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DE LA GONORRHÉE

BLENNORRHAGIE OU URETRITE.

chez l'homme.

On donne le nom de Gonorrhée , de Blennorhagie , d’Urétrite, de Chaude-Pisse, à un écoulement de matière puriforme par le canal de l’urètre et par le vagin , accompagne de douleurs variables , depuis la simple ardeur ou chaleur légère du canal, jusqu’à la cuisson la plus vive et au sentiment de brûlure le plus pénible, particulièrement pendant l’émission de l’urine. Cette maladie est presque toujours due à des relations sexuelles et peut se transmettre aussi par le coït. Elle présente chez l'homme et chez la femme des différences assez notables pour qu’il soit réellement nécessaire de l’étudier séparément dans l’un et dans l’autre sexe , et c’est à son étude chez l’homme que je vais consacrer ce chapitre.

On a fait de grands frais d’érudition pour établir avec exactitude le moment précis ou les observateurs du XVI. e siècle ont trouvé, pour la première fois , la gonorrhée chez les personnes atteintes de

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la vérole, et on a conclu de ces recherches que l’ écoulement urètral n’avait pas paru des le début de la syphilis , et n’avait pas accompagné ordinairement , du moins , les divers phénomènes morbides qui, dans le principe, annonçaient l’infection vérolique. Alexander Benedictus en a parlé, il est vrai, en 1 497 » Cataneus en mais Fra-

castor n’en fait remonter l’apparition qu’à l’année i53q, et ce n’est même qu’en 1 5 5 1 que Musa Brassavola l’a décrite avec assez de soin et assez de détails pour faire croire à son existence habituelle.

Mais on semble oublier dans toutes ces recherches que longtemps avant qu’il fût question de la syphilis en Europe , la gonorrhée était fréquemment une punition du libertinage , qu’elle se montrait souvent avec tous les caractères qu’on lui a reconnus au XVI.e siècle et que nous lui trouvons encore de nos jours , qu elle était même assez répandue pour éveiller la sollicitude des législateurs chez des peuples différens , comme je l’ai fait voir dans l’histoire générale de la syphilis en citant les édits de Londres, les lois de Venise, le règlement de la reine Jeanne , et comme le prouve d’ailleurs le texte du XV. e chapitre du Lévitique.

Ainsi, loin que je cherche à trouver la première manifestation de la gonorrhée à une époque plus ou moins rapprochée de l’apparition de l’épidémie du XV. e siècle , je suis convaincu qu’elle est identique , au moins dans la très-grande majorité des cas , avec le mal de paillardise , l’arsure , la brûlure du pénis , etc. , observés par les auteurs

du moyen-âge , et avec le jluxus seminis contagieux décrit par Moïse.

On ne s’explique pas facilement , aujourd’hui que la blennorrhagie accompagne si souvent les relations sexuelles suspectes et qu’elle est dans une proportion si élevée par rapport aux autres accidens que produit la débauche , comment elle a pu se montrer si rarement pendant le commencement du XVI. e siècle.

C’est en vain que quelques auteurs ont cherché à donner la raison de cette espèce d’anomalie par l’alFaiblissement du virus des chancres, du virus syphilitique proprement dit, lequel ne pouvant plus déterminer des ulcérations aurait alors la faculté d’engendrer des inflammations muqueuses.

Les premiers écrivains croyant que l’écoulement urètral , qui constitue un des principaux phénomènes de la maladie dont je m’occupe , était une véritable perte de semence , lui donnèrent le nom de Gonorrhée (de rW/] semence et Peu je coule ou Payco je coule fort). On ne tarda pas à s’apercevoir que si les pertes de semence coïncidaient quelquefois réellement avec les écoulemens contagieux de l’urètre , le plus habituellement pourtant elles n’entraient pour rien dans la maladie , et Swediaur faisant passer dans le langage une réforme qui s’était déjà introduite avant lui dans les idées, créa le mot Blennorrhagie (de BXsvva , mucus, humeur, et Peto , je coule) dénomination plus convenable , mais qui a l’inconvénient de n’indiquer qu’un des accidens de la maladie.

Enfin lorsque les idées anatomiques prévalurent

sur les idées humorales , lorsqu'on crut bien fermement que le flux muqueux n’était que la conséquence d'une phlegmasie plus ou moins franche, on proposa le nom d’Urétrite , dont il est inutile de donner l’étymologie, qui dit bien la nature du mal dans son début , mais qui est inexact dans certaines circonstances et particulièrement lorsque la maladie est ancienne.

Les mots Gonorrhée , Blennorrhagie , Urétrite , sont tous trois restés dans le langage médical , et les deux derniers surtout servent , à peu près indistinctement dans tous les livres, à indiquer l’écoulement qui résulte chez l’homme de l’inflammation plus ou moins aiguë de la muqueuse du canal de l’urètre.

On a divisé l’urétrite en aiguë et en chronique, cette dernière devant porter le nom particulier de blennorrhée qui convient réellement lorsque la maladie ne consiste plus , comme la chose a souvent lieu , qu’en un suintement muqueux indolent.

On l’a distinguée aussi en celle qui occupe l’urètre ou blennorrhagie vraie , et en celle qui n'affecte que la muqueuse du gland et du prépuce ou blennorrhagie fausse , bâtarde , mais à celle-ci convient encore mieux le nom de Balanite ou de Posthite, suivant les cas.

On a enfin proposé d’établir plusieurs espèces d’urétrite suivant l’épaisseur des tissus envahis par l’inflammation , et de là , l’espèce érysipélateuse , la phlegmonneuse , comme le voulait Astruc , et pour lesquelles M. Desruelles préfère les noms d’urétrite érytliémoïde , dermoïde , etc.

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C’est le plus habituellement par le coït que se contracte la blennorrhagie*, des causes morbides excessivement variées peuvent pourtant lui donner naissance.

Ainsi la blennorrhagie ve'ritable chez la femme doit être naturellement citée en première ligne , comme la cause la plus fréquente de cette maladie chez l’homme ; mais nous devons admettre , en même temps , qu elle peut être produite par certaines flueurs blanches âcres et exagérées, ou qui s’accroissent et prennent des qualités plus irritantes sous certaines influences , par les diverses pertes qui persistent plus ou moins longtemps après la parturition , par divers écoulemens provenant de quelques granulations du col utérin, par toutes les espèces de vaginites ou certaines métrites*, ainsi, j’ai vu des femmes atteintes de rougeur herpétique du vagin donner une gonorrhée très-intense aux hommes qui avaient commerce avec elles, quoique ces rougeurs ne les incommodassent pas notablement elles-mêmes.

Quelques uns de ces états pathologiques ne sont pas contagieux d’une manière absolue *, il n’est pas rare de rencontrer des femmes susceptibles de donner une urétrite à certains hommes , tandis que d’autres avaient en même temps cohabité impunément avec elles , ou ne transmettre la maladie que dans certaines conditions de surexcitation vénérienne.

L’abus du coït , avec une femme saine du reste, peut quelquefois aussi réellement occasionner la blennorrhagie ainsi que toute irritation vive et directe de l’urètre , comme la présence de sondes

ou de bougies dans le canal , l’injection de substances catliérètiques ou caustiques, le passage de fragmens de calculs trop gros ou à aspérités trop prononcées après la lithotritie ou de graviers trop volumineux, les fortes contusions de la verge ou du périnée par suite de coups ou de cliûtes sur ces parties.

On doit encore ne pas négliger, comme cause exceptionnelle, il est vrai, l'usage immodéré de certaines boissons fermentées , l’existence d’accidens de rhumatisme ou de goutte , le travail de la dentition et l’état vermineux chez les jeunes sujets.

On a voulu enfin considérer comme cause possible d’un écoulement urétral , l’ingestion dans l’estomac du pus blennorrhagique mêlé à du lait ou à une boisson quelconque -, mais des faits de ce genre sortent trop des idées ordinaires pour être admis sans contestation et n’avoir pas besoin d’être appuyés par de nouvelles preuves.

Quelquefois la blennorrhagie se manifeste promptement et presque subitement après l’impression de quelques unes des causes que je viens d’énumérer, après l’action des sondes sur le canal, après les excès vénériens, par exemple-, mais cette soudaineté ne se rencontre qu’ exceptionnellement dans les cas ou l’inflammation urétrale est la suite du coït avec une femme malade, quelle que soit l’espèce d'écoulement qu’elle présente \ il existe presque toujours alors un intervalle notable avant la manifestation du flux blennorrhagique ou même des premières douleurs qui peuvent en annoncer la prochaine apparition.

Cet intervalle varie depuis vingt-quatre à trentesix heures jusqu’à six et huit jours et il est très rarement de douze ou quinze jours, comme on en a pourtant relaté quelques exemples. Je n’ai vu qu’un très-petit nombre de fois l’urétrite survenir moins de trente heures après le coït. Parfois exceptionnellement elle est précédée par quelques prodromes généraux; d’autres fois, mais rarement aussi , l’écoulement survient sans signes précurseurs,

annonçant lui-même le début du mal et les ardeurs »

du canal; et les douleurs plus ou moins vives qui le précèdent , dans les cas ordinaires , ne se montrent alors qu’après lui.

Mais le plus habituellement quelques titillations vagues dans l’urètre suivies d’envies fréquentes d’uriner, des ardeurs et des cuissons vers l’extrémité du gland, et toutes les sensations provoquées par les irritations de l’appareil génito-urinaire, en sont les signes précurseurs; ces accidens s’accompagnent bientôt d’une chaleur permanente dans la verge, qui excite les désirs vénériens et provoque des érections fréquentes, particulièrement pendant le sommeil, ainsi qu’un sentiment de pesanteur et d’embarras dans les aines , de gêne et de plénitude dans le scrotum et dans le périnée.

Ces accidens avant-coureurs de la blennorrhagie ne durent guère que vingt-quatre à trente-six heures ; rarement ils persistent pendant quelques jours. La titillation et la chaleur du canal se changent en douleur réelle qui elle-même se convertit souvent en une vive cuisson et quelquefois en une véritable sensation de brûlure , principale-

ment pendant l’émission de l’urine, ce qui a fait donner à cette affection le nom de Chaude-pisse, par lequel le vulgaire la désigne souvent. Le besoin d’uriner se fait sentir à chaque instant et après y avoir satisfait les malades croient l’éprouver encore; le méat de l’urètre s’enflamme , ses bords rougissent et se tuméfient , semblent même excoriés lorsque la phlogose est très-intense; des gouttelettes d’un liquide séreux, transparent et filant d’abord , bientôt plus ou moins jaunâtre , suintent de son orifice; les follicules du méat urinaire se tuméfient quelquefois , semblent même excoriés. Le docteur Klecberg a décrit particulièrement cet état et a proposé de le nommer Blennorrhagie externe. Mais cette affection est rarement isolée; elle complique ordinairement l’urétrite et peut faire croire à l’existence de chancres. Le docteur Klecberg indique la solution de sublimé appliquée localement comme le meilleur remède, et n’a jamais recours aux traitemens généraux par le mercure.

La phlegmasie se propage plus ou moins vite dans les parties profondes du canal , et en gonfle les parois , l’urine détermine par son passage des douleurs de plus en plus aiguës et ne sort que par un jet mince, irrégulier, contourné, comme du reste, toutes les fois qu’elle rencontre quelque obstacle dans son cours.

Les érections deviennent de plus en plus fréquentes; elles réveillent souvent les malades en causant des douleurs fort vives. Quelquefois la tuméfaction du canal est assez prononcée pour bri-

der fortement la verge et en empêcher le redressement complet. Cette incurvation en bas du pénis qui a fait donner à la maladie le nom de Chaude-pisse cordée * est due au défaut d’élasticité et à l’excès de raideur que présentent les parois de l’urètre actuellement phlogosés dans toute leur épaisseur, tandis que les corps caverneux conservent toute leur perméabilité et entrent complètement en érection.

A ce degré , les douleurs quoique toujours plus vives vers le méat urinaire et le gland , car c’est toujours là que retentissent les sensations occasionnées par les irritations des voies génito-urinaires , les douleurs , dis-je , s’étendent plus profondément que dans la première période , et se propagent parfois jusqu’à la région de la prostate et au col de la vessie -, les envies d’uriner sont plus fréquentes que jamais , il y a dysurie ou même strangurie complète. 11 y a souvent aussi constipation et quelquefois ténesme douloureux.

L’écoulement prend plus de consistance*, il devient d’un jaune verdâtre et tache fortement le linge } il est parfois brun et sanieux ou présente des stries sanguinolentes , quelquefois même il y a hémorrhagie par le canal , soit que le sang provienne d’un simple suintement par la muqueuse arrivée à son summum d’inflammation, soit qu’elle ait sa source dans une déchirure véritable de cette membrane , ainsi qu’on l’observe assez souvent chez les sujets qui, étant atteints de chaude-pisse cordée , ont voulu redresser violemment la verge , rompre la corde , comme on le dit.

