à bouche matin et soir. Cette méthode est du reste déjà ancienne, car nous trouvons dans

(4 ) Eberle, J., A treatiseof the malcria medica and therapeut., Philadelphia, 4 823 , Bd. II, op. 44.

(2) Journal de médecine et de chirurgie pratiques , septembre 4 837.

TRAITEMENT MEDICAL 707 les ouvrages de G. A. Richter (1), la formule suivante recommandée dans la cure radicale de la phthisie :

Tartre stibié 50 centigrammes.

Savon médicinal «

Gomme ammoniaque I i grammes

Galbanum I de chaque.

Extrait de ciguë )

— de belladone 2 grammes.

Divisez en pilules de 1 0 centigrammes ; à prendre trois fois par jour, 9 pilules.

11 est enfin un observateur qui mérite toute confiance , et qui, de nouveau , dans ces derniers temps , se déclarait partisan de cette méthode : c'est M. Rufz, médecin à la Martinique (2).

D'après tout ce qui précède, on voit que le tartre stibié est un moyen dont on peut tirer quelque parti dans le traitement de la phthisie ; toutefois il ne me paraît pas , dans l'état actuel de la science , mériter tous les éloges que quelques pathologistes lui accordent.

f. Les mercuriaux. Ce n'est qu'en Angleterre que le calomel à petites doses , les pilules bleues et la combinaison du mercure et de la chaux [hydrargyrum cum creta) ont été vantés, soit contre les affections tuberculeuses de l'enfance, soit dans la forme décrite par Philipps sous le nom de phthisie dyspeptique. Nous nions avant tout l'existence d'une phthisie dyspeptique, à moins qu'on ne veuille désigner sous ce nom bizarre la gastrite chronique, qui est un des effets, mais nullement une des causes de la phthisie. Pour notre compte nous n'avons jamais vu les mercuriaux exercer la moindre influence sur les affections tuberculeuses, quel que fût leur siège; nous avons cependant fréquemment employé le calomel à petites doses chez les enfants tuberculeux.

g. L'or a été préconisé comme un résolutif très actif des tubercules

(4) Richter, A. -G. , Die specielle Thérapie, ed. G. -A. Richter. Auszug. Wien , 1831, t. II, p. 275. L'édition originale a été publiée au commencement du siècle; la première édition de l'ouvrage en 4 volumes suivis de 2 volumes supplémentaires, par M. Richter fils, a paru à Rerlin en 1822.

(2) Etudes de la phthisie à la Martinique. ( Mémoires do l'Académie de médecine, Paris, 1 843, t. X, p. 223 etsuiv.)

pur Wendt, qui insiste sur son usage dans la phthisie des scrofuleux. Voici sa formule :

Hydrochlorate d'or 20 centigrammes.

Dissolvez dans de l'eau d'amandes amèros. 1 5 grammes. Ajoutez eau de fleurs de tilleul 45 —

Mêlez. A prendre quatre fois par jour 20 gouttes dans de l'eau sucrée (1 ).

L'hydrocyanate d'or a été recommandé aussi contre la phthisie par M. Pourché (2). Aucune voix nouvelle ne s'est élevée en faveur de ce métal, et nous penchons de plus en plus vers l'opinion d'un médecin de beaucoup d'esprit, qui dit que l'or fait plus de bien du malade au médecin que du médecin au malade.

h. Le soufre a aussi été regardé comme une panacée antiphthisique par quelques médecins parmi lesquels nous citerons Frédéric Hoffmann , Richter et Autenrieth. Ce dernier, ainsi que toute son école, admettait l'existence d'une phthisie métastatique provenant d'une gale rentrée , et comme le soufre est utile dans le traitement de la gale , ce médicament devait naturellement convenir dans le traitement d'une affection qui avait la gale pour origine. L'utilité du soufre métallique, du baume de soufre , etc., est reconnue nulle aujourd'hui dans son action antiphthisique , et la pathologie moderne a fait justice de l'absurdité de l'hypothèse d'une gale rentrée , car on sait aujourd'hui que cette affection n'est due qu'à la présence d'un parasite qui ne pourrait pas vivre ailleurs qu'à la peau. Il ne serait pas plus absurde de dire qu'un enfant, qui, après avoir eu beaucoup de pous , est pris d'une méningite, a une inflammation métastatique des enveloppes du cerveau due à des pous rentrés.

i. L'alun ne jouit point d'une réputation comme antiphthisique en général, tout au plus a-t-on relégué son activité, même douteuse, dans ces cas, aux symptômes colliquatifs , sueurs, diarrhée, etc., de la dernière période de la phthisie ; nous n'en parlerions pas si un médecin anglais, M. Orban, n'eût publié une formule qu'il prétend avoir employée contre la phthisie avec le plus grand succès pendant vingt ans, et dont il a connu la composition par un médecin de Tunis, en 1792 (3). Voici cette formule :

(4) Wendt, Kinder krankheilen , Wien , 4 834 , p. 316. La première eih • tion originale a paru en 1822 , la seconde en 1826.

(2) Gazette médicale, 1833 , n° 47.

(3) Medko-chirurçjical Transactions o( London , t. V, p. 277.

Aluu -a.. 1 ,50

Acide benzoique 0,25

Gomme arabique 0,75

Suie q. s.

Pour faire 25 pilules, dont le malade prend jusqu'à 9 par jour.

Les malades sont en même temps soumis à une diète sévère et prennent pour boisson habituelle de l'eau sucrée légèrement vinaigrée. Ce traitement ne nous paraît , sous aucun rapport, rationnel ; aussi l'avons-nous plutôt rapporté pour montrer avec quelle apparence de bonne foi les méthodes les plus bizarres ont été préconisées contre ces affections .

k. Les acides minéraux ne sont guère regardés aujourd'hui comme moyens antiphthisiques , et ce n'est qu'à l'occasion de l'hémoptysie et des sueurs nocturnes que nous aurons occasion d'en parler avec quelques détails. Nous ne pouvons pas cependant omettre de dire que M. Gendrin , dans ses leçons de clinique, recommande les acides minéraux comme un des moyens les plus capables de procurer du soulagement aux malades dans la phthisie à marche rapide et fébrile.

L'huile d'asphalte , abandonnée aujourd'hui dans le traitement de la phthisie, a compté dans le siècle dernier et au commencement de celui-ci de nombreux et de bien célèbres partisans qui regardaient cette substance comme un puissant antiphthisique ; mais en lisant attentivement les passages des auteurs qui en vantent l'emploi , j'ai pu me convaincre que la plupart de ces auteurs ont plutôt appliqué ce remède à des catarrhes chroniques avec expectoration muco-purulente abondante, qu'à de véritables phthisies. On pourrait toutefois étudier derechef l'influence de ce médicament sur la toux des phthisiques, tout en renonçant à y voir un spécifique antituberculeux. La manière de faire usage de ce moyen est du reste bien simple : on en fait prendre deux ou trois fois par jour, 10 à 20 gouttes sur du sucre ou dans de l'eau édulcorée avec un sirop quelconque. Voici les noms de quelques uns des principaux partisans de ce médicament : Theden , Vogel, Thilenius , Lentin, Leuthner, Bang , Callisen, Sachtleben, Sachs, etc.

m. L'acétate de -plomb , dont l'utilité aujourd'hui est même contestée dans la seconde période de la phthisie et dans le traitement des symptômes colliquatifs, a aussi été regardé par un certain nombre de médecins allemands et anglais comme agissant sur le fond delà disposition tuberculeuse. Tout en déclarant d'avance que noua

760 THÉRAPEUTIQUE DE LA TLBERCUL1SATION INTERNE.

retrouvons, dans les détails que nous allons citer, cette même légèreté que nous reprochons à la plupart des communications thérapeutiques , il n'est pas cependant sans intérêt de les mettre sous les yeux du lecteur.

C'est ainsi que Hildenbrand, un des célèbres médecins de Vienne, du commencement de ce siècle, dit avoir obtenu au moyen de ce sel une diminution de la toux, de l'expectoration, de la fièvre, de la diarrhée, des sueurs nocturnes. En même temps l'appétit redevint bon, et sur dix-sept malades ainsi traités , qui cependant, en moyenne, ne prirent que 6 centigrammes d'acétate de plomb par jour, mêlé avec autant d'opium, quatre furent entièrement guéris, cinq sensiblement améliorés, tandis que les autres huit moururent (1).

Amelung , qui le donne à la dose de 10 à 15 centigrammes par jour, en vante non seulement la grande utilité , mais dit même n'en avoir jamais observé de mauvais effets (2).

Fui 1er a une telle confiance dans l'acétate de plomb , qu'il en a composé la teinture antiphthisique suivante :

Acétate de plomb ) 8 grammes

Sulfate de fer ) de chaque.

Dissolvez dans 90 grammes d'esprit-de-vin rectifié; laissez reposer pendant vingt-quatre heures et filtrez. A prendre de 20 à 30 gouttes une ou plusieurs fois par jour (3).

Hoffmann recommande le phosphate de plomb à la dose de 20 centigrammes par jour, seul ou combiné avec l'extrait de jusquiame (4).

Horn dit avoir également guéri un certain nombre de phthisiques par ce médicament (5) .

Kopp vante l'utilité du sucre de Saturne dans la phthisie pulmonaire dans laquelle il n'existe point de tubercules]?) 5 il en donne en moyenne de 10 à 15 centigrammes par vingt-quatre heures (6).

A ces noms nous pourrions en ajouter bien d'autres , mais ces courtes citations suffisent déjà pour démontrer combien peu les auteurs ont mis de précision dans le diagnostic.

L'acétate de plomb a été généralement employé en France, il y a

(1) Hufeland , Journal , Bd. VIII , Hft. 4, s. 24.

(2) Hufeland, Journal , Bd. XXII , Hft. 1, s. 22.

(3) Naumann , Handbuchder mediz. klinik., Berlin , -I 829 , Bd. I, s. 83*.

(4) Harless, Rhein. Westph. Jahrb., Bd. IV, Hft. 1, s. 4.

(5) Horn's, Ârchip., 4 8*2. , Bd. I.

(6) Kopp, Ucnkwurdigkcilen , Frkf. a. M., 1839, Bd. IV, s. 379

TRAITEMENT MÉDICAL. /bl quelques années, contre les symptômes colliquatii's de la phthisie, et pourtant pas un auteur réellement sérieux et sévère n'a cité un cas de guérison radicale dû à ce moyen. Quelle foi ajouter alors au médecin de Vienne, qui, du premier essai , guérit à peu près un quart de ses malades par ce métal? Quelle foi enfin ajouter à l'action salutaire du sel de plomb dans la phthisie sans tubercules? car une telle maladie n'a pu exister que dans l'imagination des médecins , tant que l'observation exacte n'était pas encore entrée dans tous ses droits; aujourd'hui nous ne connaissons point de phthisie pulmonaire sans tubercules. Pour ma part je n'ai pas été heureux avec ce médicament ; séduit par les éloges que je lui avais vu accorder par un certain nombre d'auteurs célèbres, je L'ai prescrit à des phthisiques dans toutes les phases de la maladie, et voici le résultat démon expérience personnelle : tant que j'ai ordonné ce médicament sans opium, je n'en ai guère observé d'amélioration sensible pour aucun des symptômes, et lorsque les malades le prenaient avec de l'opium, je n'ai pas vu que l'action salutaire palliative de celui-ci en fût ni augmentée, ni diminuée, ni même modifiée.

n. Le fer. Nous ne parlerons pas ici de l'iodure de fer dont il a déjà été question à l'occasion des iodures. Ce sont surtout le protocarbonate et le sulfate de fer qui ont été préconisés. Quant au premier, on peut le prescrire sous forme des pilules de Vallet, à la dose de 4 à 6 par jour, lorsqu'il existe une complication chlorotique manifeste et que l'auscultation et la percussion font surtout constater l'absence d'un travail phlegmasique un peu intense; mais comme régime tonique le fer ne peut offrir d'autres avantages que de contribuer à soutenir les forces et à résister pour ainsi dire à l'action fâcheuse des tubercules , sans avoir cependant la moindre prise directe sur ces produits morbides. Quant au sulfate de fer, il a acquis une certaine célébrité dans le traitement de cette maladie comme ingrédient de la fameuse mixture antihectique de Griffith. Comme il s'y trouve combiné avec la myrrhe, nous en parlerons à l'occasion de ce médicament. Quant aux eaux minérales ferrugineuses , il en a déjà été question comme d'adjuvants hygiéniques utiles.

o. Le cuivre aussi a été recommandé comme antiphthisique , par Elliotson , qui prescrit surtout le sulfate de cuivre (1), et par Jfpger, qui , même dans la 3" période de la phthisie, dit avoir observé des effets salutaires par la liqueur cuivrée de Kœchlin, dont

(I) Med.-chirurg. Tmnmci . . t. XIII, p. 450.

