‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 10 sur 34 · BLENNORRHAGIE · texte numérisé non relu

BLENNORRHAGIE

chez L'Homme.

Les symptômes varies de la blennorrhagie tiennent le plus souvent aux degrés divers de l'inflammation ure'trale , ainsi qu’à la constitution particulière des hommes qui en sont atteints. Mais ils se rattachent aussi , quelquefois , aux nombreuses complications qui peuvent aggraver la maladie.

§ I.er Dans quelques cas peu communs d’urétrite très-intense , on trouve autour du canal de petits noyaux indurés de la grosseur d’une lentille, qui habituellement cèdent à l'usage de cataplasmes, de bains tièdes , ou d’onctions avec l’onguent mercuriel ou avec les pommades de proto-iodure de mercure , d’hydriodate de potasse , d’iodure de plomb, etc.-, et qui, quelquefois, se ramollissent et forment de petits abcès dont le pus vient ordinairement se faife jour dans 1 urètre. L’ouverture presque capillaire de ces petits foyers peut amener à son tour des extravasations d'urine dans les tissus ambians et former ainsi lorigine première de fistules urétrales.

§ II. Dans des circonstances rares aussi , la gonorrhée s’accompagne d’une véritable lymphite du pénis -, les vaisseaux lymphatiques et particulièrement ceux qui rampent sur le dos de cet organe se tuméfient , se dessinent en lignes rouges sous la

peau*, l'inflammation gagne le tissu cellulaire qui les entoure , détermine un gonflement plus ou moins considérable de la verge et du prépuce, et occasionne parfois de très-petits phlegmons souscutanés.

A l’aide de bains généraux ou partiels, de cataplasmes émolliens , on parvient ordinairement à obtenir la résolution de ces engorgemens qui laissent après eux de minces cordons dont la disparition complète est hâtée par les frictions résolutives } et on ouvre avec la lancette ou avec le bistouri les petites collections de pus , lorsqu’on n’a pas pu en prévenir la formation.

§ III. On voit quelquefois la blennorrhagie donner lieu à des adénites inguinales, qui ne sont constituées généralement que par quelques ganglions isolés , mais qui , d’autres fois aussi , sont de véritables bubons tout à fait analogues à ceux que nous avons déjà étudiés.

Ces bubons surviennent chez des hommes atteints d’urétrites intenses et reconnaissent bien souvent, pour causes immédiates , l’intempérance et les écarts de tous genres des malades sur lesquels on les observe. Ils se terminent presque toujours par résolution et doivent être considérés, dans la trèsgrande majorité des cas, comme sympathiques de l’inflammation de la muqueuse urétrale.

Mais l’admission de gonorrhées virulentes nous conduit naturellement à croire à la possibilité de véritables bubons vénériens sous leur influence,* et c’est ici, qu’en cas de suppuration, les tentatives fl’inoculation , faites en même temps avec le muco-

pus de l’urétrite et le pus des ganglions abcédés , pourraient re'ellement jeter quelque jour sur l’essence même du virus blennorrhagique.

Ces adénites seront traitées localement de manièie à en obtenir le plus tôt possible la résolution \ on parvient à cet heureux résultat par le repos d’abord , car c’est presque toujours à des marches forcées ou à des excès de fatigue pendant la période aiguë de l’écoulement qu’on peut attribuer les engorgemens ganglionnaires, par quelques bains , par des cataplasmes émolliens:, et, dans les cas les plus graves, par des applications de sangsues sur la tumeur et plus tard par les pommades résolutives , les emplâtres fondans, etc. , que j’ai eu occasion d’indiquer dans un autre chapitre.

§ IV. De la Balanite et de la Posthite.

La blennorrhagie s’accompagne quelquefois d inflammation du gland, de la muqueuse du prépuce , et même de toute 1 épaisseur de ce repli. Ces états morbides ont été désignés sous le nom de chaude-pisse bâtarde, ou de fausse gonorrhée, et sont appelés avec plus de raison , de nos jours , Balanite, Posthite, ou Balano-Posthite.

Ils compliquent souvent l’urétrite, mais existent souvent aussi isolément. Ils peuvent être produits par toutes les causes des inflammations urétrales et sont dus fréquemment , la posthite en particulier, à une trop grande disproportion relative des organes génitaux.

Ils affectent de préférence les personnes dont le gland est recouvert par un prépuce long et étroit.

et qui ne se soumettent pas à des soins de propreté re'guliers. Une rougeur plus ou moins vive de la muqueuse du gland ou du prépuce , ou de l’un et de l’autre en meme temps , avec gonflement des parties et production d’une quantité variable de pus jaunâtre et souvent fétide, constituent la balanite et la postbite , qui sont, dans la trèsgrande majorité des cas, des inflammations simples, bénignes, que des soins de propreté, des lotions émollientes ou légèrement de'tersives font aisément disparaître.

Mais lorsque ces maladies coexistent avec un phymosis congénial ou provoqué par la tuméfaction des tissus , ces moyens thérapeutiques agissent avec beaucoup moins d’efficacité , et la présence du pus irritant qui baigne les surfaces malades , retarde souvent la guérison.

Il faut alors faire des applications émollientes ou résolutives sur le prépuce *, insister sur les baius généraux et partiels *, renouveler les bains locaux plusieurs fois par jour, pousser des injections diverses d eau de mauve , de guimauve ou d'eau blanche, d’eau légèrement chargée de chlorure de soude, etc. , suivant les cas, entre le prépuce et le gland , de manière à bien laver ces parties , à les débarrasser du pus qui les souille et en même temps à modifier leur état actuel. Je me sers souvent dans ce but , avec avantage , d’une dissolution de dix à vingt centigrammes de deuto-chlorure de mercure pour trente grammes d’eau distillée , injectée une, deux et même trois fois par jour, suivant la susceptibilité des parties malades.

11 faut souvent, plus tard, aider ces moyens par des frictions résolutives sur la face externe du prépuce*, et dans quelques cas rebelles, recourir à l’opération du phymosis ou à la circoncision, pour mettre enfin le gland à découvert et faire définitivement cesser la maladie. 11 faut toujours, lorsqu’on le peut , examiner attentivement les surfaces enflammées afin de bien s’assurer qu’il n’existe aucune trace d’ulcérations , soit à la couronne du gland , soit dans les replis du prépuce*, car quelquefois la balanite et la poslhite sont liées à de très - petits chancres , larges à peine comme une tète d’épingle, qui leur donnent une importance et une gravité qu’elles n’offrent presque jamais par elles-mêmes. Cependant quelques auteurs , et M. Lagneau en particulier , ont pensé que la blennorrhagie bâtarde et l’inflammation du prépuce pouvaient aussi exceptionnellement avoir un certain caractère de virulence et constituer de véritables signes de syphilis. Nous verrons , en étudiant les tubercules humides , leurs produits et leur mode de propagation , jusqu’à quel point on peut admettre ainsi l'existence d’accidens secondaires à la suite de ces états morbides, qui pourtant, en principe, et dans la presque totalité des faits les mieux observés , sont d’une bénignité incontestable.

§ Y. De la Prostatite.

L’inflammation urétrale peut se propager aussi , à une époque plus ou moins avancée de sa durée, aux parties les plus profondes du canal et envahir la prostate.

Une reaction generale plus forte que de coutume , un pouls dur et fréquent, une soif vive , de la pesanteur au périnée et à l’anus, annoncent d’ordinaire cette nouvelle complication. Le malade se plaint d’une douleur continuelle et pulsative qu’il rapporte au col de la vessie*, il est tourmenté de ténesme et d’envie fréquente d’uriner y il lui semble avoir toujours un gros tampon de matières fécales prêt à sortir de l’anus , et les efforts pour l’expulser augmentent encore les douleurs. Le doigt introduit dans le rectum sent à sa partie antérieure la saillie prononcée que fait la prostate.

Si î e malade veut uriner, il est long -temps à attendre la première goutte de liquide , et s’il fait de nouveaux efforts pour accélérer la sortie de l’urine , il y met involontairement un nouvel obstacle en poussant la tumeur formée par la prostate contre le eol de la vessie dont elle bouche alors complètement l’ouverture,

Le jet de l’urine est d’autant plus fin et les douleurs que cause son passage sont d’autant plus vives que la prostatite est plus intense. Enfin, si l’on essaie d’introduire une sonde dans la vessie , elle pénètre facilement et sans obstacle jusqu’à la région prostatique où son contact est très-douloureux , et où elle est arrêtée par une saillie souvent très-difficile à franchir.