Ordinairement après quatre , six ou huit jours d’état stationnaire , les accidens que je viens de signaler s’amoindrissent tous en même temps , ou diminuent partiellement -, quelques uns , les élections douloureuses et cordées, offrent souvent plus de persistance que les autres phénomènes inflammatoires. L’écoulement se modifie sensiblement , il pâlit , il ne présente plus de stries de sang , il tend manifestement à devenir blanc , ou il est à peine jaunâtre; il prend souvent plus de consistance encore et sa quantité est aussi notablement moindre.

Les malades n’éprouvent plus qu’une douleur supportable pendant l’émission de l’urine qui a lieu moins fréquemment et par un jet plus large et plus régulier, et peu-à-peu , après dix ou douze nouveaux jours, les douleurs cessent tout-à-fait , l’écoulement diminue de plus en plus, il tache beaucoup moins le linge , de blanc et épais il devient clair, visqueux et filant pour disparaître enfin complètement, si les malades sont bien dirigés et s’ils se soignent surtout avec assez de persévérance; car dans le cas contraire, certaines traces dernières de la maladie persistent souvent avec une ténacité désolante.

L'urétrite offre , on le conçoit bien du reste , des degrés très-nombreux et d’une variété infinie, depuis le simple écoulement accompagné seulement de quelques douleurs vagues du canal , jusqu’à la forme la plus aiguë et la plus violente dont je viens de tracer le tableau.

La matière produite par la muqueuse urétrale

enflammée varie elle-même beaucoup aux diverses époques de la maladie , et aussi , suivant son intensité , elle est quelquefois fort âcre et fort irritante , susceptible de déterminer des inflammations purulentes par son contact avec les muqueuses , mais toujours incapable de produire des ulcérations syphilitiques véritables par l'inoculation. M. Ricord a souvent tenté d’inoculer le pus biennorrhagique et il a échoué constamment. J’ai cherché pendant longtemps à obtenir quelques-uns des résultats cités par Hunter et d’autres expérimentateurs moins anciens*, j’ai pour cela essayé un assez grand nombre de fois l’inoculation avec la lancette et j’ai surtout appliqué le pus sur les piqûres de sangsues*, les plaies de la lancette se sont toujours cicatrisées rapidement , et les piqûres de sangsues n’ont jamais offert aucun caractère douteux qui pût leur faire attribuer la moindre tendance à se convertir en chancres.

L’écoulement blennorrhagique est de couleur et de consistance variables*, il présente souvent le caractère du véritable pus. Le microscope a démontré qu’il contenait des globules arrondis et volumineux mêlés à des quantités plus ou moins élevées de mucus. 11 peut alors presque toujours être distingué du sperme et du fluide prostatique, et la possibilité de cette distinction est d'une véritable importance en médecine légale.

11 perd quelquefois rapidement les qualités qu’il présente dans la période la plus aiguë de l’urétrite, pour n’offrir bientôt que l’aspect et les propriétés du mucus.

11 est le plus souvent abondant , parfois pourtant il n’est constitué que par quelques gouttes de liquide jaunâtre peu épais , susceptibles de passer inaperçues pour des malades peu attentifs. Certains auteurs ont pensé même que la blennorrhagie pouvait réellement exister sans écoulement appréciable, d’où le nom assez énergique de Blennorrhagie sèche qu’ils ont proposé de donner à cet état morbide. Mais d’abord , cette dénomination ne saurait convenir dans les cas où il existe un suintement urétral si léger qu’il soit} et, dans le cas contraire , ne doit-on pas craindre de prendre pour une véritable urétrite , sans flux apparent , toutes les névroses de l’urètre ou toutes les exagérations de sensibilité du canal que peuvent faire naître les irritations de la muqueuse des voies urinaires, affections étrangères pourtant à la gonorrhée.

Lorsque la blennorrhagie est très-intense , et en même temps surtout très-étendue , elle s’accompagne parfois de fièvre et de réaction générale. La langue est sèche et animée , les voies digestives sont plus ou moins vivement impressionnées.

Elle retentit aussi sur le reste des voies urinaires. Outre la dysurie et parfois l’ischurie que j’ai déjà signalées et qui sont des conséquences directes et mécaniques du gonflement des parois du canal ou de leur état spasmodique , il y a réellement une diminution notable dans la sécrétion de l’urine. La composition de ce liquide est aussi toujours sensiblement modifiée *, il peut être plus clair et plus limpide que dans l’état normal -, mais le plus souvent il est trouble, épais, sédimenteux et présente quelquefois une

quantilé plus ou moins abondante de sang fluide ou en caillots qui peut venir de la muqueuse uré- Irale elle-même ou de la vessie et constituer parfois une véritable hématurie.

La durée de la blennorrhagie est excessivement variable*, abandonnée à elle-même, cette maladie disparaît rarement avant la fin du deuxième mois et se prolonge même d’ordinaire plus longtemps. Les exemples de terminaison prompte et complète de l’écoulement sont assez rares, et le plus généralement il a une tendance manifeste à se perpétuer sous forme de suintement séreux et filant.

L’art a une influence très-puissante sur cette affection*, il peut en modifier considérablement les diverses phases et la durée totale. On trouve bien encore malheureusement, quelquefois, des urétrites rebelles qui , malgré les secours les mieux dirigés, se continuent au-delà de plusieurs mois; mais en général , on parvient par un traitement méthodique employé sans hésitation et sans tâtonnemens à les faire cesser en quatre, cinq ou six semaines et quelquefois plus promptement.

Vingt-trois urétrites furent traitées dans le service des vénériens de Toulon , pendant le premier trimestre de l’année ces urétrites

étaient simples, sans complication aucune, ou accompagnées seulement de légères douleurs des testicules , ou de légère tuméfaction des ganglions inguinaux.

Elles existaient depuis trois, six, huit, dix, quinze jours, un et même plusieurs mois. Elles s’étaient montrées chez des hommes qui étaient

affectes pour la première fois , ou bien qui avaient déjà eu des blennorrhagies ou d'autres maladies vénériennes diversement caractérisées.

Quelques-unes ne nécessitaient que dix à quinze jours de traitement. Un malade ne séjourna même que huit jours à l’hôpital^ un autre fut forcé d’y rester pendant cinquante-quatre jours , et la moyenne du traitement des vingt-trois malades que je cite fut de dix-neuf jours et quatorze heures.

Cependant , quelquefois malgré les soins les plus méthodiques et presque toujours alors par suite de l’indocilité et des imprudences des malades, l’urétrite passe à l’état chronique*, elle n’est plus signalée que par un écoulement indolore , visqueux, transparent, peu abondant, ou même seulement par quelques gouttelettes d’un liquide blanc et épais, par un léger suintement opalin qui colle à peine les lèvres du canal pendant le jour et ne produit qu’une goutte perlée le matin au réveil. Cet état qu’on a désigné sous le nom d’Urétrite chronique ou mieux de Blennorrhe'e, a l’inconvénient de s’exaspérer et de présenter des symptômes d’acuité sous mille influence^ diverses , telles que des écarts de régime , des excès de fatigue , l’exposition à l’humidité, le coït répété avec une femme saine du reste \ il a de plus le désavantage de reprendre quelquefois sous ces influences un caractère contagieux et de mettre un homme en apparence à-peu-près guéri d’une urétrite dans le cas fâcheux de rendre malade la femme avec laquelle il cohabite , et je viens d’observer tout récemment un fait remarquable de ce genre.

M. D.... fut atteint, il y a plusieurs années, d’une gonorrhée qui repassa souvent à l’état aigu et qui ne céda que très -difficilement à divers moyens anti-blennorrhagiques. Malgré ce traitement, M. D.... présentait encore un suintement urètral visqueux , filant , presque transparent , dont on l’avait engagé à ne tenir aucun compte. 11 a eu récemment des relations avec une jeune femme qui , quelques jours après , s’est plainte de douleurs dans le siège , d’élancemens dans le vagin , d’un écoulement abondant de couleur jaune-verdâtre , et qui a offert à mon examen , outre les accidens de vaginite , un flux urètral bien prononcé.

Ces retours de l’écoulement à l’état aigu peuvent se renouveler plusieurs fois et ont fait inventer la dénomination de Chaude-pisse à répétition. Le repos , la continence , la cessation des causes enfin qui amènent ordinairement ces récidives , suffisent habituellement pour faire justice de cette nouvelle acuité qui en général , du reste , a peu d’intensité et disparaît promptement, mais en laissant les malades dans les mêmes conditions.

La Blennorrhagie siège évidemment dans la muqueuse du canal de l’urètre dont elle semble d’abord n’occuper que les parties antérieures et la fosse naviculaire en particulier. Après les premiers jours de son existence , elle envahit presque toujours les parties situées plus profondément et finit par s’étendre à tout le canal et quelquefois même au col vésical et à la vessie elle-même. Aussi les orchites blennorrhagiques se montrent-elles ordinairement, comme nous le verrons plus tard, après

les premiers septénaires de la blennorrhagie. L'inflammation peut être très-superficielle et n’atteindre que la surface libre de la muqueuse ure'trale, ou siéger plus profondément, occuper toute l’épaisseur de cette membrane , envahir même les follicules qui la garnissent et les tissus sous-jacens , d’où un grand nombre de degrés , de nuances et de formes de maladies qu’on pourrait désigner avec Astruc et Swédiaur, sous le nom d’Urétrite érythémateuse , érysipélateuse, pblegmoneuse, etc., et que M. Desruelles a proposé de nommer Urétrite érythémoïde , dermoïde , etc.

Les anciens attribuaient l’affection qui m’occupe à une inflammation de la prostate. Guillaume Rondelet, dès 1Ù60, avait émis cette opinion qui, soutenue par Thomas Rartbolin , Marc-Aurèle Séverin et d’autres , fut longtemps admise dans la science. Il croyait aussi que la blennorrhagie était due à des ulcérations de la muqueuse , et Georges Virsungus disait avoir toujours trouvé sur les sujets morts avec un écoulement de ce genre , les prostates fort ulcérées et répandant une sanie âcre et virulente.

Cependant à mesure que les connaissances anatomiques se perfectionnèrent et qu’on se livra avec plus de soin aux recherches d’anatomie pathologique, on crut ne plus rencontrer, habituellement du moins, les désordres que signalaient les anciens auteurs et quoique les études nécroscopi— ques soient nécessairement rares dans une maladie qui ne compromet pas la vie par elle-même , le

hasard fournit, avec le temps, quelques occasions favorables et permit de fixer l’opinion à cet égard.

Morgagni annonça qu’ayant examiné les cadavres de plusieurs hommes morts pendant la durée de flux urétraux , il n’avait guère observé que des changemens de couleur et de densité de la muqueuse sans ulcérations appréciables. John Hunter eut , vers le milieu du XVIlI.e siècle , l’occasion d’ouvrir l’urètre de deux suppliciés atteints de blennorrhagie, et il n’y trouva aucune espèce d’ulcération. 11 dit aussi avoir ouvert plus tard quelques sujets affectés de gonorrhée au moment de leur mort , n’avoir jamais rencontré d’ulcères et avoir constaté seulement des rougeurs plus ou moins étendues de la muqueuse et l’ hypertrophie des sinus de Morgagni , qui étaient remplies de matière. Sa conviction était si bien établie sur ce point , qu’il crut pouvoir enseigner publiquement que la gonorrhée n’est jamais due à de véritables ulcérations du canal.

Stoll rend compte de la dissection des parties génitales d’un homme qui succomba pendant l’état aigu d’une blennorrhagie et chez lequel il ne découvrit aucune trace d’ulcérations. L’humeur qui s’écoulait paraissait provenir des sinus de Morgagni , dont l’orifice avait été seulement resserré par l’inflammation et rendu ainsi presque imperceptible à l’œil nu.

Swédiaur émet aussi l’idée que c’est à tort qu’on croyait de son temps que l’écoulement provenait d’ulcères de la muqueuse urétrale } sur cinquante blennorrhagies, dit-il, venant à la suite de co-

pulation contagieuse , il n’y en a peut-être pas une où l’on trouve de véritables ulcérations.

Desault assurait avoir observé un grand nombre de personnes mortes à différentes époques de la gonorrbée , mais de maladies étrangères à celle-ci, et n’avoir reconnu cbez elles que des traces de pblogose , principalement vers la fosse naviculaire, avec une humidité plus grande que de coutume dans toute l’étendue du canal et quelquefois des retrécissemens ou épaississemens et des callosités de ses tuniques , mais sans aucune trace d’ulcère véritable.