7b'2 THÉRAPEUTIQUE DU LA TUBEKCUUSATIOIS JNTEKNIi.

il fait mêler 4 à 8 grammes avec 300 grammes d'eau distillée, ù prendre par cuillerées à bouche trois fois par jour (1). Ce médicament n'ayant plus été expérimenté dans le traitement de la phthisie , on doit regarder son action comme douteuse ou comme nulle jusqu'à preuve du contraire.

/). Les eaux minérales ont joui d'une assez grande réputation dans le traitement des tubercules pulmonaires ; mais leur vogue a été de tous temps bien plus grande parmi le public et les médecins d'eaux minérales que parmi les pathologistes réellement observateurs. En France, les eaux les plus réputées dans ces affections sont quelques eaux sulfureuses du Midi , et en première ligne les Eaux- Bonnes ; viennent ensuite les eaux du Mont-Dore, et à une assez grande distance d'elles, quant à leur réputation antiphthisique , les eaux de Saint-Sauveur, deCotterets, etc. En Allemagne, on vante dans ces cas les eaux d'Ems et de Warmbrunn ; en Suisse, les eaux de Wissembourg. La réputation de toutes ces eaux minérales, de posséder une action spécifique sur les tubercules pulmonaires, nous paraît tout à fait usurpée. Le diagnostic de la phthisie est souvent loin d'être facile, et il y a plusieurs affections chroniques des voies respiratoires qu'à un examen superficiel on peut confondre avec la phthisie : d'un autre côté, nous savons que sa marche peut offrir de grandes variations, et qu'elle peut s'arrêter spontanément après avoir inspiré de graves inquiétudes par la rapidité de ses progrès. On comprend alors aisément qu'il est extrêmement difficile d'apprécier séparément, d'un côté, l'action d'une eau minérale, l'influence de la bonne saison, d'un changement hygiénique favorable, d'un air pur, et d'un autre côté les fluctuations naturelles dans la marche de la phthisie. C'est en Suisse que j'ai pu me convaincre que les eaux de Wissembourg n'avaient aucune action directe sur les tubercules, tout en étant réellement utiles dans quelques formes de catarrhe pulmonaire chronique, d'emphysème, etc. On ne peut donc admettre l'utilité réelle des eaux minérales dans le traitement de la phthisie que lorsqu'elle sera basée sur un nombre assez considérable d'observations bien précises, et qui permettront d'étudier cette question par la voie documentale. Nous ne voulons du reste, malgré l'absence de preuves suffisantes , nullement rejeter ce mode de traitement , et pour les malades de la classe aisée dont la phthisie offre une marche lente, une saison des Eaux-Bonnes convenablement dirigée, comme c'est le cas sous l'habile direction de M. Darale, qui possède à un haut

(1) Harless, Rhein Jahrb., Bd. II, Hft. 2, s. 170.

THA1TEMEM MÉDICAL. 763

degré lacontiancede ses malades, constitue assurémentune ressource de thérapeutique. Nous contestons seulement la certitude de leur action.

q. La myrrhe a joui pendant longtemps aussi d'une grande vogue comme remède antituberculeux. C'est Griffith qui a introduit ce médicament dans la thérapeutique de la phlhisie. Voici la composition de sa fameuse mixture antihectique :

Myrrhe 4 grammes.

Sulfate de fer 60 centigrammes.

Carbonate de potasse 2 grammes.

Triturez ensemble et ajoutez :

Eau de menthe 350 —

Sirop simple 30 —

A prendre en quatre fois dans la journée (1).

Cette mixture a été modifiée de bien des façons, sans que son utilité réelle en ait été augmentée, et sa grande réputation a fait qu'elle a été bien plutôt antihectique pour la bourse des pharmaciens que pour les poumons des malades. Parmi les auteurs qui l'ont le plus recommandée, nous citerons Baldinger, Fr. Hoffmann, Duncan, Vogel, Werlhof et Sachtleben. Nous avons employé la myrrhe en pilules et en mixture avec ou sans le sulfate de fer, mais sans en obtenir le moindre succès.

r. Les balsamiques. Les baumes de copahu , du Pérou , de Tolu , ont également eu des partisans. Le sirop de baume de Tolu est encore aujourd'hui en usage contre la toux; mais on ne peut pas lui attribuer une action antiphthisique. Voici l'électuaire de baume du Pérou, au moyen duquel Werlhof raconte avoir guéri sa fille unique

de la phthisie pulmonaire :

Baume du Pérou 8 grammes.

Mêlez avec un jaune d'oeuf :

Extrait aqueux d'écorce du Pérou . . 24 — Miel rosat 4 00 —

A prendre par cuillerées à café toutes les trois heures (2). s. Le fenouil d'eau [phellandrium aqualicum) doit être compté

(1) Griffith. Pract. obs. on the cure of hectic and slow fevers and Ihe pulmonanj consumptions , London , 1775.

(2) Werlhof, Opéra omnia mcdica , Coll. Wichmann., Hannov., 1775.

764 THÉRAPEUTIQUE DU h A TUBItltCULISATlOiN INTERNE, parmi les médicaments du règne végétal les plus prônés comme antiphthisiques ; mais nous rencontrons ici encore une réputation usurpée qui probablement a sa source bien plutôt dans l'optimisme des praticiens que dans les vertus intrinsèques de cette plante.

Voici ses divers modes d'emploi : Lange la fait prendre en poudre; les malades prennent, matin et soir, une demi-cuillerée ou une cuillerée à café des graines pulvérisées dans une tasse de lait (1).

Hufeland est également grand partisan de ce médicament ; il conseille aussi de le donner en substance jusqu'à 4 grammes par jour en le divisant en 3 ou 4 doses (2).

Rosenmueller recommande la teinture de phellandrium préparée d'après Martius. On infuse 45 grammes de graines de fenouil avec 180 grammes d'esprit-de-vin rectifié qu'on laisse digérer pendant vingt-quatre heures à chaud ; on ajoute ensuite 180 grammes de vin muscat, et.quarante-huit heures plus tard on filtre ce liquide (3).

Sachs recommande soit la poudre, soit l'infusion. Cette dernière est préparée avec 15 gram. de graines de fenouii pour 200 gram de liquide , à prendre dans les vingt-quatre heures , et il y ajoute souvent la liqueur anisée d'ammoniaque à la dose de 1 ou 2 grammes par jour. Nous avons employé cette plante en infusion semblable à la précédente, et en ajoutant 8 grammes d'eau distillée d'amandes amères, mais sans lui reconnaître la moindre action antituberculeuse. Du reste, en lisant attentivement les indications pour son emploi, telles que les donnent ces auteurs, nous trouvons qu'ils l'ont de préférence recommandée contre la phthisie pituiteuse, et plusieurs d'entre eux mentionnent expressément qu'ils n'en ont point observé d'action dans la phthisie tuberculeuse (4).

t. Le goudron a été préconisé par Crichton , qui en vante l'utilité sous forme de vapeurs dans la phthisie à caractère atonique, avec absence de tout signe inflammatoire (5).

(1) Lange, Ueber die heilsamen Wirkungen des Wasferfenclwls, Helmstaedt,

(2) Hufeland, Journal, Bd. XXIX, Hft. 2.

(3) Abhandlungen der physik. mediz. Gesellschaft zu Erkmgen , FrancC, 1810, Bd. I.

(4) Sachs, u. Dullc. Woerterbuchder ArzneimiUellehre, Kœnigsberg, 1839, Bd. III, s. 316.

(5) Crichton , Profit, observations on Ihe trealmenl of scveral varielies of pulmonary consumpUon and of the effecls of the vapour of boiling tar in lhat disease , London , 1823. cap. m.

Hufeland et Neumann ont expérimenté les vapeurs du goudron en 1818 à l'hôpital de la Charité à Berlin, et ils en recommandent l'emploi dans la blennorrhée pulmonaire, la phthisie pulmonaire pituitaire atonique, et dans la phthisie laryngée, tant qu'il n'y a point de symptômes inflammatoires bien prononcés ; ils ont trouvé ces vapeurs nuisibles dans la phthisie tuberculeuse et scrofuleuse, dans celle à marche aiguë et dans la disposition à l'hémoptysie : ces essais furent faits sur cinquante-quatre phthisiques distribués dans deux salles, dans lesquelles un pot rempli de goudron fut exposé, quatre fois par jour, à une température assez élevée pour remplir la chambre de ces vapeurs, en ayant soin de ne pas faire entrer le goudron en ébullition. Sur ces cinquante-quatre malades, quatre furent guéris, six améliorés, seize restèrent à l'état stationnaire : chez douze la maladie empira, et seize moururent (1). Cette statistique inspire fort peu de confiance lorsqu'on tient compte du peu de précision que ce médecin a mis dans son diagnostic. Pour en citer seulement une preuve, nous reproduirons tout ce que l'auteur dit sur le résultat de l'examen physique de la poitrine dans la phthisie : « Les signes de l'auscultation et de la percussion peuvent être employés comme moyens auxiliaires pour déterminer la place où se trouve une vomique , mais nullement pour établir le diagnostic, vu que l'auscultation ne peut pas seulement faire distinguer si la matière crépitante est du mucus ou du pus (2) . »

On voit que ce passage a été écrit en 1836 ; il est bon d'en prendre date, parce que sans cela on pourrait, à juste titre, douter de la possibilité de juger ainsi la magnifique découverte de Laënnec , après que vingt ans d'expérience et d'observation en ont fait reconnaître toute la supériorité. Et c'est pourtant avec les matériaux dans le genre de ceux que nous venons de citer que s'est faite la matière médicale !

M. Pétrequin (3) recommande l'usage interne de l'eau de goudron dans la phthisie. Voici sa préparation :

Faites macérer pendant huit jours 30 grammes de goudron dans 500 grammes d'eau 5 agitez fréquemment, filtrez , et donnez 250 à 300 grammes de cette solution coupée avec du lait. M. Valleix (4) fait observer qu'une bonne partie des succès obtenus doivent être mis

(1) Hufeland, Journal, Bd. L, Hft. \ .

(2) Hufeland , Enchiridion medicum , Berlin, 1836 , p. 376.

(3) Gazette médicale de Paris, 1836 , t. IV, p. 705.

(4) Op. cit., t. II, p. 418 et 44 9.

sur le compte de la diminution des accidents inflammatoires secondaires, par suite du régime et du repos concurremment mis en usage avec l'eau de goudron : toutefois, ce moyen nous paraît rationnel et mérite d'être ultérieurement expérimenté.