La réaction générale est parfois assez forte pour indiquer la saignée du bras*, il faut, dans tous les cas, employer largement les sangsues, les bains, les cataplasmes , les lavemens émoîliens , les bois-

sons douces , humectantes , laxatives , la dicte et le repos absolu, et lorsque la strangurie persiste malgré ces moyens, recourir au cathetérisme et le pratiquer avec un soin extrême et de grandes précautions. Dans ces cas, les sondes métalliques volumineuses semblent pénétrer plus facilement que celles d’un moindre calibre*, et l’on parvient dans quelques cas à introduire une sonde en gomme élastique, en retirant en partie son mandrin au moment où elle est arrivée contre l'obstacle formé par la prostate.

Quelquefois les accidens s amendent , mais sans amener une diminution complète dans le volume de la tumeur qui gêne continuellement le passage de l'urine et constitue une cause permanente et grave de rétention de ce liquide. 11 faut alors , après avoir insisté convenablement sur les émissions sanguines générales et locales , recourir aux fondans les plus énergiques, afin d’amoindrir autant que possible la saillie constituée par la glande engorgée.

D'autres fois, malgré toute la vigueur d’un traitement anti-phlogistique bien dirigé , les symptômes s’accroissent, les douleurs, loin de diminuer, deviennent plus profondes , l’émission de l’urine est impossible et la maladie marche vers la suppuration. Celle-ci peut se faire jour au- dehors par le canal de l’urètre ou s’épancher dans la poche vésicale.

J ai eu plusieurs fois l’occasion d’étudier cette complication de l’urètrite*, dans deux cas l’inflammation s est terminée par suppuration. Dans

an cas, celui du nommé Rob..., ouvrier au port de Cherbourg, la prostatite était médiocrement aiguë*, la fluctuation se manifesta vers le périnée et il fallut inciser profondément pour donner issue au pus. Dans l’autre que je vais relater en entier, les accidens furent très-violens et la suppuration fort abondante. J’ai été assez heureux pour obtenir chez ces deux malades une guérison complète sans aucune gêne dans la sortie de l urine.

Un matelot de la corvette T Eglé , nommé Bon..., était atteint, depuis un mois et demi environ, d’une urétrite intense contre laquelle il avait fait, pendant la période d’acuité, des injections astringentes*, lorsqu’il fut pris, le 17 juin i832 , de frissons, de quelques prodromes généraux et bientôt de douleurs au périnée avec impossibilité d’uriner. L’hypogastre se tendit, devint douloureux aussi , et le médecin du navire crut devoir recourir aux applications de sangsues près de l’anus et au cathétérisme. Le malade fut momentanément soulagé , mais les accidens prirent bientôt plus de gravité, et le ‘20 juin ce marin fut envoyé à l’hôpital de Toulon. Douze ans auparavant, Bon..., avait eu une urétrite violente qui avait persisté pendant cinq mois. A son entrée dans mes salles, la fièvre était forte , il y avait douleur aux lombes et à l’hypogaslre, pesanteur très-pénible au périnée, sortie d’un peu de mueo-pus jaunâtre par la verge : depuis plusieurs jours les urines ne coulaient que difficilement , elles étaient même tout-à-fait supprimées depuis quelques heures. L’exploration jcle la prostate par l’anus fit découvrir un gonflement

très-pronôncé et parfaitement circonscrit de cet organe. .

Des sangsues en arrière du scrotum , un bain prolongé , des cataplasmes , des lavemens émoiliens, etc., amendèrent un peu les accidens, mais n amenèrent pas la possibililé d uriner , et il lal lut recourir au cathétérisme. La sonde arriva aisément jusqu’à la région prostatique ; elle trouva là une saillie manifeste qu elle franchit avec peine. Elle donna issue à une grande quantité d’urine un peu chargée en couleur et sans altération notable. Mais le besoin de l’introduction de la sonde se renouvelait tous les jours et cette introduction devenait de plus en plus pénible, lorsque le 28, au moment ou on retirait l'instrument, le malade rendit par T urètre une grande quantité de pus phiegmoneux blanc et bien lié.

Le 29 , la sonde étant parvenue à la région de la prostate, sembla pénétrer avec facilité dans la saillie qui la veille encore gênait son arrivée dans la vessie et un pus blanc s’échappa en abondance par son pavillon. L’exploration par l’anus fit connaître que la tumeur, dure, rénitente, volumineuse des jours précédens , était considérablement amoindrie et offrait surtout un ramollissement très-prononcé. La compression de c^tte tumeur provoquait une nouvelle sortie du pus par l’urètre -, et la douleur périnéale s’était dissipée presque complètement.

Dès ce moment , le malade put uriner avec facilité } il rendit chaque jour une moindre quantité fie pus , l’empâtement du périnée se dissipa , la tumeur s’affaissa de plus en plus} en même temps

1 état general s’améliorait rapidement et après huit jours , il ne restait plus à Bon .. qu'un léger écoulement urétral et l’inconvénient de rendre un peu de pus séreux lorsqu’il faisait des efforts pour aller à la selle. Ces derniers accidens disparurent eux-mêmes en quelques semaines et ce matelot put quitter 1 hôpital parfaitement guéri de son urétrite et de son abcès de la prostate.

§ VL Des Abcès du périnée.

Quelquefois l’urétrite s’accompagne de l’inflammation des glandes de Cooper , ou de celle du tissu cellulaire du périnée. Alors, avec les accidens généraux que je viens d’indiquer, on trouve plus d’empâtement et un phlegmon beaucoup moins circonscrit que dans le cas de prostatite. ' Il faut toujours en tenter la résolution avec des anti-phlogistiques; mais lorsqu’on ne parvient pas à l’obtenir et que l’on peut percevoir les signes de la formation du pus, il faut se bâter de lui donner issue, à laide d’une incision étendue, afin d’éviter que l’abcès se fraie un chemin vers l'urètre et d’empêcher aussi les fusées purulentes vers le scrotum ou vers l’anus, que la temporisation ou une ouverture trop petite pourrait faire naître.

§ VIL De l’inflammation des vésicules séminales.

D’autres fois aussi , et s’il faut en croire des travaux récens, bien plus fréquemment qu’on ne 1 avait supposé jusqu’à ce jour , l’inflammation de

1 urètre s'étend aux canaux éjacula leurs et aux vésicules séminales, et détermine des pertes de semence involontaires, susceptibles de compromettre par leur persistance la santé des malades et de diminuer ou d’anéantir même en eux la faculté de se reproduire.

dette complication de la phlegmasie urétrale se rencontre particulièrement chez les hommes à urétrites interminables, chez ceux qui pendant la période d’acuité de linflammation continuent à se livrer au coït ou à suivre un régime stimulant, ainsi que chez ceux dont l’appareil spermatique est déjà disposé aux phlegmasies par suite de la pernicieuse habitude de la masturbation. Elle a été étudiée de nos jours avec un grand soin par le professeur Lallemand , de Montpellier. Elle exige une grande surveillance et une extrême réserve dans l’emploi des anti-plilogistiques , car si ces remèdes combattent utilement les accidens de phlogose dont il faut se rendre maître, ils peuvent jeter l’appareil dans un état d’atonie dont il est souvent difficile de le relever plus tard, il convient de persévérer long-temps dans l’emploi des anti-blennorrhagiques -, quelquefois aussi on a besoin de recourir aux préparations ferrugineuses, aux bains de mer, parfois même à la noix vomique, ou à la strychnine, ou enfin à la cautérisation de l’orifice des canaux éjaculateurs *, car il est très important de ne pas attendre que le mal s invétéré , et on ne doit rien négliger pour obtenir une guérison franche et complète.

§ VIH . De l’inflammation des reins et de la vessie.

11 n’est pas rare de voir l’urétrite se propager jusqu’au col de la vessie, à cet organe lui-même, ou à la totalité' des voies urinaires.

Cette extension de l’inflammation est plutôt due à des dispositions individuelles ou à des imprudences des malades qu’à la violence même de la blennorrhagie. Elle peut acquérir un haut degré de gravité. J’ai vu un jeune médecin de la marine conserver des accidens inquiétans de néphrite, pendant plusieurs mois; et j’ai vu périr, en rade de Batavia, île de Java, un jeune novice, de phlegmasie des reins et de la vessie, pour avoir été mouillé d’eau de mer pendant la période aiguë d’une gonorrhée médiocrement intense.

Cette complication réclame des soins et des moyens thérapeutiques appropriés à l’étendue de l’inflammation , à sa persistance , et aussi aux réactions générales qu’elle occasionne.

§ IX. De l’arthrite elennorrhagique.

Pendant le cours d’une blennorrhagie, on peut voir aussi survenir subitement des douleurs dans les articulations, et notamment, au dire de quelques auteurs , dans celles des genoux et des pieds. Chez un jeune étudiant en médecine qui m’a offert un exemple fort remarquable de cette complication, toutes les articulations des membres thoraciques et pelviens ont été successivement en-

vahies. Tantôt ces gonflemens sont indoîens ou à peine douloureux ; tantôt ils s’accompagnent de douleurs excessives et de fièvre intense. 11 y a en même temps, ou quelques heures avant la manifestation de ces phénomènes morbides , diminution notable ou même disparition complète de refoulement.