M. Ph. Boyer a cité aussi un exemple d’absence d’ulcérations du canal cbez un jeune homme enlevé par une péritonite pendant le cours d’une blennorrhagie aigue.

J’ai pu moi-même , quatre fois , ouvrir et examiner l’urètre d’hommes morts à des époques diverses de la durée de cette maladie.

Chez deux marins qui succombèrent en 1 83 1 dans le service des fiévreux de l’hôpital maritime de Toulon , et qui étaient porteurs d’urétrites chroniques, nous ne trouvâmes qu’un peu de rougeur vers le gland et de la rougeur avec arborisations très-marquées vers le bulbe et la région membraneuse.

Un matelot du vaisseau le Suffren fut envoyé à 1 hôpital, le 18 novembre i833, pour une orchite droite survenue pendant la durée d'une urétrite qui datait seulement de quelques semaines et qui parut se supprimer lors de l’apparition du gonflement testiculaire. L’écoulement

revînt à mesure que l’orchite marchait vers la guérison et se compliqua alors sans cause appréciable d’une tuméfaction douloureuse de l’articulation fémoro-tibiale gauche. Celle-ci diminua bientôt, et il ne restait guère de nouveau que l’écoulement urétral , lorsque , le 1 8 décembre , ce matelot mourut presque subitement avec des signes de congestion cérébrale.

A l’autopsie de l’appareil génito-urinaire (et je laisse , avec intention , de côté toutes les autres recherches nécroscopiques qui purent être faites,) , l’urètre présenta dans la région du gland et dans l’étendue de trois à quatre centimètres une rougeur intense pointillée qui disparaissait insensiblement en allant vers la base de la verge. Dans le champ de cette rougeur et sur les côtés de la fosse naviculaire , nous aperçûmes deux points de la grosseur d’un pois , d’un rouge plus foncé que le reste , à surface luisante et presque érodée, et ayant l’aspect des bourrelets luisans qu’on remarque autour du méat dans les urétrites très-intenses.

Le milieu du canal offrait quelques arborisations irrégulières. La rougeur reparaissait avec une nouvelle intensité vers la région membraneuse qui était parsemée de points d’un rouge presque noir, et elle diminuait ensuite insensiblement vers le col de la vessie ou elle s’évanouissait tout-à-fait. La vessie se montrait un peu racornie , ses parois étaient légèrement phlogosées et gardaient quelques traces d’un liquide laiteux.

Enfin la quatrième observation est celle du nommé Signol dont je relaterai l’histoire dans

un autre chapitre à l’occasion des vestiges que le mercure laisse dans nos organes. Ce marin fut atteint d’une urétrite > quelques jours après le développement de chancres étendus. Celle-ci cessa presque complètement en quelques semaines mais pour revenir peu de mois plus tard , donna lieu alors à une orchite double et se montra avec une intensité variable, jusqu’à la mort qui n’arriva qu’en juin i8335 et plus d’un an après la première manifestation de la blennorrhagie.

Nous remarquâmes , à l’ouverture du corps , sur le vérumontanum une large ulcération dans laquelle s’ouvraient les canaux éjaculateurs , le droit sur un plan antérieur, le gauche un peu plus en arrière. La muqueuse urétrale, pâle jusqu’au bulbe, commençait à présenter là une rougeur de plus en plus prononcée en avançant vers le gland , et passant au violet dans le voisinage de la fosse naviculaire.

Nous trouvâmes les parois des canaux éjaculateurs d’un rouge blafard , les vésicules séminales remplies d’un liquide gris foncé, moins consistant que le sperme ordinaire, et les canaux déférens plus gros et à parois manifestement épaissies } les testicules et leurs annexes offraient aussi des lésions que j’aurai occasion de signaler autre part.

Malgré l’assertion de M. Lisfranc qui annonçait en 1 8 1 5 à la Société médicale d’émulation avoir observé fréquemment des ulcérations de la membrane muqueuse urétrale chez les sujets atteints de gonorrhée *, malgré l’observation publiée dans le vingt-huitième volume du journal de la Société de médecine de Paris , et qui renferme l’autopsie

d’un jeune hussard mort de cystite avec péritonite survenues pendant la durée d’une blennorrhagie, et chez lequel on trouva trois ulcères sur divers points de l’urètre ; malgré l’exemple que je viens de mentionner moi-même , et quelques faits de ce genre qu’on doit s’attendre à rencontrer parfois , on peut établir en principe que la blennorrhagie est due à une inflammation pure et simple de la muqueuse urétrale, sans idcérations , et que celles-ci ne se montrent réellement que dans des circonstances rares et exceptionnelles, et en nombre trop petit pour infirmer la règle générale de leur absence.

Le diagnostic de la blennorrhagie est presque toujours facile et sûr*, cette maladie peut bien être confondue au premier abord avec la balanite ou avec des chancres du gland et de la face interne du prépuce chez les hommes à phymosis naturel ou accidentel; mais l’absence de gêne et de douleur pendant l’émission de l’urine , l’examen du trajet du canal , la marche de l’écoulement et souvent aussi son aspect particulier doivent presque toujours permettre de diagnostiquer sûrement la blennorrhagie aigue et récente.

Diverses névroses du canal de l’urètre , diverses pertes séminales involontaires, etc., peuvent quelquefois être confondues avec l’urétrite chronique ou blennorrhée ; mais les névroses urétraîes ne s’accompagnent d’aucun écoulement, et les gonorrhées sèches sont fort rares à l’état aigu comme à l’état chronique; et l’aspect du liquide secrété, ainsi que, dans les cas les plus difficiles, son

examen , à l aide du microscope , doivent presque toujours permettre de distinguer les blennorrlie'es des diverses pertes séminales ou prostatiques. Cette distinction n’est pas une chose de pure curiosité, elle peut être quelquefois d’un intérêt réel , car les blennorrhées revêtent souvent de nouveau des propriétés contagieuses, que n’offrent jamais les névroses de l’urètre, ou les véritables pertes de sperme ou de l’humeur sécrétée par la prostate.

Le pronostic de la blennorrhagie est habituellement peu grave. La violence excessive de l’inflammation peut bien faire craindre quelquefois des dégénérescences fâcheuses de la muqueuse, surtout chez les sujets atteints en même temps de phlegmasies de mauvaise nature, fixées sur les voies digestives. Cette violence peut aussi faire craindre la propagation de l’inflammation vers la prostate, vers le col de la vessie ou vers cet organe lui-même*, sa trop longue durée peut encore donner des inquiétudes pour l’avenir des malades et faire redouter les coarctations, les rélrécissemens de l’urètre, qui réellement , reconnaissent fréquemment pour cause toutes les gonorrhées opiniâtres. Mais le plus souvent, ces conséquences fâcheuses tiennent plus à l’imprudence des malades ou à l'insuffisance des traitemens employés , qu’à la maladie } et elles peuvent presque toujours être prévenues par des soins bien dirigés.

L’urétrite se termine de diverses manières : la plus ordinaire est la cessation progressive de la douleur et de l’écoulement } c’est celle vers laquelle doivent tendre tous les efforts du médecin.

Elle se termine souvent aussi par un état d’humidité rebelle du canal , par une véritable blennorrhée ou une urétrite chronique. Des auteurs recommandables admettent que , dans quelques circonstances rares , l’écoulement peut disparaître subitement par une véritable délitescence, ou se porter sur d’autres organes par une sorte de métastase. Ainsi, quoi qu’il soit, le plus ordinairement, possible de démontrer que l’ophthalmie blennorrhagique est le résultat du contact immédiat du pus urétral sur la muqueuse oculaire , il existe des cas oii il est difficile de prouver la contagion directe et où la métastase semble ne pouvoir être plus contestée.

Lorsque l’inflammation envahit toute l’épaisseur de la muqueuse urétrale, les follicules sous- muqueux et les tissus sous-jacents, elle peut y déterminer des abcès et passer ainsi à la suppuration.

La gangrène de la muqueuse de l’urètre peut être aussi, au dire de certains auteurs , le résultat d’une blennorrhagie très-intense. La seule violence de l’inflammation ne paraît pourtant pas suffire *, il semble que des dispositions générales mauvaises soient nécessaires à cette fâcheuse terminaison , que je n’ai, du reste , jamais rencontrée dans ma pratique.

Enfin on voit la gonorrhée laisser quelquefois une tuméfaction habituelle et plus ou moins étendue du canal, ou un état de spasme et de coarctation nerveuse de celui-ci , et dans d’autres cas des productions nouvelles et pathologiques , telles que des indurations partielles , des bourrelets qui gênent plus ou moins le cours des urines suivant leur grosseur, leur épaisseur, et qui constituent par eux-mêmes des affections souvent

fort graves et presque toujours fort longues à guérir définitivement.

La blennorrhagie est-elle une inflammation simple du canal de l’urètre avec écoulement puriforme plus ou moins abondant , un véritable catharre de la muqueuse urétrale ? ou , peut-elle être considérée comme une inflammation spécifique , distincte des phlegmasies ordinaires et due à une cause spéciale et à un virus particulier?

Pendant les premiers siècles de la syphilis et jusqu’au commencement de celui ou nous vivons , l’opinion presque absolue des médecins français était en faveur de la nature spécifique et vénérienne de la gonorrhée. Pour eux, celte affection était virulente , dans la très-grande généralité des cas, du moins, et n’était qu’exceptionnellement une phlegmasie locale et sans importance $ et malgré les travaux sérieux et multipliés de quelques auteurs de la fin du XVIII.® siècle et des premières années du XIX. e, le plus grand nombre des médecins partageaient encore alors , sur ce point , les croyances de leurs devanciers.

C’est vraiment aux recherches de nos contemporains et en particulier à celles de l’école physiologique que sont dus les argumens les plus nombreux et les plus forts contre la virulence habituelle de la blennorrhagie. De nos jours , les faits les mieux observés et les moins contestables semblent mettre hors de doute que , presque toujours , l’urétrite est une phlegmasie muqueuse ordinaire , qu elle n’offre pas , habituellement au moins, les caractères de virulence qu’on lui attribuait généralement autre-

fois. Certains médecins plus exclusifs, tels que M. Dubled , Richond , etc. , lui ont contesté même la faculté de donner quelquefois lieu à des accidens consécutifs semblables à ceux que produit la vérole.

M. Ricord , sans nier absolument l’existence de ces phénomènes morbides, pense qu’ils n’appartiennent pas en propre à la blennorrhagie ellemême , et qu’ils se rattachent toujours à la présence dans l’urètre de chancres véritables , susceptibles d’être démontrés par l’inoculation, et il formule bien nettement son opinion dans quelques corollaires insérés dans son traité des maladies vénériennes (page i33).

« \.° Les accidens de syphilis constitutionnelle, dit-il, ne sont pas la conséquence de la blennorrhagie. Toutes les fois que celle-ci a pu être notée comme antécédent , dans les observations rapportées par les auteurs , cas dont la rareté est précisément en rapport avec celle des chancres larvés , le diagnostic n’a pas été exact , les surfaces malades n’ayant pas été explorées.

5.° Enfin le seul moyen rigoureux de diagnostic est, dans l’état actuel de la science, l’inoculation. Toute blennorrhagie soumise à l'inoculation dans ses différentes phases , sans donner de résultats , ne constitue qu’une affection simple et incapable de communiquer la syphilis, soit primitive sur un autre sujet, soit constitutionnelle sur celui qui en est d’abord affecté. »

On a beaucoup écrit aussi pour savoir si la cause qui produit la gonorrhée , si le virus gonorrhéti-

que, comme on l’a appelé, était identique ou dissemblable à la cause qui engendre les chancres , au virus syphilitique lui-même en un mot*, les syphilographes les plus distingués des siècles derniers ont été partages sur ce point en deux groupes bien distincts*, les uns avec John Hunter, Astruc et Swêdiaur admettaient l’identité complète de ces deux causes morbides, et leur opinion a été soutenue de nos jours par Cullerier, M. Lagneau , etc. *, les autres avec B. Bell , Duncan , niaient toute identité et toute analogie , et professaient que jamais la gonorrhée ne donne naissance à de véritables chancres.

Cette dissidence sur une question que la simple observation des faits semblerait devoir facilement éclaircir, engagea la société médicale de Besançon, en 1810, à la mettre au concours. M. Hernandez , professeur à l’école de médecine de la marine , du port de Toulon , examinant et commentant toutes les opinions émises jusqu’à lui et y ajoutant quelques observations et quelques expériences qui lui étaient propres , établit que le virus des chancres ou le virus syphilitique proprement dit différait toujours essentiellement du virus qui produit la blennorrhagie } et son livre fut couronné.