20° La créosote a aussi compté des partisans dans ces dernières années. Les médecins qui l'ont surtout vantée sont Rampold, Cartoni et Ebers. Ce dernier prétend même en avoir vu de fort bons résultats dans la phthisie déjà avancée. Voici sa formule :

Créosote 2à4 gouttes.

Mucilage de gomme arabique 30 grammes.

Émulsion de pavots blancs. ...... 150

Sucre blanc 4

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche toutes les deux heures fa).

Nous ne pouvons regarder ces éloges que comme de simples assertions qui manquent entièrement de preuves.

IL Méthodes ctjratives. Nous arrivons à présent à l'analyse des diverses méthodes thérapeutiques tour à tour vantées dans le traitement de la tuberculisation interne , et qui toutes , employées avec discernement, peuvent offrir des avantages réels, mais dont aucune n'est capable d'exercer une action spéciale sur la phthisie.

a. Les antiphlogistiques . Dans tout le courant de ce livre, nous avons combattu l'hématophobie exagérée de beaucoup de pathologistes dans le traitement des maladies scrofuleuses ; mais nous l'avons toujours fait avec la réserve que, dans ces affections, les émissions sanguines n'agissaient favorablement que sur quelques uns des effets de la maladie sans l'atteindre elle-même dans sa nature intime; aussi regardons-nous comme une aberration déplorable de jugement l'opinion qui comptait encore beaucoup de partisans, il y a quelques années, d'après laquelle les tubercules pulmonaires n'étaient qu'une manifestation spéciale d'un travail phlegmasique, et ne réclamaient par conséquent d'autre traitement que l'emploi des antiphlogistiques. Voici ce que l'expérience nous a appris sur la valeur réelle des saignées générales et locales dans le traitement de la phthisie : Dans la première période, lorsque la phthisie s'annonce avec une marche assez rapide , accompagnée de fièvre , de dyspnée, d'une toux sèche et fréquente, une ou deux saignées du bras ou du pied, de 200 à 350 grammes, sont souvent suivies d'un soulagement marqué. Nous

(1) Casper, Woohcnschrift , 1837, n" 9, s. 137.

nous en sommes également bien trouvé dans la tuberculisation commençante, à marche plus lente, lorsque les malades étaient d'une bonne constitution, et vivaient dans des conditions hygiéniques favorables. Dans ces cas , la physiologie pathologique peut nous rendre compte de l'utilité d'une déplétion sanguine. Beaucoup de vaisseaux pulmonaires disparaissent par suite du dépôt des tubercules, qui eux-mêmes ne sont pas vasculaires ; il en résulte naturellement une forte hypéréinie dans les capillaires ambiants , qui prédispose aux inflammations circonvoisines et à l'hémoptysie ; et comme les tubercules ne sont pas , de leur nature même, toxiques pour l'organisme, le tout est d'habituer les poumons à leur présence, sans qu'il en résulte des congestions trop actives; il faut tâcher, pour ainsi dire, de leur procurer le droit de domicile dans les poumons. Si toutefois on n'a pas obtenu une amélioration notable par deux ou trois émissions sanguines , tant locales que générales, il ne faut pas pousser ce traitement plus loin, car il ne faut jamais oublier que, plus que pour toute autre maladie , il faut à l'organisme une certaine provision de forces pour pouvoir lutter avantageusement contre l'affection tuberculeuse et ses conséquences.

L'accident qui , dans le courant de la phthisie , réclame le plits péremptoirement les déplétions du système sanguin est l'hémoptysie. Xous aurons occasion de parler plus loin avec détail du traitement de ce symptôme. Dans la seconde période il faut être plus sobre de toute perte de sang et recourir plutôt aux saignées locales, en réservant la saignée générale pour les cas de forte oppression et de congestion intense , conséquence d'une inflammation aiguë intercurrente. Les ventouses scarifiées appliquées sur le haut de la poitrine ou entre les épaules, réitérées plusieurs fois en se bornant à chaque application à ne tirer qu'une palette de sang, procurent quelquefois un soulagement marqué pour la toux , la dyspnée et les douleurs thoraciques. L'application de sangsues à l'épigastre offre quelques avantages au début de la gastrite chronique des tuberculeux. En un mot , la méthode antiphlogistique est certainement utile dans le traitement palliatif, mais d'une action nulle comme traitement spécifique.

b. Les é.moUienis. Les boissons adoucissantes telles que l'émulsion d'amandes, la tisane de graine de lin, la solution de gomme arabique, la décoction de salep, la tisane de gruau d'avoine, l'eau lactée , le lait pur ou coupé avec les boissons sus-mentionnées , conviennent de préférence dans deux circonstances dans le traitement de la phthisie : d'abord comme boisson utile chez les malades en proie

768 THERAPEUTIQUE DE LA TUBEHCULISATION INTERNE.

à une toux sèche et fatigante , et ensuite comme boissons à employer par excellence dans le courant des inflammations aiguës intercurrentes. Elles sont en outre souvent les seules qui sont encore bien supportées, une fois que l'estomac, atteint d'une phlegmasie chronique , se refuse à toute nourriture substantielle. Ces indications bien posées, il faut cependant avoir soin de ne pas en exagérer l'usage, surtout dans la première période où, pour l'usage habituel, des boissons légèrement toniques nous paraissent mieux appropriées : c'est dans cette classe des adoucissants thérapeutiques qu'il faut aussi placer l'emploi externe de certains émollients , telles que les frictions avec du lard, recommandées par Spilsbury, les frictions huileuses conseillées par Nasse, etc. Comme leur action s'adresse plutôt aux symptômes colliquatifs et aux sueurs surtout, nous aurons occasion d'en parler encore plus loin. Quant à l'usage des cataplasmes émollients, ce sont encore les inflammations locales qui réclament leur usage , et quelquefois même on les voit diminuer la toux en les appliquant sur le bas de la poitrine.

c. Les narcotiques. Leur bon effet dans la bronchite et l'emphysème pulmonaire ont de tout temps fait choisir les remèdes anti phthisiques de préférence dans la classe des narcotiques, la toux et l'oppression étant regardées comme les principales et les plus importantes manifestations de cette maladie. Si l'on ne veut pas aller au delà de la saine observation, on est obligé de reconnaître tout à la fois qu'on ne saurait traiter des phthisiques sans le secours des narcotiques, surtout sans celui de l'opium ; mais que leur action n'est absolument que palliative , s'adressant à la toux, à la dyspnée, aux coliques , à la diarrhée , aux douleurs de toute espèce.

Nous allons passer en revue les principaux médicaments de cette classe.

1° Les préparations opiacées. Les médecins seraient aussi malheureux que les malades s'ils devaient se passer de l'opium dans le traitement des tubercules pulmonaires; aucun narcotique ne saurait le remplacer , et aucun moyen quelconque ne serait capable de procurer autant de bien-être, malheureusement passager, dans une maladie qui, le plus souvent, ne conduit au tombeau qu'après des souffrances vives et prolongées.

La préparation la plus sûre est l'opium en substance ; mais la plus douce et celle dont l'action est également certaine, est l'extrait gommeux dont nous faisons prendre au commencement une pilule ou deux le soir , une ou deux heures avant le coucher , contenant chacune 3

centigrammes; les malades n'en prennent dans la journée que lorsque quelque symptôme extraordinaire, tel que l'oppression, des quintes fatigantes de toux, des douleurs vives, etc., augmentent momentanément leur malaise. Voici la formule dont je me sers souvent dans ces circonstances :

Extrait gommeux d'opium 60 centigrammes.

Poudre do digitale 4 gramme.

Extrait do laitue 2 grammes.

Poudre de racines d'althaea q. s.

Pour faire 20 pilules argentées S. 1 ou 2 pilules le soir avant le coucher.

Lorsque la toux, après avoir été peu incommode pendant quelque temps, est devenue momentanément beaucoup plus fréquente, ce qui arrive surtout quelquefois dans les changements atmosphériques pendant la mauvaise saison , on peut faire prendre l'opium d'une manière plus continue pendant quelques jours. Voici la formule d'une potion que nous prescrivons alors :

Extrait gommeux d'opium 5 centigrammes.

Potion gommeuse I 00 grammes.

Sirop de pavot ou sirop de Tolu. ... 20 —

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche toutes les deux heures.

La morphine est également un fort bon calmant dans ces cas ; on peut en faire prendre le soir avant le coucher , une ou deux pilules contenant chacune 1 centigramme de sulfate de morphine. Lorsqu'on veut faire prendre cet alcaloïde d'une manière plus continue, ob peut prescrire toutes les trois ou quatre heures vingt gouttes du mélange suivant :

Sulfate de morphine 5 centigrammes.

Eau distillée d'amandes amères .... 30 grammes.

La codéine peut s'administrer à peu près de la même façon que l'extrait gommeux d'opium.

Une préparation des plus douces et qui procure en même temps le narcotisme le moins désagréable , est celle qui est connue sous le nom de gouttes noires de Lancaster [black drops), dont voici la composition :

Opium de Smyrne 4 2 grammes.

Noix muscade 3 —

Safran . • i . —

Vinaigre ou suc de verjus 100 grammes.

Sucre • . . . . 8

Levure de bière 2 —

Laissez le tout en contact pendant un mois, passez et filtrez, et conservez dans un flacon bien fermé. La dose est de 2 à 6 gouttes dans une potion ou un julep; 6 gouttes équivalent à 5 centigram. d'opium.

Nous avons souvent employé cette composition à la dose de six à huit gouttes prises dans de l'eau sucrée, le soir avant le coucher. Il paraît qu'en général les acides végétaux , et le vinaigre surtout , sont de fort bons véhicules pour les préparations narcotiques ; aussi avons-nous vu avec plaisir, dans la dernière édition de la pharmacopée prussienne, que le vinaigre de digitale y était de nouveau introduit comme préparation officinale.

Quant aux quarts de lavements opiacés, nous en parlerons à l'occasion des affections intestinales des phthisiques. Nous ne faisons que mentionner en passant aussi une des meilleures préparations opiacées que nous connaissions, l'élixir parégorique ou la teinture benzoïque d'opium , dont nous parlerons avec détail plus loin , à l'occasion de la toux , contre laquelle son emploi nous a plus spécialement paru utile.

Tout médecin qui connaît les exigences de la pratique particulière doit comprendre que cet exposé ne renferme point de détails inutiles, et qu'il est bon de pouvoir varier ces préparations opiacées dont on est souvent obligé de continuer l'usage pendant bien des mois.

2° La digitale est certainement, après l'opium, la substance narcotique végétale qui a réuni le plus de suffrages comme remède antiphthisique 5 mais j'avoue que, pour ma part, je suis arrivé à la conviction , après l'avoir beaucoup employée , que c'est un remède tout au plus d'une utilité palliative et secondaire , et que son action sédative sur la vitesse de la circulation peut bien parfois être mise à profit dans l'état fébrile, dans l'hémoptysie, etc., mais sans qu'on soit jamais en droit de compter sur une amélioration réelle produite par cette plante. Aussi avons -nous été étonné de trouver dans la littérature médicale les plus grands éloges prodigués à ce médicament, même par des médecins dont le nom est très célèbre dans la science. C'est ainsi que Beddoës regarde la digitale comme tellement active, qu'elle guérit, d'après lui, les tubercules pulmonaires trois fois sur cinq (1).

(1) Beddoës, Ueber d. neuest. méthode die Srlunindsuch i Bffl heilm a. d, Engl, von Kuelm, Leipzig, 1810, s. 90.

Jennor raconte avoir guéri un phthisique dans l'espace de six semaines par l'usage de la digitale et des frictions stibiées (1).