Ces accidens bien e'videmment lies à l’urétrite ne peuvent être expliqués que par une sorte de métastase : ils ont été considérés par les anciens médecins comme des indices certains de la virulence de la gonorrhée et comme devant nécessiter l’emploi des mercuriaux ; mais ils peuvent exister aussi dans les inflammations ordinaires des voies urinaires, et rien ne prouve réellement qu’il faille leur opposer autre chose que les anti-phlogistiques et les sédatifs, tels que l’aconit, les pommades avec l’extrait de belladone ou de jusquiame, seul , ou joint à l’onguent mercuriel comme moyen sédatif aussi; et ces agens thérapeutiques suffisent habituellement pour en amener la guérison.

L’écoulement reparaît ou augmente souvent à mesure que les douleurs arthritiques diminuent elles-mêmes, Cette observation avait porté nos devanciers à chercher toujours , dans les métastases des gonorrhées, à rappeler le flux urétral. ils avaient proposé à cet effet d’exposer les parties génitales à des vapeurs d’eau chaude , ou de vinaigre , etc. -, d’appliquer sur la verge des cataplasmes très-chauds ou rendus irritans par l’addition d’une forte lessive ou d’une petite quantité de moutarde; d’introduire dans le canal des bougies sè-

elles ou chargées de substances irritantes : ils n’avaient pas craint même d’aller puiser, pour obtenir ce résultat, du pus gonorrhe'ique chez d’autres malades, de l’inoculer à l’aide de bougies, et d’exposer ainsi ceux qu’ils traitaient à une nouvelle blennorrhagie plus grave peut être que celles dont ils combattaient les fâcheuses conséquences.

Celte manière d agir compte bien encore quelques partisans, mais elle ne domine plus dans la pratique. On peut dire, qu’en principe, il y a de l’avantage, dans les cas de métastase , à ne pas s’occuper de 1 écoulement blennorrbagique et à ne rien tenter pour l’augmenter ou le faire, reparaître, lorsqu’il est entièrement supprimé. Je préfère cette doctrine à celle de quelques médecins de nos jours, qui, à l’inverse des anciens auteurs, conseillent de toujours tenter d’obtenir la guérison de l’écoulement par les anti-blennorrhagiques , en même temps qu’ils combattent les accidens morbides qui sont venus l’aggraver.

§ X. de l’Ophthalmie blennorriiagique.

Quelquefois chez les hommes atteints d’urétrite, on voit survenir subitement des inflammations violentes de l’appareil de la vision et particulièrement de la conjonctive, avec écoulement abondant d’un liquide jaune verdâtre analogue à celui que sécrète la muqueuse de l’urètre dans la période aiguë de la blennorrhagie.

Ces ophtalmies marchent rapidement , atteignent en peu de temps un haut degré de violence et sont toujours d’un très-fâcheux pronostic, car sou-

vent elles amènent la cécité ou tout au moins un affaiblissement notable de la vue.

Elles paraissent occasionnées le plus souvent par le contact immédiat du pus blennorrhagique sur la conjonctive 5 dans quelques cas pourtant il est impossible de saisir cette cause , et on les a attribuées alors à une métastase de la gonorrhée , ou à la dérivation exercée sur la maladie de l’urètre par une ophtbalmie due aux causes ordinaires de ce genre de phlegmasie.

Le froid intense , l’humidité froide , la fatigue excessive, les écarts de régime semblent disposer à ces métastases*, les veilles prolongées et toutes les causes de congestion oculaire ont été considérées aussi comme susceptibles de favoriser le développement d’une irritation capable elle-même de réagir sur l’écoulement urétral.

Les symptômes de l’ophthalmie blennorrhagique s’accroissent presque toujours avec une extrême rapidité*, la conjonctive s’engorge souvent de manière à présenter promptement un gonflement considérable et à produire une saillie très-prononcée autour de la cornée. A un larmoiement abondant succède en quelques heures l’écoulement d’un liquide visqueux: qui colle les paupières, et qui prend bientôt une densité plus grande et une couleur jaune verdâtre bien marquée. Cette sécrétion morbide est souvent assez considérable pour couler le long des joues des malades, et imprimer sur les oreilieis ou les linges qu’elle touche , des taches tout-à-fait analogues à celles qui sont dues au flux blennorrhagique.

Les malades ne peuvent supporter la moindre

lumière; ils accusent des douleurs vives dans l'œil, dans le cote correspondant de la face, ou dans toute la tête; ie pouls s’élève et s’accélère, il prend souvent de la plénitude et de la dureté.

Les paupières se tuméfient fortement de manière à ne plus permettre qu’avec peine l’exploration de l’œil; la cornée s’opacifie et présente quelquelois un staphylome plus ou moins saillant; les humeurs de l’œil se troublent; l’iris paraît participer aussi à l’inflammation; et quelquefois en peu de jours, dans les cas les plus graves, l’œil éclate et donne issue aux humeurs qu’il renferme.

La maladie ne marche pas toujours avec une rapidité pareille, mais elle est toujours fort dangereuse et exige des secours prompts et énergiques.

11 faut , à l’aide de moyens anti-ph logistiques puissans détruire la congestion violente de l’œil. Les saignées du bras et du pied , larges , abondantes et répétées suivant le besoin ; les sangsues appliquées en grand nombre vers l’angle des mâchoires; les pédiluves irritans avec le sel marin ou les cendres de foyer, afin d’éviter les vapeurs nuisibles des pédiluves sinapisés ou vinaigrés , contribuent puissamment à remplir cette première indication. Les lotions permanentes d'eau froide ou les applications froides souvent renouvelées, peuvent aussi être quelquefois utiles.

A ces moyens il faut joindre le calomélas uni au savon médicinal , cinq à dix centigrammes (un à deux grains) de chaque, en pilules. Le calomélas exerce dans ces cas une action anti-phlogistique réelle et entretient en même temps la liberté du ventre. Mais souvent il est nécessaire de donner

en

le premier jour un ou deux lavemens laxatifs attendant l’action purgative du proto-chlorure de mercure qui d’ordinaire ne se manifeste pas immédiatement. Je donne une pilule toutes les deux ou trois heures jusqu’à ce qu’un amendement bien prononcé ou la tuméfaction des gencives m’indique d’en éloigner les doses ou de le cesser tout à fait.

Il faudra en même temps prescrire la diète, des boissons douces, délayantes, le calme le plus absolu, placer le malade dans une obscurité complète et donner une position élevée à la tête. Des lotions fréquentes seront faites sur l’œil avec de l’eau froide, de mauve, de guimauve, etc., à laquelle on doit ajouter souvent une certaine quantité de laudanum , un gramme pour cent grammes de collyre. On ne doit pas se borner à agir sur l’extérieur de l’œil , il faut à l’aide d’une seringue à injection bien laver la conjonctive elle-même, afin de la débarrasser le mieux possible du liquide irritant qu’elle sécrète.

Mais lorsque ces moyens n’amènent pas un amendement notable de tous les symptômes , il faut se bâter d’agir avec plus d’énergie encore , particulièrement sur l’organe affecté.

Quelques auteurs conseillent d’exciser la conjonctive oculaire autour de la cornée et d’en enlever un segment en-dessus et en-dessous de celleci. D autres, de cautériser fortement la conjonctive avec un crayon de nitrate d’argent et de recourir en même temps à des collyres faits avec ce sel . La tuméfaction considérable des paupières rend

quelquefois l’une et l’autre de ces opérations extrêmement difficiles.

L’application du crayon de nitrate d’argent produit souvent de très-bons résultats *, elle diminue promptement le gonflement de la muqueuse et modifie très-vite la nature de l’écoulement. 11 faut l’appliquer largement et faire aussitôt après une injection d’eau froide entre les paupières. On atténue ainsi , un peu , la douleur vive produite par la cautérisation, et on prévient les inconvéniens que pourraient avoir sur la cornée les atomes non dissous de pierre infernale.

Dupuytren insufflait du calomélas en poudre fine entre les paupières.

D’autres ont proposé d’employer des collyres avec le sublimé.

Tous les collyres très-actifs et presque caustiques conviennent également. Il faut qu’ils soient assez puissans pour modifier complètement Tétât actuel des tissus et changer la nature de l’écoulement , mais qu’ils ne soient pas assez concentrés pour escarrifier trop profondément les lames de la cornée. Ceux au nitrate d’argent en particulier ont le désavantage de troubler sa transparence et de lui donner une coloration grisâtre , qui disparaît du reste en peu de temps après la cessation du remède.

Quelquefois tous ces moyens thérapeutiques restent sans résultat, et la vision se perd malgré tous les efforts du médecin, par suite de l’opacité de la cornée, du développement d’un stapbylôme , ou

de desordres plus profonds survenus dans le globe oculaire lui-même.