Les travaux de notre époque , l’étude de l’inoculation en particulier conduisent absolument aux conclusions de M. Hernandez. En effet, les tentatives de M. Ricord et les miennes prouvent bien évidemment que le pus blennorrhagique ne s’ino-

cuic pas comme le pus des chancres et ne produit jamais de chancres par sa transmission.

Une bougie chargée de pus gonorrhéique et introduite dans l’urètre détermine une urétrite *, l’application de ce même pus sur la conjonctive oculaire produit une oph thaï mie suppurante oublennorrhagique , mais jamais il ne donne lieu à de véritables chancres , et lorsqu’on l’ introduit sous la peau avec une lancette, comme dans l’inoculation ordinaire , on n’obtient qu’une piqûre insignifiante qui guérit promptement et qui ne donne jamais naissance à des ulcères susceptibles d’être confondus avec ceux que produit l’inoculation du pus des chancres. L’examen attentif des causes si nombreuses et si variées de la blennorrhagie conduit aussi tout naturellement aux mêmes conclusions.

Cependant , d’un autre côté , lorsqu’on observe longtemps sans prévention et sans idées préconçues ce que deviennent les malades qui ont été atteints d’urétrites à des époques plus ou moins éloignées , on est obligé de convenir que quelques uns d’entre eux ne sont pas à tout jamais guéris, comme ils devraient l’être réellement si leurs blennorrhagies n’avaient été qu’un catharre urétral \ qu’ils présentent par fois , après un temps fort variable , des syphilides , des ulcérations à la gorge , des excroissances à la verge et à l’anus, des pe'riostoses, des accidens divers, enfin, dont il n’est pas possible de nier la nature syphilitique , et l’on est conduit par la puissance irrésistible des faits à admettre que s’il existe des urétrites simples , bénignes , en

nombre infiniment plus élevé que les autres , il existe aussi , quoique comparativement dans line proportion très-minime, quelques urétrites virulentes véritablement syphilitiques et susceptibles d’infecter l'économie absolument comme les chancres et les autres accidens vénériens primitifs les plus incontestables.

J’ai recommencé dix fois mes travaux sur ce point, j’ai cherché quelquefois vainement pendant plusieurs mois un seul exemple de ces accidens secondaires*, d’autres fois au contraire j’en ai rencontré, tout d’un coup plusieurs preuves irréfragables, chez des personnes qui n’avaient réellement présenté que des blennorrhagies sans complication apparente.

J’ai été placé dans des conditions très-favorables pour ce genre d’observation. Dans la marine, toutes les urétrites simples sont traitées à bord des navires et dans les infirmeries régimentaires , et toutes les affections syphilitiques proprement dites, et surtout toutes les véroles confirmées sont envoyées dans un même service dirigé par un seul médecin. De sorte que toutes les fois que parmi les dix mille ou les quinze mille hommes stationnés au port de Toulon , et chez lesquels il existe toujours bien certainement plusieurs centaines d’écoulemens urétraux, comme doivent facilement l’admettre ceux qui connaissent la manière de vivre des marins pendant leur séjour sur nos rades , toutes les fois, dis-je, que dans ce nombreux rassemblement il y avait un seul cas de syphilis constitutionnelle le malade était immédiatement

dirigé sur l’iiôpital , et je pouvais avoir sur son compte , sur les symptômes qu’il avait offerts et sur les traitemens qu’il avait pu subir, tous les renseignemens désirables.

Après de patientes recherches longtemps suivies, dans de semblables circonstances, j’ai été amené à reconnaître sans la moindre hésitation, que dans la très-grande majorité des cas, la blennorrhagie est une inflammation simple du canal de l’urètre , une affection purement locale dont la guérison sans remède spécifique ne doit laisser aucun souci pour la santé des malades. Mais que dans quelques cas rares et exceptionnels, dans la proportion d’un pour cent et peut-être moins d’après mes observations personnelles , la blennorrhagie est une affection virulente susceptible de donner lieu à de véritables accidens consécutifs de syphilis. De sorte que dans mes convictions , la question véritablement importante, celle dont la solution offre le plus haut intérêt pour les malades , c’est en définitive de chercher à bien distinguer ces deux espèces différentes d’une maladie identique en apparence et à bien différencier les urétrites bénignes et non virulentes, des urétrites virulentes et syphilitiques.

Les anciens médecins avaient déjà senti toute l’importance de cette distinction et avaient tenté de l’établir par l’étude attentive de la marche, de la durée, de la violence de la maladie et de la nature de l’écoulement. Musa Brassavola s’en était lui-même occupé} Alexander Petronius rapporte les caractères que ses contemporains regardaient comme distinctifs des deux espèces de gonorrhée, et con-

dut <ju ils n'ont aucune valeur , et que certains symptômes observés chez la femme qui a donné la maladie ou les signes d’infection générale , méritent seuls d’inspirer une confiance réelle.

De nos jours, on a demandé de nouveau quelques enseignemens à la violence de l’inflammation, à la marche , à la durée , à la nature particulière de l’écoulement, et ces diverses recherches n’ont réellement produit , il faut bien en convenir , aucun résultat satisfaisant. Le microscope lui-même n’a rien appris*, car il est impossible de tenir grand compte , ainsi que nous le verrons prochainement , de la découverte de la trico-monas vaginale que M. Donné a signalée dans le vagin des femmes atteintes de blennorrhagie.

M. Pigeaux a voulu faire jouer un rôle important à la plus ou moins prompte apparition de l’écoulement. Pour lui , la blennorrhagie due à une cause toute locale, comme la contusion des tissus ou leur contact avec un liquide irritant autre que le virus syphilitique, se déclare presque instantanément*, elle ne saurait survenir après quelques jours de repos ou de sédation complète des parties. Elle commence par un léger prurit qui monte insensiblement jusqu’au ton de la plus vive cuisson, mais sans intervalle bien sensible entre la cause et l’effet de la maladie. Au contraire , la gonorrhée syphilitique suit une toute autre marche *, elle a constamment une période d’incubation dont la durée varie en général entre deux et huit jours.

Cette incubation commune à toutes les affections spécifiques constitue pour M. Pigeaux un des ca-

ractères les plus essentiels de la blennorrhagie virulente*, elle est presque toujours exempte d’excitation locale ou générale ce qui fait croire au malade qu’il est à l’abri du danger, mais bientôt l’ardeur en urinant , la douleur vers la fosse naviculaire et les autres signes de l’urétrite viennent lui ravir tout espoir.

Peut-être cette opinion de M. Pigeaux ne doitelle être pas tout-à-fait dédaignée} mais elle ne saurait pourtant inspirer la confiance que voudrait lui attacher ce médecin. Et en effet, comme le fait remarquer M. Lagneau , presque toutes les urétrites quelle qu’en soit la nature , à moins qu’elles n’aient été provoquées par un irritant chimique ou mécanique agissant localement, présentent un temps bien marqué d’incubation *, et cependant il est bien avéré que le nombre de celles qui sont occasionnées par le virus syphilitique n’est pas à beaucoup près le plus considérable, ce qui devrait se montrer , au contraire , s’il fallait en croire M. Pigeaux.

M. Wedekind pensait avoir trouvé, dans l’existence de deux petits tubercules lenticulaires, trèssensibles au toucher, situés l’un à côté de l’autre dans la fosse naviculaire et destinés , dans son hypothèse, à sécréter le virus gonorrhéique , un caractère certain pour arriver à distinguer les blennorrhagies virulentes de celles qui ne le sont pas. Mais M. Jourdan a annoncé avoir rencontré des tubercules chez des hommes qui n’avaient jamais eu d’urétrites. Et dans les recherches auxquelles je me suis livré sur ce point , je les ai observés

si fréquemment chez les hommes atteints d’écoulemens urétraux, après les coïts les moins suspects, que cette fréquence même a détruit à mes yeux la valeur de ce moyen de diagnostic différentiel.

M. Ricord , de son côté, espère pouvoir établir que la vraie cause de la virulence de la blennorrhagie existe réellement dans la coexistence de chancres situés plus ou moins profondément dans le canal de l’urètre.

Alors la blennorrhagie ne changerait pas de nature : elle coïnciderait seulement avec la présence de chancres larvés} les accidens consécutifs seraient la conséquence de ces chancres eux-mêmes et ne dépendraient nullement de l’inflammation plus ou moins étendue de la muqueuse} l’inoculation serait vraiment dans ce cas d’un immense secours et pourrait donner des lumières plus sûres que tous les autres modes d’investigation.

Mais, il faut en convenir, l’opinion de M. Ricord n’est encore qu’une théorie ingénieuse et séduisante } les faits publiés par cet habile syphilographe ne sont pas encore assez nombreux ni assez concluans pour détruire tous les doutes} ils ont besoin d’être plus répétés} et j’ai, pour mon compte , vainement tenté jusqu’à présent de les corroborer par mes recherches.

Dans cette hypothèse, la durée de l’écoulement, peut-être aussi sa nature particulière devraient , ce me semble , mériter une étude attentive ; car si les ulcérations du méat urinaire sont d’une guérison plus difficile et d’une ténacité presque toujours plus grande que les autres, il est tout naturel de

supposer que les chancres placés à une partie plus ou moins profonde du canal devraient offrir aussi ce caractère : et cette observation jointe à l’étude du moment de la manifestation de la maladie et de sa période d’incubation mettant déjà sur la voie, on pourrait alors chercher dans l’inoculation un moyen de certitude complète.

Celle-ci devrait être tentée alors sans aucune hésitation par les médecins même les plus timorés et les plus scrupuleux; car elle ne déterminerait pas d’accident, lorsque la blennorrhagie existerait seule ; et dans les cas de chancres du canal , et par conséquent de résultat positif, elle fournirait des lumières trop utiles aux malades et trop intéressantes pour le médecin, pour que celui-ci pût hésiter un instant à la pratiquer.

Traitement de la Blennorrhagie .

Lorsque la blennorrhagie s’accompagne à son début de phénomènes inflammatoires bien prononcés , ce qui s’observe le plus habituellement , il est utile et sage de les appaiser avant de chercher par les divers anti-blennorrhagiques à faire cesser l’écoulement lui-même.

La saignée du bras est nécessaire dans les cas les plus aigus et chez les sujets pléthoriques*, les sangsues au périnée ou à la base de la verge et en avant du scrotum , suffisent lorsque la maladie ne présente qu’une acuité médiocre. On peut les appliquer impunément au niveau de la fosse naviculaire, sans craindre l’influence sur elles du contact du pus; mais elles ont l’inconvénient, dans le premier point, de gêner la progression pendant plusieurs jours , et dans l’autre , de déterminer souvent une œdème notable ou tout au moins une écchymose plus ou moins étendue du pénis.

Elles doivent être mises en nombre convenable depuis huit ou dix jusqu’à vingt et vingt-cinq , et répétées autant de fois que la persistance de la phlegmasie l’exige. Des applications de sangsues en petit nombre, cinq ou six, par exemple, renouvelées plusieurs fois, tous les trois ou quatre jours , peuvent convenir aussi dans les blennorrhagies déjà anciennes qui repassent à l’état aigu , et qui sont souvent entretenues par un point circonscrit d’inflammation.

Lorsque les phénomènes phlegmasiques sont plus faibles encore , on peut négliger les émissions sanguines et se borner à des moyens anti-phlogistiques moins puissans, tels que les bains tièdes généraux ou partiels, les lavemens émolliens, etc.

Il faut prescrire des boissons douces et légèrement diurétiques telles que les tisanes de mauve , de racine de guimauve, de graines de lin, de chiendent, d’orge, de cbénevis , de persil, de pariétaire, édulcorées avec le bois de réglisse, le miel, le sucre, les sirops de capillaire, d’althæa, de gomme, de groseilles, des racines diurétiques. Ou bien, suivant le goût des malades et la plus ou moins grande susceptibilité de leur estomac , on peut se borner à leur donner de l’eau édulcorée avec un des sirops que je viens d’indiquer , quelques tasses de petit lait ou quelques boissons émulsionnées, afin d’étancher la soif et d’étendre les élémens irritans de l’urine, dont le passage impressionne alors moins douloureusement la muqueuse urétrale.

Presque tous les médecins conseillent d’ajouter à ces boissons douces du nitrate de potasse à dose variable , ou les diverses poudres diurétiques dont ce sel ou le sous-carbonate de potasse fait partie.

Le nitrate de potasse paraît avoir une utilité réelle par son action sédative et anti-phlogistique, mais comme diurétique proprement dit , il a , je crois, plus d'inconvéniens que d’avantages. 11 est bon, en effet, que l’urine soit aussi claire que possible , mais il n’est pas utile qu’elle soit sécrétée en trop grande abondance.