Southey recommande la digitale comme le remède le plus puissant contre la phthisie qui succède à l'hémoptysie (2).

A. -G. Richter recommande la digitale contre la toux sèche accompagnée d'oppression , d'un pouls petit , fréquent et serré, en un mot dans la phthisie commençante à marche rapide (3).

Autenrieth est également partisan de ce remède et le prescrit aux phthisiques dont la circulation est très facile à exciter (4).

Le résumé le plus complet enfin a été fait par Bayle (5). Voici le passage qui y a rapport dans l'ouvrage de M. Louis :

« Résumant ces faits, M. Bayle remarque que sur 150 individus atteints de phthisie et traités au moyen de la digitale par Sanders, Fowler, Beddoës, Drake, etc., 83 ont guéri, 35 ont éprouvé une amélioration momentanée ou durable , 33 n'ont éprouvé aucun soulagement ; qu'en supposant que plusieurs de ces cas fussent des catarrhes pulmonaires chroniques et non de véritables phthisies , il resterait encore un nombre de guérisons assez considérables pour fixer l'attention des médecins; qu'à raison de l'habitude où sont les auteurs de cacher leurs insuccès, on ne doit pas conclure des 151 cas , parmi lesquels 83 ont guéri , que la digitale guérit plus de la moitié des phthisiques ; mais il pense qu'on ne peut se refuser à admettre que sur un nombre indéterminé plusieurs ont été guéris. Et à l'appui de cette conclusion, M. Bayle cite le témoignage de son illustre parent, l'auteur du Traité de la -phthisie, qui assure que la digitale, dont il a progressivement augmenté la dose dans quelques ras , jusqu'à 40 grains par jour , a paru produire de très bons effets dans diverses espèces de phthisie et même dans la phthisie tuberculeuse, chez des sujets trop excitables, dont le pouls offrait une très grande fréquence. Enfin, ajoute M. Bayle, si, dominé par notre opinion sur l'incurabilité de la phthisie, nous rejetions comme faux les 83 cas de guérison donnés dans cet ouvrage , nous regarderions

(1) .lenner, A letter to Paris on the influence of artificial éruptions , etc., London, 1822.

(2) Southey, Ueber die Vermeidung , Entstehung und Heilung der Lungenschwindsucht a. d. Engl. von Radius, Leipzig , 1820 , s. 64.

(3) Richter, A. -G., Die specielle Thérapie, Berlin, 1816, Bd. IV, s. 620.

(4) Autenrieth, Versuch filr die praklische Heitkunde , Tùbingcn, 1808 , Bd. I, s. 292.

(5) flibliothèque de thérapeutique, Paris, 1835, t. III, p. 362.

772 THÉRAPEUTIQUE DE LA TUBERCULÏSATION INTERNE, comme imposteurs plus de douze médecins que l'histoire nous présente comme honorables; car il est impossible d'admettre que tous ces auteurs se soient constamment trompés sur le diagnostic de la maladie »

M. Louis n'a nullement constaté les bons effets de cemédicameut dans la phthisie (1) et M. Valleix les regarde également comme fort contestables (2).

Le mode d'emploi de la digitale est ou en infusion, 50 centigrammes pour 120 grammes d'eau, dans les vingt-quatre heures, ou en poudre à la dose de 5 centigrammes toutes les deux heures.

3° La belladone a aussi été recommandée comme antiphthisiquemais, comme tous les autres narcotiques, elle n'exerce sur cette maladie qu'une action calmante tout à fait palliative.

4° La ciguë a compté également des partisans et passe encore aujourd'hui, aux yeux de plusieurs bons praticiens , comme un remède salutaire pour favoriser la disparition des tubercules. C'est ainsi que M. Prévost, de Genève, m'a assuré plusieurs fois s'être fort bien trouvé, dans sa pratique, de prescrire le suc frais de ciguë dans la phthisie commençante. Ce remède , journellement préparé à la pharmacie, est donné à la dose de plusieurs cuillerées à café jusqu'à une cuillerée à bouche par jour à prendre dans une infusion pectorale. M. Lombard, de Genève, recommande aussi l'usage de cette plante 5 il emploie la poudre des graines qui renferment une assez forte proportion de conéine, alcaloïde auquel cette substance végétale doit en grande partie ses vertus médicales : il prescrit ces poudres à la dose de 10 à 15 centigrammes à prendre trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures. N'ayant guère été satisfait, pour ma part, de l'action antiphthisique de la ciguë, j'en ai fait préparer une espèce de teinture mère en exprimant le suc frais que je fis mêler avec parties égales d'alcool, en y ajoutant ensuite une seconde partie d'alcool dans laquelle le résidu de la plante avait macéré pendant quarante-huit heures. Au bout de huit jours le tout fut filtré et donna une teinture qui avait à un haut degré le goût et l'odeur de la ciguë. Je n'ai employé cette préparation que dans un seul cas de phthisie pendant près d'un mois , à la dose d'une à deux cuillerées à café par jour, chaque dose prise dans une tasse d'infusion pectorale ; mais j'avoue que l'effet obtenu a été nul.

(<l) Op. cit., p. 641

(2) Guide du médecin praticien, Paris, 4 843, t. II , p. 429.

i !V\iii:mi;m MJ&iHQAJ- 773 L'aconit, la douce-amère , la laitue et la jusquiame sont également dépourvus de toute action spécifique sur les tubercules, quoiqu'on ait prétendu le contraire.

5° L'acide lujdrov\ja7iique a été préconisé comme un remède fort efficace dans le traitement de la phthisie, par M. Magendie. Voici les deux principales formules qu'il recommande :

Mélange pectoral.

Acide prussique médical 4 gros.

Eau distillée . 4 livre.

Sucre pur 1 once

Faire un mélange dont on prendra une cuillerée à bouche le matin et une le soir en se couchant.

Potion pectorale.

. Infusion de lierre terrestre "2 onces.

Acide prussique médicinal 4 5 gouttes.

Sirop de guimauve 4 once.

Faire une potion à prendre par cuillerée à bouche de trois heures en trois heures.

Parmi les partisans de la valeur antiphthisique de l'acide prussique, nous citerons Bréra, Cerutti et Fantnetti. D'un autre côté, M. Louis (1) dit positivement n'avoir obtenu aucun succès de l'acide prussique médicinal considéré comme moyen curatif de la phthisie. Pour notre compte , nous ne l'avons point employé dans cette maladie à cause des différences de force de ce médicament dans les diverses pharmacies.

Quant aux succédanés de l'acide prussique, l'eau de laurier-cerise et l'eau distillée d'amande& amères , nous les avons bien souvent prescrits aux phthisiques à la dose de 4 , 8 et même 12 grammes par jour et au delà, sans leur reconnaître d'autre effet qu'une amélioration tout à fait passagère pour la toux et la dyspnée.

d. Les amers et les toniques. Il est certain que les deux principales indications, dans le traitement de la phthisie, étant d'empêcher, d'un côté, la réaction locale fâcheuse des tubercules, et d'entretenir, d'un autre côté, la santé générale en bon état, la première de ces

( 1 ) Recherches sur la phthisie , Paris, 1843, p. 642.

indications étant remplie par les antiplilogistiques, les calmants et les révulsifs, la seconde indication peut être utilement remplie par l'emploi des amers et des toniques aidés naturellement d'un régime tonique; mais il n'y a pas plus de spécificité dans cette classe d'agents thérapeutiques que dans tous ceux que nous venons de passer en revue.

1° La mousse d'Islande est sans contredit le remède de ce genre qui jouit de la plus grande popularité. Elle réunit en effet l'avantage de renfermer à la fois un principe tonique et une assez forte proportion d'une substance mucilagineuse et gélatiniforme. Mais si nous en avons réellement observé de bons résultats dans la bronchorrhée accompagnée d'une expectoration très abondante et consécutive à un catarrhe pulmonaire , nous devons à la vérité de dire que nous n'en avons jamais constaté d'effets véritablement curatifs dans la phthisie. Au début de la maladie, cette tisane coupée avec du lait nous a paru utile comme boisson habituelle des malades, lorsqu'il n'existait pas de symptômes prononcés d'inflammation. Plus tard, son usage est également utile lorsque , dans la seconde période . les symptômes colliquatifs ont commencé , pourvu que l'estomac soit conservé en bon état. Nous préférons cependant la décoction de lichen d'Islande avec du bois de réglisse : on en fait infuser 15 grammes (préalablement bien lavés ) avec un demi-litre d'eau; on fait cuire pendant une demi-heure; à la fin de la coction on ajoute 5 grammes de bois de réglisse ; puis au bout de cinq minutes on filtre le liquide que le malade boit par demi-tasses dans la journée. La gelée de mousse d'Islande s'obtient par une décoction très concentrée à laquelle on ajoute du sucre et même des substances calmantes avant sa solidification (1). Le lichen carrageen [fucus crispus) n'est qu'un très mauvais succédané de la mousse d'Islande.

2° Le polygala avait anciennement une très grande réputation dans le traitement de la phthisie ; on l'employait également en décoction aux mêmes doses, et en quantité même plus considérable que le lichen. Parmi les partisans de ce remède nous citerons Baumes (2), Candon (3) , Coste et Villemet qui citent dix cas de guérison de phthisie par cette plante (4).

(1) Mérat et Delens, Dict. de matière médicale, Paris, 1832, t. IV, p. 100.

(2) Journal de médecine , de chirurgie et de pharmacie, 1788, janvier.

(3) Disserl. de polygala amara in phlhisi , Vindob, 1762.

(4) Esedi botanique, chimique et pharmaceutique sur les plantes indigènes, Paris, 1793, p. 78.

TK.UTKMLM MKDICA I . 775

Engelhardt recommande dans la dernière période de Ja phthisie la formule suivante :

Racines de polygala 30 grammes

Faites cuire avec 500 — d'eau

à réduction de 250 grammes. Ajoutez :

Racine de saleppulvérisée 2 grammes.

Extrait aqueux de quinquina. .... 8 —

— de digitale 50 centigrammes.

Miel 30 grammes.

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche toutes les deux heures (4).

Portai (2) , Quarin et Sachtleben (3) recommandent le polygala comme éminemment utile pour faciliter et améliorer l'expectoration. Voici le mode d'emploi de ce dernier auteur :

Mousse d'Islande '/ 12 grammes

Racines de polygala j de chaque.

— de réglisse 24 grammes.

Tiges de douce-amère 4 2 —

Mêlez. Pour faire de la tisane. Cette quantité est employée dans l'espace de deux à trois jours.

3° Le quinquina a aussi passé pour un précieux antiphthisique. Parmi les auteurs qui lui ont prodigué de grands éloges, nous citerons Pringle (4).

Duncan lui reconnaît non seulement de l'utilité contre les symptômes de colliquation , mais cette substance influe même , d'après lui , puissamment sur la guérison radicale ; il recommande surtout l'infusion froide (5).

Fothergill le conseille pour les femmes phthisiques affaiblies par une lactation très prolongée ou par des fleurs blanches (6).

(1) Engelhardt, Die Lungcnsucht in ihren verschiedenen Formen, etc , Aarau , I 823.

(2) Mémoires do ï Académie des sciences , Paris, '1781.

(3) Sachtleben, Versuch einer medicina clinica oder Prakt. Pathologie u. Thérapie der auszchrenden KrauUhcilcn , Uanzig, 1792, Bd. H, p. 364.

(4) Obsercations sur les maladies des armées, Paris, 1801 , in-8.

(5) Deobachlungen ueber Lungenschwindsucht a. d. Engl. uebers. c. Chaulant , Leipzig , I 8 I 7, s. 81 .

(6) Remarks on the cure "/ conBwnpMon , London, 17-si.