La réapparition de l’e'coulement gonorrbéique n’a pas une influence notable sur la marche de l’ophthalmie, que ce retour soit naturel, ou qu’il soit le résultat des applications diverses qu’on a pu faire dans ce but sur le pénis ou dans l’urètre.

Les deux yeux peuvent être affectés simultanément, mais, dans les cas les plus ordinaires, la maladie n’atteint qu’un seul de ces organes et le droit ou le gauche indifféremment. Faut-il croire, avec quelques auteurs , que la maladie d’un seul œil est l’indice d’une infection directe par le contact du pus gonorrhéique, tandis que l’ophthalmie double serait au contraire le résultat d’une cause métastatique ? L’expérience ne s’est pas prononcée en faveur de cette assertion. Quoi qu’il en soit, les propriétés contagieuses de l’humeur secrétée par la conjonction malade étant incontestables , il faut , quand un seul œil est enflammé , veiller avec une extrême attention à ce que cette matière ne parvienne pas jusqu'à l’autre.

L’ophthalmie blennorrhagique n’indique nullement un caractère virulent dans l’urétrite qu elle vient compliquer. Elle peut se montrer avec une grande intensité dans les blennorrhagies les plus légères en apparence , ainsi que j’en ai rencontré tout récemment un exemple , chez un ouvrier charron porteur d’un écoulement urétral assez faible pour lui permettre de continuer ses rudes travaux , et qui , au dixième jour de cette maladie, a été atteint d’une ophthalmie excessivement violente

à l’œil gauche, avec gonflement très-considérable de la conjonctive , particulièrement à la partie inférieure de la conjonctive oculaire. J’ai été obligé d’employer contre cette complication de larges émissions sanguines générales et locales , les applications de crayon de nitrate d’argent j mais malgré toute la promptitude et toute l’énergie que j’ai pu mettre dans le traitement , elle a amené un stapliylôme de la partie supérieure de la cornée , et un trouble des humeurs de l’œil assez grand pour me faire craindre un moment pour l’existence même de cet organe.

Cette grave affection semble pouvoir compliquer même aussi la blennorrhagie la plus évidemment étrangère à toute corrélation avec la syphilis, ainsi que M. Gibert (p. 3oi ) en cite un exemple remarquable tiré de la pratique de M. Biett. Dans ce cas , l’ophthalmorrhée était survenue chez un homme qui, sain jusqu’alors, avait contracté une urétrite aiguë en cohabitant avec sa femme qui n’avait elle-même jamais éprouvé le moindre accident syphilitique, mais qui, accouchée depuis peu de jours , présentait encore un écoulement lochial abondant. L’inflammation urétrale disparut presque complètement au bout de quelques jours et fut remplacée par une phelgmasie intense des yeux.

Quelquefois les anti-phlogistiques les mieux dirigés ne font qu’atténuer la maladie sans parvenir à la guérir tout a fait , et celle-ci passe à l’état chronique. 11 faut alors recourir aux révulsifs sur le tube digestif, et aux dérivatifs derrière les oreilles ou vers la nuque , tels que les larges vé-

sicatoires , les cautères, ou mieux, les sétons employés avec persévérance, et à l’ensemble des moyens que réclament d’habitude les palpébrites et les ophthalmies anciennes et rebelles.

§ XL L’urétrite peut se compliquer aussi d’inflammation de l’oreille moyenne ou du conduit auditif externe accompagnée d’otorrbée plus ou moins abondante.

Dans le premier cas , qui est si rare que la science n’en possède peut-être pas une observation bien authentique, il faut nécessairement en appeler à la théorie des métastases } tandis que dans le dernier , qui est du reste fort rare aussi , on peut admettre comme cause immédiate le contact direct du muco-pus gonorrbéique.

§ XII. de l’Orchite blennorrhagique.

Les hommes atteints de blennorrhagie présentent souvent un engorgement inflammatoire du testicule et de ses annexes, que l’on désigne sous le nom d’Epididymite , d’Orchite blennorrhagique, et vulgairement, de Chaude-Pisse tombée dans les bourses. Cette complication est certainement plus fréquente à elle seule que toutes celles que je viens d’étudier.

On a admis pendant longtemps que le testicule était le siège principal de cette affection*, sans être arrêté par la difficulté d’expliquer par la tuméfaction seule d’un organe enfermé dans une enveloppe fibreuse aussi dense que la tunique albuginée, le volume considérable qu’acquiert si rapidement le scrotum.

MM. Gaussail , Rochoux et Marc Moreau ont cherche, par des travaux récens, à démontrer l’exagération et l’inexactitude de cette assertion , et à prouver que le testicule et l’épi didyme n’étaient pas toujours la cause unique de la tumeur, qu’ils ne jouaient souvent qu’un rôle secondaire dans sa formation. M. Rochoux a même cru pouvoir annoncer qu’il est bien des cas où le testicule n’y contribue pas du tout, et où le gonflement de l’épididyme et un amas de liquide dans la tunique vaginale , une hydrocèle, ou une hématocèle aiguës, constituent à eux seuls tout le mal.

L’orchite blennorrhagique n’est pas due constamment à l’affection des mêmes parties *, elle peut siéger uniquement dans l’épididyme , ou bien dans l’épididyme et le testicule , dans l’épididyme et la tunique vaginale, dans l’épididyme, le canal déférent , le testicule et la tunique vaginale } elle peut occuper toutes ces parties en même temps, ou se borner à quelques unes *, l’épididyme pourtant prenant toujours part à la maladie.

L’orchite atteint habituellement un seul testicule *, les orchites doubles sont rares*, elles se montrent tout au plus dans la proportion de trois sur cent. Elle n’attaque pas indifféremment les deux testicules*, et, elle est d’après la plupart des auteurs, plus fréquente à droite qu’à gauche.

Lorsque je dirigeai mes recherches sur le siège de l’orchite , je reconnus dans les premiers temps, qu’en effet , le testicule droit était plus souvent malade} mais, depuis lors, j’ai pu remarquer bon nombre de fois des résultats tout à fait inverses.

d’où j’ai été porté à conclure que les deux testicules se trouvent à peu près également affectés. A l’époque où j’observai cette aptitude particulière du côté droit , je l’avais attribuée à l’habitude qu’ont les soldats et les matelots , qui forment la presque totalité des malades reçus dans nos hôpitaux , de refouler le testicule et la verge a gauche , le pli interfémoral du pantalon devant offenser bien plus aisément le testicule droit que le gauche ; mais cette raison peut être tout aussi bien invoquée en faveur de l’opinion opposée , car si le testicule droit est bien plus exposé à l’action des corps extérieurs , le gauche peut , dans certaines circonstances , être fortement comprimé et froissé par la cuisse sur laquelle il appuie.

11 arrive quelquefois que l’inflammation quitte le testicule sur lequel elle s’était fixée d’abord

pour envahir l’autre , et se montrer de nouveau , après la guérison de ce dernier, dans celui qu’elle avait atteint primitivement. Cette marche irrégulière est assez rare-, cependant j’en ai noté

plusieurs exemples dans les nombreuses observations que j’ai recueillies.

11 est souvent possible de trouver dans la conduite et les actions des malades , des causes susceptibles d’expliquer l’apparition de l’orchite blennorrhagique. C’est ainsi que des coups, des chûtes qui ont porté sur le scrotum , des marches longues et forcées , des travaux pénibles pendant la durée d une urétrite , produisent généralement des inflammations testiculaires.

J ai vu les détonnations répétées de l’artillerie

dans une batterie de navire, déterminer, à plusieurs reprises, une orchite intense chez un jeuue officier de îa marine royale , affecte de blennorrhagie.

11 est bien plus fréquent de voir l’orchite apparaître soudainement et sans qu’on puisse en signaler la cause ; à moins d’admettre, comme le font quelques auteurs , que l’exagération de la sécrétion spermatique et l’accumulation de la liqueur séminale dans les diverses parties de l’appareil qui la prépare et la conserve , dues aux érections longues et fréquentes que détermine habituellement l’urétrite , aient donné lieu à la maladie qui nous occupe ; cette réplétion peut sans doute être considérée comme une cause prédisposante, mais elle n’a pas , je crois, d’autre valeur pathogénique.

Quelquefois l’orchite s’annonce par des frissons irréguliers, par un malaise général, par les signes précurseurs des autres inflammations; puis, après des douleurs vagues dans le scrotum , un léger gonflement se montre au lieu qu’occupe l’épididyme , et l’inflammation se propage au testicule , à la tunique vaginale , au canal déférent , etc. D’autres fois les malades éprouvent à peine quelque pesanteur dans les aines , quelques tiraillemens le long des cordons spermatiques, quelques élancemens dans les testicules , comme prodromes de la maladie.