Toute action diurétique peut accroître encore la tendance qu’ont déjà les organes profonds de l’appareil urinaire à participer à la maladie , et d’un autre côté , les fréquentes émissions ne peuvent avoir lieu sans irriter un peu la muqueuse du canal. La dose à laquelle on donne ce sel est de deux, trois, quatre grammes (demi-gros à un gros), par jour, dans un ou deux litres de tisane.

Les sirops sédatifs ou légèrement narcotiques, tels que ceux de laitue, de pavot blanc, le sirop diacode, etc., peuvent convenir lorsque l’état de spasme de l’urètre et des voies urinaires n’est pas en rapport avec le degré appréciable de l’inflammation, ou que les érections causent aux malades des insomnies fatigantes.

Dans les cas aussi où les érections sont douloureuses et multipliées, on a recours, avec un avantage marqué, aux émulsions, aux bols, aux pilules, aux poudres diverses préparées avec le camphre. Malgré l’action incertaine, en définitive, de ce remède, il a presque toujours une influence vraiment heureuse sur les érections du pénis. On doit l’administrer à la dose de trente , quarante , cinquante ou soixante centigrammes (six, huit, dix, douze grains) dans cent cinquante à deux cents grammes (cinq ou six onces) d’émulsion sucrée, ou bien en bols , soit seul , soit joint à quelque poudre tempérante , et d’autres fois à l’extrait d'opium ou à quelqu’une des préparations thébaïques. L’opium contribue souvent à augmenter les bons effets du camphre *, il faut pourtant se tenir en garde contre certaine influence qu’il exerce parfois sur les organes

génitaux , et c’est dans ce but que je lui préféré habituellement les sirops de tbridace et de pavot blanc.

Dans les chaudes-pisses cordées tous ces moyens semblent insuffisans, et les malades tourmentés par les érections n’ont d’autres ressources, pour les faire cesser , que de quitter le lit , d’appliquer les pieds nus sur le plancher ou de pratiquer des lotions froides sur le pénis, les bourses, le périnée et l’hypogastre. 11 convient de surveiller de pareilles manœuvres pour en éviter 'les mauvais résultats.

On rencontre trop souvent dans le peuple , un préjugé qu’il serait important de détruire. Les hommes atteints de chaude-pisse cordée croient pouvoir, sans danger, redresser violemment la verge, rompre la corde , comme ils le disent , en appuyant fortement le pénis sur une table ou tout autre corps solide , et en le frappant brusquement avec le poing. Ils amènent quelquefois ainsi une hémorrhagie locale qui procure réellement un soulagement momentané. Mais pour produire cette perte de sang, ce redressement brutal doit occasionner des déchirures de la muqueuse urétrale et déterminer ainsi un état plus grave que l’accident qu’il est appelé à combattre.

Les demi-lavemens de mauve , de guimauve , de graines de lin, sont tort utiles dans la période aiguë de l’urétrite *, ils calment la constipation et le ténesme , et dans tous les cas , tendent à provoquer une détente bienfaisante.

Les malades devront porter un suspensoire bien fait, depuis le commencement de l’urétrite jusqu’à

à un repos absolu, dans les cas les plus intenses et les faire coucher de préférence sur des lits plats et durs.

Ils maintiendront aussi la verge relevée sur l'hypogastre. Cependant cette position , tout utile quelle est, comme moyen de modérer la turgescence inflammatoire du pénis , a l’inconvénient de favoriser la stagnation du pus bîennorrhagique entre le prépuce et le gland , chez les hommes qui ont celui-ci habituellement recouvert, et de les laisser, par suite, exposés aux balanites et aux posthites qui accompagnent quelquefois la gonorrhée.

La diète absolue est rarement nécessaire-, ordinairement il faut se borner à diminuer les alimens des malades , et surtout à les leur faire choisir parmi les substances douces, rafraîchissantes, en leur prescrivant d’en exclure avec soin toutes les viandes noires , les sauces fortes et épicées , les boissons alcooliques, le café, etc. Ainsi, le poulet, le veau, l’agneau, les légumes frais, cuits à l’eau ou à la sauce blanche , les fruits mucoso-sucrés bien murs ou en compotes, devront former la base de leur régime-, et l’eau sucrée, l’eau coupée avec du lait, ou, pour quelques estomacs débilités, l’eau rougie, seront les boissons habituelles.

Les malades , ai-je dit, doivent éviter les fatigues-, mais il faut aussi leur défendre les lectures licencieuses, ainsi que les entretiens et les relations susceptibles de provoquer en eux des désirs vénériens. Car tout ce qui porte aux idées érotiques et tend à déterminer les érections auxquelles la

blennorrhagie dispose déjà beaucoup par elle- même, ne peut manquer d’être nuisible et doit être sérieusement interdit.

Quelques médecins ont proposé d'appliquer directement sur la muqueuse enflammée des substances sédatives , telles que les préparations de belladone, de jusquiame , d’opium, à l’aide de bougies , de sondes ou de mèches. Tous ces corps étrangers seront proscrits sans restriction } aucun des remèdes indiqués ne produisant des effets assez franchement utiles pour compenser les désavantages inséparables de la présence des agens destinés à en favoriser l'application.

D’autres ont espéré atténuer promptement la blennorrhagie par des lavages fréquens du canal, de manière à le débarrasser du muco-pus qui le souille. M. Serres, d’Alais, recommande les injections d’eau tiède très- souvent répétées et a voulu en faire la base de son traitement. Il place les malades dans un bain, et à l’aide d’une sonde élastique mince introduite à la profondeur de quelques centimètres , il fait pénétrer l’eau du bain dans les parties les plus profondes du canal , en réitérant ces injections pendant une heure à une heure et demie , et laissant entr’elles le moins d’intervalle possible. Le bain est destiné à diminuer l’éréthisme, faciliter l’introduction de la sonde et paralyser l’irritation qui en résulte. De cette façon le canal se trouve balayé par une masse d’eau considérable qui emporte le pus à l’état naissant, en même temps qu’elle tend à diminuer l’inflammation qui le sécrète, M. Serres assure venir à

bout en cinq à six jours, par ce moyen si simple, d’urétrites même très-intenses.

J’ai à plusieurs reprises essayé cette méthode, sans résultats favorables-, l’eau tiède même, loin d’être inoffensive, a quelquefois irrité la muqueuse et fatigué les malades; et je viens d’en faire tout récemment encore la fâcheuse expérience sur un jeune homme qui, au moment où j’écris, est à peine guéri d'une urétrite très-violente.

Presque toujours on parvient à l’aide des moyens anti-ph logistiques combinés de diverses manières, suivant le degré et la ténacité de l’affection et suivant aussi la constitution et l’état actuel du sujet, à modérer en peu de jours les accidens inflammatoires ou à les faire cesser complètement*, l’écoulement se modifie , en même temps , sous le rapport de la quantité, de sa coloration et de sa consistance , presque toujours il diminue et devient plus blanc et plus épais.

11 peut arriver que les érections persistent , fréquentes et douloureuses , malgré l’amendement notable des autres phénomènes morbides. L’examen de la face inférieure de la verge fait quelquefois découvrir, dans des cas de ce genre , une dureté prononcée des parois de l’urètre , qui donne raison de cette opiniâtreté. On se trouve bien alors d’employer des onctions extérieures le long du canal, avec des mélanges d’onguent mercuriel et d’extrait de belladone, de jusquiame, d’opium, ou avec des pommades plus résolutives composées de protoiodure de mercure , d’iodure de plomb , de tan-

nate de plomb , d’hydriodate de potasse et des mêmes extraits sédatifs et narcotiques.

D’autres fois, lorsque rien dans l’état appréciable de l’urètre ne peut expliquer cette ténacité des érections douloureuses , on a recours à des injections avec l’eau de têtes de pavot , avec une eau émolliente de mauve , de guimauve , etc., additionnée de quelques gouttes de laudanum ou de quelques centigrammes d’extrait d’opium. Enfin , lorsque tous les accidens inflammatoires sont bien atténués ou tout à fait dissipés , que l’émission des urines se fait sans souffrance , que les érections ne sont plus si fréquentes, que la pression sur le canal n’en réveille pas trop la sensibilité , que l’écoulement a perdu notablement de sa coloration verdâtre ou jaunâtre, alors, dis-je, on doit recourir aux moyens anti-blennorrbagiques proprement dits.

Parmi les médicamens qui ont été préconisés pour arrêter les flux urétraux , le baume de copahu figure en première ligne. Il a été employé sous mille formes différentes et considéré par beaucoup de sypbilographes comme doué de propriétés anti-blennorrbagiques spéciales et d’une action toute particulière sur l’urètre.

Il peut être donné pur , à la dose de huit à dix grammes (deux gros) matin et soir, dose qu’on augmente progressivement , tous les jours ou tous les deux jours , jusqu’à quinze , vingt , vingt-cinq et trente grammes (demi-once ou une once)*, mais l’odeur et l’arrière-goût de cette huile résine inspirent souvent une répugnance insurmontable aux

malades et d’autre fois elle fatigue les estomacs au point de ne pouvoir pas être supportée.

On a cherché , à l’aide de nombreuses et diverses combinaisons, à détruire ces désavantages en conservant les heureuses propriétés du remède ou en les augmentant même par son mélange avec des substances astringentes.

C’est dans ce but que l’on a mêlé le copahu a la magnésie décarbonatée , en proportions définies, ou en ajoutant cette magnésie jusqu’à solidification de toute la résine. Les bols qu’on prépare ainsi, ont souvent l’inconvénient majeur de n’être pas attaqués par les voies digestives et d’être rendus tels qu’on les avait ingérés*, il va sans dire que dans ces cas, on ne peut remarquer presque aucun effet appréciable de la médication. C’est un fait dont je me suis souvent assuré, car j’ai employé longtemps le copahu ainsi solidifié. On a choisi aussi l’hydrate de chaux pour remplacer la magnésie.

Une des formules les plus répandues pour l’administration de ce baume est celle qui porte le nom de Potion de Chopart et dans laquelle le médicament est mêlé à de l’eau distillée de menthe et de fleurs d’oranger , à des sirops de capillaire *, de gomme , de guimauve , destinés à masquer son goût et son odeur, et à de l’acide nitrique alcoolisé pour augmenter son action astringente. Cette potion se donne par cuillerées à bouche ou par onces , depuis une cuillerée en une ou deux fois dans la journée, jusqu’à trois, quatre ou cinq cuillerées en deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures , et toujours , quelque temps avant le moment du repas.

On peut aussi prescrire le copahuen mixture, uni au jaune d’œuf et à des quantités variables de laudanum , pour le faire supporter plus facilement par les estomacs trop susceptibles.

Ce baume a été souvent associé au poivre cubèbe en proportions égales ou différentes, et ce mélange réussit quelquefois même chez des malades qui avaient pris sans succès l’un ou l’autre de ces médicamens.

On l’a combiné aussi avec le sulfate de fer, la poudre de tormentille , le sulfate d’alumine, le cachou , toutes les substances astringentes enfin , dans l’espoir d’accroître son efficacité et de le faire tolérer plus facilement. Ainsi le docteur Berton dit se servir souvent , avec succès , de la formule suivante : baume de copahu quatre grammes ( un gros ) , poivre cubèbe quatre grammes , sulfate d’alumine et de potasse deux grammes ( demi-gros ) , extrait d’opium cinq centigrammes ( un grain ) , pour un opiat qu’on donne en deux ou trois fois dans la journée , et dont on augmente progressivement la puissance.

Il est des malades qui ne peuvent se résoudre à ingérer le copahu, et d’autres dont l’estomac se refuse à en supporter les plus petites doses. MM. Velpeau, Londe , etc., ont conseillé, dans ces cas, de le donner en lavemens , et même de l’employer habituellement ainsi. Ce mode d’administration ma réussi bien souvent. On mêle quinze, vingt et jusqu’à trente grammes d’huile résine dans un quart de lavement auquel on ajoute un jaune d’œuf et ordinairement aussi quelques centigrammes d’extrait d opium, de cinq à huit, ou quelques gouttes de laudanum , afin de diminuer la suscep-

tibilité du gros intestin, car il est important que le remède ne soit rejeté que le plus tard possible pour qu’il puisse pleinement agir.

Je prescris généralement le soir, trois heures après le souper, un demi-lavement émollient afin de vider le rectum , je laisse ensuite reposer le malade pendant quelques quarts d’heure et il ne prend le lavement de copahu qu’au moment de se coucher. Celui-ci produit presque toujours de légères coliques, mais il finit ordinairement par être gardé toute la nuit*, et c’est dans ces cas que les effets du médicament se manifestent le plus sûrement.

On a conseillé aussi des suppositoires qu’on prépare avec huit ou dix grammes de ce baume et quelques grammes de beurre de cacao ou de graisse de mouton , préparation moins active que celles que j’ai déjà signalées.