776 TJJÉJRAPBDTIQUE UJ2 I.A i l UKUCll.ISA ! ION INTERNE.

De Haen recommande la décoction de quinquina avec du lait comme une des meilleures boissons à ordonner aux phthisiques (1).

Tissot conseille l'usage du quinquina dans la phthisie qui prend son origine d'une vomique et lorsqu'il n'existe point d'inflammation bien manifeste tout autour (2).

L'usage du quinquina est peut-être trop abandonné de nos jours; mais le fait est que tous ces auteurs n'avaient pas les moyens de bien diagnostiquer la phthisie, et leurs éloges prodigués aux divers médicaments, dans le traitement de la phthisie, sont trop vagues et trop peu appuyés sur des faits et des preuves , pour conserver une valeur bien grande.

e. Les astringents, tels que le tannin, le ratanhia, le monésia, le simarouba, la cascarille nous occuperont à l'occasion du traitement des symptômes. Il sera question des uns à l'occasion de l'hémoptysie, et des autres en parlant du traitement de la diarrhée : ils n'exercent pas non plus une action spéciale sur la tuberculisation.

Quant à l'agaric blanc et à l'acétate de plomb, ainsi que quelques remèdes aromatiques, nous en parlerons à l'occasion des sueurs colliquatives.

On a cru aussi avoir trouvé des spécifiques parmi les plantes aromatiques. Une des plus vantées de cette catégorie est le galeopsis grandiflora, plante qui fait le principal ingrédient des herbes pectorales de Lieber, qui ont joui d'une grande vogue, dans le traitement de la phthisie pulmonaire, clans le midi de l'Allemagne. Pendant que je pratiquais dans le canton de Vaud, j'ai fait venir cette plante d'Allemagne, et n'en ayant pas observé de bons effets, je me suis informé auprès des botanistes pour connaître l'endroit le plus rapproché où je pourrais la faire recueillir à l'état frais. J'eus, en effet, bientôt connaissance d'une localité , aux frontières de la Savoie, où cette plante croissait en abondance; j'en fis recueillir, mais je n'eus pas plus de succès par la plante fraîche que par la plante desséchée.

On trouvera des détails sur l'emploi de cette plante dans le traitement de la phthisie, clans l'ouvrage de G. -A. Richter (3).

/. Les révulsifs ont été envisagés de tout temps comme un moyen très actif et très salutaire dans le traitement de la tuberculisation

(-1) Ralio medendi, Bd. XII, s. 236.

(2) Tissot, Avis au peuple, Lausanne, 1761, p 119 et 124.

(3) Die specielle Thérapie, von A.-G-. Richter, erster supplementarband , von G.-A. Richter, Wien , 1 831 , p. 270 et 286,

TRAITEMENT MÉDICAL. 7/7 interne. Cependant des médecins fort expérimentés , et entre autres M. Louis, disent n'en avoir jamais observé des effets bien nettement constatés. Toujours est-il , cependant, que s'il y a une méthode qui soit rationnelle dans cette maladie, c'est bien l'emploi des révulsifs.

La forme la plus simple et la plus douce est celle des emplâtres : on peut placer entre les épaules, ou sur le devant de la poitrine, ou sur tout un côté de la poitrine , du papier chimique , du diachylon gommé, l'emplâtre de poix de Bourgogne opiacé ; mais ces moyens sont tout au plus bons pour calmer la toux et les douleurs thoraciques ; les révulsifs plus actifs, les vésicatoires, et surtout les moxas, ont . dans ces cas , une action bien plus énergique, qui peut devenir réellement salutaire. Quant aux vésicatoires , on peut en entretenir un sur la poitrine ou en mettre un certain nombre successivement sans les faire suppurer. Les frictions de tartre stibié sont très douloureuses et ne peuvent surtout pas être continuées pendant assez longtemps pour avoir une action réellement curative sur les tubercules. C'est donc l'emploi des moxas qui doit constituer, dans ces maladies , la révulsion par excellence. Déjà conseillés par l'outeau et Percy, ils ont trouvé, de nos jours, de zélés partisans dans Larrey (1 ) et Schœder van der Kolk (2), qui les comptent parmi les plus puissants moyens à employer dans la phthisie. Parmi les grands médecins , qui , sans avoir publié leurs observations sur ce point, insistent cependant beaucoup sur l'utilité de ce traitement, je citerai MM. de Schœnlein, Lallemand et Prévost (de Genève). Ces deux derniers médecins surtout m'ont cité des cas de guérison fort remarquables de phthisie arrivée à un degré fort avancé, au moyen d'un grand nombre de moxas appliqués successivement sur les parois thoraciques. On commence par en établir un ou deux sous les clavicules , et lorsqu'après la chute des escarres la suppuration commence un peu à diminuer, on en établit un ou deux autres , et l'on continue ainsi à en entretenir un ou deux à la fois en suppuration pendant des mois et même pendant un ou deux ans. Comme ces moxas laissent des cicatrices assez difformes, on pourra, lorsqu'il s'agit de jeunes personnes, les établir au dos, entre les épaules, etc. Quant au mode d'établir ces moxas, nous renvoyons aux détails donnés sur ce sujet dans le chapitre des maladies articulaires. Lorsqu'on veut obtenir

(1) Recueil de mémoires de chirurgie, Paris, 1822.

(2) Observât, pathol. anatom. et pract. argument, etc., Amsteloclam. , 1826, fasc. I.

778 lllliRAPliUTIQLj; DE LA TUBERCULISHTIOIS INTERNE.

un bon effet de cette méthode, il faut en l'aire usage avec énergie, avec beaucoup de suite, et placer en même temps le malade dans de bonnes conditions hygiéniques. Je n'ai pas jusqu'à présent obtenu dans ma pratique tout le succès qu'on pouvait attendre de ce moyen ; mais j'avoue que mon expérience n'est pas assez complète sur ce point, pour juger définitivement la valeur de ce traitement.

On a aussi recommandé d'entretenir pendant longtemps des cautères au bras ou sur les parois de la poitrine. Parmi les auteurs qui insistent sur la nécessité d'entretenir de la suppuration au moyen de grands cautères dans lesquels on place un grand nombre de pois, nous citerons l'auteur anglais Mudge , qui raconte avoir été guéri lui-même clans sa jeunesse de laphthisie pulmonaire au .moyen d'un très grand cautère établi entre les épaules, et que l'on pansait journellement en y plaçant jusqu'à cinquante petits pois (]) : l'application d'un séton sur les parois thoraciques a également compté de célèbres partisans, parmi lesquels nous citerons Lentin (21 , Portai (3) et Whytt (4).

Pour compléter cette longue énumération des médicaments et des méthodes thérapeutiques préconisées comme curatives dans le traitement de la phthisie, nous ajouterons encore l'énumération de quelques moyens également vantés, mais sans nulle action réelle sur les tubercules internes. Voici les principaux : Des fumigations aromatiques ou balsamiques, mais sèches, ont été recommandées par Bonnet, Billard (5), Fuller, Mead, Willis (6). En fait de vapeurs humides, on a aussi recommandé de faire aspirer aux malades les vapeurs de plantes aromatiques, narcotiques. L'inhalation del'éther sulfurique, mêlé avec de la teinture d'opium , a déjà été recommandée par Ebers (7). Il faut cependant que ces essais aient été faits d'une manière peu soigneuse, puisqu'il n'était réservé qu'à ces derniers temps de bien connaître l'action physiologique de l'inhalation de l'éther,

(-1) Mudge, Abhandlungen von kalarrhal, Husten. a. d. Engl., Leipzig, 1780, s. 23 et 31.

(2) Beitrange zur ansuebenden arzneiwissenschaft , Leipzig, 1797, Bd. 1. s. 373.

(3) Observations sur la nature et le traitement de la phthisie pulmonaire, Paris, 1809, t. II.

(4) Saemmlliche schriften a. d. Engl., Leipzig, '1771 , s. 633.

(5) Mémoires de l'Académie de chirurgie, Paris, 1774, t. V.

(6) Pharmacop. rationalis , t. II, ep. 6 , De phthisi puMoiuili , étc

(7) Casper's Wochenschrift , 1837, n* 9, s. 187.

qui, du reste, nous paraît peu rationnelle dans le traitement de la phthisie, vu qu'elle excite souvent la toux chez les personnes dont la poitrine est d'ailleurs en bon état. N'oublions pas de noter que déjà, avant Ebers, Pearson avait recommandé les vapeurs d'éther dans la phtliisie, et lorsqu'on lit de quelle façon il prescrit l'inhalation de ces vapeurs, on a lieu de s'étonner qu'il n'ait pas pénétré plus loin dans la connaissance de l'action de ces vapeurs. Il conseille de verser une à deux cuillerées à café d'éther sulfurique dans une tasse à thé, de la rapprocher de la bouche, et d'aspirer ces vapeurs d'éther jusqu'à ce que toute la quantité retenue dans le fond de la tasse ait disparu (1).

Les purgatifs ont eu une vogue populaire dans le traitement de la phthisie, et le fameux remède Leroy a été aussi bien préconisé contre la tuberculisation que contre un grand nombre d'autres maladies : cela n'a du reste rien d'étonnant, car le ptuple aime tous les remèdes qui ont une action manifeste, et j'ai souvent vu des paysans être bien plus satisfaits de l'action d'une purgation qui avait provoqué de nombreuses selles , sans leur donner un soulagement réel , que du résultat d'une potion opiacée qui les débarrassait de souffrances aiguës, mais sans être accompagnée d'un effet matériel et évident. En réalité, les purgatifs ne sont nullement salutaires dans le traitement delà phthisie. Tout au plus peut- on les ordonner quelquefois au commencement de la maladie pour diminuer des congestions pulmonaires, sans trop recourir aux émissions sanguines. Mais, dans la seconde période surtout, il faut en être extrêmement sobre , à cause de la disposition qui existe alors aux ulcérations intestinales.

Les jus d'herbes, auxquels Hufeland et Portai ont attribué une action salutaire dans le traitement de la phthisie, manquent de toute influence sur cette maladie. Le suc de concombre, déjà recommandé comme antiphthisique par Oribase (2) , a également trouvé des partisans parmi les médecins modernes ; de ce nombre sont : Muzel (3) , Marc (4) et Hartmann (5).

Ce dernier prétend même avoir guéri deux cas de phthisie. aiguë

(1) Pearson, A short account of the nature and properties of différent kinds ofair, etc., London, 1794, p. 24.

(2) Oribasii opéra , Basil., 1557.

(3) Sammlung medizinischer und chirurgischer Wahrnchnumgen , Berlin , 1772 , Hft., I , s. 1.

f i) Abhandlungen von (1er Lungcnschwindsncht , HannovCr, 1 7 S 1 , s. H\ \ . Ci) Hufeland , Journal. 1825, Hft. I, s. I 17.

T62 THKBAPEUTlQtli DE LA TUBEBCOLlPÀTlO» I.N I Ell.NK.

par le suc de concombre , dont il fit prendre un demi-litre par jour.

Le charbon a été recommandé par Beddoës dans la phthisie commençante (1).

Mais ce médicament n'a pas plus d'action réelle sur la maladie qui nous occupe, que l'inhalation du gaz acide carbonique et tous les autres moyens préconisés par cet auteur.

Parmi les méthodes les plus plaisantes par la naïveté du raisonnement sur lequel on les a fondées, il faut compter la proposition de M. Piorry , d'obtenir la cicatrisation des cavernes pulmonaires en cherchant à rapprocher leurs parois au moyen de la compression exercée sur les parois thoraciques (2).