Enfin on voit parfois la tumeur apparaître subitement sans que rien , ni dans la conduite du sujet , ni dans les phénomènes qu’il a offerts les jours préce'dens , pût faire craindre une pareille

complication . Souvent alors, elle acquiert presque tout d’un coup toute son intensité.

Dans les premiers cas, il est quelquefois possible, si le malade est en position d’être observé attentivement et à tous les instans , de voir l’épididyme, puis les autres parties, s’engorger successivement, et d’apprécier ainsi la part que chacune d’elles prend à la maladie. Dans les autres cas, au contraire , lorsque l’invasion est subite , ou bien que le malade ne se présente qu’après le développement complet de l’orchite, je suis une marche inverse, et j’étudie les élémens de la tumeur à mesure qu’elle marche vers la guérison.

Dès la première inspection , il m’est facile de bien constater l’état de la peau du scrotum, du tissu cellulaire qui la double , de celui qui entoure le cordon , et de ce cordon lui-même.

11 me reste au centre de ces parties, une tumeur, de volume et de pesanteur variable , applatie sur les côtés, rénitente et douloureuse au toucher, formée par l’épididyme , le testicule et la tunique vaginale.

Si l’œdème du scrotum ne s’est pas montré ou s est déjà dissipé, je cherche, par un examen attentif, à constater le caractère de transparence*, le plus souvent celle qu’on obtient est douteuse, mais dans quelques cas elle se présente bien incontestable*, la diversité des résultats de cet examen tient évidemment aux variations de quantité et de nature du liquide qui distend les feuillets de la tunique vaginale.

Quand il y a hydrocèle , la tumeur, de dure

et de rénitente quelle était, ne tarde pas à devenir de plus en plus molle*, la pression déprime bientôt facilement le feuillet pariétal de la séreuse , l’amène au contact du feuillet viscéral et permet d’apprécier la couche de liquide encore accumulée entre ces lames , et la part que le testicule lui-même prend à la maladie *, car alors aussi , presque toujours, l’épididyme commence à s’isoler et à former une saillie distincte-

En employant avec beaucoup d’attention et de persévérance ce mode d’investigation, j’ai pu acquérir la conviction que le testicule est constamment affecté dans les orchites blennorrhagiques les plus intenses*, mais qu’il joue un rôle variable et dans la formation de la tumeur, et dans les symptômes offerts par le malade *, que dans des cas moins graves, il peut être à peine engorgé et ne contribuer que faiblement aux accidens morbides } que dans des cas plus légers encore , il peut ne pas prendre part à la maladie , à laquelle concourent seulement, alors, l’épididyme , la tunique vaginale , le tissu cellulaire du dartos et quelquefois le canal déférent.

On peut noter dans l’orchite les degrés suivans :

1 .° L’inflammation de l’épididyme existe constamment} elle peut constituer à elle seule tout le mal , ou bien elle peut s’étendre plus ou moins loin sur le canal déférent , et s’accompagner de l’empâtement du tissu cellulaire qui l’avoisine.

2.0 A un état plus avancé , l’épididyme est plus fortement engorgé } il forme un relief considérable en arrière du testicule *, à son engorgement se

joignent celui du tissu cellulaire ambiant et un peu de gonflement du testicule, ou bien un peu d’inflammation de la tunique vaginale , avec présence d’une petite quantité de sérosité plus ou moins sanguinolente entre les feuillets de cette séreuse*, et cet état est accompagné ou non d’œdème du tissu cellulaire sous-cutané *,

3.° A un degré plus intense, l’épididyme et le testicule forment une masse volumineuse que la distension de la tunique vaginale vient bien souvent augmenter encore , masse dont la pesanteur détermine de pénibles tiraillemens , occasionne même des douleurs vives , et dans laquelle , lorsque la maladie commence à diminuer, on sent presque toujours une fluctuation manifeste *, en même temps la peau du scrotum se montre rouge et distendue^

4*° Dans les cas les plus graves enfin , la tumeur est plus considérable encore , elle est plus dure et plus pesante ,* le malade souffre dans toutes les positions} la peau du scrotum est rouge et luisante*, le cordon et le tissu cellulaire qui l’entoure forment quelquefois une corde épaisse sur laquelle l’anneau inguinal exerce un véritable étranglement} et des symptômes de réaction fébrile générale, avec cépbalagie , soif vive, etc., qui n’existaient pas toujours dans le degré précédent , ou du moins étaient fort peu prononcés, viennent se joindre à l’ensemble des phénomènes locaux.

L’orchite se manifeste ordinairement lorsque la blennorrhagie n’offre plus de symptômes aigus, lorsque la douleur est moindre ou tout à fait dis-

sipée , lorsque les érections ont cessé d’être longues et fréquentes *, lorsque , surtout , l’inflammation, qui d’abord semblait n’occuper que le voisinage de la fosse naviculaire et du méat de l’urètre , s’est étendue profondément vers le col vésical et a envahi les régions membraneuse et prostatique.

Cependant on a outrepassé la vérité , quand on a dit que jamais ou presque jamais l’orchite ne survenait dans les premiers temps et pendant les périodes franchement aiguës de l’urétrite.

Dans mes recherches, j’ai remarqué que l’orchite s’est manifestée, il est vrai, soixante-dix fois sur cent à la suite d’écoulemens chroniques et tout à fait indolens-, mais aussi, je l’ai vue paraître trente fois sur cent chez des malades qui, avec l’écoulement, conservaient encore et des érections fréquentes et de vives douleurs. En somme , il n’est pas une des périodes de la blennorrhagie qui ne soit susceptible d'offrir cette complication.

Il n’y a du reste jamais de rapport entre l’intensité de l’urétrite et le nombre et la violence des orchites^ l’urétrite la plus légère peut donner lieu à une inflammation très-grave des testicules , et les urétrites les plus violentes peuvent ne déterminer que des engorgemens testiculaires légers et de facile guérison.

La durée de l’orchite varie de dix , douze ou quinze jours jusqu’à un et plusieurs mois, suivant son intensité, suivant l’idiosyncrasie des sujets-, ainsi la constitution molle, lympathique, donne une tendance marquée aux indurations indolentes et prolongées du système glandulaire , suivant que le

testicule actuellement malade en a déjà été le siège une ou plusieurs lois, et enfin suivant le traitement employé , car certaines méthodes perpétuent la maladie par la tendance à l’induration qu’elles déterminent dans les parties affectées.

La résolution est la terminaison la plus ordinaire de l’orchite blennorrhagique \ quand elle a lieu, l’œdème du tissu cellulaire sous-cutané disparaît rapidement , la peau reprend la coloration et les rides qu’elle pre'sente normalement*, le liquide qui distendait la tunique vaginale diminue , et les deux feuillets de cette séreuse contractent souvent des adhérences qui , à l’autopsie , témoignent de la part que cette membrane avait prise à la maladie. Le testicule revient ensuite peu à peu à ses dimensions naturelles*, l’épididyme et le canal déférent, le premier surtout , recouvrent plus lentement leurs qualités normales *, souvent ils présentent pendant longtemps encore un volume et des bosselures qui permettent de distinguer aisément le testicule sain de celui qui a été affecté.

Quelquefois des recrudescences inattendues viennent troubler le retour à la guérison et prolonger, pendant un temps plus ou moins considérable, le séjour des malades dans les hôpitaux. L’emploi inopportun des résolutifs est une cause fréquente de ces accidens , mais ils peuvent survenir aussi pendant les traitemens le plus franchement antiphlogistiques, et chez des sujets observateurs scrupuleux des règles qu’on leur prescrit.

D’autres fois l’épididyme ne diminue que lentement, le testicule continue à offrir un volume

exagère , l’orchite passe à l*état d’induration chronique et tient le malade sous l’imminence du réveil des symptômes aigus.

Ou bien enfin, dans les cas les plus fâcheux, de petits abcès se forment dans le tissu cellulaire qui avoisine le testicule, ou même sous la tunique albuginée, donnent lieu à des trajets sinueux, à des suppurations intarissables, et finissent par amener des altérations si profondes dans l’organe sécréteur du sperme , qu’elles peuvent en rendre l’ablation indispensable ; mais il faut convenir que cette malheureuse terminaison est extrêmement rare dans l’orchite blennorrhagique , tandis que l’orchite traumatique la présente fort souvent.

Dans une pratique de plus de quatorze années, je n'ai observé que deux cas de ce genre. L’un d’eux m’a été fourni par un matelot du vaisseau le Suffren -, l’autre par un soldat du troisième régiment d’infanterie de marine. Chez le premier, après l’emploi des anti-pblogistiques et des résolutifs, de longues suppurations survinrent et nécessitèrent l’opération de la castration *, chez le second , malgré tout ce qu’on put faire , un abcès assez considérable se manifesta dans le scrotum } l’ouverture que l’on pratiqua donna issue à des portions considérables de tunique albuginée mortifiée , et après un long séjour à l’hôpital , le malade guérit avec atrophie du testicule.