M. Ratier a proposé plus récemment d’introduire dans l’anus des capsules gélatineuses au copahu, en les enduisant d’un corps gras.

On a voulu enfin donner cette oléo-résine en injections dans l’urètre , seule ou unie à l’huile d’olive, etc.} elle a paru ainsi produire des résultats utiles. On a tenté aussi de l’appliquer en frictions sur la verge et sur les parties voisines, mais de cette manière elle ne m’a pas semblé douée d’une puissance anti-biennorrhagique bien manifeste.

Généralement on préfère la mettre en contact avec les organes digestifs*, c’est la voie la plus sûre et celle qui permet le mieux de compter sur sa valeur thérapeutique *, et pour dissimuler autant que possible

sa saveur et son odeur nauséabondes, on l’a déguisée sous diverses formes telles que mixtures , opiats, etc. L’idée de l’enfermer dans des capsules gélatineuses de manière à la faire arriver à l’estomac sans qu elle affectât notablement les sens du goût et de l’odorat , et de façon néanmoins à ce qu elle pût agir également , grâce à la dissolution rapide de ces enveloppes , a été vraiment heureuse et a réellement contribué à faciliter le traitement de la blennorrhagie.

Les capsules gélatineuses de Mothès , les capsules glutineuses de Requin , les dragées de Copabine Mège m’ont rendu de véritables services , et m’ont permis bien souvent d’employer le copahu dans des cas où les malades auraient été incapables de le supporter pur ou dans la potion de Chopart , ou lorsqu’ils n’auraient pu , sans divulguer leur maladie, le prendre en lavemens.

Ces capsules et ces dragées offrant le désavantage de ne contenir qu’une petite quantité du médicament, un gramme au plus, doivent être prescrites en nombre considérable pour représenter les quinze à trente grammes que les malades ont besoin d’en prendre chaque jour. 11 convient de les donner par six ou huit dans les premiers jours et d’augmenler journellement jusqu’à vingt-cinq et trente , à moins que l’estomac ne paraisse en souffrir.

Le poivre cubèbe est de tous les anti-blennorrhagiques celui qui par son action et son efficacité se rapproche le plus du copahu -, aussi jouit-il d’une vogue presque égale. On le donne dans les mêmes circons-

tances , soit mêlé à de l'eau ou du vin , soit en bols ou en opiat avec la conserve de roses, divers sirops , etc.

La dose ordinaire varie de six grammes jusqu'à vingt-cinq et trente (deux, six et huit gros) progressivement , en plusieurs prises dans la journée.

Son administration se fait à peu près exclusivement par la bouche *, donné en lavemens ou en suppositoires , il est loin de partager les bons effets que peut procurer ainsi le copahu.

On le voit bien des fois, réussir chez les malades qui ont pris infructueusement celui-ci , et il le remplace très-bien dans les cas où une répugnance invincible s’opposant à son ingestion , l’état du gros intestin ne permet pas non plus de le prescrire en lavemens.

11 est souvent mêlé au copahu dans les divers bols , mixtures , opiats répandus dans l’usage médical. On peut faire ce mélange à parties égales ou en augmentant à volonté la proportion de l’une ou de l’autre substarice, et y ajouter quelqu’un des astringens que j’ai indiqués plus haut, sulfate de fer, tormentille, monésia, etc., soit pour en accroître la puissance curative , soit seulement dans le désir de faire de nouvelles formules et de publier un remède réputé nouveau.

On ajoute parfois quelques centigrammes d’extrait d’opium au poivre cubèbe afin d’en favoriser la tolérance.

On a fait avec ce poivre, avec la cubébine et la substance extracto-résineuse qu’il renferme, des dragées et diverses préparations destinées à en faci-

li ter l’emploi. On l’a aussi introduit en quantités plus ou moins notables dans les dragées et les capsules qui renferment en même temps du copahu. Ces préparations ont les avantages et les inconve'niens que j’ai reconnus à celles qui sont composées exclusivement de cette huile-résine.

Le copahu et le poivre cubèbe exercent l’un et l’autre une action irritante sur la muqueuse gastrointestinale , aussi ne doit-on pas les prescrire dans les cas où elle est affectée de phlogose, ou même seulement quand elle présente une susceptibilité capable de faire craindre une inflammation prochaine. Leurs propriétés irritantes ne sont pourtant pas identiques-, le copahu produit généralement des coliques et de la diarrhée , tandis que le cubèbe exalte la sensibilité des voies alimentaires, sèche la langue , phlegmasie franchement la muqueuse de l’estomac et des intestins, sans provoquer, habituellement du moins, des phénomènes de purgation.

D’après quelques auteurs , la puissance antiblennorrhagique de ces deux médicamens tiendrait uniquement à l’irritation qu’ils déterminent , et consisterait en une simple révulsion \ de manière qu’ils pourraient être remplacés au besoin par toute antre substance capable de congestionner une partie plus ou moins étendue de l’appareil digestif 5 mais les choses sont loin de se passer ainsi , ces deux médicamens, agissent, au contraire, avec d’autant plus d’efficacité qu’ils impressionnent moins les tissus avec lesquels ils sont en contact, et la manifestation de leurs propriétés irritantes semble

diminuer d’autant leurs bons effets sur la muqueuse urétrale.

Que l’urine se charge d'éle'mens particuliers, propres par leur contact sur cette muqueuse à en modifier l’état actuel , ( et le copahu a comme toutes les résines une influence réelle sur la secrétion urinaire)-, ou que leur puissance s’exerce de toute autre manière, ils doivent l’un et l’autre, mais le copabu surtout, leur vertu anti-blennorrhagique à une action spéciale, à une élection véritable et de nature à n’être pas plus facilement expliquée que toutes les autres actions électives des remèdes que nous employons chaque jour.

Le copahu et le cubèbe à haute dose et surtout lorsqu’on en prolonge l’administration, déterminent quelquefois une sorte de roséole. Presque toujours cet érythème débute par du malaise et quelques signes d’irritation des voies digestives. Bientôt il se manifeste aux pieds, aux jambes, aux mains, aux bras, à la face, etc., des plaques irrégulières d’une couleur rosée, accompagnées d’une démangeaison vive, et qui disparaissent rapidement par la cessation seule de l’emploi des substances qui semblent en être la cause immédiate. Quelquefois, mais plus rarement, j’ai vu survenir sous leur influence des urticaires ou des éruptions miliaires.

L’administration du copahu ou du cubèbe seuls ou réunis , est soumise à quelques règles générales. Ils doivent être donnés d’abord à doses moyennes ou même faibles. Le besoin d’en essayer la portée sur l’estomac expliquerait déjà cette précaution, si elle n était aussi nécessitée par l’obligation d’aug-

menter progressivement les doses , ce qu’il convient de faire tous les jours, ou seulement tous les deux jours, suivant les circonstances.

Lorsque la maladie est guérie , il ne faut pas suspendre brusquement les anti-blennorrhagiques. On devra les continuer encore un jour ou deux à la dose la plus élevée à laquelle on était parvenu en ce moment, et diminuer ensuite rapidement pendant deux ou trois jours avant de les cesser tout-à-fait.

Lorsqu’on a atteint le maximum de la dose qu’on peut prescrire , ou que l’estomac peut tolérer, sans avoir triomphé entièrement de l’urétrite, il est sage, après avoir persisté quelques jours encore, de se décider à suspendre le remède, soit pour le reprendre plus tard , soit pour recourir à d’autres préparations. Car ici , comme dans beaucoup d’autres maladies , les constitutions individuelles ont une influence immense sur le résultat définitif des traitemens les mieux indiqués et les mieux dirigés; et il n’est pas rare de voir des médicamens peu usités ou réellement peu efficaces dans la généralité des cas, réussir là où les plus puissans et les plus constamment fidèles avaient échoué.

On a proposé de nombreux succédanés, les uns comme possédant aussi une spécialité d’action sur la muqueuse urétrale , ainsi le baume de Tolu , du Pérou, du Canada, etc.; les autres à titre d’astringens. En première ligne de ceux-ci je mentionnerai le sulfate de fer, le sulfate d’alumine et de potasse , le sulfate de zinc , la racine de tormentille, le cachou, le ratanbia , le sang dra-

gon, le tannin, la gomme kino, la bistorte , l'écorce de grenade, le monésia, etc. Mais, il faut en convenir, ces substances, qui jointes au copahu ou au poivre cubèbe ont souvent contribué à produire d’heureux effets , n’ont presque jamais pu à elles seules témoigner d’une très-grande efficacité.

La poudre à canon délayée en grande quantité dans l’eau, dans le vin rouge ou blanc, ou dans l’eau-de-vie a été vantée par les gens de guerre à toutes les époques de la blennorrhagie.

L’iode a été le sujet de travaux récens et a paru d’abord être d’un emploi avantageux , mais malgré l’assurance de M. Richond et de quelques autres pratriciens qui l’ont recommandé, l’iode n’a pas répondu aux espérances qu’il avait fait naître. Pour mon compte, je l’ai complètement abandonné depuis longtemps après m’être livré à des essais répétés sur ses propriétés anti-blennorrhagiques.

On a cru aussi pouvoir employer utilement quelques uns des drastiques fournis par la matière médicale, tels que la coloquinte, le colchique.

M. Sandras a proposé l’aloës mêlé à la thridace , à la dose de dix centigrammes par pilules, et de deux, trois ou quatre pilules par jour. Il croit cette préparation aussi fidèle que le copahu et la préfère comme beaucoup moins désagréable au goût. D’après lui , l’aloès n’agit pas dans ces circonstances par ses vertus purgatives, mais bien par une action spéciale. Mes tentatives n’ont pas été assez heureuses pour m’engager à continuer l’usage de ce moyen.

Le docteur GræfTe , de Berlin , avait conseillé le chlorure de chaux uni à l’opium , soit sous la

forme pilulaire , soit mêlé à des sirops ou à des émulsions,, et avait annoncé que ce médicament était plus efficace que le copahu lui-même. L’expérience n’a pas sanctionné sa proposition.

On a pensé trouver dans le seigle ergoté , à la dose de quelques décigrammes , un moyen d’arrêter certains écoulemens opiniâtres.

M. Lallemand, de Montpellier, avait cru reconnaître aussi des propriétés anti-blennorrhagiques au suc de persil.

C’était , pour ainsi dire , une médication homæopathique *, car, non seulement, le persil est diurétique , mais il exerce . en outre , une action spéciale sur l’urètre. Il irrite la muqueuse du canal et pourrait , au dire de quelques médecins , déterminer une espèce de blennorrhagie.

M. Blache , professeur à l’école de médecine de la marine de Toulon , a expérimenté quelque temps ce suc végétal , qu’on obtient par trituration de la plante fraîche , et a remarqué qu’il agissait plutôt contre les accidens inflammatoires du canal que contre l’écoulement lui -même \ qu’il paraissait plus efficace à des doses faibles , de quatre , six et huit gouttes , qu’à des doses plus élevées , de trente et quarante gouttes j qu’en définitive , il n’avait qu’une puissance contestable et fort inférieure à celles de quelques unes des substances que j’ai déjà signalées.

On a aussi proposé l’emploi du goudron , à la dose de trente à quarante centigrammes ( six à huit grains) uni à une moindre proportion de sulfate d’alumine et de potasse , quinze à vingt cenli-

grammes (trois à quatre grains). J’ai essayé quelquefois cette formule sans aucun succès.

On a enfin conseillé les toniques généraux contre les flux muqueux rebelles que présentent quelquefois les hommes lympatliiques à un haut degré ou affaiblis par de longues maladies, et on peut choisir les eaux ferrugineuses naturelles, tous les martiaux , le quinquina et ses préparations, etc.

Hecker a proposé de recourir, dans ces cas , à la teinture de cantharides administrée à l’intérieur, depuis dix jusqu’à vingt et trente gouttes , plusieurs fois par jour, jusqu’à ce qu elle amène des ardeurs dans le canal pendant l’émission des urines.

En résumé, le baume de copahu et le poivre cuhèbe seul , mêlés ensemble ou associés à quelques unes des substances astringentes que j’ai indiquées , ou à quelques proportions d’opium suivant les circonstances, réussissent plus souvent que tous les autres remèdes qu’on a voulu leur substituer, à guérir les e'coulemens urétraux $ mais, souvent aussi, ils les atténuent seulement sans les arrêter *, et parfois même , quoique fort rarement , ils n’ont sur eux qu’une influence peu notable.

Quelquefois aussi l’état d’irritabilité de toutes les parties des voies digestives ne permet pas de recourir, en aucune manière , à ces substances , et l’on est forcé de demander à d’autres agens thérapeutbiques la guérison de la gonorrhée.