Nous citerons aussi le camphre recommandé comme antiphthisique par Musgrave (3) et par Neumann (4). L 'arihacci racemom , préconisée par Rush et Garden, qui emploient la teinture de la racine de cette plante, dont ils font prendre 30 gramfmes et au delà par vingt-quatre heures, médicament dont ils comparent l'action avec celle de la digitale (5).

La décoction du rJius radicam, enfin, remède populaire dans le traitement de la phthisie , parmi les habitants des montagnes d'AUeghany, a été recommandée par Gibson (6).

Nous terminons ici cette première partie de la thérapeutique de la phthisie. Nous avons cherché à y analyser tous les principaux moyens proposés et à les soumettre à un examen critique assez sévère, et, à cette occasion, nous sommes de nouveau frappé combien, en matière médicale, le grand nombre de moyens indiqués comme utiles contre une seule et même maladie est en proportion inverse avec la valeur réelle de chacun d'entre eux. Personne n'a mieux désigné cette abondance trompeuse de ressources que Pierre Frank, qui l'appelle une fausse richesse.

Nous allons passer actuellement à la seconde partie du traitement, au traitement des symptômes ; nous serons beaucoup plus succinct

(4) Beddoës, A lelter lo Erasm. Darwin on a neio metliod oftreating pulmonary consumplion , London, 4 799.

(2) Bulletin clinique, 1836.

(3) Sammluncj auserlesener Abhandlungen , etc., Bd. V, s. 686.

(4) Von den Krankheiten des menschen, Berlin, 4 836 , Bd. I , s. 797.

(5) American médical Recorder, etc., Philadelphia , 1823 , vol. VI , n° 4.

(6) Harless, Annal, der Franz., Engl., Ital., Span. u. Holl. med. u. chir.. 1 84 0 , Bd. I, 2 St.

que dans les pages précédentes, ayant déjà eu soin d'y indiquer le mode d'administration de la plupart de ces médicaments et méthodes.

C. Traitement des principaux symptômes de la tubereulisation interne.

1° La toux. On a pu se convaincre qu'un bon nombre des médicaments vantés comme antiphthisiques avaient pour but principal de combattre la toux. C'est en effet le symptôme le plus persistant et le plus incommode pour les malades; le premier de tous les remèdes pour le combattre est, sans contredit, l'opium. Lorsque la toux est fréquente , pendant toute la journée nous faisons prendre de 5 à 10 centigrammes d'extrait gommeux d'opium dans les vingtquatre heures; nous les prescrivons dans une potion gommeuse et diacodée, dont le malade prend une cuillerée à bouche toutes les heures ou toutes les deux heures. Lorsque la toux est plus prononcée pendant la nuit et vers le matin , nous faisons prendre le soir une pilule contenant de 3 à 5 centigrammes d'extrait thébaïque. Quant à la morphine, qui calme souvent admirablement la toux, nous la. donnons ou à doses fractionnées ou à doses plus fortes le soir. Nous renvoyons en général, pour tout ce qui a rapport à l'emploi de l'opium dans la toux, aux détails que nous avons donnés plus haut sur l'usage des opiacés dans la phthisie.

Un des opiacés dont nous nous servons le plus souvent dans ces cas estl'élixir parégorique, qui nous a paru un des meilleurs calmants pour la toux, et, comme il est très peu usité en France, nous communiquons ici sa composition et sa préparation que voici :

Opium sec 4 grammes.

Acide benzoïque i —

Camphre 26 décigrammos.

Huile d'anis 4 grammes.

Faites digérer pendant sept ou huit jours dans

Alcool à21° 875 grammes.

Puis filtrez et conservez.

Nous faisons prendre cet élixir à la dose de 20 à 30 gouttes trois fois par jour, et au delà, chaque dose dans une tasse de thé pectoral ou dans une demi -tasse de lait chaud. Nous nous servons bien souvent aussi de la potion suivante, dont un pharmacien de Paris,

782 THÉRAPEUTIQUE DE I.A TlJBERfJJUSATION INTERNE.

auquel cette prescription est tombée entre les mains par hasard, il y a quelques années, a fait un prétendu spécifique contre la toux. Voici cette formule :

Élixir parégorique 4 grammes.

Eau de laurier-cerise 8 —

— distillée 4 20

Mucilage de gomme arabique \ 30 —

Sirop de diacode j de chaque.

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche toutes les heures ou toutes les deux heures.

La belladone est bien inférieure à l'opium comme calmant pour la toux ; nous avons cependant rencontré quelques malades qui ne supportaient point les opiacés, et chez lesquels la belladone seule calmait la toux. Nous la prescrivons en pilules ou en potion à la dose de 5 centigr., à peu près, dans les vingt-quatre heures; nous 'l'avons souvent employée dans une émulsion d'amandes ambres préparée avec 8 à 12 grammes d'amandes décortiquées, et édulcorée avec du sirop de guimauve. M. Cruveilhier recommande les cigares de belladone, préparés avec les feuilles de cette solanée, imbibées d'une solution concentrée d'opium; il en fait fumer un demi-cigare matin et soir.

Quant aux autres narcotiques , tels que la jusquiame, la ciguë et l'aconit, je n'en ai guère observé de bien bons effets contre la toux des phthisiques. L'ipécacuauha à petites doses, tant vanté par quelques praticiens, ne m'a jamais réussi non plus. Les emplâtres soit de papier chimique , soit de diachylon , soit de poix de Bourgogne , seule ou avec de la teinture thébaïque, sont quelquefois utiles dans la toux de médiocre intensité ; mais il ne faut pas trop compter sur leur action. Les vapeurs émollientes et narcotiques n'ont également aucun avantage sur l'emploi intérieur de ces substances médicamenteuses. Les révulsifs font quelquefois cesser la toux ou la diminuent notablement après que les autres moyens ont échoué. Il va sans dire que nous ne parlons ici que de la toux qui est indépendante de toute inflammation intercurrente et qui ne s'accompagne point d'hémoptysie.

Quant à. l'usage des vomitifs, il m'a rendu quelquefois des services réels dans la toux des enfants tuberculeux; mais à tout âge il faut en user sobrement dans la phthisie.

L'acide prussique est un moyen trop dangereux à cause de l'iné -

TRAITliMliNT DES PRINCIPAUX SYMPTOMES. 783

galité de sa force dans les différentes pharmacies : aussi le remplaçons-nous par l'eau de laurier-cerise , ou par l'eau distillée d'amandes amères, qui sont de bons calmants contre la toux. Nous les faisons prendre dans du lait ou comme addition aux potions pectorales. Les boissons mucilagineuses et amères conviennent également contre ce symptôme ; et une boisson enfin , dont nous ne saurions assez recommander l'usage dans ces circonstances, est le mélange de l'eau de Seltz bien gazeuse avec du lait chaud.

2° L'expectoration ne peut guère être regardée comme un symptôme à part, elle est toujours en rapport avec la toux et la cause qui la produit. Aussi trouvons -nous qu'on lui a assigné une trop grande valeur comme symptôme, et nous croyons que la classe des remèdes dits expectorants doit être éliminée complètement de la matière médicale. On facilite en effet l'expectoration dans les cas seulement où l'on agit sur la cause qui la rendait difficile. L'inhalation de vapeurs émollientes, par exemple, ne peut la favoriser qu'en diminuant la tension inflammatoire de la membrane muqueuse bronchique. Les alcalins et surtout le sel ammoniac, qui quelquefois paraissent aussi faciliter l'expectoration , n'agissent probablement qu'en vertu de leur action chimique, liquéfiante sur les parties fibroalbumineuses du sang. Quant à la prétendue vertu expectorante du kermès, du soufre doré d'antimoine, de la scille, etc., je n'ai jamais pu y constater cette propriété ; aussi doivent-ils être rejetés du traitement de la phthisie, vu que dépourvus de l'action spéciale qu'on leur suppose , ils ont l'inconvénient de déranger l'appétit et de troubler les fonctions digestives.

On a préconisé l'utilité du charbon , de la myrrhe, des balsamiques, de l'eau chlorurée, de la créosote dans les cas où l'expectoration était très abondante , fétide, et offrait une mauvaise teinte : on obtient souvent les mêmes effets dans les hôpitaux par le repos et la diète ; mais aucun de ces moyens, qui n'agissent d'ailleurs que faiblement sans pouvoir atteindre les causes, n'a un effet durable.

3° L'hémoptysie est sans contredit un des symptômes qui mérite la plus sérieuse attention; convenablement traitée, elle a même l'avantage de porter à un tel point l'attention du médecin sur l'état congestif des poumons , qu'il peut ainsi suspendre quelquefois les principaux symptômes d'une phthisie commençante ; e'ést au point qu'on pourrait croire, dans ces circonstances, lorsqu'on n'a pas bien examiné la poitrine , qu'il s'est agi d'un crachement de sang tout à fait indépendant d'une affection tuberculeuse.

78/| XHÊRABBUTIQUB DE LA TUBERCULISATION INTERNE.

Lorsque le crachement de sang est un tant soit peu abondant, on fera bien de pratiquer immédiatement une saignée de 300 grammes, soit au bras , soit au pied, que l'on répétera au bout de vingt-quatre heures, si dans cet espace de temps le crachement de sang s'est reproduit ; quelques jours plus tard une petite saignée dérivative, l'application de 12 sangsues à l'anus ou de 15 à '20 sangsues autour des malléoles, complétera la dépletion nécessaire du système sanguin. Il va sans dire qu'il faut être plus sobre des émissions sanguines lorsqu'il s'agit d'un individu faible et qui a vécu dans de mauvaises conditions hygiéniques, ou lorsque la maladie tuberculeuse est déjà un peu avancée.

Les dérivatifs sont également fort utiles immédiatement après l'accident. On se servira avec avantage des manuluves- sinapisés et de l'application réitérée desinapismes sur divers points des membres inférieurs. L'application de la grande ventouse-Junodpeut, dans ces circonstances, provoquer une dérivation salutaire.

Les astringents sont, après les émissions sanguines , les moyens les plus nécessaires dans le crachement de sang. Nous donnons la préférence à l'extrait de ratanhia sur tous les autres , et nous l'associons aux opiacés pour empêcher en même temps la toux. Voici une formule dont nous nous servons souvent :

Extrait de ratanhia 1 à 2 grammes.

— gommeux d'opium 5 centigrammes.

Eau distillée 120 grammes.

Sirop de monésia 30 —

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche toutes les heures.

Dans les crachements de sang abondants et qui ont résisté aux autres moyens , les acides minéraux ont une action puissante , et c'est surtout à l'alcool sulfurique, à l'eau de Rabel, que nous donnons la préférence. On en ajoute de 2 à 4 grammes et au delà à un litre d'eau édulcorée avec 40 à 60 grammes de sirop simple, et l'on en fait prendre de temps en temps une demi-tasse. On peut porter. la dose de l'eau de Rabel jusqu'à 6 grammes et au delà par vingtquatre heures.

Lorsqu'un crachement très abondant a résisté à tous ces moyens, l'application de la glace sur la poitrine constitue, d'après M. Louis (1 ),

(1) Op. cit., p. 661

une ressource bien précieuse et exempte des dangers qu'on pourrait voir à priori dans cette médication.

L'hygiène des phthisiques atteints d'hémoptysie doit être réglée avec beaucoup de soin : des boissons adoucissantes, de l'eau lactée, une décoction de gruau, etc., si la toux est fréquente; des boissons froides et acidulées dans le cas contraire ; une diète sévère pendant huit à dix jours au moins après le crachement de sang ; des potages aux fécules , des œufs , du lait , des légumes pour toute nourriture ; repos absolu au lit, mutisme complet. Il sera bon enfin, dans la convalescence de l'hémoptysie , de prescrire un ou deux purgatifs doux, une cuillerée à bouche de magnésie calcinée ou une bouteille d'eau de Sedlitz à 32 grammes , ou la limonade de citrate de magnésie , dans le but de prévenir de nouvelles congestions pulmonaires.