Les notions que donne l’examen des parties après la castration, lorsque celle-ci a été nécessitée par la complication dont je m’occupe , ne peuvent réellement pas indiquer la nature et l’étendue des

désordres produits par l’orchite proprement dite} et I on a bien rarement l’occasion de faire des recherches nécroscopiques sur une maladie qui n’amène jamais la mort par elle-même.

J’ai pu, pour mon compte, une fois, examiner le cadavre d’un matelot mort peu après une orchite blennorrhagique qui avait occupé successivement les deux testicules et qui même y entretenait encore , au moment de la mort , une induration manifeste -, et voici ce que me montra l’examen de l’appareil sécréteur du sperme , et de ses annexes :

Les parois des canaux éjaculateurs étaient d’un rouge blafard , les vésicules séminales remplies par un liquide d'un gris foncé , moins consistant que le sperme,* les canaux déférens un peu volumineux et leurs parois d’une épaisseur exagérée.

Les deux feuillets de la tunique vaginale droite se montraient fortement adhérens dans toute leur étendue*, ceux de la tunique vaginale gauche étaient aussi réunis, mais seulement par des adhérences faibles et imparfaitement organisées.

Je trouvai l’épididyme droit très-volumineux , dur et bosselé *, son tissu avait un aspect lardacé , et dans son épaisseur existaient quelques vacuoles remplies par un liquide puriforme et grumeleux. La tunique albuginée de ce côté était saine } le tissu du testicule ne paraissait nullement altéré en avant, mais en arrière, au point de jonction du testicule avec l’épididyme , au lieu occupé par le corps d Hyghmor, existait une masse grisâtre, lardacée, du volume d’une noisette.

L’épididyme gauche paraissait seulement un peu volumineux *, mais la tunique albuginée de ce côté ainsi que le tissu même de l’organe n’offraient rien d’anormal.

L’orchite n’est jamais pour moi un symptôme d’infection syphilitique*, et je ne la considère pas comme une preuve de la virulence de l’urétrite qu elle vient compliquer. Elle peut survenir dans les urétrites les plus bénignes et les plus étrangères à toute infection vénérienne. Elle se montre même plus souvent peut-être dans les irritations du canal dues à une cause extérieure , à une action mécanique , à la présence d’une sonde trop grosse, que dans les écoulemens auxquels le coït donne naissance.

L’engorgement des testicules est-il produit par la métastase de l’inflammation urétrale; ou bien ne doit- on y voir que le résultat de la propagation de la phlegmasie de la muqueuse de l’urètre à l’appareil de sécrétion spermatique , par voisinage et par continuité de tissu ?

La première opinion a eu beaucoup de partisans et en compte encore un grand nombre.

L’influence qu’exerce ordinairement sur la gonorrhée, l’apparition de l’orchite, la récidive que le flux urétral offre souvent , lors de la diminution et de la disparition de la maladie des testicules , sont leurs principaux argumens.

Sans vouloir nier absolument et dans tous les cas la nature métastatique de l’orchite, j’ai la conviction que la métastase n’est pas la cause habituelle de l’engorgement du | testicule. Celui-ci

iib —

agit bien manifestement d’une manière dérivative sur le canal , mais son début, sa cause première , sont le plus souvent la continuation de l’inflammation dans les voies spermatiques, par la muqueuse des conduits éjaculateurs. Aussi voyonsnous, communément , survenir l’orchite au moment où l’urétrite , qui , pendant les premiers jours , n’occupait que la fosse naviculaire et son voisinage, s’étend vers le col vésical et envahit les portions membraneuse et prostatique. Aussi la voyons-nous survenir fréquemment dans les lésions des parties profondes du canal, dans les rétrécissemens qui, presque toujours , siègent vers la région membraneuse et le bulbe.

Mais que l’orcbite résulte d’une métastase ou de l’extension de l’inflammation par voie de continuité de tissu , elle exerce ordinairement une influence notable sur le flux blennorrhagique.

Quelquefois cet écoulement se supprime tout à fait au moment de la manifestation de la maladie du testicule^ j’ai observé ce fait vingt-deux fois sur cent. Bien plus souvent il subit une simple diminution , et ce résultat s’est offert à moi quarante-trois fois sur cent,* enfin j’ai vu trente-cinq fois sur cent qu’il n’éprouvait aucun changement bien sensible.

Parfois, mais rarement, l’écoulement supprimé ne reparaît plus, et cela , dans le rapport de cinq à cent*, dans d’autres circonstances, soit qu’il se fût montré de nouveau après quelques jours de suppression , soit qu’il existât encore après l’apparition de l’orcbite , il cessait tout à fait pendant la

durée de celle-ci , et j’ai constaté ce fait dix-sept fois sur cent.

Le plus généralement, (soixante-dix-sept fois sur cent), le flux existe encore à des degrés variables lors de la guérison de la plegmasie testiculaire et exige l’emploi des moyens habituellement prescrits contre la gonorrhée.

L'écoulement supprimé ou atténué seulement par l’orchite se montre quelquefois de nouveau avec des douleurs urétrales et des érections fatigantes; dans la presque totalité des cas il reparaît avec une force variable , mais sans douleur et sans aucun signe d’acuité.

Divers traitemens ont été conseillés pour la guérison de l’orchite.

Une ancienne pratique voulait qu’on cherchât à répercuter la maladie , à la faire disparaître subitement*, et dans ce but on appliquait sur le scrotum , de la terre de rémouleur, des terres alumineuses , des compresses vinaigrées, des eaux savonneuses froides , etc. A l’aide de ces moyens on a pu, dans quelques cas, obtenir la résolution d’un engorgement à son début , mais le plus souvent le mal augmentait au lieu de s’amender.

Un autre traitement abortif a été préconisé par Ribes et Delpech *, il consiste à administrer le poivre cubèbe et le baume de copahu à des doses peu élevées , quelquefois après avoir apaisé l’inflammation par des émissions sanguines , mais le plus habituellement , de prime abord , dès son début , ou à une époque quelconque de son existence. Sous l’influence de cette médication , l’orchite , au

dire de certains auteurs que j’ai cités, rétrogradé rapidement et se dissipe bientôt et en beaucoup moins de temps qu’elle ne l’eût fait sous l’influence des émolliens et des anti-pblogistiques seuls.

J’ai essayé plusieurs fois cette méthode; j’ai prescrit le poivre cubèbe à la dose de quinze , vingt-cinq , trente et même quarante grammes par jour; je l’ai donné dès l’arrivée des malades à l’hôpital; j’ai, d’autres fois, attendu d’avoir abattu les symptômes les plus aigus; j’ai employé de la même manière le baume de copabu soit liquide soit solidifié, et la potion de Ghopart , et jamais, je dois l’avancer, je n’ai pu en obtenir le moindre résultat heureux ; j’ai même assez souvent vu survenir la maladie pendant l’emploi de ces remèdes contre l’écoulement.

Le docteur Frickc, de Hambourg, pour amener avec plus de rapidité la résolution des orchites , a proposé, en i836, d’établir autour du testicule malade , et cela , dès les premiers temps de 1 apparition du gonflement , une compression assez forte pratiquée avec des bandelettes de diacbylum que M. Ricord remplace par le sparadrap composé avec l’emplâtre de vigo cum mercurio. On enveloppe le testicule malade , convenablement isolé de celui du côté opposé, par des bandelettes larges de vingt-cinq à trente millimètres , disposées en dolaires convenablement serrés, en commençant par la partie engorgée du cordon , pour aller terminer vers la base de la tumeur. Il est très -difficile d’envelopper ainsi tout l’organe, et pour faire cette

compression d’une manière satisfaisante , il faut en avoir une assez grande habitude.

L’idée de comprimer un organe glanduleux , sensible à la moindre pression , et atteint d’une inflammation intense , paraît étrange au premier abord, cependant M. Frickc dit en avoir retiré les plus grands avantages.

M. Cullerier, qui a expérimenté ce moyen , en avait obtenu , dès les premiers temps , d’assez nombreuses guérisons*, plus tard ses succès ne se sont pas soutenus , et plusieurs accidens survenus par suite de son emploi ont engagé ce chirurgien à les proscrire presque entièrement. Je n’ai pas été plus heureux dans les essais que j’ai faits de cette méthode; sans donner entre mes mains des résultats réellement fâcheux , elle n’a pas produit d’assez bons effets pour me décider à abandonner la marche que je suivais habituellement avant sa publication.