L’usage des injections à certaines périodes des écoulemens blennorrhagiques remonte assez loin. Ce mode de traitement a subi des phases trésvariées-, tantôt considéré comme puissamment eu-

ratif, tantôt, au contraire, attaqué avec violence et accusé de presque tous les accidens fâcheux qui suivent les urétrites opiniâtres.

Presque toutes les préparations mercurielles ont servi à faire ces injections. Le mercure métallique uni à la gomme , au sirop diacode et à l’eau commune, l’onguent mercuriel mêlé à diverses substances, le calomélas , le sublimé, ont été préconisés par suite de l’idée que se faisaient les médecins de la virulence de la maladie , et dans l’espoir de la combattre plus efficacement par ces spécifiques. Le sublimé dissous dans l’eau distillée, à la dose de cinq à dix ou quinze centigrammes pour trente grammes de liquide est à peu près la seule de ces préparations dont on se serve encore communément.

Tous les astringens dont j’ai parlé dans le traitement interne de l’urétrite, le sulfate de fer, le sulfate de zinc , le sulfate d’alumine et de potasse , le sulfate de cuivre, l’acétate de plomb à doses variables, mais, habituellement, depuis dix jusqu’à vingt , trente et quarante centigrammes ( deux , quatre , six et huit grains) dans trente grammes (une once) d’eau, de décoction émolliente ou de légères décoctions astringentes faites avec le plantain , les roses rouges , ont été administrés en injections , on leur a joint souvent des doses variables d’extrait d’opium ou de laudanum, suivant les circonstances, et suivant la susceptibilité de la muqueuse ure'trale *, mais je dois faire remarquer que l’acétate de plomb détermine assez souvent dans l’urètre des titillations et des spasmes fort incommodes } aussi,

je lui préfère les autres astringens et le sulfate de zinc en particulier. On a fait également les injections avec la tormentille , le ratanhia, la bistorte, l’écorce de grenade , etc. , seules ou unies à des sels astringents,* la potasse caustique, l’ammoniaque, l’acide sulfurique , dissous en faibles proportions dans l’eau, ont quelquefois aussi donné de bons résultats.

Le gros vin de Provence ou de Languedoc , soit pur, soit affaibli par un tiers , moitié ou deux tiers d’eau , a été essayé par cette voie avec de fréquens succès. Seulement il faut avoir soin de ne préparer qu’une petite quantité d’eau vineuse à la fois , afin de ne pas laisser à ce mélange le temps de passer à l’aigre, cette altération en détruisant presque entièrement l’action astringente et lui donnant des propriétés irritantes souvent nuisibles.

Le docteur Græffe , de Berlin , a conseillé le chlorure de chaux à la dose de vingt , trente à quarante centigrammes (quatre, six à huit grains) par trente grammes d’eau.

M. Trousseau dit s’être bien trouvé du sulfate de soude à la dose de quarante à cinquante centigrammes pour la même quantité de liquide.

Plus récemment le nitrate d’argent cristallisé , à très- petites doses , cinq à dix ou quinze centigrammes (un, deux à trois grains) pour cent à cent vingt grammes ( trois à quatre onces ) d’eau distillée , a été recommandé par le professeur Serres , de Montpellier, et a réellement produit de bons effets.

Plus récemment enfin le proto-iodure de fer à îa dose de cinq à dix et vingt centigrammes (un.

(leux à quatre grains ) , et quelquefois plus , dans trente grammes d’eau distillée , a été préconisé.

Ces injections ne doivent être tentées qu’après la cessation des phénomènes inflammatoires. Employées trop tôt , elles les font presque toujours renaître , ce qui oblige à revenir aux anti-phlogistiques et entraîne à des tâtonnemens fâcheux. Aussi faut-il les commencer toujours à des doses un peu faibles afin d’essayer la susceptibilité du canal, car les malades présentent, sous ce rapport, les différences les plus variées. Elles doivent être faites avec une poire en caoutchouc au collet de laquelle on adopte une canule , ou avec des seringues de diverses matières, suivant la nature des remèdes employés. Les petites seringues en étain peuvent servir dans beaucoup de cas-, il faut choisir celles en os , en ivoire ou en verre lorsque les substances médicamenteuses pourraient exercer une action chimique sur l’étain, ainsi le nitrate d’argent , l’acide sulfurique , etc.

Le bout de la canule doit être arrondi afin de pénétrer à peine de quelques lignes dans l’urètre, et quand on ne peut s’en procurer de cette forme, on doit avoir la précaution de garnir cette canule avec un bouton destiné à n’en laisser libre que la longueur convenable -, il faut aussi que le piston joue avec facilité dans le cylindre et que celui-ci puisse contenir de trente à cinquante grammes de

Le malade prend l’instrument par sa partie moyenne entre le pouce et les doigts médius et

annulaire de la main droite , et l’indicateur se loge dans l’anneau du piston ; la verge est saisie près du gland par l’autre main. Alors il introduit avec précaution l’extre'mité de la canule dans le méat en suivant la direction du canal , pendant que le pouce et l’index de la main gauche appliqués sur les côtés du gland servent à l’y fixer et à comprimer ce dernier sur elle, de manière à empêcher le liquide de refluer au-dehors à mesure qu’il est poussé. Il presse avec lenteur sur le piston jusqu'à ce que l’urètre soit rempli } il peut alors retirer la seringue, pourvu qu’il rapproche en même temps les parois du canal afin d’y renfermer le liquide injecté qui doit y séjourner pendant un temps variable, depuis une, jusqu’à quatre ou cinq minutes, suivant la susceptibilité de la muqueuse , l’énergie de la substance employée et le but qu’on se propose. Il faut réitérer l’injection deux ou trois fois de suite et y revenir à deux ou plusieurs reprises dans la journée.

En général , on conseille au malade d’uriner avant de pratiquer cette petite opération , de comprimer la base du pénis ou le périnée pour em pêcher l’arrivée dans la vessie de la matière de l’injection. M. Lisfranc a proposé pour mieux éviter cet inconvénient , de placer un tampon de linge ou de charpie derrière le scrotum et de se mettre à cheval ensuite sur le bras d’un fauteuil de manière à presser fortement sur le canal , et à en rapprocher les parois.

Mais cette précaution est-elle bien nécessaire et ne vaut-il pas mieux , dans la très-grande majorité

des cas , faire les injections en plein dans l’urètre, sans s’occuper d’en empêcher la pénétration jusqu’aux parties les plus profondes et même jusqu’à la vessie? Les liquides qu’on emploie ordinairement sont trop peu actifs pour nuire repliement à cet organe, en supposant qu’ils parviennent en effet dans sa cavité , et qu’ils la trouvent complètement vide , ce qui n’est pas probable } d’autre part, s’ils sont énergiques, ils déterminent instantanément dans les parois du canal des contractions qui doivent les arrêter bientôt} on doit même craindre plutôt qu’ils ne descendent pas assez profondément *, et c’est peut-être à cette cause que sont dus souvent les insuccès de ce mode de traitement.

On a reproché aux injections de n’agir que trop passagèrement et de ne déterminer que des effets insuffisans , à moins qu’on y revienne fréquemment dans la journée. Quelques médecins ont proposé, en conséquence, de leur substituer des bougies chargées de principes médicamenteux } Hecker même imagina des bougies solubles , qui , d’après lui , l’emportaient sur tous les autres moyens. Le docteur Guthrie a proposé aussi d’appliquer, à l’aide d’une sonde, contre les parois du canal une pommade faite avec le nitrate d’argent, l’acétate de plomb , l’extrait d’opium , dans la proportion de vingt à vingt-cinq centigrammes pour trente grammes d’axonge. Cette méthode , entr'autres inconvéniens , force les malades à rester au lit ou sur une chaise longue, au moins pendant le temps , toujours un peu long, que les bougies doivent rester en place.

Les injections sont fort employées aujourd’hui. On a cru pouvoir attribuer à leur trop fréquent usage les altérations de l’urètre qui suivent malheureusement beaucoup de gonorrhées. Mais en avouant qu’elles peuvent bien , comme toute autre cause d’irritation , lorsqu’elles sont employées inconsidérément et surtout pendant un temps trop long , contribuer aux coarctations et aux retrécissemens du canal , il faut convenir que le point de départ évident de ceux-ci est le plus souvent dans la ténacité de la blennorrhagie elle-même , et si , par hasard , des praticiens dignes de foi ont réellement observé quelques rares exemples de retrécissemens produits en peu de temps par les injections, ou tout au moins sous leur influence apparente et coïncidemment à leur emploi , on peut dire qu’en général elles sont inoffensives, lorsqu’on les exécute avec méthode , et seulement pendant un temps peu considérable.

Je les ai beaucoup employées dans ma pratique, je les prescris encore tous les jours et je n’ai presque jamais eu qu’à me louer de leurs bons effets. Mais je ne les conseille habituellement que dans des circonstances bien déterminées et presque toujours lorsque déjà l’écoulement a été sensiblement amoindri par les divers anti-blennorrhagiques administrés à l’intérieur.

Le traitement dont je viens de tracer longuement les règles peut être appelé le traitement rationnel de l’urétrite aigue et me paraît , sans contredit, le plus sage et le plus convenable*, il

n’a pourtant pas reçu l’assentiment de tous les praticiens.

Dans le siècle dernier et surtout depuis le commencement de celui-ci , plusieurs médecins ont pensé qu’on laissait à tort suivre à la maladie les phases diverses qu elle parcourt malgré les moyens que je viens d’exposer *, que cette méthode était le résultat de l’influence des anciennes idées sur la nature ordinaire des écoulemens blennorrhagiques ; qu’elle avait sa source dans cette vieille croyance que la gonorrhée avait besoin de suivre une marche régulière , qu’il ne fallait pas troubler ses évolutions ordinaires, que le flux urétral était utile comme moyen de dépuration et d’expulsion au-dehors de la matière virulente , et que les accidens de vérole constitutionnelle étaient particulièrement dus à la suppression brusque et inconsidérée de l’écoulement.

Il leur a été facile de démontrer l’inexactitude de cette dernière assertion , et ils ont cherché à établir en principe qu’il y aurait un avantage manifeste pour les conséquences locales de la maladie, sans mauvaise chance pour les accidens ultérieurs et éloignés qu’elle peut produire, à la faire avorter dès son apparition , ou à l’interrompre brusquement dans tous les cas lorsqu’elle existait déjà , quelle que fût sa période actuelle et la date de sa manifestation.

Ansiaux en 1800, Ribes en 1804 et plus tard Delpech ont espéré parvenir à ce résultat par l’emploi du baume de copahu et du poivre cubèbe à hautes doses.

D’autres, a l'exemple de B, Bell ont cherché à l’obtenir a l’aide des injections astringentes , en développant volontairement dans le canal une inflammation artificielle substitutive de celle qu’ils voulaient combattre.

Les uns ont pensé que cette méthode abortive et perturbatrice n’était praticable que dans les premiers roomens de l’urétrite , avant qu’elle soit bien établie, et M. Ricord paraît accepter cette restriction. D’autres ont professé, au contraire, qu’il fallait la tenter à toutes les époques et à tous les degrés de la maladie.

M. Lallemand, de Montpellier, a annoncé avoir éprouvé de nombreux échecs dans ses essais de la méthode abortive à l’aide du baume de copahu et de poivre cubèbe ; et j’ai bien souvent remarqué moi-même que lorsque je me hâtais trop d’administrer ces remèdes , je faisais renaître des douleurs dans le canal pendant l’émission de l’urine et pendant les érections , qui me contraignaient à les suspendre.

J’ai également essayé l’emploi des injections astringentes au sulfate de zinc seul ou uni au laudanum, et celles au nitrate d’argent cristallisé, dès l’apparition de la blennorrhagie et au moment même où j’en apercevais les premières traces. Je suis parvenu quelquefois à la faire avorter complètement en un, deux ou trois jours, mais j’ai échoué plus souvent encore et j'ai eu surtout des insuccès constans lorsque j’ai voulu pratiquer ces injections plusieurs jours après le développement de l’urétrite et pendant sa période d’acuité. Non

seulement alors je n’ai pas réussi à faire arrêter la maladie, mais j’ai presque toujours amené une aggravation bien incontestable pour moi dans les accidens qui la signalaient.