4° Les douleurs de poitrine ne méritent une attention spéciale que lorsqu'on a constaté qu'elles sont indépendantes d'un travail phlegmasique aigu des voies respiratoires ; il est essentiel aussi d'examiner si ces douleurs sont dues ou non à une névralgie intercostale , car si les douleurs vraiment pleurétiques réclament l'emploi des sangsues et des ventouses scarifiées, les douleurs d'origine névralgique, au contraire, seront mieux traitées par les frictions calmantes avec l'huile de camomille camphrée, le baume tranquille, le laudanum, etc. ; on recouvrira les parties frictionnées d'une bonne couche de coton ou d'un cataplasme émollient et narcotique; c'est dans ces cas aussi que l'application de diverses espèces d'emplâtres peut procurer un soulagement notable , et si ces moyens échouaient, on aurait recours aux vésicatoires volants.

5° La dyspnée est pour beaucoup de phthisiques un des symptômes les plus pénibles, surtout dans la 2e période. On la combattra par les narcotiques, l'opium , la morphine, le stramonium , les cigares de belladone opiacés, par l'inhalation de vapeurs émollientes et narcotiques. On mettra pendant les accès de dyspnée un cataplasme sinapisé entre les épaules ou sur le bas de la poitrine, on appliquera des ventouses , et au besoin, en cas d'inefficacité de tous ces moyens, quelques ventouses scarifiées ; on pratiquera même une saignée générale de 120 à 200 grammes, lorsque l'auscultation fera reconnaître comme cause de la dyspnée un état phlegmasique ou une forte congestion.

6° La fièvre ne réclame aucun traitement spécial. La périodicité des exacerbations journalières dans l'après-midi et vers le soir a

780 THÉRAPEUTIQUE DE La TUHEKCUL1SATION INTERNE.

.souvent fait croire à une complication avec un principe intermittent; mais le fait est que, ni le quinquina, ni le sulfate de quinine ne paraissent exercer la moindre action durable sur ce symptôme. Il vaut au contraire mieux donner au malade des boissons rafraîchissantes, de la limonade, une solution de sirop de cerises, etc., pendant qu'il est en proie aux malaises de la fièvre. Un des effets les plus fâcheux de ce symptôme, est de diminuer l'appétit; aussi la nourriture doit-elle être bien plus légère , bien moins substantielle dans ces cas, que ne le réclamerait par elle-même l'affection tuberculeuse. Il est essentiel aussi de placer pour ces malades les principaux repas avant le moment de la journée où la fièvre devient plus intense.

7° Les sueurs sont, dans la seconde période, un des symptômes qui incommodent le plus les malades, aussi est-ce un de ceux contre lesquels on a proposé le plus grand nombre de médicaments. Celui que j'ai vu le mieux réussir de tous est le sulfate de quinine, au moyen duquel M. Louis combat depuis deux ans environ , avec avantage, les sueurs nocturnes des phthisiques, et c'est d'après les bons résultats que j'en ai observés dans ses salles à l'Hôtel-Dieu que j'ai adopté ce moyen. Les malades prennent une ou deux pilules renfermant de 10 à 15 centigrammes de sulfate de quinine dans la soirée ; on peut porter la dose successivement beaucoup plus loin.

Quant à l'acétate de plomb, tant vanté contre ces sueurs colliquatives, j'avoue que je n'ai nullement obtenu les résultats annoncés par les partisans de ce sel métallique; j'en dirai autant de l'agaric blanc préconisé par Bisson (1). J'ai d'autant plus volontiers expérimenté ce remèdedansle commencement de ma pratique, quejel'avais vu constamment prescrire contre ces sueurs dans laclinique de Schœnlein ; mais j'ai ensuite abandonné complètement son usage, n'en ayant nullement obtenu l'effet désiré. La limonade sulfurique a été également vantée dans ces cas ; mais je n'ai pu acquérir aucune expérience personnelle sur sa valeur. Plusieurs plantes aromatiques ont aussi été recommandées; de ce nombre est l'infusion de sauge déjà employée par Van-Swieten , et dont j'ai pu plusieurs fois constater l'action salutaire: les malades en prennent une tasse le soir, refroidie, bien entendu; il vaut mieux faire l'infusion plus forte que delà faire boire en trop grande quantité, tout liquide ingéré , en une certaine quantité, quelle que soit d'ailleurs sa température, provoquant

(I) Journal de médecine et de chirurqic pratiques, t. III. — Philippe, Jbid., t. IV, etc.

la transpiration. C'est contre les sueurs nocturnes aussi que Nasse a recommandé les frictions avec de l'huile (1), ce qui, au fond, n'est qu'une modification de la méthode de Spilsbury qui vantait les frictions avec du lard, non seulement contre les sueurs colliquatives, mais même comme antiphthisiques en général ; ce médecin faisait frictionner deux ou trois fois par jour une grande surface du corps pendant une demi-heure avec autant de lard qu'il peut en être absorbé (2). Nous communiquons enfin ici la formule des pilules balsamiques, dont Marcus fait un grand éloge contre ce symptôme.

Myrrhe 4 2 grammes.

Baume de Canada 6 —

Extrait d'opium 2 —

Divisez en pilules de 1 0 centigrammes. A en prendre 2 toutes les deux ou trois heures (3).

Quelle que soit la substance médicamenteuse que l'on prescrive contre les sueurs , il faut toujours aider ce traitement par quelques précautions hygiéniques. La température de l'appartement ne doit pas être trop élevée , ne pas dépasser 15 ou 16 degrés centigrades , même en hiver. Les malades ne doivent pas être trop couverts dans leur lit; ils éviteront les boissons chaudes, et l'on aura soin de toujours bien aérer la chambre, parce que ces sueurs abondantes répandent ordinairement une odeur fort désagréable autour du lit des malades. Si l'on ne peut pas ouvrir tous les jours lès fenêtres, on y suppléera par des fumigations aromatiques.

Nous arrivons à présent au traitement des symptômes qui ont rapport aux inflammations secondaires, consécutives soit à la diathèse tuberculeuse, soit au dépôt local des tubercules.

8° Laryngite et trachéite. Nous faisons abstraction ici des affections chroniques, idiopathiques, et decelles d'origine syphilitique que l'on observe dans la partie supérieure des voies respiratoires. Quant à celles qui sont consécutives à la phthisie, elles réclameront rarement l'usage des antiphlogistiques. On n'appliquera des sangsues au cou que si la région laryngée était le siège de douleurs vives et si

(1) ïïorn's Archiv., 1825, Hft. III, s. 389.

(2) Behrend, Rcpcrlor. f. d. neucstemcd. chir. Literat. d. Ànslandes, Bd. II, n° 16.

(3) Marcus, Mnçjuzin filr xpeciclle Thérapie , Bd. T, Eît. 1, s. 12.

la déglutition était difficile et douloureuse; si enfin l'irritation du larynx donnait lieu à une toux fréquente et fatigante. Des frictions calmantes ainsi que des cataplasmes émollients remplaceront avec avantage , dans la plupart des cas, les émissions sanguines , et l'on peut aider leur action par l'inhalation de vapeurs émollientes et narcotiques. Lorsque la marche de la laryngite est plus franchement chronique et ne présente point de symptômes d'une certaine intensité, les révulsifs, appliqués à la région antérieure du cou, constituent, à notre avis, la meilleure méthode, la seule dont, pour notre compte, nous avons pu obtenir, dans plusieurs cas, un soulagement marqué. Voici la gradation des moyens que nous mettons en usage dans ces cas : nous commençons par les frictions avec un liniment ammoniacal camphré, dont voici la composition :

Huile d'olive 30 grammes.

Camphre } 6 —

Ammoniaque j de chaque.

Mêlez.

Frictionner matin et soir la région du cou avec la valeur d'une cuillerée à café. Plus tard, si ce moyen ne produit plus tout le soulagement désiré , nous faisons faire des frictions avec de l'huile de croton jusqu'à éruption abondante de petites pustules. Dans d'autres cas , nous employons les vésicatoires volants successivement au nombre de 5 ou 6 clans la région du cou. Le moyen, enfin, de beaucoup le plus énergique et le plus salutaire, et qui peut même produire la guérison, s'il n'y a que peu de tubercules dans les poumons, c'est l'application de deux longs sétons , un de chaque côté du cou, dont on entretient la suppuration pendant plusieurs mois. L'alimentation doit naturellement être douce et substantielle : c'est dans ces cas que le laitage convient le mieux. Les symptômes laryngés sont de ceux qui doivent déterminer le plus le médecin à envoyer les malades dans un climat méridional. Le mutisme absolu , observé pendant plusieurs mois, est également de rigueur. On combattra en même temps la toux par les opiacés. Quant à la cautérisation de la muqueuse laryngée, elle doit être rejetée dans le traitement de la laryngite des phthisiques.

9° La pneumonie offre moins de gravité, comme nous l'avons vu plus haut, chez les phthisiques, qu'on ne serait porté à le croire à priori ; aussi faut-il être sobre des émissions sanguines, surtout lorsqu'elle

survient clans une période avancée de la maladie. La saignée générale doit être réservée pour des cas qui s'accompagnent d'une forte oppression. Des ventouses scarifiées sur la région qui correspond à la portion enflammée du poumon conviennent d'autant mieux, que les adhérences qui s'établissent entre la plèvre costale et pulmonaire rapprochent les capillaires des poumons de la surface des parois thoraciques. Le tartre stibié ne doit être prescrit que lorsque les organes de la digestion sont encore dans un état de parfaite intégrité, sinon on pourrait essayer avec avantage la mixture de Ritscher , très vantée dans ces derniers temps pour le traitement de la pneumonie par M. Oppolzer, professeur de clinique à Prague (1). En voici la formule :

Herbe de digitale 30 à 50 centigrammes.

Infusez avec eau bouillante. . . . 180 grammes. Dissolvez acétate de plomb. ... 30 à 50 centigrammes. Ajoutez teinture thébaïque. ... 6 à 1 0 gouttes.

Mêlez. A prendre dans les vingt-quatre heures par cuillerées à bouche , toutes les heures.

La solution de sel ammoniac nous a paru quelquefois utile dans la pneumonie des tuberculeux lorsqu'elle n'est pas trop intense : il va sans dire qu'il faut mettre les malades à une diète momentanément plus sévère , qui toutefois ne doit pas se prolonger autant pendant la convalescence que dans celle de la pneumonie franche. Du reste, on abuse encore aujourd'hui étrangement de la diète sévère dans la convalescence de la plupart des maladies aiguës.

]0° La 'pleurésie , bien plus grave que la pneumonie lorsqu'elle s'accompagne d'épanchement, réclame, outre le traitement modérément antiphlogistique , l'usage des dérivatifs : vésicatoires sur les parois thoraciques, purgatifs doux , calomel, diurétiques, surtout la digitale, etc. En un mot , on suivra un traitement en tout analogue à celui de la pleurésie idiopathique, tout en ne perdant pas de vue qu'on a affaire à une constitution débilitée par une maladie chronique grave.

11° La perforation pulmonaire, le pneumo -thorax, affection bien plus grave encore que la pleurésie, réclame un traitement purement palliatif, la mort devant, aune distance très variable d'ailleurs,

{\) Pnujer Vicrloljulirschrifl, Fiinftcr Jahrgang, 1848, Bd. 111, p. 1G.