J’ai dit que dans un certain nombre de cas, l’orchite était accompagnée d’un épanchement séreux dans la tunique vaginale , et que cet épanchement avait été considéré comme constituant tout le mal, par M. Rochoux , d’ou le nom de Vaginalite qu’il lui avait donné. Moins exclusif que ce dernier auteur, M. Velpeau a cependant pensé qu’il fallait tenir compte de cette légère hydrocèle, surtout pour ce qui concerne le traitement ; aussi a-t-il érigé en précepte la ponction de la tunique vaginale par la lancette , qui , non-seulement donne issue au liquide épanché , mais encore hâte considérablement la résolution de la maladie; car,

d’après ce professeur, la guérison serait complète au bout de trois à six jours*, le nombre de ponctions à opérer est déterminé par le volume de la tumeur. J’ai pratiqué un certain nombre de fois la ponction dans les cas de transparence douteuse , afin de convaincre ceux qui m’entouraient de l’existence de l’hydropisie de la tunique vaginale *, et l’évacuation a réellement paru favoriser la résolution delà maladie, mais sans donner les brillons résultats obtenus par M. Velpeau.

La méthode thérapeutique qui compte le plus grand nombre de partisans , et qui mérite réellement , je crois, la préférence, est le traitement par les émolliens et les anti-phlogistiques, seuls ou aidés des résolutifs, à des époques plus ou moins avancées de l’orchite

Mais , la saignée doit-elle être préférée aux sangsues? Faut-il appliquer celles-ci sur le scrotum ou dans son voisinage? Quel est le moment le plus opportun pour l’emploi des résolutifs ? Quels sont les résolutifs qu’il faut choisir de préférence? Faut-il, enfin , chercher à rappeler l’écoulement urétral , comme le conseillent encore quelques praticiens, ou doit-on l’ahandonner à lui-même et ne s’en occuper qu’après la guérison de l’orchite?

Les sangsues me paraissent préférables à la saignée générale , dans la très-grande majorité des cas*, ordinairement l’orchite n’est pas assez intense et ne réagit pas assez fortement sur l’organisme pour nécessiter l’ouverture de la veine *, dans mes essais , il m’a semblé que celle-ci donnait des

résultats moins favorables, aussi n’y ai-je recours que lorsque la violence de l’appareil fébrile l’exige. J’applique des sangsues en nombre variable suivant l’intensité des symptômes, à la base du scrotum, sur le trajet du cordon testiculaire et vers l’anneau inguinal} mises sur la peau rouge et infiltrée du scrotum , elles augmentent souvent la rougeur et l’œdème, et procurent réellement moins de diminution dans la maladie, que l’écoulement de sang occasionné par leur application au voisinage de l’anneau inguinal. Je reviens une, deux ou trois fois, à ces applications, lorsque les accidens persistent , jusqu’à ce que l’inflammation ait pris une marche vraiment rétrograde.

J'aide ces émissions sanguines par des cataplasmes de farine de graines de lin , de farine de riz, ou des compresses épaisses trempées dans la décoction de guimauve ou de graines de lin , et j’ajoute à ces topiques émolliens la décoction de têtes de pavot, ou le laudanum, lorsque la douleur est très-vive-, et toujours je fais soutenir les bourses avec un large bandeau en T , de préférence aux suspensoires. Je prescris la diète ou de légers potages, des boissons douces et mueilagineuses, telles que les décoctions de guimauve, de chiendent , l’infusion de mauve, etc., et en même temps un demi-lavement émollient ou légèrement laxatif chaque jour , ou pour contribuer à maintenir la liberté du ventre , quelques doses de sulfate de soude ou de magnésie, 10 , 12 à i5 grammes ( 3 à 4 gros ) tous les matins à jeun , ou bien seulement de temps en temps , dans une tasse de ti-

sane de chicorée. J’ordonue également des bains généraux tièdes tous les deux jours , surtout si les malades peuvent les prendre près de leur lit , et je bannis presque complètement les bains de siège , à cause de la position pénible qu'ils forcent à prendre et des froissemens auxquels ils exposent. J’exige , du reste, le repos le plus absolu, surtout quand l’orchite présente une certaine intensité.

Lorsque le gonflement a diminué , que la chaleur est nulle, que la douleur est tout à fait, ou presque tout à fait éteinte , et que tout annonce une résolution prochaine, je cesse les émissions sanguines, et je me borne à des applications émollientes , à des demi-lavemens et à quelques bains généraux.

Alors , ou bien la tumeur continue à décroître d’une manière sensible , ou bien , et c’est le cas le plus ordinaire, elle reste stationnaire pendant plusieurs jours et semble vouloir passer à l’état d’induration chronique *, c’est là le moment de cesser les émolliens et de donner la préférence à des substances capables d’imprimer un peu de mouvement à la maladie et de la faire marcher vers la résolution^ mais il faut, et je ne saurais trop le répéter, bien saisir le moment où le mal est stationnaire } il faut qu’une douce pression n’occasionne aucune douleur dans les parties affectées. Il n’y a aucun danger à attendre, tandis qu’on court grand risque , au contraire , en trop se hâtant , de faire revenir l’état aigu, et tous les symptômes inflammatoires.

Aussi convient-il de surveiller attentivement les

premiers raomens de l’action des résolutifs , pour en mitiger les effets au besoin ou même en suspendre l’emploi.

Les résolutifs usités sont nombreux : voici ce que l’expérience m’a appris sur la valeur de quelques uns d’entre eux.

Les fumigations de vinaigre, de cinabre, sur le scrotum , forcent à tenir les bourses dans une position pénible ; elles irritent et excorient quelquefois la peau; et j’en ai abandonné l’usage après les avoir longtemps employées.

Les cataplasmes froids, ou arrosés avec l’eau blanche, les compresses trempées dans ce liquide, produisent des effets très-faibles, mais suffisent parfois pour déterminer un mouvement favorable

dans la tumeur.

La teinture d’iode à l’intérieur agit trop lentement; elle a l’inconvénient , du reste , de fatiguer les voies digestives et d’étendre son influence sur tout le système glandulaire. J’ai eu peu à me louer des emplâtres de savon , de vigo, de tous les emplâtres fondans en un mot.

Les moyens qui m’ont constamment donné les meilleurs résultats sont les onctions locales avec la pommade d’hydriodate de potasse ou de protoiodure de mercure , et avec l’onguent napolitain , ou avec le cérat mercuriel. Après de longs essais comparatifs . les pommades mercurielles m’ont semblé déterminer plus puissamment la résolution et irriter moins fortement la peau du scrotum que les pommades iodées; aussi ai-je à présent l’ habitude presque exclusive de prescrire l’onguent

mercuriel double ou mitigé. Je fais pratiquer d’abord, chaque matin, une onction sur le scrotum, avec un ou deux grammes de cet onguent, et plus tard je répète ces applications le soir, lorsqu’une action plus intense et plus soutenue me paraît nécessaire.

Quelquefois chez les sujets irritables , chez les malades dont l’orchite a une certaine tendance à repasser à l’état aigu, je continue les cataplasmes émolliens sur le scrotum pendant les premiers jours des onctions mercurielles. Souvent je me borne à recouvrir les parties avec du linge fin , et presque toujours quatre , six et huit jours suffisent pour amener une guérison complète.

Alors la peau du scrotum présente ses rides naturelles, le testicule et l’épididyme ont repris leur volume normal , et il devient souvent difficile de distinguer le côté sain du côté qui a été affecté. Mais souvent aussi l’épididyme continue à former en arrière du testicule un relief anormal à nodosités plus ou moins prononcées, qui pourra disparaître complètement par la suite , mais qui , chez certains sujets, existera très-longtemps et même pendant toute la vie.

Quelquefois , et surtout chez les personnes à constitution strumeuse , l’orchite offre une tendance à l’induration et aux recrudescences, que les soins les mieux dirigés ont beaucoup de peine à surmonter. J’ai l’habitude de prescrire dans ces cas, comme fondantes et non comme anti-syphilitiques, des pilules de proto-iodure de mercure et de thridace, d’extrait d’opium , ou d’extrait de ciguë , en commençant par deux chaque jour , et passant ensuite

à trois , quatre , cinq pilules , en deux doses dans les vingt-quatre heures.

J’emploie aussi fréquemment des pilules avec parties égales de calomélas , d’extrait de ciguë et de savon médicinal , ordinairement de cinq centigrammes de chaque par pilule; j’en donne deux ou trois, le matin à jeun ou quelquefois en deux doses, et je continue jusqu’à la disparition complète de l’engorgement , à moins que la salivation ne vienne m’obliger à en suspendre l’emploi.

La compression par la méthode du docteur Frickc peut trouver ici son application •, mais j’ai eu quelquefois recours à elle , comme je l’ai dit, et je n’en ai pas retiré des avantages assez marqués pour me faire renoncer aux divers résolutifs que je viens de mentionner.

D’autres fois , chez un petit nombre de malades, et surtout lorsque le traitement a été peu convenablement dirigé , la tumeur continue à présenter uu volume et une dureté plus ou moins douloureuse , que les émissions sanguines, les applications fondantes et résolutives , les pilules de proto-iodure de mercure et de calomélas ne parviennent pas à faire dispâraître.