Le docteur Debeney a publié récemment ( Journal des connaissances médico-chirurgicales, septembre i843 J le résultat d’observations nombreuses en faveur de la méthode abortive , non plus à l’aide d’injections de nitrate d’argent à doses faibles, mais en mettant dans ces injections, comme l’avait déjà proposé Carmichaël , des quantités vraiment effrayantes de ce sel , de cinquante centigrammes à un gramme ( dix à vingt grains ) et le plus habituellement soixante centigrammes ('douze grains) par trente grammes d’eau distillée. Il les a d’abord tentées seulement au début de l’urétrite; enhardi bientôt, il les a employées à toutes les époques et à toutes les périodes , et il a pu conclure : que, si ces injections occasionnaient des douleurs atroces pendant quelques heures , cette souffrance cessait bientôt et avec elle les douleurs primitives produites par la maladie, ainsi que l’écoulement qui les accompagnait; qu’une seule ou deux injections au plus, à vingt-quatre heures d’intervalle, suffisaient lorsqu’on était appelé dès le début de la gonorrhée , mais qu’il fallait quelquefois les répéter trois et quatre fois contre les urétrites tout à fait développées ou déjà anciennes; quelles guérissaient à peu près sûrement dans le premier cas et fort souvent , quoiqu’avec moins de certitude, dans les autres; et quelles étaient toujours d’une innocuité parfaite.

Encouragé par les beaux résultats annoncés par le docteur Debeney, j’ai saisi les premières circonstances favorables qui se présentaient à moi, pour expérimenter moi -même sa méthode. C’étaient deux jeunes hommes de constitution saine et robuste, atteints pour la première fois et ne faisant remonter l'apparition de leur écoulement qu’à une époque toute récente , de trente-six heures à deux jours. Je leur prescrivis une injection avec cinquante centigrammes (dix grains) de nitrate d’argent cristallisé dans trente grammes d’eau distillée. Cette, injection que je répétai deux fois à vingtquatre heures d’intervalle, me donna pour résultat immédiat , des douleurs très-vives , la sortie d’un peu de sang par le canal, mais sans aucun résultat favorable. Je fus obligé de recourir aux anti-plilogistiques et de suivre une autre ligne de traitement ; aussi depuis ce moment ai-je de nouveau renoncé à de pareils essais.

Souvent, chez les malades qui se soignent mal et sans régularité , qui continuent à se livrer au coït , à faire des écarts répétés de régime ou des excès de travail , l’écoulement devient chronique et passe à l’état de blennorrhagie; souvent aussi le même résultat a lieu malgré les soins les mieux entendus et les traitemens les mieux dirigés. Les douleurs cessent alors complètement , les érections ne sont pas plus fréquentes qu’à l’état normal , mais il reste un flux plus ou moins abondant , blanc ou d’un blanc jaunâtre , contre lequel échouent parfois toutes les préparations de copahu et de cubèbe et la plupart des astringens. Les injections peuvent réussir dans

ces cas , et parmi elles , les injections au nitrate d’argent, d’après la méthode de M. Serre, présentent une supériorité marquée sur toutes les autres. Elles doivent contenir cinq, dix ou quinze centigrammes au plus d'azotate pour cent grammes d’eau distillée, être employées deux lois par jour pendant trois à quatre jours , ensuite une seule fois pendant deux à trois jours, et abandonnées alors tout à fait.

il les faut assez énergiques pour qu elles puissent faire renaître, dans le canal, une douleur légère susceptible de disparaître dans l’intervalle de deux injections*, trop faibles, elles doivent être animées , par l’addition d’une nouvelle dose du même sel ; et trop fortes , être étendues d’une plus grande quantité d’eau.

Elles modifient promptement l’écoulement qui devient plus abondant , et quelquefois un peu sanieux , ordinairement plus épais, grumeleux et d’un blanc mat , et qui diminue ensuite rapidement après les premiers jours pour s’arrêter ordinairement bientôt. Dans ces cas aussi le proto-iodure de fer paraît jouir d’une efficacité analogue à celle du nitrate d’argent.

Parfois cependant malgré tous les efforts du médecin les malades continuent à présenter quelques gouttes ou, tout au moins, un peu d’humidité habituelle du canal, et, vers le matin, une petite gouttelette de liquide au méat urétral. Cet état existe le plus souvent sans douleur *, il s’accompagne pourtant quelquefois d’une sensation de chaleur plus ou moins pénible dans les parties profondes

du canal , ou bien la pression réveille de la sensibilité' dans quelques points de celui-ci.

Les médicamens anti-blennorrhagiques sont bien souvent alors sans action j et l’on ne pourrait recourir indéfiniment et sans préjudice pour les malades, aux injections, quand on en a constaté l’insuffisance.

Les eaux ferrugineuses naturelles , les bains de mer offrent dans ces cas une ressource précieuse. Je me suis bien trouvé aussi de l’emploi des révulsifs vers la peau dans le voisinage de l’urètre , ainsi, de la pommade stibiée sur le pénis, mais surtout de petits vésicatoires en avant du scrotum sur le trajet même du canal, ou de petits vésicatoires volans à la partie supérieure et interne des cuisses. Lorsque ces moyens avaient échoué , ou lorsqu’il m’était impossible, pour des causes diverses , de les mettre en usage, j’ai employé bien souvent et avec un succès soutenu la cautérisation superficielle de la muqueuse urétrale d’après la méthode du professeur Lallemand , de Montpellier.

Je cherche, à l’aide d’une bougie ou d’une sonde métallique, à reconnaître le point précis occupé par l’inflammation qui cause l’opiniâtreté de l’écoulement , et à m’assurer , en même temps , s’il n’y existe pas déjà quelques vestiges de retrécissemens.

J’introduis ensuite, après l'avoir enduit avec un corps gras , un porte caustique analogue à celui du professeur Lallemand , dont il ne diffère qu’en ce

qu il est, d’ordinaire, d’un volume plus considérable et qu'il est droit au lieu d’être courbe. Je ne l’enfonce qua la profondeur convenable, et un

curseur permet de la mesurer facilement. Je l’ouvre ensuite, j’applique la cuvette bien garnie sur le point que je veux atteindre , je lui fais décrire un tour complet et rapide , et je la retire enfin vivement sans fermer l’instrument , en maintenant la cuvette contre la face inférieure du canal, et en touchant souvent aussi à la fin un peu plus fortement la fosse naviculaire.

Cette petite opération doit se faire avec beaucoup de promptitude et de légèreté. Elle ne produit qu’une douleur peu vive , à peine plus prononcée que celle qui résulterait du passage d’une sonde ordinaire.

J’engage habituellement les malades à uriner aussitôt après et je les envoie au bain. 11 se manifeste bientôt une douleur assez intense dans le canal, les urines causent de la cuisson, et sont souvent mêlées à quelques stries de sang , et , dans les quarante-huit heures qui suivent , a quelques débris d’escarres membraneuses. Le mélange du sang , loin d’être de fâcheux augure , semble indiquer une profondeur convenable de l’escarre.

L’écoulement devient alors blanc, épais et médiocrement abondant} et, vers le quatrième ou, au plus tard, le sixième jour, il diminue progressivement et se réduit à quelques gouttes qui parfois se montrent encore jusque vers le dixième ou le douzième jour, époque ou la maladie est presque constamment guérie.

Lorsqu’une première application n’amène pas un succès complet , ü ne faut pas balancer à en pratiquer une deuxième , et j’ai bien peu rencontré

de ces e'eoulemens chroniques indolens, de ces Gouttes militaires, comme on appelle parfois les dernières traces des flux blennorrhagiques , qui aient résisté à deux cautérisations bien faites. Dans tous les cas, du reste, elles m’ont paru d’une innocuité absolue.

Lorsqu’on est parvenu à guérir un flux urétral , il ne faut pas abandonner immédiatement les malades à eux-mêmes. Dans les six, huit ou dix jours qui suivent la guérison , la blennorrhagie reparaît avec une grande facilité sous l’influence du coït , d’un excès de table ou d’une fatigue trop grande , et si les écarts de régime en particulier ont donné quelquefois des résultats opposés , c’està-dire, s’ils ont enrayé des écoulemens opiniâtres, ce qui s’explique par la dérivation puissante qu’une orgie peut déterminer sur le tube digestif, ils sont si souvent causes de récidives qu’il faut bien recommander aux malades de les éviter soigneusement, au moins pendant la semaine qui suit la disparition de l’urétrite.

En résumé, lorsque l’urétrite est aiguë, qu’elle se montre avec des signes bien manifestes de phlogose , je commence toujours à l’attaquer par la saignée , les sangsues , les bains , par les antiphlogistiques, enfin, employés avec vigueur et répétés suivant la violence et l’étendue de la phlegmasie et la constitution particulière des malades.

Lorsque l’inflammation est appaisée, j’emploie contre l’écoulement les anti-blennorrbagiques que j’ai cités, et, de préférence ordinairement, les

diverses préparations dont le baume de copahu et le poivre cubèbe forment la base.

Je parviens souvent ainsi à tarir le flux urétral ou du moins à l’atténuer considérablement , de sorte que lorsque je suis obligé d’avoir recours aux injections astringentes ou caustiques, je puis espérer de n’avoir pas à les continuer long-temps, et d’obtenir en peu de jours une guérison complète.

Lorsque la gonorrhée n’est constituée à son début que par un écoulement plus ou moins abondant , mais entièrement dépourvu d’accidens inflammatoires , je prescris immédiatement les antiblennorrliagiques, ou quelquefois les injections, que je compose le plus habituellement avec le sulfate de zinc, ou le nitrate d’argent cristallisé.

Quand l’urétrite est chronique , qu’elle est à l’état de véritable blennorrbée , j’ai presque toujours recours aussi, de préférence , aux injections avec le nitrate d’argent cristallisé , car dans ces cas les anti - blennorrhagiques échouent bien souvent \ parfois la persistance de l’écoulement et de quelques douleurs profondes du canal, me décide à employer les vésicatoires en avant du scrotum , au périnée ou à la partie supérieure des cuisses , et lorsque ces derniers moyens ont échoué, ou lorsque pour des motifs quelconques ils ne peuvent pas être mis en usage, je pratique la cautérisation superficielle de la muqueuse urétrale.

Enfin parfois, mais rarement, j’essaie les antiblennorrhagiques a hautes doses ou mieux les injections au sulfate de zinc ou au nitrate d’argent par la méthode abortive , et seulement encore ,

dans les premiers instants de l’apparition de la blennorrhagie, et jamais lorsque celle-ci étant complètement établie s’accompagne de l’ensemble des phénomènes inflammatoires qui la constituent ordinairement.

Presque tous les praticiens français des siècles derniers pensaient qu’il fallait, dans la plupart des cas , ajouter des traitemens mercuriels généraux aux divers agens thérapeuthiques locaux pour obtenir la guérison définitive de la gonorrhée. Cette doctrine comptait encore un grand nombre de partisans au commencement de notre siècle. Seulement, ils faisaient des concessions à la tendance des idées vers une réaction manifeste , admettant que bien souvent on pouvait se borner à des traitemens incomplets, à des demi-traitemens , à quelques doses faibles de préparations hydrargyriques , comme s’ils n’avaient voulu par ces prescriptions que tranquilliser l’esprit des malades et mettre en quelque sorte à l’abri la responsabilité des médecins.

Cette opinion n'est pas encore entièrement abandonnée de nos jours : parmi les anciens praticiens surtout il en est un bon nombre qui, sans croire que la blennorrhagie doive exiger des traitemens tout à fait analogues à ceux que réclament des accidens, à leurs yeux, plus franchement syphilitiques , ne peuvent pourtant pas se décider à ne donner que des boissons émollientes et des antiblennorrhagiques *, et qui, alors même qu’ils ne recourent pas aux mercuriaux, prescrivent au moins quelques sirops dépuratifs, sudorifiques, etc., dans lesquels la salsepareille , le gaïac , la squine , le sassafras , la saponaire, etc., entrent en grande proportion.

Mais presque tous les auteurs modernes s’accordent à conseiller d’attendre , pour recourir aux remèdes spèciaux, la manifestation des accidens consecutifs qui peuvent réellement quelquefois succéder aux urétrites , ainsi que je l’ai déjà admis.

Pour moi , je ne balancerai pas à faire suivre un des traitemens que j’ai conseillés contre les chancres , toutes les fois qu’à l’aide des élémens de diagnostic différentiel que j’ai longuement indiqués je pourrai parvenir à reconnaître la nature virulente de la blennorrhagie ; dans le cas contraire , je me bornerai toujours à attaquer la maladie par des applications locales , ou du moins par des remèdes étrangers aux médications antisyphilitiques, et je ne puis vraiment pas me décider à soumettre à l’usage de substances qui ne sauraient jamais être d’une innocuité absolue, cent malades atteints de gonorrhée , dans la crainte que, peut-être, il s’en trouvera un, parmi eux, susceptible d’offrir plus tard des accidens de syphilis constitutionnelle .

Mais l’existence d’urétrites plus ou moins anciennes m’engage toujours à tenir plus grand compte, que je ne le ferais dans toute autre circonstance, de certaines inflammations de la gorge , de certaines érosions douteuses des amygdales , de divers phénomènes morbides enfin qui semblent réellement être souvent les premiers indices d’infection générale.

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