7(JÛ TIIliUAl'EUTlOlJK DK LA TUJJLKCCLiSATJOJX 1NTLKNL .

suivre infailliblement cet accident. Le repos absolu et l'emploi des opiacés constituent les seules ressources que l'art possède dans ces circonstances. On continuera, du reste, à nourrir ces malades d'une manière conforme à la période avancée de leur maladie.

12° La gastrite chronique des tuberculeux mérite, dès son apparition, la plus scrupuleuse attention de la part du praticien. On la combattra , au début, au moyen d'un régime extrêmement soigné pour la quantité et la qualité de la nourriture , qui devra être à la fois substantielle et adoucissante; il est surtout essentiel que les repas ne soient pas trop copieux et qu'ils soient suffisamment distancés ; on mettra même ces malades momentanément à une diète plus sévère encore dès qu'ils commenceront à se plaindre d'inappétence et de nausées; on appliquera dix à douze sangsues ou quatre ou cinq ventouses scarifiées à lepigastre; on facilitera la digestion par l'usage des alcalins, soit de l'eau de Vichy, soit du bicarbonate de soude à la dose de 3 ou 4 grammes par jour. Outre le régime, le

I moyen qui combat le plus avantageusement les maux de cœur et les

i vomissements est l'eau de Seltz factice.

Une fois que les malades commencent à vomir, on peut soupçonner l'existence d'une de ces affections graves de la muqueuse gastrique, dont nous avons donné plus haut la description. C'est alors que le régime substantiel et fortement animalisé cesse d'être bien supporté. Le laitage , le bouillon , les potages aux fécules et l'eau de Seltz finissent par constituer les seuls aliments que les malades puissent supporter. L'opium ou le sulfate de morphine, donnés à petites doses , soit en pilules , soit dans une petite quantité de véhicule liquide, rendent quelquefois de bons services dans ces circonstances. Si l'opium n'était pas supporté intérieurement, on l'appliquerait à l'épigastre par la méthode endermique, soit l'opium incorporé à un emplâtre de savon , soit la morphine déposée sur une petite plaie de vésicatoire, ou bien on le ferait prendre sous forme de quarts de lavements laudanisés ; on pourrait en même temps rendre ces lavements nourrissants , en les préparant avec du bouillon concentré dans lequel on aurait préalablement délayé un jaune d'a'uf, si l'état de la muqueuse du rectum ne s'opposait pas à l'emploi de ce moyen.

13° L'entérite des tuberculeux résiste ordinairement à tous les traitements employés, et ce n'est qu'au début qu'on a sur elle quelque prise. L'application de sangsues sur les parois abdominales n'est guère utile; la seule émission sanguine qui ;iur;ii( quel-

TUAlTliMliM Dlib PlilNCll'AUX SÏMl'ÏO.ULS. 791

que chance de produire un effet salutaire serait l'application de quelques sangsues à l'anus, encore ne faut-il y recourir qu'autant que les forces du malade sont dans un état satisfaisant. Le plus essentiel est de régler avec grand soin le régime, qui doit être nourrissant et substantiel tant que l'estomac est en bon état ; il faut choisir les aliments parmi ceux surtout qui laissent peu de résidus , tels que les viandes succulentes, les œufs, les farineux, et éviter surtout les fruits et les légumes verts.

Quant au traitement médicamenteux, son action n'est que palliative ; mais ici il faut encore placer au premier rang les opiacés. On donnera dans les vingt-quatre heures 2 ou 3 pilules qui contiendront chacune 3 centigrammes d'extrait gommeux d'opium ; des quarts de lavements amylacés avec addition de 10 à 12 gouttes de laudanum conviennent également. J'emploie le plus souvent , dans ces circonstances, les opiacés associés aux mucilagineux et aux amers. En voici une formule dont j'ai fréquemment fait usage :

Racine de columbo 4 grammes.

— de salep 2 —

Faites cuire avec 1 50 grammes d'eau ; passez et ajoutez :

Extrait gommeux d'opium ou codéine . S centigrammes. Sirop de diacode 30 grammes.

A prendre par cuillerées à bouche toutes les deux heures.

La décoction blanche est aussi employée par beaucoup de praticiens contre la diarrhée des phthisiques. La cascarille et le simarouba agissent d'une manière analogue au columbo.

Quant à l'acétate de plomb, je n'en ai guère observé d'action prononcée dans cette forme de diarrhée. Les vésicatoires volants appliqués sur les parois abdominales , si utiles dans d'autres formes de diarrhée, restent ici sans action.

La perforation intestinale est le plus souvent promptement mortelle, et l'opium à haute dose, vanté dans ces cas par Stoks , de Dublin, est tout au plus capable d'alléger les souffrances excessives du malade. Quant à l'anus contre nature qui s'établit dans quelques circonstances à la vérité très rares, il ne réclame que les soins de propreté , car aucun traitement curatif ne pourrait lui être opposé.

14° IJaffeclion tuberculeuse du pêriloi7ie ne nécessite point de traitement spécial tant qu'ellene provoque pas de symptômes phleg-

792 THÉM»80MQUE DE LA TUBERCULISATION INTERNE.

masiques prononcés ; dans le cas contraire, les émissions sanguines locales , sangsues et ventouses , doivent être appliquées sur les points les plus douloureux des parois abdominales. Des frictions mercurielles ou iodurées seront employées avec beaucoup de suite ; en ayant grand soin toutefois d'éviter la salivation mercurielle. Des cataplasmes émollients et narcotiques produiront souvent un soulagement très marqué ; les bains , si utiles dans les affections inflammatoires du péritoine, ne peuvent être employés que lorsque la toux et l'oppression sont peu intenses ; des quarts de lavements laudanisés, ainsi que des pilules opiacées, doivent surtout être prescrits lorsque les souffrances sont plus vives. La diète doit à peu près être la même que dans l'entérite chronique des tuberculeux.

15° La méningite tuberculeuse, à peu près constamment mortelle, résiste, ainsi que nous l'avons vu plus haut, à tout traitement; il faut par conséquent éviter de trop tourmenter ces pauvres malades.

Les douleurs de tête diminuent quelquefois sous l'influence de l'application de sangsues derrière les oreilleset de la glace sur la tête ; des cataplasmes sinapisés, promenés sur les membres inférieurs , constituent également un bon dérivatif. J'ai plusieurs fois employé dans ces cas des vésicatoires aux jambes ou à la nuque, mais je n'en ai jamais observé le moindre résultat utile ; je rejette à plus forte raison l'emploi de larges vésicatoires sur le cuir chevelu , quoique dans la méningite non tuberculeuse leur application soit quelquefois suivie d'un succès marqué. On combat les vomissements par l'eau glacée, l'orangeade à la glace ou l'eau de Seltz que l'on fait avaler par petites gorgées. Le calomel, si utile dans les congestions cérébrales des enfants , n'exerce aucune action sur la méningite tuberculeuse. Lorsque les malades paraissent beaucoup souffrir , qu'ils portent fréquemment la main à la tête, lorsqu'ils sont très agités et poussent de temps à autre des cris hydrencéphaJiques , il ne faut pas craindre de les calmer par de petites doses d'opium ; le médecin ne doit pas perdre de vue que , dans l'impossibilité de guérir, il doit toujours tenter de soulager.

16° Uorchite tuberculeuse réclame au début les antiphlogistiques. On appliquera des sangsues sur la région sus-pubienne et inguinale , mais non sur le scrotum ; on appliquera des cataplasmes émollients dans la période aiguë ou sub-aiguë de l'inflammation; plus tard on se trouvera mieux de frictions mercurielles ou iodurées et de l'usage interne de l'iodure de potassium. Tant qu'il n'y a pas

TRAITEMENT DES PRINCIPAUX SYMPTOMES. 793 de tendance prononcée à la suppuration, on peut essayer de diminuer l'inflammation autour des tubercules par la compression méthodique au moyen de bandelettes de diaehylon. Lorsque des abcès se forment , il faut les ouvrir de bonne heure et largement , faire des pansements réguliers et favoriser l'élimination de la matière tuberculeuse. Ce n'est que dans des cas rares et tout à fait exceptionnels que la tuberculisation des testicules doit entraîner la castration.

17° La menstruation, le plus souvent troublée dans la phthisie, préoccupe souvent les parents et l'entourage des malades. Mais il ne faut pas que le médecin se laisse entraîner à agir efficacement sur cette fonction dont le dérangement n'est nullement la cause , mais ordinairement l'effet de la tuberculisation ; aussi faut-il s'abstenir des remèdes emménagogues proprement dits. Les moyens cependant dont on peut faire usage, au commencement de la maladie surtout, sont l'application périodique de quatre à six sangsues aux grandes lèvres ou à la partie supérieure des. cuisses, ainsi que des cataplasmes chauds et des vapeurs émollientes sur les parties génitales , si à l'époque ordinaire les malades éprouvaient les symptômes précurseurs de la menstruation.

18° La dysurie, qui tient quelquefois à une affection tuberculeuse des reins, ne réclame autre chose que le cathétérisme régulier pour éviter l'amas de l'urine dans la vessie ; des boissons mucilagineuses et délayantes, et l'application de ventouses scarifiées dans la région des reins , si celle-ci était le siège de malaises et de douleurs.

19° Les aphthes constituent quelquefois un symptôme fort incom mode vers la fin de la maladie. Lorsqu'elles ne sont que peu. nombreuses , le meilleur moyen est de les cautériser avec le nitrate d'argent ; s'il y en avait un plus grand nombre on les toucherait plusieurs fois dans la journée avec un mélange de 8 grammes de borax et de 30 grammes de miel rosat.

20° Escarres. Un dernier symptôme enfin, qui mérite toute l'attention pendant les derniers temps , est la formation des escarres au sacrum qu'il faut surtout prévenir en ayant soin que le lit du malade soit toujours bien fait, et que les draps ne fassent point de plis. On fera faire de fréquentes frictions sur la partie inférieure du tronc avec du saindoux ou avec du cérat saturnin. Si malgré toutes les précautions il se formait néanmoins des écorchures et des escarres, on mettrait en usage leur traitement approprié, généralement connu.

En terminant la thérapeutique de la phthisie , nous ferons ob-

7% TUHliRCULISATlON INTliltNL.

server qu,ç & marche de la tuberculisation doit naturellement influer sur son traitement. C'est ainsi que la phthisie aiguë réclamera au début un traitement plus franchement antiphlogistique , (l'usage des acides minéraux) et une diète bien moins substantielle que la phthisie à marche lente et apyrétique.

Les exutoires sont bien moins utiles pendant la période d'acuité que plus tard. Les opiacés même doivent être mis en usage avec bien plus de prudence tant qu'il existe un mouvement fébrile d'une certaine intensité, surtout au début. Il est impossible aussi dans ces cas de faire changer de climat et d'envoyer dans un pays éloigné les malades chez lesquels la phthisie s'annonce de prime abord avec une marche rapide ; aussi la plupart des préceptes que nous avons émis plus haut s'appliquent-ils plutôt à la tuberculisation qui présente une marche plus ou moins lente. Heureusement il arrive dans un certain nombre de cas que la maladie, après s'être annoncée d'une manière fâcheuse au début, et avoir paru affecter une marche très rapide, se ralentit tout à coup, une fois la première excrétion tuberculeuse déposée dans les poumons. Nous n'avons guère besoin d'insister davantage sur le traitement différentiel de la première et de la seconde période , car dans tout le cours de ce chapitre nous avons toujours fait ressortir les modifications des symptômes et du traitement, selon l'état des forces et selon que les accidents à combattre étaient primitifs ou secondaires et dépendaient directement ou indirectement du dépôt tuberculeux.

La lecture des aphorismes qui termineront ce chapitre fera du reste encore mieux ressortir l'application la plus opportune de tous ces préceptes.

§ IV. Résumé.

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