Enfin , dans des cas plus rares encore , il se forme du pus dans le tissu cellulaire sous-cutané, sous la tunique albuginée et -dans l’épaisseur du testicule lui-même, et j ’ai dit plus haut que lorsque ces complications arrivaient, on était quelquefois forcé d’avoir recours à la castration. Mais avant d’en venir à cette opération , je me décide à soumettre les malades à un traitement mercuriel par la me'-

thode des frictions sur les membres pelviens, sans chercher dans cette médication aucune action spécifique , car je l’emploie tout aussi bien dans les orchites traumatiques que dans celles qui compliquent les gonorrhées, et seulement dans l’espoir de trouver en elle une puissance fondante supérieure à celle des diverses substances que je viens d’indiquer.

Beaucoup d’auteurs ont considéré comme chose fort importante le retour du flux urétral , et ils ont établi le précepte de rappeler à tout prix cet écoulement , soit par des irritations directes sur le pénis ou dans le canal, soit même en provoquant une nouvelle urétrite au moyen du muco-pus recueilli chez un autre malade.

Citer cette dernière pratique , c’est la condamner *, mais le principe qui la faisait admettre mérite d’être discuté , et l’on peut se demander si l’irritation simple du canal , à l’aide des bougies , est réellement utile dans la complication dont je m’occupe.

L’orchite blennorrhagique, ai-je dit, se montre habituellement à l’époque où l’inflammation urétrale , qui , d’abord était circonscrite dans le voisinage de la fosse naviculaire, envahit tout le canal , et s’établit surtout vers les portions membraneuse et prostatique. 11 est donc possible qu’une irritation vive , fixée vers l’extrémité de la verge, (car dans tous les cas il ne faut pas introduire profondément les substances excitantes) déplace la maladie et détermine une dérivation favorable à l’engorgement testiculaire *, mais il est possible aussi.

et cela doit arriver souvent , que la portée de cette stimulation n’aille pas jusqu’à produire l’effet dérivatif attendu , qu’il en résulte seulement un degré de plus dans la phlogose locale , et que celle-ci suractivée gagne de proche en proche tout le canal et vienne aggraver l’état du testicule, de façon qu’on se trouve avoir augmenté la maladie au lieu de la diminuer, ou que , tout au moins , on a provoqué un accroissement de l’urétrite sans bénéfice aucun pour la curation de l’orchite.

Tout récemment (mai 1 8/^3 ) , M. Leriche , de Lyon , a fait revivre la méthode que je viens de combattre, et a proposé des injections de nitrate d’argent à hautes doses dans le canal de l’urètre, pour ramener l’écoulement et par conséquent diminuer l’inflammation testiculaire.

Depuis longtemps je m’abstiens de toute application irritante sur la verge ou sur la muqueuse de l’urètre ; je me borne à attaquer la maladie du testicule , sans m’occuper de celle du canal , en évitant pourtant avec soin toute médication susceptible d’agir directement pour arrêter l’écoulement, malgré l’opinion de M. Ricord qui veut que l’on combatte l’urétrite même pendant qu’on agit contre l’orchite .

Lorsque celle-ci est complètement guérie , je reviens à la blennorrhagie, si elle existe, et je la traite encore par le baume de copahu , le poivre cubèbe , et par les injections astringentes lorsque les premiers médicamens ont été infructueux. Je ne balance pas enfin à pratiquer la cautérisation superficielle du canal par le nitrate d’argent,

comme je le fais dans les urétrites anciennes et opiniâtres, si tous les moyens précédens ont été insuffisans. Je m’attache toujours avec le plus grand soin à ramener la muqueuse urétrale à son état normal , car les hommes qui ont été atteints d’orchites hlennorrhagiques restent exposés pendant quelque temps, même après la guérison Ja plus parfaite , à des retours de l’engorgement testiculaire, à la moindre réapparition de l’écoulement urétral .

§ Xlïï. des Rétrécissemens de l’Urètre.

La Blennorrhagie peut se compliquer de coarctations spasmodiques du canal ou de rétréci ssemens organiques dus à des états variables de la muqueuse urétrale, depuis la simple hypertrophie jusqu’à l'état fongueux ou aux véritables végétations qu’on rencontre réellement parfois.

Ces états pathologiques de l’urètre surviennent, dans quelques cas très-rares, pendant la durée de la gonorrhée et peu de temps après sa manifestation , mais presque toujours ils ne se montrent que plusieurs années après , et particulièrement lorsque la maladie a été opiniâtre, ou que plusieurs inflammations ont été entées les unes sur les autres.

Ils peuvent entretenir eux-mêmes l’écoulement , et c’est contre eux qu’il faut agir alors, lorsqu’on veut tarir celui-ci.

Quelques auteurs ont considéré les injections irritantes comme des causes fréquentes de ces af-

fections, en appuyant leur opinion sur ce fait , que les hommes qui en sont atteints ont presque tous été soumis à ce traitement» Il était difficile qu’il n’en fut pas ainsi , puisque c’est aux urétrites opiniâtres que ces états morbides sont dus dans la très -grande majorité des cas , et que , le plus souvent , les malades ont dû essayer de toutes les méthodes.

Mais lorqu’on a étudié attentivement les résumés statistiques qui ont été faits à diverses époques, on est amené à conclure que c’est aux inflammations rebelles et interminables de l’urètre qu’il faut attribuer généralement les coarctations et les

rétrécissemens du canal} que la plupart des sujets chez lesquels on les observe , ont déjà présenté , à des époques plus ou moins éloignées, un ou plusieurs écoulemens urétraux } et que , le plus souvent , l’opiniâtreté de ces flux a été due à l’inobservance des règles qui doivent diriger les traitemens , sans qu’on puisse en aucune manière accuser de leur développement un agent thérapeutique quelconque, et les injections eu particulier.

Je les ai employées, pour mon compte, plusieurs milliers de fois : il est peu de cas d’urétrites tenaces ou je ne les conseille encore tous les jours} et j’ai pu me convaincre que, si leur action prolongée outre mesure pouvait , comme cause durable d’irritation , contribuer à hypertrophier et à épaissir la muqueuse urétrale , leur usage rationnel et modéré ne produisait jamais ces fâcheux résultats. La nature habituelle des rétrécissemens peut

du reste jeter quelque jour sur les causes ordinaires de leur formation.

Ainsi , ils sont , il est vrai , constituées parfois par des brides ou par des cicatrices de la muqueuse urétrale, dues elles-mêmes à la guérison de véritables ulcérations de cette membrane ou de déchirures qu’elle a pu subir, par exemple , à l’occasion du redressement brusque et forcé de la verge dans la chaude-pisse cordée. Mais d’ordinaire , ils proviennent évidemment de l’épaississement du tissu muqueux sous l’influence d’une pblogose prolongée , ou de l’infiltration et de l’induration du tissu cellulaire sous-muqueux , et de la coagulation de la lymphe plastique qui dans les inflammations vives et profondes s’épanche dans ce tissu et dont l’organisation doit naturellement amener des saillies variables dans le canal, et par suite de véritables rétrécissemens.

Les coarctations de l’urètre cèdent souvent à quelques uns des moyens curatifs que j’ai indiqués contre les blennorrhagies chroniques, et particulièrement à la cautérisation superficielle, d’après la méthode du professeur Lallemand.

Elles guérissent aussi souvent par l’introduction, pendant quelques minutes chaque jour, de bougies en gomme élastique , en substances emplastiques , en cire molle , etc.

Les rétrécissemens véritables dus à l’hypertropie ou à diverses productions pathologiques de la muqueuse du canal, cèdent quelquefois aussi à la dilatation passagère et progressive de l’urètre \ mais ils exigent, le plus communément, des traitemens

complexes dont je ne pourrais m’occuper qu’en dépassant les bornes de ce chapitre , et dont l’exposé appartient, du reste, plutôt aux traités spéciaux sur les maladies des voies urinaires qu’aux ouvrages sur la syphilis.

§ XIV. Quelques auteurs , ont enfin signalé l existence de certaines inflammations de la muqueuse buccale , de stomatites , qu’ils ont attribuées à l’influence du contact du muco-pus urétral , par suite de honteuses habitudes. Mais tout en admettant en principe cette complication , il faut convenir qu elle est excessivement rare.

Ils ont également noté la possibilité d’un état catarrhal de la muqueuse du pharynx , des bronches , de véritables bronchites ou pharyngites gonorrhéiques , dont le produit aurait tous les caractères du flux de l’urétrite , et dont la marche serait liée à celle de cet écoulement , et ils n’ont pas hésité à y voir l’effet d’une relation métastatique. Mais des faits de ce genre , et les derniers surtout , sont encore si rares, et peut-être encore si peu authentiques, que je dois me borner à appeler sur eux l’attention des observateurs.

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